Chapitre 9 : Sous le feu des projecteurs
Sa main était posée sur la poignée de la porte mais ne l'avait pas encore tournée. Il n'y avait pourtant rien à craindre de l'autre côté ou plus exactement, il n'y avait aucune menace. Ce qu'il craignait était d'une nature beaucoup plus insidieuse et plus intérieure, à l'image d'une véritable phobie.
L'ancien Gryffondor mit trois secondes à trouver le courage d'ouvrir la porte. Il n'avait pas été réparti dans la maison des lions pour trembler comme un mouton.
La pièce dans laquelle il entra était un bureau à l'ancienne, qui servait non seulement à travailler mais aussi à recevoir un petit nombre d'invités. A ce titre, elle comportait plusieurs fauteuils, qui pouvaient être disposés près de la cheminée, avec différentes petites tables pour accueillir les tasses de thé et les assiettes de biscuits.
Les elfes avaient accompli un travail formidable pour restaurer les lieux, il ne restait plus de trace de l'incendie qui avait ravagé la pièce des années plus tôt. De nouveaux cadres avaient été installés sur les murs pour permettre aux portraits de revenir ici.
Traversant la pièce à pas lents, il ne jeta qu'un bref coup d'œil à la large cheminée et aux rangées de livres sur les étagères. Son attention se concentra sur le large bureau en chêne massif qui était installé près de la fenêtre. Combien de fois était-il venu ici pour parler à son père étant plus jeune ?
Alan posa sa main sur la surface polie et contourna le bureau, qui comportait trois tiroirs de chaque côté. Il ouvrit l'un d'entre eux et sourit en voyant une montre à gousset en argent à l'intérieur, gravée aux armoiries des Nilson. Elena lui avait déjà dit qu'il devrait la prendre – sa sœur préférant les montres à bracelet – mais le professeur ne l'aurait jamais fait sans sa permission. Même avec sa permission, il hésitait à le faire.
Contrairement à sa sœur, il n'était pas un Nilson de naissance mais par adoption. A treize ans, le jeune Alan – Alan Desoya à l'époque - qui se croyait né-moldu avait découvert que son père était un cracmol, abandonné par la famille Selwyn. Ses grands-parents sang-purs s'étaient soudainement tournés vers lui dans leur quête d'un héritier mâle et les lois sorcières britanniques l'auraient obligé à accepter de faire partie de leur famille et par extension d'être sous leur autorité.
Bien sûr, c'était sans compter sur l'opiniâtreté d'un ex-Auror lycanthrope et professeur de Défense contre les Forces du Mal à Poudlard, Alan Nilson.
Celui qui était déjà son mentor à l'époque lui proposa une échappatoire en l'adoptant. Il aurait des règles à suivre, les mêmes qu'il faisait respecter à sa fille Elena, mais il pourrait choisir sa carrière, sa moitié et ses opinions politiques sans interférence. Etant sûr de ne pas avoir ces trois garanties chez les Selwyn et ayant confiance en son professeur, le Gryffondor avait accepté. Alan Desoya était devenu Alan Nilson Jr. et sa meilleure amie était devenue sa sœur. Elle avait déjà une sacrée force la bougresse ! Jamais il n'oublierait comment elle l'avait serré dans une étreinte qui lui avait littéralement coupé le souffle et sans doute manqué de peu de lui broyer les os à l'époque.
Pas un jour ne passait sans qu'il repense à ce père qui lui avait donné sa chance et sans qui il ne serait pas devenu un Auror et un duelliste aussi accompli. Près de dix-huit ans s'étaient écoulés depuis son décès et celui de son épouse, qui l'avait également traité comme son propre fils. Il avait aussi eu beaucoup de mal à faire le deuil d'Arthur Morrison, le père de son meilleur ami mais également le sorcier qui était venu annoncer un peu par hasard à un garçon de onze ans qu'il était sorcier.
Voir un Auror tout drapé de rouge débarquer dans sa maison en défonçant la porte, baguette au poing, ça avait tendance à marquer les esprits.
S'asseyant au bureau, il prit la montre et l'examina d'un œil attentif. Lorsqu'il l'eut ouverte, le professeur de Hochelaga remarqua une sorte de fente sur la tranche. C'était étrange, il n'avait pas le souvenir d'en avoir vue une auparavant sur cet objet.
