Bonjour !
FF a bien du mal ces temps-ci. Difficile de poster, impossible de reviewer, d'accéder à son profil... Bref!
J'ai lancé le concours sur Sherlock Holmes, j'espère qu'ainsi, nous pourrons réveiller ce fandom qui mérite de l'être. Inscrivez-vous!
Ce chapitre... Sinasta, tu avais noté la faiblesse du mobile, j'espère réussir à te convaincre, toi et tous les autres.
Bonne lecture !
Chapitre 10
Le jour se levait, diffusant une douce lueur derrière les rideaux tirés. Ils avaient rejoint la chambre de Holmes et Watson s'était allongé sur le coté, épuisé et endolori. Holmes s'était collé dans son dos et avait entouré sa taille, seul geste qu'il se soit permis. Le médecin s'endormait doucement dans la tiédeur de ses bras mais il n'en était pas de même pour lui.
Ce soir, tout pourrait changer. Il allaient confronter Mary. Ce soir... Comment anticiper ce qui se passerait? Elle n'était pas une vulgaire criminelle, elle était l'épouse, la future mère, la femme qui lui avait ravi son ami quelques années plus tôt. Quelle douleur alors. Il avait souhaité qu'elle disparaisse, espéré qu'elle ne soit considérée que comme une conquête de plus, courtisée et rejetée mais il n'en avait rien été. Elle était jolie, espiègle, avait de l'esprit. Même Mycroft avait succombé à son charme, il ne tarissait pas d'éloges sur elle. Il lui avait même reconnu l'intelligence d'aider à décoder le carnet de Moriarty. Enfin, pour une femme...
La cérémonie de mariage avait été un calvaire, eux se disant oui pour l'éternité devant Dieu. Il ne croyait pas en lui mais eux, si. Ils prenaient cet engagement tous les deux, une promesse d'amour que lui ne pourrait jamais faire. Il aimait un homme, cet homme qu'il tenait dans ses bras peut-être pour la dernière fois car ce soir, il devrait jouer avec la folie d'une femme qu'il détestait pour avoir réussi à ce que Watson l'aime plus que lui, déménage, l'abandonne. Et il la haïssait pour ce qu'elle avait osé lui faire, attenter à sa vie. Il lui avait promis de la laisser libre mais il avait seulement menti. Et il n'avait d'autre choix que la tuer, il le ferait, même si le médecin lui en voulait, même s'il ne voulait plus qu'il l'approche. Il s'effacerait alors comme la dernière fois, pourvu qu'il ne soit plus menacé.
Trois ans auparavant, son esprit clair ou drogué avait imaginé mille façons d'empêcher ce mariage. C'était simple d'être le grain de sable dans l'engrenage. Et pourtant, il avait été son témoin, lui avait tendu l'alliance et s'était éclipsé dès la fin de la cérémonie. On aurait pu croire à une belle preuve d'amitié mais il n'en était rien alors. Moriarty était là, dans l'ombre, menaçant et c'était la meilleure façon d'éloigner Watson de l'enquête mais ça n'avait pas suffit pour le détourner de lui. Ce psychopathe, si intelligent, si froid, si méticuleux avait été un adversaire de choix, il devait bien lui reconnaître ça. Un homme qui était partout et nulle part, ami des plus grands, grande figure de leur société corrompue. Sans la menace qu'il représentait, jamais il n'aurait laissé Watson s'éloigner.
Puis la chute d'eau. Watson ne le savait pas mais c'était la plus grande preuve d'amour qu'il lui avait donné alors. Risquer de mourir pour le sauver, disparaître et le confier à des bras aimants. Qu'il soit heureux, même sans lui et pour cela, il avait eu besoin de Mary. Il n'avait plus rien tenté contre elle, ses tentatives pour ruiner leurs fiançailles s'étaient arrêtées et il avait cédé sa place tout en donnant l'impression qu'il n'en était rien.
Mais il ne savait pas alors que c'était la plus grande erreur de sa vie.
