Chapitre 10

Izar n'avait pas été autant intéressé par quelqu'un depuis ce qui lui semblait une éternité. La première personne qui l'avait intéressé se trouvait être Minerva McGonagall alors qu'elle s'était assise sur le bord de son lit pour lui expliquer le monde sorcier. Il ne savait pas si c'était Rogue ou Dumbledore qui venait ensuite, mais ils étaient tous deux des êtres fascinants à ses yeux. Et bien sûr, Voldemort était le dernier et plus récent individu à avoir suscité son intérêt.

Il avait l'intuition que Rufus Scrimgeour allait détenir une place spéciale dans sa liste.

La main qui tenait la sienne était forte, ferme, et l'homme tapota le biceps du jeune sorcier avec son autre main. Ils s'échangèrent un regard enflammé, preuve de l'intérêt mutuel qu'ils se portaient. Izar était empli d'une joie sadique d'avoir repéré un adversaire digne tandis que Rufus était purement intrigué et méfiant.

"C'est un plaisir de vous rencontrer, M. Scrimgeour."

Rufus sourit de toutes ses dents abîmées. "Le plaisir est entièrement mien," insista-t-il alors qu'il relâchait la main d'Izar et reculait d'un pas pour l'examiner correctement. "Vous avez grandi depuis la dernière fois que je vous ai vu." A côté de lui, Owen qui avait été oublié, approuva d'un signe de tête.

Izar haussa les sourcils, moqueur. "La dernière fois, monsieur ?" Il ne se rappelait pas avoir rencontré Rufus Scrimgeour en personne. Il se serait souvenu d'un tel homme.

Izar détestait que les rumeurs soient vraies à propos de cet ex-auror notoire. Il n'était pas enclin à partager le même avis que le reste du public, mais quand un sorcier dégageait cette aura autour de lui, il était plus que susceptible d'être impressionnant.

Rufus eut un petit rire bas, son attention ne s'éloignant jamais de lui.

Oh oui, Izar aimait ça. Mais à quel point Rufus savait-il des choses ? Était-il en bon terme avec Albus Dumbledore ? Connaissait-il l'Ordre du Phénix, les vraies motivations des Mangemorts et du Seigneur des Ténèbres ? L'ex-auror était-il capable de voir que Tom Jedusor cachait des plans particulièrement machiavéliques derrière ses faux yeux bruns et ses fausses lunettes argentées ?

Rufus Scrimgeour était une toile vierge pour Izar. Il avait hâte de la peindre.

"J'ai assisté à chacune des Tâches du Tournoi des Trois Sorciers l'an dernier."

Izar pouvait presque sentir un sourire amer poindre sur son visage à la déclaration de l'homme. Les Tâches ne représentaient pas sa meilleure démonstration de pouvoir. Mais encore une fois, c'était toujours une bonne chose que ses ennemis le sous-estiment. Comme s'il avait lu ses pensées, Rufus poussa un grognement satisfait et serra les dents d'une façon qui faisait penser à un lion amusé. Les manières de l'homme s'apparentaient à celles qu'aurait la mascotte de Gryffondor. En apparence, il était gracieux avec des mouvements prudents et vigilants. Mais Izar savait qu'à l'intérieur, sous sa chair, Rufus était impatient de porter un coup fatal.

Le lion, sur tous les plans, était semblable au serpent. Ils surveillaient et analysaient tous deux leur proie avant de frapper. Et cette frappe était aussi rapide que précise; mortelle. Mais il y avait aussi des différences entre les deux espèces. Le lion était arrogant, irascible. Il sous-estimait la plupart de ses proies parce qu'il était le roi de l'espèce animale. D'un autre côté, le serpent se met sur la défensive et devient effrayé par la proximité d'une plus grande menace. Il attaquerait par désespoir, dans le but de se protéger.

Plutôt intéressant que Voldemort ressemblait plus intérieurement à un lion qu'à un serpent. Cependant, il avait les deux traits de caractère. Il optait pour l'attaque, mais l'excès de confiance du lion était quelque chose qui l'aveuglait. L'arrogance n'était pas une caractéristique de la créature inventée par Voldemort. Non, c'était juste un défaut inné à Tom Jedusor.

Izar réfléchit à quelles espèces Rufus ressemblait. Il était un lion en apparence, oui, mais y avait-il un serpent à l'intérieur, voulant à tout prix fondre sur sa proie ?

"Vous avez fait du bon travail," poursuivit l'homme, comme pour le détendre. "Vous aviez quinze ans, n'est-ce pas ?" Ses yeux jaunes jetèrent un coup d'œil à Owen pour avoir sa confirmation. Avec un signe de tête en réponse, Rufus se retourna. "Vous aviez été contraint de participer au Tournoi. Pour quelqu'un de si peu préparé, vous vous en êtes sorti de manière admirable." Rufus fit une brève pause avant de continuer tout aussi hâtivement. "Owen m'a dit que vous aviez un don pour inventer des choses, un vrai prodige, ce n'est donc pas étonnant que le Sous-secrétaire Jedusor vous ait enrôlé aussi vite."

Pendant que l'homme disait ça, ses yeux se levèrent de quelques centimètres au-dessus de la tête d'Izar.

Ce dernier se sentit un peu déçu que Jedusor l'ait trouvé aussi rapidement. Il aurait voulu déchiffrer Rufus un peu plus longtemps, mais cela ne le surprenait pas qu'il l'ait débusqué. Jedusor l'avait probablement observé attentivement durant tout le temps où il avait dansé avec Lily et Daphné.

