Bonjour, bonjour =]

Après une longue période d'inactivité (notamment due à un manque de temps -cours, etc-), je me décide enfin à poster la suite.

Ce chapitre marque une sorte de transition vers la seconde partie de l'histoire, et je me suis donc permis de le faire plus court que les autres.

J'espère sincèrement que vous l'apprécierez. (Si ce n'est pas le cas, rassurez-vous, je ne mange personne ^^).

Quoi qu'il en soit, merci de prendre le temps de lire cette fiction (au risque de me répéter xD).

Enjoy xP


Chapitre 10 - Cruelles Intentions


« L'oubli est parfois aussi important que la mémoire »

- Y. Navarre


Froid. Si froid…

Mon corps tout entier frissonnait, ne parvenant plus à lutter contre l'air glacial qui se lovait contre lui. Les yeux mi-clos, les bras et les jambes clairement enfoncés dans ce que j'identifiais au toucher comme étant de la neige, j'inspirai avec difficulté et tentai de reprendre mes esprits.

Confuse. Si confuse…

Engourdie, j'essayai en vain de me relever. Retombant mollement contre la couche blanche et brillante qui recouvrait le sol, mes yeux s'ouvrirent brutalement, comme si ma chute m'avait réveillée d'un long et pénible cauchemar. La tête si lourde que cela en devenait presque insupportable, je tentai de freiner l'angoisse qui menaçait de m'envahir. Tandis que je réalisai progressivement que le paysage m'entourant ne m'évoquait strictement rien de familier, ma fréquence cardiaque monta en flèche, accentuant ma sourde inquiétude. Me mordant la lèvre avec force, comme pour me prouver que tout était bien réel, je fis une seconde tentative pour me remettre sur pied. Je constatai avec une féroce satisfaction qu'elle s'avérait fructueuse et en profitai pour pousser un petit soupire de soulagement. J'ignorai le plus possible la douleur lancinante qui me traversait le crane et me creusai les méninges afin de me souvenir de la raison pour laquelle je me trouvais en cet endroit, et comment j'avais bien pu y arriver.

Les sourcils froncés, je fixai l'horizon. Quelle était la dernière chose dont je me souvenais?

Un grésillement désagréable résonna dans mes oreilles tandis que la scène me revint en mémoire.

Je ne sais pas ce que tu lui as dit ou fait voir, mais cela m'est égal. Sors d'ici tout de suite, Tom, où je serai obligé de me confronter à toi.

Cela ne sera pas nécessaire. Je repars. Et j'emmène ta petite-fille avec moi. Je te l'ai dit, Dumbledore… Ma vengeance.

Je ne pus m'empêcher de me sentir d'avantage frigorifiée en me remémorant les intonations du mage. Ce n'était qu'un souvenir et pourtant… Durant l'espace d'un instant, j'avais eu la désagréable impression de l'avoir une nouvelle fois à côté de moi. Je déglutis et balayai l'endroit du regard pour me rassurer. Constatant que j'étais effectivement seule, je me détendis et commençai à faire les cents pas pour aider ma réflexion.

Que s'était-il passé ensuite?

Mon grand-père avait-il vaincu Voldemort? Dans ce cas, quel était cet endroit? Pourquoi n'étais-je pas au Terrier?

Intriguée et inquiète, je décidai de partir à la recherche des autres. J'étais momentanément confuse et ils avaient les réponses à toutes mes interrogations. C'était la seule chose à faire…

Accélérant la cadence, légèrement paranoïaque à la vue de la couche de neige qui s'étendait à perte de vue, je me retrouvai bientôt à courir. J'aurai certainement pu continuer encore bien longtemps, si ce n'était pour la grosse pierre qui s'était dressée en travers de mon chemin. J'atterris tête la première dans une montagne de flocons.

