Merci à tous pour toutes vos reviews et vos conseils ! (dont j'ai essayé de tenir compte dans ce chapitre et de me réfrener au niveau des descritpions pour privilégier un peu plus le dialogue ... J'espère que c'est un peu mieux de ce coté là, à vous de me dire si ça vous convient ! :) ) Ce me fait vraiment très plaisir de voir que vous êtes restés fidèles à cette histoire pour en découvrir la suite, où que vous avez décidés de vous intéresser à celle-ci, bref, je vous aime ! (autant faire bref!)

Voici donc la suite, qui, je l'espère vous plaira ! Bonne lecture à tous, et n'hésitez (toujours pas) à me laisser vos avis et vos remarques ! :)


Ce fut comme si le temps s'arrêtait, se suspendait, pendu au canon noir achevé d'un trou béant d'une mitraillette. Agathe loucha un instant sur le plastique de l'arme, incapable d'esquisser le moindre mouvement ou de savoir comment réagir face à cette simple force géométrique au bout de laquelle semblait se balancer sa vie. Sa bouche s'entrouvrit de surprise, mais seul un souffle en sorti, tout son restant prudemment terré au fin fond de sa gorge. Le corps de l'étudiant n'eut que le réflexe d'une sueur froide, longue et pénible qui sembla presque incongrue à la jeune femme tant elle perdait pied face à cette situation décousue dans laquelle, si elle s'était imaginée un jour, elle même ne l'aurait pas cru. Elle aurait pu fixer le canon de l'arme pendant ce qui lui sembla être des heures et le fixer encore et encore, pourvu que son regard l'enferme dans le temps, l'empêche d'agir.

Mais là où le temps semblait avoir considérablement ralenti quelques secondes plus tôt, tout se passa soudain à une vitesse effarante. Loki attrapa l'homme à la mitraillette à la gorge et le souleva de quelques centimètres du sol. L'autre sembla vouloir crier, mais aucun son ne s'échappa de sa gorge entravée. Une gerbe de sang s'échappa de sa bouche dans un bruit étouffé. Et l'homme tomba lourdement au sol, inerte, heurtant le carrelage en même temps que sa mitraillette. Dès lors Agathe fut secouée de violents tremblements incontrôlables qui la poussèrent à reculer spasmodiquement jusqu'à se coller contre la vieille cuisinière en fer rouillé, et à tenter de reculer encore. Le regard du cadavre aux pieds de Loki tourné vers elle, tête révulsée, semblait la dévisager, tel un observateur silencieux qui détaillait ses moindres gestes.

La jeune femme s'arracha à cette contemplation morbide, sentant que celle-ci lui faisait perdre tous ses moyens plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru, et se redressa à tâtons sur ses jambes flageolantes. Loki avait disparu de l'encadrement de la porte, mais des bruits qui faisaient rage dehors, elle devina facilement que le premier cadavre n'avait été qu'un sombre prélude. Les coups de feu à répétition avaient remplacé l'habituel silence de sa montagne déserte, et Agathe eu le réflexe de venir plaquer ses mains sur ses oreilles comme pour occulter le bruit, incapable d'agir de manière plus cohérente. Elle ne demeura cependant pas bien longtemps dans cette position puérile, se jetant volontairement en arrière en manquant de trébucher lorsqu'un corps traversa sa cuisine, projeté les airs, avant d'heurter violemment le mur, s'échouant lui aussi contre le carrelage.

-Ce … Ce n'est …

Balbutia l'étudiante, incapable de formuler une phrase cohérente à l'heure où ses dents claquaient d'effroi. Elle passa nerveusement ses bras tremblants autour d'eux-même, dans une vaine tentative de s'apporter un peu de chaleur, et se figea net. Pareille à la mitraillette qui l'avait frôlée quelques minutes plus tôt, un long canon venait de faire irruption dans la pièce, succédé par un homme qui n'en avait que la silhouette, couverts d'un uniforme noir semblant pouvoir résister à toute épreuve. Il fit quelques pas dans la pièce et se planta face à Agathe, la visant à vue. Celle-ci déglutit péniblement, subissant le flot de pensées qui se brouillait dans son crâne. Elle avait devant la seconde personne, en quelques jours seulement, qui semblait vouloir la tuer. Elle s'était visiblement fourvoyée sur la première. Mais celle-ci semblait autrement plus déterminée, armée, le visage entièrement masqué. Et cette vision inhumaine la fit brusquement réaliser à quel point Loki pouvait être tangible.

