Je ne remercierai jamais assez ma relectrice, Dacian Goddess, pour son aide.
Chapitre 8. Horcruxes et serments
Le jeudi en cours de soirée, Hermione, Harry et Ron, tous trois camouflés par un sort de Désillusion, partirent par le réseau de cheminette chez Barjow et Beurk où ils furent accueillis par Tonks et Kingsley. Ces derniers étaient de garde au magasin ce soir-là, raison pour laquelle cette date avait été choisie pour accéder au coffre. Par leur appartenance à l'Ordre, les deux Aurors assuraient à la chose la discrétion nécessaire. De plus, ils avaient les qualifications nécessaires pour détruire la barrière et reconstruire une illusion de celle-ci ensuite afin de laisser croire au Ministère et à Voldemort que le coffre n'avait pas été ouvert. L'illusion était censée se dissoudre d'elle-même dans les jours qui suivraient, de sorte qu'on pourrait croire à une fin « naturelle » de l'enchantement.
Une fois dans le magasin, les trois jeunes gens se glissèrent dans l'arrière-boutique. Ils regardèrent avec intérêt Tonks et Kingsley se placer chacun à une extrémité de la barrière, remuer leur baguette en un mouvement un peu alambiqué et réciter ensemble :
—Destructio Causa.
Une onde se créa face au mur, comme un rideau sans substance. Elle vibra, vibra, vibra, touchée par une tension quasi palpable, jusqu'à ce qu'elle se dissolve. Les trois jeunes adultes s'attendaient à la voir exploser et avaient préparé leur baguette en conséquence. La disparition silencieuse et sans dégât de l'enchantement les prit par surprise. Néanmoins, le sort avait visiblement coûté à Tonks et Kingsley. Si celui-ci haletait en s'agrippant à une étagère proche, Tonks dut carrément s'asseoir par terre.
Harry leva les yeux vers le mur dont l'accès avait été libéré et inspira bruyamment. Les autres, voyant son expression, firent de même ; sur le mur, une plaque de bronze avec un buste d'homme sculpté en bas-relief occupait la place centrale. Harry reconnut Salazar Serpentard à sa face simiesque et à sa longue barbe mince qui se poursuivait bien au-delà des limites du bas-relief. A côté de sa tête se trouvait une serrure à combinaison ornée d'une tête de serpent en son milieu. Le visage de Serpentard était animé et s'adressa aux sorciers qui s'étaient approchés en Fourchelang, la langue des serpents, tout en pointant un doigt long et fin en direction de la serrure.
—Payez le tribut à Serpentard, le plus grand des quatre de Poudlard.
Harry comprit tout de suite ce que le serpent voulait et, sans hésiter, trancha la peau de sa paume avec un sortilège. La petite blessure saigna et il posa sa main ouverte sur la serrure. La porte du coffre pivota sur ses gonds et révéla une petite niche. Un livre ancien trônait au milieu de l'espace minuscule. Sa couverture de bois sculpté enchâssait des pierres précieuses et représentait un ange qui plongeait une lance dans la langue traînante par terre d'un dragon ; la scène se répétait à l'infini, comme dans les photos sorcières. Les cinq mages contemplèrent l'objet en silence pendant de longues minutes, totalement oublieux de ce qui se passait autour d'eux.
Hermione et Kingsley sortirent de leur stupeur presque au même moment. Leur mouvement fit sursauter les autres.
—Il faut le tester contre la magie noire, affirma Hermione avant que quiconque put placer un mot.
—Évidemment, rétorqua Tonks. Kingsley ? demanda-t-elle en se tournant vers son partenaire.
—Non, s'écria Harry. Ceci fait partie de la tâche que Dumbledore m'a confiée, à moi ainsi qu'à Hermione et Ron. L'un de nous va le faire.
—Moi, dit Ron en s'interposant physiquement entre Harry et le coffre. Nous ne pouvons pas prendre le risque que tu te blesses.
—Tu te souviens du sortilège à utiliser ? demanda Hermione avec anxiété.
—Tout à fait, se rengorgea Ron, heureux à l'idée d'avoir une chance d'impressionner la jeune fille.
Le rouquin donna de petits coups secs de sa baguette sur le livre en entonnant :
—Specialis revelio !
Une ombre noirâtre et malsaine s'éleva du livre. D'instinct, les cinq sorciers s'écartèrent du coffre pour éviter d'être touchés par elle.
—Qu'est-ce que c'est ? murmura Tonks.
—Aucune idée, répondit Kingsley sur le même ton. Je n'ai jamais rien vu de tel.
