Chapitre IX • Les Flammes - Partie 2.


Elle transplana de nouveau, et courut presque jusqu'au mur avec le poster.

L'homme dessus fit un nouveau clin d'oeil charmeur et elle sortit du quartier sorcier avec précipitation.

Elle s'appuya contre un mur, pantelante, elle avait la tête qui tournait un peu à force de transplaner sans arrêt. Le passage en briques se referma rapidement et elle fut soulagée de voir que Dragonneau n'en sortait pas.

La sorcière releva le col de son manteau noir nerveusement, espérant qu'il cache une partie de son visage rond. Elle laissa de nouveau dépasser ses yeux bleus, hésitants vers le poster ensorcelé.

Un souffle tremblant et soulagé s'échappa de ses lèvres rouges.

Un bruit furtif dans son dos la fit sursauter.

Comme par réflexe, la baguette glissa de sa manche noire jusque dans sa main et elle se tourna vivement. Elle fut tellement surprise, qu'elle lâcha un cri strident avant de plaquer de nouveau son dos contre le mur.

Haletante, elle demeura hébétée un moment.

Désormais devant elle, Dragonneau la toisait sévèrement, les deux mains dans les poches.

Ils se fixèrent pendant de longues secondes, et Freya peina à retrouver son souffle, comme s'il était coincé, quelque part entre sa bouche et ses poumons.

Il finit par défaire ses yeux gris des siens pour les poser lentement vers son propre torse où la pointe de la baguette de Freya était appuyée.

Elle mit quelques longues secondes à réaliser qu'elle pointait sa baguette vers son patron, et elle pouvait presque sentir les pulsations de son coeur faire trembler le bois dans sa main.

- Mon-... Monsieur, balbutia-t-elle encore hébétée.

- Nott.

Jamais son nom n'avait semblé aussi glacial qu'à cet instant. Il remonta ses yeux gris vers les siens, menaçant.

- Me feriez-vous le plaisir d'abaisser cette baguette ?

La question était froide, presque rhétorique.

Freya allait s'exécuter mais des bruits de pas retentirent quelques mètres plus loin dans la ruelle. Un homme avec un béret accouru vers eux :

- Hé vous là ! Laissez la demoiselle tranquille !

Les deux aurors tournèrent la tête vers lui, et Freya ne put retenir un haussement de sourcils confus.

- ... Que... que dit-il ?

L'homme s'approcha d'autant plus, et il pointa Dragonneau du doigt avec sévérité.

- Je l'ai entendue hurler, arrêtez donc d'embêter la demoiselle, espèce de-...

Son flot de paroles en français sembla laisser Dragonneau complètement de marbre. Mais lorsque les yeux de l'homme se posèrent sur la baguette, encore appuyée contre le coeur du sorcier, alors il se stoppa et fit un pas en arrière avec une expression d'horreur.

- Qu'est-ce que c'est que-...

Dragonneau sortit sa baguette dans un geste vif :

- Oubliettes.

Le sort toucha le moldu de plein fouet et avant même que Freya n'eut le temps de faire quoique ce soit, Dragonneau l'attrapa fermement par la taille et ils transplanèrent.

Ils se retrouvèrent en hauteur, à moitié dans le brouillard, sur une étroite terrasse plate d'une des deux tours de l'église voisine.

Ils restèrent ainsi un petit instant et Freya sentit un léger picotement dans sa poitrine. Elle avait l'impression que les mains de l'auror brûlaient sa taille à travers son manteau noir et bientôt la Cologne mentholée l'embaumait. Elle pouvait clairement sentir que son regard gris était braqué sur elle, intense et sûrement furieux.

Et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle n'osa pas relever ses yeux, bloqués sur le torse de son patron, encore piqué par sa baguette. Sa poitrine se soulevait frénétiquement sous sa chemise et son gilet de costume gris. Sa cravate sombre et unie était légèrement desserrée en dessous de sa mâchoire contractée.

Dans les oreilles de la sorcière, des pulsations effrénées résonnaient et elle pria pour que Dragonneau ne les entende pas.

Il finit par retirer ses mains de la taille de Freya et elle s'était reculée avec précipitation, comprenant que ce n'était pas le transplanage qui lui causait de telles palpitations.

Son dos se cogna contre la pierre grise de l'église, et à côté d'elle, elle remarqua une gargouille qui semblait sourire, le visage orienté dans sa direction.

La sorcière abaissa lentement sa baguette et n'osa pas de suite regarder le sorcier devant elle. La fureur irradiait de lui et elle sentit le rouge teindre ses joues.

- Quel mot n'aviez-vous pas compris dans la phrase « ils ne doivent pas y aller » ?

Encore la baguette à la main, le sorcier devant elle soupira avec agacement, et passa l'autre main dans ses cheveux châtains. La mèche ondulée retomba sur son front froncé.

Freya rangea sa baguette dans sa manche, et elle n'osa toujours pas relever les yeux vers lui.

- Dumbledore a dit que vous étiez en danger... Il a prévenu votre frère, je n'ai pas pu l'empêcher de venir, il...

Dragonneau laissa échapper un souffle sarcastique, créant un petit nuage devant lui.

- Dumbledore..., siffla-t-il entre ses dents.

Cette fois-ci, les yeux bleus rencontrèrent les siens, et Freya joignit ses deux mains d'un air apologétique.

- Je sais que nous devrions nous méfier de Dumbledore mais...

Elle s'arrêta net dans sa phrase et détourna de nouveau le regard.

Si elle avait pu le faire, elle se serait giflée.

Le regard gris devint noir et elle vit d'autant plus de tension s'installer dans la posture pourtant habituellement nonchalante de Dragonneau.

- Vous...

Sa voix grave était basse et accusatrice.

- Vous avez lu la lettre.

Ce n'était pas une question et il n'attendait aucune réponse.

Il rangea la baguette dans une poche de son long manteau beige et croisa les bras sur son torse en secouant la tête.

- Comment se fait-il qu'à chaque fois que je vous accorde ne serait-ce qu'une once de confiance, vous-...

- Je...

- Ne me dites surtout pas qu'il s'agissait d'un accident, Nott.

Silence.

Il serra la mâchoire à plusieurs reprises et fit un pas vers elle.

- Vous n'en faîtes qu'à votre tête, à chaque fois.

Il avait accentué les derniers mots avec une grimace de colère.

- Vous m'avez choisie pour ma détermination...

- Il y a une différence entre la détermination et le non-respect des ordres.

Ses lèvres remuèrent avec exaspération et il enchaîna :

- Voilà pourquoi j'ai dit à Dumbledore que je ne voulais pas vous faire confiance. Vous faîtes comme bon vous semble, comme votre frère. Je me demande encore quel intérêt il peut bien vous trouver.

