Bonjour à tous!
Je suis plus que ravie de vous retrouver aujourd'hui en personne et avec un nouveau chapitre 100% Clexa!
Avant toute chose je voudrais dire un grand merci à mon amie pour la publication du chapitre précédent.
Je remercie également toutes les personnes qui ont laissé des reviews pendant mon absence sans oublier tous les nouveaux lecteurs qui suivent désormais cette fanfiction : Bienvenu à tous!
Les réponses aux reviews arrivent mais avant ça je vous laisse avec ce nouveau chapitre. En espérant qu'il vous plaise.
Bonne Lecture et à lundi prochain!
X-
A côté de moi, Lexa s'agite nerveusement dans la salle d'attente du cabinet médical. Si on m'avait dit qu'un jour je verrais Lexa Wood stressée, je ne l'aurais probablement pas cru. Le tressautement dans sa jambe ne laisse pourtant pas de place au doute, tout comme ses doigts qui jouent entre eux sur ses cuisses. Bien entendu elle a refusé que je l'accompagne, mais je n'ai pas eu à la menacer trop longtemps pour qu'elle change d'avis. Je sais que certaines personnes n'aiment pas les médecins, mais à ce niveau-là et venant d'une personne comme Lexa, c'est tellement absurde que c'en serait presque drôle si ça ne m'inquiétait pas autant.
Ses tics nerveux commencent sérieusement à m'inquiéter et me stresser, si elle continue elle va finir par faire un malaise. Quand ma main vient se poser sur les siennes, tous ses mouvements s'arrêtent instantanément. Mes yeux se posent sur nos mains et je prends alors pleinement conscience de mon geste. Légèrement mal à l'aise, je lève les yeux sur le visage de Lexa pour jauger de sa réaction. Son regard est fixé sur nos mains, comme si elle attendait une réaction de son corps ou de son esprit à ce geste intrusif mais que rien ne venait. Quand elle relève la tête pour enfin me regarder, je lui adresse un sourire rassurant. Soulagée de voir qu'elle ne va pas faire une crise cardiaque suite à mon geste, je me permets d'attraper pleinement sa main dans la mienne dans l'espoir de lui apporter du soutien et un peu de sérénité.
Quelques minutes plus tard, un homme qui me paraît bien trop jeune pour être déjà médecin entre dans la salle d'attente.
- Mademoiselle Wood ?
Nos mains se séparent d'elles-mêmes quand nous nous levons simultanément. Elle s'avance d'un pas et serre la main de l'homme en face d'elle.
- Je suis Jackson, stagiaire du docteur Martin. Il est prêt à vous recevoir, si vous voulez bien me suivre.
Elle se contente de hocher la tête avant de se tourner vers moi.
- Je t'attends ici.
Un dernier sourire d'encouragement signifiant « tout va bien se passer », et la porte se referme derrière elle. J'aurais peut-être dû aller avec elle pour la consultation, mais ça me semblait trop intime et je ne veux certainement pas la mettre plus mal à l'aise qu'elle ne l'est déjà. Si elle avait vraiment voulu que je vienne, elle me l'aurait probablement demandé.
Les minutes passent, et je commence sérieusement à regretter de l'avoir laissée seule là-dedans. Aucun son ne filtre à travers la porte, si bien que j'en viens à me demander s'ils sont toujours bien là. Quand la porte s'ouvre finalement, c'est une Lexa passablement frustrée voire énervée qui sort de la pièce avec une attelle à la cheville et une paire de béquilles. Je m'abstiens de tout sourire, gloussement ou remarque, de peur de me faire tuer par la femme qui s'avance maintenant difficilement vers moi. Pourtant la scène est à mourir de rire : la Lexa impassible et si sûre d'elle, se comporte à présent comme une enfant vexée, touchée dans sa fierté. Je n'aurais jamais cru voir ça!
- S'il vous plaît mademoiselle Wood, ce n'est l'histoire que de quelques jours. Je vous promets de vous débarrasser de tout cet attirail très vite si vous faites les choses sérieusement.
Lexa passe devant moi et se dirige vers la sortie sans m'adresser un mot. Je la regarde sortir avant de me retourner vers le médecin
- Votre amie a une sacrée personnalité. J'ai réussi à la convaincre de faire une radio et rien n'est cassé mais si vous pouviez vous assurer qu'elle garde son attelle et ses béquilles pendant les prochains jours, je vous en serais reconnaissant. Ça n'a pas été facile de la convaincre et je suspecte qu'elle retirera tout ça à la première occasion. Sa cheville a besoin de repos, c'est important.
