...

Bonsoir les gens !

J'espère que vous allez bien ! Moi je suis HS, à cause de ma rentrée et mon manque de sommeil, c'est ce pourquoi je ne m'éterniserai pas aujourd'hui !

Je suis toujours très heureuse de voir que cette fiction suscite votre intérêt, et pas mal de vos questionnements farfelus, aussi. Vous me faîtes rire.

Merci pour toutes vos alertes, tous vos favoris ou bien vos messages. Ici ou sur Facebook, vous êtes géniales ! :)

Réponses aux non-inscrites ;

Kik : Merci à toi de me lire, surtout. :) Bonne lecture.
Célie : Je doute que tu viennes jusqu'ici étant donné que tu as déjà lu ce qui allait s'y passer.. Il va falloir que tu attendes la suite, maintenant. Pauvre nulle sans œil.
Marine Larriven Lafi : Ah, très heureuse que ça te plaise toujours. Yep, Emmett se reprend petit à petit, contrairement à un Edward toujours aussi mystérieux et lunatique. Il va falloir un peu de patience. Bonne lecture à toi ! :)
Lulu : Ah, ta review m'a faite très plaisir. Oui, comme tu sembles l'avoir compris.. L'esclavage n'est pas tout à fait aboli, certaines mentalités n'ont toujours pas évoluées. Alors que nous le vivons très bien dans notre petit confort, beaucoup en souffre, et parfois même en silence. C'est malheureux. Le père de Bella lui en veut de ne rien avoir dit, et puis même.. Il déteste que sa fille soit impliquée dans une bagarre d'une quelconque manière que ce soit. Tu verras. La suite est juste en dessous. Bonne lecture. :)
Just-S : Haaan, tout le monde en veut au principal, maintenant. Mais nooon, Charlie est quelqu'un de bien, vous verrez. Moi je l'aime beaucoup. Très heureuse qu'Emmett soit remonté dans ton estime, il le mérite ! Quant à Edward et sa conversation avec Banner.. Mouhahaha. Je ne dirai rien de plus. J'espère que le chapitre qui suit te plaira. On y voit pas beaucoup Edward le space. :) Ah, et merci pour avoir lu mon OS ! Mais dis moi.. Comment t'as su que j'en avais posté un ? T'es pas inscrite sur FF, si ? Je t'ai sur Facebook ? M'enfin.. Quoi qu'il en soit, merci beaucoup, ça m'a fait plaisir ! Bonne lecture. :)
Lisa : Bien sûr qu'Emmett c'est le meilleur ! Quelle question. x) Jasper.. Ne cherche pas à le comprendre, va ! Il est spécial, parfois. Pour ce qui est d'Angela et Mona.. H e u r k. Edward, Edward.. Un peu de patience pour son histoire. A supposer qu'il en ait une. T'imagine c'est un gros connard juste parce qu'il aime bien être un gros connard ? La rage. En tout cas.. Merci d'être là, la sauterelle ! Peeeeace.
Laurie : Yep ! Emmett en a marre d'être con ! Déjà un ! Et pas des moindres. *Sourit niaisement* En tout cas voici la suite, Miss. Bonne lecture ! :)
Nodame : Ah, très heureuse que cette fiction te plaise, Miss ! Ca fait plaisir de voir une nouvelle lectrice, en effet. Tout ce que tu dis me fait très plaisir, je suis contente de voir que cette fiction t'attire ! Donc tu rejoins la team Jella ? Je note, je note. Tu verras, si tu restes parmi nous, tout ce qui concerne Edward et la famille de Bella.. Un peu de patience. :) Prends soin de toi et bonne lecture, Miss. :)
Laura : On ne peut pas dire que tu auras eu à attendre longtemps.. Je viens de recevoir ta review. Voici la suite, j'espère qu'elle te plaira autant que semble t'avoir plu le début de cette fiction. Bonne lecture ! :)
Larme de phenix : Si tu passes par là.. Sache que ta review sur mon nouvel OS m' a fait très plaisir ! Tu as été l'une des premières et ça m'a rassurée, vraiment. :) Par contre « merveilles », c'est un bien grand mot. ^^' M'enfin, quoi qu'il en soit.. Merci de me lire ! =D

Voilà pour ça..

Je ne m'attarde pas davantage. Si vous le souhaitez, j'ai publié un nouvel OS. " Don't Worry, Be Happy. ", peut-être vous intéressera-t-il.

M'enfin, je vous laisse à votre lecture et vous invite à me rejoindre en bas.

Un coucou à toutes les folles qui me suivent et m'entraînent dans leur délire, et encore une fois.. Un très joyeux anniversaire à ma chérie Aurore ! :D

Les personnages, ou du moins une partie d'entre eux, sont à S.M. Le contexte est toujours à moi, lui. :)

HAKUNA MATATA ! =D


.*oOo ~ Un homme, Jean Dutourd, a dit un jour ; « Le racisme consiste à condamner un homme au nom de la seule chose dont il n'est pas responsable : son origine, sans tenir compte de ce qu'il a fait, de ce qu'il s'est fait, de la valeur qu'il représente. On peut dire que c'est la plus stupide de toutes les passions. » . ~ oOo*.


Point de vue Yemma

- Je pensais que tu étais là jusqu'à lundi.

- Je le pensais aussi. Mais apparemment je suis demandé à Denver, pour quelques jours seulement. Je ne peux pas refuser.

Je baissai les yeux devant Jackson, ne voulant pas exprimer le fond de ma pensée. A quoi bon servirait de le faire se sentir mal ? Il partirait, de toute façon.

- Quand dois-tu t'en aller ? Demandai-je cependant.

- D'ici ce soir, Mima.

J'aurais voulu sourire à ce surnom, mais je n'en fis rien, peinée qu'il ait déjà à retourner travailler.

- Ca ira, avec les enfants ? Tu arriveras à gérer Bella ?

Je secouai la tête devant ces mots.

- Kenza n'est clairement pas celle qui me donne du pain sur la planche. Tout ira bien.

- Je ne veux pas qu'elle fasse des bêtises.

- Arrête, Jackson. Qu'est ce qu'elle aurait dû faire, hein ? Laisser son frère se faire taper ? Elle n'a pas été élevée comme ça.

- Frapper les autres alors qu'elle vient d'arriver, ce n'est pas non plus une solution.

- Tu sais très bien qu'elle n'est pas violente. Elle est surprotectrice, peut-être, mais pas violente. Au contraire. Ne lui reproche pas quelque chose que tu as tenu à lui inculquer, à elle et aux garçons, dès leurs plus jeunes âges. Car ce serait toi, le fautif.

Je sortis de la cuisine, afin de rejoindre l'étage en vitesse, m'arrêtant en apercevant ma fille, sur le bord des escaliers. Elle avait tout entendu, sans aucun doute. Elle se releva à mon apparition, avant de partir dans sa chambre, sans un mot. Je fis la moue en la voyant faire, décidant de ne pas la rejoindre tout de suite. J'allai donc préparer les affaires dont j'avais besoin pour aller chez Madame Esmée. Une fois ceci effectué, je frappai à la porte des garçons, mais n'obtins aucune réponse. J'osai ouvrir la porte de leur chambre, pour finalement constater que cette dernière était vide. Je ne les avais pas entendus sortir. Je me dirigeai vers la chambre de Zachary, et, cette fois-ci, eus une réponse.

- Oui ?

J'entrai dans la chambre de mon fils, pour constater que celui-ci était devant son ordinateur portable, le visage fermé. Sa main droite était posée sur son épaule gauche, son bras barrant son torse avec fermeté.

- Qu'est ce que tu fais, mon fils ? Questionnai-je.

- Rien, Maman, je prépare un ou deux films, pour les regarder ce soir.

- Tu as mal ?

- Non, je vais bien.

- Tu veux en parler ?

- Non plus, Maman.

Je fis une moue attristée devant son petit sourire d'excuse, avant de dire.

- Je vais travailler. Ca ira ?

- Oui, Maman.

- Prends bien tes cachets, d'accord ?

Il hocha la tête, sans un mot de plus, et je ne tardai pas davantage. Je refermai sa porte avec douceur, afin de me diriger vers la chambre de ma fille.

- Entre, Yemma, entendis-je avant même que je ne frappe à la porte.

Je pénétrai la pièce, osant un sourire, alors que ma petite fille se tenait sur le bord de la fenêtre ouverte. Elle me lança un regard bref, un semblant de sourire se dessinant sur ses lèvres alors que déjà elle rabaissait les yeux avec honte. La savoir dans cet état m'embêtait. Je savais tout à fait qu'elle n'était pas celle à blâmer, dans cette histoire. Mais je savais également que le lui dire ne changerait rien, que de toute façon, c'était les paroles de son père dont elle avait besoin. Cependant, je ne pus m'empêcher de lui souffler.

