Disclaimer : voir chapitre 1

Warnings : voir chapitre 9

A/N : Aïe, plus de 120 lecteurs (bienvenue à bord!^^) pour le chap précédant mais juste 4 commentaires... est-ce que ça veut dire que c'était pas très bien ? :/

-AnthaRosa : merci :) je trouve dommage que Merlin, dans la série, n'approfondisse pas plus sa magie…c'est pourtant la raison de son arrivée à Camelot, et en plus il est censé devenir le méga-magicien-de-la-mort-qui-tue-que-rien-n'arrête… or pour l'instant je n'arrive pas à le voir comme tel.

-saroura92 : tu viens de faire une remarque très importante…^^

-evermore04 : pour le dire franchement, la Morgane de la saison 3 me tape sur les nerfs. J'adorais son personnage jusqu'à ce qu'elle change complètement, sans aucune crédibilité : elle se battait pour une justice qu'Uther ne rendait pas, avait énormément d'affection pour Gwen, Arthur,… et maintenant ? Je trouve que c'est l'un des gâchis de la série. Plus joyeusement, à propos de Gauvain/Gwaine (je vais garder ce nom^^)… il sera bien là, mais la rencontre sera assez différente (mystère...) !

-Aurysadik : j'espère ne pas être trop répétitive dans les passages que je garde, j'essaie au moins de les approfondir un peu plus… Quant aux secrets… eh bien, on va dire que vous pouvez commencer à ouvrir les paris : quelle tête va faire Arthur ?


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Sous le même ciel

Chapitre 10 : Caledfwlch

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Au début, Merlin pensa que ses habits avaient rétréci à cause des lavages. Elle savait qu'elle n'était pas la plus douée en la matière, mais ce fut la seule explication qui lui vint à l'esprit sur le moment.

Mais les vêtements qu'elle avait achetés il y a à peine un moins lui parurent eux aussi trop serrés, et elle avait changé l'étoffe qui lui ceignait la poitrine pour une nouvelle, exactement de la même longueur que celle de départ… mais rien n'y faisait, elle se sentait toujours trop proche de ses vêtements, elle qui était habituée à flotter dedans. C'est alors qu'elle constata l'explication au problème : son corps avait changé. Progressivement, petit à petit, au point qu'elle ne l'avait pas remarqué dans l'immédiat.

Elle, qui jusqu'il y a peu était tout en angles et ossature apparente, avait à présent ce qui ressemblait plus à des… courbes. Des lignes arrondies à la place des cassures, et des volumes doux. Ses cuisses n'étaient plus rectilignes, ni ses hanches escarpées, et ses reins n'avaient plus besoin de l'aide d'une ceinture pour soutenir son pantalon.

En soi, tout cela ne posait pas particulièrement de problème : il lui suffisait de camoufler le tout avec un pantalon plus ample et une tunique plus basse et espérer… Ce qui était plus délicat, était sa poitrine. La bander n'avait jamais été très confortable, mais à présent cela devenait carrément gênant. Elle avait beau tirer sur le tissu jusqu'à la grimace, un renflement prononcé persistait, et elle devait lacer ses cols jusqu'en haut pour cacher les demi-cercles accentués et rehaussés que cette compression entraînait. Si quelqu'un prenait la peine de regarder au bon moment, par exemple lorsqu'elle faisait certains mouvements, que le vent ou la pluie lui collaient le vêtement au corps… il était possible qu'il hausse un sourcil.

Quelques fois, la nuit, alors qu'elle était allongée en attente du sommeil, une légère anxiété la prenait et elle sondait timidement son corps, comme si elle le redécouvrait à nouveau des années après ses premiers saignements, avec la peur d'y découvrir un nouveau gonflement, qui cette fois ne serait plus dissimulable. Mais elle éprouvait aussi en même temps une sorte de curiosité, presque une fascination, qui la faisait rougir de honte et ôter sa main quand elle y pensait.

Elle sentait qu'il se passait quelque chose en elle. Même ses menstrues étaient différentes. Elles étaient régulières, suivaient un rythme semblable aux changements de la lune, alors qu'avant ils pouvaient survenir sans prévenir, anarchiquement, avec des périodes de silence entre.

Tout cela faisait de son corps une étrange harmonie.

Gênée mais surtout perplexe, elle en avait parlé pudiquement à Gaius. Le médecin lui avait alors expliqué que la croissance féminine était une chose qui pouvait être capricieuse, parfois paresseuse, puis tout à coup décidait de s'ouvrir totalement pour peu que certaines conditions se présentent. Les longues journées isolées, et surtout une nourriture peu abondante exacerbaient cela. Aussi, si l'esprit ne commençait pas, le corps attendrait.

Elle avait quitté son petit village et ses longs vagabondages dans la campagne pour une ville grouillante de vie humaine, en pleine expansion, et plus jamais elle n'avait faim, car même si elle était une servante, elle avait toujours de la nourriture à disposition, sans jamais devoir se priver.

Quant à son esprit… ce point restait plus sombre pour elle, et Gaius n'avait rien avancé. Par contre, il avait résumé le tout en à peine quelques mots, non dénués de bienveillance :

« Tu es devenue une femme, Merlin. »

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En elle, elle le savait depuis la première fois que ses yeux avaient remarqué les nouvelles volutes de son corps, mais il lui avait fallu en avoir la confirmation. Elle pensait qu'elle devait se réjouir, et pourtant elle restait tiraillée par un sentiment imprécis, qui ressemblait de loin à de l'angoisse.