Une main se posa sur son épaule et se resserra douloureusement tandis que Jedusor prenait place à ses côtés. "M. Scrimgeour," ronronna-t-il en guise de salutation. "Je vois que vous avez déjà rencontré mon héritier."

Les deux hommes se serrèrent la main, Jedusor gardant toujours sa main gauche sur l'épaule d'Izar. L'héritier Black observa l'échange entre les deux puissants politiciens et ne put s'empêcher de noter leurs visages crispés et leurs sourires factices. Ils se détestaient. Seulement, ils ne l'admettraient jamais à voix haute.

Jedusor paraissait plus amusé qu'irrité alors que Rufus semblait grincer des dents, impatient et désireux d'attaquer.

Alors, à quel point l'homme savait-il ? Était-ce une simple hostilité entre eux, ou Scrimgeour savait que Tom Jedusor était, en fait, un Seigneur des Ténèbres en pleine ascension ? Izar pensait que c'était plutôt la première hypothèse. L'homme avait probablement senti que quelque chose n'allait pas. Il avait confiance en son intuition pour lui dire s'il devait faire confiance ou se méfier de Tom Jedusor. Si Scrimgeour savait qu'il était en réalité la personne commandant les Mangemorts, Izar pensait qu'il ne lui permettrait pas de rester en fonction. Après tout, le Ministre de la Magie avait un certain pouvoir sur le Sous-secrétaire.

Rufus sourit légèrement, regardant Jedusor et Welder se serrer à leur tour la main. Le chef des Langues-de-plomb semblait envoûté par l'homme car il lui fit un accueil chaleureux.

"En effet," répondit vivement Scrimgeour face à la réflexion de Jedusor. "En vérité, Owen et moi parlions juste de M. Black et du reste des Langues-de-plomb." Izar haussa les sourcils avec curiosité, mais Rufus poursuivit avec aisance ce qu'il était en train de dire. "Je sais que Cornelius a voulu fermer les yeux sur le travail des Langues-de-plomb. Il a laissé libre cours à leurs expériences, et si je suis élu, j'aimerais diriger d'une main de fer leurs opérations et connaître leurs découvertes."

Izar inspecta discrètement Owen Welder pour savoir sa réaction. Comme il le pensait, l'homme essayait de cacher sa répugnance. Les langues-de-plomb étaient des employés très secrets et qui aimaient garder leur affaire privée. Ils expérimentaient avec des objets et des artefacts que la plupart des sorciers et sorcières trouveraient compliqués à comprendre. Poser des limites à leur travail signifierait un véritable désastre.

Izar fixa le sol pour ne pas trahir son aversion, puis leva les yeux, un sourire en coin sur les lèvres. "Croyez-vous qu'il y a des recherches contraires à l'éthique en cours, M. Scrimgeour ?" dit-il d'un air taquin, comme pour le ridiculiser d'avoir de telles craintes. "Parce que je peux vous assurer que nous ne sommes pas exactement ce que le public dépeint de nous. En bref, nous sommes les enfants qui ne se sont pas très bien intégrés à l'école. Nous sommes... des nerds inoffensifs."

A côté de lui, Owen explosa de rire, s'agrippant à son assiette remplie de boulettes de bœuf. "Bien dit, Izar, bien dit."

Jedusor resta silencieux, simple spectateur. Izar savait qu'il était là uniquement pour voir comment il se débrouillait avec Rufus. Et le jeune Black était prêt à lui montrer qu'il s'en sortait très bien.

Rufus rit doucement et pencha la tête sur le côté pour le regarder sous un nouvel angle. "Et pourtant, vous êtes l'héritier d'un homme politique notoire."

Izar sourit. "Je ne pouvais pas laisser passer l'opportunité d'avoir des déjeuners gratuits." Owen poussa un autre éclat de rire bien que le jeune Black restait inexpressif. Rufus recula la tête d'une façon qui ressemblait à celle d'un cheval à cran.

Le candidat au poste de Ministre l'évaluait tout autant que lui. Rufus voulait savoir quoi penser du nouvel héritier de Jedusor, s'il s'agissait d'une menace ou d'une personne dont il pouvait se désintéresser. Bien qu'Izar souhaitait que ce soit le dernier cas de figure, il espérait secrètement que Rufus voie quelque chose en lui qui attirerait son attention pour plus tard.

Ses yeux jaunes l'examinèrent minutieusement. "Parfois, les esprits brillants sont les plus dangereux. Dites-moi, Izar, qu'êtes-vous ? Un expérimentateur ou un inventeur ? Owen m'a dit que vous êtiez les deux, mais la plupart n'excellent pas dans ces deux branches."

Izar n'hésita pas. "Je pense qu'il faut exceller dans les deux, monsieur, afin d'être bon dans ce que nous faisons. Nous ne pouvons inventer si nous n'avons pas expérimenté. Et nous sommes incapables d'expérimenter si nous n'avons pas inventé quelque chose qui aboutit à des résultats."

"Impressionnant," approuva Rufus. Il passa une main dans ses cheveux, attirant l'attention sur sa crinière sauvage et épaisse. Les cheveux au sommet de son crâne semblaient gominés, mais des boucles serrées cascadaient de ses oreilles jusqu'à ses épaules. "C'est un point de vue très intéressant, mais la question est toujours d'actualité, M. Black. Les esprits curieux ont besoin d'être rassasiés et, en retour, de tels esprits ont besoin de restrictions. Qui me dit que vos collègues n'expérimentent pas sur des êtres humains ? Et s'ils cherchaient un moyen pour annihiler la population d'un seul coup ?"

