Chapter 10:

One of these days the sky's gonna break

- Je vais essayer de contourner les arbres ! je hurle en tentant d'apercevoir Finnick derrière la masse végétale qui se dresse devant moi.
Je suis toujours écroulée au sol, ayant commencé à me ronger les ongles pour m'occuper les mains et oublier que j'ai infiniment envie de pleurer. Qu'il y a une boule dans ma gorge qui m'empêche presque de respirer normalement.
J'attrape mon sac et me lève lentement, commençant à tituber le long des arbres. Cherchant du regard la moindre faille dans ce mur semblant infranchissable. Je marche sans m'arrêter. Sans faire une halte même quand mon estomac crie famine. Même quand il se remet à pleuvoir. Même quand mes jambes fatiguent et que l'envie de m'écrouler pour pouvoir pleurer me tente corps et âme.
Quand je finis par céder à la tentation, le ciel est déjà sombre. Je m'adosse à un arbre pour y glisser jusqu'à finir assise par terre. Je saisis mon sac. Il reste encore une dose de pâtes séchées dedans, si je me souviens bien. Finnick devrait avoir un peu de viande dans le sien. Quand j'ouvre la fermeture éclair, je découvre un reste de viande. Celui que Finnick était sensé avoir. J'ouvre toutes les autres poches en quelques gestes. Rien. Pourtant j'avais dû glisser dans l'une d'entre elles le bout de chemise sur lequel j'avais écrit mon message le second jour des jeux. « Au cas où... »
Nous avons probablement échangé nos sacs quand Echo et le garçon du 4 nous ont surpris dans la grotte. J'espère qu'il pourra lire mon message. J'espère qu'il n'abandonnera pas. J'espère que je parviendrais à le retrouver. J'espère qu'il avait tort, hier, dans la cavité. Que nous avons encore une chance. Même une toute petite. Même une seule sur un million.
Les arbres semblent moins tassés les uns contre les autres maintenant. Mais il a toujours l'air difficile de se frayer un passage dans cette masse imposante. De toute façon, je ne peux plus bouger. Mes jambes, mes bras me font mal. Je suis trempée à cause de cette pluie qui n'en finit pas, qui passe même au travers du feuillage de ces immenses arbres. Je mords dans une tranche de viande séchée sans trop de conviction. Je n'ai pas vraiment faim même si le dernier « repas » que j'ai eu remonte à ce matin. Puis je referme le sac et le serre contre moi. Je recommencerais la marche demain. Si j'en ai la force. En attendant, je me contente d'espérer que les juges nous réservent le même sort que celui des premiers amants maudits, Peeta et Katniss. Qu'ils n'ont pas eu leur dose de romance. Qu'ils ont eu assez de sang versé.

Mes yeux fatigués s'ouvrent difficilement quand l'hymne finit comme à son habitude par interrompre mon sommeil. Le visage émacié de Neil Hawthorne et de Diams brillent dans le ciel. Si même eux ont fini par tomber, je suppose qu'elle est là, la chance que je cherche. Mais il semble que le visage des Hawthorne de soient pas les seuls à s'afficher dans le firmament ce soir. Mon souffle est coupé. Mon regard figé sur le visage de Finnick. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. Il n'avait pas tenu jusque-là pour mourir maintenant. Il n'a pas le droit de me laisser ! Des larmes coulent toutes seules sur mes joues alors que, déjà, mon corps est secoué de sanglots tandis que je sers toujours mon sac entre mes bras. C'est comme si le monde s'écroulait tout autour de moi. Il est mort. C'est comme ça que ça se finit. Je ne le reverrais plus jamais. Ni lui, ni sons sourire. Ses baisers. Que me reste-t-il, maintenant ? Plus grand-chose. Il me reste ce cœur dont le trou occupe à présent toute la place il me reste ce mélange de tristesse et de rage envers le Capitole. Et conter moi-même.
Je me lève maladroitement en attrapant mon arc. Puis je commence à marcher en vacillant. Je n'aurais pas dû lâcher sa main. Si je ne l'avais pas lâchée, il serait vivant, à mes côtés, maintenant. Mais je l'ai perdu, tout comme j'ai perdu Ian. Et comme je suis en train de me perdre dans cette forêt sombre dont les arbres prenant des formes spectrales semblent m'inviter à m'engouffrer toujours plus loin. Une épaisse brume se glisse entre les troncs sombres. Je ne vois presque plus rien. A part une sorte de lumière chaleureuse qui vient d'émerger au loin. On dirait une sorte de torche, qui avance doucement vers moi.
