Mithraël

Elle dévala les escaliers la séparant de l'écurie et alla retrouver Blackwall qui sélectionnait et s'occupait des montures en vue de leur expédition. Dennet étant parti réceptionner un convoi de nouvelles montures pour l'Inquisition, c'était le Garde des Ombres qui le remplaçait. Le maître palefrenier était parti surexcité. Mithraël lui avait demandé : « Mais qu'ont de particulier ces chevaux pour que vous soyez tant impatient Dennet ? ». Et il lui avait répondu en riant : « Des chevaux ! Ce ne sont pas des chevaux que je vais chercher ! Ni des hahls » avait-il rajouté en voyant le regard plein d'espoir de l'elfe. « Vous verrez par vous-même Inquisitrice ». Elle ne savait pas si elle devait avoir hâte de voir de quoi il en retournait ou si elle devait être inquiète. Dennet avait tout de même réussi à dénicher des cochards géants …

La jeune femme s'approcha du Garde. Ce dernier aimait la présence des destriers et leur calme à toute épreuve. Les chevaux le lui rendaient bien. Par contre il n'arrivait à rien avec la bête de l'Inquisitrice, ce hahl fier qui refusait tout contact avec les humains. Seul Dennet semblait être rentré dans ses bonnes grâces. Elle se souvenait parfaitement du jour où il le lui avait présenté. La jeune femme avait dû fermer les yeux, guidée par Dorian, et avait marché jusqu'à l'écurie. Elle n'en avait pas cru ses yeux. Le clan dalatien qu'ils avaient aidé dans les Plaines Exaltées avait voulu laisser une participation à l'Inquisition, en plus d'avoir laissé partir Loranil. Le hahl était plus grand que la plupart des chevaux, la jeune femme paraissait ridiculement petite et fluette à côté. L'envergure de ses bois brun sombre dépassait la taille d'un homme. Sa robe se parait d'un violet pastel, plus foncé au niveau des zébrures de ses membres. Des larmes avaient perlé aux coins des yeux de l'Inquisitrice et elle s'était jetée dans les bras du maître palefrenier. Ce dernier lui avait rappelé en riant : « Je vous avais bien dit que j'en verrais un un jour ! Content que cela vous plaise Inquisitrice ». Il lui avait tapoté maladroitement l'épaule. La jeune femme sourit en se remémorant ces instants. Elle faillit même rire quand elle revit la tête incrédule de Cullen alors qu'elle était juchée sur la bête.

Lorsque Blackwall vit Mithraël arriver, il lui lança :

« J'ai voulu prendre de l'avance et panser les montures pour demain Inquisitrice, mais votre diable de hahl refuse toujours que je l'approche ! » grommela-t-il. La jeune femme s'approcha dudit hahl et lui flatta l'encolure. Cette dernière souffla doucement dans les cheveux de sa cavalière.

« Ne vous en formalisez pas Blackwall, les hahls montés sont de fières créatures, mon peuple a mis des décennies avant de pouvoir les chevaucher. Je suis désolée qu'il vous cause des soucis néanmoins.

- Bah, tant qu'il n'essaie pas de m'embrocher avec ses bois… répondit-il en soupirant.

- Il ne ferait jamais rien de tel, sauf si je lui demande » répliqua l'Inquisitrice d'un ton espiègle.

Le Garde ricana dans sa barbe et se remis à panser le grand bai qu'il avait sorti avant que l'elfe n'arrive. Cette dernière entra dans le box de Falon, Ami dans la langue commune. Ce n'était pas par « orgueil elfique », comme elle avait pu l'entendre, qu'elle préférait le hahl aux chevaux. Il représentait simplement un petit fragment de sa culture au milieu de ce monde d'humains. Aussi idiot que cela puisse paraître, il l'a rassurait et la rassérénait. Ses grands yeux sombres fixaient sa cavalière avec bienveillance. Elle s'employa à brosser Falon et vérifia qu'il ne manquait de rien avant de le quitter : « Dareth shiral, Falcon » et le halh s'ébroua comme pour lui répondre. L'Inquisitrice salua Blackwall en sortant des écuries et se dirigea à présent vers la salle du Conseil de Guerre pour une dernière réunion avant l'expédition de Boscret.


