MusiQ
Note de l'auteur : Bonjour à tous ! Bon, ça fait très longtemps que je n'avais plus posté sur cette fic, mais vous serez sans doute heureux d'apprendre que j'ai l'intention de la reprendre un peu plus sérieusement à partir d'aujourd'hui. Pour preuve de ma bonne foi, voici le plus long chapitre que j'ai écrit pour cette fic, avec en bonus deux invités surprises issus d'un autre fandom que j'aime beaucoup... ;-)
Disclaimer : Toujours merci à John Barry et à Don Black pour la musique et les paroles, et à Lulu pour l'interprétation de la chanson titre. Merci aussi à Anthony Horowitz pour mes deux caméos...
Rating : K+ (pour ce chapitre)
Bonne lecture !
Chapitre 10 : The Man With The Golden Gun - L'Homme au pistolet d'or
Il était près de dix heures du matin lorsque James arriva au MI6. Il avait obtenu deux semaines de congé, ou plutôt on l'avait obligé à les prendre après une mission, mais comme il commençait un peu à s'ennuyer, il continuait à venir sur son lieu de travail. Il espérait qu'on finirait par se lasser de son inaction et qu'on lui donnerait quelque chose à faire, mais pour l'instant sa technique s'était avérée assez peu efficace.
Généralement, il se rendait directement dans le secteur technologique, où il passait le plus clair de son temps quand il n'était pas en mission. Il aimait observer Q travailler, faisant parfois quelques remarques ou aidant son amant à construire un nouveau gadget. Ce matin, le Quartermaster était parti assez tôt, tout comme les jours précédents, ce qui avait aussi incité James à se rendre au MI6. Les vacances étaient nettement moins agréables quand il les passait seul.
Quelques jours plus tôt suite, chose rare, à un appel direct de M qui venait d'apprendre qu'un tueur à gages de renommée internationale avait été aperçu à l'aéroport d'Heathrow, Q avait en effet été chargé de recueillir le plus d'informations possible sur l'homme. Où il résidait, qui il voyait, ce qu'il faisait et surtout, la raison de sa présence à Londres. Pour l'instant, il ne s'était rien passé de particulier, mais cela ne présageait rien de bon. Q était donc constamment sur le qui-vive, et il fallait que James le force physiquement à partir le soir pour qu'il accepte de rentrer chez eux. Chez eux. L'espion sourit. Il aimait bien la manière dont ces deux mots sonnaient.
Après avoir passé les contrôles de sécurité sans même être arrêté, honneur suprême du plus vieil agent du MI6, il franchit les portes en verre du secteur technologique. Il fut accueilli par les regards amusés de certains employés qui travaillaient là, et par des chuchotements vifs. Le Quartermaster n'était pas à son ordinateur, au centre de la pièce, ni dans son bureau, ce qui n'était guère surprenant. Toujours sous les murmures, James quitta la pièce rapidement, bien décidé à trouver le jeune homme. Il se rendit successivement dans la « salle de création » du brun, où il inventait la plupart de ses gadgets, dans les salles de confection et d'expérimentation de l'équipement des agents, à l'infirmerie et enfin, dans le bureau d'Eve.
« James, sourit-elle pour le saluer. Quel plaisir de te voir. Tu en avais marre de traîner tout le temps dans le secteur technologique ou bien c'est Q qui t'a mis dehors parce qu'il en avait marre de t'avoir tout le temps sur le dos ?
- Ni l'un ni l'autre, je le cherche justement, répondit l'agent. Tu ne l'aurais pas vu par hasard ?
- Pas depuis hier, mais il ne doit pas être bien loin, vous n'êtes pas arrivés depuis longtemps, dit-elle avec un clin d'œil.
- Moi non, répliqua le blond, mais lui est arrivé il y a trois heures, il m'a même envoyé un message pour me dire qu'un de ses mignons était encore en retard.
- Comment ça il n'est pas arrivé avec toi ? le coupa Eve en fronçant les sourcils.