Portant une main à sa ceinture, il dévoila la dague héritée de son père dans son testament. L'artefact familial avait influencé sa vie à bien des égards, notamment en lui sauvant la vie à plus d'une occasion. Peut-être étaient-ils liés d'une certaine façon ?
Des années d'expérience comme brigadier puis comme Auror lui avaient appris la prudence. Pourtant, tout ceci disparaissait face à l'espoir de découvrir peut-être un dernier message, une dernière trace, laissés par cet homme qu'il avait tant respecté et tant admiré. Malgré lui, il sortit la dague de son fourreau et en inséra l'extrémité pointue au niveau de la fente.
Un petit clic se fit entendre mais pas de phénomène particulier. Alan était sur le point de reposer l'objet quand il fut pris d'un mal de crâne fulgurant.
Puis tout devint noir.
Le tableau n'aurait pas pu être plus sombre pour Vernon Dursley. Relâché sous caution, le directeur de la Grunnings avait l'interdiction de chercher à voir son épouse et son fils jusqu'au procès. Les charges qui pesaient contre lui étaient une farce ! La police l'accusait d'avoir battu le neveu de Pétunia – alors qu'il n'avait fait que lui administrer une punition bien méritée – mais en plus, elle avait le culot de prétendre qu'il avait frappé son petit Dudley ! Jamais l'époux de Pétunia n'avait levé la main sur son fils, c'était tout simplement impensable.
Si cela ne suffisait pas, il ne pouvait pas non plus rentrer chez lui, le domicile conjugal étant occupé par son épouse. Dursley était obligé de dormir à l'hôtel et il n'avait pas manqué d'entendre ses employés chuchoter dans son dos sur son passage. N'avaient-ils donc que ça à faire !
Le seul point positif dans toute cette affaire, c'était que la police avait retrouvé son fils même si ce dernier avait visiblement été violenté. S'il découvrait un jour qui avait osé lever la main sur son Dudley, il le lui ferait chèrement regretter !
En attendant, les factures s'accumulaient : la caution dont il avait dû s'acquitter pour être libéré avant le procès était exorbitante, à laquelle s'ajoutait le prix quotidien de sa chambre d'hôtel et de ses repas. Si cela ne suffisait pas, il devait verser une pension journalière à Pétunia !
Pétunia… la garce avait eu le culot de l'accuser de tous les maux et de demander le divorce ! Marge l'avait pourtant prévenu qu'il faisait une erreur en l'épousant mais il avait cru trouver une femme qui était sur la même longueur d'onde que lui et qui partageait sa vision du monde.
Les choses n'allaient pas non plus très fort à la Grunnings. Il ne pouvait pas en être certain mais il avait eu vent d'une visite imprévue du conseil d'administration dans la semaine et au vu du timing, cela ne pouvait pas être une bonne nouvelle. Vernon lui-même détenait un grand nombre d'actions de l'entreprise, pour laquelle il travaillait depuis vingt ans et qu'il dirigeait depuis des années mais il n'en était actionnaire majoritaire pour autant.
Le chef d'entreprise n'était pas trop inquiet pour autant. Il avait engagé d'excellents avocats, aux frais exorbitants certes mais qui lui garantiraient d'être acquitté. Tout ce qu'il avait à faire, c'était de ne pas quitter le Surrey.
Ayant garé sa voiture sur le parking de la Grunnings, Vernon se dirigeait vers le bâtiment quand il aperçut deux silhouettes se diriger vers lui. Ils étaient habillés de façon très étrange, avec des vêtements totalement dépareillés pour l'un et complètement passés de mode pour l'autre. Il espérait qu'il ne s'agissait pas de délinquants, il allait s'attirer d'autres problèmes avec la police s'il devait les dérouiller pour se défendre.
- Vernon Dursley ? L'interpella le plus âgé des deux.
- C'est moi. Qui êtes-vous ?
- Vous êtes en état d'arrestation. S'exclama l'autre, en sortant de sa poche… un bout de bois.
Avant d'avoir eu le temps de s'esclaffer, une vive lumière jaillit de la brindille et le percuta de plein fouet. Il ne pouvait plus ni bouger, ni parler. Satanés monstres ! Il aurait dû savoir que recueillir ce fichu gamin lui causerait ce genre d'ennuis tôt ou tard !
- Turner ! Combien de fois t'ai-je dit de ne pas tirer sur les suspects avant de leur avoir annoncé le chef d'accusation ?
- Pardon chef, j'oublie toujours ! Répondit l'autre d'un ton malicieux.
