Rose Noire

Chapitre 10

Harry but son café lentement, sans quitter Severus Snape des yeux. Est-ce qu'il pouvait lui faire confiance ? Est-ce qu'il allait vraiment faire des efforts, est-ce qu'il devait le suivre ? et surtout est-ce que Severus allait lui donner une chance de l'aimer ? Il voulait tellement y croire. Une dernière chance en quelque sorte.

Il ne demandait pas grand chose. Aimer cet homme simplement, avoir dans sa vie un peu de bonheur. Et si Severus refusait cet amour qu'il voulait lui donner alors tout sera fini. Ce ne sera pas avec de la joie dans le cœur qu'il laissera Severus partir. Il devra le nourrir, il le savait, mais ce sera tout ce qu'il aura. Mais là il se devait de faire un effort, pour Severus et pour lui. Se regardera-t-il dans une glace plus tard s'il refusait la main tendue du maître des potions ?

Snape voulait essayer alors pourquoi ne pas lui accorder quelques jours ? juste pour lui faire prendre conscience que rien n'était perdu entre eux deux. Une vie ensemble n'était pas aisée à construire et il savait que Snape devait mettre de côté ses principes et envoyer valser son hétérosexualité. Il lui demandait beaucoup mais le lien devrait les aider si Snape prenait la décision d'en faire son compagnon à part entière.

Harry, décidé, posa sa tasse dans l'évier et regarda lentement autour de lui et son intérieur lui parut vide de vie, sans âme, comme lui en ce moment. Il devait prendre une décision, la dernière, pour lui.

-Laisse-moi le temps de préparer quelques affaires et je te suis, accepta le jeune homme en se dirigeant vers sa chambre.

Snape remercia secrètement Salazar et croisa les doigts pour que Harry ne change pas d'avis, déjà qu'il ne savait pas comment il avait réussi à le convaincre, alors il devait la jouer fine.

-Tel que je te connais tu as prévu d'embaucher un sorcier pour garder ma librairie ouverte à Pré-au-Lard pendant mon absence ? demanda le jeune homme depuis sa chambre.

-En effet, j'ai pensé que Lucius fera l'affaire.

-Lucius Malfoy? demanda Harry en passant la tête à la porte, surpris.

-Lui-même.

-Bon choix, mais tu aurais pu m'en parler avant, tu crois pas ?

-Pas eu le temps, il me fallait d'abord te convaincre de m'accompagner.

-Ouais, fit le jeune calice en revenant vers severus avec un sac à la main.

-Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi tu as ouvert une librairie, cela te ressemble si peu. Je t'ai toujours connu actif, curieux, tête brûlée. Tu peux m'expliquer ?

-J'aime les livres...

Snape n'insista pas mais il savait que Harry avait passé ses examens d'auror et qu'il les avait réussi haut la main. Alors pourquoi il avait fait marche arrière ? Encore un mystère à élucider.

-Je suis prêt, avertit le jeune homme.

-On dépose les clefs chez moi pour Lucius et nous partons immédiatement.

-J'espère que je ne vais pas le regretter, murmura le jeune sorcier.

-Laisse-nous une chance...rétorqua Snape, quelques heures de ta vie, c'est tout ce que je te demande.

Harry grogna quand les deux gardes à l'entrée du village le dévisagèrent. Le vampire et le calice n'eurent pas longtemps à attendre avant de voir arriver vers eux un homme d'une cinquantaine d'années qui les interpella d'un signe de main afin de le suivre.

-Pas très poli, ricana le jeune homme en se mettant en marche. Ils sont tous comme ça ?

-Évite de telles remarques, Harry, je ne connais pas ce monde. J'aimerai éviter de m'y faire des ennemis d'entrée de jeu.

-Ne me dis pas de me taire, je te prie. A part toi personne ne s'y risquerai.

-Harry, souffla Snape.

-Je ne suis pas à tes ordres, rétorqua le calice.

-Pourquoi je me dis qu'il ne sera pas facile de vivre avec toi ?