- Je te rappelle que je suis en vacances, sourit l'espion, lui non. Il est parti bien avant moi en me laissant une liste de courses à faire avant de venir au MI6.
- Mais pourtant il m'a envoyé un message pour me dire qu'il allait rester un peu avec toi ce matin et qu'il risquait de ne pas pouvoir être là avant dix heures, s'étonna-t-elle, l'inquiétude perçant dans sa voix.
- Tu veux dire que personne ne sait où il est ? demanda James, le ton glacial.
- Mais non puisque je pensais qu'il était avec toi ! » s'exclama la jeune femme, cette fois véritablement inquiète.
Refusant de céder à la panique, après tout il y avait encore une grande probabilité pour que Q soit quelque part dans les bâtiments et qu'ils se soient ratés, le blond sortit son téléphone et composa de mémoire le numéro du brun. Il tomba directement sur le répondeur et jura furieusement. Il s'apprêtait à ressortir pour faire de nouveau le tour du MI6 lorsque la porte du bureau de M s'ouvrit brusquement, et que celui-ci s'exclama :
« Moneypenny ! Faites prévenir Bond, nous avons un pro... Ah, dit-il en s'apercevant soudain que sa secrétaire n'était pas seule dans la pièce, vous êtes déjà là. Tant mieux, ça ira plus vite, il faut que je vous parle. Eve, veuillez prévenir R et Tanner, je vais aussi avoir besoin d'eux.
- Tout de suite monsieur », s'empressa de dire Moneypenny en jetant un regard légèrement paniqué à James et en attrapant le téléphone.
James entra d'un pas vif dans le bureau de son supérieur et demanda sèchement :
« Où est Q ?
- L'inquiétude ne vous donne pas tous les droits 007, rétorqua M, j'apprécierais que vous baissiez d'un ton. »
Les deux hommes s'affrontèrent silencieusement du regard un instant avant que le plus âgé ne pousse un soupir et reprenne :
« Je viens de recevoir sur un canal privé un message des plus alarmants.
- Il est en danger ? l'interrompit l'agent.
- Décidément, souffla l'autre, je préférais quand vous ne disiez rien et vous contentiez d'écouter les ordres avec en guise de réponse un sourire énigmatique ou un grognement. Je ne pense que pas qu'il soit en danger, s'empressa-t-il d'ajouter devant l'air peu amène de l'espion. Le message, codé bien entendu mais pas de sa main, indiquait seulement qu'il serait détenu au secret pendant les prochains jours, jusqu'à ce que l'expéditeur ait accompli sa « mission ».
- L'expéditeur ? répéta James en fronçant les sourcils.
- C'est là la partie alarmante, soupira M. Si j'en crois la signature, l'homme derrière la disparition de notre Quartermaster ne serait autre que le tueur à gages sur lequel il enquêtait depuis près d'une semaine.
- Yassen Gregorovitch, murmura le blond.
- Ah, je vois que Q vous a mis au courant. »
L'homme s'interrompit en entendant frapper à la porte. Entrèrent alors Tanner, l'air légèrement essoufflé, et R, l'assistante personnelle de Q, toujours aussi impeccable dans un tailleur gris perle. Derrière eux, Moneypenny s'apprêtait à refermer la porte lorsque M lui fit signe de rester dans le bureau. Celui-ci contourna sa table de travail et posa ses deux mains sur le meuble avant de reprendre, le ton grave :
« Comme je viens de le dire à l'agent 007, j'ai reçu un message de Yassen Gregorovitch, tueur à gage également connu sous le nom de l'homme au pistolet d'or, m'informant du fait qu'il avait placé Q sous bonne garde et qu'il ne nous donnerait les coordonnées de l'endroit où il est détenu qu'une fois sa mission terminée. Il semble que la réputation de notre Quartermaster l'ait effrayé. Ce qui me fait craindre le pire quand la nature de la-dite mission. Prendre en otage un membre aussi éminent du MI6 ne peut que suggérer qu'elle est d'une grande importance, sans doute politique. R, continua-t-il en s'adressant plus spécifiquement à la femme, Q vous a-t-il laissé entendre qu'il savait quelque chose qui aurait pu pousser l'assassin à agir ?
