Blabla inutile: l'histoire avance sur une pente bien plus lumineuse ! Soyez prêts, ahah.
Le défi du jour 11 n'a pas été relevé dans ce chapitre.
Merci pour votre soutien, vos commentaires : j'apprécie vraiment chaque mot laissé derrière vous.
Le titre du chapitre vient du livre Le mythe de Sisyphe d'Albert Camus.
Bonne lecture.
Le temps passe, comme le vent, mais il reste immobile, les lèvres embrassées par la brise marine. Sous ses pieds, le sable chaud le réchauffe un peu, lui qui se sent si froid à l'intérieur. Le monde continue de tourner, les heures continuent de s'égrainer, et il continue ses voyages, ses fuites, cette chute en avant.
Quelques mèches de cheveux s'accrochent à sa lèvre inférieure, maintenues par la couche de salive fine qui hydrate légèrement la peau gercée ; comment peut-il avoir la peau gercée alors qu'il fait plus de vingt degrés à l'ombre ? Les mystères de son propre corps l'émerveilleront toujours.
De faibles rayons de soleil marquent des ombres prononcées dans les creux qui parsèment sa silhouette ; entre ses joues, autour de ses orbites, entre les os de son poignet. Quelques croûtes créent des reliefs abondants autour de ses côtes, et se joignent à la fête des bleus virant au violet et au vert. Les poursuites ne sont pas tranquilles. Il se fait parfois attraper par des pièges qu'on tente de lui tendre, mais il réussit toujours à s'échapper, car une volonté particulière l'anime, et deux noms dansent dans sa poitrine, sans relâche.
Harry. Remus.
La texture des bouts de parchemin est râpeuse entre ses doigts blessés et l'encre laisse des traces éclatées sur ses mains, mais un sourire s'invite : aujourd'hui est un jour calme, et la dernière lettre de Remus est rassurante, même si une angoisse sous-jacente anime son estomac à l'idée que la cicatrice d'Harry se soit remise à lui faire mal. Plusieurs hypothèses montent dans esprit et il soupire : il aimerait ne plus avoir à se poser de questions ; il aimerait rentrer, s'abandonner à des jours paisibles ; mais les rumeurs enflent et il doit faire attention.
Les rumeurs disent que Voldemort est en train de revenir, et cela suffit à glacer son sang. Encore une guerre ? Il n'est pas prêt. Pas maintenant. Pas alors qu'il n'a pas encore été blanchi du meurtre de James et Lily, alors qu'il n'a pas encore pu revoir Harry, alors qu'il n'a pas pu parler décemment, en face à face, avec Remus.
Le bonheur passé lui revient parfois, entrainant des larmes austères dans son sillage, mais il n'a pas le temps de s'apitoyer sur son sort. Du coin de l'œil, il fait signe à Buck, et l'hippogriffe s'avance vers lui, baissant sa tête pour rendre l'accès à son dos plus facile.
Remus laisse échapper un grognement sonore quand il se rend compte de la conséquence des actes irréfléchis de Sirius.
5 Septembre 1994
Remus,
Je me pose quelques instants pour t'écrire cette présente lettre. Je m'excuse de la précipitation des nouvelles suivantes et de mon écriture terrible, mais je préférais te prévenir en amont, même si je sais parfaitement que tu n'approuveras pas ce que je vais faire.
Je pense qu'il est temps que je rentre et que je me cache à nouveau en Angleterre. Harry m'a écrit récemment pour me parler de sa cicatrice, et je ne peux pas le laisser sans réponse et sans soutien. Il faut que je revienne. J'espère que tu comprendras ma démarche même si tu ne cautionnes pas mon choix.
Protège-toi. Je serai bientôt de retour.
Sirius
Evidemment, il comprend les sentiments qui animent son meilleur ami, mais il sait pourtant qu'Harry est sous bonne garde à Poudlard, avec Albus et Maugrey dans les parages. Même s'il n'aime pas le reconnaître, Rogue est également un bon allié dans les temps obscurs qui stagnent actuellement et l'idée-même que Sirius revienne ne peut le remplir complètement de joie tant il trouve la décision insensée.
Remus connaît son tempérament explosif, ses actes parfois trop audacieux ou arbitraires, mais il doit avouer qu'ici, Sirius atteint des sommets.
D'un geste absent, il gratte la cicatrice juste au-dessus de son sourcil, dépose la lettre sur un coin de table et sort un pot en terre d'une armoire. D'une autre main, il attrape sa cape, range sa baguette dans sa poche rapiécée et jette un dernier coup d'œil derrière lui avant de lancer une poignée de poudre argentée dans la petite cheminée trônant dans le salon avant que des flammes vertes ne l'attrapent.
Dumbledore, tout d'émeraude vêtu, ne semble pas surpris de le voir émerger de sa cheminée en plein après-midi. Même Fumseck le regarde attentivement, mais sans grande surprise, ses grands yeux noirs se focalisant sur tous les mouvements de Remus.
Assis à son bureau, le vieil homme emmêle ses longs doigts dans sa barbe irisée et déclare, chaleureusement :
– Bonjour, Remus. Venez donc vous asseoir.
