Muse - Isolated System
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« Jill ! »
La porte de la petite maison s'ouvrit dans un grand bruit, tandis que le jeune Caleb se hissait sur le seuil en se tenant le ventre. Il posa sa main sur le mur pour refermer la porte, tâchant de sang toute l'entrée, avant que la Russe ne se pointe, kalachnikov à la main.
« Où Tek ? »
« Putain de bordel Jill, viens m'aider ! »
Elle s'approcha, assez surprise, l'aidant à avancer jusqu'au canapé.
« Balle toujours en toi ? » Demanda-t-elle en posant son arme, retirant la veste en cuir de Cal et remontant son tee-shirt. Puis, inspectant la plaie, elle rabattit le tissu sur ses côtes, le faisant crier de douleur.
« Mais t'es malade ou quoi ? »
« Toi pas mortellement blessé, survivre. Où Tek ? »
« Prisonnier. A Woodbury. » Grogna Caleb, en décidant de prendre soin de lui-même. « T'es vraiment qu'une sale radasse, y'a que Tek qui compte, à tes yeux… »
« Il faut aller le chercher ! »
« AH-AH ! » Elle sursauta lorsqu'il tendit un doigt accusateur sur sa personne, tandis qu'il essuyait le sang sur son torse. La balle ne l'avait qu'éraflé, mais la plaie saignait toujours. « Tu vois quand tu veux, tu parles bien l'anglais ! »
« Caleb ! »
« Jill ! » L'imita-t-il en gémissant. « C'est bon, ils ne le tueront pas tout de suite. Ils vont essayer de le questionner, et c'est là que ça se corse pour nos gueules. S'il parle, c'est une trahison, et on sera obligé d'appliquer la sentence concernant les Furtifs devenus traîtres. »
« Lui pas parler. Jamais. Militaire. »
« J'espère bien, parce qu'on va être obligé d'aller sauver son cul. Sans lui, pas d'alliance Furtifs-Prison, ce qui serait terriblement dommage pour nous tous. Et Skin ne nous pardonnera jamais d'avoir laissé derrière son précieux second. »
« Quoi faire ? »
« Là ? Toi me faire à bouffer, moi me reposer, et ensuite nous rentrer aujourd'hui pour obtenir des muscles et des flingues en plus, et puis nous risquer nos vies pour cet enflure de Tek Ceara ! »
D'un coup de pied, Jill fit glisser la casserole à moitié pleine de raviolis en conserve dans sa direction, avant de l'insulter en Russe, la kalache à nouveau dans les mains. Il la laissa faire, assez intimidé, et ne reprit sa respiration qu'une fois la porte d'entrée claquée.
« Bon Dieu d'putain d'merde. » Ronchonna-t-il en essuyant le sang. « Depuis quand les femmes sont-elles aussi grossières ? »
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« On pourra dire que tu m'auras tout fait, Tek. Survivre à ma balle à la prison, survivre à cet accident de la route avec Phil et Daryl…et finalement atterrir ici, mon frère sur le dos, et un tas d'histoires à me raconter. De toute la Fratrie, il va sans dire que c'est toi le plus surprenant. »
« Ah tu crois ? C'est que je n'voudrais pas t'voler ton titre, hein. R'garde, j'pars quelques mois, et quand j'reviens, t'as lobotomisé Phil et James en plus d'avoir pris le pouvoir dans cette ville…y'a pas à dire, t'es l'p'tit génie d'la Fratrie. »
Tek cracha le sang qui obstruait sa gorge, prenant de longues inspirations. Brayne caressait inconsciemment les montres qui lui servaient de poings américains, lui souriant avec froideur. Il était un peu fatigué, à force de cogner sur son cousin, mais celui-ci ne répondait pas à ses questions.
« Allez, dis-moi comment tu as réussi à arriver jusqu'ici. Pas seul, je suppose. On m'a dit que tu n'étais pas tout seul, dans cette forêt. Cela nous rendra la chose beaucoup plus facile, pour toi comme pour moi. »
« J'aime beaucoup comment tu as redécoré ta piaule. » Railla le militaire.
Il était dans l'appartement de Brayne, et il fixait le sang désormais noir qui avait imbibé le parquet. Le cadavre de Milton pourrissait dans la rue, devant l'immeuble des Ceara, sous les yeux catastrophés des habitants. Brayne n'avait absolument rien caché de son meurtre, ce qui signifiait qu'il avait bel et bien le pouvoir ici. Que des jeunes à ses ordres, ce qui avait fait réagir Tek. Des apprentis, qu'il pouvait tuer à mains nues…Mais ainsi ligoté, il n'était capable de rien.
Brayne avait grandi. Forci, aussi, gagné en muscles. Il faisait vraiment plus âgé que Carl, sans compter que les traits durs qui de son visage le rendaient que plus menaçant. Ses yeux noirs fatigués dardaient des éclairs meurtriers, il semblait n'être fait que de domination et haine. C'était un homme né comme chef, de ceux plus sanguinaires, plus fous que les autres. Les adolescents et jeunes hommes de Woodbury, lourdement armés et tous ayant fait partie du massacre, lui rappelaient les enfants-soldats qu'il avait vu lors d'une mission militaire en Afrique. Brayne était en train d'en faire des monstres.
Un nouveau coup le sortit de ses pensées, et sa cicatrice au visage s'ouvrit largement en saignant, lui arrachant un cri de douleur. Il siffla durement tandis que le sang envahissait sa vision, secouant la tête pour s'en défaire. Brayne se mit à ricaner, mimant quelques pas de danse, dodelinant de la tête, comme s'il écoutait un morceau de musique.