Il plongea son nez dans la nuque de son amant, respirant son odeur, l'imprimant dans sa mémoire hors du commun. C'était un adieu silencieux qu'une larme clandestine scellait alors qu'elle dévalait sa joue. Une perle d'eau salée qu'il avait retenue depuis l'enfance et qui s'écoulait pour celui qu'il chérirait jusqu'à la fin de ses jours alors qu'il le perdrait dans quelques heures, il le savait. Il avait promis de ne pas s'en prendre à elle pour sauver l'enfant, il s'était parjuré. Trois ans plus tôt, il avait fait le choix de tuer Moriarty, seul moyen de protéger Watson de lui. Cette fois, la ritournelle du temps répétait son air funeste, il allait la tuer pour ne plus lui laisser la moindre chance de s'en prendre à lui et lui faire payer sa dette de sang. On ne traite pas avec les monstres.
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Watson s'éveilla doucement et s'étira avant d'ouvrir les yeux. Ce soir d'hiver, la nuit tombait au-dehors. Il faisait froid, même sous les couvertures. Surtout sans la présence de son amant. Il n'était plus là. Le médecin se leva, enfilant à la hâte ses vêtements et se précipita dans leur salle de vie où seul Gladstone l'accueillit d'un jappement joyeux. Il lui gratta la tête distraitement, faisant le tour de l'appartement en l'appelant. Mais il n'était nulle part. Il remarqua que son manteau n'était plus pendu à la patère de l'entrée.
Aucun doute, il était parti retrouver Mary. Mais où?! Il n'avait fait aucune allusion sur l'endroit où il pensait la trouver et lui, comme un imbécile, n'avait rien demandé.
Watson se mit à faire les cent pas.
Londres. Ville gigantesque, tentaculaire. Elle y était, le détective avait dit qu'ils la retrouverait le soir-même, il était sûr de son fait. Whitechapel, lieu du premier meurtre? C'était une Cour de Miracles où il était facile de se dissimuler et encore plus difficile d'y retrouver quelqu'un qui ne voulait pas l'être. Holmes y avait ses indics, ils avaient peut-être découvert quelque chose? Non, ça ne pouvait être ça.
« Où bon sang, où?! »
Il avait parlé à haute voix, comme si ça pouvait l'aider à y voir plus clair. Il s'obligea au calme, il fallait qu'il pense comme Holmes. Il le connaissait, il savait ses façons de procéder.
Un endroit sûr, désert, sans témoins.
Un lieu familier, dépourvu des indics du détective.
Une cachette où personne ne penserait à chercher.
La folie de Mary, son obsession pour lui, jusqu'à tuer pour l'atteindre.
Le meurtre de Madame Hudson, un crime personnel qui avait déclenché sa rage. Peut-être pas contre la pauvre gouvernante... mais le lieu. Baker Street. Lieu sacralisé de toute sa haine.
Elle devait trouver refuge dans un endroit totalement opposé. Sa folie...
Watson descendit les escaliers en trombe, prenant canne, chapeau et manteau au vol et sortit sans prendre le temps de fermer à clé.
OOOOooooOOOOooooOOOO
Il arrivait, transi de froid, devant son ancienne demeure. La maison était en vente, n'avait toujours pas trouvé acquéreur, il ne s'en était guère soucié. Et la salle à manger était discrètement éclairée derrière les rideaux tirés. Sans plus réfléchir, il ouvrit la porte et entra. Et elle était là, assise au bout de la grande table, le détective sur une chaise en face d'elle. On aurait pu croire qu'ils s'apprêtaient à prendre le thé, sauf que la jeune femme tenait un revolver pointé sur Holmes.
« Bonsoir John. »
Mary l'avait salué de sa voix douce, comme elle le faisait avant. Elle se leva et vint poser un baiser sur sa joue tout en le délestant de son 455 Webley qu'elle savait dans sa poche. Elle revêtait le rôle de l'épouse aimante, sauf qu'elle ne lâchait pas des yeux le logicien, son arme continuellement braquée sur lui. Watson aurait dû en profiter pour la mettre hors d'état de nuire mais la scène était si ahurissante qu'il en perdit ses moyens quelques secondes. La revoir était un soulagement et une horreur sans nom. Elle était pâle, ses traits tirés, pas maquillée, des mèches s'échappaient de son chignon, son regard terne. Dans la maison glaciale, elle portait plusieurs couches de vêtements et un grand manteau d'homme. C'était elle et une autre, il n'aurait su expliquer.
« Mary...