Il lança néanmoins un sortilège de limitation pour empêcher le nuage de se répandre dans l'arrière-boutique.
Harry, Ron et Hermione échangèrent des regards : si deux Aurors ne savaient pas ce que cela était, qui le saurait ? Presque en même temps:
—Snape, s'exclamèrent les garçons.
—Severus, s'exclama Hermione.
En quelques secondes, le consensus se fit autour de la nécessité d'aller chercher Severus. Sous le regard suspicieux de Ron et Harry, Hermione se porta volontaire pour la tâche. Elle enfila la cape d'invisibilité avant d'emprunter le réseau de cheminette dans le magasin.
Elle trouva Severus en train de ronger son frein en compagnie de Remus et Bill dans la chambre de ce dernier. Moins d'un quart d'heure après, lui et la jeune femme débouchèrent chez Barjow et Beurk, cachés par la cape d'invisibilité et un sort de Désillusion. Le client que Barjow servait ne sourcilla même pas lorsque l'âtre s'illumina de la lueur verte caractéristique de la poudre de cheminette et que personne pourtant n'en sortit. Dans l'Allée des Embrumes, personne ne s'occupait des affaires des autres.
Sans perdre une seconde, Severus se pencha pour examiner l'ombre qui tentait de s'échapper du sortilège qui la confinait à l'intérieur du coffre.
—C'est un baiser de Détraqueur concentré, énonça-t-il à voix basse, le sourcil froncé. Le Seigneur des Ténèbres a créé cette malédiction lui-même. Par chance, dit-il en se redressant brusquement, il nous a enseigné le contre-sort. Éloignez-vous, ordonna-t-il.
Aucun des cinq autres ne contesta la consigne. Un baiser de Détraqueur concentré ? C'était une abomination qu'il fallait détruire !
Severus entama une assez longue série de gestes accompagnés de mots inintelligibles en latin avec sa baguette. Hermione était diablement impressionnée et, heureusement pour la paix de tous au quartier général, Ron aussi, de sorte qu'il ne se rendit pas compte, enfin pas tout de suite, que ses propres efforts pour impressionner Hermione étaient faibles en comparaison. Finalement, l'ombre noire s'effaça. Severus jeta encore quelques sortilèges de diagnostic, puis estima le livre inoffensif. Il était temps, le tour de garde de Tonks et Kingsley arrivait à sa fin et leur relève allait arriver d'une minute à l'autre.
Harry, Ron, Hermione et Severus repartirent discrètement au quartier général de l'Ordre. Leur arrivée, cependant, fut remarquée par Remus qui avait jeté un sort de détection des arrivées en face de la cheminée. Après de brèves excuses à Bill, encore trop faible pour quitter le lit, il s'éclipsa de la chambre de ce dernier et se précipita dans la salle de séjour, manquant presque de dévaler l'escalier en bois la tête en avant dans sa hâte. Il arriva dans la pièce pour trouver Severus qui retenait Harry par le bras, un air orageux sur le visage.
—Je ne vous dirai rien. J'ai promis à Dumbledore ! Je tiens les promesses que je lui ai faites, moi ! criait Harry, ses cheveux noirs encore plus en bataille qu'à l'ordinaire, ses yeux verts étincelants de colère.
Hermione essaya intercéder.
—S'il vous plaît, ce n'est pas le moment.
Elle posa la main sur le bras de Severus, un geste devenu familier à tous les deux qui signifiait sans équivoque qu'il était important pour elle qu'il accède à sa demande ; un geste dont il avait appris qu'il ne pouvait l'ignorer sans ressentir du remords. Il lâcha donc Harry et posa son regard, noir et intense, sur Hermione. Cette fois, personne ne put nier qu'une conversation sans mots se tenait entre les deux. La posture de Severus se décontracta et il s'écarta d'un pas de Harry. S'il n'y avait pas l'enjeu de la destruction de la Bible de Rowena Serdaigle, Ron serait sorti en claquant la porte. Il avait perdu celle qu'il aimait au profit du Bâtard Graisseux ; c'était au-delà de sa compréhension.
—Merci, dit-elle aux deux antagonistes.
Elle prit une profonde inspiration avant de continuer.
—Harry, comment faire pour… tu sais.
Elle jeta un coup d'œil aux deux adultes dans la pièce.
Harry, encore sous le coup de la stupéfaction d'avoir vu Snape obéir à un ordre non verbal de Hermione, se reprit.
—Un couteau. Je pense qu'un couteau de cuisine fera l'affaire.
—Pour quoi faire ? s'enquirent en chœur Severus et Remus.
