Merci Noumea pour cette review -toujours encourageante, j'espère que la suite te plaira. :)

Je poste la suite soit demain soir soit après-demain (matin).


Chapitre 9 : Lettre écarlate :

Severus Rogue avait fait le bilan de sa journée, installé dans son salon. Il avait commencé par se disputer avec Malvina et Vladimir Kent était intervenu, ensuite il avait été insulté par Norbert Duncan et s'était donc vu dans l'obligation de le menacer de mort, puis il avait fait gagner vingt points à sa maison en deux cours, pour finir par donner une retenue à Longdubat tout en retirant une dizaine de points aux gryffondors. Il estima que c'était une journée normale, pas trop mauvaise, puis poussa un soupir.

Il s'ennuyait depuis quelques temps. Être un professeur aigri, froid et méchant devenait presque lassant, comme s'il s'était emprisonné dans son rôle par habitude.

Ses yeux se portèrent sur une lettre qui reposait sur sa table basse. Elle était là depuis sa réception, il aimait l'avoir en vue sans s'expliquer pourquoi. Peut-être parce qu'elle l'avait fait sourire lorsqu'il l'avait lue pour la première fois, sourire comme seule Alice Rider pouvait le faire sourire.

Bien sûr, Norbert Duncan avait été fou de rage, ça avait ajouté à son plaisir.


Cher Professeur Rogue,

Je vous adresse ma réponse car vous me semblez le plus disposé à rapporter les faits à la Directrice McGonagall. Je suis encore en train d'enquêter mais il semblerait qu'un certain Tragus soit à l'origine des incidents. Il s'agit du recruteur, mais je ne suis pas encore sure qu'il soit le cerveau de l'opération. Je vous ferai parvenir d'autres informations bientôt. Je ne sais pas encore quand je rentrerai, mais soyez sûr que ce sera avant les vacances de Noël.

Si vous pouviez également passer le bonjour à Norbert Duncan cela m'arrangerait, je n'aimerai pas qu'il pense que je le néglige.

Je n'attends pas de réponse de votre part, du moins pas immédiate, mais j'aurais aimé savoir si vous restiez à Poudlard pour Noël ? Si ce n'est pas le cas, je serai ravie de vous inviter à le passer avec moi. Réfléchissez-y avant de dire non, je trouve que mon idée n'est pas si mauvaise que vous voudriez le penser.

A bientôt,

Alice


Il n'avait pas répondu bien sûr, il avait une réputation à tenir. Mais plus il y pensait, plus l'impensable lui paraissait intrigant. Après tout, qu'allait-il faire à Noël sinon s'ennuyer seul dans ses appartements ? Il avait rejeté l'idée à chaque fois, mais elle revenait de plus en plus forte. Il lui en faudrait peu pour céder, et pour la première fois depuis longtemps, il se sentait effrayé.

Alice lui avait fait perdre ses moyens plus d'une fois et il avait l'agaçant pressentiment que s'il ne l'empêchait pas de le faire à l'avenir, elle pourrait continuer éternellement. Cependant, au fond de lui, il aurait aimé ne pas l'en empêcher, elle éclairait bien trop sa sombre vie.

On frappa à sa porte et il rangea la lettre dans un soupir, la cachant à la vue de son visiteur indésirable. Puis il se leva et alla ouvrir. Neville Longdubat lui adressa un regard effrayé et baissa les yeux vers le sol.

-Vous m'avez dit de venir après les cours pour que vous me donniez ma retenue, marmonna-t-il.

-Vous récurerez les chaudrons demain soir à vingt heures, ne soyez pas en retard, répondit-il sèchement.

Neville acquiesça tristement puis s'éloigna, traînant le pied comme un condamné. Rogue referma sa porte et alla s'installer à son bureau.

Il allait s'atteler à corriger les copies des Gryffondors lorsqu'il remarqua un dossier sur le coin de sa table. Il hésita un moment puis l'attrapa et le posa face à lui. La sorcière de la photo lui adressa un sourire éblouissant en agitant la main avec enthousiasme. Ses cheveux attiraient tout de suite l'attention tant leur couleur bleue était vive. Il soupira et regarda le dossier en réfléchissant. Il avait emprunté le dossier à McGonagall plusieurs jours plus tôt mais il n'avait pu se résoudre à l'ouvrir.