- Eden ! lance une voix espiègle me semblant familière.
C'est celle d'Honey. Mais elle est sensée être morte... Je donc continue d'avancer, d'un pas plus prudent. Les larmes ne se sont pas arrêtées de couler sur mes joues depuis tout à l'heure, bien que je fasse ce que je peux pour réprimer mes sanglots.
- Pourquoi tu pleures ?
Cette voix. Elle aussi est familière. C'est celle d'Ian. Comme pour l'autre, elle semble venir de cette lumière qui continue de s'approcher. Mes yeux s'écarquillent. Ian n'est pas en vie. Il ne peut pas être là. Ce ne sont que des hallucinations.
Et ainsi, le rire aussi chaleureux que cette sorte de flamme au loin, celui qui ressemble à celui de Finnick, n'est qu'une hallucination. Ces voix qui ne s'arrêteront pas de m'appeler et de résonner dans ma tête ne sont que des hallucinations. Ce ne sont que des illusions. Ma tête va exploser si elles continuent de m'assaillir. Je n'en peux plus. La lumière est toute proche. Elle est là, à quelques mètres. Le brouillard autour d'elle semble un peu se dissiper, si bien que je peux percevoir la créature immense qui se dresse devant moi. Son pelage orange et luisant se tache d'écailles vertes et brillantes par endroits. Sa tête et sa longue queue sont celles d'un renard. J'ai l'habitude d'en voir. Mais ceux qu'il m'a été donné d'observer dans la forêt du 12 ne sont pas à la même taille que moi. Ils ne sont pas flanqués de centaines de petites dents pointues et acérées qui sortent de leur gueule. Et quand ils glapissent, mon sang ne se glace pas lorsque je peux apercevoir toutes leurs rangées de dents.
Je fais un pas en arrière. Je ne sais pas ce qui me retient de rester là. De ne pas m'enfuir. Peut-être l'instinct de survie. Peut-être la peur. Mais au lieu d'avoir enfin une chance d'en finir, je me contente de tourner les talons pour commencer à courir à toutes jambes. Les branches des arbres griffent mon visage, je manque de glisser sur ce mélange de feuilles mortes et de boue à chaque pas que je fais.
Soudain, mon pied heurte la racine d'un arbre. Je chute lourdement. Je vois le renard qui s'approche au trot, déjà à quelques mètres de moi. Le temps que je me relève, et il sera là. C'est la fin cette fois je n'ai plus la force de m'échapper. Je fixe le monstre qui continue de s'approcher en montrant ses dents affûtées.
Je sens une main se resserrer sur mon poignet. Puis je suis tirée vers le haut jusqu'à me remettre sur mes pieds. J'ai à peine le temps de jeter un coup d'œil au garçon qui vient de me relever qu'il m'embarque de nouveau dans la course que j'avais commencée. Je jette un regard par-dessus mon épaule tout en me laissant entraîner. Les voix que j'entendais reprennent leurs appels. La voix d'Ian et de Finnick. Qui semblent sortir de la gueule édentée de la créature luisante.
- Eden, non !
- Eden, t'en vas pas !
Puis elles se mettent à devenir plus plaintives. Plus dérangeantes encore. Comme des pleurs, qui à chaque éclat de voix me frapperaient de coups violents.
- Taisez-vous ! je m'époumone en me retournant vers le monstre.
Je m'écroule au sol en me recroquevillant sur moi-même, fondant de nouveau en larmes.
- Vous êtes morts, je sanglote d'un souffle. Vous êtes morts...
Je ne veux plus me lever, je ne veux plus qu'on me sauve. D'ailleurs, je ne sais même pas pourquoi tout le monde s'obstine à me sauver. Mais le garçon aux yeux gris perçant qui m'avait relevé quelques instants plus tôt recommence, et me tire juste à temps des griffes – ou plutôt de la gueule- de cette chose qui avait failli m'atteindre.

Je pense que nous avons semé ce cauchemar sur pattes depuis quelques minutes déjà. Parce-que ce garçon aux cheveux noir de jais a ralentis le pas. Je boîte un peu –probablement parce-que ma cheville en a pris un coup quand il m'a relevée pour la seconde fois- et mes vêtements sont pleins de boue. Nous arrivons devant une petite tente. En toile noire.
- Tu peux entrer dedans, fait le garçon.