- Allez vous asseoir John, ne parlez pas. »
Un regard au détective et il obéit, prenant place entre eux sur une chaise. Et il pouvait facilement imaginer James, Henry et Madame Hudson qui avaient si souvent été en ces lieux pour partager un dîner. Holmes lui lança un regard contrarié alors qu'il affichait son sourire en coin.
« Watson, pour une fois, j'aurais voulu que vous soyez moins vif à résoudre une énigme.
- Vous avez été un bon professeur.
- Et quelle meilleure façon de me le faire regretter. Mais puisque vous êtes là, vous participerez donc à l'échange cordial avec feu votre épouse, nous débutions seulement, n'est-ce pas Mary?
- Tout à fait. Je suis heureuse de vous revoir, John.
- Je ne suis pas sûr de partager votre avis bien que je sois soulagé de vous savoir en vie. Mais... pourrais-je avoir une explication?
- Parce que je vous aime.
- Vous m'aimez? Et vous le prouvez en tuant mes amis? En vous faisant passer pour morte? Je ne comprends pas. Pourquoi me faire endurer tout ceci?
- Parce que vous alliez me quitter, pour lui. »
Elle désignait Holmes de son canon et le médecin ne la contraria pas. Inutile puisque c'était vrai. Il semblait même qu'elle ait su avant lui qu'il ne ressentait pas qu'une simple amitié pour son compagnon de toujours. Mary était très calme et posée et le logicien en profita pour prendre la parole.
« Serait-il possible que vous nous expliquiez comment vous avez procédé? »
Elle éclata de rire.
« Cher Monsieur Holmes, je vous reconnais bien là. Même aux portes de la mort, vous voulez savoir, comprendre.
- On ne se refait pas. Prenez ça comme une dernière volonté.
- Pourquoi pas, après tout. Interrogez, je répondrai.
- Bien, procédons par méthode. Henry Douglas, comment vous y êtes vous prise pour le faire venir dans un quartier aussi sordide?
- Ce cher Henry... ce fut fort simple. Un soldat, défenseur de la veuve et de l'orphelin. Je lui ai fait croire que j'étais victime d'un chantage, qu'un ancien amant possédait des lettres compromettantes et menaçait de vous les montrer, John. Vos carnets relatant les récits de Sherlock Holmes m'ont largement inspirée. Il m'a donc gentiment accompagnée au lieu de rendez-vous de l'échange. Et il m'a suffit de pleurer et de me presser contre lui pour qu'il me console, moi si fragile et désespérée. Il me suffisait alors de déboutonner son manteau et son veston à son insu. Il fut surpris de sentir ma main caresser son torse, ses dernières paroles ont été pour vous, John. Qu'il ne toucherait pas la femme d'un ami. »
Watson pâlissait à vue d'œil et Holmes choisit de recadrer la conversation. Les émotions n'avaient pas leur place dans cette pièce, il fallait garder la tête froide.
« Et l'arme? J'avoue ne pas avoir trouvé.
- Une simple aiguille à tricoter. Facilement dissimulable dans la ceinture de ma jupe, solide, fine pour s'enfoncer assez facilement sans grande force, j'ai juste rendu la pointe plus acérée. Et l'hémorragie était minime, contenue par mon gant.
- Vous avez pensé à tout.
- Les livres de médecine de mon époux ont été d'un grand secours.
- Je vois. Et pour James Doran?
- J'avoue avoir cogité longtemps. Je voulais un meurtre qui vous stimule, hors du commun. Et misogyne comme vous l'êtes, je savais que vous ne suspecteriez jamais une femme, vous qui pensez que nous n'avons pas de cervelle. J'ai grandi en Inde, là-bas, les huiles essentielles sont des thérapeutiques usitées depuis l'antiquité et les accidents ne sont pas rares durant leur fabrication. Je me suis rendue chez James vers la fin de ses consultations pour l'inviter à dîner chez nous, lui laissant juste le temps de se préparer. Pendant qu'il finissait avec son dernier patient, j'ai fait chauffer l'huile. J'ai agrandi les trous des vaporisateurs et les ai remplis, tous. J'ai pris la précaution de faire chauffer une brique, recouverte d'une serviette, je les ai posés dessus pour qu'ils gardent leur température. La suite, vous la connaissez.
- Très astucieux. Et vous étiez au courant de ses problèmes cardiaques et son histoire.