Ouvrir le dossier d'Alice Rider, c'était s'avouer qu'elle l'intéressait plus qu'il n'était raisonnable. Il avait beau se trouver des excuses, elles semblaient toutes ridicules. Il savait dans le fond qu'il n'y avait qu'une affreuse curiosité et son irrépressible envie de la connaître plus.

Il reposa le dossier sous une pile de copies à corriger et reporta son attention sur celles sous son nez. Peut-être que le dossier l'occuperait durant la retenue de Longdubat.


La journée avait été particulièrement longue et Rogue venait de passer ses nerfs sur le pauvre Neville avant d'enfin le laisser récurer les chaudrons. Il s'assit à son bureau en transpirant encore la rage. Cet affreux remplaçant Xavier Delanaux avait envoyé une requête au Ministère afin de l'inculper pour magie noire et irrespect des lois. Si les choses se passaient comme elles se passaient toujours pour les traitres réhabilités dans son genre il allait avoir droit à un procès. La perspective de finir encore dans la Gazette et d'écumer les murs d'une prison le faisait bouillonner intérieurement. Et tout était la faute d'Alice, se disait-il. Si elle était revenue au lieu de laisser cet idiot prendre sa place, il n'en serait pas là.

En sentant ses pensées se diriger vers la jeune Auror, il se souvint qu'il avait le dossier dans le tiroir. Il était tellement en colère qu'il envoya le peu de respect qu'il avait pour elle au diable et ouvrit le papier cartonné.


Nom : Rider

Prénom : Alice

Statut du sang : Sang-pur élevée par des moldus.

Famille : Frère: Alexandre Rider, non-sorcier. Parents: Mary et Henry Rider, morts des suites d'un accident dans l'exercice de leurs fonctions.

Profession: Auror


Il passa rapidement sur sa date de naissance, ses diplômes (elle avait effectivement été à Serdaigle et avait même été préfète), le nom de ses parents adoptifs et tout ce qui ne l'intéressait pas.

Il lut cependant en détail son parcours. Elle avait grandi dans une atmosphère joyeuse et était entrée à Poudlard où elle avait retrouvé une partie de sa famille grâce à la reconnaissance de sa cousine Malvina. Son frère, malgré ses pouvoirs de sorcier, avait refusé d'en devenir un.

Après de très brillantes études, Alice avait été inscrite au concours pour devenir Auror par un proche resté anonyme. Elle avait eu le concours du premier coup et était rapidement devenue la préférée de Maugrey Fol-Œil. C'était une redoutable chasseuse de Mangemort à ce que Rogue lut. Malgré son jeune âge elle avait réussi avec Maugrey à emprisonner la plupart des Mangemorts de la première époque de terreur.

Il s'en étonna, il ne se souvenait pas d'Alice et pourtant il se rappelait très bien Maugrey. Il poursuivit cependant sa lecture.

Il fut étonné de trouver que pendant de nombreuses années après la période des procès des Mangemorts, il n'existait aucun renseignement sur elle. On reparlait d'elle seulement à la fin de l'année 1995 pour évoquer sa mise en accusation pour avoir hébergé et protégé le dangereux criminel…

Rogue dut relire plusieurs fois avant d'être sûr mais c'était malheureusement écrit, elle avait été la complice de Sirius Black. Aucune charge n'avait été retenue contre elle, le Ministère était bien trop occupé à se préparer à se battre contre Voldemort et une Auror de son talent n'était pas de trop.

Rogue interrompit sa lecture. Ainsi la jeune Rider était une amie de feu son pire ennemi ? Voilà un détail qu'elle avait omis de lui faire connaître. Il sentit l'amertume monter en lui en même temps qu'il ressentait l'horrible sensation d'avoir été l'objet une fois de plus d'une plaisanterie de Black. Même mort il arrivait encore à le faire souffrir et à vouloir le blesser. La seule personne au monde qui l'ait intéressé pour la première fois en plus de vingt ans, il fallait forcément qu'elle soit liée à Black, qui donc sinon une de ses complices pourrait lui plaire ? L'idée était sûrement de lui faire le plus de mal possible, une vengeance post-mortem. Cruel.

