Lily travaillait avec Sirius et James depuis plusieurs semaines maintenant, et jusqu'à présent, tout se déroulait plutôt bien. Elle aimait ce qu'elle faisait, et elle aimait encore plus l'expliquer aux autres. Elle se souviendrait toujours de la fois où elle avait tenté d'expliquer à Sirius ce qu'était une télévision, et également du jour où elle lui en avait ramené une pour la lui montrer. Elle l'avait surpris plus tard en train de la démonter pour « libérer les gens qui y étaient enfermés », et la crise de fou rire qui l'avait prise ne s'était arrêtée que plusieurs heures plus tard. Elle avait partagé cette anecdote avec Eve, qui était devenue une amie, et bientôt, toute l'entreprise en avait été informée. Sirius avait juré qu'il se vengerait, et Lily avait toujours pris ses menaces à la légère jusqu'à ce soir-là.
Elle n'avait encore pas eu de discussion avec James, et elle avait toujours du mal à gérer ses sentiments, mais elle avait compris une chose : il prenait un malin plaisir à la tenir loin de lui en la submergeant de dossiers interminables. Ce n'était pas pour lui déplaire, elle qui aimait travailler, qui voulait oublier sa vie, c'était presque parfait. Presque. Elle avait passé la journée à la tâche, il était 22h, et elle n'avait toujours pas terminé. La fatigue avait pris le pas sur sa détermination, et lorsqu'elle sentit sa tête basculer dangereusement en avant, son regard se posa sur la porte du vestiaire. Elle ne s'en était encore jamais servie, mais elle comprenait à présent son utilité. Quoi de mieux qu'une petite douche pour se réveiller ? Elle se déshabilla, posa ses vêtements sur le lavabo, et se glissa dans la cabine. Elle ne sut combien de temps elle y resta exactement, mais lorsqu'elle la quitta, elle était en pleine forme. Une seule ombre au tableau : lorsqu'elle tendit la main pour attraper ses vêtements, ses doigts eurent beaux tâter tout le contour du lavabo, ils ne parvinrent pas à attraper un seul bout de tissu. Elle s'essuya les yeux avec ses mains et balaya la pièce du regard, aucune trace de ses habits. Paniquée, elle ouvrit tous les tiroirs les uns à la suite des autres : plus de serviette. Elle entrouvrit la porte de son bureau et vérifia qu'il n'y avait personne avant de jeter un coup d'œil dans son armoire qui lui fournit tout aussi peu d'aide que tous les autres meubles. Elle y trouva juste un morceau de papier avec un mot sur lequel était négligemment griffonné « vengeance ».
« Black, je vais te tuer, marmonna-t-elle. »
Tout en cherchant frénétiquement n'importe quel objet pouvant cacher son corps, elle se mit à regretter de ne pas avoir tenu compte des menaces de son ami. En plus, il commençait à faire sacrément froid. Elle attrapa deux des dossiers qui trônaient encore sur son bureau pour cacher ses parties les plus intimes, et, un bras plaqué sur le haut de son corps, et l'autre focalisé sur le bas, elle actionna difficilement la poignée de la porte de son bureau.
« Rases les murs ma vieille, il n'y a personne à cette heure-là, mais on ne sait jamais… Ce vicieux de Sirius pourrait se cacher n'importe où, murmura-t-elle pour elle-même. »
Elle espérait pouvoir atteindre la sortie et transplaner à son appartement avant que qui que ce soit n'ai pu la voir, et c'était plutôt bien parti. Tremblante de froid et d'angoisse, elle longea le couloir jusqu'au hall d'accueil vide et sombre.
« Bon, il suffit juste de traverser, et de transplaner… Ne surtout pas s'arrêter. »
Elle se mit à courir, et à peine avait-elle parcourut la moitié du chemin qu'elle entendit des pas se rapprocher. Les lumières s'allumèrent plus tôt qu'elle ne l'aurait pensé, et elle eût juste le temps de se retourner pour éviter que son interlocuteur ait une vue imprenable sur son postérieur.
« Lily ?! »
La jeune femme se mit à rougir et à bafouiller, et alors qu'elle essayait de se faire toute petite, elle se rendit compte que rien au monde ne pourrait effacer cette image de la tête de James. Une honte intense l'envahit, et elle eût à la fois envie de rire et de pleurer.
« Qu'est-ce que tu fiches ici, dans cette tenue ? Lui demanda-t-il. »
Elle constata qu'il avait poliment détourné le regard, et elle lui en fut secrètement reconnaissante.
« Je travaillais, j'ai voulu prendre une douche, et mes vêtements ont disparu, expliqua-t-elle d'une traite.
_ Tes vêtements ont disparu ? Répéta-t-il, perplexe.
_ Oh crois-moi, j'aimerais bien savoir où ils sont, moi aussi. Je pense que ton pervers de meilleur ami à une idée sur la question ! Lança-t-elle avec irritation. »
Elle crut apercevoir un léger sourire s'étaler sur le visage de James, et alors qu'elle s'apprêtait à lui hurler d'apprendre à Sirius à se contrôler, elle se rappela qu'elle n'était pas en position de crier sur quiconque.
