Auteur: Leviathoune
Bêta : Sinouninou que j'aime.
Résumé: Draco se défoule dans la salle de sport avec un Moldu au surnom de Lysaï. Il a enfin reprit du poil de la bête et se sent fin prêt à revoir sa mère. Mais ce dont il se doutait, à son propos, est pire que ce qu'il ne pensait…
Draco's Deturn: Chapitre 9, un douloureux mensonge
Il fallut que j'attende des jours et des jours avant qu'on me donne enfin l'autorisation d'aller voir ma mère.
Je ne sais pas comment Theo le sut mais cet après-midi, il vint dans ma chambre, paré d'un bouquet de magnifiques lys blancs.
« Theo ! Quelle classe ! » m'exclamé-je joyeusement avant de me ressaisir - depuis quand suis-je censé être si heureux ?
« C'est pour moi ? » dis-je passablement interloqué devant le bouquet.
« Ça aurait pu, mais non. » me sourit-il. « J'ai juste pensé que tu aimerais l'offrir à ta mère. »
Je me renfrogne et prend le bouquet. Je le contemple, lui et la tunique noire qu'il m'avait offerts plus avant.
C'est étrange comme c'est exactement le genre d'habits que ma mère appréciait.
Les fringues de luxe, maintenant un bouquet…
« Alors tu savais tout, toi aussi. Tu as attendu que j'aille mieux pour m'offrir tout ça et… tu m'as rien dit. »
« Draco… » souffle-t-il tristement, sans rien ajouter de plus.
« Je comprends. » grondé-je tout bas, glacial.
Il acquiesce et baisse les yeux.
« J'allais voir ta mère, de temps en temps, tu sais ? »
« Quoi ? »
« Oui… Je me suis dis que tu m'en voudrais moins de t'avoir caché son état si tu savais que j'étais allé la voir tout le temps où, toi, tu ne pouvais pas. Je lui ai donné tout ce que je pouvais… Tu verras. »
Je dévisage Theo qui baisse toujours les yeux.
Ses mèches argentées cachent la presque totalité de son visage, ses mains sont jointes dans son dos et ses vêtements sont gris anthracite avec des reflets métallique - ça lui va vraiment à ravir, y'a pas à dire.
Je ne sais pas ce qui me prend mais je fais un pas vers lui - je le vois sursauter comme s'il s'attendait à ce que je le frappe - pour le prendre dans mes bras et le serrer contre moi. Les lys et mon nez sont dans son cou et ses bras remontent dans mon dos et me serrent à leur tour.
Je souffle un Merci avant de me détacher de lui et de lui attraper le visage pour le redresser vers moi.
Je contemple ses yeux ambrés qui me dévisagent sans expression.
Je répète : « Merci beaucoup. »
Cette fois-ci, il rougit un peu mais soutient toujours résolument mon regard.
Je le relâche et il hausse des épaules.
« C'est bien normal. Après tout, nous sommes amis. »
J'acquiesce et je lui emboite le pas jusqu'à la chambre de ma mère, juste un étage plus bas.
Devant une petite porte anonyme, Theo s'arrête.
Il se retourne vers moi et me dit : « Je vais vous laisser seuls, ce sera mieux. »
« Oui… »
« Draco, transforme-toi en renard pour elle. Elle adorera. » Je fronce les sourcils et il ajoute, bien vite : « Je lui ai dit que tu es un animagus mais je ne lui ai pas dit la forme que tu prends, pour lui laisser la surprise. Elle pense que tu pourrais être un beau chat blanc. Elle y est presque, non ? »
« Ha… Oui, presque... »
Sur ce, un Medicomage arrive et me fait quelques recommandations dont je me serais bien douté.
Cela dit, je tape et entre, mes fleurs à la main.
Ma mère est là, assise, elle porte une robe primitive et blanche, comme mes lys, et ses cheveux sont simplement lâchés dans son dos, sans aucune fioriture torsadée.
Malgré cela, elle est très belle.
Ses mains sont jointes sur ses genoux. Son regard, dans le vague d'une fenêtre enchantée donnant sur un parc ressemblant à s'y méprendre à celui du Manoir au printemps, se tourne vers moi, lentement.
Soudain, elle irradie d'un sourire éclatant et se lève avec difficulté de sa chaise pour me tomber dans les bras.
C'est la deuxième fois que je la retrouve, depuis que je suis devenu Mangemort, et, tout comme cette première fois dans la grande salle à manger de la base, nous nous serrons dans les bras l'un de l'autre à s'en étouffer.
Ses cheveux lâchés me chatouillent le visage et je respire son parfum. Je lui murmure des choses tendres au creux de son cou et elle en fait de même. Nous pleurons un peu, mais pas autant que la dernière fois.