Cruelle.

Il songea à abandonner sa lecture mais il préféra continuer pour avoir de quoi se venger.

Après l'abandon des charges, Alice avait voulu rejoindre l'Ordre du Phoenix mais sa cousine Malvina s'y était opposée, l'envoyant en France contre sa volonté. Elle était revenue deux ans plus tard pour la chasse aux mangemorts et était depuis l'une des favorites du nouveau chef de service.

-Professeur ? l'interrompit timidement Neville. J'ai fini, je peux y aller ?

Il acquiesça sans même chercher à trouver de quoi rabaisser l'agaçant élève. Puis il ferma brusquement le dossier et Neville partit précipitamment sans demander son reste.

Rogue sentit sa rage revenir et eut une soudaine envie de ravager sa salle de classe. Il se retint et quitta la pièce d'un pas rapide, agacé.

On ne l'y prendrait plus à baisser sa garde, surtout pas face à une Rider.


Xavier Delanaux jubilait en arpentant les couloirs des cachots. Il se voyait déjà avec les honneurs, enfin on reconnaitrait un homme de son cran à sa juste valeur et assurément il aurait droit à une belle promotion.

Il sifflota, le pas léger, puis s'arrêta devant la porte des appartements de Severus Rogue. Il frappa et entra sans attendre la réponse.

-Nous y voilà Rogue, vous êtes désormais en état d'arrestation, scanda-t-il avant même que Rogue n'ait pu ouvrir la bouche.

-Pas si vite Delanaux ! intervint une voix féminine que Rogue reconnut immédiatement.

-Alice ? s'étonna-t-il à voix haute.

-Bonjour Professeur Rogue, lui sourit-elle en apparaissant.

Elle avait toujours la capuche de sa cape de voyage rabattue sur la tête mais on devinait ses cheveux d'un bleu vif aisément. Ils étaient légèrement plus longs de ce qu'il vit. Il aurait voulu la revoir dans d'autres circonstances que celles de son arrestation, il aurait aimé être en position de force pour lui dire qu'il savait qu'elle se jouait de lui.

-Que faîtes-vous ici Rider ? grogna Delanaux, visiblement mécontent.

-Je viens vous relever de vos fonctions. Je reprends ma place ici et vous retournez au Ministère.

-Et depuis quand est-ce que c'est vous qui décidez de cela ? rétorqua-t-il, soudain arrogant.

-Oh mais je ne décide de rien, le Ministère en revanche, il décide beaucoup.

Ce disant, elle lui montra une lettre frappée du sceau du chef de leur service.

-Très bien, dans ce cas j'emmènerai Rogue moi-même en prison, conclut-il en tentant de se redonner contenance.

-Vous ne l'emmènerez nulle part Delanaux.

-J'ai une autorisation du Ministère !

Rogue observait la scène en silence. Sa liberté se jouait sous ses yeux et celle qu'il pensait être une traîtresse le défendait de ce stupide Delanaux. Il en était étrangement muet.

-J'ai déposé un contre-avis en main-propre cet après-midi, le Ministère doit réexaminer les preuves fournies et si procès il y a, je me suis déjà proposée comme témoin. Et vous ne voulez pas que je rappelle devant une cour la somme que vous avez détourné l'an dernier pour votre manoir, n'est-ce pas Xavier ?

-Vous aurez de mes nouvelles ! pesta l'Auror en tournant les talons, furieux.

Il claqua la porte et Alice laissa échapper un rire.

-Je crois qu'il tenait à jouer sa carrière sur votre arrestation, plaisanta-t-elle.

-Pourquoi êtes-vous intervenue ? demanda-t-il sèchement.

Elle soupira et le contourna en enlevant ses gants de voyage. Il la suivit du regard, attendant sa réponse. Elle rabaissa sa capuche et ses cheveux se colorèrent de noir. Il sentit sa poitrine le brûler douloureusement et il détourna un instant les yeux. Lorsqu'il les ramena sur elle, Alice était à la fenêtre. Il la rejoignit mais garda ses distances, prudent.