- J'y veillerai. Merci. Au revoir.
OoOoO
Le retour jusqu'au dortoir s'est fait dans le silence. Lexa n'a pas desserré les dents, certainement trop contrariée de se retrouver ainsi équipée pour les prochains jours.
Monter les deux étages qui mènent à la chambre est une vraie mission. Après les premières marches un peu difficiles à négocier, Lexa a vite pris le rythme et s'est mise à monter les marches deux par deux, à une vitesse qui n'as rien de raisonnable pour une personne blessée.
- Je suis vraiment désolée tu sais. Si j'avais été plus attentive, tout ça ne serait pas arrivé.
Je suis on ne peut plus sincère et j'espère vraiment qu'elle me croit. En réalité je m'en veux terriblement. C'est moi qui lui ai demandé de me faire une démonstration et c'est aussi moi qui était chargée de l'assurer pendant son escalade, tout ça c'est doublement de ma faute. Je ne regrette pas par contre d'avoir insisté pour qu'elle aille voir un médecin. Je me doute que c'est cette partie de l'histoire qu'elle me reproche le plus. Sans ça, elle n'aurait ni béquilles, ni attelle, mais elle aurait aussi et surtout une cheville bien abîmée pour le reste de sa vie.
- Je ne t'en veux pas pour ma cheville. C'est juste que… Je déteste ces trucs !
Elle ponctue ses paroles en déposant, avec un peu plus de vigueur que nécessaire, sa paire de béquilles dans l'angle que forme son bureau et le mur, avant de rejoindre son lit à cloche-pied.
- Comment je peux me faire pardonner ?
- Tu n'as rien à te faire pardonner, Clarke. C'est ma faute, je n'étais pas assez concentrée, j'ai glissé et je me suis cognée, ça peut arriver.
- Même à la grande Lexa Wood ?
- Hmm, normalement non, mais… Il faut croire que oui.
Le sourire qui naît au coin de ses lèvres me rassure. Une Lexa bougonne et frustrée, c'est toujours mieux qu'une Lexa froide comme le marbre, mais c'est quand même nettement moins bien qu'une Lexa taquine et souriante.
- Tu n'a pas prévu de travailler un samedi soir j'espère ?
- Non, pourquoi ? Tu as une idée en tête ?
- Ça se pourrait. Qu'est-ce que tu dirais d'une soirée films ?
- Avec du pop-corn ?
- Evidemment !
- J'ai le droit de choisir les films ?
- …
- Ai-je besoin de te rappeler qu'ici c'est moi la blessée ?
- Très bien, tu choisis les films !
- Parfait, tu t'occupes de nous trouver de quoi nous gaver de sucre, et moi je m'occupe des films.
Trente minutes plus tard je descends les escaliers en courant pour retrouver Titus et récupérer une énorme sachet de pop-corn sucré et un autre plus petit contenant la crème et les antidouleurs que le médecin a prescrits à Lexa. En passant devant le distributeur, une idée fantastique me vient.
Quand je regagne la chambre quelques minutes plus tard, Lexa n'est pas là. Je suppose qu'elle est partie prendre une douche ? Je dispose quelques coussins supplémentaires sur son lit pour qu'on puisse s'installer confortablement pour notre soirée films. Je ne lui ai pas demandé si ça la dérange qu'on s'installe sur son lit, mais après tout il nous faut bien un endroit confortable, alors son lit ou le mien peu importe.
- Hummm… Ça sent bon le pop-corn ici !
Je me retourne pour trouver une Lexa encore humide qui rentre dans la chambre en boitant, sans béquilles ni attelle. Quand son regard sur pose sur mes emplettes, ses yeux s'écarquillent.
- Tu n'es pas sérieuse, Clarke?
- Quoi? C'est de la nourriture, non?
- Mais tu as vidé l'intégralité du distributeur ou quoi?
Elle saute à cloche-pied jusqu'à son lit où elle s'assoit, confortablement appuyée contre les coussins.
- Non, seulement les gâteaux et quelques bonbons.
- Si on avale tout ça, c'est sûr on va finir malades !
- Ce n'est que du sucre, voyons.
- C'est toi qui le dis. Tu me devras quelques séances de sport pour m'avoir fait avaler toutes ces cochonneries.