- Pas à ma connaissance monsieur, répondit-elle, concise. Il vous faisait parvenir immédiatement les informations.
- Donc pour résumer nous ne savons rien ?
- Pas grand chose monsieur.
- Bon, R, je veux un quart du secteur technologique sur cette affaire jour et nuit jusqu'à sa résolution. Tanner, contactez le MI5, ce sont eux qui sont chargés de l'intérieur, qu'ils essaient un peu de se rendre utiles pour une fois. Bond, je sais que la situation est particulièrement difficile pour vous mais essayez de vous tenir tranquille. N'oubliez pas que Gregorovitch est pour l'instant le seul lien que nous ayons avec notre Quartermaster. »
James jeta à M un regard impénétrable avant de sortir rapidement de la pièce, suivi par R et Tanner. Resté seul avec Moneypenny, le chef du MI6 se laissa tomber dans sa chaise avec un soupir. La main sur la poignée, la jeune femme se retourna vers son chef et demanda d'une voix faible :
« Est-ce que nous avons des raisons de penser que Q pourrait être... ?
- Nous n'avons aucun moyen de le savoir, répondit l'homme. Gregorovitch n'est pas connu pour tuer hors contrat, mais il n'est pas connu non plus pour prendre des otages. C'est la première fois que nous sommes confrontés à une telle situation. J'espère que nous récupèrerons notre Quartermaster avant que 007 ne perde complètement les pédales, nous n'avons vraiment pas besoin que la situation se complique encore plus. »
Eve acquiesça d'un signe de tête et sortit en refermant doucement la porte derrière elle. Une fois assise à son bureau, elle attrapa son téléphone et s'empressa de taper un sms qu'elle envoya sur le portable de Q : Si jamais vous touchez à un seul de ses cheveux, je peux vous assurer que l'agent 007 sera le cadet de vos soucis. Elle doutait sérieusement de l'utilité de ce message, mais elle devait bien avouer que ça faisait du bien.
o0o
Q n'était porté disparu que depuis la veille, mais tout le MI6 était sur le pied de guerre. Personne n'avait encore réussi à déterminer la raison de la venue du tueur à gages dans la capitale, et la tension était à son comble. Les gardes autour des personnalités politiques et économiques les plus en vues avaient été renforcées, et le secteur technologique passait des heures à éplucher toutes les caméras de surveillance de la ville pour tenter d'apercevoir « l'homme au pistolet d'or ». L'aspect physique de Gregorovitch était connu, mais il était tellement passe-partout qu'il était très difficile pour ne pas dire impossible de le retrouver sur les vidéos de mauvaise qualité des caméras. Les registres d'hôtel et d'acquisitions ou de locations d'appartements avaient aussi été passés en revue, sans succès. Après avoir été vu à Heathrow une semaine auparavant, l'homme s'était comme volatilisé.
La situation mettait tout le monde mal à l'aise, mais elle faisait de James Bond un véritable lion en cage. À force de tourner dans le secteur technologique, il avait fini par exaspérer R à un point tel que pour la première fois depuis qu'elle était entrée au MI6, elle avait élevé la voix contre un agent. Bond était alors parti, et avait été ennuyer Moneypenny avant que celle-ci ne le fiche à son tour à la porte. Il était alors revenu dans l'appartement qu'il partageait avec Q et avait fouillé de fond en comble le bureau que celui-ci y avait installé sans rien y trouver. Il avait fini par se coucher à trois heures du matin, en essayant d'occulter le fait que Q était peut-être au fond de la Tamise, les pieds coulés dans une dalle en béton.
