Elle est si belle, si parfaite… Mon butin, mon trésor, ma proie. Elle est mienne. Ma peau glacée touche la sienne, chaude et douce comme de la soie pure. Calmement, elle commence à se réveiller, et je vois enfin ses jolis iris. Elle est effrayée, mais toute aussi jolie.

-Enfin tu es réveillée… Tu en as mis du temps, ma belle.

La peur se lit sur son joli visage d'ange, mais je tente de la rassurer en touchant sa joue. Elle a un mouvement de recul et se rend compte qu'elle est attachée. Simple sécurité.

-Ne t'en fais pas, je ne te ferais pas de mal. Je suis là pour ton bien, Mary Alice.

-Qui êtes-vous ? Demande t-elle, toujours aussi effrayée.

-Je ne te veux que du bien. Twinkle, twinkle, little star. How I wonder what you are. Up above, the world so high, like a diamond in the sky… Twinkle, twinkle little star. How I wonder what you are.

-Laissez-moi partir, s'il vous plait…

-Tu es à moi, Mary Alice… À moi.

Et je t'aurais, ma douce. Tant d'années avant de te trouver enfin.

–O–O–O–O–O–O–

1802 –

Marchant sur la neige encore fraîche, j'essayais de ne faire aucun bruit afin de ne pas effrayer ma proie. Face à moi se trouvait un renard flamboyant dont j'allais récupérer le pelage afin de le vendre au comptoir que mon père possédait. J'étais considéré comme le meilleur trappeur de la région de Seattle, et j'en étais très fier, me pavanant dans la ville.

Je sortis une flèche de mon carquois, la plaçait sur mon arc, et visait l'animal avant de tirer. Le renard tenta de s'échapper une fois la flèche dans son œil, mais il n'eût pas le temps d'aller bien loin car je tirais une nouvelle flèche. Avec un soubresaut, la bête rousse tomba au sol, raide morte. Décidé à ne pas ramener qu'une seule bête à la maison, j'attendis et tuais un second renard, ainsi qu'un ours que j'eus en trois coups. Le plus long dans tout cela était de dépecer les animaux sans en abîmer leur pelage, ce que je réussissais à la perfection et qui valait la réputation de notre comptoir.

Après avoir dépecé les trois bêtes, je rentrais chez nous, avant de laver et mettre les peaux à sécher. Père rentra du comptoir avec des sacs de courses. Nous préparâmes notre maigre repas, composé de légumes et de petits bouts de viande et nous bûmes un verre de whisky.

-Combien aujourd'hui, fils ?

-Deux renards et un ours.

-Bien… Tu les as tués comme d'habitude ?

-Oui, dans l'œil.

-On arrivera à en tirer 200$ si on est chanceux. La mère Callaghan veut absolument te marier à sa fille…

-La petite Madeline ? Elle n'est…

-Oui, oui, je sais. Pas ton genre et trop grasse.

-Exactement…

-Mais c'est une bonne famille, et riche…

-Père, je ne veux pas être forcé de me marier avec la première venue.

-Il le faudra bien un jour…

-Je sais…

Nous mangeâmes notre pauvre festin, et j'allais me coucher rapidement après avoir pris mon bain. J'entendis du bruit durant la nuit, et me réveillais.

-Vous avez empiété sur notre terrain ! Je vous avais prévenu, Francis.

-Malasi, s'il vous plaît, cela ne se reproduira pas !

-C'est ça…

Il baragouina quelque chose en amérindien, et j'entendis le bruit d'une épée sortir de son fourreau, puis mon père supplier et ensuite le silence... Je pris mon petit couteau et partis me cacher sous le lit, terrifié par ce qui venait de se passer. L'iroquois se mit à rire, et j'essayais de ne faire aucun bruit. La porte de ma chambre s'ouvrit et je retins mon souffle. Le chef parla en amérindien et un de ses congénères lui répondit dans la même langue.

-Trouvez-le ! Il paiera lui aussi ! Après tout c'est lui le trappeur de la famille !

-Il n'est pas là, chef…

-TROUVEZ-LE !

Je me sortis de dessous le lit, et poignardais l'iroquois dans un système de défense. Le petit homme trapu tomba à terre, se vidant de son sang, et Malasi s'approcha de moi, un regard fou dans ses yeux.