- Hum, on verra ça. Allez pousse-toi, que moi et mes cochonneries on puisse s'installer. D'ailleurs, tu peux me dire pourquoi tu n'as pas ton attelle ?
- Quoi, je n'allais quand même pas garder cette chose sous la douche !
- Très bien, mais avant toute chose…
J'attrape le tube de crème dans le sac de la pharmacie et tapote mes genoux pour l'inviter à y déposer son pied. Elle hésite une seconde.
- Donne-moi cette cheville. Si tu ne veux pas en prendre soin, je vais le faire à ta place.
Je suis surprise de la voir obtempérer sans même chercher à discuter, bien que je puisse voir à sa tête qu'elle trouve tous ces soins et cette attention absolument inutiles. Cependant elle ne dit rien et étend sa jambe blessée sur mes genoux, l'autre pliée, le pied à plat sur le matelas. Délicatement, je commence à masser la crème sur la peau douce et gonflée qui commence à prendre une teinte violacée par endroits. Je sens son regard sur moi, mais je reste fermement concentrée sur ma tâche. Quand mes doigts passent à certains endroits je la sens très légèrement tressaillir, une réaction à la douleur qui me serre le cœur. Une fois la crème bien pénétrée, j'attrape l'attelle à côté de moi et la remets en place délicatement.
- Merci docteur Griffin. Ça va déjà beaucoup mieux. Je crois que je suis guérie.
Aïe… Elle ne peut pas savoir, je le sais bien, mais l'entendre prononcer ce nom… C'est comme recevoir un coup de poing dans l'estomac. Je ne suis pas docteur Griffin. Je ne serai jamais docteur Griffin ou peut-être bien que si, mais je ne serai jamais comme ce Docteur Griffin, j'en fais la promesse !
- Moque-toi, on verra bien demain matin si tu es si guérie que ça. Tu devrais prendre tes cachets contre la douleur.
- Je n'ai pas mal.
- L'inverse m'aurait étonné. Tu va le regretter demain. Ne viens pas dire que je ne t'ai pas prévenue.
- Je ne le dirai pas. Bon, on les regarde ces films ?
- Avec plaisir !
OoOoO
A la moitié du troisième volet des aventures d'Harry Potter et ses amis, je suis obligée de lutter de toutes mes forces pour ne pas m'endormir. Il faut croire que la séance d'escalade m'a épuisée. Un coup d'œil à Lexa, à moitié assise, à moitié allongée juste à côté de moi, me confirme que je ne suis pas la seule à être fatiguée. Elle s'est assoupie et sa tête commence doucement à tomber sur son épaule au fur et à mesure que ses muscles se relâchent. Son visage n'est qu'à quelques centimètres du mien et je ne peux pas m'empêcher de constater à quel point, les traits ainsi détendus par le sommeil, elle semble si paisible et si jeune. C'en est presque fascinant.
Dans un sursaut, elle se réveille et un flot brutal et rapide d'émotions traverse son regard quand il passe des mes yeux à mon nez, puis ma bouche. Sans réussir à en saisir une seule, je me contente de lui sourire doucement pour adoucir son retour dans le monde réel, qui semble un peu brutal .
- Salut. On dirait que tu t'es un peu endormie. Toi qui avais peur qu'avec tout ce sucre on ne puisse plus dormir.
Elle détourne la tête, remettant un espace raisonnable entre nous.
- Ça doit être les anti-inflammatoires que le médecin m'a forcée à prendre.
- Si tu le dis.
C'est tellement Lexa. Comme si s'endormir était une faiblesse, il faut qu'elle trouve une excuse. Je pourrais aisément avouer que j'ai failli m'endormir moi aussi juste parce que j'étais bien mais je ne le ferai pas, par principe.
J'ai l'impression qu'une certaine gêne flotte autour de nous. Je ne saurais pas expliquer d'où elle vient mais ce qui est certain c'est que mon esprit est plus concentré sur la présence de Lexa à côté de moi que sur la fin du film. Contrairement à moi elle semble parfaitement concentrée sur le film, peut-être même trop pour que j'y croie pleinement.
J'aurais pensé qu'elle me propose qu'on aille se coucher mais puisqu'elle n'en fait rien, je force mon attention sur le film, maintenant parfaitement réveillée. En regardant Ron et Hermione se chamailler, une question me chatouille les lèvres :
- Je n'ai jamais compris pourquoi Hermione choisit Ron et pas Harry ?
- Parce que ce serait trop facile, et ennuyeux. La fille qui choisit le héros, c'est tellement cliché.