-Probablement parce que ce sera le cas, s'amusa le calice. Je n'ai jamais prétendu que j'étais facile à vivre, et je ne t'y oblige pas je te signale.

-J'aurai du me douter que tu allais dire ça.

-Messieurs, voici votre demeure pour la semaine, leur présenta Alius Malo, le vampire qui les avait précédé en leur coupant la parole.

Harry haussa les épaules puis entra le premier dans la maison pendant que Severus s'entretenait avec l'autre homme.

L'endroit est pas mal, pensa le jeune homme : un salon où un feu brûlait dans la cheminée, à son intention certainement. Un canapé, un grand tapis, deux fauteuils, une petite bibliothèque et d'épaisses tentures et le tout dans des tons clairs et chaleureux, pas du tout le repaire de bêtes assoiffées de sang qu'il croyait trouver, ricana le jeune homme.

Il y avait une petite cuisine, utile pour les calices et deux chambres avec des lits à baldaquins posés sur des tapis moelleux et une salle de bain avec tout le confort désiré. Harry leva sa baguette et les torches aux murs s'allumèrent et éclairèrent les pièces d'une lumière douce.

Un petit nid, s'amusa Harry. Bah, ça lui fera une semaine de vacances pour lui puisque Snape était en quelque sorte en stage pour vampire d'après ce qu'il lui avait expliqué. Alors inutile de dire qu'il allait se reposer. Finalement ce séjour pouvait être intéressant. Voir Severus se transformer en véritable vampire n'allait pas manquer de piquant. Pourvu qu'il ne devenait pas plus tyrannique qu'il ne l'était déjà !

Snape salua l'homme puis entra dans la maison.

-Nos affaires sont arrivées ? se renseigna Severus en regardant le jeune homme qui s'assurait que les placards étaient pleins.

-Tu n'as qu'à t'en assurer toi même, Severus.

Snape grogna pour le manque d'amabilité de son calice. Il était terriblement agacé parfois, quel caractére de cochon il se traînait. Et le pire dans tout ça c'est qu'il l'appréciait de plus en plus, allez comprendre pourquoi !

-Tu veux que je fasse à dîner ? proposa le maître des potions pour être agréable au calice.

-Non, je sais me débrouiller tout seul, je cuisine depuis que j'ai six ans.

-A six ans un enfant ne cuisine pas, Harry.

-A six ans un enfant ne cuisine pas, pas plus qu'il ne lave les sols de la maison, qu'il ne tond la pelouse, qu'il nettoie les fleurs, qu'il pend le linge, qu'il fasse les courses, les vitres et...

-Arrête, tu veux dire que tu faisais toutes ses tâches chez tes moldus ?

-Qu'est-ce que tu croyais ! que j'étais un gosse heureux ? Il faut ouvrir les yeux, Severus, le monde n'est pas tout rose.

-Je n'ai jamais dis ça et je ne savais pas que tes moldus étaient de ce genre. J'avais bien entendu des rumeurs mais rien de concret.

-Et quand bien même, qu'aurais-tu fait ?

-Probablement rien, à ce moment-là je devais garder ma couverture secrète.

-C'est vrai, un enfant qui souffre, qui ça intéresse ? Je me demande pourquoi j'ai posé cette question idiote.

-Harry...

-Non, le sujet est clos, fais-moi penser à ne plus parler de ma vie. Ça n'a jamais était important alors pourquoi ça le serait maintenant.

-Harry...

Le jeune homme haussa les épaules et sortit en claquant la porte. Severus pouvait bien aller se faire voir !

Le vampire soupira et refusa de courir derrière son calice. Il allait attendre qu'il se calme d'abord, ensuite il verra. Là il venait d'apprendre un peu de sa jeunesse et ce qu'il avait entendu ne lui plaisait pas spécialement.

Harry marcha dans les rues du village jusqu'à ce que le calme revint un peu en lui. Il n'en voulait pas à Severus, c'était à lui qu'il en voulait de s'énerver pour un rien car le passé devait rester dans le passé.