- Ne le prends pas comme ça, Kenza.

Ma fille ne répondit pas, ses yeux observant sa main bandée.

- Tu sais très bien qu'il a toujours du mal, lorsqu'il s'agit de toi. Il n'aime pas savoir que tu es liée à une bagarre, d'une quelconque manière que ce soit. Alors savoir que ça fait la deuxième fois que tu te bats, ça l'a pris au dépourvu.

- Je suis désolée, souffla Bella.

- Ne le sois pas, Chérie.

Je m'approchai de la fenêtre, et passai la main dans les boucles de ma fille.

- Tu n'as même pas parlé, dans le bureau.

- Je n'avais rien à dire.

- Il faut que tu saches que tu as bien agi, avec ton frère, tout à l'heure. Je suis fière de ce que tu as fait, n'en doute pas.

- J'ai déçu Papa, dit Isabella, les larmes aux yeux.

J'observai ma fille, qui semblait si triste à la simple idée de décevoir Jackson. Elle avait toujours été comme ça. Son père avait une place spéciale, un statut particulier, dans son estime. Rien ni personne n'arriverait à changer ça.

- Tu ne l'as pas déçu, Bella. Ne t'en fais pas, pour ça.

- Je ne voulais pas que ça se passe comme ça, s'expliqua-t-elle. Simplement que j'ai rien pu faire, quand j'ai vu Zack se faire taper.. C'est instinctif. Regarde le résultat, du coup.. Papa est déçu, et Zachary m'évite. Qu'est ce que j'aurais dû faire, Yemma ?

Je pris ma fille dans mes bras devant son air perdu. La serrant contre mon cœur, alors que je sentais ses bras s'agripper maladroitement à ma taille. Je déposai un baiser sur le sommet de son crâne, et consentis à lui dire.

- Tu as agi comme il le fallait, Kenza. N'en doute pas. Pour ce qui est de ton père et de ton frère, ne t'en fais pas, ça leur passera.

Isabella ne parla pas davantage, se contentant de me serrer contre elle. Je restais une dizaine de minutes dans sa chambre, en silence, avant de la quitter à regret. Je m'arrangeais avec elle pour qu'elle s'occupe du repas, en lui disant que je ferai en sorte que son père ne soit pas dans la cuisine pour la prochaine heure.

Une fois ça de fait, je rejoignis le rez de chaussée, prête à partir.

- Je ne serai pas là, quand tu reviendras, entendis-je.

Je me tournai vers mon mari, qui se tenait sur le pas de la porte de la cuisine, alors que j'avais la clenche de la porte d'entrée dans la main. Je baissai les yeux, attristée à l'idée qu'il serait absent pour ces prochains jours.

- Ne m'en veux pas..

- Je ne t'en veux pas, affirmai-je. Je comprends.

- Ne pars pas fâchée, fit Jackson.

Il s'approcha de moi, me prenant dans ses bras avec douceur, et je ne pus m'empêcher de dire.

- Fais-en de même. Kenza va se sentir mal, si tu t'en vas avec ces reproches que tu lui as faits.

Mon mari fit la moue, pour finalement souffler.

- Je lui parlerai tout à l'heure.

- Merci.

Nous restâmes un instant supplémentaire ainsi, avant qu'il ne pose un simple baiser sur ma tempe, ses mains entourant mon visage.

- Va, Mima. Je t'appelle dès que je suis arrivé.

- Fais attention à toi, je t'en prie.

- C'est d'accord. Fais-en de même.

J'hochai la tête, et partis lentement suite à ceci. Je pris la route, mes pensées tournées vers mon mari, et mes enfants. Mon cœur se serra de manière douloureuse quand je pensais à Derek. Dans la dernière lettre que j'avais reçue de mon fils, il me disait que tout allait bien, pour lui. Que je n'avais pas à m'inquiéter.

Bon sang..

Comme s'il était possible que je reste sereine alors qu'il était au front. Mon propre fils, à la guerre. Il était tout bonnement inenvisageable que je sois un jour en paix avec cette idée. Derek me manquait plus que je n'osais le lui écrire. J'avais toujours l'impression d'avoir mal agi, avec lui. Que s'il avait décidé de s'engager dans l'US Army, c'était pour fuir la maison. Me fuir. Me punir, d'une certaine façon.

- Hey, Nawel.

Je me tournai vers la source de la voix, et reconnus de suite Madame Esmée.

- Oh ! Madame Esmée, désolée, je suis en retard. J'ai dû rester un peu plus à la maison, Kenza avait besoin de moi. Je me presse, je me presse !

Et comme pour illustrer mes propos, j'accélérai le pas.

- Heeey, non, ne t'en fais pas pour ça. Ralentis plutôt, profitons du soleil toutes les deux.

Je regardai Madame Esmée, quelque peu surprise par son comportement, mais son sourire me rassura.

- Vous avez terminé de travailler pour aujourd'hui ? Questionnai-je alors qu'elle me rattrapait doucement.

- Oui et non, je reprends mon service dans quatre heures. Alors je profite un peu du soleil en attendant.

- Je tenais à vous remercier, pour mes enfants, tout à l'heure. C'est vraiment gentil à vous Madame Esmée de vous..

- « Tu », Nawel. C'est « tu ». Et c'est Esmée, aussi. Pas besoin de Madame, tu ne crois pas ?

Je souris maladroitement, ne sachant pas réellement comment réagir.

- Et pour tes enfants, tu n'as pas à me remercier pour ça. Au contraire, aussi bizarre que cela puisse paraître au vue des circonstances, je suis très contente de les avoir rencontrés. Du moins deux d'entre eux.

Mon sourire se fit plus franc à la phrase de mon employeuse.

- J'espère qu'ils ont été gentils.

- Adorables, assura Madame Esmée.

- Il faudra que je remercie Monsieur Edward de les avoir accompagnés jusqu'à l'hôpital.

- Oh, tu sais.. Je ne suis même pas sûre qu'Edward soit à la maison à l'heure qu'il est. Surtout s'il sait que je ne suis pas en service.

Esmée Cullen baissa la tête une seconde à l'entente de ses propres paroles, et mon cœur se serra douloureusement pour cette femme en peine. Du peu que je l'avais vu, Monsieur Edward ne semblait pas être très présent. Ni même très affectueux, avec sa mère. Ce que je ne comprenais pas, car Monsieur et Madame Cullen étaient tout simplement charmants.

Nous arrivâmes à la villa des Cullen dans un silence presque monacal et Madame Esmée poussa la grande porte de bois en m'invitant à entrer. Je la suivis dans son grand jardin en refermant la porte de la propriété derrière moi, et Esmée Cullen nous fit directement nous diriger vers la maison. Encore une fois, elle me tint la porte, en disant.

- Tu veux boire quelque chose, Nawel ?

- Vous ne voulez pas que je me mette au travail tout de suite ? Contrai-je.

- Non, nous pourrons nous y mettre après. Il n'y a pas grand-chose à faire ce soir.

Je notai le « nous », alors que Madame Esmée m'invitait à la suivre dans la cuisine. Je pris place à la petite table blanche à sa demande, tandis qu'elle me proposait un thé glacé. Nous discutâmes de tout et de rien près d'un quart d'heure. Je devais avouer que Madame Esmée semblait tout à fait extraordinaire. Elle était la gentillesse même. Son travail en temps que chirurgien spécialisé en pédiatrie en témoignait. J'étais heureuse d'avoir été engagée par elle.

- Nous allons commencer, tu veux ? Demanda-t-elle en posant sa tasse de café, désormais vide, sur la table.

- De suite, Madame, répondis-je en me levant.

J'attrapai sans attendre sa tasse ainsi que la mienne, et me dirigeai vers l'évier.

- Nawel..

- Oui ?

- Laisse, il y a le lave vaisselle, pour ça.

- C'est vrai.. J'oublie. Désolée.

- C'est rien. Alors, par quoi veux-tu commencer aujourd'hui ?

- Et bien, je ne sais pas. Je crois savoir que l'étage est à aspirer, et Monsieur Carlisle m'a demandé de m'assurer qu'une de ses blouses soit mise dans son bureau. Vous avez d'autres idées ?

- Je pensais faire les vitres, aujourd'hui. Qu'en dis-tu ?

- Je vais faire ça.

J'essuyai mes mains humides, alors que Madame Esmée rangeait les tasses dans le lave-vaisselle. J'allai chercher les produits dont j'avais besoin dans le placard du couloir, et sortis par la même occasion l'aspirateur des Cullen. Alors que je m'apprêtais à le monter à l'étage, je sentis l'appareil m'être pris des mains, et Madame Esmée me dit en souriant.

- Laisse, je vais m'occuper de ça. Tu n'as qu'à prendre les produits, ainsi que deux chiffons.

