Résumé du Chapitre 8 :
Répartition des nouveaux élèves dans leur maison respective et annonce de l'événement qui aura lieu durant l'année : le Tournois des Six Sorciers.
Chapitre 9
Le lendemain matin, l'orage s'était éloigné, mais le plafond de la Grande Salle restait sombre. D'épais nuages d'un gris d'étain défilaient au-dessus des têtes tandis que, assise à la table du petit déjeuner, j'étudiais mon emploi du temps. Hermione vint me rejoindre en faisant de même. Un peu plus loin, Fred, George et Lee Jordan discutaient des meilleures méthodes qui pourraient les vieillir et leur permettre d'être admis comme candidats au Tournoi des Six Sorciers.
- Qu'as-tu comme cours ? me demanda Hermione pour lancer la conversation.
- Botanique ce matin et soins aux créatures magiques. Pour cette après-midi, double cours de divination, répondis-je la voix endormie.
- Heureusement que j'ai pu changer cette année ! Il n'était pas question, pour ma part, de continuer à perdre mon temps avec cette matière nébuleuse, s'exclama-t-elle très animée. Mais passons… Je voulais encore te remercier pour ton sortilège d'hier soir ! Je n'ai jamais si bien dormi à Poudlard ! rajouta-t-elle d'un grand sourire.
Je le lui rendis aimablement et me retournais vers Ron et Harry qui arrivaient, les cheveux en épis et la chemise de travers. Ils s'installèrent en disant à peine bonjour et se ruèrent sur la nourriture. « Nom d'un dragon, je ne comprendrais jamais comment ils font pour être autant sur la nourriture ! » pensais-je écœurée. Il y eut un soudain bruissement d'ailes au-dessus de nous et une centaine de hiboux chargés de lettres et de paquets s'engouffrèrent dans la salle en passant par les fenêtres ouvertes. Je levais les yeux pour vérifier que Coq ne soit pas en train de foncer sur moi, ou l'un de mes frères. Les hiboux décrivaient des cercles au-dessus des tables, cherchant leurs destinataires. Une grande chouette hulotte fondit sur Neville Londubat et déposa un paquet sur ses genoux – Neville oubliait presque toujours quelque chose quand il faisait ses bagages. De l'autre côté de la salle, le hibou grand-duc de Draco Malfoy s'était posé sur son épaule, apportant son habituel colis de friandises et de gâteaux envoyés par sa famille. Harry l'observait par-dessus son épaule discrètement. Je surpris même le blond lever ses sourcils, un air méprisable sur le visage en signe de dédain, en réponse aux yeux un peu trop curieux du « balafré » comme il l'appelait. Ce dernier se retourna et plongea sa cuillère dans son bol de porridge, préoccupé. Je les quittais et suivis le chemin détrempé qui menait à la serre numéro trois.
J'entrais dans la serre et me dirigeai directement vers Luna, dont la candeur me touchait à chaque fois. Elle souriait, heureuse de vivre tout simplement, d'être là à pouvoir suivre les cours en compagnie de « personnes agréables ». Le professeur Chourave montra aux élèves des plantes très spéciales : aux couleurs vives, tachetées, elles ressemblaient à des girafes miniatures qui auraient subi un sort raté de coloris. Elles se tenaient tranquille, droite dans leur pot de terre.
- Ce sont des Caput Longum Panthera, annonça vivement le professeur Chourave. Vous allez recueillir leur tâche pour fabriquer de guérison. Mais je vous mets en garde, si elles relèvent la tête, écartez-vous !
- Pourquoi Professeur ? demanda niaisement Luna.
- Elles jettent de l'acide et croyez-moi, il ne vaut mieux pas qu'elles vous atteignent – les élèves firent quelque pas en arrière – Mettez vos gants et votre tablier en peau de dragon, ça vous protègera au moins en grande partie.