« Je suis vraiment content de t'avoir ici. » Chuchota-t-il entre deux ricanements. « Oui, très content. » Il attrapa les cheveux de son cousin, releva sa tête, et entreprit de lui briser méticuleusement le nez. « Alors, qui était avec toi ? »
« Faut avouer… » Murmura Tek une fois qu'il put inspirer l'air par sa bouche, sérieusement amoché et inquiet, « …que le rôle salopard de la famille te va vachement bien. »
Poussant un gros soupir de lassitude, Brayne s'affala sur la chaise face à son aîné, posant sa tête dans sa main pleine de sang.
« Tu es vraiment fatiguant, quand tu t'y mets. »
« Tu m'connais, j'aurai toujours l'dernier mot. »
« C'est de la faute à Merle, d'ailleurs. Il a eu une trop mauvaise influence sur cette famille. »
« Nostalgique ? » Railla Tek avec tant d'ironie que Brayne rit, et sincèrement.
« Peut-être bien… » Il se tût, lui lançant un regard étrangement affectueux, un sourire chaud et avenant aux lèvres. « Tu m'as manqué. »
Troublé, Tek loucha un peu, inspirant à fond. Brayne déraillait complètement. Mais qu'à cela ne tienne, il lui fallait gagner du temps. Découvrir où on avait emmené Fléau, trouver Fantôme, sortir d'ici, ce genre de choses.
« Tu m'pardonneras d'être un peu sceptique face à de telles retrouvailles. »
« Qui aime bien châtie bien. »
« Petit con. »
« Alors, dis-moi. Tu comptais partir avec mon Fléau, en pensant vraiment que je ne vous aurais jamais retrouvé ? »
« Pas du tout. Ça t'étonnera p'têt mais figure-toi que j'te l'ramenais. »
« Tu m'en diras tant. »
« Si, j'te jure. J'me suis dit qu't'apprécierais d'le voir une dernière fois avant d'crever. »
« Moi, mourir ? » Ricanement hautain qui glaça le cœur de Tek, tant le son était inhumain. Brayne n'avait rien perdu de sa laideur, non.
La colère monta en lui, et il repensait à cette pauvre Erika, morte par leur faute. Celle de Woodbury et sa violence, ainsi que celle des Furtifs, qui l'avaient chargé d'une mission bien compliquée pour une jeune fille comme elle. Erika méritait mieux, comme Fantôme et Fléau.
« Tu les as détruit. T'as tué notre famille. »
« Tout de suite les grands mots ! » S'exclama Brayne en levant les yeux au ciel. « J'en ai fait de véritables survivants, qui feront des humains leurs proies. »
« Ah, oui, le cannibalisme, j'ai assisté à ça…J'ai tout vu. Je crois que tu les idéalises trop…Fléau, particulièrement. »
Concentré, Brayne jouait encore avec une de ses montres, les tâches de sang de son cousin sur son visage contrastant avec la pâleur de sa peau.
« J'ai vu ce que tu comptais faire, et mes…amis t'ont vraiment pris au sérieux, surtout depuis le massacre de ton propre peuple. J'ai vu Fléau péter les plombs, j'ai vu le traumatisme dans les yeux de Fantôme…Tu ne pourras pas les contenir, ni effacer à jamais ce qu'ils sont. T'auras beau faire, c'est des Ceara. On est indomptables. »
Il cracha aux pieds de Brayne pour accompagner la menace, la respiration sifflante. Des points noirs dansaient devant ses yeux. Caleb et Jill étaient-ils rentrés, ou bien étaient-ils à la prison ? Caleb avait été blessé, avait-il pu prévenir Jill ? Qu'allait-on faire de lui ?
« Les Dixon sont-ils au courant que tu as survécu, où suis-je un privilégié ? »
« Ouais, ils le savent. Et ils vont se demander où j'suis, ce soir. » Un mensonge ne pouvait pas lui faire du mal, non ? Et puis, vu l'imperceptible inquiétude dans les yeux de Brayne, c'était bien joué. « On est tous plus ou moins en colère contre toi. La Fratrie va te tomber sur la gueule. »
« Dire que ma famille est mon principal ennemi, c'est bien triste…Alors, depuis quand nous espionnes-tu ? »
« Depuis l'début, pendejo. »
« Ah. Alors pourquoi ne pas m'avoir attaqué, depuis ? Ton groupe plus la prison, et Woodbury tombe…Où sont-ils, tes alliés, aujourd'hui ? Tu m'as l'air plutôt seul, et quelque chose m'a dit que si ton ami a préféré fuir et te laisser derrière, c'est que tu n'as pas le soutien dont tu te vantes bien trop à mon goût…T'es seul, pas vrai ? »
La réplique fit mouche, et Brayne se mit à sourire en tapotant son menton avec son index ensanglanté. Puis il porta son doigt à sa bouche et le suçota, les yeux grands ouverts et fous, ricanant méchamment.
« T'as bon goût. P'têt que Fléau t'aimera, finalement. »
Brayne se leva et ramassa les affaires de Tek, qu'il posa face au militaire, son étrange sourire plaqué sur le visage.