- Je n'en ai besoin que d'un, assurai-je.

- Je prendrai le deuxième.

Sur ces mots, Madame Esmée escalada les premières marches. Je ne relevai pas, n'ayant pas mon mot à dire face à ses paroles. Une fois que j'eus attrapé tout ce dont j'avais besoin, je rejoins la maîtresse de maison à l'étage supérieur. Celle-ci était déjà en train de sortir le fil de l'aspirateur, même si elle s'emmêlait un peu les pinceaux, il fallait l'avouer.

- Je crois qu'il y a un nœud, me confia Madame Esmée.

- A vrai dire, je pense que si vous leviez votre pied droit, le fil ne serait plus bloqué.

Esmée Cullen rougit en se déplaçant sur sa droite, libérant ainsi le fil de l'aspirateur. Je souris alors qu'elle arrivait à le brancher, cette fois. Elle appuya sur le bouton permettant à l'appareil de démarrer, et je refis pression sur ce dernier.

- Madame.. Je crois savoir que vous m'avez engagée pour que ce soit moi, qui m'occupe du ménage. N'est ce pas ?

- Nawel.. Nous avons déjà discuté toutes ces broutilles du « tu » et du « Madame ». Ensuite.. Je.. C'est vrai que je t'ai engagée pour ça. Mais j'aime ménager avec toi. Alors je propose que nous nous partagions le travail, non ?

- Est-ce que j'ai le choix ?

Mon employeuse sourit, haussant les épaules avant de répondre.

- Je suppose que non. Mais si tu veux vraiment que je te laisse travailler seule, je le fais. Enfin.. Je veux dire.. Je pense que tu es libre de travailler comme tu l'entends.. Alors si tu veux que.. Enfin, c'est toi qui vois. Juste que je n'ai rien à faire à part ça.. Edward ne voudra pas.. Et je reprends dans plusieurs heures, donc..

- Laissez. Mais dans ce cas il faudra baisser mon salaire. Si je ne fais que la moitié du travail, je ne vois pas pourquoi je serais payée de la même façon qu'un travail plein.

Madame Esmée secoua la tête, le sourire aux lèvres.

- Je crois que pour ça, par contre, c'est moi qui verrai.

- Hmm.

- Je vais peut-être aller commencer les vitres, en fin de compte, tu veux bien t'occuper de l'aspirateur ?

- Sans problème.

J'attrapai le manche de l'engin, alors que déjà Esmée Cullen s'en allait au fond du couloir.

Passer l'aspirateur était apaisant, en soit. C'était un peu comme noyer ses problèmes dans le bourdonnement de la machine, tout en pouvant penser davantage. Se recentrer. C'était assez difficile à décrire, et en y réfléchissant, ce n'était même pas intéressant de le faire.

Le fait est que passer l'aspirateur chez les Cullen n'était vraiment pas quelque chose qui me dérangeait. J'avais déjà presque fini lorsque j'entrais dans la chambre du jeune Edward. Je fus surprise de voir qu'il était là, bien que ma surprise fut au maximum quand une fille à lunette se mit à crier. J'éteignis de suite l'appareil, gênée.

- Désolée, je pensais qu'il n'y avait personne, m'excusai-je de suite.

- Personne ne vous a appris à frapper ? S'agaça la jeune amie de Monsieur Edward.

- C'est-à-dire que ..

- Qu'est ce qui se passe, ici ?

Je me tournai pour voir arriver Madame Esmée, sûrement alertée par les cris de la camarade de son fils.

- Angela ? Pourquoi est ce que tu cries comme ça ?

Mon employeuse regarda son fils, toujours assis sur son lit, alors que la dite Angela restait figée sur ses deux pieds, devant la porte fenêtre de la chambre. Elle portait une robe très courte d'un rouge couleur sang, alors que ses cheveux bruns étaient relevés en un chignon serré. Elle tenait un paquet de chips, une de ses mains toujours dans le paquet.

- J'ai été surprise par l'entrée de.. ça, répondit-elle à Madame Esmée. De .. Cette personne.

Il n'était pas difficile de voir que dire ces mots venaient de lui coûter. Je ne préférais même pas relever, dans des situations telles que celles-ci.

- Laissez, Madame. C'est moi qui suis en tort, je pensais Monsieur Edward parti.

Esmée Cullen opina d'un simple signe de tête, hésitant à partir, ce qu'elle fit finalement avec lenteur.

- Monsieur, vous voulez que j'aspire votre chambre ?

Edward Cullen n'eut pas le temps de répondre que déjà la jeune Angela laissait tomber son paquet de chips, faisant se répandre dans la pièce une multitude de miettes. La brune ne sourcilla même pas, se contentant de me fixer d'un air hautain. J'osai regarder en biais Monsieur Cullen, qui semblait figé.

- Je crois qu'il faudrait en effet que tu y passes un coup d'aspirateur, dans cette chambre, souffla la camarade de ce dernier.

J'haussai un sourcil, pensant à la manière dont je lui aurais répondu, si je n'étais pas ici, chez mes patrons.

- Nawel ? Appela Madame Cullen. Ne t'occupe pas de la chambre d'Edward. Il est assez grand pour passer un coup d'aspirateur tout seul.

Je baissai la tête, quelque peu embêtée pour Monsieur Edward, avant de finalement sortir de la chambre de celui-ci. Je refermai cette dernière derrière moi, encore un peu choquée. Pour qui se prenait donc cette petite peste ?

[…]

- Mince, j'ai oublié la blouse de Carlisle.

- Ce n'est pas grave, Madame, je vais le faire. Vous devriez y aller, sinon vous arriverez en retard.

- Merci, Nawel. Il y en a une à l'étage, dans le placard de ma chambre.

- C'est d'accord, Madame. Je vais faire ça de suite, et puis je rentrerai après.

- Je peux encore te demander un service, Nawel ?

- N'importe quoi.

- S'il te plaît, arrête de m'appeler Madame. Appelle-moi Esmée.

- Bien.. Je-Je vais essayer.

- Tu penses que si je te demande de me tutoyer en plus, c'est de l'abus ? Sourit-elle.

Je souris également, avant de répondre.

- Je suis désolée, juste que je ne sais pas encore comment agir avec vous.

- Et bien n'y réfléchis pas, et agis avec des « tu ».

Je ne pus m'empêcher de sourire à nouveau.

- Cette fois-ci, j'y vais. Merci encore pour aujourd'hui, Nawel. On se voit demain ?

- Demain, assurai-je.

- Bonne soirée à toi, alors.

- Bonne soirée à vous aussi.

Elle tiqua sur le vous, avant de refermer la porte d'entrée, secouant la tête alors qu'un petit sourire amusé dessinait ses lèvres. Je n'attendis pas longtemps pour me rendre à l'étage et allai chercher la blouse de Monsieur Carlisle. Quand j'eus déposé la dite blouse dans le grand bureau du père de famille, je sortis de la pièce. Je traversai le couloir, et m'arrêtai avec hésitation devant la porte de chambre de Monsieur Edward. Après quelques secondes d'immobilité, je portai trois petits coups contre la porte de bois. La brune était partie il y avait maintenant une demi heure, et j'en profitai.

- Oui ?

Je pénétrai doucement la pièce, gênée de me présenter ainsi.

- Monsieur Edward.. Je peux vous parler un instant ?

Il ne dit mot, et je me lançai sans attendre.

- Je voulais vous remercier, pour avoir amené mes enfants à l'hôpital tout à l'heure. Kenza ne m'en a pas vraiment parlé, ni même Zachary.. Mais votre mère m'a dit ..

- Kenza ?

- Bella. Je.. Je la surnomme Kenza. Mais oui, pardon, je voulais dire Bella.

- Intéressant comme surnom.

J'esquissai un petit sourire, et j'eus l'impression qu'Edward Cullen allait parler, mais à la place, son visage se ferma, et il dit.

- C'est normal, pour tout à l'heure. Enfin, je veux dire.. J'ai pas réfléchi.. Et, je .. Enfin. De rien.

J'opinai simplement, ne voulant pas l'embêter plus longtemps. Cependant, alors que j'allais sortir de la chambre, je demandai.

- Voulez vous que j'aspire les miettes de chips, Monsieur ?

Edward Cullen me regarda longuement, une certaine lueur dans les yeux, avant de finalement répondre.

- Non, je te remercie, je vais le faire, Nawel.

- Votre mère a laissé un plat dans le micro onde, peut-être puis-je vous le faire réchauffer ?

- Je mangerai plus tard. Je n'ai pas faim pour le moment.

- Comme vous voulez.. Dans ce cas, je vous souhaite une bonne soirée, Monsieur.

- Merci.. A toi aussi.