-Je savais que t'étais là, toi aussi… Malheureusement, tu vas subir le même sort que ton père, gamin…

J'avalais difficilement ma salive, et me mis en position d'attaque. Le chef de la tribu sortit son épée, et je le désarmais, étant plus rapide et agile que lui. Je le fis tomber à terre et me plaçais derrière lui, mon petit couteau contre sa gorge.

-Calme-toi gamin… Je voulais juste vous faire peur…

-T'as tué mon père. C'est un meurtre que tu viens de commettre... Et tu vas en payer le prix.

-Si tu fais ça, toute la tribu viendra pour te tuer.

-Qu'ils viennent. Je n'ai plus rien à perdre. Je vais venger mon père.

Sans aucun remord ni aucune peur, j'égorgeais Malasi d'un coup bref, et le regardais doucement se vider et se baigner dans son sang. Une fois le chef mort, je fis ce que je savais faire de mieux : découper de la chair en morceaux pour la brûler. J'enterrais mon père dans le petit bout de jardin que nous possédions, allais me laver de tout le sang tachant ma tenue de nuit, me changeais, et restais veiller jusqu'à ce que le jour se lève.

Je partis au comptoir vendre les peaux de renard et d'ours, et en tirais 400$. Le soir venu, je rangeais l'argent gagné, et rentrais chez moi pour faire mon sac. Je mis le feu à mon ancienne maison, la regardais brûler, avant de partir et de m'enfoncer dans la forêt…

1825 –

J'avais émigré à Montréal, loin de la ville où j'avais grandi et je possédais désormais mon propre comptoir. J'étais hébergé chez un français du nom de Gérard, qui était devenu un ami au fil des années, et nous faisions toujours la traque ensemble, mais la nuit. Quelque chose chez cet homme était étrange, et faisait de lui un surhomme. Tout devint plus clair une nuit, alors que nous chassions un cerf pour le plaisir.

-Le premier qui l'attrape a gagné !

-Pari tenu !

Gérard et moi courûmes à travers la forêt et il attrapa l'animal le premier. C'est alors que je remarquais que quelque chose clochait vraiment. Il était bien trop rapide pour être humain et sa méthode de traque était différente de la mienne. Il y avait deux marques sur le cou de la bête, et je ne l'avais jamais vu utiliser aucune 'arme' pendant sa chasse…

-Sorcellerie ! Comment as-tu pu être aussi rapide ? Tu n'as même pas d'arme ! Si j'avais eu ton avantage, sois sûr que je l'aurais eu aussi… Comment t'as fait ?

-Ça, mon ami, c'est un secret…

-Allons, ça fait cinq ans que nous nous connaissons…

-Un secret ne doit jamais être révélé.

Je restais des semaines à me demander comment diable avait-il fait pour être si rapide et faire ces deux entailles dans le cou du pauvre cerf… Une nuit, alors que je dormais paisiblement, je ressentis une intense brûlure au cou, et quand j'ouvris les yeux, je découvris Gérard face à moi, riant.

-On se revoit dans dix ou vingt ans, amigo, et on verra qui sera le meilleur… vampire.

Gérard s'en alla, riant. Après ce qui me parut des jours d'enfer, la brûlure se calma, et je ressentis subitement une grande soif… De sang… Je repensais à ce que Gérard m'avait dit avant de me laisser brûler… Vampire… Alors c'était ça, son secret. C'était un vampire, assoiffé de sang, et il m'avait transformé pour que je devienne comme lui.

Je sortis dans la rue, et m'abreuvais du premier passant qui s'approcha de moi, laissant le cadavre gisant sur le trottoir. Je courus jusque la forêt et découvris les avantages de ma nouvelle vie en tant qu'immortel et accessoirement vampire. J'étais plus rapide et plus fort et ma vision et mon audition s'étaient clairement améliorées.

Malgré le fait que je sois immortel et doive m'abreuver de sang humain, je m'accommodais rapidement à ma nouvelle vie, une seconde chance pour moi. Pendant des mois, je m'étais entraîné à traquer, que ce soit des humains ou des animaux et j'avais développé une sorte de sixième sens, me permettant de savoir le sort de ma victime, et qui m'aidait dans la traque. Je m'étais entraîné pour une raison évidente : retrouver mon créateur, Gérard et accepter son challenge – savoir qui de nous deux est le meilleur vampire.