Elle arriva la première, aussi elle en profita pour se servir une coupe de vin et le siroter en observant le paysage au travers les grandes fenêtres. Elle ne connaissait pas cette boisson avant de venir ici, et elle devait avouer qu'elle l'appréciait. Le soleil entamait sa descente et serait bientôt masqué par les montages, teintant le ciel et ces dernières d'une lueur orangée. Mithraël n'alluma pas tout de suite les chandelles et torches de la salle, elle voulait profiter de ce moment de calme. Qui aurait pu croire que tous étaient menacés en cet instant de quiétude ? Elle ferma les yeux et fit le vide dans son esprit. Des bruits de pas ainsi que les voix de deux femmes parvinrent à ses oreilles : Joséphine et Léliana. L'elfe alluma alors les torches et plaça des chandelles aux coins de la table afin que la carte soit lisible. Elle termina son verre, le reposa et attendit ses conseillères. Elle se doutait que le Commandant ne viendrait pas au vu de son état. Léliana entra la première et la salua, Joséphine suivit. L'Inquisitrice commença alors :

« A-t-on du nouveau quant à la situation à Boscret ? demanda-t-elle au Rossignol

- Hawke et mes espions sont arrivés sur place et essaient de progresser jusqu'au point de rendez-vous. La situation est assez critique. Des morts vivants assaillissent le village, ils semblent venir d'une faille située au milieu du lac. Pour le moment ils n'ont pas encore découvert Harding et ses hommes, mais je crains que cela ne soit plus qu'une question de temps. Plus vite vous arriverez, mieux ce sera, répondit Léliana.

- Ne devrions-nous pas attendre le Commandant avant de commencer ? » suggéra l'Ambassadrice.

Mithraël leur expliqua alors le combat personnel que livrait Cullen quant au lyrium, sans entrer dans les détails qu'il lui avait confiés. Elles devaient néanmoins savoir. Elle leur assura également qu'il était tout à fait apte à rester à la tête de l'armée, Cassandra s'en portant garante. Les deux femmes ne firent pas de commentaires, mis à part Léliana qui lâcha un « Imbécile » à mi-voix. L'Inquisitrice reporta alors leur attention sur Boscret :

« Nous devons nous déplacer rapidement, aussi je ne veux pas prendre trop de monde avec moi. Blackwall, Sera et Dorian m'accompagneront ainsi qu'un détachement de cinq soldats.

- C'est trop peu Inquisitrice, commenta Joséphine

- Elle a raison, trancha Léliana en faveur de Mithraël, ils attireront moins l'attention sur la position du campement en groupe restreint.

- Je suis prêt à approuver à une seule condition, laissez-moi nommer les cinq qui vous accompagneront » Cullen fit irruption dans la pièce. Il avait toujours l'air affaibli, mais semblait avoir meilleure mine qu'auparavant. Avant qu'un silence lourd ne s'installe, Mithraël lui répondit comme si de rien était, non sans sourire :

« Bien Commandant ».

Léliana et Cullen reprirent ensuite avec elle l'itinéraire pendant que Joséphine retournait à sa paperasse, leur trouver un passe-droit pour le Palais d'hiver n'était pas de tout repos ! Une fois les dernières directives décidées, ils se séparèrent. La nuit était tombée, Fort Céleste était devenu calme. La maître espionne retourna à ses corbeaux, le Commandant alla prévenir les heureux élus et Mithraël gagna ses quartiers afin de préparer ses affaires pour la chevauchée du lendemain. Elle s'effondra ensuite sur son lit, vaincue par la fatigue, profitant de quelques heures de repos avant cette nouvelle mission.


La jeune femme et ses compagnons de voyage finissaient de harnacher et fixer leurs paquets sur le dos de leurs montures alors que l'aube commençait à éclairer la cour. L'Inquisitrice enfourcha ensuite son grand hahl et salua ses Conseillers qui avaient tenu à être là pour leur départ avant de tourner bride et de lancer son petit groupe au trot. Deux jours de chevauchée les séparaient de Boscret s'ils maintenaient une allure soutenue.