J'acquiesçai d'un dernier sourire, avant de sortir de cette grande demeure. Malgré le décor chaleureux, j'avais bien l'impression que cette maison était emplie d'une tristesse qui ne m'était pas inconnue. Le seul point commun que j'avais trouvé à Esmée Cullen et son fils, pour le moment, était leur même sourire fané.

Point de vue Bella

Je me séchai les mains, avant de ranger le produit vaisselle. Aaron et Jeff étaient partis sur la plage, alors que Zachary était remonté sans un mot dans sa chambre. Quant à mon père, lui s'occupait à préparer ses valises. Je supposais qu'il repartait au travail pour quelques jours. Le repas s'était fait en silence, pour ma part. Aaron alimentant toutes les discussions à lui tout seul. C'était d'ailleurs hallucinant, au vue de ce qu'il arrivait à avaler en même temps. Zachary n'avait pas décroché un mot, et je n'avais pas osé relever les yeux, de peur de croiser la déception qu'affichaient ceux de mon paternel.

Je poussai un petit soupir, et allai dans le jardin. Je fis demi-tour en apercevant les étendoirs à linge vides de tous vêtements, et décidai de vider la machine à laver. Etendre la machine fut rapide, bien que j'eus un peu de mal à canaliser l'élan joueur de Keops, désormais habitué à sa promenade crépusculaire. Une fois la bassine vide à nouveau vide, je la remis sur la terrasse en construction, et appelai mon chien. Il était dans les alentours de vingt heures, et Yemma n'était toujours pas rentrée, ce qui était normal, en soit.

- On va aller se foutre sur le sable, mon gros, dis-je à Keops alors que déjà nous étions en train de marcher sur la plage.

Le chien me suivit en silence, et je sursautai en sentant deux bras s'enrouler autour de ma taille. Je n'eus pas peur du tout, reconnaissant l'odeur rassurante de Jefferson parmi mille, alors que derrière lui s'élevait :

- T'as mis ton écran total, Blanche Neige ? Ta peau de blanche n'est pas faite pour le soleil, tu sais.

- Ma peau de blanche t'emmerde, mon frère.

- Tu vas me taper, moi aussi ? Comme ce cher Mike Newton ?

Je soupirai, et Jefferson, qui se détachait de moi, dit à Aaron.

- Arrête de la faire chier avec ça. Sinon c'est moi qui te tape.

- Mais non, on rigole.

- T'es le seul à rigoler, abruti.

Aaron se tut, et je remerciai Jeff d'un sourire. Mon aîné m'attrapa par les épaules, avant de se faire pousser par Aaron, qui mit à son tour son bras sur mes épaules.

- C'est à mon tour de la réconforter. Toi tu profites toujours du moment pour te faire passer pour le plus gentil, j'ai remarqué. Tout le monde sait que je suis le plus gentil.

- T'es le plus con, surtout.

- Peut-être. Mais je suis un con gentil.

Je souris malgré moi à la phrase de mon frère, et celui-ci en profita pour argumenter.

- Tu vois, elle sourit. C'est moi le gentil.

Jeff leva les yeux au ciel, et Aaron posa un baiser sur ma tempe.

- Tu sais très bien que je te charrie simplement, hein ? J'aurais agi pareil que toi, tout à l'heure. T'as des couilles d'être sortie par la fenêtre, si tu veux mon avis. On l'aurait pas tous fait.

- Je l'aurais pas fait, à ta place, ajouta Jeff.

- Tiens, tu vois, t'as plus de couilles que Jefferson, assura Aaron, avant de se rendre compte à haute voix. Ca craint.. Ca craint grave, même, Jeff. T'es une gonzesse ou quoi ?

- Arrête de parler comme un con, ou je te jure que je te pète une dent, à toi.

- Pourquoi t'es si énervée, ma Chérie, t'as tes règles, c'est ça ? J'ai plus de tampax sur moi, désolé. Bella, t'as un tampax, toi ?

Je ris à les entendre, alors qu'Aaron se détachait précipitamment de moi pour éviter les coups de Jeff. Ils coururent quelques mètres sur la plage, Keops aboyant sur leurs talons, ce qui me fit sourire. Après plusieurs instants de pseudo course, Aaron finit à genoux, du sable plein la bouche.

Il frappa Jefferson dans les abdos, pour la peine, avant de finalement rentrer à la maison en courant pour se rincer la bouche. Je grimaçai en imaginant la sensation que cela devait procurer, d'avoir du sable dans la bouche.

- Je crois pas qu'il va revenir, on allait rentrer, avant de te voir. Y a un match de basket dans dix minutes, fit Jeff.

- Dans ce cas, rentre toi aussi, lui dis-je.

Il me fit un petit sourire, s'approchant de moi afin de laisser un baiser sur ma joue, ses doigts agrippant ma taille avec douceur, avant de s'éloigner. Il se retourna au bout de quelques mètres.

- Au fait..

- Hm ?

- Je l'aurais peut-être pas fait.. Mais ça n'empêche que tu as eu raison de le faire. Même si Zack a l'air de pas trop apprécié.. Te prends pas la tête. C'est normal qu'il réagisse comme ça.. T'es une fille, tu peux pas le défendre sans lui foutre la honte, à son âge.. T'as eu raison de le faire, Bella. Ca aurait pu vraiment mal se passer.

Je souris à mon frère, quelque peu rassurée, et il me dit.

- Si tu rentres pas trop tard, viens avec nous, si tu veux.

- J'y penserai.

Jefferson me fit un petit signe, et partit en direction de la maison en courant. Je marchai quelques minutes, Keops à mes côtés, pour finalement m'asseoir en tailleur sur le bord de la plage. J'étais trop loin pour que les vagues m'atteignent, même si ça n'empêchait pas Keops de se baigner, pour venir me mouiller après. Le soleil n'était pas encore couché, sur Seabrook Island. J'observai le ciel aux différentes couleurs longtemps, avant d'entendre.

- C'est beau, n'est ce pas ?

Je me tournai sur la droite, pour voir mon père, et baissai les yeux, silencieuse. Je ne l'avais pas entendu arriver. Je ne l'entendais jamais arriver. Le silence dura quelques instants, simplement perturbé par le bruit des vagues qui s'écrasaient les unes contre les autres. Mon père prit place à côté de moi, sans un mot. Puis, au bout de quelques instants, il me dit.

- Je n'aurais pas dû réagir comme ça, Isabella. Je suis désolé.

Je gardai la bouche close face à ses paroles.

- Simplement que.. Je ne comprends pas. Je pensais que tout se passait bien, ici. Et là ton proviseur nous appelle pour nous dire que Zack est à l'hôpital, et que tu as frappé deux de tes camarades.. Tu n'es pourtant pas violente.

- Je ne le suis pas, en effet.

- Alors que s'est-il passé ?

- Il frappait Zachary, argumentai-je. Qu'est que j'aurais dû faire ? Attendre la fin des cours et aller voir s'il lui restait encore une ou deux dents ? Tu m'en aurais encore plus voulu, pour faire ça.

- Attention, je ne t'en veux pas. Je n'ai jamais dit ça.. Juste que.. J'ai été choqué. De plus, Monsieur Swan nous dit que ce n'est pas la première fois que tu te bats.. Je n'étais pas au courant de ça. Tu en as parlé à ta mère ? Elle ne m'a rien dit, à ce sujet.

- Elle n'était pas au courant, non plus. Personne ne l'était.

Bien sûr, j'occultai volontairement Aaron. Mon frère m'avait couverte, et je me devais d'en faire de même dans ce genre de situation.

- Qu'est ce qui se passe, Bella ?

Je relevai les yeux vers mon père, et croisai son regard brun. Déstabilisée par un regard si franc, je détournai la tête, mais Jackson m'en empêcha. Sa main attrapa mon menton avec délicatesse, alors qu'il m'obligeait à lui faire face.

- Tu me le dirais, si quelque chose n'allait pas, n'est ce pas ? Questionna mon père.

Que faire ?

Alors que j'avais une subite envie de pleurer, je serrai les dents, refoulant ce chagrin inutile. Je pensai à ma mère, également. Elle semblait heureuse, ici.

- Bien sûr, mentis-je finalement.

Mon père fit la moue, avant de rapprocher mon visage du sien, afin de poser ses lèvres sur mon front. Je fermai les yeux sous la caresse alors que mon père me rapprochait de lui. Il passa son bras sur mes épaules, embrassant ma tempe de nouveau.