Le clair de lune éclairait doucement la forêt dans laquelle je me trouvais et humais l'air frais. Je pouvais entendre quelques bruissements dans les buissons – sûrement des animaux en quête de nourriture – mais je sentis surtout son odeur : toujours la même, un mélange de musc et de sang séché. Silencieusement, je courus rencontrer la personne que je traquais depuis déjà plusieurs semaines.

-James.

Je ne pus m'empêcher de sourire sadiquement, et me dévoilais à ma proie. Gérard.

-Je savais que nous nous retrouverions. Pas si tôt, mais je le savais.

-Pourquoi 'pas si tôt' ? Il n'y a pas de date précise pour être tué.

-Tu es venu pour me tuer ?

-Oui.

-Ne t'ai-je pas donné une vie meilleure ?

-Tu m'as fait devenir une meilleure version de moi. Je ne pouvais rêver mieux.

-Alors pourquoi me tuer ?

-Parce que c'est ce que je suis devenu. Et je viens honorer notre challenge.

-J'espère que tu t'es bien entraîné…

-Je crois que l'élève a dépassé le maître.

Nous nous lançâmes un regard, un sourire machiavélique se dessinant sur mon visage pâle et lui courus après. Malheureusement pour Gérard, je le rattrapais et le fis tomber à terre. Il m'esquiva maintes et maintes fois, et le laissais faire, amusé. J'adorais jouer avec mes proies, ça me donnait un sentiment de pouvoir et de force indéniable. Je grimpais sur un arbre et sautais de branches en branches, ne quittant pas Gérard de vue, avant de sauter de dix mètres de hauteur et me retrouver face à lui.

-Comment… ?

-Ça, mon ami, c'est un secret, fis-je avec le même sourire sadique, avant d'enfoncer mon bras dans sa poitrine et de le ressortir très lentement avec son cœur dans ma main afin de faire le plus de dégâts possibles.

-Pi… Pitié… Ne fais…

-Semblerait que j'ai gagné…

J'enfonçais mes canines dans son cou, et tirais sur ses cheveux. Sa tête se décrocha de son cou, et je laissais tomber le corps par terre avant de prendre ma fiole de whisky, d'en imbiber le corps et de lancer une allumette dessus, ce qui provoqua un feu aux flammes bleues et orangées. Satisfait de ma traque, je restais regarder le corps brûler, jusqu'à ce que mon créateur ne soit plus qu'un pauvre tas de cendres grises sur le sol enneigé de la forêt.

1840 –

Les années suivantes, je me consacrais exclusivement à traquer et tuer les vampires, même si j'avais failli mourir à plusieurs reprises, tombant souvent sur des 'camarades' plus forts que moi mais pas plus intelligents. Étant donné que j'étais trop connu sur le territoire américain, j'avais fini par m'exiler en Angleterre, dans les quartiers pauvres de Londres.

Alors que je me baladais dans les rues puantes, je sentis une odeur fraîche et fleurie, mais surtout je reconnus la démarche et la rapidité d'un – ou plutôt d'une – vampire. J'inspirais profondément son parfum, fermant les yeux pour en savourer tout l'arôme, et frissonnais sous l'effet de ce parfum enchanteur. Elle serait bientôt mienne.

-Un souci ?

Une femme aux cheveux flamboyants se tenait en face de moi, un sourire amusé sur son visage plein de tâches de rousseur. Je répondis à son sourire, et la jeune fille souleva un sourcil.

-Aucun souci.

-Vous êtes un… ?

-Oui. Je suis un vampire et traqueur de surcroît.

-Alors vous allez me traquer.

-Possiblement.

-Bon courage, sourit-elle, un soupçon de défi sur ses lèvres pulpeuses. Au cas où vous voudriez savoir comment je m'appelle, je suis Victoria.

-James.

-Enchantée.

-De même.

Je traquais Victoria pendant des mois, en plus de mes proies journalières et occasionnelles, et elle était très douée pour s'échapper. Las de ce petit jeu auquel je perdais à chaque fois j'avais cessé de courir après la fille aux cheveux de feu, et m'étais concentré sur mes autres proies, alternant vampires et humains. Alors que je me nourrissais d'un homme pauvre et mourant dans une ruelle sombre de Londres, l'odeur de Victoria parvint jusque mes narines.

-Rassasié ?

-Pas encore.

-Tu partages ?

-En général non.

-Tu as arrêté de me traquer.

-Tu t'échappes toujours, et ça m'a lassé.

-Rares sont les traqueurs qui se lassent de leurs proies.