Finalement, je lui permets de se rassoir et elle sert les fleurs contre sa poitrine en les humant. Je prends place sur une autre chaise et j'entends la fenêtre enchantée qui vibre et grésille légèrement à côté de moi - Theo ne m'avait pas menti, c'est la première fois que je vois l'une de ses choses, ici.
Ainsi, commence, entre nous, une longue discussion complètement futile.
C'est comme si, elle et moi, nous savons qu'il y a des sujets à n'aborder sous aucun prétexte.
Je la trouve toujours aussi belle mais je vois aussi son immense fatigue dans ses yeux creusés par les larmes, la maigreur de ses mains et sa légèreté, lorsque je la serre dans mes bras.
Tout aurait très bien pu se passer, je me suis même changé en renard pour elle et elle m'a pris dans ses bras pour fourrager dans ma fourrure blonde en éclatant de rire comme une enfant.
Je suis redevenu humain, et nous nous sourions quand son visage se décompose soudainement.
Inquiet, je lui demande : « Qu'y a-t-il ? »
« Tu entends ce… bruit ? »
Je tends l'oreille mais n'entends strictement rien.
« Ce n'est rien… » bafouille-t-elle. « Une hallucination auditive, sans doute. »
Tristement, je fronce les sourcils tandis qu'elle essaye de cacher son désarroi derrière un pauvre sourire qui ne lui va pas.
Soudain, j'entends, moi aussi, une chose, un bruit.
C'est comme une légère sirène qui hulule et hulule sans discontinuer, s'enflant de plus en plus mais restant quasiment inaudible.
Mes yeux s'écarquillent quand des pas précipités se font entendre dans le couloir.
« Une alerte… » soufflé-je.
C'est la première fois que je suis suffisamment conscient pour entendre ce son.
Je m'apprête à me lever pour me précipiter vers la porte quand ma mère me retient avec une force incroyable par le bras.
« Draco ! Où tu comptes aller ! » me crie-t-elle impérieusement.
« Nulle part. » bégayé-je. « Je veux juste savoir ce qu'il se passe. Je n'ai pas de baguette, tu le sais bien. »
« Non. N'y va pas ! » m'ordonne-t-elle en se levant et en m'obligeant à me rassoir.
« D'accord. » dis-je, gentiment. « Je n'y vais pas. Je reste avec toi. »
Elle halète et ses yeux semblent fous de terreur mais elle se rassoit à côté de moi pour fondre aussitôt en larmes.
« Draco, je t'en supplie. N'y va pas, promets-le moi. »
« Je t'ai dit que je n'irai pas. »
Je la console en la serrant contre moi, lui caressant les cheveux.
« Tu ne comprends pas… Je ne veux même plus que tu touches une baguette pour te battre, je ne veux plus que tu aies à te défendre, à souffrir. Je ne veux plus jamais que tu sois mêlé à cette guerre, plus jamais, jamais. Reste loin de tout ça, je t'en supplie, Draco. Promets-le. »
Je ne sais plus quoi dire et elle sanglote encore plus fort, plus désespérée.
« Réponds ! » crie-t-elle soudainement, me faisant sursauter. « Jure-le-moi ! »
« Je… Je ne peux pas faire ça. Comment pourrais-je acheter notre totale liberté sans… »
« Je m'en moque ! » rugit-elle, implacable. « Ta vie importe plus que tout ! »
Elle se lève comme une furie et tombe sur son lit, le visage contre le matelas. Je l'entends étouffer ses cris de détresse et ses doigts serrent de toutes ses forces les draps.
Je me rue vers elle et la force à se retourner.
« Maman, je promets ! Je te jure que je resterai loin de tout ça, il ne m'arrivera rien, je resterai bien sagement ici, terré sous terre. Je te le promets ! »
Elle hoquette en me caressant les cheveux pendant un moment puis se calme, enfin.
Je l'entends murmurer à mon oreille : « Si seulement… Si seulement tu étais encore un tout petit garçon, il me serait tellement plus facile de te protéger. Si je le pouvais, c'est ce que je ferais… te faire revenir dans mon ventre. Mais pourquoi ton père n'est-il pas avec nous… Il saurait quoi faire, lui. Mais ils ne voulaient même pas entendre parler, de le faire évader. »
Elle soupire et je m'arrache à son étreinte en douceur pour la trouver endormie, les joues striées de larmes, ses cheveux étalés sur l'oreiller tout autour d'elle.
J'essuie son visage puis le mien.
Avant de m'en aller, je ramasse les lys blanc tombés à terre et les repose sur sa table de chevet.
Theo ne m'attend plus au dehors.
Je me dis que, avec l'alerte, il a dû filer quelque part pour superviser la distribution d'armes ou autres au premier étage. Lui, il se rend tellement utile, même pour des parias comme nous.
