J'aime beaucoup ce chapitre ! Je sais que c'est très prétentieux de dire ça mais j'aime l'entrée de Narcissa et Lucius dans la vie morne et grise de Severus Rogue ;-)
Moonchilds : Comme tu le fais justement remarqué, il y a un certain parallèle entre Tom et Severus ; de même qu'entre Tom, Severus et Harry. Ces trois-là ont une enfance assez similaire, je crois. Une enfance où l'amour n'était guère le sentiment principal. Même s'ils sont tous les trois très différents, il y a certaines choses qui les rapprochent les uns des autres. Tom est le Mal ; Harry est le Bien ; Severus est un subtil mélange des deux. Enfin, c'est la vision que j'en ai
Khalya : Merci beaucoup pour ta review ! D'après ce que nous montre le tome 5, quand Harry pénètre dans les pensées de Rogue, il n'a pas dû avoir une vie facile. J'ai extrapolé à partir de ces "flashs" et aussi grâce aux éléments donnés dans le tome 6. De là, j'ai inventé ce qui gravitait autour de ces souvenirs, ces informations. Je ne prétends pas que c'est la réalité mais c'était une vision de Severus que je voulais partager avec d'autres. Je suis contente qu'elle te plaise et j'espère que les autres chapitres te sembleront suffisamment bien écrits et pertinents pour que tu continues ta lecture
Chapitre 8
Ces gens qui nous bouleversent
« Qu'a-t-il dit ou fait pour te convaincre ?
- Il m'a touché en plein coeur ».
Quand je passai les portes de Poudlard, j'eus le sentiment d'être enfin de retour à la maison. Chez moi. Malgré les blagues douteuses et les mesquineries de Sirius Black et James Potter ; malgré le mépris d'autres élèves. Ici, je me sentais en sécurité. Entre ces murs de pierres, personne ne pouvait m'atteindre.
- Voilà donc le jeune homme ! s'exclama une voix enjouée.
Enrubannée dans des vêtements d'une autre époque, une coiffe sur la tête, une jeune femme s'approchait de Dumbledore et moi. Elle avait le sourire affable de ces gens qui croyaient encore en la bonté des hommes.
- Oui, c'est lui, répondit le directeur, en me retenant par les épaules, comme s'il avait peur que je ne m'enfuie. Vous connaissez madame Pomfresh, Severus ?
Non, pas personnellement, avais-je envie de lui répliquer. Evidemment que je la connaissais ! Il nous l'avait présentée au banquet de début d'année, en nous annonçant qu'elle était la nouvelle infirmière.
- Pompom va examiner votre main.
Et il m'invita à montrer l'objet de tous mes maux.
- Par le Grand Merlin ! s'épouvanta l'infirmière. Comment donc vous êtes-vous fait cela, Rogue ?
- Une rencontre avec une voiture, me devança le vieil homme. Pouvez-vous arranger cela ?
- Ces engins moldus, grommela Pomfresh. De vrais dangers… Eh bien… Il est certain que ce serait péché que de ne pas guérir de si belles mains.
Je rougis, tout en essayant de récupérer cette partie de moi qui était étudiée à la loupe par Mme Pomfresh.
- Venez avec moi à l'infirmerie, Rogue. J'ai un excellent onguent pour ce genre de blessures.
La main toujours emprisonnée dans la sienne, je n'eus d'autre choix que celui de lui obéir. Dumbledore était dans notre sillage.
- Faites attention, Pompom. Il ne faut pas lui faire mal, dit-il quand l'infirmière commença à enduire mes doigts de sa crème brunâtre.
Je lui aurais bien ri au nez de cette réflexion stupide. Pauvre vieux, je savais ce qu'était la souffrance !
Pomfresh referma le récipient et elle allait le remettre en place quand le directeur l'arrêta :
- Severus pourrait peut-être le garder, au cas où il en aurait encore besoin.
Elle lui retourna le même regard sceptique que moi.
- Un autre accrochage est si vite arrivé.
Je me mordis la lèvre inférieure jusqu'au sang. Il ne fallait pas être devin pour comprendre le sens réel de sa phrase.
- Vous êtes le directeur, Albus, capitula l'infirmière en me tendant la lotion. Je suis certaine que vos choix sont les bons.