« Un appareil d'écoute à distance, des lunettes de vision nocturne, des barres de bœuf séché…tu avais tout prévu. » Il jeta une œillade affectueuse à Tek, qui sentit son estomac se contracter tant cela le dégoûtait. « Tu aurais pu vivre avec nous, tu sais. Tu m'aurais secondé ici. »
Surpris, Tek haussa un sourcil, pas franchement convaincu. Il avait quand même essayé de le tuer, à plusieurs reprises, directement ou non.
« Vraiment ? »
« Oui. Je te l'ai dit, tu m'as manqué. Tu es un Ceara, et les Ceara doivent vivre ensemble, quand bien même tu ne serais pas immunisé. »
« J'le suis pas. »
« On devrait vérifier. »
« Non ça ira, j'préfère garder ma peau intacte, vois-tu. Parce que ça vous rend fous. »
Brayne perdit son sourire, et il se tut de longues secondes. Tek s'acharnait toujours à essayer de se défaire discrètement de ses liens, mais en vain. Finalement, le plus jeune s'approcha un peu, soulevant sa jambe et son jean pour lui montrer sa morsure. Tek ne put empêcher un petit cri de surprise face à la vue du membre.
La jambe était entièrement noire. Partout, les veines s'étaient teintes de cette couleur, et lorsque Brayne caressa sa peau, celle-ci était dure et rigide.
« Qu'est-ce que… »
« Je vais te dire un secret. » Il retira sa jambe de la vue de son cousin, avant de se pencher sur lui. « Etre immunisé, c'est être empoisonné. Et c'est pile dans les normes de la Fratrie, non ? Alors pourquoi ne pas accepter ta nature, Tek ? »
Le nez plissé, Tek lui jeta un regard si dégoûté et haineux que Brayne en fut blessé. Comme Fantôme, il en avait marre des remarques et des regards rejetant sa nature. N'avait-il pas droit d'être lui-même ? Depuis que le virus coulait librement dans ses veines, il se sentait heureux et entier. Comme si Brayne avait toujours dû être ce qu'il était aujourd'hui.
« Putain, Brayne. » La supplique le tira de ses pensées, alors que Tek cherchait ses mots. « Quand t'étais gamin, quand t'es né…Ta mère avait beau être seulement de passage, ton père complètement dingue, j't'aimais. J't'aimais comme un fou, encore plus que pour la naissance de James ou Phil. »
Le garçon fronça les sourcils et pencha la tête, curieux. Allons bon. Voilà qu'il tentait la carte sentimentale pour sauver sa vie.
« Et tu sais pourquoi ? Parce que d'nous tous, t'étais le plus apte à survivre. Tu serais devenu quelqu'un, t'aurais eu une meilleure vie qu'nous tous. »
« Vous m'avez abandonné. Tous. » Brayne tremblait, à présent, ayant terriblement pâli au fur et à mesure de la confidence de son cousin.
Il recula, et renversa d'un geste brusque le mobilier de la commode. Puis il revint vers Tek, et le frappa violemment à plusieurs reprises.
« J'ai jamais été un Frère pour vous ! » Hurla-t-il. « Vous viviez votre vie et vous m'avez laissé pourrir seul chez mon père ! J'devais tout faire moi-même, et quand vous vous êtes enfin tourné vers moi, c'est parce que vous aviez besoin de moi ! J'étais rien, pour vous alors que chaque décision, chaque mort était réfléchie selon vous ! »
Il renversa la chaise de Tek, qui gémit et toussa sur le sol, toujours ligoté.
« Et lorsque vous n'avez pu supporter cette vérité, vous avez décidé de me tuer ! Vous êtes trop bêtes et aveugles pour vous rendre compte de l'importance de la chose ! Vous avez tous besoin de moi, ici et ailleurs, Fratrie ou pas, parce que je suis votre avenir, votre seule raison d'espérer un monde neuf ! Mais devine quoi, bâtard ! Il n'y aura pas de monde nouveau, ce sera celui d'aujourd'hui qui aura votre peau ! Et en attendant, vous avez beau me haïr, personne n'osera me tuer, car mon sang représente votre vie et celle de vos descendants ! »
Il devenait fou, et frappait contre les murs avec force. Sous le choc, les barreaux de sa chaise s'étaient brisés, et bien qu'il ne puisse délier ses liens, Tek pouvait s'extraire, ramper, et se relever. Mais Brayne ne lui en laissa pas le temps, donnant des coups de pieds brutaux dans ses côtes, puis sur son dos, et enfin dans sa tête.
Il recula, essoufflé, et contempla son cousin encaisser lentement au sol, reprenant au bout de trente secondes une respiration faible, mais largement diminuée.
« Tu n'es même pas inconscient…J'dois l'avouer, tu es vraiment costaud. Mais fais attention à là où tu rampes. »
Un grognement lui fit lever ses yeux gonflés, et il aperçut à travers sa vision trouble une petite fille tendre les bras vers lui. Il se concentra sur son visage, et paniqua lorsqu'il vit qu'elle était morte et transformée. Il recula, se cogna contre le mur, entre Brayne et la Rôdeuse. Celui-ci avait retiré sa ceinture, et la tenait serrée dans sa main. La boucle de métal, lourde et imposante, se refléta dans les pupilles angoissées de Tek.
« Tu choisis. La morsure ou la ceinture ? »
Il ne répondit pas, fixant la gamine attachée qui tendait désespérément ses bras.