La main de Jedusor glissa derrière Izar et toucha brièvement le bas de son dos avant de se retirer. Izar savait que le Seigneur des Ténèbres était content de lui jusqu'à présent. Et le fait qu'il ne jouait pas avec Rufus dans le but de s'attirer les bonnes grâces de Jedusor aidait les choses.

"Il existe bien des façons de fabriquer une telle force destructrice, M. Scrimgeour. Mais la plupart des inventeurs et expérimentateurs, comme moi, apprécient l'art de créer quelque chose de nouveau, quelque chose qui transcenderait les lois mêmes de la physique et de la magie. Nous ne sommes pas intéressés par l'anéantissement totale. En tout cas, ça a déjà était fait par les moldus." Il détestait faire référence aux moldus, mais c'était nécessaire pour ce qu'il essayait de faire passer.

La destruction était simple, même les moldus pouvaient le faire. Rufus ne devrait pas craindre que les Langues-de-plomb reproduisent ces intentions.

Une lumière étrange éclaira les yeux de l'homme face à sa remarque. "Les moldus, des gens extraordinaires, n'est-ce pas, Izar ?"

C'était un brusque changement de sujet, mais Rufus semblait curieusement intéressé par sa réponse. Il essayait probablement de discerner ses vrais sentiments à propos des moldus et nés-moldus. Ou peut-être était-ce quelque chose d'un peu plus. De toute façon, Izar allait donner la vérité, ou... au moins partiellement. Après tout, Jedusor trouverait cela pathétique s'il se montrait entièrement d'accord avec la déclaration de Rufus.

"Extraordinaires malgré les circonstances, monsieur, mais dans l'ensemble, ils sont juste effrayés par le pouvoir et ceux qui l'exercent." Rufus haussa les sourcils mais Izar ne lui permit pas de l'interrompre. "Ils ont créé la bombe atomique par peur et par vengeance. Ils continueront à craindre ceux qui détiennent plus de pouvoir qu'eux, et leur réaction sera prévisible s'ils sont informés de l'existence de la magie et de ceux qui la manient. Destruction."

Un sourire méfiant étira les traits de Rufus. "Et qui dit qu'ils découvriront notre monde ?"

Les nés-moldus. La réponse était aussi simple que ça. Plus il y aura de nés-moldus qui verront le jour et seront autorisés à vivre dans les deux mondes, plus ils seront difficiles à contrôler. Ils parleraient et auraient trop d'attaches dans le monde moldu.

Au lieu de rétorquer ceci à Rufus, Izar eut un léger sourire. "J'ai bien peur que nous pourrions débattre sur le sujet pendant des heures, M. Scrimgeour. Toutefois, je pense avoir beaucoup usé de votre temps, vous semblez être attendu ailleurs." Il fit un geste négligé de la main vers un endroit de la salle, sentant les regards perçants au coin de son visage depuis un moment maintenant.

Scrimgeour se tourna, repérant les invités qui l'observaient poliment et avec curiosité. Avec un petit rire, Rufus se retourna et s'approcha d'Izar. "Je vois que je me suis attardé beaucoup trop longtemps, même si ce fut une conversation très agréable, M. Black. J'espère que nous continuerons bientôt cette discussion, si le Sous-secrétaire Jedusor est prêt à vous partager ?"

Lord Voldemort ne partage pas. Izar pensait que la demande de Rufus se voulait humoristique, mais il acquiesça tout de même. "J'attends cela avec impatience."

Rufus serra la main d'Owen et de Jedusor avant de donner une dernière poignée de main à Izar. "J'espère avoir votre vote ?" demanda-t-il avec légèreté, mais de manière pourtant sérieuse.

Izar lui adressa un sourire sinistre. "Si j'avais l'âge, M. Scrimgeour, vous auriez mon vote, oui."

Son annonce sembla le prendre par surprise, comme s'il avait oublié qu'il n'avait que seize ans. Le buste légèrement incliné, l'homme pivota sur lui-même et se dirigea vers les autres personnes de la salle. Izar le regarda partir avec avidité; conscient qu'il avait obtenu l'intérêt de Rufus ainsi qu'un adversaire digne.

"Très bien, mon enfant," ronronna Jedusor dans son verre à vin. C'était dit de manière suffisamment basse pour qu'une personne passant à proximité ne puisse entendre. Avec l'amélioration de son ouïe, Izar avait très bien distingué ses paroles.

Une main se posa sur son dos. "J'espère que cela signifie que vous allez retourner travailler lundi ? A temps plein ?" grommela Owen, gardant en équilibre son assiette de boulettes de viande avec sa main libre. "Vous avez manqué au Département, M. Black."

"J'espère que ce n'est pas parce que vous me donnez d'autres retourneurs de temps à confectionner…" murmura Izar.

Owen gloussa. "Nous avons une nouvelle recrue pour cela, M. Black."

"Je crains qu'il ne reviendra pas travailler à temps plein, M. Welder," intervint habilement Jedusor.

Izar lui décocha un regard acerbe, luttant pour ne pas exprimer ce qu'il en pensait.

"Avec son nouveau statut, je vais avoir besoin de lui à proximité," poursuivit-il. Jedusor posa son verre à vin vide sur le buffet et verrouilla son regard sur Owen. "Puis-je me permettre de vous suggérer que nous nous l'échangions tous les jours après le déjeuner ? Izar passera ses matinées avec les Langues-de-plomb, après quoi, il m'accompagnera."

Izar s'appuya contre la table et regarda les invités se mêler à la foule. En raison de l'heure tardive, la salle était moins occupée, mais une bonne poignée de convives restait dans l'espoir de parler avec Rufus Scrimgeour ou Pius Thicknesse. Sans réel intérêt pour eux, Izar observa les couples qui dansaient, tout en attendant la réponse de Welder.