Elle sentit la chaleur de la colère de l'affront monter en elle.

- Hé bien, Dumbledore a dû voir en moi des choses que vous refusez tout bonnement d'admettre.

Le sourire ironique qu'il arborait tout à coup n'atteignit pas ses yeux.

- Vraiment ? Et comme quoi, Nott ?

- Mes...

Elle releva le menton, piquée au vif.

- Mes... talents.

- Vos talents ? Répéta-t-il sur un ton moqueur.

La sorcière crut bien qu'il allait s'esclaffer, mais son sourire sarcastique s'effaça, laissant place à une expression de courroux.

- Je n'en vois qu'un, de « talent », Miss Nott, et c'est celui de constamment attirer des ennuis.

Le poing de Freya se serra et elle se retint de taper du pied, vexée par la remarque du sorcier.

- Votre frère avait raison, articula-t-elle dangereusement, vous n'êtes qu'un donneur de leçons, extrêmement borné et... et...

Elle voyait les muscles de sa mâchoire se contracter à chacun des mots qu'elle prononçait ; elle termina sa phrase avec un doigt pointé vers lui.

- ... et particulièrement désagréable !

- Ne me parlez pas de mon frère !

La voix grave avait hurlé et elle n'avait pas pu retenir un léger mouvement de recul, cognant de nouveau contre la pierre froide dans son dos. Elle laissa la surprise s'installer pleinement sur son visage rond.

Il semblait avoir complètement perdu son sang froid et elle resta momentanément interloquée ; elle rabaissa sa main accusatrice qui alla tomber le long de sa cuisse.

Lui-même parut surpris de sa propre réaction, car il se recula, s'éloignant ainsi un peu de la sorcière et passa une main sur son visage. La gestuelle était éprouvée, et il paraissait subitement exténué.

Le silence était légèrement perturbé par leurs respirations frénétiques respectives.

Il se mit à souffler plus fort, et dans un grand soupir il détourna la tête vers le paysage embrumé.

- Disparaissez de ma vue, Nott.

La voix grave était redevenue froide et plate.

Le coeur dans la poitrine de Freya s'affaissa et il se tourna de nouveau vers elle, avec une étrange lueur dans le regard. Son expression était presque suppliante ou pleine de regrets ; Freya ne sut dire avec certitude.

- Disparaissez de ma vue, et emmenez mon frère, sa valise et son amie du MACUSA loin d'ici ; et alors peut-être que je vous accorderai une seconde chance.

Une seconde chance ? Freya se retint à son tour de rire sarcastiquement.

Ce fut à elle de faire un pas vers lui en fronçant les sourcils.

- Il y a une prédiction concernant ce soir, dans le livre de Carneirus... Mais je pense que vous le savez déjà, Dumbledore a dû vous en parler puisque vous avez rédigé toutes ces lettres...

Il la fixa en silence et remua simplement les lèvres, comme contrarié.

- Dumbledore a envoyé ce livre à votre frère, c'est qu'il doit forcément y avoir un lien entre Grindelwald et ces prédictions... Je ne pense pas me tromper en disant qu'il ne faudrait pas les prendre à la légère.

Il ne répondit pas et détourna une nouvelle fois le regard, soufflant dans l'air glacé.

Le ton de Freya se radoucit et elle s'approcha une nouvelle fois de lui, sentant de nouveau les effluves de menthe poivrée.

- Votre frère est inquiet pour vous, et je dois admettre que moi aussi je-...

Freya sentit ses yeux gris se braquer de nouveau vers elle et elle se ravisa en secouant vivement la tête, trouvant un soudain intérêt pour ses propres pieds.

- ... Je veux dire, nous sommes venus car vous êtes en danger...

Elle releva ses yeux avec détermination et son ton se durcit un peu :

- C'est plutôt vous qui avez besoin d'une seconde chance, Monsieur.

Il hocha la tête avec une moue agacée, et toujours les mains dans les poches, il se tourna sensiblement vers le bord de la terrasse de pierre.

- Et vous venez de perdre la vôtre.

Le coeur de Freya manqua un battement et elle le regarda avec un mélange de confusion et d'appréhension. Il continua avec une voix grave et tranchante :

- De retour à Londres, vous ne serez plus auror.

Elle crut que ses genoux allaient lâcher.

Les yeux écarquillés dans sa direction, elle sentit le courroux, jusque là coincé au travers de sa gorge, monter jusque ses lèvres. Elle rougit vivement, de colère, et déferla sa vague de furie sur le sorcier redevenu stoïque devant elle :

- Sachez au moins ceci, Monsieur : peut-être que cela flattait votre incommensurable égo mais Phineas vous a mal renseigné, je ne vous admire pas du tout !

Il se pencha vivement vers elle avec une grimace agacée et le geste la coupa dans sa phrase. Elle retint un hoquet de surprise alors qu'il sifflait entre ses dents serrées :

- Sachez au moins ceci, Nott : vous mentez très mal.

D'abord abasourdie, Freya ne réagit pas, balbutiant des syllabes incompréhensibles.

Il ajouta en pivotant vers le vide :

- Vous ne mettrez pas un pied au Rassemblement.

Et alors qu'il se tournait de nouveau vers le vide, elle ajouta en criant :

- ...Et je ne gardais pas des articles vous concernant sous mon oreiller !

Mais il avait déjà transplané dans le vide.

Elle passa une main tremblante sur son front et étouffa un juron entre deux essoufflements.


La ville était étrangement calme et déserte ce jour-là.

Freya marchait à pas pressés dans la rue principale, près de l'église du Béguinage.

Elle avait perdu sa seconde chance ?

Elle émit un son sarcastique.

A l'intérieur, elle bouillonnait.

- Comment ose-t-il..., siffla-t-elle.

« vous ne serez plus auror »

Sa voix résonnait comme un coup de tonnerre.

Oh, oui ; elle avait perdu son poste en plus de cela.

Dire qu'elle avait osé lui dire qu'elle s'inquiétait pour lui. Elle voulut se gifler.

- Comment ose-t-il, répéta-t-elle un peu plus fort.

Un autre souffle agacé quitta ses lèvres rouges.

- Et dire que nous avons fait tout ce chemin, et ce, avec moyen de transport des plus médiocres, qui plus est ! Tout ça, pour secourir ce borné, ridicule, égoïste...

Elle tapa le sol du pied et ignora les quelques visages stupéfaits qui s'étaient tournés dans sa direction. La sorcière fulminante continua sa route, errant dans la ville sans trop savoir où aller.

Elle ignora combien de temps elle avait marché, mais bientôt la colère laissa place à la résignation.

Freya se laissa tomber lourdement sur les marches d'un perron de pierre, perdue.