Après un sommeil court mais sans rêves, issu de ses années d'entraînement, il s'était habillé mécaniquement et, désoeuvré, s'était assis dans le canapé, pour la première fois depuis longtemps incapable de penser à une seule chose à faire. Il ne savait pas depuis combien de temps il était assis lorsqu'il entendit frapper à la porte d'entrée. Il se leva comme un ressort, attrapa l'arme que lui avait fabriqué Q et, après avoir jeté un coup d'oeil dans le judas, ouvrit brusquement le battant. Le jeune homme blond sur le seuil ne sembla pas surpris de se retrouver nez à nez avec un revolver, et haussa simplement un sourcil en disant :
« Bonjour monsieur Bond, si j'étais vous, j'attendrais d'être à l'intérieur pour me descendre. Les voisins vous comprenez... »
James ne répondit pas et laissa passer quelques secondes avant de s'effacer pour laisser entrer l'étrange visiteur. Celui-ci ne semblait pas avoir beaucoup plus de vingt ans, portait jean, T-Shirt et veste en cuir mais ses yeux bruns trahissaient une âme bien plus vieille. Ses cheveux blonds étaient ébouriffés et le regard de l'espion glissa rapidement sur le suçon violacé qu'il avait dans le cou, juste au dessus du col de sa veste.
« Qui êtes-vous ? demanda l'agent sans baisser sa garde.
- Je ne vous le dirai pas, rétorqua l'autre en étudiant la pièce du regard. Je suis juste venu prendre quelques affaires, je ne serai pas long. Si vous pouviez m'indiquer la chambre pour que je n'y passe pas des heures.
- Qu'est-ce que vous voulez ? continua James sur le même ton.
- Oh, quelques caleçons, des chemises de rechange, ce genre de choses, répondit évasivement le jeune homme avec un vague signe de la main. De quoi vêtir votre Quartermaster avant qu'il ne revienne.
- Où est-il ? siffla James entre ses dents et en ôtant la sécurité de son arme qu'il dirigea vers la tête de son visiteur.
- Avant que vous ne fassiez quelque chose que vous regretteriez, sourit froidement l'autre, je tiens à préciser qu'il y a un sniper embusqué dans un des immeubles et que s'il ne me voit pas ressortir votre remarquable espérance de vie risque de s'en trouver fortement diminuée.
- Où est Q ? répéta l'agent en martelant les mots.
- En sécurité et si vous voulez tout savoir, il a encore tous ses ongles et toutes ses dents, soupira le jeune homme. Je peux récupérer ses affaires maintenant ? Si je ne reviens pas bientôt il va devenir vraiment insupportable et la tolérance de Yassen, bien que fort grande, a quand même ses limites.
- Vous travaillez pour Gregorovitch ? demanda James en abaissant légèrement son arme.
- Pas exactement, répondit l'autre avec un sourire en coin, disons plutôt qu'il m'arrive de le dépanner. Dites, reprit-il après un petit silence en croisant les bras l'air agacé, vous en avez encore beaucoup des questions comme ça ? Parce que je peux parler et faire un sac en même temps vous savez ? »
Le plus âgé prit le temps de réfléchir quelques instants avant d'indiquer au jeune homme de le précéder par un geste de son arme. Une fois dans la chambre, où une tasse de thé sale et un cardigan posé sur une chaise attestaient encore de la présence récente de Q, James jeta à son visiteur un sac en toile et lui indiqua la penderie, le pistolet toujours à la main.
« Si j'avais voulu vous tuer, commença le jeune blond en jetant pêle-mêle chaussettes et caleçons dans le sac, vous seriez déjà mort, pas la peine de vous faire une crampe en pointant ce truc sur ma figure.
- Je préfère rester juge de cela, répondit l'agent en regardant l'autre plier soigneusement une chemise.
- Et moi qui commençais à penser que vous n'étiez programmé que pour poser des questions, sourit le jeune homme, dévoilant une rangée de dents blanches. Ne vous en faites pas, reprit-il en refermant la penderie, dans deux jours, l'affaire devrait être terminée et vous pourrez récupérer votre petit-copain. »
James tiqua légèrement à la mention de « petit-copain », mais résista à l'envie de faire une remarque. À la place, il observa le jeune homme se baisser souplement pour fermer le sac, et demanda :
« Qu'est venu faire Gregorovitch à Londres ?