« Voici Penny, notre nouvelle petite sœur. » Chuchota Brayne, pétillant de joie. « N'est-elle pas parfaite ? »
« Fais pas ça. On peut encore arranger tout ce qui va se passer. Réfléchis. Si tu me tues, tu vas déclencher un truc plus gros qu'tu penses. T'as pas les moyens de supporter une guerre. »
« Tu sais quoi ? Ce sera les deux, finalement. »
Il ne lui laissa pas le temps de répondre, la boucle percutant son front et cette fois-ci, Tek ne se releva pas.
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« Fléau ? Tu m'entends ? »
Les paupières lourdes, le garçon ouvrit les yeux, et Brayne lui sourit d'un air avenant. Il passa sa main derrière sa tête et grimaça en sentant une plaie, se relevant lentement.
« Qu'est-ce que je fais ici ? »
« On t'as ramassé dans la forêt, alors qu'un homme essayait de t'emmener ailleurs. »
« Un homme ? »
« Oui, Tek Ceara. Tu le connais ? »
Fléau haussa les épaules en signe de dénégation, ne comprenant pas le regard si scrutateur de son frère. Il observa les deux gardes du nouveau Gouverneur lui jeter une œillade suspicieuse, et il remarqua le fin film de sueur qui recouvrait la peau de son visage.
« Tu vas bien ? »
« Oui, j'ai juste tabassé celui qui voulait te voler. »
« Me…voler ? » Le terme lui paraissait mal choisi, mais Brayne balaya sa question du revers de la main, agacé.
« Où est Mika ? Lizzie est très inquiète, sans sa sœur. Je suppose qu'elle est avec Fantôme ? »
Toujours dans son lit, Fléau répondit à l'affirmative, passant la main dans ses boucles. Son frère avait une respiration hachée, sifflante, et ses yeux luisaient d'un drôle d'éclat.
« T'as l'air bizarre. » Chuchota-t-il, de peur de le brusquer.
« Oui, je suis un peu, hum…Bouleversé. » Brayne passa la main sur son visage, et Fléau y vit les traces de sang de même que les tremblements. « Où est Fantôme ? »
« Je… »
« N'essaye pas de me mentir, Fel. J'en serais très, très vexé. »
Les deux gardes enlevèrent le chien de leur arme, figés comme des statues.
« Je ne sais pas. On était en forêt, avec Mika et… »
« Oui ? »
« Grrru. »
« Grrru ? » Brayne papillonna des yeux, perdu. « Tu parles du Rôdeur ? »
Fel se tourna vers les gardes, qui n'avaient pas bougé. Brayne se leva et ferma la porte de la chambre, et l'autre Ceara se permit à nouveau de respirer. Trouve quelque chose. Trouve quelque chose mais ne parle pas de moi, chuchota soudainement la voix de James dans sa tête, le figeant. Brayne se rassit sur son lit, et inspira longuement.
« Fel, tu n'étais pas avec Grrru. Tu étais avec un autre homme. Lizzie m'a parlé de Merle Dixon. »
Le cœur du plus âgé s'arrêta. Lizzie…Petite saloperie ! Mais qu'il avait été bête ! Pourquoi lui avait-il fait confiance, alors qu'il savait qu'elle était la balance de Brayne ?
… Non… Il ne lui avait pas dit qu'il sortait. La décision avait été prise dans la chambre de Fantôme, alors… Elle les avait espionnés ? Le lendemain matin, elle n'était déjà plus dans l'appartement…
Il se dégagea violemment des couvertures, et s'assit de l'autre côté du lit, dos à Brayne.
Celui-ci soupira, se tournant à demi vers lui tout en s'allumant une cigarette.
« Où est Mika ? »
« J'en sais rien. » Un grognement anormal, un peu trop rauque, et Brayne frissonna.
« Est-elle en vie ? »
« J'en sais rien, je n'étais pas avec elle, O.K. ? »
« Baisse d'un ton quand tu me parles. »
Fléau jeta un œil furieux à son frère, dont la poitrine grondait. Fléau faisait peut-être une tête de plus que lui, son petit frère était doté d'un sang tout aussi chaud que le sien. Quand il cognait, il n'y allait pas de main morte.
Mais il en avait assez. Brayne l'oppressait, l'infantilisait, voulait le rendre dépendant de lui. Mais on ne domptait pas Fléau, il était insaisissable. Il ne portait pas un tel nom pour rien.
Instinctivement, ses lèvres se retroussèrent sur ses dents, et les deux se jugèrent longuement, prêt à se jeter l'un sur l'autre, la fumée de cigarette caressant leur visage.
« N'oublie pas qui je suis, Fléau. » Brayne avait perdu un peu de son agressivité, même si sa voix cassait sous la colère. « Est-ce que tu te souviens de ce qui t'es arrivé plus tôt dans la journée ? »
Fléau détourna le regard. Il n'avait pas besoin de se mettre autant en colère, il s'agissait de son frère. Celui qui le protégeait à sa manière et qui le nourrissait. C'était James et ses idées stupides qui le rendaient parano, il l'influençait trop. C'était comme s'il pouvait entendre sa voix dans sa tête qui le…
« Fel ? Tu sais qui était ton agresseur ? »
« Non, j'ai pas eu le temps de le voir. » Il secoua sa tête, et se frotta les yeux.
« Très bien. » Nouveau soupir de Brayne, qui tapota les couvertures de la main. « On doit discuter de ce qu'il s'est passé avant ton réveil. Là où il faisait noir. »
A ses mots, Fel se leva brusquement, secouant la tête avec violence.
Et voilà, encore une fois, on lui reparlait d'un truc qu'il voulait enterrer au fin fond de son inconscient. Ne pouvaient-ils pas le laisser tranquille ?