Je me redressai rapidement, rouge de honte, bien heureuse que personne n'ait été témoin de mon ridicule accident. Jetant un regard meurtrier à la cause de ma chute, je réalisai avec horreur qu'il s'agissait d'un enfant recroquevillé sur lui-même. Tremblotant et sanglotant, il releva vers moi un visage horrifié. Réagissant rapidement, je tendis une main vers lui pour l'aider mais suspendis mon geste lorsqu'un cri strident lui échappa. Choquée, je renouvelai tout de même l'expérience, inquiète pour ce pauvre petit garçon.

- Ne me touche pas, sale sorcière!

Je me figeai, bouleversée par son insulte et le regard haineux qu'il rivait sur moi. Légèrement bégayante, je soufflai :

- Tout… Tout va bien. Je ne vais pas te faire de mal…

- Menteuse!

Son accusation me blessa, mais je ne le laissai pas transparaitre. D'une voix douce, je lui affirmai :

- Tu peux me faire confiance. Je veux t'aider, tu dois me croire.

Je lui attrapai délicatement le bras mais il se dégagea vivement, furieux et, de toute évidence, nettement effrayé. Son visage pâlit.

- Non! Tu es méchante, va-t-en!

Son visage décoloré et l'expression douloureuse qu'il arborait me transperça le cœur. Je l'interrogeai une nouvelle fois, bien décidée à comprendre ce qu'il lui était arrivé.

- Pourquoi est-ce que tu dis ça?

Quelques secondes seulement après que ces mots soient sortis de ma bouche, il fondit une nouvelle fois en larmes et se précipita sur moi pour me marteler de coups dans le bras. Je n'eus pas l'occasion de le forcer à s'arrêter car, déjà, il s'exécutait de lui-même. Le menton tremblant, il tomba à genoux et joignit ses mains devant lui en signe de prière.

- Laisse moi rentrer à la maison. S'il te plait… Je veux… Je veux retourner avec Maman…

Ne pouvant plus cacher mon trouble, je m'agenouillai à ses côtés, émue.

- Pourquoi est-ce que je ne voudrais pas te laisser rentrer chez toi, dis moi?

- Mais parce que c'est toi qui m'a emmené ici!

Mon cœur remonta dans ma gorge. Je n'avais aucun souvenir de ce qu'il était en train d'affirmer…

- Moi? Pourquoi?

Il se crispa et détourna la tête vers le côté opposé.

- Je sais pas… J'ai pas bien compris ce que tu as dit… Puis c'est toi qui l'a dit. Pourquoi tu veux que je répète?

J'insistai, mon sang affluant jusque dans mes oreilles, ne faisant qu'aggraver mes maux de tête.

- Dis moi exactement ce que je t'ai dit, et je promets de t'aider à rentrer chez toi.

Il me jeta un regard timide, ses yeux gonflés et rougis par ses pleurs, lui donnant l'air plus vulnérable que jamais. D'une toute petite voix, il me demanda :

- Juré?

Je lui souris amicalement avant d'acquiescer. L'enfant reprit apparemment confiance en lui et ouvrit sa bouche :

- Tu as dit…

Il fit mine de réfléchir quelques secondes, son index pointé sur son menton, avant de reporter son attention sur moi :

- Tu as dit que je n'étais qu'un misérable petit Moldu indigne de vivre.

Mon cœur rata un battement.

- Dis, c'est quoi un Moldu?

Impossible… De tels mots ne pouvaient tout simplement pas être sortis de ma bouche. Je l'attrapai par les épaules, oubliant momentanément que ce n'était pas la meilleure des façons de traiter un enfant terrorisé. Paniquée, je murmurai :

- Est-ce que tu es sûr que c'était moi?

Il hocha la tête, livide, sans doute surpris par mon attitude.

- Mais… Enfin… Ce n'est pas possible…

Je secouai ma tête, comme pour me remettre les idées en place. J'essayai en vain de me souvenir de ce qu'il avait bien pu se passer pour que de telles horreurs franchissent mes lèvres, mais rien n'y faisait. Dans une ultime et désespérée tentative, je lui demandai :

- Autre chose? Est-ce que j'ai dit autre chose?

Il renifla.