- C'était trop beau, souffla l'autre en levant les yeux au ciel. Même si je le savais, continua-t-il en retournant dans le salon, je ne vous le dirais pas. Je n'ai pas très envie qu'il me fasse payer cet aveu.
- Je croyais pourtant qu'il n'avait pas la réputation de tuer hors contrat.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, répliqua le plus jeune avec un léger clin d'œil. Sur ce, s'exclama-t-il ensuite, pas que la compagnie me dérange, mais comme je vous l'ai dit, je suis légèrement pressé par le temps. Au plaisir de vous revoir dans des circonstances moins gênantes, conclut-il en ouvrant la porte, sous le regard franchement perplexe de James. Ah, se reprit-il, et n'essayez pas de me suivre. Je doute que vous y arriviez et de plus, je pense que ce n'est pas vraiment le moment de vous mettre Yassen à dos.
- Si jamais Q n'est pas revenu dans deux jours, asséna James en regardant le jeune homme se diriger vers la cage d'escalier, ou si je ne le retrouve pas dans l'état exact où il était en me quittant hier matin, je peux vous assurer que le fait que votre amant soit apparemment le meilleur tueur à gage du monde ne vous protégera absolument pas.
- Vous comptez les vêtements dans « aspect exact » ? ironisa l'autre en se retournant à moitié. Sachez que nous ne faisons jamais rien qui ne soit dans notre intérêt, continua-t-il avec un sourire énigmatique, abîmer votre Quartermaster serait pour nous tout à fait contre-productif. Bonne après midi monsieur Bond. »
James eut à peine le temps de rejoindre les escaliers avant de le voir disparaître dans le hall de l'immeuble. Dérouté par l'échange, il s'empressa de rentrer dans l'appartement. Il attrapa dans le bureau de Q de la poudre et un pinceau, mais il ne trouva sur les poignées de la penderie aucune empreinte digitale. Apparemment, le jeune homme avait même anticipé cette réaction. L'espion fronça les sourcils, et composa un numéro rapidement tout en attrapant sa veste dans le salon, prêt à se rendre au plus vite au MI6.
« R ? Ici 007. Que savez-vous exactement sur les fréquentations de Gregorovitch ? »
o0o
James arriva en trombe dans le secteur technologique et se dirigea immédiatement vers l'assistante de Q. Celle-ci ne perdit pas de temps avant d'entrer dans le vif du sujet.
« Nous ne savons pas grand chose, l'homme est extrêmement discret. Il ne reste jamais très longtemps au même endroit, ne semble pas avoir de pied à terre où que ce soit, n'est affilié à aucune agence et travaille toujours en solitaire.
- Il a envoyé quelqu'un chez moi tout à l'heure, dit l'espion sans prêter attention aux yeux écarquillés de son interlocutrice, environ vingt ans, blond, yeux bruns, un mètre soixante-quinze, accent anglais, et ayant clairement suivi un entraînement militaire. Vraisemblablement son amant, ajouta l'agent qui regardait la femme faire défiler rapidement des photos sur l'écran de son ordinateur. C'est lui, annonça-t-il soudain en désignant la photo d'un adolescent, avec quelques années de plus. Qui est-ce ?
- Son fichier est protégé, dit R en fronçant les sourcils, je ne peux pas y accéder sans autorisation gouvernementale.
- Vous pouvez la contourner ? demanda James.
- Je vais voir si je peux ess... Oh, s'interrompit-elle avec un air étonné.
- Quoi ? s'impatienta l'espion.
- Les codes de protection, ce sont ceux que Q a inventés pour le MI6.
- Vous pensez que quelqu'un aurait pu les réutiliser ?
- Ils sont bien trop compliqués pour ça, souffla R qui continuait à taper frénétiquement sur son clavier. D'autant que l'autorisation gouvernementale est un leurre, un simple mot de passe ne suffirait pas à entrer, cette fiche est mieux protégée qu'un dossier du Pentagone !
- Vérifiez la fiche de Gregorovitch, demanda soudain James.