- Et maintenant, que fais-tu Freya ? Murmura-t-elle pour elle-même.

Elle logea son visage entre ses deux mains.

Porpentina et Norbert ; elle devrait les retrouver et leur dire que le secourir n'en valait pas la peine. Son coeur s'affaissa de nouveau dans sa poitrine et elle se maudit. Pourquoi ses mots, aussi ridicules soient-ils, l'affectaient-elle autant ?

- Tu es stupide, Freya Theodora Nott, marmonna-t-elle le visage encore coincé entre ses mains glacées.

- Je n'irai pas jusque là.

La voix la fit sursauter, et elle se releva comme un ressort, ignorant la raideur de ses jambes endormies.

- Porpentina, balbutia-t-elle.

L'auror devant elle ne cacha pas son agacement.

- Je préfèrerais Tina, rappela-t-elle avec amertume.

Freya l'ignora, désaxant son regard vers le sorcier derrière elle. Pour une fois, il ne paraissait pas gauche ou mal à l'aise ; il se tenait droit, et Freya pouvait ressentir la tension qui émanait de lui.

Elle montra le Magizoologiste du doigt avec une grimace de colère, sentant la flamme de sa furie se ranimer en elle.

- Monsieur Dragonneau, siffla-t-elle en s'approchant de lui.

Il la toisa avec étonnement alors qu'elle agitait son doigt devant son visage.

- Je dois vous dire que votre frère n'est qu'un égoïste, un vantard et-...

- Vous avez vu Thésée ?

Et comment qu'elle l'avait vu.

Elle abaissa son doigt, le courroux disparaissant pour laisser place à de la résignation.

- A vrai dire, c'est plutôt lui qui m'a vue.

Elle laissa échapper un long soupir avant de se laisser retomber sur les marches.

- Qu'a-t-il dit ? S'empressa de demander Norbert en s'agenouillant devant elle.

- Oh et bien, j'ai bien peur que votre frère ne veuille pas être secouru, expliqua-t-elle avec amertume.

- Le contraire m'aurait étonné de la part de Thésée, commenta Norbert en ne cherchant pas à masquer son déplaisir.

Il se releva et ajouta :

- Je devrais lui parler, peut-être que-...

- Votre frère sait, Monsieur Dragonneau.

Freya s'était relevée aussi et le regarda avec des yeux désolés.

- Il savait pour la prédiction de Carneirus, il était au courant.

Il cligna des yeux à plusieurs reprises et Freya reprit :

- Il y va de son plein gré.

Silence.

Norbert réajusta le poids de sa valise dans sa main droite et se pencha légèrement sur le côté. Freya croisa les bras sur sa poitrine, et elle ferma les yeux alors que le Magizoologiste reprit la parole, incertain :

- Vous voulez dire qu'il sait qu'il va...

Elle se contenta d'hocher la tête, sentant son coeur se serrer très fort dans sa poitrine. Du coin de l'oeil, elle pouvait voir les sourcils froncés de Goldstein. Elle tendit la main vers Norbert, mais il la repoussa gentiment.

- Je ne peux pas simplement repartir, je dois lui parler, décréta-t-il.

- Norbert, appela doucement Porpentina.

- Je ne peux pas le laisser Tina, articula-t-il d'une voix tremblante.

Dans sa poche, Freya aperçut Pickett faire dépasser sa tête feuillue et émettre une grimace attristée.

- Nous n'allons pas le laisser, Norbert.

Cette fois-ci, il ne repoussa pas sa main dans la sienne.

Il secoua sa tête cependant :

- Non, j'irai seul.

Devant les regard interrogateurs des deux sorcières devant lui, Norbert développa :

- Vous êtes des aurors, vous risquez gros et-...

- Je n'en suis plus, Monsieur Dragonneau.

Cette fois-ci, c'est Porpentina et Norbert qui la fixaient avec gravité. Ces mots s'étaient arrachés à ses lèvres rouges et elle dût prendre sur elle pour ajouter sans tremblement dans sa voix :

- Votre frère m'a renvoyée, je ne suis plus auror.

Ils semblaient tous les deux ne pas savoir que dire et Freya haussa les bras vers le ciel en signe d'impuissance. Avec un faux sourire elle compléta :

- Je n'ai plus rien à perdre.

En réalité, à l'intérieur, elle brûlait encore de colère.

Elle rajouta avec un regard déterminé :

- Je serai de la partie, Monsieur Dragonneau.

Freya repensa à son patron.

Elle se ferait une joie de lui prouver qu'il avait tort.


La Maison de la Bellone était une ancienne demeure autrefois rattachée à un couvent. Son architecture était particulièrement remarquable, avec sa façade de pierre sculptée et sa grande cour pavée.

Freya remua maladroitement, faisant craquer une tuile sous ses pieds gelés.

Cela faisait à présent deux bonnes heures que les trois sorciers étaient allongés sur un toit voisin, ne laissant que leurs yeux dépasser de la toiture dans la direction de la Bellone.

Il n'était pas si tard, et pourtant, la nuit commençait à tomber sur la ville.

Porpentina releva les yeux vers le ciel un instant et Norbert répondit à sa question silencieuse.

- Oui, le 22 Décembre, la nuit la plus longue de l'hiver.

Mais bientôt, la nuit n'était pas le seul voile qui tombait sur la ville. Freya n'en croyait pas ses yeux.

C'était comme si de nombreux draps noirs étaient hissés sur les façades des bâtiments de la capitale ; ils assombrissaient d'autant plus la ville environnante.

Le ciel devint noir et Freya jura sentir l'air devenir glacial tout à coup.

- Il les appelle, remarqua Norbert dans un chuchotement.

- Qui ça ? Demanda Freya sur le même ton.

- Grindelwald.

Freya déglutit avec difficulté, sentant la tension monter en elle.

Très vite, les voiles noirs se levèrent et disparurent aussi vite qu'ils s'étaient installés.

Les lumières dans la ville toute entière clignèrent à plusieurs reprises, pour finalement se stabiliser dans un cliquetis électrique inquiétant.

Les trois sorciers échangèrent un regard appréhensif.

Et bientôt, dans la cour pavée une figure sinistre transplana dans un nuage noir. Freya n'eut que le temps d'apercevoir des cheveux courts, si blonds qu'ils étaient presque blancs.

Une main placée à l'arrière de sa nuque poussa sa tête en avant.

- Cachez-vous ! Ordonna Goldstein tout bas.

Freya déglutit de nouveau, sentant désormais des pulsations frénétiques faire trembler ses tempes. Ces cheveux blonds, elle les avait déjà aperçus sur de nombreuses photos et posters de recherche au Ministère.

Grindelwald.

Grindelwald, en chair et en os.