Ils campèrent non loin du lac Calenhad qu'ils longeaient à distance respectable depuis le début de l'après-midi. Harry, Jory, deux des soldats de Cullen, et Sera étaient partis sécuriser la zone pendant que Blackwall s'occupait du feu et du ragoût de bélier, abattu plus tôt par l'archère. Lysette la templière et Dorian étudiaient les cartes avec l'Inquisitrice. Enfin, Daniel et Brulin, un surfacien, avaient pris le premier tour de garde. Seuls des murmures brisaient le silence du campement, jusqu'à l'arrivée de Sera : «Personne aux alentours Inquisitrice, Coryphallus nous laissera peut être en paix ce soir ! » annonça l'archère en jetant deux lapins aux pieds de Blackwall. Ce dernier répliqua : « Eh demi-portion, je ne suis pas ta cuisinière ! ». Sera gloussa et alla s'assoir à distance respectable du Garde : « Heureusement ! Si je mange encore un de tes plats et on risque de me retrouver crevée la gueule ouverte ! ». Le tutoiement était venu naturellement entre le Garde des Ombres et l'elfe rebelle. En dépit de leurs joutes verbales, ils s'appréciaient beaucoup. L'archère évita une pierre envoyée par Blackwall et les deux rirent de bon cœur.

Mithraël souriait. La bonne humeur de ses compagnons lui donnait du baume au cœur. Mais il ne fallait pas pour autant oublier ce pourquoi ils étaient là. Après avoir décidé de la route du lendemain, ils rejoignirent les autres autour du feu afin de se restaurer. Jory alla apporter leurs rations aux soldats en faction, ils purent entendre le nain d'ici : « T'as oublié ma bière Jory ! Comment veux-tu que j'ingurgite quelque chose de solide sans un liquide pour faire passer le tout ?

- Tu bois tellement que ton sang doit être en majeure partie fait de bière, le nain, répliqua Daniel

- Par les couilles de Bhelen, tu dois avoir foutrement raison ! » répondit Brulin avant de partir dans un grand rire, imité par ses collègues.

Le reste de la soirée se déroula dans le calme, ponctué par des attaques lancées par Sera tantôt à Dorian, tantôt à Blackwall. Puis tous allèrent dormir mis à part les sentinelles. Mithraël alla voir du côté des montures afin de vérifier qu'elles ne manquaient de rien. Après une dernière caresse à Falon, elle rejoignit sa tente. La proximité du lac lui remémora les paroles de Cullen quant aux évènements de la tour du Cercle de mages de Férelden. Elle espérait sincèrement que le Commandant arriverait à se défaire de ses cauchemars… et de son aversion pour les mages.


Ils arrivèrent aux abords de Boscret la nuit suivante. La troupe était silencieuse et la tension palpable. Ils devaient se faire les plus discrets possibles afin de ne pas être suivis jusqu'au campement des éclaireurs de Harding. Le camp avait été dressé sur une hauteur surplombant le lac, masqué par le relief de la zone et les quelques arbres avoisinants. L'obscurité de la nuit était interrompue par le clair de lune et la lumière verte jaillissant d'une faille située non au-dessus mais vraisemblablement en dessous du lac. La chef des éclaireurs alla à la rencontre de l'Inquisitrice et lui fit un rapport de la situation qui n'avait pas véritablement changé depuis les dernières nouvelles. Elle termina cependant par :

« Hawke campe non loin du point de rassemblement, ils n'ont pas encore pénétré dans la grotte car ils préfèrent quadriller la zone au cas où des espions de Corypheus se tapiraient dans le coin.

- Merci Harding, nous iront faire une incursion au village demain afin de voir s'ils connaissent un moyen pour atteindre la faille. Hawke a besoin de temps pour ses investigations, profitons-en pour aider les habitants. Je laisserai deux des soldats qui ont fait le voyage avec moi ici pour grossir vos rangs en cas d'attaque.

- Je suis d'accord, ils ne tiendront pas longtemps face à ses cadavres ambulants. J'aurais tant voulu les aider avant votre arrivée…

- Vous n'étiez pas assez nombreux Harding, lui répondit Mithraël, nous ne les abandonneront pas ». L'Inquisitrice congédia ensuite l'éclaireur en chef et alla superviser l'installation de la compagnie.


