Pov omniscient
Le temps était doux, mais l'humeur de Salieri était à la mélancolie. Se promenant dans la ville, il se demandait comment il réussirait à affronter cet énième lendemain. Mozart lui manquait terriblement, il fallait l'admettre, mais il ne pouvait pas se résoudre à rentrer pour briser sa bulle de bonheur. Il méritait d'avoir des enfants avec cette femme qu'il aimait, c'était bien le minimum de Salieri pensait pouvoir faire après qu'il lui ait offert tant de bonheur.
Le soleil réchauffait doucement le visage pâle de Salieri. C'était la première fois qu'il sortait de son plein gré en journée depuis son arrivée, en temps normal il préférait rester cloitré dans la maison qu'il occupait temporairement.
Il y avait de l'agitation ce jour-là en ville. Les villageois le regardaient passer comme s'ils étaient fascinés par lui, puis se chuchoter des choses à l'oreille en le regardant. Salieri mit ça sur le compte de sa réputation et des rumeurs qui le suivaient, donc il ne s'en offusqua pas. Poursuivant sa marche, il se trouva un endroit calme éloigné de la ville où il s'étendit dans l'herbe pour profiter des caresses du soleil.
L'Italien pensait de plus en plus à rejoindre Mozart, malgré toute sa détermination, mais s'efforça de se fixer un temps d'adaptation pour voir si son mal-être était passager. Il aurait dû penser à d'autres choses, comme à son emploi auprès de Joseph II, mais la bouille attendrissante de Mozart lui revenait toujours en tête. Il se souvenait de ses soupirs de plaisir, des mots tendres qu'il lui glissait à l'oreille à toute heure, des nombreuses fois où il avait crié son nom en pleine passion, mais aussi de ces moments de paix où ils composaient tous deux, assis à son piano. La vie avec Mozart, aussi brève fut-elle, avait été merveilleuse. Même s'il pouvait se montrer surexcité, l'Autrichien était aussi un grand romantique qui laissait parfois ses yeux faire des déclarations d'amour à son compagnon.
Salieri le regrettait amèrement. Il s'entêtait cependant à se dire qu'il avait fait le meilleur choix pour Mozart, aussi douloureux soit-il. Il resta deux ou trois heures allongé sur l'herbe fraiche mais finit par décider de rentrer en apercevant un jeune couple d'amoureux arriver pour pique-niquer non loin. L'Italien ne pouvait supporter l'étalage de leur amour alors que le sien lui était inaccessible.
Le compositeur de Joseph II rentra sans hâte, flânant sans engouement dans les rues fourmillantes de villageois aux airs de plus en plus conspirateurs. Salieri aurait mieux fait de s'intéresser à cette agitation, mais sa tristesse l'emprisonnait dans une bulle aveugle. Il ne comprit son erreur que lorsqu'il fut violemment plaqué contre un mur, la porte d'entrée à peine fermée par ses soins. Cependant, il n'avait pas peur. Quoi qu'il puisse lui arriver, ce serait toujours moins douloureux que l'absence de Mozart à ses côtés…
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Pov Mozart
Je m'étais étonné en puisant au fond de moi des ressources dont j'ignorais l'existence. La passion m'avait donné des ailes, me faisant passer outre ma fatigue pour rejoindre le détenteur des clefs de mon cœur. Je ne m'étais autorisé qu'une nuit de véritable repos, celle précédent mon arrivée à destination, afin d'être au meilleur de ma forme lorsque je le retrouverais. Mon plan était simple : le trouver, lui faire entendre raison –si possible- et le faire rentrer avec moi –de gré ou de force.
En ville, tout le monde me reconnut comme étant l'ancien rival de Salieri ainsi que son plus récent compagnon. Tous savaient que nous nous étions douloureusement séparés et je réussi à trouver assez facilement une femme à émouvoir pour obtenir l'adresse actuelle de mon aimé. Par malchance, il n'était pas là. En revanche, j'avais appris en vivant à ses côtés qu'il ne verrouillait jamais la porte de derrière, alors je pénétrai dans la maison par là.
Je fis rapidement le tour des pièces, respirant profondément son odeur dominante dont j'avais été trop longtemps privé. Trouvant les nombreux cadavres de bouteilles sans sa chambre, je fus à la fois triste et euphorique de voir qu'il gérait notre séparation dans les méandres vicieux de l'alcool, preuve qu'il en souffrait autant que moi.