Je fis équipe avec Luna qui se pencha joyeusement au-dessus de la plante, toute curieuse et impatiente de passer à la pratique. Nous découpâmes avec nos baguettes, grâce à un sortilège, les tâches une à une. Et alors qu'à mon tour j'en retirais une, nous entendîmes Neville hurler en face de nous. Je levais les yeux, juste à temps pour voir Colin Crivey le tirer en arrière afin de lui éviter le jet d'acide qui fonçait droit vers sa tête. Le professeur Chourave leva les yeux aux ciels et pétrifia la plante pour leur facilité la tâche.
- Voilà qui va faire plaisir à Madame Pomfresh, dit le professeur Chourave en enfonçant un bouchon de liège dans le goulot de la dernière bouteille. Les tâches de Caput Longum Panthera est un excellent remède contre les ecchymoses, bosses et bleu en tout genre.
Une cloche retentit avec force dans le château, annonçant la fin du cours et les élèves des deux maisons se séparèrent, les Serdaigle montant l'escalier de pierre pour aller en classe de métamorphose et les Gryffondor prenant la direction de la cabane en bois où habitait Hagrid, à la lisière de la Forêt interdite. Je saluai Luna et descendis les marches avec Neville. Hagrid les attendait devant sa cabane, une main sur le collier de Crockdur, son énorme chien noir, et l'autre posée sur le haut d'une grande boîte recouverte d'un tissu noir.
- Bonjour ! lança Hagrid en souriant lorsque tous les élèves furent arrivés. Aujourd'hui nous allons étudier… – il saisit un pan de tissu entre ses immenses doigts et tira d'un coup sec – le Glaucus Atlanticus !
Des « Oh ! » d'exclamations s'élevèrent de notre petite troupe. Il venait de découvrir un grand aquarium où une petite créature bleue nageait tranquillement. Cependant, malgré sa grande beauté, je ne pouvais que constater l'étrangeté de son apparence.
- Cette merveille de la nature est d'une beauté sans pareille n'est-il pas ? lança gaiement Hagrid en riant joyeusement. Là, pour l'instant, elle est minuscule, mais dans quelques jours vous verrez qu'elle aura triplé de volume ! Elle va normalement atteindre les dix mètres. Après tout, c'est un dragon des eaux !
Je sentis une crispation autour de moi. La plupart des élèves s'étaient raidis face à la nouvelle. Généralement, les dragons n'étaient pas réputés pour leur docilité… J'avais tout de même envie de m'approcher afin de mieux la voir.
- C'est une espèce en voie de disparition malheureusement. Il n'y en a plus beaucoup en liberté, c'est pour cela que je peux vous la montrer aujourd'hui. Dumbledore a eu l'accord pour la faire venir exprès du Brésil. Sa particularité, c'est qu'elle peut cracher du feu, comme tout dragon, mais aussi du venin si l'assaillant ne s'approche de trop près. Les tentacules qui lui servent de pattes lorsqu'elle va sur la terre ferme, sont remplis, dessous, de petites alvéoles où elle libère du venin. C'est seulement si elle se sent attaquer qu'elle agit comme ça ne vous inquiétez pas !
Bien que les élèves fussent fascinés, Hagrid ne pouvait que constater que c'était seulement en demi-teinte. Neville, à côté de moi, s'agitait nerveusement, se demandant surement ce qu'on allait lui demander de faire avec une pareille créature.
- Je vous la présente afin que vous puissiez l'aider à se nourrir et à grandir correctement. Il faudra être prudent, c'est vrai, mais je vais vous donner tout le matériel nécessaire à votre protection – des élèves firent quelques pas en arrière – et puis je suis certain que vous allez vous attacher vite à Atlanta.
- Atlanta ? releva Hannah Abbot derrière moi et que je n'avais pas remarqué jusque-là.
- Oui, cela vous plait ? répondit Hagrid tout content. C'est moi qui l'ai trouvé ! Je trouve que ça lui va bien !
- C'est pas très original au vu du nom de son espèce, railla-t-elle.
- Je trouve ça très bien Hagrid, interrompis-je tout sourire.
Il me remercia d'un signe de tête et après un instant de silence il reprit :
- Bon eh bien, qui veut s'approcher ?