« Non, non ! On avait dit non ! T'avais promis que j'serais pas obligé d'en r'parler ! » Cria-t-il, tremblant. Brayne ne pouvait pas le forcer.
« Tu faisais des cauchemars, avant. Un soir, tu m'as dit que tu te souvenais d'un endroit où il faisait noir, et après, tu as refusé d'en dire plus. Fel, je suis ton frère, tu sais que tu peux tout me dire. »
« Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi ce soir ? Qu'est-ce que vous avez tous avec ça, à la fin ? Entre toi et Fi, j'commence à en avoir marre ! »
Brayne se leva, sourcils froncés. Les mains serrant la couverture, Fel gardait la tête basse, se mordant les lèvres. Il ne voulait plus voir de noir, il voulait que tout s'arrête.
« Que t'as dit Fi ? »
« Rien ! » Cracha Fléau en levant la main par colère, avant de la passer dans ses cheveux. « Elle a juste dit qu'on était…autres, avant. »
« Et elle a raison. »
L'aîné se figea, papillonnant des yeux.
« On nous a volés nos vies. Notre famille, plus précisément. Quand l'Ancien Monde est tombé, nous étions tous ensemble. Est-ce que tu te souviens de Merle et Daryl Dixon ? »
Fléau blanchit, et secoua la tête. Brayne connaissait vraiment les Dixon ? Mais c'était quoi cette histoire ? Pourquoi sentait-il son petit monde s'écrouler ?
« C'était nos frères, en quelque sorte. Et avec Tek, notre cousin, ils ont…ils sont devenus fous. Ils n'ont pas supporté le fait que nous pouvions survivre au virus. Eux, ils étaient persuadés de ne pas être immunisés, et ils sont devenus jaloux. On vivait dans une prison, et c'était à nous de sortir chercher des vivres, nettoyer, parce qu'on leur devait bien vu notre chance. Et peu à peu, ils sont devenus violents. Un jour…Un jour ils nous ont enfermés dans une cave et nous ont torturés. Mais le Gouverneur nous a sauvés. Il nous a ramenés dans sa ville, et c'est là que vous vous êtes réveillés. Depuis ce jour, vous refusez de vous souvenir de quoi que ce soit, parce que c'était votre famille. Mais ils sont toujours à la prison. Apparemment, Tek a réussi à te retrouver, et il était prêt à te ramener là-bas, si nous ne l'avions pas intercepté. Alors j'ai peur pour Fantôme et Mika, tu comprends ? Ils sont très manipulateurs. Et je pense qu'ils vous ont attirés dans un piège. »
Le visage de Fel se décomposait au fil de son récit, et il n'arrivait à y croire. Il avait du mal à respirer, et sa vision devient floue. Fi qui était toujours pas revenue du dehors… Fel n'avait pas parlé d'eux à Brayne, alors il ne le voyait pas inventer un tel mensonge aussi vite. Les Dixon avaient toujours voulu la mort de Brayne. C'était eux qui voulaient tant qu'ils se rencontrent. Il avait beau vouloir nier, ça se tenait.
« Tu mens…tu mens ! » S'écria-t-il, mais Brayne secoua la tête.
« Alors expliqua-moi pourquoi tu ne te souviens de rien. Pourquoi Tek est ici, ce soir, et pourquoi il voulait t'enlever. Explique-moi pourquoi tu as si peur. »
N'ayant pas d'explication, Fel se laissa aller contre le mur, les poings serrés. Il ne savait plus qui croire, ni quoi dire.
« Il ne s'est rien passé, absolument rien passé. » Chuchota-t-il douloureusement, s'arrachant les cheveux.
« Tu sais bien que si. Tu sais bien que j'ai raison. Ils sont un danger pour la famille, Fléau. »
« Fi est avec eux…Mais qu'est-ce que j'ai fait ? » Gémit-il, alors que son frère se penchait à son niveau.
« C'n'est pas de ta faute. J'aurais dû les tuer quand j'en ai eu l'occasion, mais j'ai pensé qu'ils nous laisseraient tranquilles…On récupérera notre sœur, je te le promets. Dès l'aurore nous partirons à sa recherche. »
« Celui qui m'a frappé, il est toujours là ? » Hochement de tête. « Je veux le voir…Maintenant ! »
« Suis-moi. » Brayne ne put empêcher un micro-sourire fleurir sur ses lèvres empoisonnées. Putain, ce qu'il pouvait être doué.
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Tek ouvrit brusquement les yeux lorsque la porte d'entrée grinça. Il était toujours au sol, mais menotté et bâillonné, et Penny grognait toujours en tentant de l'attraper. Il entendit des pas, et il se mit à ramper vers la fenêtre, s'imaginant sauter pour s'évader, mais se lever lui demandait trop d'efforts. Bientôt, deux silhouettes se dressèrent face à lui, et il écarquilla son œil qui n'était pas gonflé lorsqu'il reconnut Fléau.
Il s'agita, voulut parler mais gargouilla des mots incompréhensibles, alors que Fel le contemplait avec une expression surprise, haineuse et inquiète.