- La prochaine fois qu'il y a un problème, ne tape pas. Quelles que soient les injures que l'on t'adresse. Tes mots restent ta plus grande défense. Les coups sont trop souvent portés, chez les Hommes. Ne deviens pas celle qui ne répond que par ses poings, mais celle qui réfléchit aux blessures que ses mots vont causer avant de parler. Beaucoup pense que le but, dans une bagarre quelconque, c'est de gagner. Mais si tu gagnes et que ton adversaire reste aussi stupide qu'il ne l'était avant, ça ne sert à rien, tu auras perdu, d'une certaine façon. Par contre, si tu les fais réfléchir, là, tu gagnes quelque chose. Bien sûr, ça n'est pas facile, et ça ne fonctionnera pas à tous les coups.. Mais tu peux toujours essayer.

Je gardai le silence, réfléchissant aux paroles de mon père. Il n'avait pas tort du tout, même si la simple idée d'appliquer ses paroles me fatiguait. Comment faire réfléchir Angela Weber ?

- Je vais partir, quelques jours. Je ne sais pas quand exactement je reviendrai. Tu t'occuperas de ta mère, pour moi ?

- Naturellement.

- Bien.. Je ne vais pas tarder. Je venais juste te voir, avant de prendre la route.

Il se détacha de moi, afin de se remettre sur ses pieds, et j'en fis de même.

- Dans ce cas, il ne me reste plus qu'à te souhaiter un « bonne vacances » anticipé, ma Chérie.

- Je ne compte pas rester à rien faire, tu sais, Papa. Je vais essayer de me trouver un job d'été.

- Vraiment ?

J'hochai la tête, et mon père esquissa un sourire.

- Tâche tout de même de profiter de quelques grasses matinées. Ce n'est pas comme si tu n'étais pas une grosse dormeuse, Isabella McCarthy.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, souris-je.

Mon père rit, avant de dire.

- Bien sûr que non. Va t'amuser, va. Pourquoi n'irais-tu pas promener ton chien un peu plus loin que cette bonne vieille plage ?

- Je peux ?

- Evidemment. Mais fais en sorte qu'il te suive, ou sinon tu prends la laisse, je ne veux pas que tu t'attires des problèmes.

- T'en fais pas, Keops m'écoute très bien.

- Dans ce cas ..

Mon père s'approcha de moi, et déposa un léger baiser sur mon front.

- Prends soin de toi, ma toute petite.

- Prends soin de toi aussi, Papa.

Après un dernier sourire, mon père s'en alla. Je le regardai remonter la plage sous le soleil couchant, jusqu'à ce qu'il disparaisse. Je posai à nouveau les yeux sur mon chien, un peu plus loin, celui-ci attendant visiblement que je dise quelque chose.

- Tu veux qu'on aille faire un tour un peu plus loin, toi ? Moi je pense que c'est pas mal. Mais tu t'éloignes pas, et tu parles pas aux gens que tu connais pas, okay ?

Keops aboya faiblement, et je souris. L'idée qu'il me comprenait me faisait plaisir, même si je doutais que ce soit réellement probable. Cependant, nous nous mîmes en route , et très bientôt, nous rejoignîmes les trottoirs bétonnés. J'avais exploré Seabrook Island sans réellement le faire. Quelque part, je n'avais pas été attirée par cette ville, à cause de ces habitants, je le savais.

Je rencontrai plusieurs personnes, tous s'éloignant à cause de Keops, que je gardais au pied à chaque fois. Heureusement pour moi, Keops était très bon chien. Il n'était pas agressif pour un sous, ou du moins pas sans avoir une raison valable. Il ne montrait jamais les dents à quiconque, n'aboyait que très rarement, et savait se tenir les trois quart du temps.

Il était maintenant presque vingt deux heures, et je pensais sérieusement à rentrer. Seulement, mon regard s'arrêta sur la Jeep rouge, sur le parking près de la plage. Je l'avais déjà vu au lycée, sans aucun doute. Mais dans les mains de qui ? Sans réfléchir, je m'approchai du véhicule, le contournant, ma main passant sur le capos froid, afin d'observer le chauffeur qui ne me regardait pas. Au pire, si c'était quelqu'un que je n'aimais pas, et qui ne m'aimait pas non plus, j'aurais prétexté courir après Keops, qui était maintenant de retour sur le sable, mais à la place, je reconnus cette carrure. Je retins un hoquet de stupeur lorsqu'Emmett Swan releva les yeux vers moi, faisant tomber la capuche de son sweat, qu'il avait jusqu'à présent sur le haut du crâne. Mon camarade était défiguré. Un de ses yeux était enflé, et l'on pouvait deviner que demain il serait orné d'un violet presque noir. Sa mâchoire était égratignée, alors que sa lèvre inférieure semblait fissurée. Sa pommette gauche était violacée, alors que du sang séché était encore sur son front.

Je grimaçai malgré moi, et me dirigeai du côté passager de la voiture. Emmett baissait les yeux, visiblement gêné que je l'aie surpris de cette manière, en si mauvaise état. Lentement, je frappai au carreau de sa voiture. Mon camarade ne bougea pas pendant plusieurs instants, et je me sentis mal. Mal d'être là à l'embêter alors qu'il ne voulait peut-être pas me voir. Cependant, au bout de ce qui me paraissait être une éternité, il attrapa les deux hanses d'un gros sac de sport posé sur le siège passager, avant de le faire basculer à l'arrière. Son bras s'étira, m'ouvrnt la portière de l'intérieur. J'osai m'asseoir à côté de lui, ne fermant pas la portière, au cas où.

- Emmett..

Mon camarade ne me regarda pas, et je levai ma main vers sa tempe enflée. Je posai avec toute la délicatesse du monde mes doigts froids sur sa peau brûlante de douleur.

- Qu'est ce qui s'est passé ? Questionnai-je dans un souffle.

Mon camarade tenta de sourire ironiquement, mais son faciès finit en grimace sous la douleur de sa lèvre fissurée. Il chuchota simplement.

- Bill Newton a appelé mon père, ce matin. Il n'était pas content que j'aie évincé son fils.

- Il t'a frappé ?

- Non, pas lui, souffla Emmett.

Je compris à l'expression de mon camarade qu'il n'avait pas vu Bill Newton de la journée. Pour ce qui était de son père, en revanche.. Je grimaçai de nouveau, mon regard ne sachant pas réellement où se poser, je vis les nombreux sacs, à l'arrière de la voiture. J'observai davantage ceux-ci, avant de comprendre à voix haute.

- Il t'a viré de chez toi ?

Emmett Swan me regarda, puis posa les yeux sur la banquette arrière à son tour.

- Il a dit qu'il ne voulait pas d'un gars qui défend les nègres, plutôt que ces amis, sous son toit. Il ne m'a pas laissé beaucoup d'options..

- Pourquoi tu t'es laissé te faire frapper comme ça ?

- Qu'est ce que j'aurais dû faire ? Le frapper en retour ? C'est mon père, un minimum.

Je me tus. Je ne taperai jamais mon père, non plus. Aussi dégoûtant soit-il.

- Où est ce que tu vas dormir ?

- Je ne sais pas.

- Tu n'as personne ? Ton oncle ? Edward ? Ta mère, peut-être ? Tes parents sont séparés ?

- Ma mère est décédée. Je n'ai que mon père.

- Oh, je.. Désolée, je ne savais pas.

- Ce n'est rien.. Pour ce qui est des autres.. Si je vais voir Charlie, il va y avoir tout un tas d'histoires que je préfère éviter, pour le moment.

- Et Edward ?

- Tu as vu comme moi comment il m'a ignoré, tout à l'heure. Je ne crois pas que ça lui plaise davantage qu'à mon père, le fait que j'ai pris Zack dans l'équipe. Autant laisser un peu de temps. Je ne veux rien lui demander.

- Peut-être que tu devrais tout de même en parler à ton oncle. Ton père n'a pas le droit de te faire ça. Te taper ainsi, pour te mettre à la rue ensuite.. Tu as quel âge ?

- Je serai majeur dans un peu moins de trois semaines.

- Tu ne veux pas attendre et porter plainte ?

- Il m'écrasera. Et quand bien même, ça ne m'intéresse pas, Bella.

Je gardai le silence quelques instants, réfléchissant de toutes mes forces. Je ne pouvais définitivement pas le laisser ainsi. Il était tout de même un de mes camarades de classe. C'était un peu à cause de moi, en plus, s'il était dans cette situation aujourd'hui.. Si je ne lui avais pas demandé de prendre Zachary avec tant d'énergie..

- Keops ! Appelai-je.

Le chien revint en courant vers moi, alors que je me tournais vers mon camarade pour lui dire.

- On échange de place, tu veux ? Je vais nous ramener chez moi. Y a pas moyen que tu dormes dehors.

Sans réfléchir, je descendis de la voiture, et en fis le tour. Emmett Swan ouvrit sa portière, avant de dire avec de grands yeux choqués.

- Mais.. T'es folle ? Ca se fait pas de squatter chez les gens, comme ça.

- Y a plein de choses qui ne se font pas dans la vie, et laisser un ami dans la misère en fait partie. Mon chien peut monter à l'arrière ?