Ce nouveau monde regorgeait de choses à apprendre mais la première chose que le garçon avait apprise, de la bouche même de son oncle Charlus et de sa tante Dorea, c'était son imperfection. En dépit des apparences qui pouvaient le dépeindre comme un univers merveilleux tout droit sorti d'un conte de fées ou d'un film de Walt Disney, Harry avait compris qu'il était en proie aux mêmes maux qui touchaient le monde normal, ou plutôt le monde moldu. On y trouvait aussi du racisme, pas en termes de couleur ou de religion mais de la « pureté du sang » et des différentes espèces d'êtres magiques.
Cela ne se limitait d'ailleurs pas aux opinions des gens mais aussi au système judiciaire. Non contents de confier les pouvoirs législatif et judiciaire à une même assemblée, le Magenmagot, celle-ci avait également commis un certain nombre d'erreurs. La plus grande en date venait d'être découverte peu de temps auparavant par le gentil vieux monsieur qu'il avait rencontré. C'était apparemment un grand avocat sorcier, pionnier dans la défense des gens pauvres que le système aimait à « broyer » selon l'expression de tante Dorea.
Un homme avait été condamné à tort à un emprisonnement en vie dans la pire prison qui puisse exister et sans même avoir eu droit à un procès. Si ce n'était pas la définition même d'une justice qui ne marchait pas, il ne voyait pas ce que c'était !
Oncle Charlus avait tenté de nuancer son avis en apportant des éléments de contexte, notamment le contexte de guerre civile qu'avait connu le monde sorcier britannique à l'époque mais cela ne suffisait pas à Harry. S'il pouvait comprendre que les procès n'aient pas été une priorité à l'époque, cela faisait pourtant sept ans que le méchant mage noir avait été vaincu alors qu'est-ce qui les empêchait de corriger leurs erreurs ensuite ?
Harry s'était senti d'autant plus concerné par la question lorsqu'ils lui avaient révélé que la personne emprisonnée à tort n'était autre que son parrain, l'homme que ses parents avaient choisi pour s'occuper de lui s'il venait à leur arriver quelque chose. Si ces idiots du ministère ne l'avaient pas jeté en prison, jamais Harry n'aurait eu à aller vivre chez oncle Vernon et tante Pétunia ! Personne ne s'en était visiblement soucié, tout comme personne ne s'était intéressé à ce qu'il était devenu après la chute du méchant sorcier.
Cette situation, Harry l'avait comprise par lui-même en lisant les livres d'histoire contemporaine que son oncle et sa tante avaient mis à sa disposition. Les Grands Evènements de la sorcellerie au XXème siècle et l'Histoire de la magie moderne parlaient de lui et de ses parents mais toute mention s'arrêtait à la chute de « Voldemacchabée » comme l'appelait le cousin Phineas Potter, au grand déplaisir de tante Dorea qui l'appelait simplement Jedusor, son vrai nom apparemment.
Harry sursauta en entendant la porte du salon s'ouvrir. Il s'y était installé pour attendre son parrain, avec un livre et une tasse de chocolat chaud.
L'homme qui entra dans la pièce n'était pas très vieux, peut-être trente ans environ et au grand soulagement d'Harry, il ne ressemblait pas à l'image de bagnard qu'il s'en était fait, bien qu'il soit assez maigre et sa peau très pâle. Le garçon pouvait le comprendre, il était maigre aussi et les Dursley ne lui permettaient pas beaucoup d'aller dehors lorsqu'il ne s'occupait pas du jardin.
Il avait un visage plaisant, encadré par des cheveux noirs qui lui arrivaient jusqu'au milieu du cou. Ses yeux, gris au premier abord, lui apparurent plutôt comme bleu-gris lorsqu'il se fut assez rapproché. Ses dents bien alignées n'étaient pas une blancheur étincelante mais elles étaient propres et surtout, elles n'étaient pas jaunes comme celles d'un pirate !
L'homme s'approcha de lui et tendit une main que le jeune Potter serra en souriant. Son parrain sourit à son tour mais il semblait aussi ému, pour une raison qui lui échappait.
- Bonjour Harry, tu ne te rappelles sans doute pas de moi mais je t'ai connu tout petit. Je m'appelle Sirius, Sirius Black…
- Et vous êtes mon parrain ! Oncle Charlus et tante Dorea m'ont parlé de vous, je suis désolé de ce qui vous est arrivé quand mes parents sont morts.