-Vous êtes curieux, on vous l'a déjà dit ? dit-elle en se tournant vers lui, l'air mélancolique.

-Non.

-Moi je vous le dis. Il paraît que mon dossier a disparu du bureau de la Directrice pour arriver sur le vôtre. On vous a vu en train de le lire il y a trois jours.

Il garda le silence, mais se promit d'étriper Longdubat. Elle se détourna un instant de lui puis elle soupira. Elle resta un instant ainsi, le dos tourné, puis elle se tourna pour lui faire face. C'était la première fois qu'il la voyait vraiment en colère.

-Si vous me l'aviez demandé, je vous aurai raconté ce que vous vouliez savoir, vous n'aviez nul besoin de fouiner pour y parvenir. De plus, vous vous permettez de tirer des conclusions abracadabrantesques de vos lectures !

-Qu'en savez-vous de mes conclusions ? rétorqua-t-il d'un ton menaçant.

-Vous pensez que je suis comme Sirius maintenant que vous savez que je l'ai caché, je le sais ! Vous êtes plein de rancœur et vous êtes sur la défensive !

-Est-ce ma faute si vous avez décidé d'accomplir la noble tâche de Black à sa place à savoir me pourrir la vie un peu plus ? s'emporta-t-il. Il n'a vécu que pour m'humilier et me rabaisser !

-Ce n'est pas parce qu'il était comme ça avec vous que moi je dois l'être !

-Vous êtes comme votre cousine, vous aimez autant que lui faire du mal aux autres mais vous clamez toujours être différentes de lui ! Au final vous êtes comme elle, une catin au service de Black ! Tout ce qui a jamais compté pour ce sombre idiot c'était m'atteindre, et il aurait presque réussi grâce à vous ! Félicitations, vous êtes officiellement l'envoyée de Black la plus douée !

Il avait encore de la haine à déverser mais il s'arrêta brutalement en voyant les yeux d'Alice se remplir de larmes. Elle recula pour s'appuyer contre la fenêtre, comme si elle voulait se trouver le plus loin possible de lui.

-C'est ce que vous pensez ? murmura-t-elle faiblement. Vous pensez vraiment ce que vous dîtes ?

Il acquiesça, et le regretta l'instant d'après. Elle regarda un instant dans le vide puis reprit d'une voix tremblante où pointait une vive douleur :

-J'ai caché Sirius parce que je le savais innocent. Sirius était mon meilleur ami, il m'a offert un avenir et m'a sauvé cent fois du désespoir. C'était un homme bon qu'on a accusé à tord, alors je l'ai protégé, tout comme il l'avait toujours fait pour moi. Quand il est mort j'ai cru mourir de douleur, c'est pour ça que Malvina m'a empêché de faire partie de l'Ordre. Je voulais le venger, je n'avais plus que ça en tête. Je serai devenue folle si je n'avais pas trouvé dans les affaires que Sirius m'avait légué un mot de sa part. Ça commençait comme toutes les lettres post-mortem « Je suis mort si tu lis ça ». Et ça finissait comme toutes ces putains de lettres idiotes « Ne gâche pas ton beau sourire à chercher le mien. Tu es trop précieuse pour ça. »

Il garda le silence, il se fichait d'en apprendre plus sur Black. En revanche la voir souffrir face à lui, tremblante, et rester immobile malgré tout, ça l'importait plus.

-Je sais qui il était, et j'étais sa meilleure amie, ajouta-t-elle. Ça ne fait pas de moi sa catin comme vous le dîtes si bien, et ça ne m'a jamais empêché de parler avec des gens que Sirius détestait. La preuve, je passe mes journées ici avec Malvina ou avec vous. Quel intérêt aurai-je à vous ridiculiser ?

-Black aussi savait parler, cracha finalement Rogue. Il ne faisait que ça, pour insulter, se pavaner, et tromper son monde. Sa mort est une bénédiction plus qu'une tragédie. Vous ne me ridiculiserez pas pour honorer sa mémoire de chien battu.

Alice secoua la tête, les larmes avaient quitté ses yeux pour dévaler ses joues.

