Graup avait trouvé l'armure ensorcelée tout à fait à son goût et décidé de s'en servir pour jouer à la poupée, une activité qui aurait été inimaginable dans sa tribu d'origine mais à laquelle il pouvait s'adonner à loisir dans sa solitaire retraite Ecossaise. Aux dernières nouvelles, il n'y avait pas d'autres géants dans la forêt interdite. Par conséquent, il ne craignait pas la jalousie de ses congénères et savait que personne ne le frapperait pour lui dérober son bien. Il profitait donc pleinement de sa précieuse trouvaille, trouvaille d'autant plus précieuse qu'elle se révélait même capable de pousser des cris lorsqu'il la cognait contre un arbre ou lorsqu'il la plongeait dans l'étang saumâtre qui lui servait aussi d'urinoir. Oui, décidément, il avait bien de la chance d'avoir trouvé cette armure.
Harry ne pouvait pas en dire autant. Il avait des contusions douloureuses sur tout le corps et s'était presque noyé dans la mare où Graup s'était mis en tête de lui faire un brin de toilette. Il commençait à avoir faim et se demandait avec angoisse s'il sortirait vivant de cet enfer.
« Au moins, je mourrai en ayant fière allure. », se dit-il avec un petit rire hystérique, maudissant silencieusement cette armure, le géant qui ne comprenait pas le moindre de ses appels à l'aide et bien sûr Drago Malefoy qui ne perdait rien pour attendre.
Il imaginait déjà l'article qui ferait la Une de la gazette de sorcier s'il avait la malchance de mourir dans ces conditions :
Harry Potter, le tueur de mage noir, meurt dans de malheureuses circonstances.
Ce matin, la dépouille d'Harry Potter a été retrouvée dans la forêt interdite, à quelques centaines de mètres à peine de l'école de Poudlard où il poursuivait ses études. Le héros, célèbre pour avoir combattu et vaincu le mage noir Voldemort, portait une armure de chevalier et servait de poupée à un géant. Un passe-temps étrange dont personne n'avait entendu parler dans son entourage mais qui n'étonne pas tant que ça certains de ses condisciples.
« Il fallait toujours qu'il se rende intéressant, témoigne Drago M, un élève du même âge que Potter. Voilà où ça l'a mené ! »
« Que la dragoncelle m'emporte ! Je ne peux pas mourir comme ça, s'affola Harry en reprenant ses esprits. »
Il se débattit avec une fureur renouvelée mais Graup n'y prêta pas attention et utilisa le pauvre Harry pour se récurer les oreilles.
Qui sait combien de temps le calvaire du jeune homme aurait duré si Hagrid n'avait pas été pris d'une furieuse et soudaine envie de voir son demi-frère? Le survivant était entre les griffes du géant depuis un peu plus de deux heures, les heures les plus longues et les plus sombres de son existence, quand le garde-chasse découvrit, éberlué, le nouveau jouet de Graup. Persuader le géant de libérer Harry s'avéra extrêmement difficile, mais Hagrid finit par obtenir gain de cause en échange d'une carcasse de mouton sanglante. Il saisit alors le gryffondor d'une main et l'entraina rapidement hors de la forêt avant qu'il n'advienne quoi que ce soit d'autre au pauvre Harry.
« Nom d'une bouse de dragon ! S'exclama finalement Hagrid en installant le sorcier dans un fauteuil de sa cabane puis en le ligotant pour empêcher l'armure de l'entrainer dans de nouvelles mésaventures. Comment as-tu réussi à te mettre dans ce bourbier, Harry ? »
Le jeune homme lui expliqua succinctement ce qui s'était passé avant d'ajouter, soulagé :
« Je vais enfin pouvoir enlever cette fichue armure. »
Avec l'aide d'Hagrid, il retira les jambières ensorcelées qui repartirent en promenade dès qu'elles touchèrent le sol de la cabane. Les autres morceaux suivirent bientôt leur exemple jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le heaume sur la tête du sorcier. Harry l'empoigna à deux mains et tira dessus comme un forcené mais ses efforts restèrent vains, le casque ne voulait pas s'enlever. Hagrid tenta à son tour de retirer le couvre-chef métallique qui ceignait le crâne du jeune homme mais il manqua de peu de le décapiter et celui-ci le supplia de ne plus chercher à l'aider.