Dans un instinct de survie, elle se statufia parfaitement, réalisant que tant que cet homme n'avait toujours pas tiré, il était suicidaire de le provoquer. Au moins une chose qu'elle avait apprise avec la proximité de l'Asgardien dans ses débuts. Mais alors que l'être capitonné et armé qui lui faisait face alignait un nouveau pas dans sa direction, puis un suivant, et en entamait un troisième, celui-ci se retrouva en un éclair plaqué contre le mur, transpercé de la pointe du sceptre de Loki qui se souilla brusquement de pourpre, annihilant légèrement son hypnotisante lueur bleutée. Son possesseur laisse l'autre glisser pathétiquement au sol avant de faire volte-face vers Agathe, placide.

-Tout va bien ?
-On ne peut pas vraiment dire ça … Mais je n'ai rien, si c'est ce que tu voulais dire.

Lâcha la jeune femme en dodelinant de la tête, surprise de constater à quel point les mots sortaient justement de sa bouche aux vues de la tempête qui faisait rage dans son esprit. Loki fronça légèrement les sourcils, visiblement contrarié.

-Je suis désolé de cet imprévu qui vient contrecarrer mes plans. Mais ils ne te feront rien. Tu as ma parole.

Conclut l'Asgardien d'un ton solennel, et Agathe n'hésita pas une seule seconde à se perdre dans ses paroles, les buvant comme un assoiffé face à un grand verre d'eau, leur accordant un crédit démesuré. A présent qu'elle était confrontée à plus dangereux, plus menaçant que lui, Loki lui semblait être la personne en qui elle pouvait croire éperdument, en qui elle plaçait toute sa confiance, jusqu'à sa vie, pourvu que ces hommes n'en ayant que le nom finissent par disparaître de sa vie. Loki s'agenouilla au-dessus de l'homme qu'il venait d'abattre de son sceptre et lui extirpa sa mitraillette pour la tendre à Agathe.

-Tu sais t'en servir ?
-Non, Souffla-t-elle dans un rictus ironique en songeant à quand elle aurait pu apprendre à se servir d'une mitraillette, dans toute sa petite existence on-ne-peut plus banale.

-Et bien tu vas apprendre. Ce n'est pas foncièrement plus difficile qu'un ordinateur, ça ne devrait pas te poser de problème.

Loki ponctua sa phrase d'un sourire amusé, et Agathe s'interrogea sur la capacité de sang-froid et de distance dont était capable cet homme que seul le fait d'être traité de fou semblait pouvoir faire réagir.

-Mais tirer sur quelqu'un …
-Si tu ne le fais pas c'est eux qui le feront. Sans la moindre hésitation.

A nouveau, Agathe dut faire un effort considérablement pour avaler sa salive, qui lui sembla n'être qu'acide qui lui brûla la gorge. Ainsi donc elle ne s'était pas trompée face aux visées meurtrières de ces énergumènes dénués de la moindre once d'humanité.

-Et encore faudrait-il que quelqu'un arrive à entrer.
-Comme lui. En empruntant la porte.

D'un simple coup de tête, Agathe désigna l'homme qui gisait au sol, et Loki fronça imperceptiblement les sourcils, avant d'hausser les épaules.

-C'était le seul. Il en fallait bien un pour l'exemple. Ne bouge pas.

Lui ordonna-t-il en tournant les talons, comme attirés par des inflexions de voix provenant du dehors signifiant à coup sûr que les assaillants revenaient à la charge. Alors qu'il avait fait quelques pas, Agathe l'arrêta à nouveau, articulant d'une voix qu'elle se trouva étonnamment calme aux vues du sens de ses paroles :

-Loki. Tu vas tous les tuer ?

L'autre lui adressa un sourire qui, s'il n'eut été animé d'une folie meurtrièrement affirmative, aurait pu paraître éblouissant de sincérité à Agathe, et lui répondit simplement :

-Oui.