Personne ne bougea, certain même se rapprocher du château. Curieuse de voir Atlanta de plus près, je m'avançais lentement vers l'aquarium. Hagrid me félicita. Je m'arrêtais à trente centimètres de la vitre qui nous séparait. Merlin qu'elle était belle ! Elle nageait avec grâce et souplesse. Sa couleur allait du bleu clair au bleu foncé, dont la texture ressemblait à une peau de grenouille. Sa petite tête était pourvue de deux petits yeux noirs et d'une bouche ovalaire où l'on voyait, dès qu'elle l'ouvrait, deux mâchoires cornées. Son corps s'étirait en pointe, comme un têtard, mais il était relativement plat. Elle avait des cératas rassemblées en rayon, par groupe de huit, sur le côté de son corps. Se devait être cela qui lui servait de patte mais surtout de nageoire pour se déplacer, elle en avait trois de chaque côté du corps. Leurs pointes foncées, lui donnaient un aspect un peu urticant. Je me pris d'une fascination peu commune pour Atlanta. Elle se tourna soudain vers moi et me regarda aussi curieuse que je l'étais. Je la vis alors se rapprocher de la vitre et se fixer sur la vitre.
- Elle a l'air de t'apprécier ! s'égaya Hagrid d'un air ravi. Bravo Ginny !
- Je n'ai pourtant rien fait pour, remarquais-je.
- Peut-être mais même moi elle semble ne pas me prêter d'attention, confia-t-il la mine sombre.
Le reste du cours, je lui donnais des restes de poissons que l'on avait préalablement découpé, et chacun dû faire de même après moi. Le cours prit fin et le flot d'élèves se dirigea vers le château. Je rejoignis Harry, et mes frères et m'assise à côté d'Hermione, comme toujours. Neville vint se placer juste à ma droite. Je remplis mon assiette du peu de légumes présents à table pendant que les garçons se servaient des côtelettes d'agneaux et de pomme de terre. Hermione se mit à manger si vite que nous la regardâmes intrigués.
- Tu as l'intention de te rendre malade ? s'enquit Ron – Oui j'ai bien dis Ron, lui qui ne pense qu'à manger et le plus vite possible.
- Non, répondit-elle avec toute la dignité dont elle était encore capable en parlant la bouche pleine de choux de Bruxelles. Je veux simplement aller à la bibliothèque.
- Quoi ? s'exclama mon frère d'un air incrédule. Hermione, c'est le premier jour de classe ! On n'a pas encore eu un seul devoir !
Hermione haussa les épaules et continua à engloutir le contenu de son assiette comme si elle n'avait rien mangé depuis plusieurs jours. Puis elle se leva d'un bond et dit :
- On se voit au dîner !
Et elle se hâta de quitter la Grande Salle. Lorsque la cloche sonna pour annoncer le début des cours de l'après-midi, je pris la direction de la tour nord où, tout en haut d'un escalier en colimaçon, une échelle d'argent permettait d'accéder à une trappe circulaire aménagée dans le plafond. C'était par là qu'on entrait dans la pièce où habitait le professeur Trelawney et où elle donnait ses cours. Nous émargeâmes, Neville et moi, et entrâmes dans la salle. Je constatais que l'endroit n'avait rien d'une salle de classe. On avait plutôt l'impression de se trouver dans un vieux grenier aménagé en salon de thé à l'ancienne. Une vingtaine de petites tables circulaires, entourées de fauteuils recouverts de chintz et de petits poufs rebondis, occupaient tout l'espace. Une faible lumière rouge éclairait la pièce. Tous les rideaux des fenêtres étaient tirés et des foulards rouges enveloppaient les lampes. Il régnait une chaleur étouffante et une bouilloire de cuivre, chauffée par les flammes d'une cheminée au manteau encombré d'objets divers, répandait un étrange et capiteux parfum qui donnait presque la nausée. Les étagères qui recouvraient les murs circulaires étaient encombrées de plumes poussiéreuses, de bouts de chandelle, de jeux de cartes complètement usées, d'innombrables boules de cristal et d'un vaste choix de tasses à thé.