Je me dirige dans les couloirs, hagard.
La base est en effervescence, tout le monde semble monter vers le premier étage, mais je suis le seul qui ne sait pas où aller.
Presque machinalement, je me transforme en renard et me coule, invisible, entre toutes ses jambes qui s'activent.
Je sais que je ne peux pas encore aller dans la salle de sport, il y aurait les jeunes, encore. Ils seraient encore plus remontés contre moi dans une telle situation.
Alors je marche, simplement, suivant cette espèce d'instinct que j'ai quand je suis sous cette forme.
Au bout d'un moment, je m'arrête, sentant une forte odeur de bêtes.
Je bifurque dans les couloirs et arrive aux portes de l'immense hangar qui sert d'écuries à toutes sortes de montres.
Ici, il semble n'y avoir plus personne et un hennissement véritablement outré se fait entendre.
Je me retransforme en humain, avance entre les boxes aux hypogriffes et continue ma route jusqu'à l'auteur de ce cri animal qu'il m'a semblé comprendre lorsque j'en étais un, moi aussi.
Je m'arrête devant un box et contemple la face équine, noire et luisante d'un Sombral.
Il tourne sa tête décharnée vers moi et s'avance, pas à pas sur sa litière de paille et ses sabots fendus ne font presque pas de bruits. Il y a une énorme carcasse sanguinolente dans son abreuvoir et ses ailes membraneuses sont sagement repliées le long de son dos.
Il tend le cou vers moi, ce cou efflanqué où l'on voit se découper chaque os, chaque muscle sec et ses yeux blanchâtres se fixent sur moi.
J'avance ma main et il me flaire, découvrant ses dents de fauves mais pas de façon menaçante.
Je lui caresse la tête et je sens la moindre anfractuosité de son crâne sous cette peau fine, luisante et tellement tendue.
Il recommence à hennir et, même humain, j'ai l'impression de le comprendre.
Liberté, voler !
Je me mords la lèvre inférieure et me remets à pleurer lamentablement.
« Pas étonnant que tu sois si laid... » murmuré-je tout doucement à l'animal entre mes hoquets. « Puisque c'est la mort qui te révèle... »
Le Sombral avance sa tête et frotte son chanfrein contre mon torse.
Il va abîmer le plus bel ensemble que je possède, mais je m'en moque bien…
J'enroule mes doigts autour de sa crinière filasse et je continue à parler à l'animal : « Je te vois d'une netteté… Je te vois très bien. Ça oui… »
Je continue à pleurer, me demandant comment j'ai pu promettre une telle chose à ma mère.
Je n'avais pas le choix, mais…
C'était un pur mensonge.
J'ai tellement mal.
Soudain, l'animal sursaute et renâcle en tournant ses yeux cadavériques vers le fond de la salle. Il hennit d'une façon stridente et tout les autres Sombral sortent également leurs têtes finement ciselées de leur box pour regarder dans la même direction.
Arrive, arrive ! Vient, vient !
Voilà ce qu'ils semblent tous dire. Même les hypogriffes, les dragons et les autres créatures.
Je préfère me retransformer en renard et me dissimuler entre les jambes maigres de mon Sombral. Seule ma tête dépasse d'entre les barreaux du box pour observer ce qui arrive - car quelque chose va se produire, même moi, je peux le sentir à présent que je suis un renard. Cela vient du haut, mais ce n'est pas dangereux.
C'est un ami, je le sens.
Un bruit de raclement énorme retentit comme si une énorme plaque de métal était traînée sur une autre plaque identique. Il y a des bruits d'engrenages et le parfum de la magie, aussi.
Puis je vois un autre Sombral descendre au loin, au bout du couloir. Il bat des ailes férocement, se pose sur le sol bétonné et replie ses immenses voiles noires contre ses côtes tandis que le même bruit recommence, à l'envers.
Il y a quelqu'un sur le dos de la bête qui saute à terre et je le reconnais.
Harry Potter, cet enfoiré !
Un ami, lui !
Je ne pensais pas que mon instinct d'Animagus avait de telles failles.
Un léger grognement m'échappe malgré moi.
Je vois le Sombral le suivre docilement pour arriver quasiment à mon niveau.
D'un coup de baguette magique, Potter déplace les barrières d'une stalle et l'animal y entre sans rechigner. Potter part puis revient lourdement chargé d'une carcasse qu'il balance dans la mangeoire de l'animal qui commence à se bâfrer de viande. Il lui flatte l'encolure et s'en va en transplanant - j'avais oublié que certains, ici, le pouvait.
L'immense tête du Sombral au-dessus de moi s'abaisse pour me flairer en découvrant ses dents et je lui file entre ses pates, sans demander mon reste.
