Une fois de plus, son vaisseau avait décidé de n'en faire qu'à sa tête. Mais ce n'était vraiment pas le moment. Paris était en danger, il avait une mission à accomplir, et il avait fait une promesse, à ses amis... A Jenny... Ce n'était vraiment pas le moment de changer les plans.
Mais quoi qu'il puisse dire ou faire, pour la troisième fois en peu de temps, le Docteur était obligé de suivre le mouvement. Il n'y avait rien à faire. La boite bleue avait vraiment décidé de n'en faire qu'à sa tête, sans lui demander son avis... À moins qu'elle n'ait une idée derrière la tête... Cela lui arrivait souvent... Et même si ce n'était pas vraiment le moment, le Docteur comptait sur cette possibilité. Il était seul à bord du Tardis à cet instant, c'était le moment parfait pour faire un caprice. Ou, autrement dit, pour laisser exprimer sa tristesse. C'était peut-être ce que le Tardis avait programmé, lui laisser le temps de se purger de ses émotions loin de tout regard. Le vaisseau devait considérer qu'il en avait besoin et ce n'était pas tout à fait faux, devait-il reconnaître.
Le Tardis venait de se poser. Son passager n'avait aucune idée de l'endroit où il se trouvait. Et il s'en moquait. Seul, au calme, dans la cabine, il pourrait enfin laisser couler les larmes qu'il avait retenues ou transformées en extravagance et colère depuis bien trop de temps déjà. La présence de la petite Jenny l'avait apaisé un moment... Mais ici, isolé dans sa cabine bleue, la solitude lui pesait et la sensation de perte encore davantage. Il était tant pour lui d'exprimer ces émotions qu'il laisse bien trop souvent infuser en lui sans jamais les évacuer.
Mais le Tardis lui refusa cette opportunité. Le Docteur n'était vraisemblablement pas là pour ça. La porte en bois venait de s'ouvrir sur une atmosphère terrienne saturée en CO2, sèche, et emplie de cendres. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre où il se trouvait. Il pouvait même ajouter qu'il se trouvait précisément chez l'horloger qui les avait accueillis, lui, Rose, Mickey... Et Jenny.
Le Tardis avait-elle changé d'avis ? Cela était fort peu probable. Pourtant, il se trouvait bien ici. La volonté de son amie n'était pas celle qu'il avait imaginé. Il avait envie de courir, mais ses pieds restaient ancrés dans le sol métallique du Tardis. Ses mains agrippées à la console voyaient leurs jointures devenir blanches à force de se crisper.
Ses jambes se décidèrent enfin à bouger. Il devait aller voir dehors, voir ce qu'il en était... Peut-être n'était-il pas trop tard, peut-être devait-il revenir seul, peut-être l'histoire devait-elle s'écrire ainsi... Trop de peut-être et pas assez de certitudes... Tout cela était beaucoup trop déconcertant.
Il s'arrêta sur le pas de la porte. Il avait le souffle court, mais refusait d'y prêter attention. Il devait y aller. Ne serait-ce que pour un dernier au revoir. C'était son devoir... Et sa volonté ! Il le devait.
Plus loin, une porte venait de se fermer, brusquement, et une voix étouffée et incompréhensible s'était exprimée. Celle de Matty. Il aurait pu le jurer. Mais qu'avait-il dit ? Il n'en avait pas la moindre idée. Guidé par le son de cette voix et une volonté grandissante de revoir sa Jenny, il sentit ses jambes accélérer en direction de cette petite pièce qu'il avait quittée si précipitamment quelques heures auparavant.
Mais arrivé au bout du couloir, il fut freiné dans sa course. Maître Stuart, debout et déterminé, le regardait fixement, nullement impressionné de le voir s'approcher.
Le Docteur avait accéléré encore un peu plus le pas. Il devait passer cette porte, il devait la voir, il devait...
« Je suis désolé Docteur, mais... Vous ne pouvez pas entrer... »
« Quoi ? » S'écria le Docteur laissant exprimer toute sa colère dans un mot. « Laissez- moi entrer, tout de suite... »
Maître Stuart avait tendu les bras, barrant la porte sur toute sa largeur.
« Non, je ne peux pas, je n'ai pas le droit... »
« Pas le droit ? Vous n'avez aucun droit ! Je vais entrer, immédiatement ! »
Il attrapa le vieil homme par le bras et tenta de le déloger, mais Maître Stuart tint bon.
« Vous allez me laisser passer, vous entendez ! Tout de suite !» Cria le Docteur, hors de lui.
« Non, vous ne pouvez pas... »
« Vous... Mais qu'est-ce qui se passe dans cette pièce, qu'est-ce que vous faites à Jenny ? Laissez-moi entrer... »
Le Docteur hurlait à présent. Des images terribles se créaient dans sa tête, toutes plus inadmissibles les unes que les autres. Il leur avait pourtant fait confiance. Il devait entrer...
Le Docteur attrapa violemment Maître Stuart et le repoussa sur le petit banc.
« Non, je vous en prie... » Le supplia l'horloger.
Mais le Docteur ne lui adressa pas un regard, ouvrant la porte avec force.