Cela parut prendre le sorcier complètement au dépourvu et l'émotion se fit plus vive encore dans ses yeux. Harry fut à son tour surpris quand son parrain mit un genou à terre et le serra dans ses bras, sans pour autant l'étouffer. Il y avait quelque chose dans ce geste et les soubresauts qui s'étaient de l'homme, qui lui firent comprendre qu'il était peut-être en larmes. Le garçon lui rendit son étreinte et tapota son dos, comme il avait parfois vu des parents faire avec leurs enfants.
- Je suis tellement désolé, Harry… si tu savais à quel point je m'en veux… Déclara l'homme d'une voix étranglée.
- Il ne faut pas, tout va bien se passer. Maître Phineas va te faire innocenter et tu pourras vivre avec nous, si tu veux bien. Répondit l'enfant, terminant sa phrase d'une plus petite voix.
- J'en serais honoré, vraiment honoré. Lui dit Sirius en le serrant un peu plus fort.
Dans une pièce mitoyenne du salon, Charlus et Dorea avaient observé grâce à un habile système de miroir sans teint les échanges entre Sirius et le petit Harry. Potter trouvait que c'était un peu trop intrusif mais aux yeux de son épouse, c'était nécessaire. Le fils d'Orion et de Walburga Black n'était pas un mauvais bougre, loin de là mais sept ans à Azkaban auraient rendu n'importe qui fou à lier. C'était un miracle que le jeune Black s'en soit aussi bien tiré – même si Dorea comptait bien découvrir comment il s'y était pris pour ne pas perdre la raison – mais cela ne signifiait pas qu'il était intact mentalement pour autant.
Voilà pourquoi la grand-tante de Sirius avait tenu à discuter avec lui avant de le faire rencontrer Harry. La conversation avait duré près de deux heures, pendant lesquelles Dorea lui avait expliqué leur situation mais également posé un grand nombre de questions, relatives à leurs années d'absence mais aussi plus spécifiquement au sujet des circonstances tragiques dans lesquelles James et Lily Potter avaient trouvé la mort.
Ils apprirent des choses intéressantes, telles que l'identité de l'homme qui avait réellement trahi les parents d'Harry : Peter Pettigrow. Ils avaient toutes les raisons de croire que Pettigrow s'était enfui après avoir mis en scène sa propre mort. Apparemment, l'ancien Gryffondor était animagus et se serait métamorphosé en rat pour disparaître aux yeux de tous.
Dorea suspectait Sirius d'être également un animagus mais elle ne l'interrogea pas à ce sujet pour le moment. La confiance qui s'était établie entre eux était encore fragile et elle ne tenait pas à la mettre en péril. Elle avait obtenu du jeune Black qu'il accepte des séances avec une psychomage deux fois par semaine, en lui expliquant que non seulement ça lui serait bénéfique mais qu'il s'agissait également d'une condition sine qua non du Ministère de la Magie pour ne serait-ce qu'envisager lui confier la garde de l'enfant.
- Je vois bien que quelque chose te tracasse, chérie. De quoi s'agit-il ? Lui demanda Charlus.
Son épouse ne répondit pas immédiatement. Prenant le temps d'arranger ses cheveux noirs en un chignon qui dégageait sa nuque, elle quitta la chaise sur laquelle elle était assise et conjura un large tableau noir sur lequel elle écrivit avec sa baguette l'année 1981 puis d'un côté les noms de James et Lily Potter et de l'autre Frank et Alice Londubat.
- Par Sirius, nous savons que James et Lily ainsi que les jeunes Londubat étaient devenus des cibles directes de Jedusor, information donnée aux deux couples par Dumbledore mais sans que Sirius sache pourquoi. Cela ne suscite-t-il pas ta curiosité, mon condor ?
Charlus se leva à son tour et se rapprocha du tableau noir. Conjurant un morceau de craie, il traça un trait sous chacun des deux couples, écrivant d'un côté Harry Potter et de l'autre Neville Londubat.
- En dehors de leur appartenance à l'organisation secrète de Dumbledore, la chose qui les rapproche c'est d'être de jeunes couples avec un enfant. D'après ce que j'ai vu des ouvrages généalogiques que tu as acquis, ils sont nés à un jour d'écart, en juillet 1980.
- Tu crois donc que c'était l'enfant plutôt que les parents qui intéressait Jedusor ?