- Il en avait parlé et il m'a suffi de consulter son dossier.
- Et votre disparition théâtralisée?
- Ce fut encore plus simple, grâce à votre récit détaillé! Avec un peu d'argent, vous obtenez tout. J'ai payé pour ma fausse agression. Ce même homme a tué une pauvre femme qui avait ma stature. Il a suffi d'abîmer le visage, de lui passer mes vêtements et mes bijoux, le fleuve a fait le reste. Je suis devenue invisible quand on m'a crue morte, je l'ai abattu quand il est venu se faire payer.
- Un imbécile, assurément. »
Mary eut un sourire sardonique et suffisant en regardant le détective droit dans les yeux.
« Je vois encore votre visage alors que vous vous précipitiez à mon secours, l'échec gravé dans votre regard, chose que vous supportez si peu que j'ai dû me faire violence pour ne pas sourire alors. Une corde était accrochée à la berge, je devais juste m'y agripper sous l'eau alors qu'on me tirait en amont pendant que tout le monde me cherchait en aval. Mais l'eau était vraiment très froide, j'ai bien failli ne pas réussir à sortir votre appareil à oxygène de mon manchon. Je l'ai d'ailleurs perdu à l'occasion, j'espère que votre frère ne m'en voudra pas.
- Oh non, par contre, je doute qu'il soit heureux que vous me tuiez.
- Il devra faire avec, ceci est inéluctable.
- Je m'en doute, ma chère. Et... pourquoi vous en être prise à Madame Hudson? »
La question avait perdu son ton badin, Holmes cachait difficilement sa colère.
« Cette vieille pie, toujours à minauder, elle espérait le retour de mon mari car il n'y a que lui qui parvienne à vous freiner et lui rendait la vie plus facile. Elle me gratifiait de son sourire maternant et condescendant mais ne pensait qu'à me subtiliser mon époux, à cause de vous et de votre maison infernale!
- Votre mari. Votre époux. De bien jolis mots emplis d'amour et de respect alors que vous l'avez empoisonné vous-même!
- Si je ne l'ai pas, personne ne l'aura. Et encore moins si votre relation s'avérait aussi immonde que je l'imagine devenir. Je ne suis pas Constance Wilde, jamais je ne me serais abaissée à quitter mon pays, mon nom pour échapper à la honte.
- Immonde? Vous crachez votre venin alors que vous êtes la seule à avoir du sang sur les mains, même celui de Watson.
- Je lui ai laissé une chance. Je vous ai laissé une chance, John. Je vous donnais du mercure juste quelques fois, et j'en prenais aussi afin d'être sûre que je ne vous en délivrais pas trop mais vous m'avez dit que vous ne me suivriez pas. Vous me quittiez, vous mourriez.
- C'est ce qui explique l'arsenic pour votre premier mari?, l'interrompit Holmes qui préférait que le médecin ne se mêle pas de la conversation.
- Vous l'avez découvert? Oui, il avait rencontré une femme, voulait divorcer. J'ai été là jusqu'au bout, il est mort dans mes bras, amoureux de moi jusqu'à son dernier souffle car je me suis occupée de lui.
- C'est ce qu'on doit appeler communément ''aimer à en mourir''. »
Mary lui lança un sourire franc, presque joyeux.
« Tout à fait. Ma mère a vécu cette tragédie. Mon père a voulu la quitter, il fut le premier que j'ai dû faire disparaître, d'un coup de couteau pendant son sommeil. Il allait nous laisser sans le sou, sans rien, juste la honte et le désespoir. Une femme mariée est la propriété de son époux, il serait parti, emportant la fortune que ma mère avait apporté en dot et qui lui appartenait depuis. Combien de femmes dans cette situation n'ont eu d'autre choix que vendre leur corps pour survivre? Hors de question que ma mère connaisse ça! Mais j'étais jeune, dix-sept ans à peine. Mère a deviné que c'était moi, nous avons fui les Indes, elle m'a placée dans une pension puis s'est remariée. J'ai fait de même mais l'histoire s'est répétée, je n'avais pas d'autre choix. Le divorce est un déshonneur, je n'aurais jamais pu subir une telle horreur par la faute d'un homme trop arrogant pour croire qu'il pouvait tout décider sans qu'une femme n'ait son mot à dire. Nous ne sommes pas seulement idiotes Monsieur Holmes, les femmes aussi peuvent être maîtresses de leur destin.