Ils se frayaient un chemin parmi les vagues de cadavres qui surgissaient des eaux du lac. Malgré son dégoût non dissimulé et sa peur, Sera décochait ses flèches à une vitesse soutenue pendant que Mithraël et Dorian jetaient sorts de feu et de foudre tout en protégeant les guerriers dans la mêlée. Blackwall semblait être enfoncé dans le sol tant il ne bougeait pas d'un pouce de sa position, encaissant les coups grâce à son bouclier et ripostant de son épée. Brulin avait créé une zone de sécurité acceptable autour de lui, les attaques latérales de sa hache de guerre tenaient en respect les cadavres. Lysette se battait également avec acharnement et barrait la route à quiconque voulait approcher les archers et les mages. Enfin, Jory était aux côtés de Sera, faisant également pleuvoir une nuée de flèche sur les morts-vivants. Ils atteignirent enfin le village, les cadavres semblaient préférer le lac à leurs lames pour le moment. Les habitants les remercièrent chaleureusement et menèrent l'Inquisitrice à leur maire. Cette dernière apprit alors que le seul moyen d'atteindre la faille était de vider le lac, et que les commandes du barrage n'étaient accessibles que par le Fort de Caer Bronach, aux mains de bandits. Selon le maire, les commandes avaient été détruites par les engeances lors du Cinquième Enclin, engloutissant le Vieux Boscret sous les eaux. L'Inquisitrice espérait qu'il était possible de les réparer.

Après avoir accordé un moment de repos à sa troupe, Mithraël les mena au bastion afin de déloger les hors-la-loi. L'affrontement fut rude, mais ils s'en sortirent victorieux et la jeune femme hissa le drapeau de l'Inquisition. Ils pourraient utiliser cette nouvelle place forte pour affirmer leur position en Férelden. Elle fit chercher Harding et sa troupe afin de les mettre à l'abri des murs et d'avoir assez de monde pour explorer le Fort et le sécuriser. Elle envoya ensuite un corbeau à ses Conseillers afin qu'un détachement plus important soit envoyé pour tenir la place. Bien qu'elle souhaitait se mettre en route dès maintenant pour vider le lac et fermer la faille, elle ne pouvait en demander tant à ses compagnons. Ils passèrent donc le reste de la journée à se remettre de leurs combats et à explorer Caer Bronach. Le vieux Fort était vaste et sa position sur la route principale était idéale pour le commerce mais aussi pour l'espionnage car les routes étaient également empruntées par les messagers. Mithraël observait le lac, aucun cadavre ne venait troubler la surface des eaux. Elle affecta néanmoins quelqu'un à la surveillance des rives afin d'intervenir en cas de nouvelle attaque contre le village. Mais la nuit fut calme.

Sans forcément s'en rendre compte, elle prenait de plus en plus d'assurance au fil des réunions du Conseil et des expéditions. Lavellan avait pris conscience que son rôle impliquait certes un dévouement total, mais aussi qu'elle se forge une carapace d'acier afin de ne pas laisser ses sentiments personnels influencer son jugement. Ses responsabilités étaient telles qu'elle ne pouvait se le permettre. Petit à petit, l'elfe dalatienne entrait dans la peau de l'Inquisitrice.


Le lendemain, la jeune femme partit avec ses trois compagnons pour les grottes inondées. Curieusement, les vannes étaient intactes, mais ils avaient autre chose en tête pour tergiverser sur le sujet. Elle avait laissé les cinq soldats au village sous le commandement de Lysette, en cas de nouvelle attaque. Ils traversèrent les ruines du Vieux-Boscret : des maisons en bois pourri recouvertes d'algues, et des cadavres,…Mithraël était mal à l'aise, indubitablement, les cadavres qu'ils affrontaient depuis leur arrivée étaient ceux des habitants du village englouti. Sera comprit à son tour et eut un haut le cœur, Blackwall posa une main sur son épaule. Ils continuèrent leur progression dans un silence de plomb. De façon surprenante, les grottes menaient à de très anciennes ruines naines. Une fois la faille localisée ils engagèrent le combat. Au prix de nombreux efforts, ils parvinrent à renvoyer les démons dans l'Immatériel, non sans de nombreux jurons proférés par Sera suite à une blessure à l'épaule : « Crevures de démons ! Allez tous pourrir dans l'Immatériel ! ». Blackwall l'aida à marcher et la ramena au Fort pendant que Mithraël et Dorian allèrent annoncer la bonne nouvelle à Boscret. Quelle ne fût pas leur surprise quand ils ne trouvèrent qu'une lettre dans la maison du maire :

« Inquisitrice,

Ce ne sont pas les engeances qui ont ouvert le barrage et inondé le Vieux-Boscret il y a dix ans. C'était moi, en secret, la nuit où elles nous ont pris d'assaut. Les morts vivants que vous avre affrontés sont des gens que j'ai tués de mes propres mains.