- Je ne sais pas mais ça expliquerait pourquoi il les a pris pour cible à ce moment-là plutôt que pendant les trois ou quatre années précédentes, où ils appartenaient déjà à l'organisation de Dumbledore.
Dorea écrivit le nom de Jedusor en dessous et un point d'interrogation entre lui et les noms des deux enfants. Qu'est-ce qui avait bien pu intéresser le mage noir chez les deux bambins ? Ils étaient trop jeunes pour servir de recrues. A la limite, ils auraient pu être utilisés comme otages contre leurs parents mais Jedusor n'avait jamais semblé intéressé par ce genre de tactique. Il n'y avait qu'à voir l'assassinat d'Edgar Bones, de son épouse et de leurs enfants par les Mangemorts.
Charlus traça une ligne reliant Jedusor à Harry et l'accompagne du mot « vaincu », ce après quoi Dorea haussa un sourcil.
- Tu crois vraiment à ces sornettes ?
- Je ne sais pas si c'est quelque chose que James et Lily ont fait mais il n'en reste pas moins que Jedusor a été vaincu ce soir-là et que le jeune Harry a survécu, non seulement au mage noir mais à en croire différentes sources, au sortilège de mort également.
Quelque chose dans les paroles de son époux l'interpelait mais Dorea n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Elle commença à écrire d'autres noms à côté de celui d'Harry : d'abord Dumbledore, qui avait usurpé sa garde puis Sirius qui avait été emprisonné et par extension, qui s'était retrouvé éloigné de l'enfant.
- Le peuple opprimé l'emportera finalement et résistera à la violence des envahisseurs. En outre, le sanglier de Cornouailles viendra à leur secours : il foulera aux pieds les ennemis et leur brisera le cou. Déclara Charlus comme s'il récitait un poème.
- Qu'est-ce que tu racontes ? L'interrogea Dorea d'une moue dubitative.
- Tu ne te rappelles pas ? C'était l'une des prophéties de Merlin au sujet d'Arthur Pendragon. Cela m'a fait penser à la façon dont Jedusor est tombé justement.
Une prophétie… était-ce seulement possible ? Les sorciers dotés du don de prophétie étaient extrêmement rares mais peut-être Jedusor en avait-il eu un à son service ? Non, si tel avait été le cas, il aurait attaqué les deux couples sans que Dumbledore en ait vent.
Elle finit par croiser les bras en baissant la tête. Ce n'était malheureusement pas en formulant des hypothèses sans fondement qu'elle découvrirait la vérité. Elle sentit bientôt les mains de Charlus se poser sur ses épaules et les masser, arrachant un soupir de contentement à la sorcière.
- Mm… j'en avais bien besoin.
- Que faisons-nous maintenant ? Demanda Charlus d'une voix douce.
- Nous avons besoin d'alliés, tout particulièrement des alliés de poids pour le procès de Sirius. Ni mon frère Pollux, ni ma charmante sœur Cassiopeia n'ont intérêt à ce que Sirius soit acquitté, non seulement parce qu'ils adhèrent aux idées de Jedusor mais aussi parce que cela les priverait de l'héritage qu'ils attendent depuis longtemps…
- Ne m'avais-tu pas dit qu'Arcturus était encore en vie ? Il est encore chef de famille normalement.
- Oui, il est bien vivant mais il n'est pas à Square Grimmaurd, la maison a visiblement été abandonnée à la mort de Walburga il y a trois ans. Je crois cependant avoir retrouvé sa piste.
- Pourquoi aurait-il quitté la maison ancestrale ? C'est étrange.
Dorea étala sur la table des articles de presse et des extraits de différents ouvrages indiquant qu'Orion et Walburga avaient pris possession des lieux il y a un certain nombre d'années. Plus aucune référence n'était faite directement à Arcturus mais une simple visite de leur fils Phineas à Gringotts avait confirmé que le patriarche était toujours vivant.
- Je pense que ma fratrie a essayé de l'évincer d'une façon ou d'une autre mais qu'il en a réchappé. Le meilleur pied de nez qu'il puisse encore leur faire, c'est de leur survivre.
- Sauf que nous avons besoin de lui pour Sirius, n'est-ce pas ? Ne peut-on pas gagner le procès sans lui ? Ton oncle Phineas est un excellent avocat et Susan Doyle n'est pas en reste.
La Black secoua la tête et pointa du doigt l'arbre généalogique des Black.