- Je.. Quoi ? .. Oui, il peut.. Mais.. Je.. On est ami ?

- Tu ne veux pas ? Répliquai-je.

- Je.. C'est-à-dire qu'avec tout .. Si, bien sûr que si. Mais je veux dire..

- Tu diras ça sur la route, coupai-je en ouvrant la porte arrière. Keops, appelai-je.

Je tapotai le siège de ma main droite, et mon chien grimpa sans faire plus de cérémonie. Je fermai derrière lui, et me dirigeai vers Emmett Swan. Celui-ci se tenait debout devant moi, me dépassant d'une tête et demie, ses yeux m'observant désormais avec incrédulité.

- Ecoute.. Je ne te force pas la main.. Après tout.. C'est chez moi. Il va y avoir mes frères, et je sais que tu n'es pas encore super pote avec eux.. Je sais aussi que y a encore pas longtemps, tu les voyais simplement comme des noirs, et ..

- Je ne les voyais pas que comme ça.

- .. et ça n'empêche que je veux pas que tu galères à dormir dehors, cette nuit. Même si tu veux pas rester chez moi, viens au moins dormir pour ce soir. Je vais expliquer dans les grandes lignes ce qui s'est passé à ma mère, et tu prendras une douche, pour enlever tout le sang séché que tu as sur le visage.. Je peux pas te laisser comme ça, clairement. Tu te rends pas compte.. Si je ne t'avais pas fait prendre Zack, en appuyant sur ton statut de Capitaine, tu ne serais pas dans cet état là, aujourd'hui.

Emmett Swan fit la moue, et je me sentis encore plus coupable devant les traces de sang qui couvraient son visage. Il dit finalement.

- Si tu ne m'avais pas aidé, la première fois, toi la fille avec qui je n'avais pas été correct, je ne serais plus Capitaine à l'heure qu'il est. Mon père m'aurait fait quitter le poste à cause de ma note catastrophique de mathématiques, et je serais sûrement dans le même état, à l'heure qu'il est.

- Il est si violent ?

- Là n'est pas la question. Juste que .. Je n'ai pas envie que tu penses que tu m'es redevable, d'accord ? Je te le suis.

- Nous sommes quittes.

- Non.

- Si, nous le sommes, m'entêtai-je. Et maintenant je te ramène à la maison. Tu me passes tes clés ? A moins que tu ne préfères conduire ?

Emmett m'observa longuement, ses yeux gris semblaient soucieux, mais aussi reconnaissants. Après quelques secondes supplémentaires, mon camarade laissa choir ses clés dans ma paume ouverte. Je lui souris en me saisissant des clés.

- Allez, viens, dépêche toi.

Je pris place derrière le volant, rapprochant mon siège de ce dernier, alors qu'Emmett s'asseyait à ma droite. Je lançai un regard à mon chien, et lui dis.

- Toi, tu bouges pas, hein ? Sinon je te jure que tu cours à côté de la voiture.

Keops ne dit rien, et je rajoutai.

- Ouais, ouais, fais le malin. Je sais pas si t'as déjà fait du 70km/h, toi. Tu vas pas tenir la route, mon gros.

- Tu parles à ton chien, toi ? S'étonna mon camarade.

- C'est le seul gars de ma famille qui dit pas des conneries à longueur de journée.

Emmett sourit, et je pris la route. Nous n'étions qu'à dix minutes en voiture, tout au plus.

- Tes parents ne vont rien dire ?

- Il n'y a que ma mère, chez moi, ce soir. Mon père est parti pour quelques jours.

- Et tes frères ?

- Ils ne te verront sûrement pas avant demain, si tu veux mon avis. Ils sont en train de regarder un match de basket dans leur chambre.

Mon camarade hocha la tête, tout de même pensif.

- T'en fais pas, okay ?

- Comment on fait si ta mère n'est pas d'accord ?

- Laisse moi lui parler, va.

Emmett opina, et nous arrivions rapidement. Je garai la Jeep dans l'allée, avant de descendre. J'ouvris la porte à Keops.

- Le mieux c'est que tu prennes qu'un sac, pour ce soir, je pense. Tu sais lequel te sera le plus utile ?

- L'Adidas.

J'attrapai le sac en question, et refermai la portière du véhicule. J'incitai le chien à me suivre, ce qu'il fit, et l'emmenai jusqu'au jardin, où il regagna sa niche sans rechigner. Je revins ensuite vers Emmett, qui m'attendait devant sa voiture, mal à l'aise.

- Ca va bien aller, lui assurai-je.

Mon camarade ne dit rien, se contentant d'hocher maladroitement la tête. Sans attendre davantage, je grimpai les quelques marches du perron, et ouvris la porte d'entrée. Je fis un signe de la main à Emmett, afin qu'il me suive, et il entra lentement à son tour. Une fois tous les deux déchaussés, je me dirigeai vers la cuisine et appelai.

- Yemma !

Je fis s'asseoir Emmett sur une des chaises, alors que j'entendais déjà les pas de ma mère.

- Oui, Kenza ? Questionna-t-elle en poussant la porte à son tour.

Elle hoqueta de stupeur en apercevant Emmett, et celui baissa les yeux, gêné.

- Chkoun ? Questionna-t-elle soudain. [ N/A ; Chkoun = Qui ? C'est qui ? ]

- Yemma, commençai-je, c'est un ami. Il s'est..

Fait défoncer par son père plus que violent ?

- Il est dans cet état, il s'est fait passé à tabac. Et il est à la rue pour le moment. Je me demandais .. Je me demandais si on pouvait l'héberger. Au moins pour ce soir.. Il est dans un sale état et.. Et je veux pas qu'il dorme dehors.. Je.. S'il te plaît, Yemma.

Ma mère me regarda longuement, jouant nerveusement avec ses doigts. Elle semblait en plein dilemme. J'eus l'impression qu'elle n'allait pas me répondre par la positive. Puis, finalement.

- Comment tu t'appelles ?

Emmett releva les yeux, doucement, avant de se présenter.

- Emmett, Madame. Emmett Swan.

- Je m'appelle Nawel. Je.. Qu'est ce qui t'es arrivé ?

- Je.. Je me suis fais frappé, et je n'ai plus de toit pour la nuit, répondit simplement mon camarade.

- Où sont tes parents ? Ils savent que tu es dans cet état ?

Ma gorge se serra à l'expression d'Emmett, alors qu'il avouait difficilement.

- C'est .. C'est mon père, qui m'a frappé, Madame.

Ma mère écarquilla les yeux, alors que sa main se portait à sa bouche.

- Miskin, souffla-t-elle. [ N/A : Miskin = Pauvre. Le pauvre. Dans le sens où on inspire la pitié.]

Emmett me lança un regard interrogatif, et je secouai la tête pour l'inciter à laisser tomber.

- Yemma, laisse le au moins prendre une douche, il est plein de sang..

Ma mère me regarda, encore quelque peu choquée, et hocha la tête sans un mot. Je la remerciai d'un signe de tête, et dis à mon camarade.

- Viens, je vais te montrer où c'est.

- Merci, Madame.

Yemma hocha simplement la tête, et je ne relevai pas sur le fait que ses yeux étaient embués de larmes. Emmett me suivit en silence, me prenant le sac des mains, et je l'emmenai jusqu'au premier.

- La salle de bain est là, expliquai-je doucement. Tu peux mettre ton sac dans ma chambre, pour le moment. Les serviettes sont ici, le gel douche et les autres trucs sont sur l'étagère, juste ici. Tu fermes la porte derrière toi, ma chambre est celle à droite des escaliers. Une fois que tu as fini, tu redescends ?

- Merci..

- Normal. A toute.

Je fermai la porte de la salle de bain derrière moi, et soupirai doucement en me rendant dans ma chambre. Je veillai à ce que rien ne traîne, avant de retourner au rez de chaussée. Ma mère avait le regard vide de toute expression, dans ses pensées. Je posai ma main sur son épaule, et elle tourna la tête vers moi.

- Kenza, souffla-t-elle.

Je fis la moue, et elle me prit dans ses bras.

- Ma petite fille.. Jamais.. Jamais je ne laisserai ça t'arriver.

Je serrai ma mère un peu plus contre moi.

- Personne ne me fera de mal comme ça, Yemma. Je sais que tu es là.

- Je le serai toujours.

Je souris quelque peu à ses mots. Bien que je n'en ai jamais douté, ça me faisait plaisir de l'entendre, de le savoir, encore une fois.

Ma mère me lâcha doucement, et je lui fis un sourire qui se voulait rassurant. Elle me regarda intensément, ses yeux verts pales brillants à travers les larmes qu'elle avait laissées couler. J'essuyai ces dernières de mon pouce droit, caressant son visage si beau par la même occasion. Yemma laissa un baiser dans ma paume, sereine, avant de me dire.