—Vous verrez, leur répondit Harry d'un ton plat en se dirigeant vers la sortie. J'arrive, ajouta-t-il.
Il était évident que sa concentration était toute à la tâche qu'il se préparait à accomplir. Il revint avec un impressionnant couteau de cuisine à la main qui aurait fait la fierté d'un tueur fou dans un film moldu. Chacun avait senti l'importance du moment et avait attendu Harry sans protester. Ce dernier jeta quelques sorts pour s'assurer que personne ne viendrait les déranger ou ne pourrait entendre ce qui allait se passer, avant de retirer la nappe qui recouvrait la table du séjour et d'y poser la Bible de Ravenclaw qu'il tenait toujours. Ils se positionnèrent tous autour de la table, anxieux de suivre ce qui allait se passer. Ron, Hermione, Remus et Severus préparèrent leur baguette au cas où. Harry leva le couteau au-dessus du livre et le planta avec force dans la couverture, perçant l'objet de part en part, de la même manière qu'il avait enfoncé la dent du basilic dans le journal de Tom Jedusor lorsqu'il avait secouru Ginny dans la Chambre des Secrets. Comme lors de la destruction des autres Horcruxes, une fois que les sortilèges de protection avaient été démantelés, pas grand-chose ne se passa ; une lueur blanche émana de la couverture, puis ce fut tout. Le silence entre les témoins de cet acte résonna étrangement dans le quartier général, jusqu'à ce que Remus murmure :
—Qu'est-ce que c'était que cela ?
Severus lança un regard interrogateur en direction de Hermione, comme s'il demandait confirmation de ce qu'il avait deviné. Elle hocha imperceptiblement la tête, ce qui déclencha une réaction explosive dans l'ancien professeur.
—Bande d'idiots ! Pourquoi n'avez-vous pas demandé d'aide ? Non, il a fallu que vous cherchiez la gloire et agissiez tout seuls ! hurla-t-il, le visage rouge de colère. Il n'avait pas été aussi en colère… cela remontait au moins à l'époque où Sirius Black s'était échappé.
—Cette tâche est la nôtre ! Je vous ai déjà dit que Dumbledore nous a demandé de ne rien dire à personne ! Harry hurlait au moins aussi fort.
Remus avait l'air perplexe.
—Quelqu'un pourrait me dire ce qui vient de se passer ? demanda-t-il.
—Ils viennent de détruire le Horcruxe du Seigneur des Ténèbres !
Severus était hors de lui. Et si Hermione y était restée ? Avait-elle conscience du danger ? S'il n'avait pas été là, aurait-elle subi les effets du baiser de Détraqueur concentré ? Son cerveau allait exploser avec tous les « si » qui s'y promenaient.
—Le quoi ? demanda Remus d'une voix rauque.
—Le Horcruxe, lui répondit Severus d'un ton dur. Un morceau de l'âme du Seigneur des Ténèbres, arraché de lui-même pour l'ancrer dans un objet et lui permettre de ne pas mourir.
Le loup-garou se tourna vers les trois jeunes gens.
—C'est vrai ?
Impossible de nier, aussi hochèrent-ils la tête.
—Merlin, reprit-il en se laissant tomber sur une chaise. Alors, il est mortel, maintenant ?
Harry, Ron et Hermione évitèrent son regard, balancèrent d'un pied sur l'autre, et Hermione se mordit la lèvre inférieure avec vigueur.
—Que nous cachez-vous encore ? siffla Severus.
Ses yeux balayèrent les faces gênées des trois jeunes sorciers. Il réfléchit à ce que pourrait être la réponse à sa question jusqu'à ce qu'il plonge son regard dans celui de Harry qui, pris par surprise et n'ayant de toute façon aucun talent pour l'Occlumancie, ne put que subir l'invasion de son esprit par Severus.
—Severus ! s'exclama Remus, indigné.
—J'ai vu ce que je voulais voir. Combien y en a-t-il ?
Malgré le caractère impérieux de sa demande, on le sentait choqué de ce qu'il avait vu dans l'esprit de Harry.
—Harry, je crois qu'on peut leur faire confiance, souffla Hermione. De plus, ils pourront peut-être nous aider pour l'étape suivante. Sans Severus, nous n'aurions pu retirer la Bible et rester sains et saufs.
Ron, qui n'était pas prêt d'admettre qu'il avait perdu Hermione (et qu'elle appelait « l'autre » par son prénom), mit son grain de sel :
—Je ne lui fais pas confiance. Et ce serait manquer de respect envers Dumbledore.