-Faut croire que tu es différente.

-Tout comme tu l'es.

Je laissais Victoria partager mon repas, et nous vidâmes le corps du pauvre homme de tout son sang.

-Ne chercherais-tu pas un compagnon de voyage ?

-Possible.

-Tu n'es pas très expansif.

-Et ? Tu préférerais que je parle tout le temps ?

-Non, pas forcément.

C'est ainsi que je fis de Victoria ma compagne et alliée. Quelques années plus tard, nous quittâmes l'Angleterre pour rejoindre la France, en pleine croissance économique. Peu de vampires vivaient là-bas, et nous n'avions pas besoin de beaucoup, juste les meilleurs, ceux qui – grâce à leurs pouvoirs additionnels – constitueraient notre clan. Nous avions repéré un vampire que j'avais traqué pendant quelques semaines. À ce que nous avions compris, l'homme – Laurent de son prénom – n'avait pas de pouvoirs en plus des pouvoirs vampiriques de base, mais était très cultivé. L'homme, qui se sentait traqué, s'arrêta en pleine rue et grimpa sur le toit où je me trouvais avec Victoria.

-Bonsoir, je suis Laurent.

L'homme avait un fort accent français, et ne semblait pas sur la défensive. Sa peau olive reflétait à la lumière de la pleine lune et avait l'air raffiné et élégant.

-Je suis James, et voici ma compagne, Victoria.

-Enchanté. Que venez-vous faire à Paris ?

-Nous cherchons de nouveaux compagnons afin de former un clan.

-Oh. Je serais ravi de faire partie de votre clan… Malheureusement, je n'ai pas de pouvoir spécifique.

-Les nôtres suffiront, fit Victoria. James est un traqueur et ma transformation m'a permis d'améliorer mon instinct de survie…

-Elle sait échapper à un prédateur avec très grande facilité.

-Je vois…

-J'espère que nous n'empiétons pas sur votre territoire par mégarde… Sourit Victoria.

-Mon territoire ? Ce n'est le territoire de personne ici, rassurez-vous.

-Tant mieux.

-Où comptez-vous aller ensuite ?

-Nous n'avons pas d'idées précises. Et vous ?

-Je n'ai personne qui me retient de partir, donc je vogue ci et là.

-Vous pourriez vous joindre à nous. Nous vous protégerions.

-Croyez-moi, je n'ai nul besoin d'être protégé. Je vais réfléchir à votre proposition… Jusque quand êtes-vous à Paris ?

-Jusqu'à ce que les gens commencent à paniquer en voyant le nombre de morts vidés de leur sang augmenter.

-Dans ce cas là, je vous retrouverais et vous ferai part de ma décision.

-Nous serons dans le coin, sourit Victoria.

-Parfait.

1910

Laurent avait accepté de rejoindre notre clan au bout de deux semaines, et nous étions de retour aux États-Unis depuis quelques temps. Nous apprenions à connaître Laurent, qui avait vécu plus que moi et Victoria. Il était à mon goût une source fiable sur les autres vampires, et pouvait nous être plutôt utile malgré son manque de talent spécifique.

-Vous n'avez jamais eu affaire aux Volturi ? Demanda Laurent en mettant une branche d'arbre dans le feu.

-Les quoi ?

-Les Volturi. Ils règnent sur la communauté vampirique.

-Jamais entendu parler. Mais tu as l'air de les connaître, alors je suis toute ouïe. Ce sont des rois ?

-On peut dire ça comme ça. Ils sont puissants et impitoyables. Ils prennent leur rôle de police très au sérieux.

-Pourtant, ils se cachent en Italie… Je n'ai jamais entendu parler d'eux.

-Il y a trois dirigeants, mais c'est vraiment Aro qui détient le droit de vie ou de morts, les autres ne sont que des pions sur l'échiquier. Crois-moi, tu ne veux pas attirer leur attention…

-Aro ?

-Il a trois mille ans et est un puissant télépathe. Il est entouré par une garde puissante de vampires qui possèdent toutes sortes de pouvoirs mentaux. Ils sont capables d'infliger une douleur inimaginable par la pensée, ou d'aveugler une victime de tous ses sens. Ils sont invincibles. Pas mal de vampires ont essayés de les vaincre… Et en ont payé le prix fort.

-Intéressant, fis-je en touchant mon menton. Tu as déjà eu affaire à eux ?