Je n'avais pas vu les choses sous cet angle et sa réponse sonne comme une révélation. C'est vrai, c'est tellement cliché. Et puis en y réfléchissant, au début Ron et Hermione ne semblent pas vraiment s'apprécier, puis ils deviennent meilleurs amis, c'était évident dès le début qu'il se tramait quelque chose entre eux. Comment j'ai fait pour ne pas le remarquer plus tôt ?
OoOoO
Je n'ai aucune idée de l'heure, et les volets fermés ne me permettent pas de savoir s'il fait déjà bien nuit ou encore un peu clair. Je sens la fatigue faire son retour et je dois me forcer tant bien que mal à rester concentrée sur les images qui défilent devant moi. Plus l'action s'accélère et plus j'ai du mal à suivre. Si je ferme les yeux juste quelques secondes pour les reposer, ça ne veut pas dire que je vais m'endormir. Pas longtemps. Je compte jusqu'à cinq et je rouvre les yeux. Si je reste bien concentrée sur la voix des personnages, je ne louperai rien de l'action, que je connais par cœur en plus, et Lexa ne se rendra compte de rien.
Je ne suis plus sûre de savoir si j'ai compté le trois ou le quatre ? Un léger courant d'air tiède caresse la peau nue du bas de ma gorge à un rythme régulier. Sans le moindre mouvement j'ouvre doucement les yeux. A l'écran, le générique de fin défile à une vitesse folle, empêchant quiconque de pouvoir lire les noms. Mais ce qui attire mon attention, c'est la présence de Lexa, délicatement endormie sur mon épaule. Je n'ose pas bouger de peur de la réveiller.
Quand je tourne légèrement la tête vers elle, nos visages sont si proches que l'on respire le même air. Cette proximité a quelque chose de rassurant mais aussi de terriblement embarrassant. Il me suffirait de tendre les lèvres pour poser un baiser sur son front. Je me demande si, en baissant un tout petit peu la tête, je pourrais embrasser le bout de son nez ? Un sourire relève discrètement le coin de mes lèvres. J'imagine facilement la tête que ferait Lexa réveillée de la sorte. Je retiens un gloussement.
Avec mon bras libre, je repousse l'ordinateur au sol pour ne pas le faire tomber et je remonte doucement la couverture sur nous. Je suppose qu'elle ne m'en voudra pas de dormir là. Après tout, c'est elle qui se sert de moi comme coussin, ce n'est pas comme si j'avais le choix, n'est-ce pas ?
Je n'ai jamais aimé partager mon lit, ni même n'importe quel lit. J'aime avoir de la place, mon espace, sans me soucier d'une personne à côté de moi. Pourtant, dans ce petit lit, bien trop petit pour deux personnes, je ne me sens ni mal à l'aise, ni à l'étroit. Au contraire même, je m'y sens bien, si bien que je sens déjà le sommeil me gagner de nouveau.
OoOoO
Un mouvement à côté de moi me réveille. Il me faut bien quelques instants pour comprendre où je suis et ce qui m'a réveillée. Lexa dort d'un sommeil agité. Les traits de son visage semblent tendus, presque crispés. Ses yeux s'agitent sous ses paupières, de petites rides juste au-dessus de son nez se creusent et s'étirent doucement. Ses lèvres bougent et un murmure sort de sa gorge. Les mouvements se répercutent rapidement au reste de son corps : sa tête bouge, ses doigts également, cherchant quelque chose à quoi se raccrocher. Sa respiration devient moins profonde, s'accélère et se saccade. Cette fois je suis parfaitement réveillée et consciente. Par réflexe je me redresse et ma main vient s'accrocher à la sienne pour tenter de la réveiller.
- Lexa ? Lexa, ça va ?!
Se redressant d'un seul coup, elle manque de peu de me percuter. Sans lâcher sa main, je la regarde, attendant de voir la terreur dans ses yeux disparaître et de sentir sa respiration et son cœur se calmer.
- Lexa, est-ce que tu vas bien ? Tu as dû faire un cauchemar. Je suis désolée de t'avoir réveillée.
Encore déboussolée, ses grand yeux d'un vert sombre sont fixés sur moi, comme si elle cherchait un point d'ancrage à quoi se raccrocher. Des gouttes de sueur perlent timidement au sommet de son front, collant quelques mèches de cheveux. Je dois me retenir pour ne pas repousser une mèche folle, qui est venue se perdre au coin de son œil.