- Je vous souhaite le bonjour, dit la voix mystérieuse du professeur Trelawney, juste derrière Neville qui sursauta.
C'était une femme mince, avec des lunettes énormes qui faisaient paraître ses yeux beaucoup trop grands pour son visage. Elle me regarda avec l'expression tragique qui était la sienne, mais d'ordinaire elle réservait ce traitement pour Harry. Son habituelle débauche de perles, de chaînes et de bracelets scintillait à la lueur des flammes.
- Vous êtes préoccupée, ma pauvre chérie, me dit-elle d'un ton lugubre. Mon troisième œil voit derrière votre visage une âme troublée. Et j'ai le regret de vous dire que vos inquiétudes ne sont pas sans fondement. Je vois des moments difficiles qui vous attendent, hélas… très difficiles… Ce que vous redoutez va se produire, je le crains… Et peut-être plus tôt que vous ne le pensez…
Sa voix se transforma presque en un murmure. Neville tourna les yeux vers moi, totalement troublée et angoissée maintenant. Le professeur Trelawney passa devant nous et alla s'installer dans un grand fauteuil à côté de la cheminée, face à la classe.
- Asseyez-vous, mes enfants, asseyez-vous, dit-elle.
Les élèves s'installèrent maladroitement dans les fauteuils ou s'enfoncèrent dans les poufs. Neville et moi s'assîmes à la même table.
- Bienvenue au cours de Divination, dit le professeur Trelawney. Je suis le professeur Trelawney. Il se peut que vous ne m'ayez encore jamais vue, car je descends rarement dans les autres parties du château. L'agitation qui y règne trouble mon Troisième Œil – elle ajusta délicatement son châle sur ses épaules – Vous avez donc choisi d'étudier la Divination, le plus difficile des arts magiques. Je dois vous avertir dès le début que si vous n'avez pas le don de double vue, il y a peu de chance que je puisse vous enseigner quoi que ce soit. Les livres ne permettent pas d'aller bien loin dans ce domaine... De nombreux sorciers et sorcières, par ailleurs très doués pour provoquer des explosions, répandre des odeurs bizarres ou disparaître soudainement, se révèlent incapables de pénétrer les voiles mystérieux de l'avenir, poursuivit le professeur Trelawney, ses gros yeux brillants fixant l'un après l'autre les visages anxieux de ses élèves. C'est un don qui n'est accordé qu'à un petit nombre. Vous, mon garçon, dit-elle brusquement à Neville qui faillit tomber de son pouf, est-ce que votre grand-mère va bien ?
- Oui, je crois, répondit Neville d'une voix tremblante.
- Si j'étais vous, je n'en serais pas si sûre, dit le professeur Trelawney dont les boucles d'oreilles en émeraude étincelaient à la lueur du feu.
Neville parut mal à l'aise.
- Cette année, nous verrons les méthodes de base de la Divination, poursuivit le professeur d'une voix paisible. Nous consacrerons le premier trimestre à la lecture des feuilles de thé. Le trimestre suivant, nous étudierons les lignes de la main. Ah, au fait, ma chérie, ajouta-t-elle en se tournant soudain vers Parvati Patil, il faudra vous méfier d'un homme aux cheveux roux – la désignée parut surprise et me lança un vague regard, devait-elle penser à l'un de mes frères ? - Au troisième trimestre, reprit le professeur Trelawney, nous en viendrons aux boules de cristal, si nous en avons fini avec les signes du feu. Malheureusement, les classes seront interrompues en février à cause d'une épidémie de grippe. Je deviendrai moi-même aphone. Et aux alentours de Pâques, quelqu'un parmi nous va nous quitter à tout jamais.
Un silence tendu suivit cette affirmation, mais le professeur Trelawney ne sembla y prêter aucune attention.
- Je voudrais vous demander, ma chérie, dit-elle alors à Lavande Brown qui se recroquevilla dans son fauteuil, de me passer la plus grande des théières en argent.