- Je ne peux pas y accéder non plus, annonça la femme après quelques instants. C'est à n'y rien comprendre, hier encore il y avait toutes les informations que nous avions collectées. Par contre il semblerait que seules ces fiches soient concernées, j'arrive sans problème à contourner d'autres dossiers nécessitant un accord gouvernemental.
- Vous êtes en train de me dire que Q a protégé les fiches des deux personnes qui le retiennent en otage ? s'énerva l'espion.
- Je ne peux pas en être sûre, il y a toujours un risque que quelqu'un de très doué ait imité sa façon de faire, mais il est tout de même minime à ce niveau de précision.
- Ça n'a aucun sens », murmura James en essayant de se souvenir si oui ou non Q aurait pu laisser entendre qu'il allait protéger des criminels.
Après avoir attendu quelques minutes pour voir si R progressait, le blond finit par sortir à grands pas du secteur technologique, une photocopie de la photo de l'inconnu à la main. Il entra brusquement dans le bureau de Moneypenny, la faisant violemment sursauter, et frappa trois coups secs à la porte de Mallory avant d'entrer sans attendre la réponse.
« 007, siffla l'homme sans se lever. C'est toujours un plaisir...
- Qui est-ce ? demanda James en lui tendant le cliché.
- En quoi cela vous regarde ? répliqua M après un rapide coup d'œil.
- Il est venu chez moi il y a une heure pour prendre quelques affaires de Q, a laissé plus qu'entendre qu'il était avec Gregorovitch, et maintenant sa fiche est protégée par Q lui-même qui refuse qu'on y accède.
- Il est venu chez vous il y a une heure ? s'étonna le chef du MI6.
- Je ne vous demande pas de répéter ce que je dis, je vous demande de me répondre ! s'exclama James en frappant du poing sur la table.
- Excusez-moi si je suis surpris d'apprendre qu'un homme censé être mort est venu vous rendre une petite visite, rétorqua M en se levant brusquement. Alex Rider, reprit-il après un instant de silence, adolescent brillant, entré à seize ans seulement dans les SAS où il s'est montré redoutablement efficace. Son avion a été abattu lors d'une mission en Irak il y a deux ans et il a été enterré avec les honneurs au cimetière militaire de Brookwood. J'étais présent à la cérémonie. Et vous dîtes qu'il est avec Gregorovitch ?
- Selon toutes les apparences oui, répondit James, plus calme.
- Rider était un excellent élément, continua M en se plaçant près de la fenêtre. Le fait qu'il puisse être associé à cet assassin me surprend et m'inquiète. D'autant que l'homme est réputé avoir tué son oncle. Il ne vous a rien dit de plus ? demanda-t-il en se tournant vers l'agent.
- Rien sinon qu'il ignorait tout de la mission de Gregorovitch, ce dont je doute, et qu'ils avaient apparemment besoin de Q en bon état.
- Tout cela ne me dit rien qui vaille, et je crains qu'il ne nous faille attendre le retour de Q pour avoir quelque lumière sur cette affaire. »
James sentit soudain son portable vibrer. Détournant le regard de son chef, il s'empressa d'ouvrir le message : Votre Quartermaster vous fait savoir que si vous continuez à flirter avec ses pare-feux, ça va très mal se passer. À bon entendeur. AR
L'espion laissa échapper un petit rire. Il avait du mal à l'expliquer, mais il sentait de plus en plus que Q ne craignait pas grand chose là où il était, et il avait même l'impression que celui-ci s'amusait plus qu'il n'aurait dû.
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Le jour suivant, Alex Rider et Yassen Gregorovitch disparurent. Leurs noms n'apparaissaient plus nulle part. Les actes de naissances, les rapports de missions, les contrats, tous les documents qui avaient un jour porté leur nom et qui se trouvaient sous format numérique avaient été complètement effacés ou irrémédiablement modifiés. Le secteur technologique était en émoi et essayait en vain de retrouver les documents qui deux jours auparavant leurs avaient été confiés ou accessibles.