L'ancien professeur de Défense contre les forces du mal lui sourit timidement avant d'épousseter la cendre et la poussière grise qui lui donnent un air encore plus malade.
– Vous m'attendiez, n'est-ce pas ? dit-il d'une voix neutre et légère. Vous avez eu vent de la nouvelle, je suppose ?
Il s'avance lentement puis s'assoit dans la lourde chaise en bois qui lui est proposée. De nombreux parchemins et autres livres ornés de couvertures de cuir épais sont étalés sur le bureau, face à lui, et il ne peut s'empêcher de mémoriser les titres qu'il a sous les yeux.
Dumbledore hoche la tête pour toute réponse.
– Il peut parfois être complètement irresponsable, soupire Remus. Je sais à quel point il tient à Harry, mais…
– Gardez vos disputes de couple pour vous, cela nous fera des vacances, gronde une voix venant des escaliers ; l'écho se réverbère sur les veines noires du marbre, et Rogue apparaît dans la pièce, ses robes empruntées aux ténèbres virevoltant autour de lui.
– Severus, répond cordialement Remus, bien que le ton soit un peu froid.
– Lupin.
Rogue ne prend pas la peine de s'asseoir et laisse ses yeux glisser vers la fenêtre illuminant la pièce, les bras croisés sur sa poitrine.
– Alors, Black est donc de sortie ? A quoi pense-t-il exactement ? Revenir ici ne va faire qu'empirer la situation avec Potter. Quel égoïste, comme toujours…
Remus se racle la gorge, passablement agacé, alors que Dumbledore tente de tempérer la situation qui se présente à eux. D'un air pensif, il caresse la monture de ses lunettes avant de dire :
– Il est forcément revenu pour une autre raison. Bien que je ne doute pas de son affection immodérée pour Harry, je suppose qu'il a d'autres motivations.
Il jette un regard appuyé à Remus qui fronce les sourcils sous les yeux atterrés de Rogue ; ce dernier se détourne de la scène et continue d'observer la chute des feuilles rougies par le soleil, dehors, alors que l'automne ne fait que commencer.
– Si vous entendez qu'il est revenu pour moi, je pense que vous vous trompez, Albus. Malgré tout le respect que je vous dois, Sirius n'a pas que ça en tête, rétorque-t-il sèchement. Il m'a vaguement dit que des rumeurs courent, actuellement, sur le retour de Voldemort. C'est la raison la plus probable à son retour.
Les paroles de Dumbledore le rendent amer. Evidemment que Sirius n'est pas revenu pour lui, quelle idée ! Ils n'en sont pas encore là, à recoller les morceaux brisés de ce temps perdu, et malgré leur correspondance régulière, il reste encore beaucoup de chemin à faire pour retrouver un semblant de normalité entre eux. Ce n'est pas aussi simple que ce que la plupart des gens veut croire ; il ne s'agit pas d'être tout sourire et de murmurer des mots aux accents de pardon ; il s'agit de clairement exposer la situation telle qu'elle est, sans drame, sans cris, sans larmes. Ils ne retrouveront jamais ce qu'ils avaient avant, cela est certain, mais l'avenir reste flou et Remus ne préfère pas faire de pronostiques fragiles quant à leur situation.
La nostalgie de ces mois de souffrance ne lui est pas étrangère et il ne veut pas retomber dans ces travers aux relents mortifères.
Il faudra laisser le temps au temps, mais pour l'instant, il n'autorise pas son cœur à espérer. Et puis, concrètement, des choses bien plus importantes se profilent et un amour passager n'a pas sa place dans une nouvelle guerre vers laquelle le monde sorcier semble se précipiter si les mauvais présages dont il a eu ouï dire s'avèrent vrais.
Dans le lointain, le champ du crépuscule se fait entendre et le soleil commence sa lente descente dans le ciel noyé d'or.
La lassitude a quelque chose de particulièrement écœurant. La solitude reste sa plus vieille et chère amie, celle qu'il connaît depuis si longtemps qu'il ne sait plus à quand remonte leur rencontre.
Depuis qu'il est enfant, Remus est habitué à être mis de côté, à voir les gens se détourner sur son passage à cause de ses cicatrices visibles, trop visibles, trop épaisses, trop rouges, trop profondément incrustées dans son visage, ses membres, sa peau toute entière. Depuis cette nuit fatidique où Greyback l'a transformé en monstre, il n'arrive plus à faire la différence entre son humanité et son innocence perdue.
Le silence le rend sourd ; cet appartement le rendra bientôt fou tant il ne supporte plus sa propre présence. Il a besoin de Sirius et il s'en veut ; il ne devrait pas avoir besoin de quelqu'un d'autre pour vouloir vivre. Il ne devrait pas avoir à être tenu par la main pour rester sain d'esprit, mais force est de constater que c'est l'état actuel des choses et qu'il n'est pas en mesure d'y échapper.