Lavande parut soulagée. Elle se leva, prit une énorme théière sur une étagère et la posa sur la table devant le professeur Trelawney.
- Merci, ma chérie. Je vous signale au passage que ce que vous redoutez tant se produira le vendredi 16 octobre – Lavande se mit à trembler - Maintenant je veux que vous fassiez équipe deux par deux. Prenez une tasse à thé sur l'étagère, venez me l'apporter et je la remplirai. Ensuite, vous vous assiérez et vous boirez le thé jusqu'à ce qu'il ne reste plus que les feuilles au fond de la tasse. Vous ferez tourner ces feuilles trois fois dans la tasse avec votre main gauche, puis vous retournerez la tasse au-dessus de la soucoupe. Vous attendrez que la dernière goutte de thé soit tombée, et enfin vous donnerez la tasse à votre partenaire pour qu'il la lise. Vous interpréterez les formes obtenues en vous référant aux pages 5 et 6 de votre livre Lever le voile du futur. Je passerai parmi vous pour vous aider. Ah, et vous, ajouta-t-elle en prenant Neville par le bras pour le faire lever, quand vous aurez cassé votre première tasse, j'aimerais bien que vous en preniez une bleue. Je tiens beaucoup aux rosés.
Et en effet, à peine Neville s'était-il approché de l'étagère aux tasses qu'il y eut un bruit de porcelaine brisée. Le professeur Trelawney se précipita avec une pelle et une balayette.
- Alors, maintenant, une bleue, si ça ne vous ennuie pas... Merci...
Lorsque nos tasses eurent été remplies, nous revîmes à notre table, Neville et moi, et nous efforçâmes de boire le thé brûlant le plus vite possible. Puis nous fîmes tourner les feuilles au fond des tasses comme l'avait indiqué le professeur, les retournâmes pour que tombent les dernières gouttes de thé et enfin nous les échangeâmes.
- Bon, alors, dit Neville, tandis qu'ils ouvraient leur livre aux pages 5 et 6, qu'est-ce que tu vois dans la mienne ?
- On dirait un navet là, indiquais-je en le montrant du doigt. Et ça voudrait dire que… – je feuilletais rapidement la page – tu vas découvrir des secrets ou avoir des querelles domestiques – Neville grimaça – et ici, il y a un sceau je crois… ce qui veut dire qu'il te faudra avoir beaucoup de patience pour réaliser tes espoirs mais que tu y parviendras. Et moi ? dis-je en levant la tête vers lui.
- Euh… On dirait une chaise ici… ce qui veut dire un invité inattendu apparemment et là, un poulet ?
Le professeur Trelawney s'approcha de nous tandis que j'attendais la suite de la prédiction. Elle se pencha et arracha soudain la tasse des mains alors que Neville bredouillais des paroles incompréhensibles.
- Un poulet ? Malheureux ! C'est un Vautour ma pauvre chérie ! Mon dieu, mon dieu, ce n'est pas une très bonne tasse… – comme paralysés, les élèves regardaient fixement le professeur Trelawney - ma pauvre enfant… le vautour est symbole d'ennemi juré, puissant qui mène parfois à la mort. Or là, il vole, ce qui signifie en plus une tragédie, de la tristesse et beaucoup de larmes …
Tous les élèves s'étaient levés. Lentement, ils se rassemblèrent autour de notre table et s'approchèrent du professeur pour jeter un coup d'œil à la tasse. Je sentis mon estomac se retourner. Avec la Coupe du Monde de Quidditch, je n'avais pas été très rassurée par le futur qui se présentait, alors avoir une telle prédiction dès mon premier cours de divination… Tout le monde avait les yeux tournés vers moi. Je vis Neville déglutir maladroitement.
- Je crois que nous allons en rester là pour aujourd'hui, dit le professeur Trelawney de sa voix la plus mystérieuse. Vous pouvez ranger vos affaires.
Silencieux, les élèves rapportèrent leurs tasses au professeur, rangèrent leurs livres et refermèrent leurs sacs. Même Neville à présent évitait de me regarder.