- Je vais aller chercher le coton, afin de nettoyer les plaies de ton ami.

- D'accord.

- Tu penses qu'il a mangé ?

- Je ne sais pas du tout, Yemma.

Elle consentit à ma réponse d'un signe de tête, avant de filer dans le placard qui se trouvait dans l'entrée. Quand elle revint, je demandai.

- Tu veux bien qu'il reste ici ?

- Où veux-tu qu'il dorme, aussi ? Ca ne se fait pas de proposer un canapé, et puis je ne préfère pas faire savoir à tes frères qu'il est ici. Ils pourraient l'embêter, surtout Aaron.

- Je peux lui prêter mon lit, je dormirai sur le canapé.

- Kenza..

- J'ai un lit deux places. Il peut dormir en bas tandis que moi je dormirai sur la mezzanine.

- Kenza, c'est un garçon.

- Je le sais très bien, ça. Il ne se passera rien. J'ai déjà dormi avec des garçons..

- C'étaient tes frères.

- Emmett est un ami, rien de plus.

Ma mère ouvrit la bouche, puis la referma, avant de finalement dire.

- C'est d'accord. Mais tu te débrouilles pour expliquer ça à Aaron demain matin.

Je souris.

- Maintenant, par contre, dis moi pourquoi son affreux père l'a mis dans cet état pour le jeter dehors ensuite ?

Mon sourire se transforma en grimace en me rappelant de la raison.

- Il.. Je.. C'est le capitaine de l'équipe de rugby du lycée.. Il a pris Zack.. Au lieu d'un autre garçon. Celui avec lequel je me suis battue, cet après midi. Ca n'a pas plu à son père..

- C'est pour ça ?

- Apparemment. Emmett ne m'en a pas vraiment parlé. Mais s'il te plaît, Yemma, ne lui en parle pas s'il n'en a pas envie, d'accord ? Tu sais toi-même comment cela peut être gênant, de parler de quelque chose dont on n'a pas envie.

- Oui, je comprends.

Je la remerciai d'un signe de tête. Emmett descendit les escaliers quelques minutes plus tard, revêtu d'un jogging de coton gris clair, et d'un t-shirt blanc. Il tenait son ancien tshirt sur son visage, alors qu'il disait.

- Ma lèvre s'est rouverte.

Je grimaçai une énième fois alors qu'il prenait place sur le tabouret haut que je lui désignais.

- Yemma ?

Ma mère sortit de ses pensées, saisissant le désinfectant et les autres trucs qu'elle avait été chercher.

- Tu permets ? Questionna-t-elle à Emmett.

- B-Bien sûr, bégaya mon camarade en regardant ma mère.

Yemma lui sourit tendrement, et s'approcha de lui, se posant en face de son visage.

- Dis moi si je te fais mal, d'accord ?

Emmett opina, et ma mère commença à s'occuper de lui. Je n'avais aucun doute sur ses méthodes. Yemma avait toujours été douce, et légère, davantage encore lorsqu'il s'agissait de soigner une plaie douloureuse. Silencieuse, ma mère s'affaira autour de mon camarade pendant plusieurs minutes, celui-ci la fixant avec intérêt. Yemma s'arrêta ensuite, fixant Emmett avec intensité.

- Tu as des yeux plus qu'impressionnants, lui avoua-t-elle.

Emmett sourit presque, en disant.

- C'est ce que j'étais en train de me dire, en voyant les votre.

Ma mère rougit, ce qui me fit sourire. Je pris la parole, après que ma mère ait assuré avoir fini.

- Tu dors ici ce soir. J'ai un lit deux places, dans ma chambre, ça te va ?

- Je.. Quoi ? Dormir avec toi ?

- Non, pauvre nul. Je serai dans le lit du dessus, m'amusai-je. Tu auras le lit pour toi seul. Je serai dans la même pièce, par contre. C'est toujours mieux que le canapé, crois moi.

- Ah, ouais, je .. Ca ne vous dérange pas, Madame ? Car j'ai déjà abusé de votre gentillesse, je ne veux pas..

- Ca me va très bien. Reste ici pour le moment. Jackson, mon mari, ne revient que dans plusieurs jour, peut-être pas avant mercredi. Tu peux rester ici jusque là, et après il faudra que j'en parle avec lui. C'est d'accord ?

- Tu penses que Papa .. ?

- Je ne sais pas, Kenza. On verra. Tu as faim, Emmett ?

- Non merci, je mangerai demain.

- Okay. Ben perso, je vais aller à la douche, et me coucher. Emmett.. Tu restes en bas, ou je te montre la chambre ?

- Je crois que je vais venir avec toi.. Enfin, pas dans la douche, hein. Juste dans la chambre.

Je souris, amusée, alors que ma mère levait les yeux au ciel. J'embrassai la tempe de cette dernière, et lui dis.

- Merci, Yemma.

Elle opina d'un signe de tête, alors qu'Emmett lui confiait.

- C'est vraiment très gentil de votre part, Madame. Réellement.. Merci.

Ma mère s'arrêta un instant sur le visage d'Emmett, le détaillant dans un sourire.

- Ne t'en fais pas, mon petit. Mais s'il te plaît, ne m'appelle pas Madame. Peu importe comment tu m'appelles, mais pas Madame.

Mon camarade hocha la tête, et nous partîmes finalement à l'étage. Sans un bruit, nous rejoignîmes ma chambre, où Emmett avait mis son sac.

- Tu veux peut-être pas te coucher tout de suite ? Interrogeai-je. Parce que sinon tu peux prendre mon ordi, il est sur le bureau. Tu veux que je te déplie le canapé ? Il faut que je ramène la couverture à deux places, j'ai plusieurs oreillers, je vais t'en passer..

- Va à la douche, je vais m'en sortir, pour le moment. Je vais remettre mon sac en ordre.

- Comme tu veux.

Je pris mes affaires, et allai me laver. Je fus plus rapide qu'à l'accoutumée, attachant mes cheveux mouillés en un chignon lâche avant de me brosser les dents. Je souris en pensant que c'était la première fois qu'un gars qui n'était pas de ma famille allait me voir sans que je ne me maquille pas des masses, ça faisait toujours quelque chose, une petite différence. Je nettoyai la salle de bain en une ou deux minutes, et rejoignis ma chambre à la suite. Je portais un pantalon de pyjama noir, et un débardeur de la même couleur. J'ouvris la porte de ma chambre, et découvris ma mère, assise à côté d'Emmett Swan, sur le canapé. Je ne relevai pas, gênée d'interrompre une conversation qui ne me regardait pas.

- Vous voulez que je sorte ? Quémandai-je.

- Non, ma Chérie, c'est encore ta chambre, sourit ma mère. J'allais partir, de toute façon.

- Tu as peut-être besoin que je t'aide pour quelque chose ? M'inquiétai-je. Je t'ai étendu le linge, tout à l'heure.. Tu veux que j'aille le détendre ?

Ma mère s'approcha de moi, prenant mon visage en coupe alors qu'elle me soufflait.

- Je l'ai déjà fait. Mais je te remercie, Kenza. Je ne vais pas tarder à aller me coucher, aussi. J'attends simplement le coup de fil de ton père. Il ne devrait pas tarder à arrêter de conduire, à cette heure-ci.

- Denver est à plus d'un jour de route, Yemma.

- Je sais. C'est ce pourquoi j'attends qu'il s'arrête dans un motel quelconque, comme il le fait d'habitude.

- Je vois.. Ne veille pas trop tard, quand même.

Elle me sourit, rassurante, avant de poser un baiser sur mon front.

- Dors bien, Kenza. Bonne nuit, Emmett.

- Merci, vous aussi.

Ma mère fit un dernier signe de la main et sortit de la chambre, ensuite. Je me tournai vers Emmett, qui me fixait étrangement.

- Oui, je sais, fis-je. J'ai pas de maquillage. Le choc, hein ?

- Ben, je.. Non, justement. Je me disais que ça t'allait très bien, sans, aussi.

Je rougis instantanément, bégayant.

- Ah. J-Je.. M-Merci.

Mon camarade me sourit tant bien que mal. J'allai prendre place près de lui, sur mon canapé, attrapant mon ordinateur en passant.

- Tu le veux ? Lui demandai-je.

- Non, je te remercie.

- Je vais aller te chercher la couverture. Prends les oreillers que tu veux, j'arrive.

Il ne me fallut que quelques secondes pour aller dans le placard se trouvant dans le couloir, attraper la couverture que nous avions en réserve. Celle-ci était toute blanche, très douce.

- Tiens, je la laisse là, appris-je à Emmett. Ben.. Tu n'as pas pris les oreillers ? T'en veux combien ?