Presque aussi soudainement qu'elle s'est réveillée, je vois l'éclair de lucidité qui traverse son regard. Précipitamment elle lâche ma main et se redresse complètement dans le lit, comprenant enfin ce qui vient de se passer.
- Je… Pardon. Je ne voulais pas te faire peur.
- Tu vas bien ?
- Oui, oui, ce n'est rien. Juste un mauvais rêve, je suppose. Tu devrais aller te recoucher, il est tard.
Je n'ai pas envie de batailler avec elle maintenant, mais ce cauchemar ce n'était certainement pas rien. Si elle croit que je vais simplement retourner dans mon lit et me rendormir comme si de rien n'était, elle se trompe complètement. Je n'irai nulle part tant que je ne serai pas certaine qu'elle va bien.
- Tu as besoin de quelque chose ? Un peu d'eau peut-être ?
Nos regards se posent simultanément sur la bouteille d'eau vide posée sur sa table de nuit.
- Ne bouge pas, je vais aller la remplir.
- Je peux y aller, tu sais.
- Oh je sais, mais avec ta cheville, le temps que tu arrives à la salle de bain, j'aurai eu le temps de revenir avec trois bouteilles remplies.
Sans lui laisser le temps d'argumenter plus que ça, je tends le bras au-dessus d'elle pour attraper la bouteille et sors de la chambre.
Je m'accorde quelques minutes à la salle de bain pour me remettre les idées au clair, minutes dont aura certainement besoin Lexa également. Les images de son réveil tournent dans ma tête. Je ne pensais pas pouvoir lire une émotion aussi forte dans ses yeux un jour, et certainement pas une émotion comme la peur. La peur, ou devrais-je dire la terreur ? A ce niveau-là, la nuance est faible.
La voir ainsi m'a perturbée plus que ce que je n'aurais pu l'imaginer. Je n'ai jamais été très à l'aise pour réconforter, consoler, rassurer les gens, même mes amis les plus proches. Je n'ai jamais su comment m'y prendre. Pourtant en voyant Lexa quelques minutes plus tôt, j'ai ressenti l'envie, si ce n'est le besoin, de faire quelque chose. Aussi étrange que cela puisse être pour moi, n'ayant pas les mots adaptés, ce besoin s'est manifesté par une nécessité de la toucher. Comme si par un simple contact, je pouvais lui transmettre tout ce que je n'étais pas en mesure de dire. Si j'avais écouté mon instinct, je l'aurais très certainement prise dans mes bras, peut-être même que je l'aurais bercée comme une enfant jusqu'à ce qu'elle se rendorme paisiblement. Heureusement pour moi, ma raison est plus forte que mon instinct. J'imagine sans peine le malaise si j'avais agi de la sorte. Lexa n'est certainement pas habituée à ce genre de familiarités et moi non plus d'ailleurs, ça n'en aurait été que plus gênant.
J'aimerais lui demander ce qui a pu lui faire peur de la sorte. Comprendre, pour pouvoir agir ensuite et lui éviter de devoir revivre ce genre de chose dans l'avenir. Personne ne devrait avoir à se réveiller de cette façon. J'ai envie qu'elle me raconte, envie de l'aider à vaincre ses démons. Pourtant, c'est loin d'être une réaction habituelle chez moi. En général je ne m'occupe jamais des petits tracas et autre débats internes d'autres personnes. Bien sûr, je sais écouter quand mes amis ont besoin de se confier, mais je ne suis pas de celles qui posent des questions. Je pars du principe que chacun a ses propres problèmes et que ce qui se passe dans la tête des autres ne me regarde pas, à moins qu'ils aient envie de le partager pour une raison ou une autre. Cette fois pourtant, c'est différent. L'impuissance due à l'ignorance me ronge, mais je ne peux me résoudre à l'interroger.
Prenant conscience que le temps passe et que Lexa doit probablement se demander ce qui me retient, je m'asperge le visage d'eau froide pour chasser toutes ces réflexions pesantes. Je m'essuie rapidement et reprends la direction de la chambre.
Quand j'entre, Lexa est toujours assise sur son lit, pourtant je devine à la température de la chambre qu'elle a dû se lever et ouvrir la fenêtre car l'air est nettement plus froid ici que dans le couloir. Je m'abstiens de toute remarque ou question et me contente de lui tendre la bouteille d'eau fraîche. J'hésite un instant à m'asseoir à côté d'elle mais me ravise, choisissant de rester à ma place et de lui laisser un peu d'espace.