-Non… Enfin j'ai vécu quelques temps avec eux, mais j'ai été banni… J'ai le plus souvent été avec certains gardes. J'en ai vu des vertes et des pas mûres avec eux…

-Explique-toi.

-J'ai assisté à la mort d'un vampire et de son enfant immortel.

-Un enfant immortel ?

-Oui… Une femelle vampire avait transformé son fils de trois ans pour lui éviter la mort… La femme avait gardé son existence un secret mais étant un vampire nouveau-né et encore un bébé, il ne pouvait pas être raisonné et tuait sans remords les personnes du village. Lorsque les Volturi découvert son existence, ils ont envoyé leurs gardes dans le village, ont massacré les habitants ainsi que la femme et l'enfant, car ils représentaient un danger envers la communauté vampirique.

1920 –

Elle était chaleureuse et exotique comme une douce brise d'été. Et je la voulais. Ça faisait des semaines que je l'observais, tapi dans le noir. La nuit, j'allais la voir et l'emmenais dans notre petit coin à nous, juste pour pouvoir l'observer et être avec elle. Notre moment privilégié. Elle ne sortait que très rarement, mais elle m'éblouissait à chaque fois par sa joie de vivre. Aujourd'hui était un jour grisâtre et humide mais Alice s'en fichait, elle tournait sur elle-même malgré la pluie qui tombait, heureuse de pouvoir sortir un peu.

Et je profitais de son bonheur en même temps. Son odeur, fraîche comme la rosée du matin, chatouillait mes narines très réceptives, et j'inspirais à fond, comme accro à ce parfum tellement envoûtant. Alice rentra dans l'asile, et je soupirais. J'attendis la nuit tombée pour faire d'Alice ma compagne pour l'éternité, guettant le moment opportun en utilisant mon ouïe ultra développée. Rien au rez-de-chaussée à part deux infirmières qui parlaient du nouveau médecin. J'entendis des murmures à l'étage et reconnus sa voix.

-On courrait en dehors de l'asile, j'étais dans tes bras et il était derrière nous…

Elle comptait partir. Elle voulait m'échapper. Cela me rendit fou de rage, tellement que je frappais un tronc d'arbre avec mon poing, et quand je me retournais, je les vis sortir de l'asile et passer devant moi, Alice dans les bras du jardinier à la peau noire. Je leur courus après, afin de récupérer mon dû. Mon Alice.

-Il est derrière nous, Gillian ! Il va m'avoir !

-Vite !

Le jardinier fit quelque chose avant de poser Alice au sol, et il se tourna face à moi. Quel idiot… Il allait perdre la vie.

-Tu ne l'auras pas…

-Oh si... Un traqueur ne perd jamais ses proies. Et puis qui va m'arrêter ? Toi ? Pauvre petit jardinier ?

-Trop tard, mon ami… Elle est en train de se transformer…

Je m'approchais d'Alice et vis la morsure à son poignet. J'hurlais de rage, et me retournais vers le jardinier, plus furieux que jamais.

-QU'AS-TU FAIT ? QUE LUI AS-TU FAIT ?

-Je lui ai sauvé la vie…

-Elle était à moi ! À MOI !

-Elle n'est pas un objet qu'on s'approprie. C'est un être humain… Fragile et seule.

-J'AURAIS PU LA CONTENTER !

-Comment ? En lui offrant une famille ? On ne peut pas procréer. En la transformant de force ? Elle serait devenue un objet, tu aurais fini par te lasser, et tu l'aurais tuée… Là, elle est libre de faire ce qu'elle veut. Elle peut s'échapper d'ici… Voyager pour l'éternité… N'est-ce pas mieux ? C'est tout ce que je souhaite à Alice. C'est ça votre problème, à vous les traq-…

-La ferme. Tu vas payer pour ce que tu lui as fait !

-Alice ne t'a rien fait ! Elle est innocente, bonne et bienveillante !

Je me ruais sur lui et nous nous battîmes. Malheureusement, le jardinier n'était pas entraîné et je le décapitais rapidement. Il tomba à côté d'Alice, la bouche ouverte et le visage fissuré comme une poupée de porcelaine cassée. Je m'approchais de ma proie, et elle se mit à crier à cause de la douleur que lui causait sa transformation.

-Trop tard pour moi, ma jolie… J'espère que tu survivras et apprécieras ton immortalité.