- Ben… J'ai pas bien compris non plus ce que tu as dit après.

Je l'encourageai, le cœur au bord des lèvres.

- Répète-le. S'il te plait.

Il me regarda quelques instants droit dans les yeux, et je n'eus aucun mal à ressentir son désarroi.

- Tu as dit… Que tu n'avais pas le choix. Que c'était un ordre du Maître et que tu avais besoin de pratiquer le… le… Euh… L'avakadavara…

Il s'interrompit quelques secondes avant de me demander avec avidité :

- C'est qui le Maître? Et c'est quoi, l'avadakalara?

Je me sentis perdre pied. Il parlait de toute évidence de l'Avada Kedavra… Mais pourquoi aurais-je eu l'intention de le pratiquer? D'après ce qu'on m'en avait dit, il s'agissait de l'un des Sortilèges Impardonnables et n'était utilisé que pour…

Je déglutis.

Tuer.

Le cœur battant la chamade, atteignant le summum de la nervosité, mes yeux s'agrandirent d'horreur lorsque je perçus un craquement dans mon dos. Avec une rapidité que je ne me connaissais pourtant pas, je fis volte face et dégainai ma baguette, sans réaliser immédiatement que celle-ci était censée se trouver sur le parquet du salon du Terrier. Je posai mes yeux sur le nouvel arrivant et me pétrifiai à la vue de sa silhouette encapuchonnée. Tremblant désormais plus de peur que de froid, je me transformai littéralement en statue de glace lorsqu'il ouvrit sa bouche.

- Serena…

J'haussai mes sourcils, surprise de ne pas entendre de voix connue malgré le fait que mon prénom ait été employé. Pourtant, et je n'aurai su dire si c'était à cause de mon instinct, je restai muette et attendis patiemment que l'homme se décide à parler. Il s'exécuta sans attendre et ce, d'un ton bien plus sec que celui auquel je m'étais attendu.

- Mais qu'est-ce que tu fais encore? Il te faut autant de temps pour exécuter ce petit morveux? Cela fait plus d'une heure que nous t'attendons!

Je me sentis perdre mes dernières couleurs. Une hypothèse venait de me traverser l'esprit et, au fond de moi, j'avais la désagréable impression que ce qui m'attendait ne me plairait pas. L'homme abaissa sa capuche d'un geste vif et agacé, révélant de longs cheveux blonds et un visage frustré. Il pointa un doigt accusateur sur moi et s'écria férocement :

- Tu te crois vraiment tout permis, petite peste! Nous avons un programme à respecter, et je me fiche que tu sois favorisée par le Seigneur des Ténèbres à cause de ton talent pour la magie noire. Tu vas te dépêcher de me tuer cet abrutis de Moldu, et plus vite que ça!

Sans pouvoir me retenir, j'esquissai un pas en arrière. Dans un réflexe que j'aurai pourtant voulu éviter, je m'exclamai à son encontre :

- Vous êtes complètement fou!

Son visage se décomposa sans attendre et je regrettai soudainement mes paroles. Mes doigts se resserrèrent autour de mon arme, aussi utile soit-elle, et j'avalai difficilement ma salive alors qu'il s'avançait vers moi, l'air plus menaçant qu'auparavant. La rapidité dont j'avais fait preuve à son arrivée semblait s'être envolée, et je n'eus pas l'occasion d'empêcher sa main d'encercler ma mâchoire. M'écrasant les joues avec force, il persiffla :

- Comment oses-tu t'adresser à moi de cette façon? Ne crois pas que tu es intouchable…

Sa poigne se resserra tant que je ne pus réprimer un cri de douleur. Les larmes que j'avais si difficilement contenues jusqu'à présent s'écoulèrent.

- Qu'est-ce que…

Durant l'espace d'un instant, il parut bouleversé et je ne pus qu'espérer qu'il fasse preuve de merci. Il scruta mon visage avec une ironie évidente, me faisant comprendre que mon souhait était à des années lumières d'être exaucé et je me tendis instantanément, consciente du danger.