D'autres sons furtifs retentirent dans la cour et les trois sorciers laissèrent de nouveau dépasser leurs yeux par dessus les tuiles sombres.

Une dernière silhouette apparut, elle aussi dans un nuage noirci. Au total, il y avait 8 figures qui se détachaient des pavés et qui avançaient lentement vers la façade sculptée.

Le funèbre groupe disparut derrière l'imposante porte boisée de la façade et Freya nota qu'ils ne l'avaient même pas ouverte ; elle devait sûrement être ensorcelée.

Aussitôt le groupe disparu, que de multiples transplanages eurent lieu sur des toits tout autour de la Maison de la Bellone.

Les Aurors.

Ils avaient encerclés la demeure, debout sur les toits assombris par la nuit. Ils étaient nombreux et l'envergure de l'opération impressionna Freya.

Les trois sorciers replongèrent derrière les tuiles pour se cacher de la vue des membres du Ministères et la sorcière aux yeux bleus ne manqua pas la grimace ennuyée de Norbert à côté d'elle.

- Thésée, l'entendit-elle articuler tout bas.

Elle fut la seule à remonter sa tête de derrière les tuiles.

Effectivement, le sorcier se tenait debout sur le toit en face du leur, ses yeux gris fatigués étaient rivés vers la cour pavée. Il se tenait devant un groupe d'une dizaine d'aurors, les mains dans les poches, et cette posture émanait beaucoup de calme et de noblesse. Freya se demanda s'il se sentait vraiment calme ou si tout cela n'était qu'une façade.

Derrière lui, Freya reconnut Phineas, Coffin, Abbott, Twigs et Thorne, ils étaient mélangés à des aurors qu'elle n'avait jamais vus auparavant et en conclut qu'il devait s'agir d'aurors du Ministère de la Magie Belge.

La sorcière fronça légèrement les sourcils en voyant le visage fermé et inquiet de Phineas ; elle n'avait que très rarement vu cette expression chez lui, lui qui était toujours si enjoué et rieur. Georges Coffin arborait le même visage froid que d'habitude et le vieil Abbott semblait ronchonner en resserrant sa cravate orangée.

La tête de Freya pivota vivement vers la cour pavée, d'où d'autres sons vifs et fugaces se faisaient entendre. Bientôt, la cour pavée se remplissait de sorciers et sorcières qui se dirigeaient vers les grandes portes boisées. Ils la traversaient à leur tour.

Freya ne sut dire combien ils étaient exactement, mais elle en vit beaucoup passer dans l'encadrement de l'imposante porte.

- Tous ces gens, ils...

- La plupart d'entre eux sont des familles de sang-pur, coupa Norbert.

Freya sentit une plaque de honte ramper jusque son cou mais le Magizoologiste ne sembla pas voir son soudain malaise, puisque ses yeux étaient fixés dans la direction de son frère. Il continua néanmoins :

- Ce n'est pas illégal d'écouter Grindelwald, le Ministère ne peut rien faire.

Après de longues minutes, le flot de sorciers et sorcières sembla se calmer, et bientôt, les derniers d'entre eux firent leur entrée dans la demeure.

Le silence s'installa de nouveau, épais et tendu.

Les lumières de la rue tout autour de la Bellone clignèrent de manière sinistre avant de s'éteindre complètement, plongeant les alentours de la demeure dans une obscurité presque totale.

D'autres sons de transplanage se firent entendre et les aurors apparurent à leur tour dans la cour pavée obscure, quittant les toits de la capitale. En bas, Freya voyait Dragonneau brieffer ses équipes une dernière fois avant de leur faire plusieurs gestes vers la porte boisée.

Phineas y entra le premier, puis Abbott, suivi de Coffin, Thorne et Twigs...

Une autre équipe apparut à côté de Dragonneau et Freya remarqua qu'il ne prit pas la peine de cacher son déplaisir à l'arrivée de ce nouveau groupe.

A la tête de celui-ci, Marcus.

Il n'avait pas du tout la même attitude que son homologue devant lui. Il avait l'air ouvertement tendu et couard. Derrière lui, Arcturus arborait ce même visage blême et peureux.

Tout son groupe finit par entrer cependant, laissant les deux chefs de division seuls devant la porte.

La sorcière les vit s'échanger de brèves paroles avant de brusquement diriger tous les deux leurs baguettes vers le ciel. Des deux baguettes s'échappèrent un filet argenté qui s'étendit finalement comme une bulle au-dessus de la cour pavée.

Un sortilège de protection, grogna Goldstein à côté d'elle.

Derrière la pellicule argentée, les deux aurors échangèrent un simple regard avant de se lancer eux aussi à travers la porte boisée.

- Thésée ! Cria Norbert en jaillissant de derrière les tuiles.

Mais il était trop tard et le sorcier avait déjà disparu.

Goldstein et Freya se relevèrent à leur tour et ils regardèrent tous les trois la bulle de protection au dessus de la cour du bâtiment. Norbert laissa échapper un souffle à la fois agacé et soucieux.

- Nous devons entrer, souffla-t-il soudainement tendu.

Au moment-même où ces mots étaient sortis de sa bouche que tous les volets de la bâtisse se fermèrent vivement, créant un véritable vacarme de claquements qui résonna dans tout le quartier.

Goldstein fit claquer sa langue contre son palet avec agacement :

- Nous devrions nous dépêcher, ils ferment toutes les issues.

Norbert attrapa son bras, et Porpentina attrapa celui de Freya.

Ils transplanèrent tous les trois...

... et atterrirent devant la porte de la première façade.

- Alohomora, essaya Norbert devant la porte qui donnait sur la rue.

Freya tenta d'appuyer sur la porte mais elle ne s'ouvrit pas.

- Aperto, tenta Goldstein avec une voix ferme.

La porte demeura immobile.

Ils se toisèrent tous les trois.

Et soudain, Norbert eut comme une illumination.

Il baissa la tête vers la poche de sa veste y passa la main avec délicatesse.

- Pickett ? Nous avons besoin de tes talents.

Le petit être émit une série de minuscule sons dans les aigus en escaladant la main du Magizoologiste. Ce dernier tendit son bras vers la serrure de la grande porte et Freya ajouta :

- Si je puis me permettre, je doute que juste crocheter une serrure qui a été ensorcelée puisse-...

Un cliquetis mécanique la coupa dans sa phrase et Pickett retira ses fins bras de la serrure. Norbert émit un petit sourire vers la créature :

- Très souvent, nous omettons les solutions les plus simples.

Freya regarda Pickett retourner dans la poche de Dragonneau avec un air à la fois interloqué et soulagé. Après avoir gentiment remercié le Botruc, Norbert poussa la porte qui grinça fortement.

Et le soulagement de Freya fut malheureusement de courte durée.

Les trois sorciers entrèrent dans le hall principal.