« Il doit être coincé, un bon sortilège de lubrification devrait suffire. », plaida-t-il en faisant tournoyer sa baguette magique.
Mais la magie ne parvint pas d'avantage à faire tomber le heaume. Finalement, Harry dû se résoudre à retourner au château dans cet accoutrement pour demander l'aide d'Hermione, priant de tout cœur pour qu'elle soit de meilleure humeur que le matin. Il longea donc les murs et lorsqu'il croisa d'autres élèves dans un couloir, il se planta au garde à vous près d'un tableau pour se faire passer pour une véritable armure décorative.
Enfin, il parvint jusqu'à la salle commune et fit une entrée discrète au milieu de ses condisciples de Gryffondor. Ceux-ci le dévisagèrent d'un œil surpris puis se désintéressèrent de son cas presque aussitôt. Ils avaient déjà un club de divination particulièrement excentrique sur les bras quant à George Weasley, il envoyait fréquemment des échantillons de ses nouvelles farces et attrapes aux membres de leur maison et les situations cocasses s'y multipliaient. Bref, rien ne pouvait plus les étonner, c'est donc dans un désintérêt général qu'Harry rejoignit Hermione. Celle-ci s'était assise sur un divan un peu à l'écart des autres, une pile de grimoires rébarbatifs à ses côtés, et rédigeait des mètres de parchemins en jetant fréquemment quelques regards furibonds en direction du dortoir des garçons. Harry en déduisit que Ron s'était prudemment esquivé pour la fin de la journée. Sans doute l'une des rares sages décisions qu'il ait prises ces derniers jours.
« Hermione ? J'aurais besoin de ton aide pour retirer ce fichu casque. », Dit-il d'une voix étouffée.
La jeune femme sursauta et le contempla avec hébétude.
« Harry ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ? », marmonna-t-elle sans camoufler son ahurissement.
Le jeune homme lui expliqua la situation, omettant pourtant quelques détails cruciaux. Dans sa version, l'attaque sournoise de Malefoy, une attaque parfaitement injustifiée bien entendu, était à l'origine de ses malheurs. Hermione soupira, sachant pertinemment qu'on ne lui disait pas tout, mais elle renseigna tout de même son meilleur ami.
« Combien de fois t'ai-je dit de lire l'Histoire de Poudlard ? Grommela-t-elle avec agacement. Les armures de Poudlard ont été ensorcelées en 1532 par le directeur de l'époque afin qu'on ne puisse pas retirer le heaume. A l'époque, les duels étaient strictement interdits mais un effet de mode perdurait et les élèves utilisaient les armures du château pour leurs joutes illégales. Ce sortilège permettait de repérer immédiatement ceux qui ne respectaient pas la loi. Bien sûr, ce n'est pas un sortilège qu'on peut retirer facilement, sinon cela n'aurait servi à rien. »
Bouche-bée, Harry intégra péniblement ces terribles informations.
« Tu veux dire que tu ne peux pas me l'enlever ? Balbutia-t-il, horrifié.
-Non, répondit Hermione, impitoyable. Il disparaitra de lui-même au bout de vingt-quatre heures. Pour le moment, tu vas devoir faire avec. »
Le jeune homme se prit le heaume à pleines mains et laissa éclater son désespoir. Vingt-quatre heures ? Il ne pouvait tout de même pas aller en cours dans cet accoutrement !
…
Quand Drago aperçut Harry au cours de défense contre les forces du mal du lendemain, il fut pris d'un tel fou-rire qu'il crut presque s'être décroché les côtés.
« Ça Potter, c'est bien mérité ! Jubila-t-il en adressant un sourire éclatant au gryffondor lorsqu'il passa à côté de lui. »
Harry lui lança certainement un regard noir, mais Drago n'aurait pas pu en jurer. Les fentes qui permettaient au sorcier de voir à travers son heaume étaient si étroites qu'on ne distinguait pas la moindre parcelle de son visage.