Je cours vers le fond des hangars, là où « cavalier » Potter a paru descendre du ciel, et me retransforme en humain pour contempler le plafond.
Il est immense et rond.
Il m'apparait clairement qu'il peut pivoter sur lui-même pour laisser place à une très grande ouverture.
Je tourne sur moi-même et constate que la pièce est également immense et ronde. Il y a des marquages au sol peint en blanc et à moitié effacé - des marquages Moldus, ça se voit.
Un dragon tire sur ses chaînes et avance son long cou au maximum vers moi pour me flairer, il exhale un air brûlant de ses naseaux et je me retransforme en renard, fuyant à toutes jambes jusqu'à ma chambre.
Dans les escaliers, l'alerte qui n'est atténuée par aucun sort me perfore quasiment les tympans, me hurlant mon impuissance. Car même si j'avais voulu faire quelque chose, on ne veut pas de mon aide et je n'ai pas de baguette.
Les gens se bousculent en tout sens et s'organisent, même Potter revient en catastrophe à dos de Sombral, mais moi… je ne fais pas partie de leur plan.
Jamais je ne me suis senti aussi inutile de ma vie…
OoOoO
Le soir venu, l'alerte est terminée depuis longtemps…
Moi, j'entends Lysaï assis sur les tapis entassés le long du mur dans le coin Moldu de la grande salle d'entraînement.
Enfin, il entre, vient à moi et comprends de suite que quelque chose ne va pas chez moi.
Il s'assied à mes côtés et rejette les rouleaux de bandelettes à terre.
« Je suppose, vu ta tête, que ce soir tu es incapable de te battre. » J'acquiesce, morose, et il reprend : « Alors, pourquoi tu es là ? »
Je me penche et ramasse un rouleau que je déplie et envoie en l'air. Je force toute mon attention sur la bande qui chute. Son mouvement ralenti et elle commence à flotter devant nous. Tel un serpent, elle se tortille et forme un mot.
Déprime
Je relâche ma magie et me détourne de la bande qui chute mollement à terre et fait face à Lysaï.
Il a la bouche entrouverte et les yeux agrandis de stupeur. Il se tourne vers moi et sort machinalement une cigarette avant de me tendre le paquet.
« Tu arrives à faire de la magie tout seul ? Je croyais que sans baguette, tu étais comme moi. »
Une infime touche de détresse teinte sa dernière phrase.
« On ne sera jamais pareils, tu le sais bien. » craché-je. « La magie est en moi, même si j'ai besoin d'une baguette pour m'en servir vraiment et faire autre chose que des tours de passe-passe mais ce ne sera jamais ton cas. Toi… même avec toutes les baguettes du monde, tu ne pourras jamais faire le moindre sort. C'est comme ça… »
Lysaï se referme sur lui-même et me jette un regard sombre et glacial.
« Pourquoi tu me dis ça ? »
« Ne le prend pas mal ! Ce n'est pas pour te rabaisser… Crois-moi. »
« Ha oui ! C'est étrange parce que ça y ressemble incroyablement ! » s'énerve-t-il.
Il est vrai que je n'y suis pas allé avec des pincettes…
Je m'insurge : « Ecoute-moi ! On n'est pas pareils, c'est vrai ! On n'est peut-être pas très adaptés pour vivre ensemble puisque vivre comme un Moldu me mortifie et que j'ai besoin de magie, comme j'ai besoin d'eau ou de nourriture, et que toi, tu te sens pire qu'un inadapté parmi nous. Mais ça ne veut pas dire qu'on n'en a rien à faire l'un de l'autre, qu'on ne peut rien s'apporter du tout. Crois-moi, j'ai beaucoup changé pour en venir à te dire cela, mais tu m'as énormément aidé et je sais que moi aussi je t'ai aidé… Sans toi, je serais encore en train de végéter sans force sur un lit. Maintenant, je ne me sens plus aussi misérable et c'est ça qui t'a aidé, pas vrai ? Le fait d'avoir été utile pour quelqu'un, enfin, n'est-ce pas ? » Lysaï n'acquiesce ni ne dit rien et je poursuis : « Je ressens un peu la même chose et je crois avoir trouvé le moyen de vraiment t'aider, de nous aider encore plus. Il faut juste que tu me laisses un petit peu plus de temps. »
« Parce que tu sais ce que je voudrais ? Ce qui me ferait plaisir ? » ironise l'asiatique après un temps de réflexion.
