Un vide. C'est la première chose que je ressentit en rentrant chez moi. Je venais de ramener Norah chez elle. J'avais cherché une excuse pour la faire rester plus longtemps mais n'avait rien trouvé. J'avais déjà eu du mal à la convaincre de rester la nuit dernière.
Je ne me reconnaissais pas. Je n'étais pas du genre à serrer quelqu'un contre moi ou à avoir des gestes tendres en général. J'avais voulu m'amuser avec elle en la poussant à me révéler pourquoi elle avait refusé de porter cette fameuse robe. C'était ridicule d'avoir été obsédé par quelque chose de si stupide. Je m'attendais à ce qu'elle me révèle juste un complexe physique.
C'est ce qu'elle avait fait mais pas le genre de complexe que j'imaginais. Elle avait des marques. Quelqu'un l'avait blessée au point de laisser des cicatrices dans son dos. Des scénarios plus morbides les uns que les autres dansaient dans ma tête. Tous me donnait la nausée.
Je tremblais de rage. Littéralement. J'avais lâché le sujet devant sa réaction. Je n'avais pas réussi à supporter de la voir se mettre dans tout ces états. Et j'ai agi instinctivement. Je voulais juste qu'elle se calme.
Je l'avais serrée contre moi. Je m'étais senti idiot pendant un temps, jusqu'à ce qu'elle m'enlace à son tour. Je n'ai jamais enlacé quelqu'un de cette façon. De fausses accolades amicales, une femme pendant que je la déshabillait mais jamais de cette façon. Et surtout, je n'avais jamais été enlacé comme ça.
J'avais passé la soirée à me renseigner à propos de la balance, à envoyer mes hommes un peu partout pour découvrir qui c'était. Mais dans la nuit, je n'avais pu résister à aller la voir. Elle était profondément endormie. J'étais resté près d'un quart d'heure à la regarder. Elle paraissait encore plus fragile, chose que je croyais impossible. J'avais fini par quitter la chambre après avoir éteint la télé qui était restée allumée.
Et maintenant, je me retrouvais à nouveau seul chez moi. Je devrais être content d'être revenu à la normale mais je ne l'étais pas. Norah n'avait passé qu'une journée ici mais sa présence avait été puissante.
- Monsieur ?
Jimmy me sortait de mes pensées.
- Nous avons trouvé Franck Ashby. Il se trouve dans l'ancienne maison des Coleman.
Les Coleman. Ils avaient fait des merveilles fut une époque. Mais je n'avais pas le temps pour la nostalgie.
- On y va.
J'envoyait un messages à mes hommes pour qu'ils me rejoignent discrètement là-bas. Si Ashby nous voyaient, il disparaîtrait à nouveau.
Je comprenais qu'il nous ai vendus. Je venerais n'importe qui pour sauver ma peau. Mais il avait failli causer ma mort. Ou pire, mon arrestation. Norah avait risqué la même chose. Je lui avais dit que nous étions sur le point de trouver Franck. Elle n'avait pas posé de question. Elle se doutait que je ne le laisserait pas s'en tirer comme ça.
Mes hommes et moi-même cernons la maison dès notre arrivée. Je brisais la fenêtre du salon et tirait immédiatement en prévention. Il savait que nous étions là. Qu'il ne pouvait pas nous échapper. Des bruits de lutte se firent entendre au premier étage. Un sourire se dessinait sur mes lèvres. Bingo.
Je montait et vit Ashby qui était à genoux, le visage en sang.
- Monsieur J. Je peux vous expliquer.
- Oh je sais Franck. C'était nous ou ta liberté. Je ne te juge pas.
Je le saisit par le col et le relevait brutalement.
- Tu a exposé et fait capturer du monde. Comment marcheront mes affaires si mes collaborateurs sont derrière les barreaux ?
Par chance, les français avaient réussis à s'en tirer. D'après mes hommes, Deadshot aussi. Boris Milov avait été abattu en entraînant un bon nombre de flics avec lui.
Comme je l'ai dit à Norah, les Campbell étaient finis. Grégory avait été tué lors de l'assaut. Son frère et ses parents sont incarcérés. Je ne doutais pas qu'ils puissent parvenir à s'échapper mais leur moment de gloire à Gotham est enterré.
- Je peux vous en trouver d'autres. Je connais du monde.
Il se défendait de façon pathétique. Je lui envoyait un violent coup de poing. Je sortait mon couteau et le lui plantait en plein cœur. Je n'avais pas envie de m'amuser avec lui. J'avais eu l'intention de passer un bon moment avant de l'achever mais maintenant que j'étais là, je voulais en finir au plus vite.