« Tu as vu l'accoutrement de Potter ? Lui demanda Nott dès qu'il fut assis à côté de lui.
Drago gloussa et lui raconta avec beaucoup de détails, réels comme fictifs, leur altercation de la veille. Derrière eux, Pansy et Blaise n'avaient même pas remarqué l'étrange couvre-chef de Potter, toute leur attention se concentrait sur un parchemin qu'ils rédigeaient avec soin.
« Et voilà ! » S'exclama finalement Pansy en laissant tomber sa plume.
Elle saisit la lettre et la relu d'un œil satisfait avant de décréter qu'elle était parfaite et de remercier Blaise pour son aide précieuse.
« Qu'est-ce que vous mijotez tous les deux ? », demanda finalement Drago, curieux.
Il avait interrompu le récit de ses exploits et les regardait avec suspicion.
« Nous venons de terminer la lettre que je vais envoyer à mon fiancé, lui annonça Pansy avec un sourire triomphal. Crois-moi, il ne songera plus jamais à m'épouser, ce vieux gâteux, quand mon hibou lui aura apporté cette missive. »
Elle lui montra la photographie d'elle-même qu'elle avait soigneusement retouchée.
« En voyant ça il aura certainement envie de prendre ses jambes à son cou. », lui assura-t-elle joyeusement.
Effectivement, le cliché n'était pas flatteur et l'être qui y apparaissait ressemblait à un croisement entre un gobelin et un humain. Drago jugea tout de même qu'il n'y avait pas eu tant de changements à apporter au modèle original pour obtenir ce résultat mais il préféra garder cette constatation pour lui. Contrairement à Ron Weasley, il possédait un instinct de survie.
« Quant à la lettre, j'ai tout fait pour qu'il me prenne pour une fille complètement folle à lier et qu'il renonce irrévocablement au mariage. »
Du point de vue de Drago, la photographie remplissait déjà parfaitement ce rôle et tout autre argument tenait plutôt du bonus. Mais il écouta son amie lui lister l'ensemble des passe-temps ou particularités particulièrement préoccupantes dont elle faisait état dans la lettre et fut obligé de s'incliner devant son imagination. Tout sorcier normalement constitué fuirait à toute jambe en apprenant que sa prétendante collectionne les excréments de dragon, se fait des bains de lait de centaure ou mange régulièrement de l'hippogriffe.
« S'il continue à vouloir t'épouser après ça, alors c'est toi qui doit fuir au plus vite. », commenta Drago avec un hochement de tête approbateur.
Pansy cacheta soigneusement la lettre et la rangea dans la poche de sa robe de sorcier avec un sourire féroce sur les lèvres. Ce vieux Charles-Antoine des Mandrovieilles avait intérêt à avoir le cœur bien accroché, parce qu'à son grand âge, les sensations que lui promettaient cette missive pouvaient fort s'avérer fatales !
…
Harry se sentait partagé entre fureur et désespoir. Ses camarades de classe le regardaient de biais et pouffaient sans chercher à camoufler leur hilarité, mais c'est le comportement de Malefoy qui l'irritait le plus. En arrivant dans la salle de classe, le Serpentard lui avait décoché un sourire hautain et sardonique tout à fait digne de lui, puis il était allé s'assoir parmi ses amis et l'avait royalement ignoré, bien plus intéressé par ce que Pansy lui montrait que par l'affront qu'il avait fait à Harry.
« Ce vil serpent ! », s'indigna celui-ci en déchirant nerveusement le morceau de parchemin sur lequel il avait commencé à prendre des notes.
Bizarrement, le désintérêt de Malefoy l'ulcérait bien d'avantage que s'il s'était moqué de lui sans discontinuer. Il était d'autant plus irrité qu'il avait essayé de se rabibocher avec Ginny, qui boudait depuis qu'il l'avait laissée tombée à la soirée de Slughorn et celle-ci s'était mise en tête qu'il s'était affublé d'un heaume de chevalier pour se moquer d'elle. Il avait voulu plaider sa cause auprès d'elle mais Hermione l'en avait empêché. Ce soir-là, Ginny avait été tellement furieuse du comportement de son petit-ami qu'elle s'était chamaillée avec un gobelin et leur désaccord en était venu aux mains.