« Peut-être… Tu ne veux plus être prisonnier de cette base. Tu voudrais revenir à une vie où tu te sens utile mais tu veux aussi garder en mémoire ce qui est arrivé à tes proches et ne pas oublier nos deux mondes. Ce qui est incompatible, car si tu demandes à quitter cette endroit, ton cerveau sera passé aux oubliettes... »
Saï a l'air pensif et j'en profite pour lui taxer une clope. Je tiens l'embout devant moi et le regarde longuement jusqu'à ce qu'il fume et s'enflamme.
« Je n'étais pas là quand ils sont morts… » dit-il. « Je n'ai même pas pu leur offrir des tombes correctes. Et ils ont passé tous les environs de mon village aux… oubliettes, comme tu dis. Je suis le seul qui se rappelle encore d'eux. Alors, oui, tu as touché juste. C'est ce que je voudrais : partir d'ici, intact. »
On reste un moment à fumer, côte à côte et il reprend : « Tu pourrais vraiment faire ça ? Mais comment ? Tu as encore moins de liberté de mouvement que moi. »
« C'est vrai mais tu oublis que je peux devenir un renard. Aujourd'hui, j'ai eu une idée lumineuse et, tu vois, elle ne pourrait marcher qu'avec ton concours, enfin j'espère. Moi aussi, je veux m'enfuir d'ici. J'ai fait une promesse à quelqu'un mais je m'en suis fais une, aussi, à moi-même et les deux ne sont compatibles que si je quitte cet endroit pour vivre ma vie, tu captes ? »
« Woh ! » s'exclame-t-il outrageusement en laissant échapper dédaigneusement un petit rond de fumée de ses lèvres. « Vaste programme. » Il se tourne vers moi et me décoche un large sourire un brin carnassier avant de reprendre : « Je ne vais pas laisser reposer ma vie sur tes petites épaules toutes maigres mais c'est quand même bien sympa de me faire entrevoir un peu d'espoir dans tout ce gris. »
Cette fois-ci, je ne peux m'empêcher de lui rendre son sourire, un sourire complice et fomenteur de coup bas - s'il avait été un sorcier, il aurait été à coup sûr un Serpentard, lui !
Il m'attrape par les épaules et m'ébouriffe les cheveux en riant.
« Haaa ! Tu me brûles avec ta clope de merde ! »
Je crie encore et finalement on en vient à se battre ensemble quand je sens une présence dans mon dos.
Je pivote sur moi-même et mes yeux s'agrandissent de stupeur. Mon adversaire en profite pour me faire manger la poussière puis lui aussi remarque l'intrus.
Il se recule, si surpris qu'il en laisse tomber sa cigarette. Moi, j'avance, au contraire.
« Potter. » craché-je, absolument méprisant. « Tu nous espionnes depuis combien de temps ? »
« Il a une baguette ! » me sermonne Lysaï, doucement.
Potter s'approche de nous en me toisant, tout aussi méprisant.
« Vous espionner ? Je viens d'arriver dans cette salle ouverte à tous, Malfoy. »
« Personne n'y vient le soir, tu le sais bien ! »
« Et alors ? » me demande-t-il nonchalamment en s'approchant de moi. « C'est peut-être justement pour ça que je voulais y venir : pour avoir la paix ! »
Je fronce les sourcils d'agacement. Je suis certain qu'il ment.
« C'est raté, la place est déjà prise, laisse-nous, maintenant ! »
Potter détourne son regard de moi et le pose sur mon compagnon de bagarre qui ébauche un mouvement de recul pour s'en aller.
« Reste. » fait le Survivant. « T'as pas à avoir peur de moi. J'étais un Moldu avant d'être un sorcier. Je regardais la télé et tout. Je me bats pour vous, aussi. Alors, pourquoi je te ferais du mal ? »
Lysaï le dévisage et, pris d'un regain de courage, il lâche : « Si j'ai peur de toi, c'est parce que je suis plus séquestré que libre, ici. Que les gens comme toi me regardent de haut et me relèguent dans les coins sombres. Et aussi parce que les autres sorciers ont tous peur de toi. »
Potter sourit, méchamment.
« Ils ont peur… Oui. Il se trouve que je ne suis pas toujours ce qu'ils attendent que je sois. »
Un silence très lourd s'étire. Je vais pour le rompre et lui dire de s'en aller lorsqu'il se retourne vers moi.
« Malfoy, je ne te cache pas que je suis plus qu'étonné de te trouver en train de jouer avec un Moldu comme si vous étiez… amis. »
« Ce n'est pas comme si… » soufflé-je. « Nous sommes… amis. Mais ça ne m'étonne pas que ça te surprenne, Potter. Tu as toujours été tellement certain que j'étais incapable de m'en faire. »
Il soulève un sourcil dubitatif et nous toise de haut en bas. J'en fais de même avec lui mais il n'y a pas à tergiverser : il est habillé des plus somptueux vêtements qu'il soit.