Il ne voyait aucun défaut dans l'arrangement proposé par Jedusor. Il aurait été facile pour lui de simplement le retirer des Langues-de-plomb, mais l'homme avait offert quelque chose qui se trouvait à mi-chemin... ce qui était rare. Mais était-ce un acte de générosité de sa part ? Ou un acte qui correspondait aux plans de Voldemort ? Pour ce qu'Izar en savait, le Seigneur des Ténèbres n'avait qu'un autre espion du nom de Rookwood parmi les rangs des Langues-de-plomb.

"A mi-temps," grogna Owen. "Tant qu'il se présente à l'heure le matin, je ne vois rien de mal à cet aménagement."

Izar étudia Jedusor du coin de l'œil et remarqua le sourire écœurant qu'il arborait.

"Je suis enchanté que ça soit réglé," souffla-t-il. "Nous prenons congé, Owen. Je serai ravi de vous revoir et veillerai à ce qu'Izar soit au travail lundi à huit heures précises."

Izar obtint à peine un signe de tête avant que Jedusor ne le conduise vers la sortie. "Mon père..."

"Peut attendre," coupa-t-il.

Izar maugréa dans sa barbe, sachant très bien que l'homme pouvait l'entendre. Il fut dirigé dans un long couloir où les invités y avaient déposé leurs capes, manteaux et sacs à main.

"Tom, Tom !" appela désespérément une voix lointaine, essoufflée.

Sur le point de se retourner pour voir qui hélait Jedusor de la sorte, Izar fut stoppé par deux mains qui s'abattirent lourdement sur ses épaules, lui enjoignant d'avancer. "Continue de marcher, et rapidement," glissa Jedusor à son oreille.

Izar sourit, réalisant que le Seigneur des Ténèbres voulait éviter une rencontre avec qui pouvait bien être en train de l'appeler. Alors qu'ils étaient sur le point d'être bientôt en sûreté, une silhouette vêtue de rose se posta devant eux, bloquant ainsi leur chemin.

L'héritier Black cligna des yeux devant l'apparition, avant d'émettre un halètement horrifié et de reculer brusquement contre le Seigneur des Ténèbres. L'homme laissa échapper un grondement agacé, ses mains se resserrant douloureusement sur les épaules d'Izar.

Cette femme... elle devait être à moitié crapaud.

Un mince sourire allongeait ses lèvres, la faisant ressembler à un crapaud sournois et fourbe. Izar siffla entre ses dents, intimidé par ses yeux marrons globuleux et son sourire qui s'étendait sur des kilomètres à travers sa figure épaisse. Elle était ses cauchemars personnifiés.

"Hem hem," elle cligna doucement des yeux. "Est-ce que ça va, mon petit ?"

Non, il n'allait pas bien. Izar jeta un coup d'œil à Jedusor. Ce dernier rencontra son regard, ses lèvres tellement pincées qu'elles n'étaient plus qu'une fine ligne, preuve de son exaspération. C'était puéril d'avoir aussi peur des crapauds et des grenouilles. Mais Izar n'avait pas tant peur d'eux que ça, c'était surtout qu'ils le perturbaient. Il pouvait très bien les supporter si cela se résumait à ça; il les trouvait juste...

Déconcertants.

Avant qu'Izar ne puisse s'en remettre, la voix masculine qui avait appelé Jedusor les avait finalement rattrapés. Izar fut surpris de voir Cornelius Fudge, pantelant et le visage rouge. "Tom," souffla Fudge. "J'avais espéré te rattraper avant que tu ne partes."

Le Ministre tenait une boîte et Izar l'examina, intrigué, l'utilisant comme un moyen d'ignorer la femme en rose qui s'était approchée d'un air suffisant.

"Oh ? Et qu'est-ce qui ne peut attendre jusque lundi, Monsieur le Ministre ?" s'enquit Jedusor.

Le dénommé les salua d'un hochement de tête et sourit chaleureusement à Izar avant de tendre la boîte au Sous-secrétaire Jedusor. "Je voulais t'en faire cadeau, Tom. Nous travaillons ensemble depuis plusieurs années maintenant, et je pense que tu pourrais en tirer grand profit."

Tout le monde se pencha pour mieux voir alors que Jedusor soulevait lentement le couvercle de la boîte qui révéla... une paire de bottes pointues violettes. Izar rentra les lèvres pour s'empêcher de rire, surtout en voyant Jedusor qui fut trop lent à cacher sa réaction. Le dégoût absolu. Il fut parti probablement trop vite pour que Fudge et la femme-crapaud ne l'aperçoivent.

"Je ne peux les prendre, Monsieur le Ministre," Jedusor essayait de s'en sortir.

Oh… mais Izar n'allaitpas le laisser faire. Il considérait cela comme une partie de sa revanche pour... l'éjaculation faciale de l'autre soir.

"Non-sens, M. Jedusor," entra-t-il en scène avec un air prétentieux, tout en sortant la paire de bottes de sa boîte. Il la porta à hauteur de ses yeux, étudia le cuir violet puis se pencha vers l'homme. "Elles sont de grande qualité. C'est un cadeau très généreux, Monsieur le Ministre. Je pense que cela apporterait un peu de couleur à la garde-robe du Sous-secrétaire Jedusor."

Izar ignora totalement le regard qu'il recevait de celui-ci et se concentra sur le large sourire de Fudge. "Exactement, mon garçon. C'est ce que j'avais en tête lorsque j'ai acheté ces bottes pour Tom."