Puis il se courba, passant l'encadrement de la porte, et laissa à nouveau la jeune femme seule avec elle-même, à cela près qu'elle tenait à présent une mitraillette entre ses mains tremblantes. A peine eut-il quitté la pièce que les cris d'ordres redoublèrent dehors. Il semblait à présent à Agathe percevoir également le bruit sourd de pales d'hélicoptères en action et les distorsions sonores d'avions qui survolaient la zone dans le ciel, mais Agathe ne sut dire s'il s'agissait là de la réalité ou d'une déformation auditive, au même terme que son sang qu'elle entendait battre dans ses tempes. Les coups de feu reprirent de plus belle, et une rafale fit voler les vitres de la pièce en éclat, arrachant un cri suraigu à la jeune femme qui s'agenouilla au sol, s'agrippant à sa mitraillette comme à une bouée de secours. Un tel tapage, même dans la campagne la plus perdue de France, ne pouvait certainement pas passer inaperçu. Quelqu'un allait bien finir par alerter les autorités.

Sauf qu'avec la chance qui s'abattait sur elle ces derniers temps, Agathe aurait parié que les hommes qui leur tiraient dessus étaient précisément les autorités. Ou tout du moins que les forces de l'ordre n'interviendraient jamais face à eux. Ou au prix de grandes difficultés. Elle laissa échapper un hoquet désespéré, se redressant lentement en se collant contre le mur glacé repeint des traces de sang du cadavre qui gisait à ses pieds. Et alors qu'elle hasardait un pas vers la gauche, s'approchant de l'unique fenêtre latérale toujours vitrée, un craquement résonna dans le vestibule derrière elle. Instinctivement, Agathe plaqua contre elle sa précieuse mitraillette, agrippant la gâchette de ses mains hésitantes, et ses doigts caressèrent le métal froid de l'encoche de celle-ci. Une simple pression déchaînerait une rafale contre l'intrus qui traversait son vestibule à pas de loup. Si tant est qu'il ne s'agisse pas là d'une autre folie sensorielle. Mais les pas se concrétisaient. Agathe recula d'un pas prudent, accusant une plus grande distance entre l'être qui allait surgir d'une seconde à l'autre et elle. Elle tâta une éventuelle sécurité à son arme, comme elle l'avait souvent vu faire à la télévision, dans le genre de situation que l'on n'imagine jamais pouvoir vous arriver, et recula à nouveau. Alors qu'elle se rapprochait de la fenêtre, ce fut au tour de celle-ci de voler en éclat, lui arrachant un sursaut stupéfait qui la fit appuyer sur la gâchette, par réflexe. Le coup de feu parti aussitôt, venant éclater un carreau de faïence, et Agathe fit volte-face, se tournant vers la fenêtre qu'un homme venait d'exploser de son pied et qu'il enjambait. Sans réfléchir, l'étudiante tira un second coup, qui atterrit dans le bois de la fenêtre, dans une explosion de fibres brunes. Alors qu'elle redressait le canon de son arme, soumise aux assauts de ses tremblements incontrôlables, ce fut à peine si elle sentit l'aiguille s'enfoncer dans sa nuque, pas plus douloureuse qu'une vulgaire piqure d'abeille.

La réalité devint soudain étrangement tremblante. Agathe chancela, percevant des bribes de paroles assourdissantes :