Après avoir cherché la preuve de la présence d'un potentiel compagnon, je m'embusquais près de la porte d'entrée, prêt à lui sauter dessus dès qu'il passerait le seuil de la porte. Il me fallut être patient, car mon Tonio avait visiblement décidé de s'absenter assez longtemps, mais j'étais prêt à attendre le temps qu'il faudrait en sachant que j'étais si près du but.
Une bonne heure plus tard, la poignée de la porte s'abaissa enfin, et je sortis de l'encadrement pour agripper mon aimé et le plaquer contre le mur derrière lequel je m'étais dissimulé. Son odeur envahit mes narines, me faisant perdre le contrôle. Ses lèvres si tentantes n'étaient qu'à quelques misérables millimètres des miennes, ne demandant qu'à être courtisées. J'avais tellement envie de lui que s'il n'était pas consentant ça ne ferait pas de différence pour moi. Il me rendait fou…
_ Mozart ?s'étonna mon Tonio vraiment choqué par ma présence. Mais…
_ Chut !exigeais-je en posant une main autoritaire sur sa bouche. Tu as exposé ton point de vue sans même me laisser parler, alors maintenant c'est à moi de te donner le mien. C'est Constance qui m'a embrassé, je ne voulais pas de ce baiser ! Quand je t'avais donné ce rendez-vous, je voulais mettre plein de pétales de rose et de bougies dans la chambre, te faire crier mon nom jusqu'au bout de la nuit pour célébrer notre première nuit chez moi, mais Constance m'a ralentit pour finalement m'embrasser de force !me rappelais-je en m'énervant au souvenir désastreux de ce qui aurait dû être une merveilleuse nuit.
Je pris une pause, fixant toujours celui que j'aimais avec un regard dur qui n'autorisait aucune protestation. L'élu de mon cœur ne semblait pas avoir peur de moi, ce qui me réconfortait dans l'idée que notre relation pouvait encore renaître de ses cendres puisqu'il me faisait toujours assez confiance pour ne pas le blesser physiquement. D'ailleurs je n'avais pas peur d'aller trop loin dans ma passion, je savais que mon compagnon avait un penchant pour les ébats violents. Il hésitait souvent entre la tendresse et la passion douloureuse, mais il me laissait toujours donner la tendance. Aujourd'hui il n'aurait pas le choix, il m'avait trop manqué pour que je puisse me contenter d'une étreinte lente –à condition qu'il veuille bien me la donner- alors ce serait violent et passionné.
_ Alors maintenant, je vais faire ce que je veux, à savoir assouvir mon désir de toi pendant 24 heures, et si après ça tu refuses toujours de rentrer avec moi alors je te ferais venir avec moi de force et tu seras mon prisonnier jusqu'à ce que tu recouvres la raison, planifiais-je sans l'ombre d'une hésitation.
Mon aimé était de plus en plus surpris, ses sourcils s'arquant sans qu'il parvienne à se contrôler, mais il ne chercha même pas à se débattre. Tant mieux, un rejet ne m'aurait rendu que plus violent et je sais que j'aurais regretté mes gestes. Mon désir pour lui devenait de plus en plus douloureux et je ne parvenais plus à le gérer.
Puisqu'il ne bronchait toujours pas, je pris l'absence de réaction de mon aimé comme son consentement. Retirant lentement ma main de sa bouche sensuelle, je l'utilisai pour arracher vivement sa chemise, retirant frénétiquement sa veste épaisse. Je le fis ensuite tomber par terre en usant de mon pied placé derrière le sien pour le faire trébucher en le poussant. Ne perdant pas une seconde de ce temps où il était entièrement à ma merci, je m'installai à califourchon sur sa taille et me débarrassai des lambeaux de chemise qui obstruaient encore l'accès total à son torse divinement sculpté. Quand il fut torse nu devant mes yeux affamés, je le saisissais par la nuque et imposai mes lèvres aux siennes pour un baiser dans lequel je déversai tout mon désespoir et la rage que j'avais éprouvé depuis l'incident avec Constance.
A mon grand étonnant, mais par pour mon mécontentement, mon Tonio répondit avec violence à mon baiser, s'accrochant avec force à moi. Nous entamâmes ainsi le début d'une folle journée.