Je ne réponds rien et le considère simplement du regard, sans faire un geste. Il doit avoir deux ou trois années de plus que moi, même si s'il n'est pas beaucoup plus grand que je ne le suis. Qu'est-ce qui me dit qu'il ne me tuera pas une fois que je serais rentre dans cette tente ? Pas grand-chose dans son regard presque assassin ne m'indique qu'il est toujours pacifique. Mais je pénètre tout de même dans le petit abri –où trainent une ou deux armes, une couverture et un sac similaire au mien.
Je m'assieds en tailleur dans un coin et décris chacun de ses mouvements jusqu'à ce qu'il s'affale sur sa couverture comme si c'était un lit.
- De rien, lance-t-il.
- J'ai pas dit merci, je finis par lâcher après quelques instants de silence.
- Pourtant tu devrais c'est plutôt gentil de ma part de t'avoir sauvée de cette bestiole. Alors qu'on est plus que trois dans l'arène, en plus.
Trois : Lui. Moi. Je suppose que la dernière doit être Posy. La fin approche. J'ai l'impression d'être dans ce décor devenu chaotique depuis des siècles.
- J'avais pas besoin que qui-que-ce-soit ne me sauve...
Je ramène mes jambes contre mn corps pour pouvoir poser ma tête contre mes genoux tandis qu'il reprend
- Ton copain... Enfin ton amant. Maudit. Enfin. Le roux, là, commence-t-il maladroitement. Il était pas avec toi ?

Je ne réponds rien, gardant mon visage caché derrière mes jambes.
- T'as eu de la chance que je sois passé par là, tout à l'heure... continue-t-il.
- Pourquoi tu as pas laissé le renard me dévorer, si on est plus que trois ?
- J'aurais plus identifié ça à un crocodile. (Je lève ma tête pour le fusiller du regard.) Un coup de tête.
- Un coup de tête... je répète d'un rire peu sincère en levant les yeux.
- Et puis j'aime pas voir des jolies filles comme toi en détresse...
Il esquisse un sourire se voulant probablement séducteur mais me paraissant plutôt comme grimaçant voire mesquin, et commence à se pencher vers moi. Je le repousse en mettant une main en plein sur son visage, grimaçant à mon tour – mais volontairement, pour ma part.
Il se redresse alors et lance comme si de rien n'était
- Moi, c'est Wren.
- Eden.
- Je sais.

Je reste plusieurs jours dans la tente du dénommé Wren, à dormir pour rattraper le bon nombre d'heures de sommeil que j'ai ratées. Il me laisse manger de ses vivres, bien que l'appétit ne soit pas vraiment là pour moi en ce moment. Il recommence parfois à me faire des avances, que je repousse tout aussi « sèchement » que pour la première. Parce-que bien-sûr, je le trouve ridicule et méprisant avec son faux air de séducteur qui chercherait à cacher toute la haine que je peux voir dans son regard. Mais surtout parce-que je ne peux pas sortir Finnick de mes pensées, lui et tous les souvenirs qui s'y rapportent.
Je ne sais pas si l'expression « avoir le cœur bris » peut s'appliquer à mon cas. J'ai juste l'impression de ne plus avoir de cœur. De ne plus raisonner. C'est comme si on avait enlevé les deux morceaux de moi qui comptaient le plus. Ian. Finnick. Ils ne faisaient pas partie de ma vie. Ils étaient ma vie. Je ne m'en rends compte que maintenant. Il parait qu'on ne se rend compte de la valeur des gens que quand ils ne sont plus là. C'est vrai. Chaque fois que je me réveille de l'un de ces affreux cauchemars où tout semble démesurément terrorisant, j'espère de tout mon cœur que ce qui s'est passé ce dernier mois n'était rien de plus que l'un de ces cauchemars. Un mauvais rêve de plus. D'ailleurs, ceux où je me vois moi-même mourir doivent-être les meilleurs rêves que j'ai jamais eus.
Quand je ne dors pas, la seule chose qu'il me reste à faire est de penser. « Et si nos grands-parents n'avaient pas mené cette foutue révolution ? » « Et si nos noms n'avaient pas été choisis pour participer à ces jeux ? » « Et si je n'avais pas pris Honey comme alliée ? » « Et si je n'avais pas lâché la main de Finnick ? » « Et si Wren n'avait pas décidé de se balader par cette nuit sombre et brumeuse, dans une forêt lugubre durant les Hunger Games, au moment où cette mutation génétique m'a « surprise » ? » . « Avec des si, on peut aller loin », disait mon père. J'aimerais bien aller loin, avec ces si-là. Mais naturellement, je ne peux pas.