-Vous savez pourquoi je colore mes cheveux en noir quand je suis près de vous ? souffla-t-elle.

Il ne répondit pas, piégé dans son rôle de méchant.

-Sirius aimait mes cheveux quand ils étaient colorés, il préférait le bleu. Par respect pour vous, je chasse ce qu'il y a de Sirius dans mon apparence lorsque je suis en votre présence. Mais il semblerait que j'ai mal fait, vous ne méritez aucun respect.

Elle passa à côté de lui pour sortir mais il la rattrapa par le bras, la ramenant vers lui. Elle le défia du regard en essuyant ses larmes, et ses cheveux se colorèrent de bleu progressivement. Il ne savait quoi dire maintenant qu'elle était là, son corps frôlant le sien et l'électrisant tout entier. Qu'avait-il à dire maintenant qu'elle le détestait à jamais ? Comment lui faire comprendre que le noir lui allait tellement mieux que ce bleu criard ? Comment l'empêcher de lui tourner le dos à jamais ?

Ses mots s'étaient bloqués quelque part dans sa gorge étrangement nouée. Il leva une main hésitante vers ses cheveux et y passa ses doigts.

Elle secoua la tête pour le chasser et il eut un pâle sourire amer.

Il relâcha son bras, voulant la laisser libre de ses mouvements, mais avant, il laissa glisser sa main jusqu'à ses doigts qu'il pressa dans sa paume un instant.

-Partez, souffla-t-il en détournant la tête. Sortez d'ici.

Elle s'éloigna et il tourna le dos, pour ne pas la voir passer la porte qu'elle ne franchirait jamais plus.

Ce fut sans doute pourquoi il ne vit pas que lorsqu'elle referma la porte, ses cheveux étaient noirs de jais.


Malvina sursauta en entendant la porte s'ouvrir à la volée et aller heurter le mur. Elle allait insulter sa cousine mais lorsqu'elle vit ses yeux rouges, ses cheveux noirs et sa colère apparente, elle préféra la faire asseoir sur le canapé et fermer la porte en silence.

-Malvina, assez de mensonges et de cachotteries, déclara fermement Alice. Pourquoi Rogue déteste-t-il tant Sirius au point m'insulter moi autant que sa mémoire ?

-Lily, gémit son aînée.

-Je veux savoir ! tonna Alice. Et je ne partirai pas d'ici sans que tu m'ais tout expliqué !

Malvina soupira et s'assit sur la table basse face à sa chère cousine. Elle avait toujours su que ce moment viendrait, depuis le jour où elle avait accepté de venir à Poudlard avec Alice.

-C'est une histoire idiote en fait, je le déplore. Les choses n'auraient jamais dû se passer comme ça…

-Ne passe pas par quatre chemins 'Vina, la pressa sa cadette.

Malvina acquiesça mais garda le silence un instant. Puis elle avoua d'une traite, comme si elle espérait qu'en le disant vite, l'impact serait moins fort.

-Je sortais avec Sirius à Poudlard.

-Mais tu as toujours juré le haïr..!

-La haine c'est venu après, marmonna-t-elle. J'aimais sincèrement Sirius, même s'il se pavanait parfois un peu trop à mon goût. Lily me le disait souvent d'ailleurs. Elle ne comprenait pas pourquoi je sortais avec lui, l'un des Maraudeurs. Elle qui fuyait si efficacement James Potter, elle avait du mal à saisir comment je pouvais m'intéresser à eux.

-Malvina, tu tournes autour du pot, gronda Alice.

-Désolée. Je passais quand même beaucoup de temps avec Lily, notamment à la bibliothèque. Sauf qu'il se trouve que Lily avait un autre meilleur ami que moi…

La brune s'arrêta, les yeux dans le vide, et Alice dut taper du poing sur le cuir du canapé pour la ramener sur terre avec elle.

-Lily et Severus se connaissaient avant même d'arriver à Poudlard, ils passaient beaucoup de leur temps libre à la bibliothèque, et Lily n'a pas voulu se partager entre nous deux, elle nous a donc demandé de cohabiter. Lui se méfiait, mais moi j'ai fait mon possible pour que tout se passe bien et qu'il oublie le plus souvent que j'étais la petite amie du garçon qu'il détestait le plus au monde.