- Lumos, murmura Freya.

Sa baguette illumina cette première salle avec une faible lumière, lui donna une étrange dimension inquiétante. Le silence était épais, lourd, et bientôt il fut perturbé par leurs souffles tremblants et leurs pas lents et précautionneux.

Le hall était richement décoré de moulures dorées et de panneaux boisés, d'immenses tapisseries habillaient les murs et le plafond était si haut que la lumière qui émanait de la baguette de Freya ne l'atteignit pas.

Freya sursauta, faisant se retourner les deux sorciers avec surprise.

Elle plaqua une main contre son coeur qui s'était emballé dans sa poitrine.

Une statue à taille humaine, d'une femme avec un casque et une armure, se tenait juste à côté d'elle. Elle laissa échapper un souffle tremblant alors que Goldstein et Norbert s'approchaient.

- C'est la Bellone, commenta Norbert.

Le regard interrogateur de Freya oscilla entre la statue et le Magizoologiste.

Il dût développer :

- La déesse romaine de la Guerre.

Freya orienta la lumière de sa baguette derrière la statue et fronça les sourcils dans la direction des tapisseries qui ornaient un immense mur. Les deux autres suivirent son regard et elle sentit Goldstein se tendre à sa droite.

Les tapisseries représentaient de véritables horreurs.

Des scènes de batailles sanglantes, des pleurs, des corps grisâtres et sanguinolents, des expressions d'horreur et des cris, des rictus infâmes, des cendres... et des flammes.

Des gigantesques flammes.

Le rythme de son coeur s'accéléra de nouveau et elle jeta un regard hésitant vers les deux sorciers, eux aussi sidérés par la scène d'épouvante tissée devant eux.

La Magizoologiste compléta en réajustant sa prise sur la valise dans sa paume :

- A vrai dire, la Bellone ne représente pas vraiment la guerre, mais plutôt toutes ses horreurs.

Un frisson d'effroi traversa Freya et son visage rond se décomposa.

Elle repensa soudain à la terrible prédiction de Carneirus :

« A partir de ce lieu dépeignant les horreurs de la Guerre »

- Vous voulez dire que ce palais est dédié à toutes ces... horreurs ?

Norbert hocha simplement la tête et la lumière de la baguette émit de faibles et troublants scintillements. Le sol trembla sensiblement, remuant le chandelier lourdement décoré au dessus de leurs têtes. Les délicats clinquants de ce dernier s'entrechoquèrent dans de petits bruits cristallins.

- J'imagine que Grindelwald n'a pas choisi ce lieu au hasard, murmura Porpentina en relevant la tête vers le lustre qui oscillait.

Ses yeux noirs étaient plissés, comme suspicieux.

Une deuxième secousse les fit trembler de nouveau et le lustre oscilla lui aussi, mais plus fort cette fois-ci. Après quelques clignements, la lumière blanche de la baguette de Freya revint à la normale et son coeur reprit sa course effrénée dans sa poitrine.

- Allons-y, suggéra Norbert en avançant à pas pressés vers la porte en face d'eux.

Celle-ci n'était pas verrouillée, et ils se retrouvèrent immédiatement dans la cour pavée. La façade en face d'eux était somptueusement sculptée et Freya reconnut le buste de la Bellone au dessus de la grande porte noire et boisée.

Au dessus de leurs têtes, la fine paroi argentée de protection qu'avait jetée Marcus et Dragonneau était encore là, illuminant légèrement la cour d'une lumière blanche et étincelante.

Ils n'avaient parcourut que la moitié de la cour à pas pressés que le sol vibra de nouveau, cette fois-ci, Freya faillit perdre l'équilibre. Goldstein s'était rattrapée in extremis au bras du Magizoologiste à côté d'elle avec une expression de surprise.

De multiples cris résonnèrent à l'intérieur de la demeure, derrière la façade sculptée.

L'adrénaline secoua Freya et elle crut que son coeur allait jaillir de sa poitrine. Ne cachant pas son expression paniquée, elle se tourna vers les deux sorciers à côté d'elle. Ils arboraient le même air angoissé.

Sans échanger le moindre mot, ils se ruèrent tous les trois vers la porte pour passer au travers de celle-ci. Freya fut la première à s'élancer vers le bois, et elle se cogna lourdement, la tête la première, contre la porte close.

Elle bascula en arrière avec un gémissement entre douleur et surprise.

Le fessier désormais sur les pavés gelés, elle plaqua sa main contre son front avec une grimace.

Les deux sorciers à ses côtés la relevèrent sans peine, la remettant sur ses deux pieds. Elle sentait le regard inquiet de Goldstein osciller entre son visage endolori et la porte fermée.

- Ils ont scellé la porte derrière eux, commenta l'auror américaine.

- J'avais remarqué, grogna Freya en se massant le front.

Elle pouvait sentir une énorme bosse germer juste au dessus de ses sourcils noirs.

Norbert laissa échapper un souffle inquiet et agacé.

D'autres exclamations d'horreur résonnèrent à l'intérieur.

Freya essaya d'ignorer le mince filet tiède qui dévalait désormais le long de sa tempe, jusque dans ses cheveux noirs. L'adrénaline pulsait dans ses veines et son coeur allait si vite qu'elle entendait ses propres battements tambouriner de chaque côté de son visage.

Et s'ils arrivaient trop tard ?

Et si Dragonneau...

Elle secoua sa tête en déni.

Non, cela ne se pouvait.

Freya déglutit entre deux expirations chevrotantes.

C'était comme si toute la rancoeur au sujet de Dragonneau s'était envolée. Ce fut l'inquiétude et l'appréhension qui prirent bientôt le dessus dans son esprit.

La sorcière fut traversée d'une pulsion étrange et violente ; elle venait de ses entrailles et elle ne se reconnut presque pas.

- Reculez-vous.

Sa voix cristalline ne trembla pas lorsqu'elle formula cet ordre.

Elle ignora le regard appréhensif que les deux sorciers s'échangèrent et elle brandit sa baguette droit devant elle avec détermination.

Norbert et Porpentina ne posèrent pas de question et firent quelques pas en arrière.

Freya articula résolument :

- Bombarda !

La porte s'enfonça et se déforma un peu dans un bruit sourd.

Ce n'était pas suffisant, et avant que Goldstein ne puisse dire quoique ce soit, Freya braqua d'autant plus vigoureusement sa baguette vers la porte.

Elle hurla :

- Bombarda Maxima !

Cette fois-ci, la porte entière fut soufflée et ses deux pans boisés s'ouvrirent dans un vacarme assourdissant. Freya et les deux sorciers plaquèrent leurs bras devant leurs visages, évitant ainsi quelques projectiles de bois et de pierre qui avaient été propulsés dans toutes les directions.