Nous avions accueilli des réfugiés fuyant l'Enclin. Beaucoup étaient malades. Nous avions installé des personnes souffrantes dans la partie inférieure de Boscret et le reste dans les grottes afin d'empêcher la maladie de se propager. Peine perdue. L'un d'eux a dit qu'il avait déjà vu la maladie de l'Enclin et qu'elle était irrémédiablement fatale. Quand les engeances ont attaqué, j'ai su que le seul moyen d'assurer la survie du village était de noyer les malades en même temps que les monstres. Je ne peux pas supporter la vue du Vieux-Boscret, maintenant que l'eau s'est retirée. Je ne peux pas rester.

Je suis désolé.

Maire Grégory Dedrick »

Dorian jura en tévintide. Mithraël plia soigneusement la lettre et la rangea à l'intérieur de son armure de mage : « Les espions de Léliana le retrouveront » fut tout ce qu'elle dit, la mine sévère. Ils reprirent le chemin du Fort où Harding attendait l'Inquisitrice pour un nouveau rapport :

« Vos conseillers ont envoyé un contingent prendre possession du Fort, composé de soldats, d'espions et de marchands sous le commandement du lieutenant Charter. Ils devraient arriver d'ici quelques jours. Hawke n'a noté aucune menace Venatori dans les environs, elle vous attend non loin du point de rendez-vous. Elle nous assure que le Garde est toujours présent.

- Merci Harding » elle sortit la lettre de son armure et la montra au chef de ses éclaireurs. « Envoyez un corbeau à sœur Léliana avec ceci. Précisez-lui que je le veux vivant cette fois. Nul ne doit fuir les conséquences de ses actes ».

- Bien Inquisitrice » s'inclina Harding avant de quitter Mithraël.

Cette dernière alla retrouver Blackwall. En tant que Garde des Ombres, elle souhaitait qu'il l'accompagne pour son entretien avec le contact du héraut de Kirkwall. Dorian voulut les accompagner également mais elle lui demanda de rester auprès de Sera. L'Inquisitrice et le Garde chevauchèrent côte à côté jusqu'à la grotte et retrouvèrent Ciri Hawke.


La jeune femme aux cheveux blancs comme neige les attendait à l'entrée. Elle les avait vus depuis son campement et avait décidé d'aller les attendre devant la caverne afin de ne pas perdre plus de temps. Alistair devenait fou à attendre dans cet endroit. Les espions du Rossignol attendaient en retrait. Une fois le groupe rassemblé, ils se saluèrent et pénétrèrent dans l'antre. Au vu des peintures et des inscriptions, il semblerait que l'endroit servait autrefois de planque à contrebandiers. Mithraël pénétra la première dans le vaste espace aménagé sommairement : quelques torches éclairaient faiblement la salle ainsi qu'un feu. Une carte était posée sur un rocher et un couchage était étendu non loin de là. Mais nulle trace du Garde, jusqu'à ce qu'il la menace de la pointe de son épée :

« Qui êtes-vous ? demanda-t-il d'un ton soupçonneux.

- Du calme Alistair, c'est seulement nous, j'ai amené l'Inquisitrice » intervint Hawke en entrant à son tour avec Blackwall. Alistair reconnu son armure immédiatement :

« Un autre Garde des Ombres ? s'étonna-t-il, non sans sourire

- Garde Blackwall, c'est un honneur, répondit ce dernier en s'inclinant.

- C'est un honneur pour moi de tous vous rencontrer, dommage que cela ne soit pas dans de meilleures circonstances, déclara Alistair.

- Donc vous êtes Alistair, le Alistair qui combattit l'Archidémon du Cinquième Enclin aux côtés de l'Héroïne de Férelden ? demanda Mithraël.

- Il faut que je change de nom, soupira-t-il, oui, cet Alistair, Archidémon, engeances, trahison, guerre, une réelle partie de plaisir ! Mais c'était il y a 10 ans, je suis à présent, officiellement -il adressa un clin d'œil à Lavellan-, sous le commandement du Commandeur-Garde Clarel.

- Il semblerait que les Gardes des Ombres aient des problèmes. Ces ennuis sont-ils liés à Corypheus ?