Je ne ressentait aucun pitié pour Ashby, au contraire. Mais je ne ressentait pas le besoin de le faire souffrir. Il n'y avait qu'une personne que je voulais faire souffrir. Celle qui s'en était prise à Norah. Je n'arrivais pas à me defaire de ces images que je me créais. Là, j'y passerai des heures. Parce que je saurais qui c'est. Un jour, Norah m'avouera qui l'a blessée et je le retrouverai.
C'était l'hôpital qui se foutait de la charité mais je ne comprenais pas comment quelqu'un ait pu être violent physiquement avec elle. Elle était minuscule et elle était tout bonnement incapable de se défendre. J'étais content de !ui avoir donné une arme. Elle n'était plus entièrement sans défense.
Je donnais rendez-vous à Mark pour discuter ceux qui s'étaient fait attrapés au manoir. Cela faisait trois ans que Mark travaillait pour moi. Il n'était qu'une jeune recrue dans la police de Gotham quand je l'ai rencontré. Il n'a pas vraiment eu le choix de se rallier à moi. Johnny travaillait dans la partie protection. Sa place me servait à savoir où se trouvait les planques de flics et les mesures qu'ils prenaient. Mark était dans la partie civile. Il était toujours au courant des arrestations et pouvait avoir accès aux interrogatoires ainsi qu'aux dossiers personnels.
Je lui demandais de venir ici. Je changeais le lieu de rencontre à chaque entrevue. Je parcourait la maison pendant que mes hommes s'occupaient du corps d'Ashby.
Les Coleman avaient perdus cette maison mais y avaient laissé tout leurs meubles. Et personne ne s'était chargé de les enlever. La poussière collait partout, sans parler des toiles d'araignées.
Mark arrivait une demi-heure plus tard. Il avait apporté quelque dossiers que je parcourait immédiatement.
Seuls les Campbell et Diego Montez, un tueur et trafiquant, n'avaient pas encore été interrogés. Les autorités avaient dressé une liste de personnes présentes lors du gala. Mon nom était le premier de la liste. Je devais m'avouer flatté. Certaines de ces personne m'étaient complètement inconnues. Il y avait aussi le noms de ceux qui avaient été attrapés et ceux qui avaient été tués.
Une trentaine de criminels étaient morts et une vingtaine se trouvait derrière les verrous. Franck Ashby avait donné un sacré coup de pouce aux forces de l'ordre. Le gala ferait parler pendant longtemps. Cela deviendrait un événement dont les flics se vanteraient d'avoir participé et dont les criminels se vanteraient d'avoir survécu tout en restant libre.
- Le nom de Norah Adams n'a pas été mentionné ? M'enquis-je.
- Non. Je ne me souviens pas l'avoir entendu.
- Préviens moi si ça arrive.
Ashby n'avait fait qu'ouvrir le barrage. Maintenant, c'était le déluge. Chaque criminel enfermé va balancer tout les noms qu'il connait pour minimiser sa peine. Norah s'était présentée à peu de personnes. Le problème était les Campbell. Owen avait rencontré Norah. J'imagine qu'il en a un vif souvenir. C'était le plus susceptible de parler d'elle à la police.
Cela ne serait pas un problème pour moi mais ça en serait un pour elle. Si je le voulais, je pouvais lui fournir la protection dont elle aurait besoin. J'avais plusieurs maisons dont j'étais le seul à savoir où elles se trouvaient, je pourrais la cacher sans soucis. Mais Norah franchirait la limite. Elle deviendrait officiellement une criminelle. Même si ce n'est que par complicité.
- Ce sera tout monsieur ?
Je lui fit signe de partir. J'appelait mes hommes pour pouvoir rentrer. En chemin, je reçut un appel de Christian. C'est le garde que j'ai assigné à Norah. Il devait se tenir devant son appartement pour repérer si quelque chose d'inhabituel venait à arriver. Il devait aussi l'accompagner partout où elle allait.
- Un problème ? Demandai-je immédiatement.
Il m'affirmait entendre des éclats de voix provenant de l'appartement de Norah et me demandait s'il devait agir, ce que je refusais. Elle devait être en train de se disputer avec Thomas.
J'aurais probablement dû accepter que Christian intervienne. Cela aurait été la bonne chose à faire pour stopper leur argument. Mais je voulais voir jusqu'où cela irait. J'avais eu Thomas en face de moi l'autre jour, ce garçon était un trouillard fini. Norah était courageuse et caractérielle. Leur amitié était un mystère pour moi. Qu'est-ce que Norah pouvait trouver chez Thomas qui valait qu'elle !ui offre son amitie ?