« Je ne le reconnais pas…Je ne sais pas qui c'est. »
« Il t'as cassé une côte quand il nous torturait. Il t'as même interdit de porter des vêtements, avec Daryl Dixon. »
N'en revenant pas, Tek jeta un regard furieux et paniqué à Brayne, qui lui intima silencieusement de rester calme, lui-même ayant du mal à ne pas rire face à l'absurdité d'une telle situation. Fel fronça les sourcils, se demandant si la décision n'était pas précipitée. Tek vit enfin le Glock dans les mains de Fel, et il haleta, tentant de s'éloigner d'eux et de Penny. Fel le suivit, hésitant à lever son arme, mais Brayne l'encouragea, collant son dos, accompagnant le bras qui tenait l'arme.
« Souviens-toi de la terreur, des larmes, et des ténèbres qui t'empêchaient de vivre. C'était de la faute de cet homme, et tu dois tirer. Tu seras enfin libre. »
Papillonnant des yeux, Fel braqua Tek, retirant le chien, de moins en moins sûr de lui. Tek secoua la tête, tentant de se défaire de ses liens alors que Brayne reculait pour s'emparer d'une statuette en métal. Pour Fel, il n'y avait plus que lui et Tek, qui continuait de le supplier du regard.
Il entendait le ricanement de James dans sa tête, et son cœur se mit à palpiter lorsqu'il se rendit compte qu'il faisait bien trop sombre, dans cet appartement.
Tek, Daryl, Merle…Au final, ils n'avaient apporté aucune preuve tangible de leurs dires. Si Fi avait été là, elle aurait pu lui parler de la photo, mais il n'y avait que lui et Brayne, le seul qui, malgré son rejet, restait à ses côtés. Ce Tek devait être son bourreau, après tout. Il mit son doigt sur la gâchette, et visa la tête. Il voulait juste en finir. Tuer Tek, c'était enterrer le passé.
…Non.
Il lui restait une chose de son passé qui ne disparaîtra ni avec Tek ni avec les Dixon : James.
Il voulut se retourner vers Brayne, pour lui demander qui était ce James, mais il reçut un nouveau coup à l'arrière du crâne, l'assommant pour la deuxième fois de la journée. Tek fixa, hébété, Fel s'affaler au sol, cette fois-ci saignant de la tête. Il leva ensuite l'œil vers l'autre Ceara, voulant comprendre, mais celui-ci haussa les épaules.
« Je n'allais quand même pas le laisser te tuer comme ça, cousin. » Railla-t-il alors qu'il récupéra le Glock. « Vous pouvez entrer ! » Cria-t-il, et le docteur S ainsi que deux infirmières pénétrèrent l'appartement.
Sans se soucier de Tek, ils s'occupèrent de Fel, dont la blessure n'était pas profonde, seulement un deuxième choc pouvait lui laisser des séquelles.
« Oh, pitié, j'attends justement des séquelles. Les gens sont couchés depuis une heure, maintenant. Emmenez-le là où il faut, et cachez son visage. »
Sans répondre, ils transportèrent le corps, alors que le docteur jeta un œil plein de pitié au militaire allongé-là. Brayne ferma la porte puis attrapa une chaîne et un cadenas, emprisonnant Tek qui n'avait plus d'échappatoire, la poitrine écrasée par le métal.
« Quoi ? Je n'allais pas le laisser te tuer. Maintenant qu'il doute de vous, je n'ai plus qu'à mettre en place une jolie mise en scène. Quant à toi…la ville décidera de ton sort demain matin. Je ne voudrais pas lui enlever ce plaisir. »
Toujours stupéfait, Tek l'écoutait sans comprendre, la baisse d'adrénaline rappelant à son corps combien il était fatigué. Brayne le fixa jusqu'à ce qu'il cède à l'épuisement, et Tek ferma les yeux en se disant que vraiment, il en avait marre de sa famille de tarés.
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« C'est bon, j'ai l'impression qu'ils s'en vont. »
« Bien sûr que oui ils s'en vont. Ils n'ont pas une grande mémoire, et on a été plutôt silencieux. Maintenant qu'il fait jour, ils peuvent partir à la recherche de nourriture. Et joindre une horde plus grande. C'est l'hiver et ils ont faim. Le gel, le vent, les pluies... En groupe ils sont plus forts, ils chassent mieux et s'organisent un minimum. » Révéla Fantôme sur un ton badin, jouant avec l'Espada blanche.
Les Dixon la regardèrent longuement, et elle haussa les épaules. En tant qu'immunisée, les actes des morts ne lui apparaissaient plus comme irrationnels, loin de là. Ils avaient une logique, des techniques de chasse. Merle soupira et Daryl, remis de sa blessure, secoua la tête, la traitant de folle. Elle haussa les épaules, contemplant Mika qui venait de se réveiller.
Toute la nuit, les Dixon s'étaient succédé pour lui parler de leur vie de famille dans les moindres détails, sans rien vouloir omettre, jusqu'à décrire ses manies quotidiennes, ses insultes préférées, et même de soit-disantes recettes de soupe. Fantôme avait écouté, observé, analysé – mais rien ne lui avait paru réel. Rien ne lui était revenu. Ils ne lui en avaient pas voulu, persuadés que le temps viendrait à bout de son amnésie. Elle retrouvait certaines choses de l'ancien temps, déjà.
« Mika, tu veux aller vivre avec Merle ? »
La gamine ouvrit la bouche de stupeur, puis se tourna vers Merle, qui leva la main pour lui faire signe que la décision lui appartenait. Mika n'avait pas envie de laisser sa sœur toute seule, mais elle ne la reconnaissait plus, et ne la voyait jamais, Lizzie ne traînant qu'avec Brayne. Mika avait beau avoir huit ans, elle sentait que Woodbury n'était plus sa maison.