-On l'…ène à …ury… ar … emin…errière…

La jeune femme cligna péniblement des yeux, tentant de chasser la buée qui s'insinuait sur ses paupières, mais ses mouvements ne firent qu'amplifier celle-ci. Elle sentit à peine sa mitraillette quitter ses mains pour atterrir au sol dans ce qui lui parut n'être qu'un cliquetis, et aperçut à travers ses yeux à demi-clos une forme sombre se pencher vers elle. Ses pieds traînèrent mollement sur le sol et elle vit sa maison défiler au ralentis : la cuisine, le corridor du hall … La porté était béante et déformée, et Agathe sentit ses pieds quitter le sol en même temps que son ventre reposait contre quelque chose de dur. Un bras lui enserra solidement la taille et le soldat qui la portait sur son épaule l'amena, brinquebalante, jusqu'à qu'un hélicoptère au sol bien que ses pales ne tournent toujours, fouettant l'air et les branches alentours. Agathe cligna pâteusement une nouvelle fois des yeux, et eut à peine le temps d'apercevoir, cette fois-ci, la silhouette de Loki, agenouillée au sol, quatre armes braquées à quelques centimètres de sa tête. Celui-ci jeta un regard par-dessus son épaule, ignorant l'homme immense qui lui faisait face, et il sembla à Agathe qu'il croisa un instant son regard, avant qu'elle ne se retrouve dans l'obscurité de l'intérieur de l'hélicoptère. La dernière chose que saisit son regard fut un brassard flanqué des initiales « SHIELD » sur l'épaule de l'homme qui le jeta brusquement sur un siège avant qu'elle ne perde le contact de ses sens et ne cède place au noir le plus total.

Du blanc. Rien que du blanc. Qui avait cédé place au noir. Agathe eut toutes les peines du monde à ouvrir les yeux, et ce geste lui parut être un effort surhumain. Elle batit douloureusement des paupières avant de parvenir à fixer un néon blafard entrecoupé de larges cils noirs et flous. Une odeur douceâtre de plastique s'insinua dans ses narines en même temps qu'un ronronnement discret parvenait à ses oreilles. Elle tâta du bout des doigts le plastique froid et malléable de l'alèse sur laquelle elle reposait avant de venir effleurer ses tempes qui lui parturent glacées malgré la température déjà basse de ses bras. Une porte grinça au moment où elle esquissa un mouvement pour se relever.

-Mademoiselle Agathe Hoffman je présume ?

L'interrogea le petit homme qui venait de pénétrer dans la pièce dans un français assuré teinté d'un fort accent et Agathe hocha lentement la tête après quelques secondes de latence, en même temps qu'on voix derrière elle répondait à l'affirmative. L'étudiante tourna difficilement la tête, engourdie mais attirée par sa curiosité, et découvrit une femme d'une quarantaine d'année confortablement installée dans un fauteuil derrière elle qui se leva lorsqu'elle tourna la tête et la dépassa pour venir serrer la main de l'homme. Agathe ne discerna rien de leur conversation, sinon qu'elle fut en anglais, et la femme disparut aussi rapidement qu'elle était apparue, la laissant seule avec l'homme qui lui adressa un sourire se voulant certainement rassurant.

-Vous devez vous sentir encore confuse et fatiguée, mais c'est normal après un si long sommeil articifiel, et tout est normal et va se dissiper rapidement, vous n'avez aucun souci à vous faire.
Qu'est ce qu'on m'a donné ?

Demanda-t-elle vaseusement, faisant abstraction du ton confiant et doux de l'homme, qui la mettit plus mal à l'aise qu'autre chose aux vues du peu de souvenirs les plus proches dont elle se rappelait.

-De la morphine.

Répondit simplement l'autre en haussant les épaules, et l'étudiante hocha nonchalamment la tête, encore trop loin pour pouvoir réagir de manière cohérente avec les propos qu'on lui tenait. Elle frotta douloureusement sa nuque qui lui paraissait dure comme du bois, et lâcha un soupire endolori et engourdi de sommeil.

-Je sais que vous devez avoir très envie de vous reposer, mais nous aurions besoin de vous dans les plus brefs délais, alors je suis désolé, mais nous allons devoir vous bousculer un peu.
-Me bousculer ? Vous ne l'avez pas encore assez fait ?

Articula-t-elle sans mesurer ses propos, tentant difficilement de mettre de la cohérence dans le fil de ses pensées. L'instant suivant, elle regretta ses mots, redoutant une réaction imprévisible de l'homme qui lui faisait face et s'était rapproché. Mais celui-ci se contenta de rire d'un rire clair et enjoué avant de faire quelques pas et de servir un grand verre d'eau qu'il tendit à Agathe.

-Tenez. Ca vous fera certainement du bien.