Je vouait une haine à ce garçon. C'était chez lui que vivait Norah. Il l'a voyait tout les jours. Elle dormait près de lui toutes les nuits. Je le détestais mais je le comprenais. C'est pour ça que je savais qu'il ne demanderait pas à Norah de partir de chez lui. Peu importe l'importance de leur dispute et peu importe combien je le souhaitais.
Une fois rentré, je fonçait directement dans mon bureau. J'avais besoin de me concentrer sur autre chose. J'étudiais plus attentivement les dossiers que m'avait ramené Mark. Je revoyais les détails de mon plan final pour Gotham. Pendant quelques heures, je faisait tout pour m'occuper l'esprit.
Seulement, ça ne marchait que temporairement. Au lieu de lutter comme j'aurais dû, je décidais d'appeler Norah.
- Oui ?
- C'est moi. Christian a mentionné une dispute, tout va bien ?
Je l'entendais soupirer.
- Ça va. C'est rien, c'est déjà passé.
La déception que je ressentis n'avait rien de surprenant. J'avais beau m'y attendre, j'avais quand même espéré.
- Tu ne lui a rien dit ?
- Je lui ai dit que j'avais dormi chez vous, c'est tout.
Le pauvre garçon devait s'imaginer tout et n'importe quoi.
- J'allais vous appeler. Dit Norah.
- Pourquoi ?
- Vous m'avez fait un virement ?
Ah. Elle a mit du temps à s'en apercevoir.
- Oui. Il y'a un problème ?
- C'est une somme énorme. C'est beaucoup trop pour ce que je fais.
- La somme couvre aussi les risques que tu prends et ton silence.
Cinquante mille dollars ne représentait rien pour moi. J'avais un tableau dans ma chambre qui valait quinze fois cette somme.
- Les risques ? J'en ferai rien de cet argent si je me fais exploser la cervelle.
- Norah. Grondai-je.
- Je plaisante.
Je ne voulais pas qu'elle plaisante là-dessus. Il n'y avait rien de drôle à imaginer une telle chose.
- Maintenant que tu a les moyens, tu compte avoir ton propre appartement ?
- Après le contrat, oui. Entre les rendez-vous et les documents à traduire, ce n'est pas le moment de déménager.
- Les documents ? Tu a accepté du travail ailleurs ?
J'espérais vraiment que non. J'avais été très clair là-dessus dans le contrat.
- J'avais déjà commencé à travailler dessus à la Nouvelle-Orléans. Il faut que je les finisse. Mais depuis que j'ai signé avec vous, je n'ai rien accepté d'autre.
Je ne pût réprimer un sourire. Elle ne franchissait pas la limiter mais elle s'amusait avec. Elle est particulièrement fragile mais pas si naïve que je le pensais. Hier soir, je lui avais dis cela sous le coup de la colère. Je n'en revenait toujours pas qu'elle avait réussie à me faire céder. Je m'en foutais complètement de la protection de son colocataire mais elle n'avait pas lâché le morceau. Si je m'étais entêté à refuser, elle serait sans doute rentrée chez elle et je ne l'aurais pas attachée pour rester chez moi.
- Très bien. Tu fais quoi ce soir ?
- Travail. Et vous ?
_ Je dois passer au club.
- Norah !
La voix de Thomas venait d'une autre pièce.
- Je suis désolée, je dois y aller. Les français ont fixés une date ?
_ Non je dois les appeler.
- D'accord. Bonne soirée alors.
- Bonne soirée.
Je raccrochait à contrecœur. J'avais besoin de plus. J'avais passé presque toute une journée avec elle, ce serait difficile de me contenter désormais d'une simple conversation téléphonique. J'avais envie d'aller la chercher et de la ramener à nouveau ici.
C'était ridicule de qualifier Norah de dangereuse mais c'est ce qu'elle était. Pour moi du moins. Elle se frayait un chemin dans ma tête, dans ma vie. La chose la p!us sûre serait de l'en expédier mais c'était impossible. Il n'y avait pas de place pour elle dans ma vie. Mais je ne reculais devant rien pour avoir ce que je voulais. Je trouverai le moyen de lui faire une place.
Je ne tenterait pas de la changer. Je ne lui ferais plus prendre de risques comme hier soir. Je voulais juste qu'elle soit là.