« …Je pourrais venir voir Lizzie ? »
Merle hocha la tête, sachant très bien que non, et l'enfant pleura en silence. Puis, au bout d'une minute, elle essuya ses larmes, et se leva en époussetant ses vêtements, décidée. Merle avait beau avoir l'habitude, il était toujours autant surpris de voir des enfants mûrir si vite.
« Tu sais combien y'en a dehors ? » Demanda Daryl, bien décidé à se rattraper de son échec de la veille, arbalète en main.
Fantôme ferma les yeux et leva son nez, qu'elle colla à la fenêtre poussiéreuse, inspirant longuement, sourcils froncés, à l'écoute des grognements.
« …Une douzaine. Je pense. Peut-être un peu plus. » Finit-elle par dire, se raclant la gorge face à leur silence stupéfait. « Je peux les sentir. »
« Oh putain d'bordel, mais j'en ai marre d'cette famille de tarés, 'chier… » Grogna Merle en récupérant ses affaires, pendant que Daryl et Fantôme échangèrent un regard las.
Ils se mirent en position devant la porte, la petite dans les bras de Fantôme, jusqu'à ce qu'ils soient dans un endroit plus calme.
Avant que Merle n'enfonce la porte, Daryl se tourna vers Fi, se mordant les lèvres d'hésitation.
« …Tu pourrais venir nous voir, nous et Andréa, à la prison, un jour. Tu lui manques. »
« Elle m'a… »
« T'sais qu'elle avait pas l'choix. Brayne l'aurait tuée, pas vrai ? »
Fantôme ne répondit pas.
« …Garde l'Espada, elle t'sera p'têt bientôt utile. »
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« Je déclare officiellement l'ouverture des douches communes ! »
Un cri de ravissement accompagna les mots d'Axel, qui venait de réparer les tuyauteries. Rick tapota son épaule avec reconnaissance, tandis que Carol lui apportait une tasse de thé bien chaude, Mika sur les talons.
Quand les Dixon étaient revenus au petit matin, la gamine avec eux, Rick avait tiqué. Pas qu'il allait refuser une enfant, ça jamais, mais ça faisait une bouche de plus à nourrir et ils commençaient à être trop nombreux. Cela lui déplut encore plus lorsqu'il apprit que Mika avait été séparée de sa sœur Lizzie, confidente de Brayne, et que celui-ci dirigeait et armait une ville. Le groupe avait voté pour la prudence, préférant d'abord se protéger avant de s'intéresser à Woodbury, de peur de tout perdre, n'imaginant pas leur tank pénétrer la prison.
« Alors, Rick ? » Lança Axel, content d'être si bien intégré. « Tu comptes les tester en premier ? »
Le Shérif secoua la tête, sourit, jetant une œillade amusée aux filles qui n'attendaient que son accord pour s'y précipiter. Mika, surtout, avait les yeux qui pétillait tant que Rick ne se voyait pas lui gâcher son plaisir.
« Même si je le voulais, je crois que je ne pourrais pas… »
« Allez les filles ! A la douche ! »
« L'eau ne risque pas d'être très chaude… »
« On s'en fout ! » S'écria Maggie en attrapant sa sœur et Mika pour les traîner avec elle, excitée comme une puce. « Douche ! » Le mot semblait tout expliquer, car elle s'éloigna rapidement sous l'œil bienveillant du chef.
Axel en profita pour lui parler un peu plus sérieusement, grattant sa barbe d'un air sombre.
« Dites, nos réserves de nourriture s'épuisent. J'ai fait l'inventaire ce matin et avec l'hiver, on ne tiendra pas trois semaines. »
« Pareil pour les balles. » Ajouta Glenn, revenu de sa ronde. « On n'en n'a plus beaucoup. Et il faut absolument qu'on bloque l'issue du bloc F. »
« Oui, ça aussi c'est problématique, le bâtiment s'est en partie effondré, et il va falloir qu'on entasse pas mal de trucs pour s'assurer d'être tranquille. »
Rick soupira, but son thé, observant la carte qu'avait apportée Glenn.
« Je l'ai trouvée dans le PC de sécurité de la prison. On y voit toutes les nouvelles petites villes de la région. Certaines étaient en construction, d'autres étaient déjà habitées. Et à 30 kilomètres, un nouveau centre commercial, en bordure de cette forêt, vous voyez ? »
« Hm. » Répondit Rick en suivant le trajet des yeux. « On a assez d'essence pour un aller-retour ? »
« Sans problème, on n'a pas beaucoup utilisé les voitures. Mais je ne sais pas ce qu'on trouvera là-bas, ou ce qu'on n'y trouvera pas. »
Grimes réfléchit une longue minute, méfiant. Un centre commercial avait de grandes chances d'avoir déjà été pillé, mais son emplacement éloigné et sa récente construction leur laissait une chance.
« Regarde la petite ville, à dix kilomètres. Elle n'a pas de nom, juste une marque. Ce qui signifie que personne ne doit connaître le centre, et qu'il doit encore être plein. » Proposa Axel. « La prison achetait pas mal de produits de ce complexe commercial. »
Ils se turent lorsque Karim pénétra le bloc, une pelle dans le dos et Hershel sur ses traces. Il les salua avec un petit sourire, auquel Rick répondit. Il appréciait le grand Arabe, qui aidait Hershel à faire son potager avec bonheur. Tout le groupe avait de bon retour sur le jeune homme, et Axel les quitta pour aller discuter avec son nouvel ami. Rick laissa la place à Hershel, fixant la carte et discutant des dernières modalités avec Glenn, décidant de partir dès demain.