J'embrassais son front, la contemplais une nouvelle fois avant de m'en aller. C'était un tel gâchis que je me vengeais sur plusieurs humains, m'abreuvant de sang jusqu'à n'en plus pouvoir.

2005 –

Nous venions de terminer notre repas, trois alpinistes perdus en forêt, quand j'entendis des rires provenir du sud.

-Quoi ?

-Il y a du monde. On empiète sur un territoire.

Je me mis à courir et grimpais à la cime d'un pin énormément haut, et remarquais une clairière dégagée avec huit personnes en train de jouer. Je redescendis de l'arbre, où Victoria et Laurent m'attendaient.

-Des vampires. Huit d'entre eux.

-Huit? Demanda Laurent. Je n'ai jamais entendu d'un aussi grand clan à part celui des Volturi.

-Ils jouent au baseball, apparemment. Et ne sont pas comme nous.

-Comment ça ?

-Ils se nourrissent d'animaux. J'ai remarqué leurs yeux dorés, comme tu l'avais dit, fis-je à Laurent.

Je remarquais l'étonnement sur le visage de Laurent et me rappelais de l'intérêt que portait Laurent aux vampires qui se nourrissaient d'animaux bien que je n'aie jamais compris sa curiosité envers cet autre style de vie.

-On devrait aller voir, fit Victoria.

-Ils sont huit, quand même.

-Ils se nourrissent d'animaux… Comment pourraient-ils être dangereux ?

On se mit en route, les sons du jeu devenant plus modérés alors que nous approchions. L'orage continuait de tonner et on entra sur le terrain, remarquant qu'ils étaient affublés de casquettes et de hauts d'équipe de baseball. Laurent s'avança, et parla pour nous tous. Le vampire le plus ancien était grand et avait des cheveux blonds, et il s'avança également.

-Je suis Laurent, et voici Victoria et James.

Je scrutais le langage corporel du groupe et étais intrigué par la façon dont ils se regroupaient autour d'une femme brune restée en arrière.

-Je suis Carlisle, et voici ma famille. La chasse est interdite sur notre territoire…

-Toutes mes excuses, nous ne savions pas que ce territoire était à vous.

-Nous avons une résidence permanente dans le coin.

-Vraiment ? Et bien nous ne serons plus un problème pour vous désormais. Nous étions juste de passage.

-Les humains nous traquaient, mais avec ce brouillard, vous n'aurez aucun souci.

-Excellent.

-Vous avez de la place pour trois autres joueurs ? Demanda Laurent, alors que je sentais la tension monter dans le clan adverse, surtout chez le jeune garçon aux cheveux cuivrés qui tenait la jeune fille brune contre lui.

-Désolé, nous avions fini de jouer.

-Pas de problèmes. Une autre fois.

-Avec plaisir.

Nous nous apprêtions à repartir et le vent souffla, une odeur humaine emplissant mes narines.

-Vous avez amené le dîner, fis-je, déterminé à avoir la jeune femme.

Tous les vampires repoussèrent la fille en arrière et formèrent une barricade entre elle et moi. Immédiatement, un des hommes se mit devant, hargneux et prêt à se battre.

-Une humaine ? Fit Laurent, surpris par la soudaine tension entre le plus jeune vampire et moi, avant que Carlisle ne repousse son compagnon.

-Elle est avec nous, dit-il fermement. Il serait préférable que vous partiez.

Le jeune homme grogna de plus en plus férocement, et Laurent recula, avant de poser sa main sur mon épaule alors que je capture l'odeur de l'humaine, un mélange à la fois floral et sucré.

-James… On y va.

Je décrochais et grognais une dernière fois, avant de tourner le dos au clan et de s'en aller. Malheureusement, je ne pus pas quitter Forks. L'odeur de la jeune femme était incroyable et ayant perdu Alice auparavant, il m'était impossible de perdre cette proie au sang si chantant. Cette fille était désormais la raison principale de mon existence. Son odeur était la plus délicieuse que j'aie pu senti en deux siècles d'existence. Elle valait tout. Je suivis les traces de l'odeur de ma proie qui était avec son partenaire, Edward. Elle était dans une Jeep, tandis qu'un autre membre du clan de vampire était derrière eux.