Pendant ce temps, aux quatre coins de la ville, des incendies localisés se déclenchèrent dans divers bâtiments publics, ne faisant aucune victime humaine mais détruisant de nombreuses archives. Le lien entre ces deux évènements ne faisait guère de doute, et M s'obligea à garder son calme tandis qu'il imaginait toutes les tâches ingrates qu'il allait donner à son Quartermaster si celui-ci osait de nouveau franchir le seuil du MI6.
Le lendemain, Mallory eut la mauvaise surprise de trouver à son arrivée Q assis dans un des fauteuils qui faisaient face à son bureau. Lui qui n'était pas du matin était servi :
« J'espère vraiment que vous avez une excellente explication, dit-il en accrochant son manteau à la patère près de la porte.
- Je suis toujours surpris de voir à quel point la vie tient à de petits hasards parfois, répondit le brun sur un ton presque éthéré.
- Q, je suis à deux doigts de vous livrer aux autorités pour crime contre la nation donc si j'étais vous j'éviterais de parler par énigmes, soupira lourdement M en s'asseyant dans son fauteuil.
- Si Alex Rider n'avait pas rencontré Yassen Gregorovitch lors d'une mission en Égypte il y a quatre ans, reprit le Quartermaster comme s'il n'avait pas été interrompu, il n'aurait pas pu lui suggérer d'utiliser mes capacités de hacker plutôt que de me descendre comme c'était stipulé sur son contrat. Je trouve ça relativement incroyable.
- C'était vous la mission de Gregorovitch ? s'exclama M en se redressant brusquement.
- Il y a un mois, l'homme au pistolet d'or, celui qui ne rate jamais sa cible, a effectivement reçu une offre sur ma tête, confirma le brun comme s'il s'agissait d'une bagatelle. Heureusement pour moi, sous l'influence de son partenaire lui-même censé être mort, il songeait de plus en plus à prendre une retraite anticipée. Il est donc venu à Londres pour rencontrer son potentiel employeur, à qui j'ai déjà eu affaire plusieurs fois par le passé, et l'a proprement descendu d'une balle dans la tête pour lui annoncer son refus et éviter qu'il ne fasse cette offre à quelqu'un d'autre. Il a ensuite organisé mon enlèvement avec Rider et m'a demandé de les effacer tous les deux et de leur créer une nouvelle identité que je tiendrais secrète.
- Et vous avez accepté ? demanda le directeur du MI6 complètement éberlué.
- Outre le fait que je n'avais pas tellement le choix, répondit Q, je tiens à préciser que si Gregorovitch est d'un abord très froid, j'ai trouvé Alex Rider très sympathique. Et il sait faire infuser le thé tout à fait correctement.
- Est-ce que vous avez pris de la drogue ? continua M devant l'air plus qu'étrange du Quartermaster.
- J'ai dormi dix heures en quatre jours, rit un peu stupidement Q, ça vous va comme réponse ?
- Vous allez immédiatement rentrer chez vous, et vous allez tenir compagnie à Bond jusqu'à la fin de ses congés. Une fois que vous serez revenu à votre état normal, vous allez me faire un rapport circonstancié des évènements pour que j'y voie plus clair. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?
- Ce n'est pas parce que je suis épuisé que je suis devenu idiot, ricana Q. Je dois faire le rapport de quel mission déjà ? demanda-t-il après un petit silence.
- Oh nom de Dieu, jura M en appelant sa secrétaire. Moneypenny, vous pouvez prévenir Bond ? J'ai quelque chose d'encombrant dans mon bureau qui est susceptible de l'intéresser. Merci beaucoup. »
En se renfonçant dans son fauteuil, M regarda le jeune homme en imperméable qui dodelinait de la tête en face de lui et ne put s'empêcher de se sentir soulagé. Les choses allaient peut-être enfin revenir à la normale. Et l'arrivée d'un 007 en furie qui se jeta aussitôt sur le Quartermaster pour vérifier qu'il allait bien ne fit que confirmer cette impression.
Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à laisser un petit commentaire ! Même si c'est pour me dire que vous n'aimez pas la liberté que j'ai prise avec l'histoire d'Alex Rider (que je voyais mal au MI6 en même temps que James XD).
À bientôt et bon week-end !