Le silence momentané qui nous avait entouré se trouva rapidement brisé par ses éclats de rire.

- Dites-moi que je rêve… Tu pleures? Toi? En voilà une bien étrange nouveauté!

Il desserra sa prise sans me lâcher des yeux, un rictus mauvais prenant possession de ses lèvres.

- Pensais-tu vraiment réussir à me toucher? Je n'avais jamais réalisé que ton côté manipulatrice s'étendait à ce genre de méthode. Je suis surpris.

Il me relâcha totalement, sans grande délicatesse, et croisa ses bras sur son torse. Dépassée par les évènements, je le fixai sans ciller. Je vis ses lèvres bouger, mais ses paroles ne m'atteignirent pas, mon esprit totalement déconnecté. Je regardai sans vraiment voir et écoutai sans entendre. J'étais là, et ailleurs en même temps. Et Merlin savait à quel point l'ailleurs était plus plaisant…

Un son strident s'installa dans mes oreilles pour se transformer en un élancement douloureux qui me transperça le crâne avec tant de force que j'en fus éjectée de ma bulle. Je grimaçai de douleur et plaquai mes mains sur mes tempes. Sans me soucier de la situation dans laquelle je me trouvais, je poussai un cri déchirant.

La vision embuée, perdant progressivement la raison, je chancelai et tombai à genoux dans la neige. Des échos de voix me parvinrent de très loin et j'usai de mes dernières forces pour entendre ce qu'il se passait autour de moi. Mon cœur se retourna lorsque je reconnu les intonations de la personne que j'espérais ne plus jamais revoir.

- Qu'est-ce qu'il se passe, ici?

- M… Maître.

- Explique-toi, Lucius. Je n'aime pas avoir à me répéter.

- M… Maître… Je crois que nous avons un problème… Je n'avais pas réalisé… Je… Je pensais qu'elle faisait semblant…

- Sois plus clair, avant que je ne perde patience! Qu'est-ce qu'il se passe?

- Je… Je crois qu'elle retrouve ses esprits, Mon Seigneur…

La suite de leur conversation m'échappa, bien trop déstabilisée par le fait que ma douleur venait de subitement s'arrêter. Plus aucune souffrance. Plus de grésillements ou autre sonorité étrange. L'angoisse était certes toujours présente, mais j'avais enfin l'occasion de pouvoir réfléchir correctement. Profitant de mon soudain rétablissement que je considérai comme un cadeau du ciel destiné à m'aider à m'échapper avec l'enfant que j'avais rencontré, je m'appuyai silencieusement contre le sol pour me relever.

Une fois en état de stabilité, je posai par automatisme mes yeux sur l'entité la plus proche de moi. Lui. La gorge serrée, je réalisai qu'il se tenait déjà en face de moi, ses prunelles rouges sang me scrutant avec attention.

M'échapper? J'avais de toute évidence stupidement oublié à qui j'avais affaire…

- Stupide, en effet.

Je me crispai à l'entente des mots qu'il m'avait déjà adressé quelques heures auparavant.

- Quelques heures? J'espère que tu plaisantes?

L'information mit un certain temps avant d'atteindre mon cerveau. Je fronçai mes sourcils et relevai ma tête vers lui, encore plus perdue qu'auparavant. Allais-je enfin comprendre ce qu'il s'était passé?

Un rictus méprisant sur ses lèvres, il posa sa main sur mon épaule. Je gardai tant bien que mal contenance et réprimai un violent tremblement qui se transforma en tic nerveux. Tapotant inconsciemment du pied contre le sol, j'attendis de plus amples explications, à deux doigts de perdre mon sang froid. De toute évidence conscient de mon état, il prit volontairement tout son temps. Fredonnant un air que je ne pensais pas connaître mais qui m'était pourtant étrangement familier, il se mit à tourner autour de moi, me donnant l'impression d'être l'objet d'un sacrifice rituel. Comme hypnotisée, je le suivis des yeux, mon cœur remontant progressivement dans ma gorge. Il chantonna :

- Serena, Serena… Ne te souviens-tu donc pas?