« Tu sais que les gobelins ne sont pas des tendres Harry, mais elle a gagné haut la main alors je ne donne pas cher de ta peau si tu t'avises de la contrarier d'avantage. », lui avait soufflé Hermione avant de lui conseiller d'attendre sagement que le sortilège qui lui imposait ce casque ridicule comme couvre-chef cesse d'agir.
Bref, Harry Potter fulminait et n'avait qu'une envie, quitter ce cours et s'enfermer dans son dortoir jusqu'à ce qu'il puisse enfin se laver les cheveux. Le sortilège de lubrification et l'absence de shampooing lui donnait une chevelure dont Severus Rogue aurait été fier et il avait l'impression d'avoir un marécage sur le crâne. C'était terriblement désagréable.
Mais à la fin du cours, il n'avait pas fait dix pas en direction de la salle commune que Ron lui agrippa le bras. Il était toujours vêtu de ses guenilles multicolores mais Harry constata avec soulagement qu'il avait renoncé à transporter avec lui l'énorme boule de cristal dont il ne se séparait plus que rarement.
« Tu n'as toujours pas trouvé quel est le secret de Malefoy, n'est-ce pas ? », lui demanda le jeune homme avec un sourire mystérieux.
Harry sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Depuis qu'il se prenait pour le nouveau Nostradamus, Ron s'était désintéressé de Malefoy et il avait été contraint de continuer ses recherches en solitaire, ce qui était nettement moins fun. Allait-il enfin pouvoir compter sur son meilleur ami pour l'épauler dans cette quête difficile ?
« Viens, je sais comment faire pour trouver ce secret ! », lui affirma Ron en l'entrainant derrière lui.
Partagé entre espoir et méfiance, Harry le suivit à travers tout le château jusqu'à ce qu'ils se retrouvent devant la salle sur demande.
« Les élèves de Gryffondor se sont ligués entre eux pour nous mettre à la porte de la salle commune, expliqua Ron en le faisant entrer dans la pièce sombre et enfumée qui venait d'apparaitre devant eux. Alors Lavande, Sybille et moi avons transféré notre club ici. »
Les espoirs d'Harry tombèrent immédiatement à l'eau quand il comprit les intentions de Ron. Il aurait dû se douter qu'il s'agirait d'une divination. Sans enthousiasme, il suivit son meilleur ami dans la salle et s'installa avec lui à une table. Une boite était posée devant eux et un croassement se fit brusquement entendre à l'intérieur, arrachant un haussement de sourcil intrigué à Harry. En quoi ce crapaud pouvait-il l'aider à trouver le secret de Malefoy ? Ron mit rapidement fin au suspense.
« Je vais maintenant lire la vérité dans les entrailles de ce crapaud ! », annonça-t-il théâtralement en faisant apparaitre un couteau dans sa main droite, l'air bien trop enthousiaste compte tenu des circonstances.
Horrifié, Harry le vit extirper un crapaud vaguement familier du récipient où il était emprisonné. Il allait se jeter sur Ron pour lui arracher cette pauvre bête des mains mais il n'eut pas le temps d'intervenir, la porte de la salle sur demande s'ouvrit à la volée et deux élèves se précipitèrent vers eux pour sauver le batracien du démoniaque Ron Weasley.
« Trévor ! Cria Neville en agrippant son animal de compagnie.
-Ronald Weasley ! Rugit Hermione en secouant le devin comme un prunier.
-Harry ! S'étrangla celui-ci en suppliant le survivant de le sauver des griffes de sa petite-amie.
-Crôa ! », s'insurgea Trévor en jetant un regard mauvais en direction de son bourreau.
Harry quant à lui resta assis sur sa chaise, las, et contempla la scène en songeant qu'il n'était pas prêt de trouver le secret de Malefoy avec toute cette pagaille.