- Merci.
- C'est normal. Est-ce que… Est-ce que tu vas bien ? Tu sais que si tu as besoin d'en parler, enfin… Si tu veux en parler, je suis là.
- Ça va. Merci.
Son ton est froid, parfaitement neutre et maîtrisé. Je sais que je ne devrais probablement pas insister et simplement retourner me coucher mais c'est plus fort que moi.
- Ça t'arrive souvent ? Les cauchemars, je veux dire.
Elle semble hésiter un instant, perdue dans ses pensés, avant de se ressaisir rapidement.
- Non. On devrait probablement dormir, il est tard.
Comprenant que je n'obtiendrai rien de plus, je récupère mon oreiller dans son lit et m'installe dans le mien. Lexa s'est déjà rallongée, me tournant le dos. Après un dernier regard dans sa direction, j'éteins la lumière et me force à me rendormir.
OoOoO
Par deux fois je me réveille, un sentiment d'urgence m'oppressant. Par deux fois, je me retourne et observe Lexa qui dort paisiblement, alors je me concentre sur ma respiration, m'efforçant de calmer mon cœur, et je me rendors, rassurée de voir que Lexa va bien. Quand je me réveille pour la troisième fois, je devine la lumière du jour filtrant à peine par les volets fermés.
Quand je me retourne pour vérifier que Lexa dort toujours, l'inquiétude s'empare de moi. Le lit est vide. Maintenant parfaitement réveillée, je jette un rapide coup d'œil autour de moi. Ses béquilles sont encore là, posées exactement au même endroit que la veille, ce qui signifie probablement qu'elle n'est pas partie bien loin. Son attelle, elle, n'est plus là, ce qui signifie qu'elle la porte probablement et donc que je n'aurai pas besoin de la réprimander quand elle reviendra. Elle n'a laissé aucun mot pour m'informer de son départ, ni pour dire ce qu'elle fait, où elle est et quand elle revient. Bien sûr elle n'a aucune obligation de le faire mais j'aime à penser qu'elle m'aurait informée si elle avait eu des plans pour aujourd'hui. Peut être que… J'attrape mon téléphone portable, j'ai juste besoin de savoir si elle va bien. Mes doigts commencent à taper sur l'écran, hésitants. Après avoir écrit, effacé puis reformulé trois fois la question pour paraître le plus détaché possible, je suis enfin relativement satisfaite du court message. Avant de pouvoir cliquer sur « envoyer » la porte de la chambre s'ouvre sur une Lexa encore à moitié en pyjama, son téléphone portable à la main. Je la dévisage quelques instants et elle semble comprendre ma question silencieuse.
- Le travail, lâche-t-elle en levant sa main dans laquelle se trouve son téléphone. J'ai une réunion importante demain qui demande quelques ajustements. Rien de grave.
- Demain ? Mais c'est Thanksgiving, non ? Tu ne vas pas passer cette journée seule au bureau ?!
- Je ne serai pas seule.
- C'est pour le travail, ça n'a rien à voir.
- Peut-être mais je n'ai pas vraiment le choix. Et puis de toute façon Thanksgiving est une fête familiale et… Enfin, je ne fête plus ce genre de chose depuis quelques années.
Je comprends ce à quoi elle fait allusion mais je ne relève pas et m'abstiens de toute question. Si elle veut me parler de sa famille un jour, elle le fera d'elle-même, je n'ai pas l'intention de lui forcer la main.
- Est-ce que je peux venir avec toi ?
Ma question la prend clairement au dépourvu et je peux voir à son regard qu'elle ne comprend pas bien ce que je veux dire.
- Enfin, pas à la réunion mais je pourrais t'attendre dans l'appartement ?
- Je, heu…
- Je n'ai pas très envie de passer cette journée seule dans la chambre.
C'est une demi-vérité certes, mais je n'ai rien trouvé de mieux pour la convaincre. Elle ne peut quand même pas me refuser ça ? Elle est trop bien élevée et a trop de valeurs pour ne pas céder à ce genre d'argument.
- Si tu veux, mais tu sais, avec la réunion, tu risque de te retrouver seule un moment là-haut. C'est vraiment ce que tu veux ?
- J'adore la vue, je dessinerai en t'attendant.
- Très bien alors.
J'ai du mal à retenir le petite sourire plein de fierté qui vient recourber discrètement le coin de mes lèvres. Thanksgiving s'annonce plus intéressant que ce à quoi je m'attendais.