Je ne peux m'empêcher de songer amèrement que, avant, c'était lui le loqueteux vêtu de choses informes et que, maintenant, c'est le contraire.
J'enrage.
Il sort sa baguette et Saï et moi avons un même mouvement de recul qui fait grandir le sourire du Survivant.
Il jette un sort et une table et trois chaises apparaissent.
Il prend place dans l'une d'elle et nous fait signe de s'assoir.
L'asiatique préfère s'abstenir d'un regard noir mais je m'amène, prends le dossier d'une chaise et m'assieds en face de lui.
« C'est dommage… J'avais pourtant des informations qui t'auraient intéressé. » dit-il en regardant mon compagnon.
« Si c'est vraiment le cas, alors je peux les entendre d'ici. » répond Saï.
« Très bien, mais à une condition. » sourit l'autre avec un air qui ne me dit rien qui vaille. « Je ne dirai ses informations sur ton village que si Malfoy arrive à me battre… »
« A te battre ? » m'exclamé-je. « Et comment je pourrais y parvenir ! Je n'ai pas de baguette et puis, de toute façon, tous les deux nous savons que je perdrais ! »
« Allons, ça ne te va pas la modestie, Malfoy. De toute façon, je ne parlais pas d'un duel de sorciers. » fait-il en se regardant les ongles. « Tu sais… J'ai entendu parler d'une drôle de rumeur. Elle raconte que tu passes tes soirées à faire des pompes et tout le bordel pour te refaire un ramage à la hauteur de ton nom. Je constate que la rumeur est dans le vrai. » Je sens ses yeux survoler mon corps avec dédain - je n'aime pas ça du tout. « Par rapport à la tête que tu avais la dernière fois que je t'ai vu, tu fais presque plaisir à voir. »
Je gronde, outré : « Et ma tête t'emmerde profond. »
« C'est sûr… » susurre-t-il.
« De toute façon, je ne vois pas le rapport. »
« Pourtant, il y a un... »
Il sourit… machiavéliquement, je crois.
Je savais maintenant pourquoi il était là et ce n'était vraiment pas pour rechercher de la solitude.
Enfoiré, va…
Il reprend : « Tu n'as qu'à me battre par la force physique, puisque c'est tout ce qui te reste. »
« Quoi ! » m'exclamé-je. « Tu veux qu'on se cogne comme des bourrins, Potter ! »
« C'est pas comme si on ne l'avait jamais fait. La dernière fois qu'on s'est vu, tu m'as décoché une belle droite. Et la fois d'avant… Mais tu sais tout cela autant que moi, Malfoy. »
Bien sûr que je le sais mais l'idée même me laisse pantois.
J'imagine déjà la scène et je la trouve bien trop ridicule à mon goût.
Je me tourne vers Saï et lui aussi me regarde - il a l'air pour, lui.
« J'accepte. » dis-je mais Potter éclate de rire à en perdre haleine.
« Hahaha ! Malfoy, t'es trop con ! Non, je n'ai pas envie de me battre avec toi, je suis trop merveilleusement sapé pour ça et je me bas déjà bien assez dans la journée pour remettre ça le soir, surtout si c'est pour le faire avec… toi. Je voulais juste une partie de bras de fer ! »
Je m'approche de lui, avec lenteur.
« Dommage… J'avais tout à fait envie de te cogner dessus après une telle tirade. »
Il s'approche de moi, de la même manière et me répond : « C'était fait exprès, bien sûr… »
Lysaï s'approche de moi.
« Vous vous connaissez ? »
Je crois que nos regards parlent pour nous.
Ils veulent tout dire : on se hait et ce depuis toujours.
« Et alors, Malfoy ? Tu n'as pas raconté, à ton… ami, tes années de folle jeunesse ? »
« Et si on commençait ? » craché-je en tendant mon avant bras et ma paume ouverte que Potter s'empresse de saisir sans tour.
« A trois. » dit-il en souriant. « Un… Deux… »
Je commence à contraindre son bras de toutes mes forces et manque de peu de gagner lorsqu'un courant électrique me terrasse. Le dos de mon poing heurte la table et je me lève en sursaut, renversant ma chaise brusquement, les yeux écarquillés par la stupéfaction.
Cette énergie que je viens de recevoir en décharge, je l'aie reconnue, je l'ai subie plusieurs fois déjà.
« C'était vrai ! » dis-je dans un souffle. « Ça c'est vraiment produit. Mais, bon sang ! Pourquoi t'as fais ça? »
Potter se lève et prend appui sur ses mains en me regardant dans les yeux.
Il ne dit rien, il me regarde juste fixement.
Ce qu'il m'énerve !
J'enrage !