- Pourquoi tu fais ça, Bella ?

Je m'arrêtai dans mes mouvements, face à cette question, mes yeux se posant d'eux même sur mon camarade de classe. Je lâchai un petit soupire en comprenant qu'il allait falloir que je m'explique.

- Je dois avoir une raison ?

- Disons que la plupart de mes amis n'auraient pas fait que ce que tu viens de faire en moins d'une heure..

- Ce ne sont pas de vrais amis, dans ce cas.

- Là n'est pas la question.. Je veux dire.. On se parle même pas, réellement. Enfin, si.. Mais j'ai.. J'ai été dégueulasse avec toi, et tes frères. Tu t'en rappelles pas ?

Fatiguée, j'allai prendre place sur le canapé près d'Emmett. Je repliai les jambes, les genoux contre ma poitrine, alors que je répondais.

- Bien sûr que si, je m'en rappelle.. Mais.. Je sais aussi que tu peux être super. Regarde, tu as pris mon frère dans ton équipe.. Tu as mouché tout le monde, ce midi, à la cantine.. Tu.. Tu as.. Tu as empêché Bryan Newton de me frapper, cet après midi.

Je ne l'avais pas oublié. Je n'avais pas relevé sur le moment, mais Emmett était bien celui qui avait retenu le poing du cadet Newton.

- Il allait te frapper.

- Justement. Et tu l'en as empêché, comme ça. Alors qu'on se parle pas réellement, qu'on est pas vraiment ami.. Que t'as été dégueulasse avec mes frères et moi.. Pourquoi t'as fait ça, toi ?

- Je.. C'était la.. Ca m'a semblé.. Normal. Je me suis pas posé de question. Ce crétin allait te frapper, fallait bien que je fasse quelque chose.

- Quand je suis sortie de la salle de Bio par la fenêtre, tu es le premier à m'avoir suivie. De quel droit je devrais te laisser dans la merde après ce que tu as fait pour moi, ces derniers jours ? Zachary fait partie de l'équipe, grâce à toi. Et je sais très bien que c'est à cause de ça que ton père t'a mis dehors. Alors oui, j'ai pas à te laisser dehors. Je pense même que tu aurais dû.. Je sais pas.. Faire en sorte que ton père ne t'en veuille pas.

- Qu'est ce que tu entends par là ?

- Pourquoi tu ne lui as pas dit que tu n'allais pas prendre Zack ? Je veux dire.. Il était en train de te frapper.

- Pourquoi lui mentir alors qu'il allait savoir que ce n'était pas vrai à un moment ou un autre ?

- Mais tu n'avais qu'à dire à mon frère que c'était annulé, qu'il était rejeté, en fait, Lundi. Pourquoi tu t'es laissé te faire frapper ? Personne n'aurait fait ça. Ton père est raciste, tu le sais plus que moi j'imagine, pourquoi t'as pris ce risque ?

Emmett me regarda longuement, avant de baisser les yeux sur ses mains qui gigotaient nerveusement.

- Je vois pas pourquoi j'aurais rejeté ton frère, sous prétexte qu'il est basané. Il joue très bien. Je n'ai pas voulu annuler son admission dans l'équipe, quand mon père me l'a demandé, parce que ce n'était pas juste, pour lui.

- Ton père t'a demandé de le jeter ?

- Après qu'on se soit.. Qu'il m'ait.. Fait ça, lâcha Emmett en faisant un geste évasif de la main près de son visage blessé. C'est pour ça que je suis à la rue.. Simplement que j'ai pas voulu jeter Zachary.

J'ouvris la bouche de surprise.

- Mais..

- Ca n'aurait pas été juste. Mon père peut me taper, j'en ai rien à foutre. Me mettre à la rue ? Tant pis. Je vais me démerder. Mais j'en ai marre qu'il essaie de faire de moi son clone. Je n'aime pas toute cette discrimination, ce rejet, tenue à votre encontre depuis votre arrivée. Je voulais vraiment m'excuser, pour mon comportement. Je sais que c'est pas bien ce que j'ai fait.. J'ai été stupide, de croire que les idées que l'on essayait de me mettre dans la tête n'étaient pas mauvaises.

- Qui ? Qui essaie de faire ça ?

- Mon père, entre autres. Il hait tellement les noirs. C'est invivable.

- Pourquoi ?

Le visage d'Emmett Swan se ferma instantanément, et je le vis presque se cacher derrière une carapace.

- Emmett ?

- Rien, juste que.. C'est toujours dur, d'en parler.

- Parler de quoi ?

- Ma mère.

- Ca a un rapport ?

- Ouais, je .. Elle.. En fait, commença-t-il dans un soupire douloureux, ma mère était sur le point d'accoucher, j'avais appelé une ambulance.. Mon père n'était pas là. Travail, comme d'habitude, même s'il avait dit qu'il arrêterait. Une petite fille.. Ma mère allait bientôt accoucher, et.. Mais.. Un pneu de l'ambulance a explosé, l'ambulancier a perdu le contrôle.. Je.. I-Il.. Un accident. Elles sont mortes, toutes les deux. Ma mère, ma sœur qui allait naître.. L'ambulancier s'en est sorti.. Les secours n'ont rien pu faire, pour ma mère.

Emmett bafouillait ces explications, les larmes au bord des yeux.

- .. J'avais douze ans. C'était moi, qui avais demandé un frère. Je.. J'avais été super déçu, que ce soit une fille, tu sais.. Je voulais un frère, moi. Et puis.. Je m'en veux, maintenant. Je me sens coupable, même si je sais que.. Enfin, c'est stupide et .. Mais si j'avais pas demandé un frère.. Si j'avais été heureux que ce soit une fille.. Peut-être que ..

La voix de mon ami se fit inaudible, alors qu'il avait le regard peiné. Doucement, je pris sa main.

- C'est pas stupide. C'est compréhensible. Pas réaliste, mais compréhensible. Je suis désolée, pour toi.

- C'est pas de ta faute. C'est la faute de personne. Mon père a mis ça sur le dos de l'ambulancier.. Il était noir.

- Etait ?

- Il s'est suicidé après ça. Je crois que lui-même ne s'est pas pardonné.. Mais.. Mon père a préféré l'accuser, alors qu'il n'était pas en tort.. C'était plus facile. Il l'avait d'abord traîné au tribunal, et le juge, noir lui aussi, a affirmé que le conducteur n'y pouvait rien, qu'il était innocent. Ce qui était vrai. Mon père y a vu une conspiration, il a aimé penser que c'était parce que c'était un noir, comme le juge, que ce dernier l'avait épargné de toute peine. Mon père n'était pas comme ça, avant.. Avant que ma mère.. Il était beaucoup plus.. aimant. Totalement différent. Je crois que quelque part il se pardonne pas lui-même, de ne pas avoir été là pour la conduire à l'hôpital..

- Ca n'excuse pas le fait qu'il te frappe, depuis..

- Je.. Je sais.

Je me tus. Emmett reprenait doucement pied, probablement pris dans tous ces souvenirs malheureux.

- Quoi qu'il en soit, tu restes là pour le moment, dis-je. Personne ne te touchera plus. Bon, je.. A part si tu cherches Aaron, mais..

Emmett rit doucement.

- Mais tu restes avec nous, pour l'instant. Je parlerai à mon père, et on avisera.

Nerveusement, je jouai avec les doigts de mon camarade.

- Ma mère n'a rien dit.. Si elle m'aide à le convaincre, tout ira bien.

- Ta mère est très gentille.

- Elle est adorable, souris-je. Il n'y a pas plus gentil qu'elle.

J'aperçu un sourire en coin sur le visage de mon ami, tandis qu'il disait doucement.

- Tu t'en rapproches beaucoup, alors.

Je relevai les yeux vers lui, et souris devant la sincérité de ses mots. Je laissai retomber ma tête sur l'épaule de mon camarade, m'appuyant contre lui, fatiguée.

- Bryan n'est que le premier, souffla Emmett, au bout de quelques instants. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais.. Sache que je ne laisserai jamais quelqu'un lever la main sur toi, Bella.

Je souris une énième fois contre l'épaule d'Emmett, alors que, doucement, ce dernier laissait aller sa tête sur la mienne dans un mouvement rassurant. Je ne dis rien, mais intérieurement, je me fis la même promesse, pour lui. Plus jamais personne ne le touchera. Et surtout pas son père.


& Voilà..

Comme vous vous en doutez, ce chapitre marque un premier tournant plutôt important dans cette histoire.

Voici une partie de l'histoire d'Emmett, une de ses pseudos raison pour s'être laissé berner par les autres si facilement. Mais nous en reparlerons.

J'espère que ça vous a plu. Moi je vous laisse.

Prenez soin de vous, passez une bonne fin de semaine, et soyez heureux.

Peace.