Alors qu'elle portait le verre à ses lèvres, l'étudiante s'arrêta net dans son geste. Et si il ne s'agissait pas là d'un anodin verre d'eau plate ? Qui sait ce que cet homme ou même l'infirmière qui l'avait précédé avait bien pu mettre dans ce liquide, y dissoudre pour l'y faire disparaître ? Encore de la morphine ? Un puissant paralysant ? Voir pire. Ce qu'Agathe n'osait imaginer. Elle reposa prudemment le verre à coté d'elle, avant de préciser à l'égard de l'homme qui la dévisageait soudain d'un air soucieux :

-Merci, mais je n'ai pas soif, monsieur …
-Ah, oui, excusez moi. Coulson. Phil Coulson.

Il lui tendit une main vive dans un sourire enthousiaste, et Agathe laissa sa main fébrile et engourdie être secouée par la poigne vive de cet homme avant de reporter sa main à sa tempe, qui lui paraissait d'un poids accablant.

-Vous voulez peut-être un cachet ou quelque chose pour votre tête ?

Lâcha-t-il dans un regard soucieux, et Agathe s'empressa de nier vivement, délaissant sa tempe pour revenir triturer son drap dans une vaine tentative de convaincre cet homme qu'elle n'avait nullement besoin d'un quelconque calmant, dopant et autre drogues ou sérum de vérité qu'il pourrait vouloir lui injecter ou lui faire avaler. Elle n'avait, de toutes manières, rien à leur cacher, rien à leur dire, elle ne leur devait rien. Et malgré tout, les secondes qui passaient faisaient croitre en Agathe, sinon le doute, un étrange sentiment de culpabilité envers elle-même. De s'être fourrée dans une histoire qui la dépassait à tous les niveaux. Et dans laquelle son plus précieux allié était un homme qui venait d'une autre planète. Absurde.

-Dans ce cas, si tout va bien et que vous vous sentez suffisamment en état, j'aimerais vous poser quelques petites questions.
-Je vous écoute.
-Pas ici. Dans un endroit plus approprié. Suivez-moi.

Il fit quelque pas et lui tint patiemment la porte, alors qu'Agathe se levait, chancelante. Elle esquissa quelques pas hésitants avant de finalement rejoindre le prénommé Phil dans l'encadrement de la porte et de déboucher sur un immense couloir parfaitement désert, sinon un homme armé à gauche de sa porte. Agathe déglutit péniblement. Pourquoi un homme armé d'une mitraillette se tenait-il devant sa chambre. Etait-ce en prévision d'un quelconque élément extérieur, ou au contraire pour préserver et maintenir quelqu'un à l'intérieur ? Quelqu'un qui était présent dans cette chambre. Autre que l'infirmière qui était partie sans la moindre intervention extérieure. Elle-même. Son souffle se bloqua dans sa gorge. Et quel était cet endroit plus approprié dont lui parlait cet homme ? Instinctivement se dessina dans la tête de la jeune femme l'esquisse de divers éléments de torture qu'elle s'empressa de chasser d'un bref mouvement de la tête. Son imagination lui jouait des tours. Elle ne devait se fier qu'à ce qu'elle aurait devant les yeux. Si on ne lui injectait pas de morphine avant.

-C'est ici. S'il vous plait.

Lâcha Phil en s'arrêtant devant une porte en bas d'une batterie d'escaliers, qu'il ouvrit avant de s'effacer pour laisser entrer Agathe. Les lumières s'allumèrent à peine un pas fait à l'intérieur, et seule une table et deux fauteuils ainsi qu'une télécommande apparurent sous les néons blafards de la pièce. Un meuble ornait un mur aussi blanc que le sol et le plafond, et à peine révélé, cet intérieur impersonnel rendit Agathe anxieuse. Elle avança de quelques pas, et Phil la devança, s'installant dans l'un des fauteuils alors qu'il lui désignait l'autre.

-Vous êtes sûre que vous ne voulez rien boire ?
-Certaine. Lâcha-t-elle dans une expression illustrant à la perfection son propos, et Phil hocha la tête, croisant les jambes avant de se pencher vers Agathe.
-Bien. Je suppose que vous vous demandez pourquoi vous êtes ici, et non chez vous, en France, …
-Attendez … Où sommes-nous au juste ?