La mine grave, Alistair lui rapporta ce qu'il savait. Corypheus faisait résonner l'Appel dans les esprits de tous les Gardes des Ombres d'Orlaïs. Le même Appel qu'un Garde entend au terme de sa vie, le signal pour se rendre dans les Tréfonds afin de combattre les engeances sur leur terrain pour une mort honorable. L'ingestion de sang d'engeance lors du rituel de l'Union lie les Gardes à ces monstres, leur permettant de sentir leur présence. Mais cela les empoisonne également et, après un certain moment, cauchemars et visions s'immiscent dans l'esprit des Gardes et ils commencent à entendre sa musique, l'Appel. Ainsi tous les Gardes de l'empire pensaient à présent qu'ils étaient sur le point de mourir. Dans une tentative désespérée de combattre un potentiel Enclin, le Commandeur-Garde Clarel avait proposé d'utiliser la magie du sang. Alistair s'y était vivement opposé et ils lui donnèrent la chasse, le considérant à présent comme un traître. Il savait néanmoins qu'un rassemblement allait avoir lieu à la Porte du Ponant, et proposait de s'y rendre afin d'en savoir plus. Mithraël demanda si Clarel pouvait servir Corypheus directement, mais Alistair démentit sans l'ombre d'un doute :

« Elle ne servirait jamais quoique ce soit se rapprochant d'une engeance, elle est manipulée, comme les autres.

- Et l'Héroïne de Férelden ? Dans quel camp est-elle ?

- Elle a un nom vous savez… Milva mène sa propre quête. Elle est partie bien avant que tout cela ne commence, elle cherche un moyen de nous libérer de l'Appel ». Il marqua une pause, parler de la femme qu'il aimait lui rappelait à quel point elle était loin de lui à présent. Elle lui manquait énormément. Il reprit ses esprit et continua : « Nous avons trouvé une piste qui menait très loin vers l'ouest, un de nous deux devait partir alors que l'autre devait enquêter sur les rumeurs concernant Corypheus, bien que nous ne sachions pas qui était impliqué à ce moment ». Nouvelle pause, son regard se fit plus déterminé : « Quand tout cela sera terminé, je la rejoindrai. Et pour toujours cette fois ».

Mithraël lui sourit avec bienveillance et posa sa main sur son l'épaule : « Je vous le souhaite, Alistair ». Il la remercia tacitement avant d'ajouter : « Ainsi c'est une autre elfe dalatienne qui se trouve à la tête d'une armée ! Est-ce un complot visant à annihiler l'humanité ? dit-il d'un ton moqueur.

- Les humains ne semblent pas à même de régler leurs propres problèmes, il faut bien que quelqu'un leur montre comment faire » répliqua l'elfe sur le même ton. Alistair rit, l'Inquisitrice ne semblait pas avoir sa langue dans sa poche et de ce point de vue, elle ressemblait à Milva.

Ils quittèrent la grotte ensemble et chevauchèrent vers Caer Bronach. Ils y restèrent en attendant la venue du contingent de l'Inquisition afin que Mithraël puisse donner ses directives puis ils reprirent la route vers Fort Céleste.


L'Inquisitrice et sa compagnie venaient de quitter les rives du lac pour s'enfoncer dans la forêt lorsque Jory revint plein galop et s'arrêta à hauteur de Mithraël. Il était parti loin en tête afin de s'assurer que la voix était libre :

« Des Venatori ! Ils arrivent ! Ils ne sont que six mais d'autres sont sûrement à couvert, nous devrions … argh ».

Une flèche venait de lui transpercer la gorge et jet de sang vint éclabousser le visage de la jeune femme. Jory s'effondra, mort, et son cheval parti dans les profondeurs des bois, terrorisé : «Embuscade ! » hurla-t-elle avant de lancer une barrière magique sur l'ensemble de la troupe. Elle se tourna dans la direction d'où venait le trait et enflamma l'archer responsable. Les hurlements de l'homme étaient atroces alors qu'il brûlait vif. Blackwall et Lysette lancèrent leurs montures au galop afin d'intercepter les guerriers ennemis qui arrivaient sur eux. Brulin les suivit alors que Daniel et Harry restèrent protéger Sera et Dorian. Ces derniers tentaient de déloger les archers tapis dans les arbres. Mithraël voulu lancer une nouvelle barrière pour protéger les guerriers partis en première ligne quand une douleur aigüe transperça le bas de son dos. Un assassin. Heureusement, les quelques renforts de l'armure légère de la mage firent riper la lame avant que celle-ci ne la lacère de part et d'autre. L'homme avait sauté sur la croupe de Falon et avait seulement eût le temps de porter son coup avant que le hahl ne l'envoie voler plus loin, l'Inquisitrice avec. La surprise et la douleur étaient telles qu'elle n'avait pu rester en selle. Le contact avec le sol la fit perdre connaissance. Elle n'entendit pas Falon pousser un long cri strident avant de charger l'assassin Venatori, l'empalant sur ses bois. Elle ne vit pas Harry tomber sous un nouveau trait. Ni Sera régler son compte à l'archer responsable dans un hurlement de rage, ignorant la douleur irradiant de son épaule. Elle ne vit pas Dorian paralyser d'un coup de tonnerre les derniers guerriers debouts afin que Blackwall, Lysette et Brulin finissent le travail. Elle ne vit pas les larmes de Daniel, pleurant la mort de son ami une fois l'affrontement fini ni Dorian courir vers elle en hurlant son prénom.