L'héritier Black hocha la tête, remettant les bottes dans la boîte, qu'il plaça dans les bras de leur tout nouveau propriétaire. "Je veillerai à ce que M. Jedusor les porte lundi," ajouta-t-il avec un grand sourire.

{Death of Today}

Quelques minutes plus tard, Izar et Voldemort étaient assis l'un en face de l'autre, la boîte contenant la paire de bottes pointues abandonnée dans un coin. Ils étaient actuellement à la base de Lord Voldemort, qui se trouvait à quelques kilomètres au sud de Londres. Beaucoup des partisans de confiance du Seigneur des Ténèbres connaissaient son emplacement, en particulier les Mangemorts du Premier Cercle. Étant donné que Bellatrix et quelques autres Mangemorts étaient assignés à résidence, la base était également leur maison.

Le Seigneur des Ténèbres possédait sa propre aile, avec plusieurs chambres verrouillées et bloquées pour que personne ne puisse entrer. L'intimité avait été sa plus grande exigence quand il avait construit cette base, et c'était ce qu'il avait obtenu.

Ce n'était, en aucun cas, aussi luxueux et accueillant que sa maison privée en bord de plage. L'atmosphère ici était froide, sombre et terne, tout ce qu'on attendait d'un Seigneur des Ténèbres. Mais comme la base était principalement souterraine, il fallait s'attendre à ce que la lumière du soleil ne les atteigne pas.

Izar se tenait raide en face du Seigneur des Ténèbres, le détaillant à travers ses paupières à moitié fermées, alors que ce dernier était en train de siroter un grand verre de brandy. Les yeux cramoisis le regardaient tout aussi intensément depuis le bord de son verre. Malgré le fait qu'il l'ait félicité plus tôt lors de la réception au Ministère, Izar pouvait sentir le mécontentement que diffusait Voldemort.

"Puis-je me retirer ?" demanda-t-il, tout en lissant sa robe blanche d'une main. Après que sa robe ait été confectionnée, Izar avait été conduit à la base avant qu'ils ne partent pour le Ministère. On lui avait affecté une chambre dans l'aile de Voldemort et il savait exactement où aller pour s'y rendre.

"Non."

S'enfonçant davantage dans le canapé en cuir, les yeux fendus d'Izar observèrent paresseusement le col mal ajusté du Seigneur des Ténèbres. Dès qu'ils avaient mis les pieds dans l'intimité de la chambre de Voldemort, son glamour s'était dissipé et il était redevenu le tristement célèbre Mage Noir.

Izar remarqua rapidement qu'il n'avait pas révélé ses crocs, ses oreilles et ses écailles, seulement ses yeux rouges fendus. Il était évident que l'homme détestait son côté créature, bien qu'il l'ait lui-même inventé. Pour s'opposer à lui, Izar avait ôté chacun de ses propres sorts de glamour. Il pouvait sentir ses oreilles pointues frôler ses cheveux et sentait que ses yeux étaient beaucoup plus reposés, presque comme si un film qui les avait asséchés avait été retiré.

Izar voulait que Voldemort le voie en créature, pour lui rappeler ce qu'il était également, même s'il n'était pas disposé à se montrer sous cette apparence.

"Si nous en avons fini avec les bottes violettes…" commença le jeune sorcier, voulant mettre un terme à cette discussion. Il était épuisé et converser avec le Seigneur des Ténèbres était la dernière chose qu'il voulait faire.

"Tu as fait un travail remarquable avec Scrimgeour," contra Voldemort, délaissant totalement les bottes. Ils savaient tous les deux que ce n'était pas pour ça que l'homme était contrarié. Les yeux carmins se plissèrent. "Presque trop."

Izar lui donna un sourire sombre, amusé. Etait-il jaloux qu'il ait trouvé une nouvelle source d'intérêt ? Le Seigneur des Ténèbres devrait pourtant savoir que personne ne pouvait le remplacer, mais Izar refusa de le lui dire. Cela ne ferait que gonfler son ego. "Je le trouve captivant," avoua-t-il. "C'est un personnage fascinant, un adversaire digne... comme tu dirais."

Voldemort ne répondit pas pendant un certain temps, préférant examiner minutieusement Izar. Ses ongles cliquetaient sur son verre alors qu'il était plongé dans une intense réflexion. "Tu me fais penser à un chaton," murmura-t-il finalement. "S'amusant avec une pelote de laine aux fils décousus. Il serait peu avisé de jouer avec trop longtemps car tu finirais par t'y emmêler."

Izar pencha la tête en arrière, dévoilant son cou à l'homme alors qu'il souriait au plafond. "Tu le fais tout le temps," riposta-t-il.

"Je ne laisse pas mes émotions me gouverner," siffla Voldemort. "Tu ferais bien de simplement reconnaître Scrimgeour comme un adversaire digne et abandonner tout sens de respect pour lui. Cela ne fera que t'enfermer davantage dans son emprise. Comment peux-tu savoir qu'il ne se sert pas de l'intérêt que tu lui portes ? Qui dit qu'il ne t'utilise pas pour essayer de m'atteindre ?"

"Il ne m'apparaît pas comme quelqu'un qui utilise de telles méthodes. Rufus Scrimgeour est franc et direct dans ses attaques, après avoir patiemment analysé sa proie," rétorqua judicieusement Izar, alors qu'il se rappelait des manières de l'homme durant la réception au Ministère.

Voldemort tenait son verre avec le bout de ses doigts, le faisant gracieusement tourner. Sa bague celtique attrapa la lumière que projetait le feu dans le foyer en pierre noire. "N'en sois pas si sûr, mon enfant," prévint-il.