Demanda brusquement Agathe, faisant fi des bonnes manières, alertée par les dires de cet homme si souriant qu'il en était déroutant qui lui faisait face, et qui fronça légèrement les sourcils avant de retrouver son air serein la seconde suivante.

-Dans le Maine. Cela doit vous surprendre.
-En effet.

Conclut Agathe, incapable d'en dire plus, soufflée par le fait de réaliser qu'elle avait –où plutôt qu'on l'avait fait- traverser l'Atlantique sans en être consciente. La pièce lui sembla tanguer un instant. Où était-elle exactement ? Quel jour étions-nous ? A combien de temps étaient ses examens ? Et ses parents ? Que penseraient-ils de ne pas la voir revenir ? Comment allait-elle pouvoir les joindre ? Comment allait-elle rentrer chez elle, sans affaire, sans sac, sans téléphone, sans rien. L'étudiante réalisa alors soudain à quel point elle était vulnérable. On l'avait privé de tout ce qu'elle possédait, ses repères, jusqu'à ses papiers d'identité. Là, dans cette salle blafarde dénuée de fenêtre, elle n'était plus personne. Et plus personne ne savait où elle était.

-Quel jour sommes-nous ?
-Le 13 avril, Phil esquissa un léger sourire avant d'éluder, Si vous vous en faites pour vos examens, ne vous inquiétez pas, ils sont validés. Ils l'ont été à l'instant même où vous êtes entrée dans cet avion.

« Où l'on m'y a traînée contre mon gré… » Songea Agathe en se remémorant ses derniers souvenirs de sentir l'épaule de cet homme qui la transportait contre son abdomen. Le regard encourageant de Phil l'amena à se pencher sur ses propos. Ses partiels étaient validés. Agathe ne préféra même pas savoir par qui, ou même comment cet homme et son soit disant SHIELD avaient pu connaître la date de ses examens. Tout ça était démesuré. Absurde. Bien plus encore que les petits tours de passe-passe de Loki.

-Il y a huit jours, un individu nommé Loki est arrivé chez vous, et a dès lors résidé dans votre domicile secondaire … C'est bien ça ?
-C'est bien ça …

Articula Agathe, à la fois impressionnée par le français impeccable, sinon son accent, de cet homme, effrayée par la précision de ses propos et amèrement amusée par la manière édulcorée dont il présentait l'arrivée pour le moins bouleversante de Loki. Mais Agathe retint son sourire autant que sa remarque cynique de faire remarquer à cet homme que Loki n'était pas « arrivé » mais bel et bien tombé du ciel et que « résider » n'était pas exactement le terme adéquate pour qualifier ces quelques jours. Elle se contenta donc d'opiner en ajoutant :

-On peut dire ça…
-Parfait. Pendant cette période, que vous a-t-il dit de ses buts et de ses ambitions futures ?
-Et bien …

Agathe s'arrêta net, à l'amorce de son explication, délaissant le vide qu'elle fixait avec lassitude pour jeter un regard à Phil. Celui-ci semblait écouter ses propos avec intérêt et minutie. Comme s'il voulait en saisir les moindres détails. Que voulait-il qu'elle lui dise au juste ? Et que comptait-il faire à Loki ? Que tirerait-il de ses propos ? Des arguments portant préjudice à l'Asgardien ? Très certainement. Mais Agathe ignorait de quoi il voulait l'inculper. De l'histoire de Loki, elle n'avait globalement retiré que le sentiment amer d'une trahison ayant engendré la colère. Et de toutes évidence, Phil Coulson, aussi gentil et souriant puisse-t-il paraître, n'était pas de son côté. N'était pas de leur côté. Certainement cherchait-il dans les propos d'Agathe une bonne raison d'exécuter Loki, de s'en débarrasser une bonne fois pour toute et de rayer de la carte cet homme aux pouvoirs défiant les lois de la nature. Et si Agathe lui disait ce qu'il voulait entendre, lui disait la vérité, certainement y parviendrait-il. Et par la même occasion, elle perdrait son unique point d'encrage sur ce continent inconnu, dans cette compagnie inconnue peuplée de gens armés qui n'hésitaient pas à shooter leurs victimes comme méthode douce. Parce que Loki était là. Elle en était persuadée. Ou tout du moins elle se refusait à imaginer qu'il puisse avoir été tué alors qu'elle sombrait dans un coma artificiel. Et il était sa seule échappatoire ici. De tous ces éléments, Agathe n'en retint qu'une seule et unique chose : elle refusait catégoriquement de le trahir comme l'avaient fait son frère, son père, et tous ces lâches à qui il avait eu à faire. Il lui avait prouvé qu'il pouvait lui sauver la vie. C'était à son tour d'essayer, par ses simples paroles, d'en faire autant, pour gagner son billet de sortie.