En fait, Harry se sentait un peu partagé entre ces deux points de vue, et en même temps un peu ennuyé que chacun de ses amis tente de prendre la décision à sa place ; c'était lui, l'homme de Dumbledore, et pas les autres. Révéler ce qu'ils faisaient à d'autres lui revenait de plein droit. Il pesa le pour et le contre pendant plusieurs minutes sous le regard attentif des autres présents et dans un silence religieux. La tension dans la pièce était insoutenable. Il exhala longuement.
—Je veux bien tout vous dire, mais vous devrez prêter un Serment Inviolable de ne rien divulguer à qui que ce soit avant.
La requête de Harry les prit un peu par surprise, et dans le même temps attesta de l'importance de ce qui allait être dit.
Le visage de Severus ne montra aucune émotion face à cette demande. Hermione, qui avait appris à le lire, devina cependant qu'il réfléchissait intensément. Remus, lui, était bouche bée, comme s'il avait du mal à comprendre ce qu'il venait d'entendre.
—J'accepte, répondit simplement Severus.
Sa curiosité avait gagné, et il voulait savoir ce que Hermione savait pour être davantage en mesure de la protéger.
—Moi aussi, ajouta Remus, qui avait retrouvé l'usage de la parole.
—Ron, tu veux bien être notre Enchaîneur ?
Ron acquiesça. Hermione se mordilla la lèvre avec une furie renouvelée.
—Snape d'abord.
Severus s'avança et tendit la main à Harry qui la saisit sans hésitation. Ron vint se placer près d'eux et posa la pointe de sa baguette à la jointure des mains des deux hommes. Harry pensa soigneusement à la façon dont il allait formuler sa question.
—Severus Snape, garderez-vous le silence sur ce que je vais vous dire aujourd'hui ? Utiliserez-vous votre Occlumancie pour garder le secret le plus total sur les Horcruxes de Voldemort ?
Severus ne put cacher sa surprise face à l'utilisation du pluriel avec le mot « Horcruxe », de sorte qu'il ne remarqua même pas l'utilisation du nom du Seigneur des Ténèbres. Par Merlin, qu'est-ce que ce monstre avait donc fait ? Il fut ramené au présent par la secousse que Harry donna à leurs mains jointes.
—Oui.
Une flamme rouge et mince jaillit de la baguette de Ron et encercla les deux mains. Harry n'avait pas fini.
—Nous aiderez-vous au mieux de vos capacités à détruire les Horcruxes et leur créateur, à savoir Voldemort ?
—Oui.
Une seconde flamme rejoignit la première. A elles deux, elles formaient un bracelet incandescent qui s'éteignit de lui-même lorsqu'aucune nouvelle demande ne fut formulée. Severus Snape venait de rendre officielle son opposition à son « maître ».
Remus prêta le même serment avant que Harry, aidé de Ron et Hermione, raconte aux deux membres de l'Ordre tout ce qui se rapportait aux Horcruxes. Severus avait peu parlé pendant l'exposé car une idée germait en son esprit. Il prit enfin la parole.
—Si je comprends bien, Nagini serait le dernier Horcruxe à détruire ?
Il n'attendit pas la réponse pour poursuivre.
—Elle ne quitte jamais son maître. Il vous faudra donc pénétrer le quartier général du Seigneur des Ténèbres pour la tuer. (Il leva une main pour signifier de ne pas l'interrompre). Comme je suis le seul ici à savoir où se trouve cet endroit et comment y entrer, il paraît logique que ce soit moi qui me charge de cela.
—C'est à moi de le faire, s'entêta Harry. Vous, vous m'aidez.
Severus serra les dents. Ce n'était pas le moment de lancer une discussion « animée ».
—Vous ne pensez tout de même pas mettre le pied dans la demeure du Seigneur des Ténèbres et ne pas être repéré tout de suite, Potter ? Car sachez que cet endroit grouille de sorts de détection et qu'il faut porter la Marque des Ténèbres pour y entrer. Ne craignez donc pas que je vous trahisse ; je tiens bien trop à la vie pour cela, ajouta-t-il sarcastiquement.
—Mais… Severus, tu risques d'être tué si tu te montres là-bas, intervint Hermione nerveusement.
—Polynectar. Il me faut du Polynectar, et un Mangemort en vie récemment capturé.
Les yeux de Ron s'étrécirent.
—Ainsi, Vous-Savez-Qui ne saura pas que ce Mangemort manque à l'appel ?
Severus lui adressa un petit sourire.
—Tout à fait, Weasley.
—L'Ordre n'a pas de Polynectar disponible à ce que je sache, dit Remus.