- Et donc épouser un médecin pour élever votre condition sociale, rajouta sarcastiquement le détective.
- C'est en partie vrai. J'aurais voulu être autonome, ne plus jamais dépendre d'un homme mais les Universités ne veulent pas de nous, on dit même que ça peut nous rendre malade d'étudier. Que d'inepties! J'avais le choix entre enseignante, gouvernante ou infirmière, les seuls métiers que l'on nous autorise. Mais ne vous méprenez pas John, outre que vous étiez un parti appréciable pour moi, je vous ai aimé et vous aime encore. Je l'aurais fait jusqu'à la fin de mes jours, je vous aurais rendu heureux mais... je ne pouvais pas attendre de vous voir un jour demander le divorce, c'était au-dessus de mes forces. Vous auriez pu le faire par simple caprice, moi j'aurais dû prouver vos vices pour l'obtenir. J'aurais dû me salir pour vous échapper. »
Watson était sidéré. La condition féminine sous l'ère de Victoria évoluait lentement, même la reine était opposée au droit de vote des femmes, les faisant passer pour Saintes dans leur foyer mais ne leur octroyant aucun droit propre. Elles étaient totalement dépendantes de leur mari mais il ne voyait pas les choses ainsi, il avait toujours considéré son épouse comme son égal.
« Mary, je ne comprends pas. Jamais je ne vous ai traitée comme telle, je ne suis pas partisan de cette morale Victorienne qui ne considère une femme que comme un objet ou qui a autant de droits qu'un enfant. Je vous ai toujours demandé votre avis...
- Et pour combien de temps encore? Holmes est revenu, vous vous êtes détourné de moi, vous m'auriez laissée et que serais-je devenue? Encore gouvernante, à servir ceux que j'aurais pu être? J'ai trente ans, qui aurait voulu de moi, femme mûre et divorcée, humiliée? Je serais devenue la risée de tout Londres, ma vie aurait été finie. Mais venons-en au fait. John, ce soir, je vous laisse encore choisir. Vous venez avec moi ou vous mourez. Dieu nous a unis, jusqu'à ce que la mort nous sépare. Et cette fois, je n'utiliserai pas le poison, ce sera une balle.
- Et Holmes?
- Même maintenant, c'est à lui que vous pensez?! Il mourra, quoi qu'il arrive! »
Le détective ricana.
« Depuis le début, je suis un obstacle pour vous. Pourquoi ne pas m'avoir tué moi et juste moi?
- Parce que vous me faites peur, vous avez le don d'échapper à la mort. Je ne voulais pas me faire prendre, tout simplement. Et plus que tout, je voulais vous voir souffrir.
- Je crains que ce soit vous qui souffriez au bout du compte. Et si Watson décidait de vous suivre comme vous le voulez? Même là, vous n'y gagnerez rien, juste à être veuve, encore. Il n'y a pas de remède à l'empoisonnement au mercure, vous le saviez? »
Watson s'étonna mais ne dit rien. Holmes avait une idée derrière la tête, à n'en pas douter.
« Oui, mais j'en ai donné très peu, ça ne nous empêchera pas vivre, John et moi. Je voulais juste assez l'affaiblir pour l'empêcher de vous suivre partout. Je n'ai plus aucun trouble alors vous ne me ferez pas croire une telle absurdité.
- Et pour cause, votre enfant a absorbé tout le poison. Je me trompe Docteur, si je dis qu'un fœtus joue le rôle de filtre et retient le mercure dans ses propres tissus, protégeant ainsi la mère?
- Non... c'est vrai. Mais... comment avez-vous pu prendre ce risque?! Vous saviez que vous étiez enceinte.
- Oui, je le savais. Mais cet enfant n'était pas prévu, vous seul comptiez. J'ai d'ailleurs cru qu'il changerait tout mais malgré cette naissance, vous menaciez de me laisser, vous ne m'avez pas laissé le choix. Et jamais je n'aurais voulu donner le jour alors qu'il ne connaîtrait pas son père ou alors seulement le déshonneur de son nom. »
L'horreur qu'il ressentait alors lui coupait le souffle. Holmes continua alors que son ami se décomposait devant ses yeux. Garder le contrôle. Puisqu'il avait choisi de se joindre à eux, il devait lui démontrer toute la cruauté de sa femme et que rien ne pourrait la sauver. L'obliger à s'accuser elle-même, détourner ses convictions, abattre un à un chaque argument, la faire douter.