Que lui feraient ces hommes, de toutes manières, quand bien même elle parlerait ? Il la remercierait ? En lui tirant une balle en pleine tête ? En la rendant amnésique à vie ? En l'enfermant dans une cellule psychiatrique ? Elle risquait beaucoup moins à tenter d'aider Loki à les faire sortir d'ici tous les deux. « Au pire, songea-t-elle ironiquement, je subirais juste ce qui était convenu… »

-Dites-moi juste la vérité Agathe. Que vous a-t-il dit ?

L'interrogea Phil qui la dévisageait suspicieusement, sentant qu'elle lui échappait. Agathe haussa négligemment les épaules.

-Rien de spécial. Cet homme est juste un peu dérangé selon moi, il n'a tenu que des propos incohérents. Il parlait d'Asagard, de Thor, de choses comme ça … Bref, un bel allumé quoi !

Lâcha la jeune femme d'un ton amusé, tentant de paraître plus détendue qu'elle ne l'était de feindre la confiance. Phil hocha lentement la tête à son tour, avant d'insister :

-Mais précisément, que vous a-t-il dit à propos d'Asgard et de Thor ? Il ne vous a pas dit qu'il cherchait à se venger ou quelque chose du genre ?
-Certainement, si, mais vous savez, je n'accordais pas tellement d'importance et de crédit à ce qu'il disait. C'était distrayant à entendre, voilà tout. Maintenant, vous redire exactement …
-Vous ne vous souvenez plus ?
-Pas vraiment. Il ne parlait pas beaucoup. Assez bizarre comme type. Persuadé de venir d'un autre planète, déjà, en soi, ce n'est pas signe d'un très bon état d'esprit si vous voulez mon avis.
-C'est fâcheux …

Agathe retint un instant son souffle, observant l'homme qui lui faisait face reculer sur son fauteuil et en incliner le dossier, dans un signe de négation. Il lâcha un soupire visiblement déçu, avant de reporter son regard sur elle, et elle sentit son sang quitter lentement le moindre de ses vaisseaux sanguins.

-Vous aviez pourtant l'air de bien vous entendre, vu nos derniers écoutes.
-Ecoutes ?

Lâcha-t-elle, choquée, mais Phil ne releva pas et poursuivit, levant vers elle des yeux désolés.

-C'est louable de votre part d'essayer de le protéger mademoiselle. Mais je ne pense pas qu'il en vaille la peine. Cet homme n'a d'égard pour personne. C'est un menteur et un manipulateur, et il est dangereux, tant pour vous que pour l'humanité toute entière. Alors s'il vous plaît, dites-moi ce qu'il vous a dit. Et je vous promets qu'il ne vous arrivera rien. Vous pourrez rentrer chez vous. Retrouver votre vie. Oublier tout ça.

« Mais quelqu'un m'a déjà promis ça… » Pensa Agathe, se remémorant les paroles de Loki à l'abri des coups de feux, un cadavre gisant à ses pieds. Maintenant que les tirs avaient cessés, que le cadavre avait disparu, elle se sentait plus en danger que jamais. Sa seule lueur de confiance et de sureté résidait en Loki. Bien plus qu'en cet homme souriant et en ses promesses utopiques. D'autant plus qu'elle ne pourrait jamais oublier ça. Ce simple fait lui paraissait assez évident. Assez pour qu'elle ne s'engage alors silencieusement à ne rien laisser savoir de ce dont Loki lui avait faiyt part à ce Phil Coulson et ses hommes aux méthodes archaïques.