Cela fait de longs mois qu'il repense à leur relation, qu'il repense à ces derniers instants de tiédeur où leurs lèvres, scellées, lui promettaient un avenir meilleur. Est-il stupide ou naïf d'avoir pensé pouvoir vivre une vie normale ? Il se demande souvent s'il mérite la souffrance qu'il a connue, s'il mérite de continuer à marcher dans son ombre, et soudain les souvenirs lui arrachent des larmes de sel et de sang avec la pression de milliers de pierres accumulées sur sa cage thoracique.
Comment vivre dans le sillage d'une culpabilité permanente ? Comment parvenir à se regarder en face quand l'idée-même d'avoir été indirectement lié à la mort d'êtres chers le ronge aussi fort que de l'acide jeté sur son visage ?
Il devrait voir du monde, devrait arrêter de se voiler la face et de penser qu'il est capable de gérer la situation seul, puisque, vraisemblablement, il n'en voit pas la fin : depuis quand n'est-il pas sorti de sa propre volonté ?
Remus laisse ses mains glisser le long de la peau meurtrie de ses joues et un soupir creux lui échappe. Cette ambivalence émotionnelle l'épuise plus qu'il ne saurait le dire ; il pensait pourtant être reparti sur de bonnes bases.
Un jour, peut-être, saura-t-il appréhender la douleur dans tous ses angles, dans toute son entièreté et dans toute son âpreté ; mais pas aujourd'hui. Pas aujourd'hui, alors que les doutes et la fatigue obscurcissent ses pensées les plus raisonnées.
10 Septembre 1994
Sirius,
Je ne sais pas très bien ce que tu mijotes, mais j'ose espérer que tu ne te mets pas trop en danger en faisant cela. Les Détraqueurs peuvent te tomber dessus du jour au lendemain ; n'oublie pas qu'ils sont toujours à ta recherche.
Dumbledore sait que tu es dans les parages.
Fais bien attention à toi.
Remus
La lettre est extrêmement courte mais il ne sait pas ce qu'il pourrait ajouter d'autre ; dans le cas présent, il ne peut qu'attendre et regarder les nuages défiler. Rageant.
Une période de silence immaculé s'étend après cette dernière lettre. Sirius ne montre pas le moindre signe de présence et Remus préfère en être heureux – cela montre que Sirius est capable de prudence – plutôt que de se morfondre à attendre une réponse ; à quoi bon, de toute façon ? Il y a des choses plus importantes à traiter.
Il suit de loin les exploits d'Harry au Tournoi des Trois Sorciers et tente de ne pas s'inquiéter, même si la perspective finale lui donne des frissons ; et, sans aucun doute, quelqu'un lui veut du mal, ce qui ne le rassure en rien. La dernière épreuve approche et bientôt tout cela sera fini et sans dommages apparents, il l'espère sincèrement.
Depuis plusieurs jours, il suit d'anciens Mangemorts et autres alliés supposés de Voldemort, se cachant dans les ombres des murs quand les rues se rétrécissent ou dans les foules arpentant les quartiers du Chemin de Traverse. La tension monte depuis plusieurs mois ; de nombreuses rumeurs lui arrivent sur le prochain retour de Voldemort. Cette fois, la situation est bien plus grave qu'elle ne l'était auparavant : s'il revient, il se mettra en chasse totale et complète d'Harry et de son entourage. Il cherchera à l'anéantir au plus profond de son être, de façon semblable à Frank et Alice.
La gorge de Remus se serre un peu plus, puis il ravale son émotion avant de se remettre en mouvement.
Lucius Malefoy, dans toute sa splendeur, passe souvent sous ses yeux concentrés, ces derniers jours ; cependant, aujourd'hui, un sentiment d'inquiétude concret saisit Remus quand il voit l'homme grimacer légèrement, au détour d'une ruelle, sa main enserrant son avant-bras vraisemblablement douloureux, à un endroit bien précis.
La Marque.
Remus prend une grande inspiration, la bouche sèche ; des gouttes d'eau perlent sur les murs de pierre, humides, et il sent le liquide couler sur son épaule.
Si la Marque des Ténèbres lui fait mal, cela ne peut vouloir dire qu'une chose : Voldemort se prépare à revenir.
Sur le pas de sa porte, Sirius le fixe avec de grands yeux hantés.
– Voldemort est de retour, dit-il de sa voix rauque que Remus peine à reconnaître. Dumbledore… Dumbledore m'a dit de venir me cacher chez no— enfin… chez toi, finit-il en expirant, ses bras tremblant légèrement le long de son corps.
Sirius avait failli dire « nous ».
Nous ?
– Entre, répond Remus en se mettant de côté pour laisser passer l'autre homme. Tu connais l'endroit.
25 Juin 1995. Les ténèbres se profilent à l'horizon, drapées dans une robe d'un noir majestueux.
25 Juin 1995. Voldemort, repu de forces, est de retour, son ombre inhumaine laissant des taches rougeâtres sur son passage.
25 Juin 1995. Sirius est assis dans son salon, leur salon, et Remus ne sait pas comment réagir, l'esprit rempli d'angoisses, le sang battant contre ses tempes avec la force d'un orage et d'incertitudes concernant l'avenir.