« Mary, dans votre génie, vous avez été d'une stupidité affligeante. Watson est mourant, vous n'avez rien contrôlé du tout, les doses que vous lui avez fait prendre sont mortelles! Ses symptômes n'ont fait que s'aggraver, au point qu'il a identifié lui-même le poison, comment en aurait-il été autrement si les signes n'avaient pas été flagrants? Et sans m'avancer, je ne vous trouve pas très grosse pour une femme enceinte, malgré ces vêtements qui vous cachent si bien. Je vous ai obligée à vous appuyer contre la table tout à l'heure en entrant, vous craigniez tellement mon contact que les tissus se sont plaqués contre votre ventre, bien plat. Je dirais même que vous avez retrouvé votre taille de jeune fille, objectif essentiel à toute cervelle féminine.
- Rien n'est jamais gratuit avec vous. J'ai fait une fausse-couche, je l'ai perdu.
- Et le mercure s'en est allé avec l'enfant. Bonne nouvelle pour vous, dommage pour Watson.
- Vous mentez! »
Mais tout en l'accusant, elle portait sur son mari un regard affolé. Car même si à présent il la choisissait, c'était trop tard, il mourrait.
« Et pourquoi ferais-je ça?, demanda Holmes. Je suis venu ici tout en sachant pertinemment que vous me tueriez. Mais ce que je voulais par-dessus tout, c'est voir votre visage quand je vous apprendrais le destin de Watson, je voulais juste vous voir souffrir autant que moi! Il agonise de votre seule main alors que ce matin, il me suppliait de vous épargner.
- Et donc, vous êtes venu seul pour me tuer?
- Je suis venu pour vous empêcher de nuire, quelque soit le moyen, dut-il m'en vouloir jusqu'à la fin des temps.
- John, donnez-moi votre réponse. »
La question lui parut si mal venue que le médecin sembla se réveiller. Les évidences lui sautaient aux yeux, Mary avait tué, causé la perte de leur enfant et pourtant, elle s'obstinait dans cette obsession de lui. Elle était morte aux yeux de tous, comment comptait-elle revenir à la vie, reprendre le cours des choses?
« Désolé Mary mais je préfère mourir debout comme un homme. Je ne vous suivrai pas, je ne sais même pas comment vous pouvez encore l'envisager.
- Alors, vous serez bientôt exaucé. Levez-vous, Monsieur Holmes. »
Il se redressa, debout au bout de la table alors que Mary l'imitait. Watson les regardait tour à tour, trop loin de sa femme pour la désarmer. Il aurait voulu pouvoir parler au détective pour son parjure mais c'était impossible. Holmes lui adressa un regard dont il ne put déchiffrer la signification puis le vit lancer un sourire carnassier à Mary.
« Je vous fais peur?
- En quelque sorte. Nous allons descendre à la cave, pour éviter d'alerter les voisins. John, ouvrez-nous la porte, je vous prie. »
OOOOooooOOOOooooOOOO
Les deux hommes étaient debout côte à côte dans le sous-sol glacial et humide. Par terre, une paillasse, des couvertures, quelques vivres et bougies. Mary se cachait là depuis un moment. Holmes avait croisé ses mains dans son dos dans une attitude nonchalante et Watson s'appuyait sur sa canne, les jambes croisées, tout aussi calme alors qu'ils étaient toujours sous la menace de Mary qui se tenait à une distance respectable, hors d'atteinte. Le fait d'avoir bougé avait éclairci les idées du médecin, il parvenait à présent à suivre la scène avec détachement. Mary avait tué, même leur propre enfant et lui avait torturé son ami. Ce même ami qui l'avait laissé en plan, avait décidé pour lui, encore une fois, comme en Suisse. Et pour l'instant, seule l'action comptait, il aurait bien le temps de pleurer ses morts ensuite. Penser comme Holmes pour anticiper sa prochaine action qu'il savait déjà dangereuse et stupide.
« Holmes, pourquoi être parti comme un voleur?
