Ce n'était pas mon premier baiser...

Il poussa lentement la porte, écrasé par le doux silence agrémenté d'une odeur entêtante de mandarines. Souriant en apercevant un Chopper endormi sur une chaise depuis probablement quelques heures, il décida qu'il valait peut-être mieux l'étendre sur le second lit, au fond de l'étroite pièce.

Il passa une main dans la fourrure douce et soyeuse du petit renne, le soulevant aussi délicatement que possible et l'y portant sur la pointe des pieds.

Lorsqu'il le borda dans son trop grand lit, le médecin du navire marmonna quelque chose, sourire aux lèvres, mais contrairement à ce qu'avait craint Zorro, se rendormit presque aussitôt.

Le sabreur s'affala sur sa chaise et soupira, fatigué.

Sanji agissait souvent étrangement, mais là, il avait battu les records ! L'embrasser de la sorte...

Il avait beau lui avoir expliqué après coup que ce n'était qu'un moyen de le "débloquer avec les filles", il avait eu du mal à s'en remettre... Son poil se hérissa rien qu'e y repensant.

On ne s'embrasse pas de cette façon ENTRE HOMMES, bon sang !

D'ailleurs, il avait mis tellement de temps à se remettre à respirer qu'il avait failli tourner de l'oeil...

Heureusement, blondinet avait trouvé la solution pour le débloquer : lui promettre de l'embrasser de nouveau, cet affreux sourire tellement sûr de lui même que son poing avait été inexorablement attiré par son menton.

Après une esquive et un nouvel éclat de rire, le cuistot lui avait conseillé d'aller se coucher, histoire de se remettre de ses émotions... Et pour une fois, il avait préféré l'écouter, ne serait-ce que pour lui cacher ses jambes de coton et sa figure en feu.

Pas qu'il était attiré d'une manière quelconque par le marmiton, mais quand même, il l'avait... arrrrrrrgh !

A côté de lui, Nami gémit et se tourna dans son sommeil, visiblement en plein cauchemar.

Il pris le linge humide qui était tombé de son front et essuya doucement son visage trempé par la sueur et les larmes. Devait-il la réveiller ?

Fillette, dis moi où je suis censé en être avec toi...

Un sourire léger se dessina sur ses lèvres, et l'air tourmenté qu'elle arborait quelques minutes plus tôt s'effaça.

Avait-elle entendu ses paroles à peine soufflées ?

Nami...

Il réajusta une mèche de cheveux, caressant du bout des doigts les joues rosies par la fièvre de la jeune femme. Malgré lui, il s'attarda, attiré par la chaleur trop importante dégagée par sa peau.

En lui, quelque chose se recroquevilla, comme lorsqu'il avait dû aller la chercher, après sa chute.

Nami...

Ses doigts glissèrent dans les mèches oranges, puis il retira sa main précipitamment.

Qu'est-ce qui m'arrive ? On dirait que je tripote tout et n'importe quoi depuis que...

Il déglutit.

Bon, allez, avoue le.

Il soupira encore, le souffle étrangement court.

Depuis que l'autre andouille t'a embrassé. Génial... Heureusement, c'était pas ton premier baiser, hein ?

Il ferma les yeux.

Non, ce n'était pas son premier baiser, mais c'était tout comme.

Après tout, pouvait-on qualifier un baiser volé entre gamins de premier baiser ?

Comme toujours lorsque son coeur retournait conjuguer au passé, le visage de son amie Kuina apparut, presque trop présent pour être réel.

Si tu avais survécu, ou serais-je aujourd'hui ?