Et de la même manière je ne peux pas sortir de cette tente Aussi humide et moisie soit-elle, je ne me sens d'attaque à me lever pour reprendre cette marche qui me conduira je-ne-sais-trop-où. J'ai conscience que les juges me font une faveur en me laissant ce répit. Il faut dire qu'ils ont dû avoir assez de rebondissements, cette dernière semaine. Mais ça ne durera pas infiniment. Wren et moi le savons. Enfin, surtout moi comme je passe mon temps à réfléchir –quand lui passe le sien dans la forêt, probablement à chasser comme il ramène du gibier.
- Je suppose que c'est l'heure, fait Wren en regardant au dehors. La pluie s'est arrêtée depuis ce matin. C'est presque si on pourrait voir l'arc-en-ciel et les oiseaux gassouiller en virevoltant dans le ciel bleu. Comme à mon habitude, je ne réponds rien. Hoche simplement la tête en détournant mon regard sur lui. Je comprends naturellement ce qu'il signifie par « c'est l'heure ». C'est l'heure de nous quitter. Je suppose que nous avions formé une sorte d'alliance. Mais c'est à ce stade des jeux que l'on les brise.
Il sort de l'abri après avoir attrapé ses affaires. Je l'imite.
- Tu laisses ta tente ici ? je demande en fixant le bout de toile pleine de boue.
- Je pense qu'il vaudrait mieux voyager léger, à ce stade...
Nous restons là, face à face, à fixer la tente un instant avant qu'il ne reprenne.
- Au revoir, miss Mellark-Everdeen, sourit-il.
Et cette fois, j'accepte son baiser. Mais juste parce-qu'il l'aura convoité depuis longtemps. Parce-qu'il m'a surprise avec celui-là, aussi. Mais comme je veux essayer de paraître un semblant gentil, quand il me murmure un petit « Merci », je ne dis rien et me contente de forcer un petit sourire sur mes lèvres. Histoire de dire que je le remercie aussi. Mais au fond je suis plutôt contente de pouvoir enfin me débarrasser de lui – sans que l'un de nous deux ait eu à tuer l'autre, qui plus est.
Puis je tourne les talons et commence à m'éloigner de lui. Je pense qu'il ne restera qu'un jour, où peut-être deux avant la fin des jeux. Bien que je n'affectionne pas particulièrement Wren, j'espère que nous ne serons pas les deux derniers tributs restants dans l'arène. Ou, plus généralement, j'espère que je ne ferais pas partie des deux derniers tributs restant dans l'arène. Si je suis parvenue à trouver la force de marcher, je n'aurais probablement pas celle d'assurer le spectacle final des Hunger Games.
Je fais tourner ma broche entre deux doigts sans m'arrêter de marcher. J'avais oublié que je l'avais accrochée à ma chemise. C'est en quelques sortes à cause de ce geai moqueur que je suis ici. En quelques sortes. Je l'enlève et le glisse dans l'une des multiples poches de mon pantalon. La forêt devient moins dense au fur-et-à-mesure que j'y avance. Puis je peux apercevoir la plaine, qui semble s'étendre à l'infini. Je suppose que c'est celle d'où j'étais partie aux débuts des jeux. Je ne dois pas être loin de la corne d'abondance, en conséquent. Et de la même manière je ne pense pas que Posy doit avoir trouvé refuge très loin non-plus.
Au bout de quelques temps sans m'être arrêtée, je finis par faire une pause pour manger un morceau. Wren m'a laissé des baies dans mon sac. Je suppose que j'aurais dû le remercier pour ça, c'est toujours mieux que rien même pour quelqu'un qui n'a pas d'appétit. Je mange les petits fruits un par un sans quitter la plaine du regard. Un coup de canon retentit. Je me fige. Est-ce Posy qui vient de tomber à terre ? Ou Wren ? Dans les deux cas, savoir l'un vivant ne me réjouira pas plus que si c'était l'autre. J'avale une poignée de baie d'un coup et me relève pour reprendre la marche. Plus tôt ce sera finit et mieux ce sera. Je doute que je puisse gagner. Mais même si j'ai une chance, je doute que ce soit mieux que de mourir. Je tiens mon arc à la main au lieu de leu passer autours de mon épaule comme j'en avais pris l'habitude, observant le paysage, à l'affut du moindre mouvement. Maintenant, je peux voir la corne d'abondance, étincelant au loin.