Le jeune homme posa ses fesses sur un banc et regarda enfin autour de lui. Surpris, il vit un village animé et nombre de personnes déambuler dans les rues comme à Pré-au-Lard. Seul changement, les gens sortaient plus volontiers la nuit. Il ne s'était même pas posé la question de savoir si c'était dangereux pour lui, apparemment non, sinon on l'aurait déjà attaqué, supposa le jeune homme qui se cala un peu mieux sur le banc.

-Étonnant n'est-ce pas ? dit un homme, celui qui les avait accueilli, et qui prit place à côté de Harry.

-Oh, vous parlez ? se moqua le calice.

-Cela m'arrive, sourit le vampire.

-Désolé, je suis grossier, vous ne m'avez rien fait pourtant.

-Je comprends. Cela ne doit pas être facile pour vous...

-Si vous parlez de ma condition de calice, je vous rassure de suite, ce n'est pas un problème pour moi.

-Alors pourquoi êtes-vous ici ?

-Pour Severus...mon vampire.

-Pourtant vous êtes en colère, cette rage qui déborde de votre corps et que j'entends parfaitement. Je peux en connaître la raison ?

-Vous êtes quoi ? un genre de psy pour vampires et calices ?

-Non, j'aime à supposer que je suis un ami, un ami à qui on peut tout dire.

-Ben justement je n'ai rien à dire.

-Moi je crois qu'au contraire vous avez beaucoup à dire.

Le silence s'installa entre les deux hommes.

-Je lui ai parlé de mon enfance, je ne l'avais jamais fait...à personne, commença Harry sans regarder Alius Malo.

-Et qu'a-t-il répondu ?

-Il n'était pas intéressé, ça c'est arrêté là.

-Et si vous me racontiez à moi, parfois un étranger comprend mieux

Harry hésita mais ce soir il fallait que ça sorte, évacuer un peu de colère ne pouvait pas lui faire de mal.

-Je n'ai pas eu une enfance...non, recula Harry, c'est idiot, pourquoi parler de ça maintenant ? Je ne suis plus cet enfant qu'on a maltraité.

-Des coups ?

-J'en ai eu plus que mon compte, j'en porte encore les stigmates, vous ne pouvez oublier ces moments de douleur intense alors que vous êtes encore un petit enfant.

-Des parents ?

-Un oncle et une tante, moldus, les pires qui soient.

-Votre vampire le sait ?

-Pour les coups, les évanouissements, le placard dans lequel je vivais, le lèvres fendues, les hématomes, les hurlements, le fouet, les pleurs retenus pour cause de menaces d'autres coups...non il ne sait pas.

-Je vois, un jour il saura. Vous savez que votre compagnon réagira quand il sera votre vampire à part entière ?

-Je ne lui demande rien.

-Non, mais il devra vous protéger.

-Je ne lui demande rien, répéta Harry.

-Pourtant vous en avez besoin, un peu de tendresse et d'amour n'a jamais tué personne, affirma Alius.

-c'est tout ce que je demande, mais je doute d'être exaucé.

Severus Snape recula lentement, il en avait assez entendu. Il regagna la petite maison et s'activa dans la cuisine pour préparer un repas à son calice.

Comment il n'avait pas vu et entendu sa détresse alors qu'il était encore un enfant ? Il aurait du s'en apercevoir. Il avait reçu des coups et des brimades et il n'en avait jamais rien su. Maintenant ça allait changer, plus personne ne s'avisera de lui faire du mal. Il allait le protéger et surtout il allait tout faire pour le comprendre.

Harry se tourna vers Alius toujours assis sur son banc.

-Il devra faire attention à vous, vous épargner en quelque sorte, murmura Alius.

-Me protéger ! Au nom de quoi ? s'étonna le jeune homme. Je sais me défendre, je n'ai besoin de personne pour ça.

-Quand il sera un vampire à part entière ce sera son devoir, monsieur Potter.

-Ce n'est pas négociable ?

le vampire éclata de rire.

-Non, monsieur Potter, ce n'est pas négociable.