Le feu qui brûlait dans ma gorge me tuait à petit feu. Je n'avais jamais eu aussi soif. Je tombais sur Victoria quelques kilomètres plus tard, et je l'ignorais, ne voulant pas perdre le délicieux parfum. Je courus, jusqu'à ce que je puisse enfin sentir à nouveau le parfum enivrant de Bella dans les bois, au nord de Forks. Je ne pouvais plus attendre car le feu faisait rage dans ma gorge. Je voulais sentir l'afflux chaleureux et doux de son sang dans ma bouche. Cela se produirait très bientôt. Et puis plus rien. Je ne sentis plus l'odeur de ma proie, et compris leur ruse. Bella n'était même pas là. Ils s'étaient divisés, et avaient fait croire qu'elle était avec eux au nord alors qu'elle était partie au sud du pays, plus précisément à Phoenix, ce qui me rendit fou de rage. Je fis demi-tour et retournais à Forks pour retrouver Victoria et trouver des éléments sur où elle était allée.

-Victoria, cherche dans son dossier si ça parle de Phoenix. Vite.

-Pas de problème.

Je courus aussi vite que je pus et retournais à la prairie où j'avais rencontré Bella. Hmm. La piste était encore fraîche, et j'humais encore son odeur. Je restais là pendant un moment, en attendant Victoria, qui apparut quelques minutes plus tard avec un papier dans la main.

-Sa mère vit à Phoenix avec son beau-père.

-Parfait. Je t'aime, murmurai-je.

Je l'embrassais tendrement avec tout le désir et la soif que je ressentais pour l'humaine. Je pris le papier dans la main de Victoria et le lut.

-J'y vais…

-Reviens-moi, d'accord?

-C'est promis.

Je l'embrassais sur le front et partis en direction de Phoenix. Bella devait être terrée chez elle, pensant à ses derniers instants en tant qu'humaine. Arrivé à Phoenix, je pris un plan et regardais le plan puis le dossier, et trouvais rapidement sa maison, sans personne dedans. Je passais par l'une des fenêtres et tentais de trouver un quelque chose sur elle. J'entendis le téléphone sonner et attendis que le répondeur se mette en marche.

-Maman, c'est moi. Écoute, j'ai besoin que tu fasses quelque chose. C'est important. Dès que tu reçois ce message, appelle-moi à ce numéro. S'il te plaît, ne va nulle part jusqu'à ce que tu me rappelles. Ne t'inquiètes pas, je vais bien, mais je dois te parler tout de suite, peu importe à quelle heure tu entends ce message d'accord ? Je t'aime.

Je repris ma fouille et trouvais un tas de cassettes vidéo. Je saisis l'une d'elles et lus le titre : « Ballet de Bella ».

Je mis la cassette dans le lecteur et regardais. Celui qui avait fait cette vidéo était à mon goût complètement fou. Et puis l'idée me parvint. Pour que Bella me rejoigne, je devais l'appeler, lui faire croire que je détenais sa mère en utilisant la cassette, et lui donner un point de rendez-vous, probablement à son studio de danse. J'avais le plan parfait.

Je composais le numéro de téléphone que Bella avait donné et préparais la cassette.

-Allô ?

-Bella ? Bella ?

-Calme-toi, maman, fit doucement Bella.

-Où es-tu ?

-Tout va bien, d'accord ? Donne-moi une minute et je t'expliquerais tout.

Il n'y eut plus un bruit, et la voix de Bella réapparut.

-Maman ?

-Écoute bien ce que je vais te dire. Si tu fais exactement ce que je dis, ta mère ira bien.

-D'accord…

-Très bien. Maintenant, répète après moi, le plus naturellement possible. « Non, maman, reste où tu es. » Vas-y.

-Non, maman, reste où tu es.

-«Maman, s'il te plaît écoute-moi. »

-Maman, s'il vous plaît écoutez-moi.

-Tu es seule ? Oui ou non.

-Oui.

-Mais ils peuvent t'entendre.

-Oui.

-Très bien, alors. Dis « Maman, fais-moi confiance. »

-Maman, fais-moi confiance.

-Parfait. Je t'attendais, mais maman est rentrée plus tôt que prévu. Tu vas devoir échapper à la surveillance de tes amis. Penses-tu pouvoir le faire ? Oui ou non.

-Non…

-J'espérais que tu serais un peu plus créative… Penses-tu pouvoir t'échapper si la vie de ta mère en dépend ?

-Oui.

-Voilà qui est mieux. Je suis sûr que ce ne sera pas facile, mais si je vois que tu ne viens pas seule, eh bien, ça va mal tourner pour maman… Tu comprends ? Oui ou non.