« Mais réponds, enfoiré de putain ! » hurlé-je en frappant la table du poing. « Tu as mis en scène cette saloperie de bras de fer de merde ! C'est bien pour que je le sache, hein ! Alors parle avant que je ne t'en colle une ! »
Lysaï ne doit rien y comprendre mais c'est vers lui que se tourne Potter, complètement indifférent à ma rage.
« La gardienne du Yu-Kien avait en sa possession un objet très précieux, une vasque qu'elle utilisait pour voir les choses qui se produisaient à l'autre bout du monde ou pour lire l'avenir dans une eau trouble. Cet objet a été créé il y a plusieurs siècles mais il est entré en sa possession il y a seulement une quinzaine d'années, moins que ça, même. Elle ne savait ce qu'était réellement cet objet, elle n'avait reconnue que sa fonction première, une fonction sacrée. Il y a environ un an et demi, elle a vu dans les vagues de cette vasque ce qu'il en était exactement de cet objet et elle m'a contacté et m'a donné la chose comme cela lui semblait juste. Ni elle ni moi ne savions ce qui allait se produire, dans ton village, bien des mois ensuite. Mais Voldemort a réussi à retracer le chemin qu'avait fait sa précieuse vasque sacrée après sa grande défaite, il y a près de vingt ans, et il a aussitôt dépêché ses Mangemorts dans ton village. La suite, tu la connais… »
La tension est palpable dans l'atmosphère.
« Pourquoi cette chose était si importante pour lui au point de justifier un tel massacre ? » demande Saï.
« Rien ne justifiera jamais une telle chose. » gronde Potter avec un regard noir. « C'est pourtant le droit qu'il s'octroie, chaque jour. S'il gagne, c'est tout le monde qui va mourir, sur cette terre. Sa folie n'a aucune limite puisqu'il a été capable de diviser son âme en… en Horcruxes. »
« En quoi ? » tique l'asiatique.
L'information fait comme un ressac dans mon cerveau et je m'écrie, soudain : « Un Horcruxe de V... de… putain de merde. Un Horcruxe ? »
Tout à coup, j'en ai vraiment plus rien à foutre que Potter m'ait sauvé la vie.
Je redresse la chaise et m'assieds, sidéré.
« Et combien il y en a ? » demandé-je, très inquiet par la réponse - je ne sais pas pourquoi mais je ne le voyais pas se contenter d'un seul.
« Je crois que tu veux plutôt dire, Malfoy, combien il y en avait ? »
Je sens ma mâchoire se décrocher, très légèrement.
« Sept. » crache Potter en me regardant - cette fois ci, s'il est dégouté ce n'est pas de moi.
Ma voix lui fait éco, abasourdi : « Sept… Sept ! »
C'est incroyable.
J'en frissonne d'effroi - et un peu d'admiration, je l'avoue, devant tant de folie décadente et monstrueuse - mais Potter reprend : « Il y en avait sept, la plupart a été détruite, quelques autres sont en lieu sûr, ici, pour faire croire à Voldemort que nous ne les avons pas encore trouvés. »
Je reste encore trop stupéfait pour que mes pensées soient cohérentes mais une chose importante me vient toutefois à l'esprit, une seule.
« Mais tu es complètement fou ? Pourquoi tu me dis ça ! Ce doit être l'information la plus confidentielle qui soit et tu viens de me la balancer, à moi ? »
Encore une fois, il me regarde mais ne répond pas à ma question.
Il se contente de partir.
Je crie : « Potter, attends. »
Il se retourne en enfonçant ses mains dans les poches et, malgré ses précieux atours, il ressemble beaucoup au Potter d'autrefois avec cette attitude bougonne.
« Je crois que tu peux expliquer maintenant, à ton ami, pourquoi son village a été pris pour cible aussi odieusement par les Mangemorts. » Il va pour repartir mais se ravise et je reprends espoir qu'il me réponde enfin mais ce n'était qu'une feinte, rien ne sort de sa bouche, juste son regard qui me détaille très sérieusement, encore une fois, longuement…
Enfin, il repart et cette fois pour de bon.
Je m'apprête à le poursuivre mais Lysaï me retient par le bras.
« Draco, tu dois m'expliquer. S'il te plaît... »
« Je… Ça ne peut pas attendre demain ? Peut-être qu'il sera parti, lui. Je ne sais pas où il crèche dans cette base et… »
Les yeux noirs de Saï semblent encore plus s'assombrir. Il ne me retient plus mais je n'arrive pas à le quitter.
Je m'assieds, m'accoude à la table restée là et me prend le visage dans les mains.
De toute façon, j'ai les jambes qui tremblent et trop d'informations à digérer pour lui reparler de si tôt.