En attendant notre prochain cours, que la fortune vous soit favorable, dit le professeur Trelawney d'une voix faible. Ah, au fait, vous, ajouta-t-elle en montrant Neville, vous allez arriver très en retard la prochaine fois, alors essayez de travailler un peu plus pour rattraper.
Nous descendîmes l'escalier et je me rendis auprès du grand sol tortueux à côté du lac, où je m'installai confortablement, au creux du tronc, pour commençai à dessiner. Neville enleva ses chaussures et ses chaussettes et fit glisser ses pieds entre les herbes folles.
- Ça fait du bien de pouvoir profiter un peu de cette éclaircie, dit-il en rompant le silence. L'herbe est encore un peu humide mais on a de la chance d'avoir pu sortir plus tôt de cours.
- Oui c'est vrai, admis-je l'esprit ailleurs.
- Tu n'es pas trop inquiète ? Enfin… Je veux dire… – il parut se tasser quand je tournais la tête vers lui – tu sais, par rapport à ce qu'a dit…
- Je ne sais pas, le coupais-je en lui lançant un regard perçant. Je ne sais pas vraiment quoi en penser, mais j'avais déjà des préoccupations et ça ne vient pas me conforter l'esprit en tout cas. Par contre, tu ne veux pas écrire à ta grand-mère ? Je ne sais pas si le professeur Trelawney ne se trompe jamais, mais dans le doute que ce qu'elle dit soit exact, peut-être serait-ce bien que tu lui écrives un petit mot. D'ailleurs il faut aussi que j'écrive à Bill.
- Oui tu as raison, je vais le faire de suite.
Il sortit, fébrile, un papier de parchemin et une plume et commença à gratter sur le papier quelques mots pour sa Grand-mère qui l'avait élevé. Il me quitta en me donnant rendez-vous à la Grande Salle pour le repas, et s'éloigna en direction de la tour aux Hiboux. L'heure passa et je rangeais mes affaires, le dessin terminé. C'était un dragon des eaux, qui ressemblaient vaguement à Atlanta, « il me faudrait apporter mon calepin un jour pour vraiment prendre le temps de la dessiner », songeais-je.
Le hall était rempli d'élèves qui faisaient la queue pour entrer dans la Grande Salle. Je venais de rejoindre Luna et Neville au bout de la file lorsqu'une voix sonore retentit derrière nous :
- Weasley ! Hé, Weasley ! Je vis Harry, Ron et Hermione un peu plus loin se retournaient. Malfoy, Crabbe et Goyle arrivaient derrière eux, l'air ravi.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda sèchement Ron.
- Ton père est dans le journal, Weasley !
Il brandissait un exemplaire de La Gazette du sorcier en parlant le plus fort possible pour que tout le monde l'entende.
- Ecoute un peu ça !
NOUVELLES BÉVUES AU MINISTÈRE DE LA MAGIE
Il semble que les ennuis du ministère de la Magie soient loin d'être terminés, écrit notre envoyée spéciale, Rita Skeeter. Récemment montré du doigt pour l'insuffisance de son service d'ordre lors de la Coupe du Monde de Quidditch, et toujours incapable de donner la moindre explication concernant la disparition de l'une de ses sorcières, le ministère se voit à nouveau plongé dans l'embarras à la suite des fantaisies d'Arnold Weasley, du Service des détournements de l'artisanat moldu.
Malfoy releva la tête.
- Tu te rends compte, Weasley, croassa-t-il, ils ne connaissent même pas son nom exact, c'est comme si ton père n'avait aucune existence.
Dans le hall, à présent, tout le monde écoutait. D'un geste théâtral, Malfoy déplia le journal et reprit sa lecture.