- Hey, comme on se retrouve !
Mon regard se détourne immédiatement sur la fille qui s'appuie sur son javelot, à peine à une ou deux dizaines de mètres de moi. Un sourire en coin est dessiné sur ses lèvres. Posy. Comme à son habitude, ses longs cheveux blonds tirants au blanc et ses yeux d'un brun clair et orangé font un étonnant contraste avec sa peau bronzée.
- Alors comme ça Finnick est mort, hein ? lâche-t-elle comme si ça n'avait pas plus d'importance que la pluie et le beau temps.
- Comme Ian. Ajoute-t-elle d'un haussement d'épaules. C'est malheureux.
Si j'avais un tant soit peu de courage, je suppose que j'irais lui enfoncer son javelot dans le ventre à cet instant précis. Mais le courage, je suppose qu'il m'a abandonné depuis quelques temps.
- C'est bizarre que ce soit Honey qui l'ai tué, tu trouves pas ? (Elle élargit son sourire quand elle voit le regard interrogé que je lui lance. Comment pourrait-elle savoir que Honey était la responsable alors qu'elle n'était pas là ? ) C'était un arrangement entre elle et moi, si tu veux savoir. Elle se chargeait d'éliminer l'un des membres de votre groupe, et je l'autorisais à devenir mon alliée. Il faut dire qu'elle croyait que c'était avec moi qu'elle avait le plus de chance de survivre.
- Qu'est-ce qui lui est arrivé ? je demande.
En réalité ça ne m'intéresse pas plus que ça, de savoir comment cette fille est morte. Enfin si, mais je pense déjà savoir la réponse.
- En fait, elle n'avait pas la moindre utilité pour moi, et puis elle était plus énervante qu'autre chose... fait-elle en faisant tourner son doigt autours de la pointe de son arme.
Elle n'a même pas besoin d'expliquer que je comprends. C'est elle qui l'a tuée. C'est à cause d'elle que mon frère est mort. Elle s'est servie de la naïveté de la pauvre Honey pour pouvoir se venger. D'ailleurs, de quoi ? Du fait que je l'ai empêchée de violer Finnick ? Soudain, j'en veux un peu moins à Honey. Elle m'apparaît même comme la victime. Enfin ça n'a plus grande importance maintenant qu'elle est morte.
Je prends mon courage et mon arc à deux mains et attrape une flèche dans mon carquois. Finalement, voir cette fille survivre après ce qu'elle a infligé à Ian, Finnick, Honey et moi est peut-être bien plus affreux que de survivre moi-même. Le dégoût que j'éprouve pour elle est tellement grand que j'en oublie presque la peur que j'avais avant qu'elle ne se mette à parler de son arrangement avec Honey. Elle lâche un petit éclat de rire.
- Si j'étais toi j'oublierais cette idée, lance-t-elle d'un sourire hilare.
Elle fait tournoyer son javelot entre ses mains avant d'armer son bras. Je déglutis difficilement et tends mon arc d'un geste rapide. Puis je relâche ma flèche. Mais je ne sais pas si j'ai atteint Posy. Parce-que je m'écroule au sol avant d'avoir pu jeter un coup d'œil à la blonde. Sa lance m'a presque happée vers le sol, aussitôt qu'elle m'a atteinte. J'ai du mal à respirer. J'ai peur de regarder ma hanche qui me fait horriblement souffrir, à un tel point que la douleur semble presque imaginaire. C'est comme quand on passe ses mains sous de l'eau bouillante. Au début on peut penser que c'est de l'eau glacée, alors qu'elle est chaude. Quand je me décide à constater les dégâts, je remarque que le javelot me traverse la hanche de part en part. Le voir ne fais qu'amplifier la douleur, m'arrachant un gémissement. Une flaque de sang commence à se former autour de moi. J'ai la tête qui tourne. Je me demande si je pourrais entendre le coup de canon qui tonnera ma propre mort. Probablement pas. Je trouve ça dommage, parce-que tant qu'à pouvoir entendre le coup de canons des autres, autant pouvoir entendre le sien. Ou peut-être que cet argument est complètement tordu. Je n'en ai aucune idée. J'ai l'impression que la nuit tombe. C'est soudain, parce-que quelques instants auparavant le soleil brillait encore haut dans le ciel. Je suppose que c'est là que mon histoire se finit. J'ai un peu peur.
« J'aurais essayé. » je me murmure dans un souffle. « J'aurais essayé. »