13.
Premier arrivé à l'AL-99, Pryom Hyrgue s'était trouvé face à un couple assez étonnant, déroutant, et devant lequel il ne se sentait absolument pas à l'aise…
Elle, grande et mince, en tailleur à la pointe de la mode, des breloques précieuses et non factices en guise de bijoux, le maquillage léger et soigné. Lui, échalas sans doute encore plus maigre sous sa longue veste de velours moiré noir, gants de cuir noirs également, tout comme les bottines aux pointes et talons de métal, sans compter le lourd fard de suie autour des yeux et le gloss d'ébène sur les lèvres.
- Mon Général vous connait ? … Je n'ai rien sur vous dans les données…
- Vous êtes nouvellement arrivé ici, c'est normal. Seuls les « anciens » de l'Unité Anaconda, les retraités et ceux encore actifs se souviennent de nous, fit la femme. Aucun souci, nous attendrons l'arrivée du Général Skendromme.
- Je dois lui envoyer un message, qu'il sache, avant d'arriver ici. Il me faut prendre contact avec Jelka.
L'homme au teint blême sourit, ce qui dévoila des canines un peu trop longues et plus pointues qu'à l'ordinaire.
- Faites, nous ne vous en empêcherons pas. Nous patienterons dans le couloir.
- Il y fait assez froid, soucis de climatisation, jeta rapidement Pryom.
- Le froid me connait, je ne le redoute pas. Mais ma femme apprécierait un thé, si vous pouvez lui permettre de rester ici au chaud vu le crachin du dehors qui a fait chuter les températures depuis quelques jours. S'il vous plaît.
- Je ne peux autoriser cet écart à la sécurité… Je vais appeler M. Olker, il va venir, et vous pourrez tous les deux attendre ici mon Général.
Sortant de l'ascenseur, entouré de Soreyn et de Kycham, Aldéran aperçut du premier coup d'œil ses visiteurs.
- Thyèze, Odhel !
Les trois amis s'étreignirent longuement, Pryom soupirant d'aise, rassuré d'avoir pris la bonne décision et de n'avoir mis personne en danger.
Pour sa part, Tersic Olker esquissa un salut poli et retourna à son bureau de Responsable de la Sécurité.
- Je ne pensais pas vous revoir, mais au vu de la situation depuis les deux mois qui viennent de s'écouler, je songeais que vous seriez les meilleurs spécialistes ! Je l'avais indiqué à la Générale Elumaire pas plus tard que la semaine dernière, mais je n'osais espérer que vous seriez là si vite ! jeta Aldéran en un tahérien parfait.
- Nous étions déjà en route, fit le « gothique ». Sans vouloir l'offenser, ta sauvage et tendre moitié se trompe : ce sont bien des êtres non-vivants qui commettent ces horreurs ! répondit ce dernier, dans la même langue, avant d'en revenir au galactien qu'il maîtrisait parfaitement.
- Odhel, tu veux dire qu'ils sont des vampires ? souffla Aldéran.
- Des hybrides, comme moi…
Odhel passa la langue sur ses lèvres.
- Des hybrides stables, alors que moi je ne fais que me dégrader et que je vais sous peu revenir à l'état auquel j'ai été initié, une nuit… Il me reste peu de temps, Aldéran, pour toi et surtout pour Thyèze ! Toi et moi devons mettre à bas ces bandes – gamins inconscients ou tueurs barbares – avant que tu ne me plantes bel et bien un pieu dans le cœur…
- … que je ne te décapite, que je ne t'embrase ou que je ne t'expose à la lumière ! Je ne pourrai jamais ! Dès lors, une chose à la fois, venez tous les deux, reprenons nos souvenirs, notre amitié !
- Ca va, vous êtes sûr, Général ? glissa Pryom.
- Sans souci.
Kycham et Soreyn allant prendre tranquillement place à leur table de travail parut suffisant pour rassurer Pryom qui reprit son travail alors qu'Aldéran précédait lesvisiteurs à son bureau.
- Tu sembles si surpris, Aldie ? glissa Thyèze. Toi, Odhel, nous, les vampires, tout est tellement lié !
- Je me souviens… Mais, je suis face à une bande de taré carnivores. Les vampires sont plus, comment dire, classe ! N'est-ce pas, Odhel ?
- Tout évolue, admit à visible contrecœur le gothique. J'ai fait de ma nature ma profession, en mettant ma vie mes connaissances pour aider à des phénomènes inexpliqués ou par trop meurtriers… Tu as dû être informé de la venue d'un expert, Aldéran ?
- Oui… Mais ni Ayvanère ni moi n'avons appris qu'il s'agissait de toi… Odhel, en quoi, ce que tu es, se modifie… ?
- Que veux-tu dire ? gronda le tahérien, sur la défensive, autant que sa femme.
Aldéran se leva, fit le tour du fauteuil où se trouvait Odhel.
- Je ne sais pas… Je ne suis pas censé avoir ces perceptions… Mais tu dégages des ondes différentes de la dernière fois, tu es plus chaud et plus froid à la fois… Oui, le traitement t'a empêché de devenir un vampire pur et dur, tout en crocs, mais en plus de te rendre stérile, il a chamboulé toute ta biologie… Tu es différent… et dangereux !
- Aldie, c'est mon mari ! protesta Thyèze, avec virulence, furieuse même. Lui et moi sommes venus pour t'aider face aux tarés, pas pour que tu me l'immoles sur une tombe !
Aldéran se massa les tempes, en manque des cafés et pâtisseries du début de journée, avec un regard d'envi vers ses amis qui sur le plateau en contrebas partageaient ce rituel.
- Ayvi soulève des pistes totalement naturelles depuis les semaines qu'elle travaille sur le sujet, poursuivit-il. Jusqu'ici, à aucun moment, elle n'a parlé de cet autre monde…
- Tu l'envisages ? glissa Odhel tout en rectifiant le noir des cernes autour de ses yeux.
- Oui… Ces petites bandes ont beau s'éclater avec leurs rituels, qui sait ce qu'elles peuvent vraiment ranimer… Et là, ça m'angoisse ! Aucun rite ne se fait sans conséquences, mais ces gosses s'y adonnent à qui mieux mieux – parce qu'il y a peu, il n'y avait nulle réaction… Odhel ?
- Je ne dois ni dormir ni me nourrir, au moins si j'ai une poche de sang par semaine. Je peux planquer pour toi, Aldéran, si tu m'indiques ma position !
- Le Grand Cimetière. Odhel, tu es devenu depuis toutes ces années un spécialiste, conférencier, du monde occulte. J'ai donc besoin de toi sur tous les plans : surveillance et briefing de mes Divisions !
- Ca marche. Mais…
- Oui ?
- Pour une base de travail, ici, fais-moi une visite du Grand Cimetière, que je constate, par moi-même.
- Comme cela je serai, par la suite, un jour, une visite toute désignée ?
- Oui !
- Formi… Je ne veux ni me faire vider de mon sang par une sorte de vampire ni me faire enterrer vivant…
- Je ne te garantis rien, Général.
- Re-formi…