Un énorme nuage de poussière prit forme devant eux, les engloutissant presque entièrement et Freya ne put se retenir de toussoter. Les trois sorciers agitèrent leurs mains pour disperser la fumée devant eux, en vain.

Porpentina jeta un regard étonné et désapprobateur dans la direction de Freya.

- Je pense que nous aurions pu trouver un moyen d'entrer plus discret, fit-elle remarquer.

- Je me suis dit que nous opterions plutôt pour le plus rapide, répondit simplement Freya en haussant les épaules.

D'autres cris retentissaient depuis l'intérieur de la bâtisse et sans plus de cérémonie, ils s'élancèrent de nouveau à l'intérieur, la baguette à la main.

Goldstein poussa une autre grande porte et ils s'engouffrèrent tous les trois dans l'immense pièce.

La porte se claqua violemment derrière eux, les happant presque d'autant plus vers l'intérieur de l'immense salle.

Il s'agissait d'une vaste et ancienne bibliothèque. Les étagères boisées, pleines à craquer de manuscrits, encerclaient la pièce et montaient jusqu'au haut plafond décoré.

La bibliothèque était plongée dans l'obscurité, à l'exception d'un cercle d'immenses flammes bleues au centre de la pièce, entourant dangereusement une estrade rouge sang.

C'était un véritable chaos et Freya mit quelques secondes à comprendre l'ampleur de la situation devant elle. Beaucoup transplanaient, disparaissant dans des trainées de fumées noires, d'autres accouraient désespérément vers le brasier bleuté, le traversaient et transplanaient à leur tour.

Elle avait entendu parler de ce genre de feu, c'était de la magie noire, extrêmement difficile à maîtriser. Un Feudeymon.

A sa grande stupeur, certains sorciers ne parvinrent pas à traverser le brasier ardent et furent brutalement consumés par les flammes. Leurs cris de douleur et d'horreur résonnèrent dans l'immense pièce et Freya resta paralysée devant cette scène de terreur.

Jamais auparavant elle n'avait été témoin de la mort d'un individu, et cette réalisation la frappa lourdement. Elle crut qu'elle allait vomir, sentant comme si son coeur battant était au bord de ses lèvres rouges et tremblantes.

Au centre du cercle, quelques unes des huit silhouettes qu'elle avait vues arriver en premier dans la cour pavée, une heure auparavant, étaient en train de transplaner elles aussi.

Elle eut à peine le temps d'apercevoir un visage blanc comme neige, des cheveux blonds et des yeux vairons, que l'illustre et dangereux personnage transplana avec une moue agacée.

- Grindelwald ! Avait hurlé avec rage une voix grave depuis sa gauche.

Thésée Dragonneau.

Le coeur de Freya manqua un battement et elle sentit Norbert à côté d'elle tourner vivement la tête dans la direction de son frère. Ce dernier n'était pas bien éloigné de l'estrade enflammée et se débattait énergiquement, agitant sa baguette dans tous les sens et jetant des sorts de protection.

Thésée hurla de nouveau le nom du mage noir, luttant contre un bras de flammes bleues qui menaçait brusquement de l'engloutir lui aussi.

Grindelwald, il était parti.

Une silhouette chic et élancée demeurait seule au centre de l'estrade, un sourire féroce et sadique déformant le beau visage rehaussé d'un chapeau extravagant.

Freya la reconnut également, Vinda Rosier.

Elle aussi, avait quelques posters à son effigie au Ministère.

- Dernier appel, articula cruellement Rosier, son accent français découpant sèchement chacune de ses venimeuses syllabes.

La confusion dans la pièce s'accentua, et Freya ne savait même plus où elle devait regarder, ou même ce qu'elle devait faire.

Des livres volaient soudain dans tous les sens, des pages virevoltaient, comme emportées par une violente bourrasque. Les flammes bleues s'agrandissaient, donnant une teinte froide à toute la bibliothèque.

Une vague de chaleur balaya la mèche noire et serpentine de Freya, et bientôt elle se rua à terre, évitant de peu la chute d'étagères pleines d'ouvrages juste à côté d'elle.

Elle recouvrit vivement sa tête avec ses deux bras, à plat ventre contre le sol boisé. De nombreux livres dégringolèrent sur elle, et bientôt son corps tout entier fut recouvert de manuscrits et de papiers.

L'énorme bruit que cela produisit fit se retourner plusieurs Aurors, et elle releva la tête alors que le foyer ardent empirait au centre de la pièce.

Regardant à sa droite puis à sa gauche, elle retrouva finalement Porpentina et Norbert, de l'autre côté de la bibliothèque qui venait de s'effondrer. Ils se relevaient avec peine et elle aperçut le Magizoologiste ramasser sa valise avec un visage d'autant plus déformé par l'angoisse.

La valise était renversée au sol et grande ouverte, et Freya, tout comme le Magizoologiste, vit une petite créature s'en échapper prestement. Le sorcier s'empressa aussitôt de refermer la valise dans la confusion et le chaos de la bibliothèque. Une bourrasque balaya ses cheveux roux en arrière et elle le voyait chercher du regard la créature qui s'était échappée.

Deux mains sous ses bras la sortirent brusquement de ses rêveries, et elle fut violemment tirée vers le haut. Une fois de nouveaux sur ses deux pieds, les mains qui l'avait soulevée encadrèrent ses épaules avec fermeté.

Marcus.

Son visage était froncé d'inquiétude et partiellement noirci par les flammes.

- Freya, espèce de petite inconsciente !

Il avait hurlé ces mots et aussitôt, elle le poussa vers l'arrière, et ils basculèrent au sol, évitant une langue de feu bleutée. La chaleur de la flamme brûla presque le dos de Freya.

Le frère et la soeur Nott tournèrent leur tête vers le brasier et aperçurent un autre bras de feu s'élancer vers eux. Les bras forts de Marcus se plaquèrent dans son dos et ils transplanèrent non loin de là, mais assez pour éviter l'incendie de magie noire.

Ils se relevèrent rapidement mais avec difficulté, et derrière son frère, Freya aperçut une auror essayer de transplaner et se faire happer férocement par les flammes. La panique et l'horreur glaça le sang dans ses veines.

Les deux mains rugueuses de son frère sertirent son visage avec fermeté et il la força à le regarder dans les yeux. Il était blafard et la lumière bleutée accentuait l'air couard de son visage rond.

- Ecoute-moi bien Freya Nott, articula-t-il, père sera furieux de savoir que tu-...

- Je me fiche de père !

Elle se défit de l'étreinte sur son visage et projeta un vif sort de protection dans le dos de son frère, les protégeant tous les deux d'une énième flamme bleue. Marcus se retourna en geignant presque de manière peureuse, jetant maladroitement d'autres sorts, créant comme un bouclier pour les préserver.