« Alors, assieds-toi, bon sang. Qu'est-ce que tu attends ? C'est du solide, ça ne va pas s'évaporer ! »
Pour prouver mes dires, je cogne sur la table et Lysaï se décide enfin à prendre place sur une chaise venue de rien.
« Tu ne faisais pas autant le malin face à une pauvre machine de musculation, Draco. »
Je me rappelle, en souriant : « C'est vrai… »
« Explique-moi. » me redemande-t-il en posant les mains bien à plat sur la table, comme pour en tester la solidité.
« Un Horcruxe est un objet qui découle d'un enchantement ignominieux parce qu'il s'effectue par le sacrifice de la vie d'une personne. Le but est de diviser l'âme de celui qui exécute le sacrifice. Tu comprends ? L'âme n'est plus simplement rattachée au corps mais aussi à un objet, ça peut être n'importe quoi. Et si jamais le corps à l'âme coupée meurt, l'âme, elle, ne quittera pas le monde des vivants puisqu'elle sera en partie unie à l'objet choisi, tu me suis ?»
Saï acquiesce.
« C'est ce qu'a fait ce… Voldemort. » dit-il.
« Ne dit pas son nom si facilement ! Tu n'as pas l'air de comprendre à quel point il est puissant. C'est pire en sachant ça - ça explique tout. Comprends que tu ne dois pas prononcer son nom à la légère, comme si tu parlais de n'importe qui ? »
« Pourquoi ? »
« Parce que c'est comme ça ! Crois-moi ! Il peut le sentir ; il est tellement puissant. On ne sait pas si Dieu existe mais, lui, il existe vraiment. Et même si ce n'est pas un Dieu, il y tend pour de bon. Comme l'a dit Potter, il s'en octroie les pouvoirs. Des pouvoirs malfaisants, c'est sûr… mais les pouvoirs d'un Dieu quand même. »
J'ai l'air vraiment révérencieux en disant cela et Lysaï hausse des sourcils, l'air badin.
« Ha, et puis tu m'énerves. Tu ne peux sûrement pas comprendre la peur qu'il inspire, tu n'as pas vécu avec elle depuis toujours. Tout le monde était sûr qu'il reviendrait… »
« Oh… » se moque-t-il de moi en roulant des yeux. « C'est vrai que je ne suis dans le bain que depuis huit petits mois, ce n'est vraiment pas grand-chose. »
« Bref ! Si tu le permets, je vais poursuivre les explications. » L'asiatique me fait signe d'y aller et c'est ce que je fais : « Une personne qui possède un Horcruxe peut reprendre vie par le biais d'autres maléfices qui lui redonneront un corps dans lequel incarnera sa conscience errante - il peut aussi posséder le corps d'une personne, il y a toutes sortes de moyen. C'est, en quelques sortes, une façon efficace de devenir immortel. Bon sang, c'est pour ça qu'Il est revenu tant de fois. C'est pour ça que Potter ne se bat pas avec les autres, il cherche les Horckrux. Mais pourquoi est-ce qu'il m'en a parlé ? Je n'arrive pas à croire qu'il y en avait sept. »
« Je n'arrive pas à croire que, avec l'immensité de cette foutue planète, l'un de ses machins de merde se soient justement trouvé dans mon village. » bougonne tristement Lysaï.
Il sort une autre cigarette et s'avachit quelque peu sur la table.
« Raconte-moi tout en détail. » me demande-t-il. « Personne n'a vraiment pris le temps de tout m'expliquer. Et raconte-moi aussi, au passage, qui est ce Potter et comment ça se fait que vous vous détestez comme ça. »
J'acquiesce et lui raconte tout à propos du Maître et de ses Mangemorts, des deux guerres, de moi et ma famille dans tout ça et, surtout, je lui parle de Potter et je me rends compte que j'en connais vraiment beaucoup sur cet exaspérant balafré - comme si je le connaissais vraiment... pourtant, on est ennemis.
Au fur et à mesure que je remets mes idées en place en racontant cette histoire morbide, une autre idée germe dans ma tête.
Potter m'a guéri, il m'a sauvé alors que j'étais mourant.
Je ne sais pas pourquoi il a fait ça mais il doit bien y avoir quelque chose à faire de cette information.
Je repense à ma mère…
Oui, il doit bien y avoir quelque chose à faire…
A suivre…
NDA : Voilà la fin de ce chapitre qui ouvre de nouvelles perspectives. J'espère qu'il vous a plu, surtout qu'il y avait une entrevue Draco/Harry. Dans le prochain chapitre, une autre est prévue mais de toute façon, ils vont être amenés à se voir de plus en plus maintenant (cela ne veut pas dire que l'amour est pour bientôt, lol).
Je vous fais de très gros bisous et vous remercie de suivre cette fic, vos reviews sont trop choux, je les adore !
Levia