Arnold Weasley, qui fut poursuivi il y a deux ans pour possession d'une voiture volante, s'est trouvé impliqué hier dans un incident qui l'a opposé à des représentants de l'ordre moldu (appelés gendarmes) à propos de poubelles particulièrement agressives. Il semblerait que Mr Weasley se soit précipité au secours de Maugrey « Fol Œil », un ex-Auror d'un âge avancé, qui fut mis à la retraite par le ministère lorsqu'il apparut qu'il était devenu incapable de faire la différence entre une poignée de main et une tentative de meurtre. Comme on pouvait s'y attendre, en arrivant devant la maison transformée en camp retranché de Mr Maugrey, Mr Weasley fut bien obligé de constater que l'ancien Auror avait une fois de plus déclenché une fausse alerte. Avant de pouvoir échapper aux gendarmes, Mr Weasley s'est vu contraint de lancer plusieurs sortilèges d'Amnésie afin de modifier la mémoire des témoins. Il a cependant refusé de répondre aux questions de La Gazette du sorcier qui souhaitait lui demander pourquoi il avait cru bon d'impliquer le ministère de la Magie dans cette bouffonnerie peu digne d'un de ses représentants, et dont les conséquences pourraient se révéler fort embarrassantes.
- Et il y a une photo, Weasley ! dit Malfoy en agitant le journal qu'il tenait bien en vue. Une photo de tes parents devant leur maison – si on peut appeler ça une maison ! Ta mère aurait peut-être intérêt à perdre quelques kilos, tu ne crois pas ?
Ron tremblait de fureur. Tous les élèves avaient les yeux fixés sur lui.
- Va te faire voir, Malfoy, lança Harry. Viens, Ron…
- Ah oui, c'est vrai que tu es allé chez eux, cet été, Potter, lança Malefoy d'un air dédaigneux. Alors, dis-moi, est-ce que sa mère ressemble vraiment à un cochonnet ou bien c'est simplement la photo qui fait ça ?
Harry et Hermione retinrent Ron par le dos de sa robe pour l'empêcher de se ruer sur Malfoy. Je commençais à faire des coudes au milieu de la foule qui s'était tassée autour d'eux, pour m'approcher au mieux de l'esclandre. Luna me suivait d'un pas guilleret derrière moi.
- Et ta mère à toi, Malefoy, répliqua Harry, pourquoi est-ce qu'elle avait l'air d'avoir une bouse de dragon sous le nez, quand je l'ai vue ? Elle est toujours comme ça ou bien c'est simplement parce que tu étais avec elle ?
Le teint pâle de Malefoy rosit légèrement.
- Ne t'avise pas d'insulter ma mère, Potter !
- Dans ce cas, ferme-la, répliqua Harry en s'en allant.
BANG !
Plusieurs élèves poussèrent des cris et alors que Harry cherchait sa baguette dans sa poche un second « BANG » retentit et un rugissement résonna dans tout le hall d'entrée:
- PAS DE ÇA, MON BONHOMME !
Harry fit volte-face. Le professeur Maugrey descendait en claudiquant les marches de l'escalier de marbre. Il avait sorti sa baguette magique et la pointait droit sur une fouine qui tremblait de tout son corps sur le sol recouvert de dalles, à l'endroit exact où s'était trouvé Malfoy quelques instants auparavant. Un silence terrifié régna soudain dans le hall. À part Maugrey Fol Œil, personne n'osait faire un geste. Maugrey regarda Harry de son œil normal, l'autre étant tourné vers l'arrière de sa tête.
- Tu as été touché ? grogna Maugrey de sa voix grave et rocailleuse.
- Non, répondit Harry, il m'a raté.
- LAISSE-LE ! s'écria l'ex auror.
- Laisse quoi ? demanda Harry hagard.
- Pas toi, lui ! gronda Maugrey en montrant du pouce pardessus son épaule Crabbe, qui venait de s'immobiliser au moment où il s'apprêtait à ramasser la fouine.
Apparemment, l'œil mobile de Maugrey était magique et lui permettait de voir derrière sa tête. Maugrey s'avança en boitant vers Crabbe, Goyle et la fouine qui poussa un couinement terrifié et fila vers l'escalier qui menait au sous-sol du château.