Il s'arrêta devant moi et se rembrunit devant mon absence de réponse.

- Voilà qui est problématique.

Incapable de prononcer un seul mot, j'eus la sensation que ma propre tombe se creusait progressivement sous mes pieds.

- Après tous mes efforts, voilà que tu te libères de mon contrôle. Pour une raison que j'ignore, je suis incapable de rétablir le contact… Si en plus tu ne te souviens pas de tout ce que tu as fait, tu imagines bien que cela serait considéré comme, disons, une perte totale de mon temps. C'est une chose que je ne peux me permettre.

Sa main glissa vers l'une des poches de sa robe et il en ressortit une petite fiole contenant un liquide ambré que je n'eus aucun mal à identifier. Il sourit.

- Effectivement. Il s'agit bien de la même potion que tu as utilisé pour retrouver tes souvenirs. Je n'avais pas l'intention de t'aider à mieux comprendre ton passé, mais je suppose que je n'ai pas le choix si je veux que tu te remémores également le reste.

Il me tendit le flacon mais je ne pus me résoudre à le prendre. Tout allait bien trop vite… Et je n'étais pas sûre de vouloir savoir ce qu'il m'était arrivé. Pleine d'appréhension, j'hochai négativement la tête et reculai.

- Je ne veux pas savoir.

Son visage s'assombrit.

- Oh, et que veux-tu, dans ce cas? Partir retrouver ton cher grand-père? Me combattre? Mourir avec honneur en essayant de t'enfuir, peut-être? Ce n'est pas ce que je souhaite. Ce n'est donc pas ce que je vais t'accorder.

Il glissa la fiole de potion dans ma poche sans me laisser le temps de riposter.

- C'est la seule alternative que je tolérerai. Sache-le.

Je bégayai, affolée par ma demande :

- Et si… Si… Si je refuse?

Alors qu'il était en train de faire demi-tour, il s'immobilisa et pivota une nouvelle fois vers moi. Son regard flamboyant me transperça et je me maudissais pour avoir ne serait-ce que posé la question. Je détournai le regard, incapable de soutenir le sien plus longtemps. Je l'entendis s'approcher et n'eus pas à attendre bien longtemps avant de voir son visage s'arrêter juste en face du mien. Je retins ma respiration et trébuchai légèrement vers l'arrière. Son souffle vint glisser contre ma peau et je restai sans ciller si longtemps que des étoiles dansèrent devant mes yeux. Avec satisfaction, il révéla mon châtiment :

- Refuse, et je recommencerai depuis le début ce que je t'ai fait subir ces deux dernières années. Crois-moi, ce n'est pas ce que tu souhaites. Te souvenir est une bien plus sage décision.

Ma surprise fut telle que j'en oubliai tout le reste. Effarée, je tentai :

- D… Deux…Ans?

Sans cacher le fait qu'il jubilait intérieurement devant ma réaction, il enfonça le clou sans aucun tact :

- Deux ans, oui. Cela fait maintenant deux ans que tu es sous mes ordres. Que tu travailles pour moi. Marchandes pour moi. Mens pour moi. Te bats pour moi. Oh… Et tues pour moi, bien évidemment.

Mes yeux s'agrandirent sous le choc. Je chancelai, mon monde s'effondrant autour de moi.

- C'est impossible. Vous mentez! Je ne suis pas… Je ne suis pas…

- Une meurtrière?

Je tiquai.

- Bien sûr que si. Tu ne me crois pas?

Il pointa ma poche du doigt, les pores de son visage transpirant la victoire.

- Vérifie-le par toi-même, dans ce cas.

Horrifiée, je baissai les yeux vers mes doigts qui s'étaient automatiquement refermés autour de la potion pour la sortir de mon manteau. Un frisson désagréable roula le long de mon dos et je suffoquai légèrement, étouffée pour une réalité trop dure. Dans un dernier souffle de volonté, je murmurai :

- Je ne… Je ne veux p…

Sa voix claqua. Sèche. Menaçante. Etrangement envoutante.