Ils se murèrent ensuite dans le silence. Le bois qui crépitait dans la cheminée était le seul son distinguable dans la pièce. Izar planta son regard dans les flammes, furieux que le Seigneur des Ténèbres accorde si peu de crédit à ses observations. Il était relativement bon quand il fallait lire les gens et Voldemort lui-même avait dit que la stratégie de Rufus reposait sur la force brute. Scrimgeour était un Gryffondor et un auror. Tous deux étaient entraînés à attaquer de front et rapidement.

"De quoi as-tu parlé avec ta mère après ta... stupide évasion ?"

Izar posa les yeux sur Voldemort, cachant sa surprise. Ce dernier n'était pas connu pour poser des questions très personnelles et Izar n'avait pas d'expérience dans le domaine. Regulus et Sirius étaient les seules personnes qui le connaissaient vraiment, même s'ils ne savaient pas la majeure partie de ce qu'il avait traversé.

"Elle voulait savoir à propos de l'attaque de Cygnus," murmura-t-il calmement. "Elle voulait savoir comment j'ai été en mesure de le vaincre et en a aussi profité pour me rappeler que la bataille pour obtenir ma garde tenait toujours." Humidifiant ses lèvres, Izar lui offrit un sourire circonspect. "Je lui ai dit que ta maîtrise en Légilimancie avait permis de chasser Cygnus."

Un mensonge.

Et Voldemort le perçut instantanément.

Le Seigneur des Ténèbres se leva brusquement du canapé et marcha quelques mètres, fixant le bar dont était pourvue sa chambre. "Intéressant," le mot roula sur sa langue. "Tu vois, j'ai eu des doutes au sujet de ta mère le jour de l'attaque de Cygnus. C'est drôle... au Ministère, elle paraissait savoir exactement ce qu'il se passait sans aucun avertissement préalable. Elle semblait aussi vouloir que Cygnus atteigne le Voile, comme si elle avait prévu quelque chose dès qu'il aurait complètement fusionné avec le reste de son esprit."

Izar se leva, trop nerveux pour rester assis. Il commença à faire les cent pas devant la cheminée, la chaleur réchauffant ses jambes. Pourquoi était-il...

"Pourquoi couvres-tu ta mère, enfant stupide ?" Voldemort exprimait à haute voix ses propres pensées. "La femme qui t'a conçu pour appâter ton père, la femme qui a abandonné son erreur dans un orphelinat moldu... ce même orphelinat dans lequel tu as vécu l'enfer." poursuivit-il, sa bouche tordue en un rictus.

"Beaucoup de mères abandonnent leur enfant si elles sentent qu'elles ne peuvent se tourner vers aucune autre voie," murmura Izar. "Elle était jeune et complètement manipulée par Dumbledore. Mis à part la culpabilité, je pense qu'elle m'a placé en orphelinat pour me garder hors de sa portée."

Voldemort se retourna, ses traits déformés par le dégoût. "Tu es pathétique."

Izar vit rouge. Sa lèvre supérieure se rehaussa, dévoilant son croc droit et par fureur, il balaya l'air de son bras. "Je pense que me raccrocher à ma colère est ce qui est pathétique. Je lui pardonne de m'avoir placé en orphelinat, mais je n'oublierai jamais. Tout comme je ne lui pardonnerai pas ce qu'elle a fait à Regulus." Izar inspira profondément, les mécanismes humains trop ancrés dans son esprit pour se rendre compte qu'il n'avait pas besoin d'oxygène.

Il ne voulait pas penser à Lily en ce moment. Sa mère était morte et tout ce qui restait était une coquille vide de la femme qu'elle était autrefois. Mais comment était-elle devenue ainsi ? Parce qu'elle avait créé un Horcruxe pour le protéger.

Il éprouvait quelques chose proche du respect pour cette femme. Ses émotions étaient trop embrouillées, trop floues pour qu'il sache clairement ce qu'il ressentait pour sa mère et pour la situation dans laquelle elle les avait piégés. Il ne portait aucun amour pour Lily Potter et ne le pourrait jamais, mais ce qu'il ressentait vraiment pour elle resterait un mystère jusqu'à ce qu'il y réfléchit sérieusement.

D'ici là, il ne voulait pas parler d'elle ou de son Horcruxe.

"Je ne veux pas en parler," annonça Izar à Voldemort avant que celui-ci ne puisse répliquer. "C'est un sujet auquel on ne touchera pas pour le moment."

Voldemort eut un sourire acerbe. "Bien," concéda-t-il. "Alors nous parlerons de cette... chose blonde... cette sorcière." Une main pâle s'agita négligemment dans l'air, comme s'il prenait bien peu Daphné en considération.

Izar lui lança un regard noir. Il supposa que le moment était venu de parler du mariage arrangé. Le Seigneur des Ténèbres était déjà irrité, énervé, et Izar était trop épuisé pour faire preuve de subtilité à ce sujet. "Daphné Greengrass, comme si tu ne le savais pas," murmura-t-il avec amusement. "Je pense qu'un mariage arrangé serait bénéfique pour nous trois."

L'atmosphère se refroidit soudainement et Izar fit un pas en arrière quand il vit et sentit la magie du Seigneur des Ténèbres pour la première fois depuis l'accident. C'était enivrant et effrayant en même temps, seulement parce que c'était l'intensité de sa colère qui lui permettait de la visualiser à nouveau. La poussière de diamant aux mouvements habituellement lents et réguliers, semblait être empreinte d'une teinte rouge orangé, et tourbillonnaient rageusement autour de Voldemort.

