Chapitre 10

Et, sans attendre, je me précipitai vers l'extérieur.

Mais Ron ne fut pas long à me retenir par le poignet pour m'empêcher d'avancer.

- T'es complètement folle ! s'exclama-t-il. Tu crois pouvoir vaincre trois Mangemorts à toi toute seule ? je viens avec toi !

- Et les autres ?

- A quoi ça sert de les réveiller et de les confronter au danger ? autant les laisser dormir. Ils courent moins de risques à l'intérieur. De toute façon, je crois que nous n'avons plus le temps…

Il me désigna du menton les Mangemorts qui n'étaient plus qu'à quelques mètres de nous et qui s'étaient arrêtés en nous dévisageant.

Nous étions repérés.

Je lançai un regard entendu à Ron, et nous nous élançâmes d'un même mouvement vers les trois silhouettes qui nous faisaient face.

- Lumos, murmurai-je, et la scène fut éclairée d'une douce lumière bleutée.

Devant nous, les trois Mangemorts qui s'étaient échappés d'Azkaban nous faisaient face. L'homme nous adressa un sourire insolent et brandit sa baguette devant lui.

- Stupéfix !

Je me baissai à temps pour ne pas recevoir le sort en plein ventre et criai à mon tour :

- Expelliarmus !

Ron, de son côté, était aux prises avec l'une des deux femmes. Je m'éloignais immanquablement de lui et vis avec horreur la deuxième femme, la blonde, se rapprocher de lui.

- Ascendio ! dis-je en me détachant quelques secondes de mon adversaire pour pointer ma baguette vers la femme qui s'avançait en direction de mon mari.

Elle n'avait pas vu le sort venir et fut projetée en hauteur.

- Electro !

Le sort passa à quelques millimètres de mon visage et finit sa course dans un arbre qui se trouvait dans mon dos.

J'entendis des cris provenant de la maison et devinai que les autres avaient été réveillés par le bruit de notre lutte.

- Ginny, reste à la maison avec James !

Je reconnus la voix d'Harry qui venait certainement nous prêter main forte.

Mais le temps que mon ami arrive à l'endroit où nous nous battions, la femme blonde s'était faufilée derrière Ron, et pointait sa baguette magique vers lui. Je regardai la scène, emplie de terreur. Mon mari ne l'avait visiblement pas entendu, et Harry n'était pas encore là pour le défendre.

Je ne réfléchis pas davantage :

- Ron, attention ! hurlai-je avant de me précipiter vers lui.

Mais la Mangemort m'avait entendu approcher et avait déjà prononcé d'une voix rauque.

- Avada Kedavra !

J'eus juste le temps de plonger sur mon mari et le projetai à terre de toute mes forces.

Le sortilège de mort siffla à mes oreilles.

Je roulai sur le côté pour permettre à Ron de se relever, mais, abasourdi, il resta allongé sur le sol.

- Merci… dit-il.

- Pas de quoi, dis-je en me relevant en position assise et en essayant de retrouver ma baguette qui était tombée sur le sol, alors qu'Harry et Molly se précipitaient dans notre direction pour nous venir en aide.

- Non, tu m'as sauvé la vie !

- Ron, je ne crois pas que ce soit le bon moment, là ! m'exclamai-je en passant ma main sur le sol et en sentant enfin ma baguette sous mes doigts.

Mais je n'eus pas le temps de m'en saisir. J'entendis quelqu'un marmonner un sort et je fus projetée vers l'arrière avant de me cogner violemment la tête contre un arbre du jardin des Weasley.

Assommée, je poussai un gémissement et portai les mains à mon crâne là où il avait cogné l'écorce.

J'ouvris mes paupières, mais je ne vis rien. Tout était plongé dans un noir d'encre, et je percevais juste les cris et les bruits des sorts qui fusaient en tous sens.

Une main toujours placée contre ma tête qui m'élançait affreusement, je tentai de retrouver ma baguette de l'autre avant de me rappeler que je l'avais laissée à côté de Ron. Avec effroi, je me rendis compte que j'étais totalement vulnérable. Ma vue qui refusait de revenir ainsi que ma baguette manquante faisait de moi la cible parfaite.

Et justement, j'entendis des pas qui s'approchaient de moi et une voix froide lancer de nouveau :

- Avada Kedavra !

Je me baissai à l'aveuglette et me recroquevillai sur moi-même, dans l'espoir d'échapper à ma mort certaine. J'entendis le bruit sourd du sort s'écrasant au-dessus de moi et la voix de Ron s'exclamer avec colère.

- Stupéfix !

Je reconnus le son d'un corps s'écrasant lourdement sur le sol et des pas venir dans ma direction.

- Hermione ? Mione, ça va ?

Ma vue recommençait tout doucement à revenir et j'aperçus la silhouette vague de mon mari accroupit à côté devant moi.

- Hermione, tu m'entends ?