- Tu ne vois pas les choses dans leur ensemble. Oui, nous avons nos chances de gagner le procès de Sirius mais regarde cet arbre. Les Black suivent une loi stricte de primogéniture masculine, ce qui veut dire qu'Orion étant décédé, le prochain héritier d'Arcturus, c'est son petit-fils, Sirius.
- Et alors ? Sirius héritera quoi qu'il arrive, non ?
- Ce n'est pas juste la fortune des Black ou le prestige ! Chaque chef de famille forme son successeur à diriger notre famille mais il lui transmet également le savoir magique accumulé et conservé jalousement depuis des siècles !
Charlus sourit intérieurement en voyant sa femme aussi passionnée. Il avait su dès le départ que les femmes de la famille Black étaient peu ordinaires mais il n'aurait échangé sa Dorea contre aucune autre, surtout une folle furieuse comme Walburga Black.
- Cela ne nous dit toujours pas où il se trouve.
- Ah ça, mon chéri, c'est un secret ! Lui rétorqua-t-elle avec un clin d'œil en quittant la pièce sans plus un mot.
Une femme d'exception, c'était indiscutable mais qui ne manquait jamais de le faire languir.
Le vénérable sorcier était habitué depuis longtemps à avoir ses entrées au Ministère de la Magie et dans le bureau du ministre. Il fut donc relativement étonné de constater que ce n'était pas Millicent Bagnold qu'il allait rencontrer mais Amelia Bones, la directrice du département de la Justice Magique.
Albus Dumbledore n'était pas aveugle aux regards que les badauds lançaient vers lui. Ils étaient encore emplis du respect et de la déférence auxquels il était accoutumé pour la plupart mais le doute perçait clairement dans les yeux de certains d'entre eux. L'interview donnée par Phineas Potter à la radio sorcière avait abîmé quelque peu sa réputation mais le professeur de Hochelaga s'était bien gardé de lancer des accusations trop précises, sans doute pour éviter toute attaque en diffamation de sa part.
Le directeur de Poudlard avait écouté attentivement une rediffusion de l'interview en question et il avait noté différentes informations très instructives. La première avait été d'apprendre que Charlus et Dorea Potter étaient en vie. Le cousin de Fleamont Potter avait été directeur du département de la Coopération Magique Internationale et un diplomate estimé, en Grande-Bretagne comme auprès de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers. Quant à son épouse, Dorea Potter née Black était une maîtresse des runes réputée, qui avait d'ailleurs enseigné cette discipline à Poudlard pendant les années 1950. Il les avait sincèrement crus victimes d'une des premières attaques lancées par Tom en 1960.
L'autre information intéressante, c'était que leur fils Phineas Potter avait visiblement découvert le placement du jeune Harry chez son oncle et sa tante à Privet Drive. Il s'agissait pourtant d'un secret qu'un très petit nombre de gens connaissaient, tels que le professeur McGonagall et Hagrid, à qui il avait fait solennellement juré de ne pas le révéler à quiconque. La Ministre Bagnold était bien évidemment au courant même si elle avait scellé le dossier relatif aux Dursley, de sorte à ce que seuls le Président-Sorcier du Magenmagot et elle-même y aient accès.
Existait-il un artefact de la famille Potter qui ait permis au jeune Phineas ou à son père de découvrir le lieu de résidence d'Harry ? Si Dumbledore détenait toujours la cape d'invisibilité confiée jadis par James, qu'il avait longtemps convoitée mais qu'il se préparait à restituer au jeune Harry en temps voulu, il ignorait presque tout des autres secrets magiques des Potter. Henry Potter ne s'était jamais confié à lui en la matière et Fleamont était passé maître dans l'art d'esquiver ses questions. Le pauvre James n'avait quant à lui jamais rien dissimulé mais avec la mort abrupte de son père, il y avait énormément de choses qu'il ignorait sur l'héritage de sa famille.
A sa connaissance, Charlus avait grandi au manoir Potter suite au décès tragique de ses parents, auprès d'Henry et de Fleamont. Il devait donc connaître un certain nombre de choses sur les Potter… mais plus inquiétant encore, si l'époux de Dorea était un modéré, il ne figurait pas pour autant parmi les soutiens du vainqueur de Grindelwald.
Le vieux sorcier fut ramené à l'instant présent lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent devant lui. Traversant les couloirs du département de la Justice Magique, il salua notamment son vieil ami Alastor Maugrey et un ancien élève, Kingsley Shacklebolt.