Freya recentra son regard devant elle et elle croisa celui de Thésée, cette fois elle nota qu'il n'avait pas l'air furieux mais plutôt pris au dépourvu et dépassé.

Il jeta un autre sort de protection devant lui, se tenant étrangement le côté avec son autre main. Il se retourna de nouveau vers Freya, après avoir jeté un coup d'oeil vers son petit frère, de l'autre côté de la pièce.

Il aboya gravement :

- Je vous avais dit que-…!

Un souffle d'air brûlant le coupa dans sa phrase et il recula fébrilement, comme propulsé par la vague de chaleur bleue. En émettant un gémissement grave, il bascula en arrière, les deux mains sur sa baguette. Le bouclier de magie devant lui faiblissait et Freya fut saisit par l'adrénaline qui était soudainement montée en elle, la submergeant complètement.

- Monsieur ! Hurla-t-elle du haut de ses poumons.

Elle allait s'élancer dans sa direction mais Marcus la retint violemment par le bras.

- Pars avec moi.

Cette ordre la fit trembler de colère. Il comptait fuir ?

Il comptait sincèrement fuir ?

Elle lui jeta un air empli de dégoût et défit son bras de sa poigne. Une nouvelle bourrasque fumante les balaya, faisant voler leurs cheveux noirs corbeau. Son ton se fit presque suppliant :

- Fuis avec moi.

Derrière lui, Freya remarqua Arcturus, qui accourait vers eux avec panique et couardise.

- Il est donc là, l'honneur des Nott ? Demanda simplement Freya avec dégoût et honte.

Devant elle, Marcus grimaça avec fureur.

Freya cracha :

- Je ne fuirai pas, mais libre à toi de reproduire ce que tu faisais pendant la Guerre.

Ces mots eurent l'effet d'un coup de tonnerre et le visage du sorcier se déforma dans un mélange de colère et de honte. Derrière lui, le cri soudain d'Arcturus, presque noyé dans le vacarme de la pièce, retentit. Les deux Nott se tournèrent vers lui ; il se tenait le bras avec terreur, le secouant dans tous les sens. Au bout de sa main pendait une petite créature ressemblant à un gros rat rosé avec des tentacules. Avec un énième cri, il se défit de la créature et lui jeta un sort violent. Le petit animal fuit derrière une bibliothèque en émettant un cri perçant.

Avec un visage plein de lâcheté et de peur, Arcturus atteignit leur niveau et Marcus se tourna de nouveau vers sa soeur.

Derrière elle, la voix grave de Thésée appelait gravement son frère.

Marcus saisit l'avant-bras de Freya avec violence, l'empêchant de se retourner vers Dragonneau et lui dit :

- Tu n'as pas le choix, Freya.

Il agrippa le tissu sur l'épaule d'Arcturus à côté de lui, mais avant qu'il ne puisse transplaner, Freya dirigea sa baguette vers les deux sorciers et articula rapidement :

- Repulso !

La main de Marcus glissa de son bras et les deux sorciers furent propulsés plus loin et transplanèrent dans la foulée, sans emporter avec eux la sorcière.

Elle n'eut pas le temps de récupérer son souffle, une flamme bleutée se dirigea vers elle et se jeta par terrer, évitant de peu d'être réduite en cendres. Encore une fois à plat ventre au sol, elle chercha du regard Norbert et Porpentina.

Ils étaient de l'autre côté de la pièce, derrière l'estrade ardente, ils esquivaient à la fois des flammes et des sorts, lancés par d'autres sorciers. Le coeur de Freya se stoppa presque alors qu'elle reconnut quelques visages d'aurors parmi ceux qui attaquaient les deux sorciers. Au nom de Merlin, que faisaient-ils ? N'étaient-ils pas de leur côté ?

Un cri grave la désarçonna.

Thésée Dragonneau se tenait les côtes en grimaçant, l'autre bras était toujours dirigé vers les flammes. Il luttait mais il était évident que les forces commençaient à lui manquer. Il bascula de nouveau en arrière, s'écrasant contre une marche boisée.

Le coeur de Freya s'emballa encore plus, l'adrénaline lui fit presque perdre les pédales et elle se releva et accourut dans la direction de l'auror. Dans sa course, elle put entendre la voix du Magizoologiste au loin hurler le prénom de son frère. Ceci sembla attirer l'attention de Rosier, qui toujours depuis le centre de l'estrade, se tourna vers l'auror avec un rictus cruel.

Freya arriva enfin au niveau de son patron, haletante et elle agrippa d'une main ferme le col de sa veste grise, l'autre, était tendue vers une énième langue de feu.

Elle cria :

- Protego !

Dragonneau, quelques marches en dessous d'elle, grogna en accompagnant le sort de Freya. Ils repoussèrent ensemble la flamme avec beaucoup de mal.

Mais Rosier ne sembla pas vouloir leur donner un moment de répit, puisque d'un autre gracieux coup de baguette, un autre bras de feu, gigantesque cette fois, se rua vers eux.

Freya empoigna si fort le col de la veste de Dragonneau qu'elle crut qu'elle allait le lui arracher. Elle transplana, l'emmenant avec elle.

Le transplanage fut étonnamment chaotique, comme si elle n'arrivait pas à maîtriser sa direction et elle put entendre Dragonneau gémir gravement alors qu'ils naviguaient péniblement dans la pièce. Freya mit fin à l'infernale distorsion et ils atterrirent rudement, cognant contre une bibliothèque.

Ils retombèrent violemment au sol, et Dragonneau émit une autre plainte grave alors que Freya tombait lourdement sur son torse, expulsant tout l'air qu'il y avait emmagasiné.

Il bascula sa tête en arrière, dégageant la mèche ondulée qui tombait sur son visage grimaçant de douleur. Freya sentait son coeur sous le sien, battre la chamade et sa poitrine tentait en vain se soulever, aspirant à retrouver un peu d'air. Quelques mèches de cheveux noirs et serpentines étaient tombées dans son cou et sa mâchoire resserrée.

Dans la confusion de l'instant, Freya réalisa que c'était la première fois qu'elle voyait le visage de son patron si proche du sien. L'effluve mentholée envahit son odorat.

Une autre plainte s'échappa des lèvres crispées de l'auror et il réussit à articuler :

- Mes côtes...

Elle sortit de sa rêverie embarrassante et futile.

La sorcière roula sur le côté, et le torse de Dragonneau se bomba de nouveau alors qu'il prit une grande bouffée d'air. Il gémit de nouveau mais tourna sa tête vers Freya, complètement perdue et dépassée.