Je fourrai le pot dans mon sac de cours et je partis sans un mot. Leur conversation m'avait échauffé et je sentais la colère poindre dans mon cœur.
Il était passé dix heures et, à cette heure-ci, j'avais arithmancie. Dès que j'eus mis ma valise dans la salle commune, je me précipitai en classe.
- Monsieur Rogue ? s'ébahit Hildegarde Calculli. Je ne pensais pas vous voir avant la semaine prochaine.
Je balbutiai quelques excuses inintelligibles et je m'assis à la première place libre que je trouvai. Pour mon plus grand malheur, c'était à côté de Remus Lupin. Il était le seul Gryffondor à avoir choisi cette option, les autres préférant la divination. Personnellement, mon choix avait été vite fait : je ne croyais pas en de telles sornettes. Lire l'avenir dans des feuilles de thé ou dans le marc de café, s'apparentait plus à de l'escroquerie qu'à n'importe quelle forme de science.
- Vous avez accumulé un retard important, Rogue. Tachez de vous remettre le plus vite possible en ordre.
- Oui, professeur.
Et elle poursuivit son cours, comme s'il n'y avait eu aucune interruption.
- Si tu veux, je peux te prêter mes notes, me chuchota Lupin.
Je lui retournai un regard de dédain.
- Tu es absent au moins une fois par mois. Tes notes doivent être plus que parcellaires.
Son visage fatigué se chiffonna de contrariété et il se détourna en sifflant :
- Débrouille-toi tout seul, dans ce cas.
A la fin de la leçon, ravalant ma fierté, je m'approchai du groupe des Serdaigle qui discutaient.
- L'un de vous pourrait me confier ses notes pour ce soir ? questionnai-je du bout des lèvres.
- Non mais ça va pas ! s'exclama Andrew Morens. Tu nous prends de haut depuis toujours et, maintenant, tu voudrais qu'on t'aide ?
C'était à peu près ça, oui. Mais apparemment, je pouvais faire une croix dessus et j'étais bien trop orgueilleux pour le demander une seconde fois.
- Tiens, prends mes feuilles, murmura Lily en me tendant ses parchemins.
Evans… Elle était ma plus redoutable adversaire en ce qui concernait les points. Nous nous talonnions sans cesse et il était difficile de nous départager. C'était au-dessus de mes forces que de lui être redevable de quelque chose.
- Je m'en passerai, dis-je, en les écartant d'un geste dégoûté.
Sa bouche se pinça de fureur.
- Pourquoi ? gronda-t-elle, ses yeux verts étincelants comme des émeraudes. Parce que cela vient d'une fille de Moldus ?
- Je ne parle pas aux Sangs de Bourbes, affirmai-je.
- Regarde-toi dans le miroir, alors, Rogue. Ton père aussi est un Moldu !
Comment savait-elle cela ? Jamais je n'en avais fait mention. A personne.
- Que crois-tu ? ironisa-t-elle. Les familles de Sang-Pur se comptent sur les doigts d'une main et tu n'en fais pas partie. Tout le monde le sait.
Mon poing se crispa sur ma baguette et j'allais la sortir pour lui lancer un sort quand elle s'écria :
- N'essaie même pas : je suis plus rapide que toi en Enchantements.
Les autres éclatèrent de rire et je les bousculai pour quitter la classe.
- Bienvenue au sein de la populace, Rogue.
Je tournai la tête vers la voix qui venait de m'apostropher.
- Tu as entendu ?
- Evidemment, me fut-il répliqué. Moi aussi, je suis en arithmancie. Et je t'aurais même prêté mes cours, sans que tu le demandes. Pour t'éviter de piétiner ton ego.
- Et tu as changé d'avis ?
- Moi aussi, j'ai du moldu dans les veines, reprit-elle, sans répondre à ma question. La plupart d'entre nous, en fait. A part quelques grandes familles, les Sang-Pur s'éteignent.
- Evite tes analyses à deux noises, Silver.