Je levai mon pouce à son intention, pour montrer que ça allait, ma tête me faisant tellement souffrir que je me sentais dans l'impossibilité de prononcer la moindre parole.

- Retourne à la maison.

- Ma baguette… parvins-je quand même à articuler par un effort surhumain.

- Tu ne vas pas continuer à te battre comme ça…

- Ma baguette, Ron !

- Non !

Puis je vis son ombre se retourner et brandir sa propre baguette.

- Petrificus Totalus !

De nouveau, le bruit caractéristique d'un corps s'effondrant sur le sol retentit à mes oreilles.

Si mes calculs étaient bons, il ne restait plus qu'un Mangemort en état de se battre.

Les couleurs me parvinrent de nouveau, juste à temps pour apercevoir le troisième Mangemort éviter agilement les sorts qu'Harry et Molly lui jetaient et se précipiter vers ses deux acolytes étendus sur le sol. Avant qu'un de nous aient pus esquisser le moindre geste, ils avaient disparus dans un tourbillon de fumée noire.

Après une minute d'immobilité stupéfaite, la douleur de mon coup à la tête se fit de nouveau ressentir. J'y portai de nouveau ma main et sentis un liquide poisseux sous mes doigts. Je regardai ma paume, ébahie. Elle était couverte de sang.

Je ne dis rien aux autres pour ne pas les inquiéter. Il serait encore temps plus tard de soigner ma blessure. A présent nous devions retourner à l'intérieur.

L'affrontement s'était produit dans le jardin des Weasley et seuls quelques mètres nous séparaient de la porte d'entrée, où apparut Ginny qui ouvrait des yeux remplis de terreur. Elle se précipita vers nous.

- Vous allez bien ? Personne n'est blessé ?

Ron me lança un regard entendu.

- Hermione s'est cognée contre l'arbre.

- Je vais bien, les rassurai-je.

Ron me tendit la main pour m'aider à me relever, mais je l'ignorai. J'étais toujours en colère contre lui.

Je me relevai en m'appuyant contre le tronc d'arbre, clignai des yeux pour éclaircir ma vision et me dirigeai d'un pas incertain vers l'endroit où je pensai avoir laissé ma baguette.

Je la cherchai des yeux pendant quelques instants puis ma baissai et la brandis d'un air triomphant.

Nous nous dirigeâmes tous vers la maison, Ron restant à mes côtés comme s'il avait peur de me voir tomber à tout moment.

- Je vais bien, répétai-je d'une voix sans appel.

Il haussa les épaules sans répondre, mais continua de marcher à côté de moi.

Une fois à l'intérieur, Molly me dit :

- Montre-moi ta tête…

- Je vais bien, grommelai-je pour la troisième fois en ayant la désagréable impression de parler comme un disque rayé.

Elle ne m'écouta pas et jeta un coup d'œil sur ma nuque.

- Mais tu saigne ! s'exclama-t-elle.

- Ce n'est rien ! assurai-je.

De nouveau, elle m'ignora et se précipita dans la cuisine, ou elle fouilla durant plusieurs minutes dans les armoires avant revenir avec un flacon qui contenait un liquide bleuâtre.

- Bois ça.

- Ce n'est qu'une égratignure…

- Bois ça ! insista-t-elle.

Je m'exécutai. Personne ne voulait avoir affaire à la colère de Molly Weasley.

Je grimaçai en buvant la potion : elle avait un goût amer et l'acidité qu'elle dégageait me brûla l'œsophage. Au bout de quelques secondes, je ressentis une sensation étrange et désagréable dans ma nuque comme si ma peau s'étirait. Soudain, une douleur fulgurante s'insinua en moins et je poussai un grognement en fermant les paupières. Puis plus rien.

Je portai une main mal assurée à ma blessure, mais je ne sentis rien d'autre que mes cheveux. La plaie était guérie.

- Merci, dis-je d'une voix enrouée en tendant le flacon qui contenait la potion à Molly.

- Ce n'est pas du jus de citrouille, mais c'est étonnamment efficace, hein ?

Je hochai la tête, toujours un peu étourdie, et un silence s'installa doucement dans la pièce. Tout le monde semblait se remettre lentement de ses émotions. Au bout d'un moment, Ginny lança :

- Je vais me recoucher.

Elle me jeta un regard et je compris sa question silencieuse. « Puis-je reprendre mon ancienne chambre, ou pas ? »

- Je reste ici, dis-je en plantant mon regard dans celui de Ron. Je crois qu'on doit parler, toi et moi.

- Ok, tout le monde va se recoucher, dit Molly en poussant Harry et Ginny vers les escaliers.

Alors qu'elle arrivait au premier palier, elle se pencha dans notre direction et nous lança :

- Je n'ose pas vous souhaiter bonne nuit…

J'esquissai un demi-sourire et la suivis des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse, puis je me retournai vers Ron. Une conversation sérieuse s'imposait.