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Nous étions allongés par terre depuis un bon moment déjà, haletant comme si nous avions couru pour sauver nos vies. Encore une chance que le tapis du salon soit assez confortable, parce que nous avions été incapables de quitter la pièce une fois lancés. Mon aimé m'avait montré physiquement que je lui avais manqué et qu'il ne comptait pas me laisser m'éloigner une nouvelle fois. Mon inspiration m'était revenue, je pensais à des dizaines de mélodies rythmées comme l'avaient été nos ébats.
Je tournai la tête pour admirer mon amant épuisé. Une fine couche de transpiration mettait en valeur sa peau en la faisant doucement briller. J'avais une souveraine envie de lécher sa peau sucrée pour goûter au fruit salé de notre étreinte passionnée mais je savais que je l'avais vraiment vidé de toutes ses forces alors je me demandais s'il serait prudent de lui demander un ultime effort.
La tentation fut plus forte que moi et je roulai pour atterrir sur le torse de mon aimé et recueillir le fruit de notre amour sur ma langue au niveau de son nombril. L'élu de mon cœur frissonna et passa ses doigts dans mes cheveux, complètement détendu. Je remontai progressivement ma langue, me couchant sur lui lorsque j'atteignis ses pectoraux. Un soupir trahit le plaisir que je lui offrais et mon Tonio chéri m'attira tendrement à lui pour me donner un baiser doux et plein d'amour qui contrastait avec la violence passée de nos ébats.
Quand nos lèvres se séparèrent au bout de plusieurs minutes de baiser, la main de celui que je chérissais resta sur ma joue alors qu'il me regardait avec un amour manifeste. Il m'avait tellement manqué… Une larme de bonheur m'échappa à cette pensée. Mon Italien s'en aperçut et l'embrassa pour la faire disparaître sur ses lèvres.
Lovant ma tête au creux du cou de celui que j'aimais, je me laissai aller à de douces rêveries. De nombreuses compositions s'enchainaient dans mon esprit, toutes représentant mon amour pour Antonio. Le doute m'assaillit. Oui, nous avions partagé les plaisirs de la chaire une nouvelle fois, mais voudrait-il pour autant reprendre notre relation là où nous l'avions arrêtée ? Après tout, je n'étais peut-être qu'un banal amant pour lui… Perdu dans mon désir, je n'avais même pas songé à lui poser les questions qui allaient déterminer l'avenir de notre couple.
_ Antonio ?l'interpellais-je timidement.
_ La réponse est non.
_ Quoi… ? Mais… Comment peux-tu me répondre avant de connaître la question ?m'énervais-je au beau milieu de ma déception.
_ Je te connais Wolfgang, soupira-t-il en fermant les yeux. Et non, je ne suis pas prêt à remettre ça dans l'immédiat.
Il me fallut une bonne minute pour comprendre que nous ne parlions pas du même sujet. A sa décharge, mes manœuvres suggestives pour l'aborder l'avaient conduites à cette interprétation, donc je ne pouvais pas lui en vouloir –comment lui en vouloir pour ce délicieux quiproquo d'ailleurs ?
_ Je ne voulais pas te demander ça, le détrompais-je.
Mon aimé ouvrit les yeux pour me regarder, intrigué par mon sérieux. Il passa sa main talentueuse sur ma joue et la laissa s'aventurer sur mon corps sans pour autant chercher à m'aguicher.
_ Je t'écoute, m'assura-t-il en plongeant ses yeux noisette dans les miens. De quoi voulais-tu m'entretenir ?
_ Est-ce que tu as changé d'avis ? Tu vas rentrer avec moi à Vienne ?
Le détenteur de mon cœur expira doucement, semblant tiraillé entre deux choix.
_ Non, finit-il par trancher. Je n'ai pas envie de rentrer à Vienne dans l'immédiat…
Mes yeux se remplirent de larmes. Je ne voulais plus être séparé de lui, pourtant lui ne voulait pas rentrer avec moi. J'étais désespéré. Après nos étreintes passionnées, je m'étais conforté dans l'idée que mon aimé voudrait encore de moi et que tout redeviendrait comme avant.
_ Mais… je croyais que… enfin, je… et nous alors dans tout ça ?bafouillais-je déçu.