Mithraël émergea seulement quelques heures après. La douleur s'était réveillée à cause des ballotements du chariot chargé de divers matériaux, plantes et tissus qu'ils ramenaient de Caer Bronach. Elle tenta de se redresser mais sa blessure lui arracha un grognement. Ils n'étaient pas partis avec Harding, Hawke et Alistair, préférant deux petites unités mobiles à un grand rassemblement. Leurs précautions ne leur avaient apparemment pas permis de passer au travers les mailles du réseau d'espions Venatori. Blackwall se tenait près d'elle et lui dit doucement :

« Restez tranquille Inquisitrice, c'est une salle blessure que vous avez là. Nous sommes chanceux d'être à proximité de Fort Céleste. Dorian a fait un travail remarquable, mais la magie ne peut supplanter la science. Vous devez voir un guérisseur.

- Blackwall .. a-t-on… a-t-on perdu d'autres compagnons ? demanda-t-elle d'une voix faible, la fièvre allait la terrasser, mais elle voulait des réponses.

- Jory et Harry répondit le Garde, la mine sombre, mais cela aurait pu être pire si vous ne nous aviez pas protégés de vos barrières. Seulement pensez à vous aussi la prochaine fois, lui reprocha-t-il, même si votre bête de malheur est un sacré garde du corps, ce coup aurait pu vous être fatal.

Mithraël esquissa un demi-sourire malgré son désarroi suite à la perte des deux soldats. Elle ne les connaissait que depuis le début de leur mission, mais c'étaient ses hommes. Elle aurait dû les protéger. : « Je suis responsable de vous tous, qui serais-je pour me protéger au détriment de votre vie ? » Elle arrêta d'un geste le Garde qui voulait répliquer : « Mais je ferai plus attention, promis » continua-t-elle dans le seul but de le rassurer. Elle posa sa main sur le bras de Blackwall afin d'appuyer ses dires, mais ce dernier n'était pas dupe :

« Je vous respecte Inquisitrice. Mais négligez votre protection encore une fois et je demande à Dorian de vous enfermer dans une de vos boules magiques de mages au prochain affrontement » dit-il d'un ton plus que sérieux. Mithraël commença à rire, mais la douleur la rabroua. Le Garde lui donna une légère tape sur le bras avant de sauter hors du chariot. Fort Céleste était tout proche. Elle essaya de lutter une dernière fois contre la fièvre qui la harcelait mais finit par sombrer à nouveau.


Elle se réveilla dans son lit cette fois, un bandage propre lui ceignait l'abdomen. On avait dû lui administrer quelque remède contre la douleur car elle se sentait confuse. La fièvre était néanmoins toujours présente, bien que moins forte. On l'avait lavée et passé sa robe légère pour dormir. Elle n'en avait aucun souvenir comme elle n'avait aucune idée de la date de ce jour. Elle se redressa, la douleur était supportable cette fois. La nuit allait tomber sur la forteresse car, hormis la lueur des torches, la chambre était dans la pénombre. Elle balaya la pièce du regard et aperçu un homme qui regarderait par la fenêtre, impassible, une main sur le pommeau de son épée comme à son habitude. Le Commandant Cullen se tourna vers elle, il l'avait entendue bouger :

« Ainsi c'est cela que vous appelez prudence Inquisitrice, son ton se voulait lourd de reproches mais la jeune femme décelait une pointe de … soulagement ?

- Ma vie serait trop calme et platonique sans une blessure mortelle, répliqua-t-elle dans un sourire.