Il frappa à la porte du bureau de Madame Bones et fut admis sans attendre par sa secrétaire. Contrairement à la Ministre Bagnold ou à d'autres politiciens, Amelia Bones n'aimait pas les jeux de pouvoir et faire attendre indéfiniment ses invités en faisait partie. L'ancienne Poufsouffle considérait que le pragmatisme était une vertu au-dessus de toutes les autres.
- Bonjour Amelia. La salua-t-il avec un sourire en ôtant son chapeau.
- Bonjour professeur, asseyez-vous, je vous prie.
Toujours fidèle à sa politesse et à son amabilité, Amelia fit apporter du thé et des petits biscuits. Le directeur de Poudlard se servit une tasse et attendit quelques instants avant d'entamer la conversation. Sa variété d'earl grey était toujours aussi délicieuse.
- Je vous remercie de prendre le temps de me voir, Amelia.
- Professeur, ne tournons pas autour du pot. C'était la Ministre que vous souhaitiez voir et vous êtes dans mon bureau à la place. Entrons dans le cœur du sujet, si vous voulez bien.
Son art du pragmatisme élevait presque cette vertu au rang de vice. Néanmoins, Albus poursuivit d'un ton affable.
- Bien sûr. Vous n'ignorez pas que la Confédération m'a retiré mon poste de Manitou Suprême suite aux allégations qui ont été lancées à mon encontre dans les médias. Je souhaitais savoir si une enquête était réellement en cours, comme l'affirmait M. Potter à la radio et connaître son objet.
Bones ne répondit pas immédiatement. Elle commença par ôter son monocle et le nettoya soigneusement tout en fixant le professeur dans les yeux.
- Une enquête a bien été ouverte. Vous n'ignorez pas que tout ce qui concerne Harry Potter a une dimension nationale, voire internationale alors apprendre que sa garde, qui vous avait été personnellement été confiée, avait été déléguée à des moldus en a inquiété plus d'un.
- Amelia, je vous assure…
- Gardez vos arguments pour le procès, Albus. J'ai lu les rapports médicaux de l'hôpital moldu, je n'aurais jamais confié ma nièce à des gens comme eux.
Ce furent les paroles elles-mêmes davantage que le ton cassant de Madame Bones qui fit quelque peu pâlir le vieux sorcier. Dumbledore savait très bien que Vernon et Pétunia Dursley n'étaient pas affectueux envers leur neveu mais on ne lui avait jamais rapporté qu'ils aient été violents avec lui.
Profitant du silence du directeur de Poudlard, Amelia poursuivit d'un ton plus neutre.
- La Ministre a autorisé la levée de votre immunité de Président-Sorcier et votre poste, comme votre place au Magenmagot, seront suspendus jusqu'à la tenue du procès. Vous serez informé des charges qui sont retenues contre vous ainsi que de la date de l'audience par hibou. Vous ne serez pas arrêté à ce stade mais vous avez interdiction de quitter le territoire britannique.
La situation était sérieuse mais Dumbledore ne se dépara pas de son calme pour autant.
- Aurais-je accès aux pièces du dossier ?
- Vous ou bien votre avocat, si vous choisissez de vous faire représenter.
Dumbledore termina sa tasse de thé et la reposa doucement sur la coupelle avant de se lever.
- Je vous remercie pour votre temps, Amelia. Passez une agréable journée.
Madame Bones ne lui répondit pas, replongeant immédiatement dans ses dossiers et laissant son assistante mener le vénérable professeur vers la sortie. Cela faisait longtemps qu'Albus n'avait pas été confronté à une telle opposition mais s'il ne négligeait pas les risques qu'il encourrait, il devait également reconnaître qu'il appréciait aussi le gant qu'on venait de lui jeter et le ramassait volontiers.
Il espérait seulement que ses opposants seraient tout aussi préparés aux risques qu'ils encourraient.
Dans un vieux manoir où s'afféraient servilement des elfes de maison à la préparation d'un fastueux dîner, un homme et une femme se livraient à une partie d'échecs sorciers. Le sorcier âgé de soixante-seize ans avait des cheveux noirs grisonnant au niveau des tempes et des traits assez durs mais où rayonnait une certaine aristocratie. La sorcière assise en face de lui partageait une ressemblance avec lui mais ses cheveux noirs ne montraient aucune trace de gris et les rides étaient peu visibles sur son visage, son âge masqué par des potions et des sortilèges appliqués depuis des années.