—Mais Slughorn, si ! s'exclama Harry, qui trouvait l'idée de Severus très intéressante malgré sa réticence initiale. Je vais aller à Poudlard la semaine prochaine. Il m'a invité à une réunion de son Club samedi de la semaine prochaine pour la Saint Valentin. Je vais lui apporter une bouteille de bon vin…
—Nous tenons un plan, dit Ron en souriant, même si son sourire était un peu forcé.
—Oui, nous tenons un plan, lui fit écho Severus, qui n'aurait jamais cru se trouver sur la même longueur d'onde que le rouquin.
Samedi matin, la Marque des Ténèbres flottait au-dessus de l'Allée des Embrumes.
Les Aurors qui gardaient le coffre chez Barjow et Beurk furent retrouvés assassinés dans l'arrière-boutique et Barjow mort dans son lit, tous indubitablement victimes du sortilège de mort. Les Aurors s'étaient vaillamment battus, comme en témoignaient les étagères renversées et les impacts de sorts sur les murs. Voldemort avait tenté de reprendre son Horcruxe, en vain. Il savait désormais que l'ennemi avait une partie de son âme ; il n'avait plus aucun doute sur le sens qu'avait la quête du jeune Potter.
Il fallait agir vite maintenant et frapper le premier.
Bill partit dimanche matin sous la cape d'invisibilité de Harry à destination de Ste Mangouste. Il avait récupéré suffisamment pour effectuer le déplacement en compagnie de son père, qui s'occuperait de tenir le personnel soignant à l'écart de la chambre de Fleur pendant une demi-heure.
Bill eut le souffle coupé lorsqu'il vit sa jeune et belle épouse inconsciente, vieillie, amaigrie. Il devait réussir. Il ôta la cape d'invisibilité et fit apparaître un paravent entre son père et le lit.
—Fleur, murmura-t-il en s'approchant. Fleur, m'entends-tu ?
Il lui prit la main ; elle était chaude et sèche. Avec son autre main, il lui caressa les cheveux, puis il posa un baiser sur ses lèvres. Il s'écarta et entama le rituel qui devait lui ramener sa bien-aimée.
Il se déshabilla entièrement et déshabilla Fleur également. Il caressa les rides de son visage et ses cheveux blancs et secs en murmurant :
—Faisant le tour de l'île,
Une fleur j'ai vu sur le rivage,
Même si le vent souffle,
Si la vague me menace,
Avant de l'avoir cueillie je n'aurai de cesse. (1)
Fleur gémit faiblement ; ses paupières frémirent et sa bouche s'entrouvrit. Elle répondait à l'appel de l'amour de son mari.
Bill s'allongea sur la forme immobile de son épouse. Il prit soin de bien se poser main contre main, bras contre bras, jambe contre jambe, bouche contre bouche. La position n'était pas simple à tenir (il avait tendance à glisser sur le côté), mais il parvint à psalmodier :
—Dans le calme du soir
Les grues chassent leur proie,
Mais quand la marée monte
Les vagues du large sont si hautes
Que chacune appelle sa compagne. (1)
Les yeux bleus de Fleur, heureusement inchangés, s'ouvrirent sur les yeux bleus de Bill. Elle le reconnut. Heureuse et surprise, elle lut l'amour qu'il lui portait et lui renvoya le sien ; son esprit lui était revenu.
—Au fond des flots
Repose une perle blanche.
Le vent peut souffler
La mer devenir furieuse,
Je n'aurai de cesse que je ne l'ai prise. (1)
Le corps de la jeune femme retrouva sa jeunesse et sa santé. Submergés par leurs émotions et l'énormité de ce qui venait de se passer, Bill et Fleur ne dirent rien tout de suite, se contentant de regarder l'autre et de s'assurer qu'il était bien là. Hélas, la demi-heure impartie à Bill arrivait à sa fin. De l'autre côté du paravent, Arthur toussota assez discrètement pour rappeler à son fils qu'il devait à nouveau se cacher.
A regret, Bill aida Fleur à remettre sa chemise de nuit d'hôpital avant de se rhabiller, de remettre la cape d'invisibilité et de faire disparaître le paravent. Arthur partit alors prévenir les guérisseurs de la guérison miraculeuse de sa belle-fille. Ceux-ci décidèrent de la garder en observation deux jours, jusqu'au mardi, et de la laisser sortir si elle n'avait aucune rechute d'ici-là. C'était parfait. Molly aurait le temps de préparer une fête digne de ce nom.
(1) Ces poèmes sont l'œuvre d'auteurs japonais inconnus du VIIIe siècle.