Elle finit par poser sa main sur un côté du torse de l'auror et remarqua des irrégularités sous ses doigts tremblants. Dragonneau siffla de douleur, arquant presque son dos. Il prit le poignet de Freya et le repoussa plus loin.

- Elles...elles sont cassées, annonça Freya avec une voix stridente, trahissant sa panique.

Le regard de l'auror à terre devant elle s'écarquilla, comme s'il voyait quelque chose dans son dos. Il tenta d'attraper sa baguette, un peu plus loin, mais ne l'atteignit pas.

- Nott ! Avait-il hurlé précipitamment.

Elle se retourna, mais il était trop tard et elle fut propulsée en arrière avec une grande violence. Elle roula pendant quelques mètres contre le sol tapissé de livres, avant de s'arrêter. Son souffle avait été coupé, et elle reprit une grande inspiration d'air, douloureuse et pénible. Elle releva la tête et fut surprise de voir que ce n'était pas le Feudeymon qui l'avait propulsée ainsi.

Thorne.

La sorcière aux cheveux blonds eut un sourire machiavélique et avait brandit sa baguette dans sa direction.

- Nott, je suis ravie que vous puissiez participer à ce petit jeu.

Un petit jeu ?

Freya n'eut pas le temps de rétorquer quoique ce soit puisqu'elle fut soudainement soulevée dans les airs, puis éjectée vers une série de bureaux en bois. Elle roula péniblement sur les tables boisées, balayant les livres et les lampes qui s'y trouvaient.

Elle retomba lourdement contre le sol et un cri s'échappa de sa cage thoracique en feu.

Le rire amusé de Thorne atteignit ses oreilles et elle se releva avec peine, collant son dos contre le pied du bureau. Elle souleva sa baguette et passa sa tête outre le bois pour voir où se trouvait la sorcière.

Elle rangea son visage in extremis alors qu'un sort ricochait non loin d'elle, projetant des éclats de bois dans tous les sens.

A sa droite, elle pouvait entrevoir le fond de la salle, encore dévorée par les immenses flammes bleues, et au loin, la silhouette de Phineas se détachait à côté de celle de Coffin. Ils se battaient eux aussi, contre le brasier ardent et contre quelques aurors qui les avaient visiblement trahis.

Plus loin, elle entendit la voix de Porpentina hurler :

- Norbert !

Son coeur s'accéléra et elle bondit de sa cachette, esquivant quelques sorts lancés par Thorne avant de riposter fermement. Elles échangèrent de nombreux sorts et Freya dût esquiver une langue de flammes bleues qui s'était précipitée dans sa direction. Cette même flamme bleue traversa Thorne, mais étonnamment cela ne lui fit rien.

Son rictus s'agrandit et pour une raison étrange, Freya se paralysa soudain.

Tout était au ralenti.

Thorne braqua sa baguette noire vers elle, et articula avec cruauté :

- Avada Kedavra !

Un flash vert et terrible éclata dans toute la pièce.

Freya fut dégagée sur le côté par une force inconnue et elle s'écrasa massivement dans les petites marches boisées. Elle roula sensiblement sur le côté, et fut surprise de remarquer qu'elle était encore en vie.

La douleur était vive, mais elle vivait.

Freya ne put retenir un hurlement d'effroi.

A côté d'elle, quelqu'un était allongé, à plat ventre, le visage grisé et figé, tourné vers elle.

La cravate orangée dépassait tragiquement du menton mal rasé.

Abbott.

Il ne bougeait plus.

Ses yeux, écarquillés, étaient vitreux, sans vie.

Un sanglot se coinça dans la gorge de Freya et elle crut qu'elle allait vomir.

Un souffle tremblant s'échappa de ses lèvres tordues dans une grimace de douleur.

Un rire terrible résonna de nouveau et Thorne apparut au dessus d'elle.

Son air sadique et ce rictus la glaça malgré les flammes environnantes.

Avec son soulier bordeaux, la sorcière blonde donna un petit coup de pied dans le corps inerte d'Abbott et soupira avec un air faussement malheureux.

- Quel dommage, railla-t-elle avec une voix mielleuse.

Les oreilles de Freya commençaient à bourdonner, mais elle arrivait à percevoir l'accent français de Rosier loin derrière elle. La sorcière française semblait appeler ses alliés à rentrer dans le cercle de flammes bleues.

Le sanglot de Freya fut expulsé en dehors de sa gorge et elle faillit s'étouffer alors qu'un gémissement s'échappait de ses lèvres. Le visage d'Abbott était si terrible, si figé.

Des larmes s'échappèrent de ses yeux et le rire au dessus d'elle reprit de plus belle.

La voix de Norbert atteignit ses oreilles, il était tout près :

- Thésée, Thésée !

Peu à peu, elle voyait la lumière bleue s'atténuer dans la pièce, mais ses yeux étaient rivés sur la baguette de Thorne, dirigée droit sur elle.

- Adieu, Nott, énonça cruellement la sorcière.

Freya eut le temps de brandir sa baguette vers elle, mais n'eut pas le temps d'énoncer un quelconque sort.

Le flash vert revint.

Tout aussi terrible que la première fois.

Seulement, c'est Thorne qui tombait en avant, s'écroulant sur le corps d'Abbott.

Elle devint tout aussi inerte et grise que lui.

Freya se recula en rampant presque, affolée et choquée à la vue de ces deux corps sans vie. Derrière Thorne, il y avait les frères Dragonneau.

Norbert supportait une partie du poids de son frère sur une épaule, et Thésée, pantelant et blême, avait encore sa baguette dirigé droit devant lui.

Droit sur Thorne.

Il s'écroula un peu plus sur son frère et Norbert laissa tomber sa valise pour pouvoir supporter son frère avec son deuxième bras.

Le crépitement des flammes se fit plus intense derrière Freya, et après quelques cris et autres bruits de transplanage, les flammes s'éteignirent complètement, laissant la bibliothèque dans l'obscurité.

Le silence était entrecoupé de souffles, gémissements et bruits de papiers froissés.

Freya laissa échapper un nouveau sanglot et des larmes chaudes coulèrent le long de ses joues, pour rejoindre son cou. Les deux cadavres devant elle lui retournaient l'estomac et elle dû s'éloigner d'autant plus, laissant traîner ses jambes flageolantes contre le sol jonché de livres et de cendres.

On s'agenouilla à côté d'elle.

Phineas.

Son visage était recouvert de suif, de sueur et de cendres. Ses sourcils étaient si froncés qu'ils s'étaient presque emmêlés.

Il prit la tête de la sorcière entre ses mains et la serra contre lui.


J'avais très envie d'écrire ce chapitre depuis un bon moment et je suis contente d'en être arrivée à bout ! L'avez-vous aimé ?

L'après bataille ne sera pas moins intense, accrochez-vous pour la suite !

A plus,

Netphis.