Florence Silver. La Serpentard la plus invraisemblable qui puisse exister. Sa ruse ne devait pas dépasser le sommet de son crâne : c'est dire si elle était peu développée. Cette fille était aussi insignifiante qu'elle était minuscule. Elle avait le don suprême de me faire regretter d'avoir atterri à Serpentard. Et pourtant, c'était le seul endroit qui me convenait, l'unique lieu où je me sentais chez moi, à ma place.
- Tiens, me dit-elle.
Dans sa menotte, des rouleaux de parchemins noircis d'encre, avec des ratures et des pâtés.
- Ce sont tes cours ? questionnai-je, médusé. Je n'ai jamais rien vu d'aussi sale.
Elle haussa les épaules avec indifférence.
- Ce sont toutes les notes des deux semaines que tu as manquées. Tu les prends ou pas ?
Je m'en emparai en silence.
- Si tu as besoin d'explications complémentaires…
- Je n'en aurai pas besoin.
Florence plissa les paupières, me scrutant comme si j'étais un spécimen particulièrement intéressant à étudier.
- Ta misanthropie te perdra, Rogue.
- Je te les rendrai demain, marmonnai-je, sans relever la dernière remarque.
- Tu n'en auras pas le temps.
Mais je m'étais déjà éloigné, exaspéré par cette conversation. Cette fille était vraiment insupportable.
µ;µ;µ;µ;µ
- « Occlumencie : discipline qui permet à tout sorcier de fermer son esprit à toute intrusion extérieure (v. Legimencie). »
Ma voix était plus basse qu'un murmure. Je me trouvais dans la bibliothèque et Mme Pince m'avait aidé à trouver quelques grimoires sur le sujet qui m'intéressait. Ma curiosité avait été aiguisée par les paroles de Dumbledore et, dès que j'en avais eu l'occasion, je m'étais précipité ici.
- « Legimencie : discipline qui permet d'entrer dans la tête d'une personne et d'en fouiller les souvenirs. »
De tels pouvoirs devaient être utiles, pour un tas de choses. Le directeur avait dit que je serais un bon occlumens. Cela voulait sans doute dire que je parvenais à cacher mes pensées et à bloquer les intrusions extérieures. La legimencie serait utile, pour deviner les sorts que Potter et Black me lanceraient. Avec cela, je pourrais même prévenir les orages qui gronderaient derrière le front haut de mon père. Il me fallait absolument posséder ces pouvoirs. Alors, et alors seulement, nul ne pourrait me faire de mal.
Je restai un long moment à ma table habituelle, le regard rêveur. Si la bibliothécaire n'était pas venue me secouer l'épaule, je serais encore là, l'esprit à mille lieues des préoccupations terrestres.
- Mon garçon, me dit-elle, la bibliothèque ferme, maintenant. Il est temps de vous rendre à la Grande Salle pour le souper.
- Oui, madame.
- Prenez donc ces bouquins. Vous me les ramènerez jeudi.
- Merci.
Je refermai les grimoires que je chargeai sous mes bras. Je n'avais pas envie d'aller directement dans la Grande Salle et je déambulai dans les couloirs sombres. C'était le début du mois de février et le noir s'était abattu depuis longtemps sur le château. Tout était silencieux, le moindre souffle de vie avait déserté les lieux pour s'agglutiner autour d'un bon repas. Mon estomac avait envie de faire la même chose mais mon âme criait le contraire. Elle avait envie d'apprentissages. Alors que ces deux parties de moi-même se querellaient, je continuais ma route et fus interrompu par des bruits de voix.
- Il se fait appeler Lord Voldemort, disait l'une d'elle, que je reconnus comme étant celle de Lucius Malefoy, le préfet en chef.
- On ne sait rien de lui.
Cette fois, le ton était indéniablement féminin. Il était doux et rêveur. Il ressemblait à celui de maman.
- Ses idées me plaisent, reprit Lucius. J'ai entendu dire qu'il était contre les Sangs de Bourbes.
- Et alors ?
- Il est pour la pureté de sang, ma belle. Et ce qu'il a en tête…
Je m'éloignai discrètement de la porte, pas du tout certain de vouloir en entendre davantage. J'ignorais de qui Lucius parlait mais j'étais persuadé d'une chose : je n'avais pas à me trouver là. Mais j'avais à peine reculé de trois pas et demi que le battant s'ouvrait.