- Pour vous éviter ce moment, sans doute.
- Encore une fois, vous m'avez sous-estimé, je pourrais m'en sentir offensé.
- Et encore une fois, vous m'avez étonné, je ne vous en admire que plus.
- Ben voyons! Vous me laissez en arrière, comme si je n'étais pas concerné. Votre suffisance et votre mépris sont très agaçants!
- Messieurs, taisez-vous! », hurla Mary.
Mais aucun des deux ne sembla y prêter attention. Holmes lui jeta un regard dédaigneux avant de reprendre alors qu'ils se tenaient à présent face à face.
« Je ne voudrais pas jouer à celui qui pourrait vous réciter un ''je vous l'avais bien dit'' mais votre présence ne m'aide en rien.
- Vous n'aviez pas l'air de vous en sortir mieux tout seul!
- Watson, vous êtes un boulet!
- Quoi?! Et vous alors? Toujours à vouloir faire la leçon, vous croyiez réellement que j'allais vous laisser partir, comme la dernière fois?
- Et alors? Je suis revenu!
- Au bout de trois ans! Hors de question de commettre la même erreur, où vous allez, je vais aussi! »
Ils se lancèrent un regard plein de défi. Holmes lui sourit, ce sourire canaille qu'il avait quand il préparait un mauvais coup. Et Watson comprit aussitôt que la situation allait lui échapper.
Holmes se jeta en avant sur la jeune femme qui ne s'y attendait pas, coupant délibérément la route à Watson qui suivit le mouvement avec un temps de retard. Le détective la percuta de face, son ventre contre le canon, un coup de feu partit et ils roulèrent au sol tous les deux. La jeune femme se débattait pour se débarrasser du corps inerte qui la recouvrait à moitié. Holmes ne bougeait plus, étendu face contre terre, le médecin ne pouvait voir son visage. Le cauchemar revint à la mémoire de Watson, son ami se vidant de son sang entre ses bras. Sa gorge se serra, son cœur sembla louper un battement avant de cogner furieusement. Il ne pouvait pas le perdre à nouveau.
Il vit Mary se redresser, pointer une deuxième fois son arme vers le logicien qui bougeait légèrement. Il était vivant. Watson n'avait qu'une seconde pour agir.
Le jugement de Salomon...
Le canon répercute un trait de lumière, se pose sur la tête de Holmes. Souffle coupé. L'épée jaillit du fourreau. Sensation de paume moite. Les doigts se serrent, affirment la prise. Le métal siffle dans l'air. Bourrasque tragique. Il se plante, glisse sur une côte. Avance, toujours plus loin. Sous le sein gauche de sa femme. Le cœur est là.
La lame se retire, le pistolet chute dans un bruit métallique, le corps de Mary tombe en arrière comme une poupée de chiffons. Ses yeux grands ouverts. Éteints.
Quelques secondes et tout est fini.
« Holmes! »
Watson se laissa tomber à genoux et le retourna brusquement, cédant à la panique. Il tremblait, ses doigts n'arrivaient à rien saisir, ses yeux voilés d'un rideau liquide couraient sur le manteau de son ami, cherchant une blessure, redoutant de revoir sa paume rougie de son sang.
« Doucement Watson, soyez donc plus tendre.
- Où êtes-vous touché?! Laissez-moi voir!
- Je n'ai rien.
- Elle a tiré à bout portant dans votre abdomen, je l'ai vu!
- Je n'ai rien, regardez. »
Holmes ouvrit son manteau. Dessous, un plastron de cuir et de métal, la balle était fichée entre les peaux. Le médecin s'assit à même le sol, les jambes coupées, aussi soulagé qu'anéanti.
« Vous n'avez rien... je...
- Non, je n'ai rien, bien que l'impact m'ait fait un mal de chien, il faudra que je remédie à cela. Vous comprenez pourquoi je n'ai pas apprécié de vous voir là? Vous n'aviez aucune protection!
- Sauf qu'elle s'apprêtait à vous tirer une balle dans la tête. Je sais qu'elle est dure mais tout de même! Bon sang, vous vous êtes jeté sur elle, comment pouviez-vous savoir que ça marcherait?