- Vous devriez prendre ça plus au sérieux, vous auriez pu y rester si vous étiez plus éloignée de Fort Céleste. Pourquoi n'avez-vous pas voyagé en un seul groupe ? Vous auriez été mieux protégée ». Il s'était rapproché et s'assit dans un fauteuil à hauteur de son lit. « M'a-t-il veillée ? » se demanda l'elfe.

« J'ai gagné Boscret en petit nombre sans encombres. De plus, je ne voulais pas prendre le risque de voir Hawke et Alistair pris dans une embuscade contre l'Inquisition. Ils attiraient moins l'intention en voyageant avec Harding qu'avec moi, expliqua l'elfe.

- Mh, ça se tient, admit Cullen, nous avons gardé la nouvelle de votre blessure la plus secrète possible. Joséphine pensait que ça pouvait nuire à votre image de Messagère d'Andrasté, que ça vous rendait plus vulnérable. Elle trouvera bien une explication au fait que vous allez devoir rester alitée un moment ».

Mithraël se refrogna : « C'était pourtant une chance de faire taire ces rumeurs… Je ne veux pas que l'on me prenne pour quelqu'un que je ne suis pas !

- Laissez les autres y croire pour vous Inquisitrice, ils en ont besoin, lui répondit-il doucement.

- Que me vaut l'honneur d'être veillée par le Commandant lui-même ? » demanda Mithraël afin de changer de sujet.

Les joues de Cullen se teintèrent de rose, mais l'elfe ne put le voir à la seule lumière des torches. Il s'éclaircit la gorge avait de répondre, le regard soudain absorbé par le mur opposé de la pièce :

« J'étais inquiet.

- Pour une mage ? » ironisa Mithraël. Ce n'était pas très juste de la part de la jeune femme. Cullen ne lui en tint pas rigueur, elle venait de lui donner une occasion de lui montrer qu'il n'était plus cet homme-là :

« Pour une personne dont l'état de santé me tiens à cœur » répondit-il simplement avant de se lever. Il se tourna ensuite vers elle, plongeant un instant son regard ambre dans les yeux pâles de l'Inquisitrice. Une décharge avait envahi cette dernière lorsqu'elle avait entendu la réponse du Commandant, suivie de fourmillements au niveau de son estomac. Elle sentit l'influx sanguin lui monter aux joues quand il la regarda mais elle l'ignora, concentrant toute son attention sur ces yeux dorés. Avait-elle rêvé où venait-il de dire qu'il tenait à elle ? La jeune femme ne sut que répondre, elle ne s'attendait pas à cela. Elle allait néanmoins parler lorsqu'il rompit le silence :

« Reposez-vous à présent » dit-il avant de tourner les talons, laissant Mithraël interdite, finis les fourmillements.

Pour la seconde fois, il avait cru la perdre définitivement. Il n'était pas inquiet seulement parce-qu'elle était l'Inquisitrice, ou encore la Messagère d'Andrasté. Si tout le monde avait été anxieux concernant l'état de santé de l'elfe, son cœur à lui avait manqué plusieurs battements lorsqu'on leur avait annoncé la nouvelle. Il avait alors réalisé qu'il tenait réellement à la jeune femme, non de par son titre, mais de par tout le reste. Seulement c'était un idiot. Trop de responsabilités pesaient sur leurs épaules, il aurait dû tenir sa langue. Mais ces mots étaient sortis d'eux-mêmes. C'est pourquoi il n'avait vu d'autre solution que de fuir. « Lâche… » se répétait-il alors qu'il regagnait son bureau.


Bonjour bonjour !

J'espère que ce nouveau chapitre vous a plu. On y voit une Mithraël qui commence à prendre ses marques en tant que leader, un aperçu des affinités entres les différents compagnons et un Cullen qui commence à réaliser certaines choses, ...
Pas de nouvelles de Milva, en fait le chapitre était déjà long comparé aux précédents donc dans un souci d'équilibre j'ai préféré ne pas ajouter de partie sur l'Héroïne de Férelden. Mais pas d'inquiétude, elle sera présente dès le suivant :)

Et bien entendu, merci de prendre le temps de lire et n'hésitez pas à donner votre avis afin que je puisse m'améliorer pour les chapitres suivants.

Merci à Azrael-Von-Gruber et Nely Suglisse d'avoir ajouté cette histoire dans leurs "story alerts"

A la semaine prochaine !