- J'ai bien fait de mettre un sort de mouchard à cette porte, ricana Malefoy en tentant de m'attraper par le bras. Ne joue pas à ça, me prévint-il.
Il sortit sa baguette mais il n'était pas assez rapide pour moi. Je venais de lui jeter un sort d'entrave.
- Comment as-tu osé ? rugit-il.
Ses yeux bleus brillaient de rage.
- Je suis désolé, murmurai-je, sans pour autant le libérer.
Derrière Lucius, un gloussement s'éleva et une silhouette gracile quitta son ombre.
- Il n'a fait que se défendre, reprit la voix douce. Ne lui en tiens pas rigueur… Finite Incantatem.
Elle délivra Lucius de ses liens invisibles et je reculai de deux pas supplémentaires. Le préfet en chef se frottait les poignets en m'étudiant d'un œil critique. Je ne voyais que cela : la glace qui me pétrifiait.
- Comment as-tu fait cela ? me questionna-t-il.
- Fait quoi ?
- Jeter un sortilège sans le prononcer à haute voix. Tu es trop jeune pour en être capable.
Je redressai fièrement la tête. Le sorcier fortuné qui venait de temps à autre au pub m'avait initié à certains secrets, prétendant que j'étais doué pour mon âge et que j'accomplirais de grandes choses.
- C'est peut-être un surdoué, murmura la fille.
Je pivotai vers elle et mon regard s'écarquilla.
- Je crois que tu lui fais de l'effet, Narcissa, se moqua Malefoy.
Je ne perçus même pas ce qu'il disait. J'étais subjugué par l'apparition qui se tenait devant moi. C'était un ange. Certains prétendaient qu'ils n'existaient pas, qu'ils étaient affabulations de l'imaginaire moldu. Mais ceux-là n'avaient jamais rencontré celle que Lucius appelait Narcissa. Son visage à l'ovale parfait était entouré de longs cheveux blonds cendrés. Elle avait le regard bleu, caressant. Et son sourire… Avais-je déjà rencontré si beau sourire ? Rêveur et espiègle à la fois, il irradiait. Si j'avais dû donner un visage à la beauté, ce sont les traits de la jeune femme qui me seraient venu à l'esprit.
Une claque sur la tête me remit les idées en place et je sortis du songe éveillé dans lequel j'avais été plongé.
- Evite de baver sur ma fiancée, Rogue.
Mes joues s'enflammèrent et je détournai le regard.
- A croire qu'il ne t'a jamais vue, persifla Malefoy, en posant une main possessive sur l'épaule délicate de la jeune femme.
Il avait raison : je ne me souvenais pas de l'avoir croisée à Poudlard.
- Je m'appelle Narcissa Black, se présenta-t-elle en me tendant des doigts élégants. Et toi, quel est ton prénom ?
- S… Severus, balbutiai-je en l'effleurant du bout de la main.
- Tu es dans la classe de Bellatrix, je pense. C'est ma jeune sœur.
Elles ne se ressemblaient pas du tout.
- Oui… oui… c'est bien beau tout cela, intervint Lucius. Mais cela ne nous dit pas ce que tu faisais devant la porte…
- Je… euh… je…
Lucius roula des yeux.
- Dis-moi ce que tu as entendu.
- Rien du tout, affirmai-je, en tentant de créer des barrières autour de mes pensées.
Mais la pratique était plus compliquée que la théorie et Malefoy les perça d'un simple regard. Je le sentais fouiller dans ma tête, des fourmillements me donnant la migraine. Un rictus suffisant étira les lèvres fines.
- Tu t'essaies à l'occlumencie, Rogue ? Tu as des progrès à faire, en ce cas.
- Que sait-il ? le pressa Narcissa.
- Presque rien… Ecoute-moi bien, Rogue : si jamais tu parles à qui que ce soit de cette conversation, je te jure que je te tue. Compris ?
Je me contentai de hocher la tête, tétanisé. Même si elle ne valait pas grand-chose, j'y tenais à ma vie ! Et Malefoy était tout à fait capable de me la voler. Pas question de lui en donner l'occasion.
- Allons souper, maintenant.
Et il m'obligea à les devancer. Dans mon dos, je sentais leurs deux présences silencieuses et menaçantes.