« Et qui emmènes-tu avec toi ? » Demanda Hershel, un brin d'herbe entre les dents.
« Daryl, Michonne et Karim. » Finit par répondre Rick, puis fronça les sourcils face à l'air un peu gêné d'Hershel. « Un problème ? »
« Karim m'aide beaucoup, ce serait dommage de me priver de lui pour un potager, tu ne crois pas ? »
« Un potager en plein hiver ? Ce n'est pas grave s'il ne part qu'une journée… »
« On pourra faire pousser des patates d'ici quelques semaines. Et pourquoi ne pas prendre Martinez ? Il a assez croupi dans sa cellule, non ? »
Le Shérif consulta Glenn du regard, son véritable allié en ces temps compliqués. Celui-ci eut une grimace, assurant que Martinez n'était pas un homme de confiance, mais qu'il était content s'il n'avait pas à le surveiller toute la journée demain. Mais ici, il ne pouvait pas bouger, alors que dehors, personne ne pouvait prévoir ses réactions. Et s'il décidait de tuer l'un d'entre eux ou de retourner voir Brayne ? Cela dit, face à Daryl, Michonne et Rick, il y avait peu de chances pour qu'il leur survive.
« Non, il reste ici un jour de plus. Si jamais il pose problème, je te laisse carte blanche, Glenn. Karim a besoin de sortir, surtout s'il veut rester ici. Je vais le tester et voir comment il se débrouille dehors. »
Hershel hocha la tête, dubitatif, mais ne contredit pas le chef. Celui-ci rangea la carte et, voulant prévenir Michonne, il sortit du bloc, Glenn sur les talons.
« Bon allez, dis-moi. » Siffla Rick, sentant que Glenn voulait lui parler. « Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Tu cautionnes le fait que les Dixon gâchent leurs derniers jours de chasse pour aller voir les Ceara et ramener une enfant ? »
Rick s'arrêta, appréciant la morsure du froid sur son visage, enfonçant les mains dans les poches de son blouson, cherchant la samouraï des yeux.
« Ça fait une semaine qu'ils reviennent avec presque rien. Ils rentrent épuisés, et finiront par tomber malades s'ils continuent. Alors oui, comme tu dis, je cautionne. »
« Mais ils ne vont pas se balader, là, ils vont droit dans un piège ! »
« Brayne a l'air bien occupé par sa ville, et quelque chose me dit qu'il ne viendra pas de sitôt. Je ne dis pas qu'il n'est pas un danger. Mais les Dixon ont besoin d'essayer, et je ne peux pas le leur reprocher. J'ai privé Merle de sa main, et Daryl de son frère. C'est maintenant que je dois leur laisser une chance. »
« Ce n'était pas ta faute et tu le sais. »
Rick ne répondit pas tout de suite, songeant aux Ceara. Phil lui manquait, tout particulièrement. Leurs conversations dans la cour, son rire un peu aigu, son sourire espiègle…Si les Dixon réussissaient à les ramener, au fond de lui, Grimes savait qu'il n'était pas contre. Parce qu'ils devaient aussi ça aux Ceara.
« Toujours est-il qu'il s'agit de leur famille. Cependant, je ne compte pas les laisser rôder autour de Woodbury tous les jours. Il faudra que tu surveilles un peu Merle, demain. Occupe-le avec le bloc F, O.K. ? »
Glenn eut un petit sourire contrit. Rick n'était pas dupe, empêcher les Dixon de faire quelque chose revenait à les pousser à le faire. Autant leur laisser croire qu'ils avaient le champ libre pour mieux les distraire par la suite, et c'était encore mieux s'ils les séparaient. Il reconnaissait bien là son chef.
« Et si…s'ils sont vraiment des cannibales ? »
Nouvelle grimace du Grimes, un pas sur le côté pour manifester sa gêne.
« Je pense qu'ils sauront quoi faire à ce moment-là. On saura les raisonner. »
« Wow. A croire que tu fais confiance à Merle Dixon pour agir intelligemment, t'es sûr de ne pas avoir de fièvre ? »
Rick ricana, et il poussa légèrement Glenn de l'épaule. Ce dernier rentra à l'intérieur, le laissant seul. Rick s'avança jusqu'aux grilles, observant les Rôdeurs s'amasser. Michonne en tuait avec Andréa, et il s'approcha, curieux.
« Mais que faites-vous ? »
« Non mais t'as vu comment ils s'regroupent ces salop'ries ? Nos grilles vont péter, un jour ! » S'exclama Andréa d'un ton brut, et s'attira un regard outré de Michonne. « Bah quoi, c'quoi ton problème ? »
« Mon Dieu, je crois que tu traînes trop avec Merle. Il est en train de changer ta façon de parler… »
Andréa recula sa tête en levant un sourcil, la bouche entrouverte, l'air vexée.
« C'est une bonne idée, ouais. » Lança Rick pour éviter une dispute, un doux sourire aux lèvres. Il sortit son couteau, et le planta dans une tête. « Un peu d'aide ? »
« Dis pas ça Rick ! » Railla Michonne en se remettant au travail. « Andy va penser que tu fais ça car deux filles ne peuvent pas se débrouiller seules… »
« Oh, je te hais. » Siffla la blonde en levant les yeux au ciel, et cette fois-ci, Rick eut un rire franc.