- Non, pas par là ! rugit Maugrey en pointant à nouveau sa baguette magique sur la fouine qui fit un bond de trois mètres, retomba avec un bruit sourd sur le sol, puis s'éleva à nouveau dans les airs. Je n'aime pas les gens qui attaquent par-derrière, grogna-t-il, tandis que la fouine faisait des bonds de plus en plus hauts en lançant des cris de douleur. C'est lâche, c'est minable, c'est répugnant… – La fouine fut à nouveau projetée en l'air, agitant inutilement sa queue et ses pattes – Ne… refais… jamais… ça ! lança-t-il en détachant chaque mot au rythme des bonds et des chutes de la fouine.
- Professeur Maugrey ! s'exclama une voix d'un ton scandalisé.
Le professeur McGonagall descendait l'escalier de marbre, les bras chargés de livres.
- Bonjour, professeur, dit calmement Maugrey, qui continuait de faire bondir l'animal de plus en plus haut.
- Que… Qu'est-ce que vous faites ? balbutia le professeur McGonagall en suivant des yeux l'animal qui se tortillait dans les airs.
- J'enseigne, répondit-il.
- Vous ens… Maugrey, c'est un élève ? s'écria le professeur McGonagall d'une voix suraiguë en laissant tomber ses livres par terre.
- Ouais, dit Maugrey.
- Non ! hurla McGonagall qui dévala l'escalier, sa baguette magique en avant.
Un instant plus tard, il y eut un craquement sonore et Draco Malfoy réapparut, recroquevillé sur le sol, ses cheveux blonds et soignés tombant sur son visage qui était devenu d'un rosé brillant. Il se releva en faisant la grimace.
- Maugrey, nous n'avons jamais recours à la métamorphose pour infliger des punitions ! dit le professeur McGonagall d'une voix faible. Le professeur Dumbledore vous l'a sûrement précisé ?
- Il y a peut-être fait allusion, c'est possible, répondit Maugrey en se grattant le menton d'un air indifférent. Mais j'ai pensé qu'un bon traitement de choc…
- Nous donnons des retenues, Maugrey ! Ou nous parlons avec le responsable de la maison à laquelle appartient l'élève fautif !
- D'accord, c'est ce que je ferai, dit-il en regardant Malfoy d'un air dégoûté. Malfoy, dont les yeux pâles étaient encore humides de douleur et d'humiliation, lança un regard hostile à Maugrey et marmonna quelques paroles inaudibles, parmi lesquelles seuls les mots « mon père » furent prononcés distinctement.
- Ah ouais ? dit tranquillement Maugrey en avançant d'un pas claudicant, ponctué par le claquement régulier de sa jambe de bois qui résonnait dans tout le hall. Je le connais depuis longtemps, ton père, mon bonhomme… Tu n'as qu'à lui dire que Maugrey surveille son fils de près… Dis-lui ça de ma part… Le responsable de ta maison, c'est Rogue, non ?
- Oui, répondit Malfoy d'un ton hargneux.
- Encore un vieil ami, grogna Maugrey. Ça fait longtemps que j'ai envie de bavarder avec le vieux Rogue… Allez, viens un peu par là…
Il saisit Malfoy par le bras et l'entraîna en direction du sous-sol. Le professeur McGonagall les regarda s'éloigner d'un air anxieux, puis elle agita sa baguette magique vers ses livres qui reprirent tout seuls leur place entre ses bras.
- Ne me parlez surtout pas, dit Ron à voix basse en s'adressant à Harry et à Hermione, lorsqu'ils furent installés à la table des Gryffondor. Tout autour d'eux, les élèves commentaient d'un air surexcité ce qui venait de se passer et moi qui m'installais en silence à côté d'Hermione.
- Et pourquoi est-ce qu'on ne doit pas te parler ? s'étonna cette dernière.
- Parce que je veux graver ça à tout jamais dans ma mémoire, répondit Ron, les yeux fermés, une expression d'extase sur le visage. Draco Malfoy, l'extraordinaire fouine bondissante…
Nous éclatâmes de rire tandis qu'Hermione remplissait nos assiettes de ragoût de bœuf.