Le silence de la pièce n'était interrompu que par les pièces déchiquetées au fur et à mesure de la partie, chaque joueur concentré sur ses prochains mouvements.
La cheminée éteinte s'alluma brièvement de flammes verdâtres lorsqu'apparut un sorcier de presque soixante-ans, vêtu d'une élégante robe de sorcier émeraude. Ses cheveux bruns commençaient à peine à grisonner et ses yeux se posèrent avec attention sur les occupants de la pièce.
- Bonsoir Pollux, Cassiopeia, j'espère que je ne suis pas trop en avance.
- Non, je finissais simplement d'écraser mon frère. Répondit Cassiopeia Black d'un ton onctueux en mettant son frère échec-et-mat.
Pollux ne répondit pas à la provocation, se contentant de se lever pour serrer la main du nouvel arrivant mais surveillant aussi d'un œil acéré le baisemain que celui-ci accorda à sa sœur.
- As-tu pu confirmer l'information, Robert ? Demanda Pollux Black sans préambule.
Le visage de Robert Nilson se mua en une expression grave avant qu'il n'acquiesce.
- Oui, c'était bien Phineas Potter qui a donné cette interview à la RITM. Je n'ai en revanche pu trouver aucune trace de ses parents, j'ignore s'il disait la vérité à leur sujet.
- La vérité, nous la savons déjà. Rétorqua Cassiopeia avec un sourire sarcastique aux lèvres.
Levant les yeux vers le mur en question, Robert contempla ce qui devait être une copie de l'arbre généalogique de la famille Black, l'original se trouvant normalement dans leur maison ancestrale de Londres. Il mit un moment avant de repérer les noms de Charlus Potter et de son épouse Dorea, tous deux écrits dans une encre bien nette et dont la date de décès avait disparu.
- Je ne sais pas comment notre petite sœur s'y est prise mais il semblerait qu'elle ait échappé aux hommes du Seigneur des Ténèbres à l'époque. Commenta Cassiopeia avec une moue mi-agacée, mi-amusée.
- J'ai toujours pensé qu'envoyer Avery était une sottise, il n'avait pas les épaules pour terrasser une Black. Compléta Pollux d'un ton plus exaspéré qu'accusateur.
Tous avaient considéré le couple Potter éliminé en 1960 mais il était vrai que leurs corps n'avaient pas été retrouvés dans les décombres de leur manoir. Il fallait dire que peu de choses avaient résisté à la terrible explosion qui y avait eu lieu. Voldemort lui-même avait considéré l'affaire classée et aucun élément n'avait suggéré le contraire… jusqu'à l'interview de leur fils.
- Je ne sais pas ce qu'il en est pour Harry Potter mais j'ai entendu dire que Sirius Black ne serait plus à Azkaban. Continua Robert.
Pollux fronça les sourcils et frappa du poing sur la table tandis que Cassiopeia demeurait calme, avec cet éternel sourire aux lèvres.
- Qu'est-ce que mon petit-fils fait en dehors d'Azkaban ? Je croyais que Croupton l'y avait expédié pour de bon, ce traitre à son sang !
- Rien ne filtre à ce sujet, Bones s'occupe personnellement de cette affaire mais j'ai de bonnes raisons de croire qu'un procès va lui être accordé par Bagnold.
Les deux Black ne cherchèrent même pas à dissimuler leur désapprobation à cette idée. Cassiopeia se rapprocha de son frère et posa une main sur son bras, dans un geste qui aurait simplement pu être fraternel mais qui mit intérieurement Robert mal à l'aise lorsqu'elle glissa dans le dos puis dans le bas du dos de Pollux. Les Black avaient toujours eu des mœurs un peu particulières mais ils allaient rarement au-delà des mariages entre cousins.
- C'est simple, mon cher Robert. Soit Sirius est renvoyé à Azkaban et nous l'y laisserons volontiers dépérir… soit il est acquitté et son premier jour d'homme libre devra également être son dernier. Déclara Cassiopeia comme si elle parlait simplement de la pluie et du beau temps.
Robert Nilson se contenta d'acquiescer et ne revint pas sur le sujet lorsqu'ils passèrent à table. Après tout, il avait aussi tenté de se débarrasser des enfants gênants de son frère. Il espérait simplement qu'ils éviteraient les gestes trop intimes pendant le dîner, cela avait tendance à lui couper l'appétit.