-Et Sirius ?

-Il haïssait Rogue bien sûr, mais il n'aimait pas qu'on se dispute, alors il tolérait le fait que je puisse le fréquenter. Au fil du temps, j'ai compris que Rogue éprouvait bien plus que de l'amitié pour Lily, mais elle ne voyait rien. Je ne lui ai jamais dit. Je me suis toujours sentie coupable de l'avoir gardé pour moi…

-Lily aimait James, ça aurait brisé le cœur de Rogue si tu étais intervenue…

-Oh crois-moi, il n'a pas eu besoin de ça pour avoir le cœur brisé. En cinquième année, Lily a accepté d'être la cavalière de James pour le bal de Noël. Severus ne s'est pas montré pendant une semaine après ça, même si après la soirée, Lily a recommencé à maudire James et ses tours idiots.

Alice resta un instant songeuse alors que Malvina faisait une autre pause. Soudain, la jeune Auror se redressa.

-C'est là que tu es tombée amoureuse de lui, n'est-ce pas ? dit-elle.

Malvina acquiesça tristement.

-Il me faisait de la peine à regarder Lily sans qu'elle ne le voie. Elle l'aimait beaucoup, mais pas comme il l'aurait voulu. Je le trouvais vraiment attendrissant, et puis Sirius m'agaçait de plus en plus. Il était obsédé par sa côte de popularité et les idioties. Un soir –on était en cinquième année– Lily est partie se coucher plus tôt et je suis restée avec Severus. On a parlé un peu, puis au moment de nous séparer… Oh je me sens vraiment bête de te raconter ça maintenant. C'est une histoire stupide, j'étais jeune et idiote…

-'Vina, soupira Alice.

-Jlembrassé, marmonna son aînée.

-Pardon ?

-Je l'ai embrassé.

-Oh… Et qu'est-ce qu'il a dit ? demanda la jeune femme.

-Rien, il m'a embrassé lui aussi. J'ai jamais su pourquoi il avait fait ça, puisque de toute évidence je ne lui plaisais pas autant que Lily… Peut-être que c'était son premier baiser. Enfin bref, toujours est-il qu'on était plutôt enlacés quand Sirius nous a surpris. Ça l'a mis hors de lui, il a frappé Severus puis m'a insultée en promettant qu'il se vengerait et que jamais Severus n'approcherait une fille à nouveau, il a promis que de son vivant il était « condamné à souffrir d'être seul ». Et il a plutôt bien réussi en fait.

-Comment ça s'est terminé entre Rogue et toi ? s'enquit Alice.

-Plutôt très mal. Peut-être qu'il ne m'aurait pas haï si Sirius n'avait pas trouvé malin de l'attirer jusqu'au Saule Cogneur pour qu'il manque de se faire dévorer par Lupin. Sirius a trouvé judicieux de dire que c'était mon idée –ce qui était faux, je n'étais au courant de rien. Depuis ce jour, Rogue me hait et il déteste encore plus Sirius.

-C'était si dur de me le dire ?

-C'est que je me sens tellement mal en pensant qu'une stupide histoire adolescente a mis une telle pagaille. Sirius m'a tolérée par la suite, mais il me haïssait presque autant que je le haïssais. Et Rogue n'a plus jamais été tendre envers moi, il a même testé certains de ses sortilèges sur moi…

Malvina soupira et se leva.

-C'est du gâchis, j'étais vraiment amoureuse de lui, déplora-t-elle.

-Et maintenant ?

-Maintenant c'est plus de l'amertume. Je pense que je l'aime toujours un peu, mais sans Lily, il rayonne un peu moins. Je suppose que ce que j'aimais au final, c'était la façon dont il aimait Lily. J'aurai souhaité qu'on m'aime pareillement.

Alice hocha la tête puis remercia Malvina de s'être confiée. Elle prit congé et retrouva les couloirs froids de Poudlard. Elle se sentit étrangement vide, comme si elle avait laissé un morceau de son âme au sombre maître des potions… Le pire était sûrement qu'elle avait compris trop tard.