- Je n'en savais rien, je n'ai eu ni le temps ni l'occasion de faire des tests mais c'était la seule façon. Notre dispute l'a distraite, nous nous sommes rapprochés de deux pas sans qu'elle y prête attention. Mais la distance était encore trop grande alors. Elle allait tirer et il fallait juste que je l'empêche que ce soit sur vous. »
Watson leva les yeux sur le corps de sa femme qui gisait juste à côté. Il l'avait aimée, regrettée puis tuée. Et il ne savait pas s'il devait en être soulagé ou pleurer. Ils avaient tant partagé, avaient créé la vie, même si elle avait été éphémère. Était-ce une fille, un garçon? Il aurait aimé le savoir mais à quoi bon à présent? Comment avaient-ils pu en arriver là? Ces carcans moraux, sociaux, religieux qui avaient conduit son épouse aux pires extrémités, il devait bien l'avouer, il les comprenait. Non pas qu'il pouvait excuser ses actes mais quelque chose en lui y faisait écho. Il aimait lui-même un homme et tout ces dogmes venaient salir ce qu'il chérissait.
Holmes se redressa en grimaçant et lui tendit la main.
« Venez Watson, sortons d'ici. »
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Les lieux étaient pleins de policiers. Holmes expliquait à Lestrade ses conclusions et ce qui s'était passé. Voyant Watson debout devant une fenêtre, ses yeux concentrés sur la nuit noire, il s'impatienta.
« Lestrade, je vous ferai parvenir mon rapport mais là, je rentre. J'ai commandé un fiacre, il est arrivé!
- Pas question, je vous connais! Vous allez me faire attendre et quand mes supérieurs me poseront des questions, il vaudrait mieux que j'aie les réponses. Donc, vous me suivez à Scotland Yard!
- Je l'écrirai moi-même inspecteur. J'étais là, vous l'aurez dans la journée. »
Watson avait choisi d'intervenir, le discussion menaçant de se prolonger à l'infini et il avait une envie furieuse de quitter son ancienne maison et ne plus voir personne. Lestrade, encore sous le choc des révélations, n'osa pas contrarier le médecin à la mine défaite.
« Bien Docteur, je vous fais confiance. Vous pouvez partir. »
Les deux hommes sortirent et montèrent dans le véhicule qui s'ébranla aussitôt. Ils ne disaient mot, Watson regardant par la fenêtre la ville défiler sous ses yeux sans vraiment la voir.
« Holmes, serai-je damné après ce que je viens de faire?
- Eh bien, la damnation implique de croire en Dieu et vous savez que lui et moi ne sommes pas très intimes. Mais si je devais y croire, je dirais qu'il serait bien injuste de vous torturer ici bas pour les péchés d'une autre de ses ouailles. Et je serais bien en peine de vous condamner moi-même alors que vous m'avez sauvé la vie.
- Je n'aurai jamais d'enfant. C'est peut-être ça ma punition divine.
- Parbleu non, il nous suffira de filouter cette Grande Instance. Les orphelinats ne manquent pas de marmailles qui seraient comblées de vous avoir pour père. À chaque problème, sa solution.
- Un jour, peut-être... Pour le moment, je voudrais juste... tout oublier. »
Le silence retomba et Watson reprit sa contemplation aveugle. Puis il se rendit compte que le chemin n'était pas familier.
« Nous ne rentrons pas à Baker Street? »
Il n'eut pas de réponse, alerté par une odeur juste avant qu'un tampon de ouate ne le bâillonne... chloroforme.
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''La conscience de la mort nous incite à vivre d'avantage''
(Paulo Coelho)
.
(à suivre)
Et voilà!
Faire de Mary une tueuse est le point de départ de toute cette fic, ce pour quoi on me disait que je serais OOC, j'espère avoir réussi à vous prouver le contraire. Un homme pouvait demander le divorce sans réel motif, la femme devait prouver une maltraitance ou un crime pour l'obtenir. L'homme gardait l'argent de la dot de son épouse ainsi que les enfants et beaucoup d'entre elles n'ont eu d'autre choix que se prostituer pour survivre.
L'homosexualité envoyait l'homme en prison mais le déshonneur touchait toute la famille. L'épouse d'Oscar Wilde a dû s'exiler et changer de nom après l'arrestation de son mari.
Plus que l'épilogue et il en sera fini de cette aventure.
Bonne année à tous!