"Bénéfique pour nous trois ?" répéta-t-il. Des ombres s'accrochèrent à sa silhouette et assombrirent son visage, preuve que l'homme était loin d'être satisfait par l'idée. "La seule personne que je verrais en bénéficier serait cette malheureuse, non ? Elle gravirait l'échelle sociale en tant qu'épouse de l'héritier de la famille Black."

Izar s'avança, résistant obstinément au serpent enragé. "Elle ne me voit pas comme un potentiel amant et ce que je ressens pour elle est platonique. Elle respecte mon intimité et a même laissé croire que nous n'avons pas besoin de vivre sous le même toit. Elle... "

"Je vois que vous aviez déjà prévu cette escapade romantique. C'est mignon, vraiment, mais ça n'arrivera pas." susurra Voldemort d'un ton plus calme.

Se balançant sur ses talons, Izar darda son regard sur le dos de l'homme et empêcha toute émotion de transparaître sur son visage. Jusqu'où pouvait-il aller ? Le Seigneur des Ténèbres était déjà clairement furieux, mais celui-ci était connu pour sa mauvaise humeur... A quel point cette mauvaise humeur pouvait-elle dégénérer ? Il ne lui permettait même pas de clore son propos ou d'expliquer son point de vue. Cela l'excédait qu'il soit aussi têtu.

"Je t'ai déjà dit qu'il n'y a rien de romantique entre nous," répondit Izar avec un timbre de voix contrôlé. "Je pense que ce serait une protection supplémentaire pour notre vraie... relation. Si quelqu'un devenait suspicieux à cause de notre proximité, être ton... fiancé en plus d'être ton héritier politique pourrait..."

Voldemort leva sa main gauche, montrant la bague celtique qui l'ornait. "Ceci est une raison suffisante. S'il y a des soupçons concernant notre relation au-delà de nos liens politiques, alors celui qui doute sera mis hors d'état de nuire... tué. Tu n'évoqueras plus jamais ce sujet, est-ce clair ?"

Il avait dit ça presque calmement. Izar réfléchit un instant, se demandant si c'était un signe que la colère de Voldemort s'atténuait ou si c'était simplement le calme avant la tempête.

Les muscles d'Izar se tendirent alors qu'il se préparait à esquiver tout ce qui pourrait fuser vers lui. "En tant qu'héritier d'une famille de sang-purs, on attendra de moi à ce que je me marie et poursuive la lignée…"

Peut-être que parler des devoirs d'un héritier n'était pas la meilleure marche à suivre, surtout quand le Seigneur des Ténèbres ne pensait probablement pas à l'adoption mais à des relations sexuelles avec Daphné... Il poussa un grognement et lança son verre de brandy sur Izar. La vitesse était incroyablement rapide mais les réflexes d'Izar étaient tout aussi vifs. Avec agilité, le jeune sorcier s'abaissa brusquement et le verre se brisa au-dessus de sa tête, répandant son contenu sur le sol.

Izar siffla, sur la défensive alors qu'il restait accroupi, observant avec méfiance le Seigneur des Ténèbres.

"Si tu contestes mon ordre," prévint froidement Voldemort. "Tu sentiras ce que c'est d'être la cible de ma colère."

Il n'y avait aucun jeu entre eux cette fois. La discussion s'était terminée en faveur de Voldemort. Izar l'accepta, accepta qu'il n'y aurait jamais de mariage arrangé avec Daphné, même si cela l'énervait que le Seigneur des Ténèbres y soit si opposé, qu'il ne lui ait même pas laissé une chance de s'expliquer correctement.

"Est-ce une menace ?" souffla-t-il.

"C'est une menace, oui."

Izar inclina la tête, égratignant le parquet avec ses ongles. Il lutta pour maîtriser sa propre colère, sachant très bien que s'il la laissait se déchaîner sur le Seigneur des Ténèbres, ce dernier continuerait de faire la sourde oreille et se montrerait tout aussi furieux que lui.

"Vous savez que je ne commettrai jamais l'infidélité, mon Seigneur. Cette pensée ne traverse et ne traversera jamais mon esprit."

Voldemort resta silencieux, ombre menaçante au milieu de la chambre.

"J'imagine que notre... relation ne sera jamais fondée sur la confiance. Vous ne me ferez jamais confiance. Et moi non plus. Mais c'est ce que vous voulez, n'est-ce pas, mon Seigneur ?" Izar contempla l'homme à travers les courts cheveux qui étaient tombés devant ses yeux. "Vous voulez que quelqu'un vous défie, mais vous ne l'autoriserez jamais à devenir un égal... qui détiendrait votre confiance." Les yeux clairs et mystérieux d'Izar rencontrèrent ceux carmins de Voldemort. "Je ne suis pour vous qu'une simple possession, quelque chose qui vous divertit de temps en temps mais que vous pouvez facilement jeter."

Izar se redressa de sa position accroupie et croisa les bras sur sa poitrine. "Avec le temps, j'espère que vous réaliserez que je suis une personne loyale," continua-t-il doucement. "Je peux vous poser des problèmes tout en étant digne de votre confiance."

Les lèvres de Voldemort se retroussèrent. "Tu penses m'avoir compris, mon enfant, mais ta perception est loin de la réalité."

L'héritier Black émit un son incrédule mais ne commenta pas sa remarque. "Est-ce tout, mon Seigneur ?"