_ J'ai besoin de m'éloigner un temps de la cour, m'expliqua-t-il en passant ses doigts dans mes cheveux. Mais reste avec moi, ça nous fera du bien de nous retrouver, juste toi et moi…
Mon cœur enfla de bonheur à cette proposition inespérée. Je me jetai sur ses lèvres pour l'embrasser avec tout l'amour que j'éprouvai pour lui, déviant sur sa mâchoire puis sur son cou quand l'air nous manqua. Ses mains s'emmêlèrent une nouvelle fois à mes cheveux, les serrant alors qu'il se tortillait sous moi, stimulé par mes baisers.
_ Tu es certain de ne plus avoir de force pour une petite dernière ?lui demandais-je aguicheur.
_ Si je l'emploi avec toi, maintenant, je n'arriverais jamais à me relever pour faire le chemin jusqu'au lit, sourit-il amusé.
_ Pff ! Les lits sont surfaits à notre époque ! On n'est pas si mal ici, non ?lui demandais-je. Et si tu as froid je me dévouerais de bon cœur pour être ta couverture, ou te réchauffer à ma manière…, finis-je en susurrant cette partie dans son oreille.
_ Mmm, je dois avouer que la proposition est intéressante.
_ Alors accepte, l'incitais-je avec des yeux brillants de malice.
Mon amant éclata de rire alors que je fronçais les sourcils, interloqué par sa réaction.
_ Tu es insatiable !m'accusa-t-il hilare. Tu veux ma mort ?
_ Oh non, justement je veux te garder en forme !ris-je. Il paraît qu'on vit plus vieux si on fait de l'exercice.
_ L'exercice modéré peut-être. La prochaine fois que tu veux faire une journée pareille, préviens-moi deux ou trois semaines à l'avance pour que je me prépare. Je vais passer les trois prochains jours à dormir…
_ Bah, je ne me fais pas de soucis pour ça, je suis certain que je parviendrais quand même à te réveiller demain.
_ Tu n'es pas fair-play, bouda mon aimé. Après la journée qu'on a passé, tu pourrais au moins me laisser dormir jusqu'à midi.
_ Si tu n'étais pas parti comme un voleur, je ne me serais pas retrouvé dans un tel état de manque, rétorquais-je. Maintenant tu vas devoir me supporter en permanence, tu ne pourras pas passer une seule seconde seul –surtout aussi dénudé que tu l'es maintenant-, ni même voir d'autres personnes sans moi.
_ Parce que tu crois vraiment qu'après la journée que tu viens de me faire passer j'aurais encore de l'énergie à consacrer à un autre amant ?s'amusa-t-il.
Je lui grognais dessus, m'accrochant encore plus fermement à son corps alors qu'un rire secouait sa poitrine. L'idée qu'il puisse réserver sa tendresse à quelqu'un d'autre ne me plaisait pass du tout… L'élu de mon cœur laissa glisser ses mains dans mon dos, me provoquant un frisson lorsqu'il retraça ma colonne vertébrale de son index.
_ Je t'aime Wolfgang, me souffla-t-il tendrement à l'oreille.
_ Et je t'aime mon Tonio chéri, répondis-je en l'embrassant chastement.
_ Et j'aime encore plus quand tu es jaloux !s'esclaffa-t-il.
_ C'est bien normal que je sois jaloux quand tu disparais si facilement, marmonnais-je. Et quand on voit le nombre de femmes qui te tournent autour…
_ Tu sais bien que tu es le seul que j'aime, non ?me fit-il remarquer.
_ Je trouve que nous avons beaucoup dévié du sujet initial, détournais-je.
_ Je ne m'en rappelle plus, joua mon amant taquin. De quoi s'agissait-il déjà ?
_ La rédaction d'une nouvelle symphonie.
_ Avec quel instrument ?
_ Ton corps, évidemment !
_ Et quel titre lui donnerais-tu ?me questionna mon compagnon en laissant ses mains s'aventurer dans des zones sensibles.
_ La symphonie des amants, haletais-je.
_ C'est un projet intéressant, approuva mon aimé. Autant se mettre au travail immédiatement.
Et c'est ce que nous fîmes, à plusieurs reprises. Les mélodies furent plus douces et tendres mais elles exprimaient toujours autant d'amour. Ce fut enlacés et vidés de toute énergie que nous nous assoupîmes au beau milieu du salon, alors que le soleil se couchait avec nous.