- Fais le. Tout de suite. J'allais te laisser le temps de te torturer comme tu sais si bien le faire, mais ta lutte agaçante m'a fait changé d'avis. Dépêche-toi, avant que je ne perde patience.

Il ajouta :

- Ou bien je torture cet enfant devant tes yeux, avant de mettre fin à sa vie. Compris?

Je relevai la tête si vite que je me fis mal à la nuque. Sans y prêter attention, je virevoltai vers le principal concerné. Gisant à terre, le petit garçon avait de toute évidence perdu conscience. Une peine intense me submergea à la vue de ses joues encore humides de larmes et je me laissai tomber à côté de lui. Je le serrai mes bras sans réfléchir et ripostai pour la première fois d'un ton confiant :

- Vous pouvez aller au diable! Je ne vous laisserai pas lui faire du mal!

Ses éclats de rire ne tardèrent pas à rejoindre la cadence effrénée des battements de mon cœur.

- C'est exactement ce que je désire, vois-tu… Prend la potion, et tout sera terminé.

Je restai silencieuse. Pourquoi cela se terminait-il toujours de cette façon? Allait-il menacer la vie d'autrui à chaque fois que je ne me plierais pas à ses ordres?

- Tout à fait. Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas utiliser cette stupide faiblesse qui te caractérise. D'ailleurs, tu étais bien plus divertissante sans elle, si tu veux mon avis.

Son regard se fit dur et il sorti sa baguette de sa robe d'un geste vif pour la pointer sur nous.

- Bois. Maintenant.

Consciente du fait que je n'allais pas lui tenir tête jusqu'au bout et, avec un certain mépris pour ma lâcheté, je portai le flacon à hauteur de mes yeux. Je tentai de me convaincre mentalement, désirant en finir au plus vite.

Peut-être n'allais-je pas aimer ces souvenirs. Peut-être causeraient-ils ma perte. Mais j'avais l'infime espoir que, quelque part dans ce flots d'images, une information m'aiderait à me sortir de ce ramassis d'ennuis. Je jetai un coup d'œil au corps inanimé du petit garçon et lui caressai tendrement les cheveux. Dans un murmure, j'affirmai avec conviction :

- Je ne te laisserai pas tomber.

Je me détachai de lui et me relevai avec difficulté. Sans le regarder, je m'adressai au mage :

- En échange de ma coopération, laissez le partir.

Je devinai sans problème son sourire ironique.

- Je vois que tu sais toujours marchander. Certaines choses ne s'oublient pas…

J'insistai, les jambes tremblotantes sous l'appréhension.

- Si vous refusez, je…

Il m'interrompit sans hésitation.

- J'accepte. Alors dépêche-toi. Les effets de la potion seront progressifs et tu ne te souviendras pas de tout ce qu'il s'est passé d'un coup, alors ne me fais pas perdre d'avantage de temps. J'ai d'autres choses à régler.

J'ôtai à grand peine le bouchon de la fiole, et la posai contre mes lèvres. J'hésitai quelques secondes, ma fréquence cardiaque dépassant de loin la normale, puis décidai de me lancer.

Rien n'était jamais tout blanc ou tout noir, n'est-ce pas? Chaque situation possédait une part d'ombre et de lumière. Seules les proportions importaient vraiment… Un peu comme ce que je m'étais résignée à faire. Boire la potion pour sauver ce petit garçon. Une mauvaise décision pour une bonne action. S'allier aux Ténèbres pour voir le jour se lever sur le futur d'un innocent… Était-ce mal? Était-ce bien? Probablement les deux, si l'on suivait mon raisonnement…

Le problème que je n'avais sans doute pas perçu me frappa au dernier instant. Un éclair de lumière verte zébra le ciel et je réalisai avec horreur que, finalement, il existait toujours une exception.

Un cas abominable où les Ténèbres s'emparent de la dernière once de lumière pour ne laisser au final que…

…du Noir.