Les yeux cramoisis de Voldemort le scrutèrent attentivement avant qu'il n'agite sa main, la porte s'ouvrant en réponse. Izar traversa la pièce et passa devant lui. Mais avant qu'il ne puisse sortir, son coude fut retenu. Il fut soudainement retourné et une main entoura son visage, le relevant de façon à pouvoir capturer ses lèvres. Voldemort n'avait pas besoin de se pencher autant qu'avant pour les rencontrer.

Izar se crispa, peu enclin à recevoir un baiser ce soir.

Voldemort recula, ses mains toujours posées sur son coude et sa joue. "Non, ce n'est pas tout," murmura-t-il. "J'aimerais que tu partages mon lit ce soir. Tous les soirs."

La requête le prit par surprise. Venant du Seigneur des Ténèbres, c'était un signe de vulnérabilité. C'était une action qui prouvait à Izar que Voldemort ne voulait pas qu'il s'en aille avec les mauvaises suppositions. "Je suis fatigué," répondit-il faiblement.

Un sourire espiègle courba les lèvres de l'homme. "Habituellement quand tu dors, c'est que tu es fatigué, mon enfant. Je ne te demande pas de coucher avec moi. Je te veux dans mon lit, avec moi."

Izar resta sur ses gardes, le dévisageant longuement. Sans qu'il ne le veuille, son estomac se tordit vivement à l'idée de dormir dans le même lit que le Seigneur des Ténèbres. Pas de sexe, seulement dormir.

Finalement, Izar lui fit un signe de tête crispé.

Voldemort inclina la tête. "Tu sais où est mon lit. Je serai là dans quelques minutes."

Izar se glissa hors de la pièce et s'approcha de la chambre à coucher du Seigneur des Ténèbres. Alors qu'il en franchissait le seuil, Izar prit conscience d'une chose qu'il n'avait pas pensé quand l'homme lui avait fait cette demande.

Voldemort dormirait avec lui, vulnérable, à découvert. Une telle exposition signifiait qu'il était suffisamment à l'aise avec le fait qu'il soit à ses côtés, qu'il y avait un semblant de confiance entre eux deux.

Malgré le fait qu'il soit un connard, Izar était prêt à admettre que sa vision de Voldemort était peut-être erronée.

{Death of Today}

Il rêvait. Izar ne rêvait pas très souvent, mais quand c'était le cas, ses rêves ne concernaient généralement rien de particulier.

A côté de lui se tenait un homme en train de parcourir des yeux un portrait. C'était un portrait issu du monde sorcier. Il n'y avait pas beaucoup de sorciers ou de sorcières qui choisissaient l'art comme loisir, mais quand c'était le cas, ils obtenaient des résultats magnifiques. Izar s'intéressa peu au portrait et préféra centrer son attention sur l'homme.

Il était ridé, à la fin de la soixantaine. Ses cheveux noirs étaient striés de gris et ses quelques mèches poivrées étaient bouclées. Un bouc d'apparence rugueuse n'occultait cependant aucunement les traits aristocratiques de l'homme, tandis qu'il dévorait de ses yeux gris pétillants le portrait animé en face de lui.

"Regulus," chuchota Izar, ravi. Son père avait bien vieilli. Incroyablement beau et distingué.

Il se tourna vers lui avec un sourire perplexe. "Regulus ? Je n'ai pas entendu ce nom depuis des années, Izar." Des yeux couleur charbon, tellement semblables à ceux de son père, explorèrent son visage.

"Pourquoi ?" demanda Izar. "Tu es bien Regulus Black, n'est-ce pas ?"

Le dénommé fronça les sourcils, perdant soudainement sa bonne humeur pour une expression beaucoup plus sérieuse. "Regulus était mon quatrième arrière-grand-père, Izar."

Quelque chose devint froid dans son ventre alors qu'il observait l'homme. Celui-ci devait être un descendant de Regulus. Et s'il était son arrière-petit-fils, cela signifiait qu'il était aussi le petit-fils... d'Izar. La bouche de l'héritier Black devint sèche alors qu'il inspectait l'homme devant lui, de manière presque obsessionnelle. Ça ne pouvait pas être... c'était très étrange.

"Regarde," son interlocuteur désigna le portrait. "Regarde cette beauté intemporelle. Forever Frozen, ils l'appellent."

Izar s'exécuta lentement. Ce ne fut cependant pas un portrait qu'il vit, mais un miroir. Il fixa son reflet qui aurait seize ans pour toujours.

Son descendant jeta un coup d'œil au miroir, son visage ridé contrastant avec sa peau sans imperfections. "Étrange, tu ressembles beaucoup à un Black," murmura-t-il. "Je suis étonné que nous ne soyons pas de la même famille. Même si, pour ce que nous en savons, tu pourrais être mon neveu éloigné."

Izar se détourna du miroir et scruta son jeune... mais vieux descendant. Ses paroles répondaient à ses questions. Izar serait toujours spectateur de la lignée des Black. Il ne pouvait se tenir trop près, par peur d'être découvert, par peur de s'attacher. Il serait forcé de surveiller à l'écart, éloigné de tout contact.

L'immortalité n'avait jamais paru si misérable.

Izar se réveilla, l'esprit encore embrumé. Il eut conscience des bras derrière lui qui l'enserraient. Le jeune sorcier se retourna, faisant face au corps allongé à ses côtés, cherchant celui qui portait la même malédiction que lui.

Il pressa sa poitrine contre la seule autre existence qui partageait sa température, celle qui était absent de pouls mais qui débordait toujours de vie...

En réponse, les bras se resserrèrent davantage autour de lui.

Et tout à coup, l'immortalité ne sembla plus être tellement synonyme de solitude.


Note de l'auteur : Non, le rêve ne veut pas dire qu'Izar va avoir un enfant.