-Oui.

-Parfait, Bella. Maintenant, voici ce que tu dois faire. Je veux que tu ailles à la maison de ta mère. À côté du téléphone, il y aura un numéro, le mien. Appelle-le, et je te dirais où aller. Tu peux faire ça ? Oui ou non.

-Oui. Où est Phil? Demanda t-elle.

-Il ne faut pas que tes amis suspectent ton départ. Dis-leur que ta mère a appelé, et que vous lui avez parlé de rentrer à la maison pour le moment. Maintenant, répètes après moi: «Merci, maman».

-Merci maman.

-« Je t'aime, maman, je te vois bientôt. »

-Je t'aime, maman. Je te vois bientôt, dit-elle.

-Au revoir, Bella. Je suis impatient de te revoir.

Je raccrochais, et ne perdis pas de temps. Je pris la cassette du lecteur, laissais mon numéro de téléphone à côté du combiné, et allai au studio de danse. Il avait été fermé, et j'enlevais les planches de bois qui empêchaient d'entrer. Je trouvais un petit placard où je pourrais jouer la bande vidéo sans que Bella ne se rende compte du piège. Je trouvais un lecteur VHS et le testais. Je réglais le tout, et attendis le coup de fil de Bella. Je lui donnais l'adresse du studio et raccrochais. Je la sentis arriver, et mis en marche le lecteur.

-Bella ? Bella ?

Quand elle ouvrit la porte du studio, elle courut en direction du placard.

-Bella, tu m'as fait peur ! Tu ne dois plus jamais me faire si peur !

Son parfum était tellement enivrant, et puissant que j'avais du mal à ne pas lui sauter dessus. Je voulais jouer un peu avant…

-Désolé Bella, mais n'est-ce pas mieux que ta mère ne soit pas impliquée dans tout cela ?

-Oui, répondit Bella.

-Ça te dérange si je filme ? J'aime bien garder une petite trace de mes traques… Souris à la caméra… Allez !

Bella me pulvérisa un produit en bombe tenta de fuir mais je la rattrapais et la poussais, sa tête cognant contre la colonne en bois. Le sang frais coula de sa blessure sur sa tête et ma gorge brûla encore plus.

-Magnifique, fis-je. Voilà pourquoi j'ai choisi cet endroit. Toujours aussi têtue n'est-ce pas ? C'est ce qui te rend aussi spéciale…

Je lui brisais la jambe, ses os craquant sous ma force et Bella laissa échapper un cri d'agonie avant d'être propulsé loin de ma proie. Edward était là, accroupi et prêt à m'attaquer. Je lui sautais dessus et le coinçais contre un miroir.

-Tu es seul car tu es plus rapide que les autres, fis-je avant de lui claquer la tête contre le miroir. Mais pas aussi fort.

-Je suis assez fort pour te tuer.

Il se dégagea et me balança à l'autre bout de la pièce, me faisant passer à travers un miroir. Ma colère et ma soif s'amplifièrent, et je vis Edward prendre sa dulcinée blessée et tenter de s'échapper. Malheureusement, je les rattrapais et Bella valsa dans les débris de miroir, tandis que j'envoyais Edward dans les fenêtres du studio. Je sentis instantanément le sang couler de sa plaie à la jambe, et profitais de ce moment pour satisfaire et calmer ma soif devenue insupportable tant il y avait de sang émanant de Bella. Je n'eus pas le temps de m'abreuver qu'Edward se jeta sur moi et m'éloigna de Bella, m'arrachant au passage un morceau de peau. Nous nous battîmes et quatre autres vampires entrèrent dans le studio. Carlisle posa la main sur l'épaule d'Edward.

-Fils, ça suffit. Souviens-toi de ce que tu es. Bella a besoin de toi. Emmett et Jasper vont s'en occuper.

Soudain, deux vampires, un musclé et un homme maigre me tirèrent loin d'Edward.

-Faites un feu ! Utilisez le plancher !

L'homme blond enleva les lattes du plancher et je sus ce qui allait m'arriver. Le feu. Ma mort. La jeune femme affairée autour de ma proie vint aider les deux vampires. Je la reconnus de suite. Alice… Mon Alice… Je fus disloqué membre par membre, mes jambes, mes bras, et avant qu'ils ne me décapitent, je murmurais le prénom que j'aimais tant prononcer.

-Victoria…