« Il est parti i minutes, mais Eve laisse toujours quelques-unes de ses affaires dans mon bureau, ça devrait t'aller… elle a une relation compliqué avec son petit-ami et il lui arrive de déserter son appartement. Sirius ne veut pas qu'elle utilise le sien, il dit que ça l'empêche de ramener des filles dedans, et oui, je t'assure qu'il le fait… Précisa James en lui faisant signe de le suivre. »
Elle trottina derrière lui, pieds nus et cheveux trempés dégoulinant sur ses épaules découvertes, les joues toujours excessivement rouges. Elle était persuadée que Sirius avait fait exprès de choisir ce soir-là, qu'il savait très bien qu'ils tomberaient l'un sur l'autre, ou du moins qu'il l'espérait, et cela lui donnait encore plus envie de l'étrangler. Le chemin jusqu'au bureau de James lui parut plus long que d'habitude, mais cela lui donna largement le temps d'imaginer tout un plan pour faire passer la mort de l'autre maraudeur pour un accident.
« Tu peux y aller, tout est dans la salle de bain, lui dit James en lui montrant la porte.
_ Tournes-toi, lui répondit-elle, méfiante, avant de se faufiler dans la pièce. »
Le jeune homme se mit à rire, et alors que Lily enfilait les vêtements d'Eve, elle réalisa que c'était la première fois depuis des mois qu'ils échangeaient autre chose que des banalités. Encore mieux, c'était la première fois depuis des mois qu'elle entendait son rire et elle n'aurait jamais cru que cela lui ferait autant de bien. C'était comme si son cœur recommençait de nouveau à battre, comme si le fantôme qu'elle était devenue avait décidé de quitter le monde des morts. Cela dura à peine une minute. Puis elle se retrouva face à lui et à son bonheur insupportable.
« Merci, dit-elle simplement en réajustant les manches du t-shirt qu'elle portait.
_ De rien, répondit-il sur le même ton. »
Elle baissa la tête, franchit le seuil du bureau, et frémit lorsque la main de James se referma sur son bras. Elle leva les yeux vers lui qui avait l'air tout aussi étonné qu'elle de son geste, et lentement, il desserra l'étreinte de ses doigts sur sa peau.
« Ca me rappelle Poudlard, déclara-t-il.
_ Et pourtant, c'est différent.
_ Et alors ? Cela ne nous empêche pas d'être amis de nouveau, ou au moins d'essayer.
_ Est-ce que tu plaisante ? James, absolument TOUT nous empêche d'être amis. Les sentiments que j'ai pour toi ne se sont pas envolés comme par magie, dans quel monde vis-tu ? Tu as un sacré culot ! Tu t'es enfuis en courant quand je te les ai avoué alors que j'ai eu énormément de mal à me lancer et que j'étais terrifiée ! Tu n'as répondu à aucune de mes lettres ! Je sais que je t'ai harcelé et que je n'aurais peut-être pas dû, mais tu crois vraiment que le fait de m'avoir ignoré jusqu'à maintenant a tout arrangé ? Je ne supporte même pas de me tenir en face de toi tellement je suis dégoutée de la tournure que les évènements ont pris. »
Lily n'attendit pas sa réponse, elle quitta le bâtiment et transplana chez elle, énervée. James se permettait d'apparaître et de réapparaître dans sa vie à chaque fois qu'il le souhaitait, et cela la mettait hors d'elle. Elle ne voulait pas être amie avec lui, elle n'avait aucune envie de se retrouver à son mariage, dans une robe hideuse qu'elle aurait choisi spécialement pour qu'Hanna ne l'accuse pas d'essayer de lui voler son mari, les yeux remplis de larmes, avec cette voix dans sa tête lui hurlant que cette cérémonie ne pouvait appartenir à personne d'autre qu'à elle. Elle était celle qui devait se tenir devant lui, dans une somptueuse robe immaculée, le regard plongé dans ses magnifiques yeux noirs débordant d'amour. Elle s'affala sur son canapé et soupira. Elle n'arrivait pas à comprendre comment il pouvait passer à côté de cela. C'était immense, c'était flagrant, et pourtant, elle semblait être la seule à le voir.
« Tu es sûrement juste bonne à enfermer ma vieille, dit-elle pour elle-même. »
Elle poussa la porte de sa chambre lorsqu'elle entendit un bruit. Elle tendit l'oreille, et se précipita vers la fenêtre. Un hibou s'y faufila dès qu'elle l'ouvrit, puis un second, et un troisième. Elle eut l'impression un instant de revivre son onzième anniversaire, lorsque Pétunia avait détruit sa lettre de Poudlard et qu'une dizaine de hiboux s'étaient engouffrés dans la maison, d'immenses parchemins solidement attachés à leurs pattes. Elle détacha ceux-là, et lorsqu'elle vit le nom de l'expéditeur, elle eût du mal à en croire ses yeux.
« James Potter, murmura-t-elle. »
Elle les parcourut une par une, réalisant peu à peu qu'il s'agissait de réponses aux lettres qu'elle lui avait envoyé après leur dispute. Son regard se perdit dans le vide alors que son poing serrait les parchemins si fort qu'elle se mit à ressentir une légère douleur dans les phalanges. Elle les jeta violemment contre le mur avant d'aller se coucher. Elle ne voulait rien espérer, et elle le détestait de vouloir lui donner foi en lui, en eux. Il avait demandé à Hanna de l'épouser alors qu'il aurait très bien pu laisser les choses comme elles l'étaient. Il avait décidé de faire un pas vers elle plutôt que de se rapprocher de Lily, il l'avait choisi, c'était tout ce qui comptait.