Parce que tout cela pouvait bien la trahir un jour, même innocemment. Elle était supposée être un garçon aux yeux de tous. Comment rester crédible, si son propre corps embrassait aussi allègrement sa nature propre ?

Peut-être serait-il sage de mettre fin à cette mascarade d'elle-même avant que quelqu'un ne se rende compte de la supercherie sans qu'elle ne le veuille. Parfois, elle en avait envie, et allait presque jusqu'à commencer à réfléchir comment exposer la chose avec le plus de tact possible.

Une fois, les mots lui avaient même remonté dans la gorge, en même temps que quelque chose d'autre.

Bien évidemment, cette fois-là tournait autour d'Arthur.

Les circonstances n'avaient rien de nouveau, pourtant. Elle lui avait préparé son bain et n'avait commis aucune erreur : elle n'avait pas oublié de recouvrir l'intérieur d'un drap pour éviter les échardes, la température était adéquate et elle avait mis les savons à portée de main. Le prince n'avait rien trouvé à redire.

Ils avaient suivi la même habitude : pendant qu'Arthur se lavait, Merlin se tenait occupée à ranger, récurer… toute excuse était bonne pour ne pas devoir s'approcher de trop, et encore moins lever les yeux vers lui. Après les moqueries des débuts, le prince avait fini par accepter silencieusement ce qu'il croyait être de la pudeur, où encore un mal-être, quand son valet n'avait pas encore même une trace de virilité. La jeune femme n'avait pas cherché à lui donner une autre idée.

Ils étaient donc là, comme d'habitude, en train de converser de tout et surtout rien. Merlin pliait ses vêtements lavés, qu'elle triait ensuite, étalés sur le lit et pouvait entendre des bruits de mouvements dans l'eau quand Arthur ne lui parlait pas. Une fois une petite pile faite, elle se dirigea vers l'armoire et se pencha pour en ouvrir le tiroir le plus bas et l'y déposer. Après quoi, elle retourna devant le linge éparpillé pour continuer cette routine.

Il lui fallut près de deux minutes pour se rendre compte que le prince ne disait plus rien, ni ne bougeait, comme s'il n'était plus dans la pièce. Et pourtant, Merlin sentait comme quelque chose peser dans le bas de son dos.

Elle se retourna pour voir ce qu'il se passait.

Le jeune homme était tout simplement en train de la regarder. Il avait les bras en appui de part et d'autre sur les rebords de la bassine, ce qui accentuait le relief conséquent de ses épaules, la tête tournée vers elle. Les cheveux sur sa nuque étaient assombris par leur récent contact avec l'eau, et la vapeur qui s'élevait était visible grâce aux rais de soleil qui la transperçaient.

Mais ce qui la désempara, fut Arthur, ou plutôt ce qu'elle put lire dans son visage. Il la fixait intensément, parfaitement immobile. Ses sourcils étaient à peine froncés et sa bouche tendue, signes d'une réflexion silencieuse. Et il la regardait comme s'il savait quelque chose, ou plutôt, qu'il savait qu'il était en train de rater quelque chose. Comme si elle était un mystère.

Du moins, c'est ce que Merlin en tira, en plus d'un frisson, qui lui donna envie d'avouer, ''j'ai quelque chose à vous dire…' Rien qu'un instant.

A peine un battement de cils après, la moue du jeune homme était redevenue un rien narquoise, comme à son habitude, dissipant ce qui venait de se passer.

« Je sais que je suis particulièrement agréable à regarder, Merlin, mais n'aurais-tu pas mieux à faire que de rester planté là ? Comme me passer ma serviette, par exemple ? »

Ce qu'elle fit, en la lui jetant plus qu'autre chose, écarlate. Mais elle ne saurait dire si c'était à cause de son énervement ou du fait qu'elle faisait tout pour garder ses yeux fixés sur le sourire satisfait du jeune homme, et non vagabonder ailleurs.

Il avait l'art de la faire passer d'un état à un autre en une seconde. Un instant, de temps à autre et à intervalles de plus en plus réguliers, elle le surprenait en train de la regarder pensivement, et le moment suivant, il se comportait à nouveau en crétin absolu. Et Merlin y réagissait sur le champ, tantôt déstabilisée, tantôt à deux doigts de lui renvoyer l'objet qu'il venait de lui balancer dans la figure.

Pourtant, jamais elle n'avait envisagé de démissionner. Et son entourage s'amusait à le lui rappeler chaque fois qu'elle pestait à propos d'un certain prince blond –c'est-à-dire, souvent-, avec un grand sourire en prime.

« Je me souviens du premier jour comme si c'était hier » avait une fois dit Morris. « Quand tu l'as traité de crétin en public. »

Et Gwen de renchérir : « et pourtant, le lendemain tu lui sauvais la vie… je parie que maintenant, tu as appris à l'apprécier. ».

Elle en avait soupiré bruyamment, « merci les amis, je savais que vous me soutiendriez. »

Mais elle devait bien l'avouer, l'eau avait coulé sous les ponts depuis ce jour, et tant de choses s'étaient passées… Merlin avait l'impression d'être à Camelot depuis des années, tant certains évènements, et les rencontres qu'elle avait faites avaient changé le cours de sa vie. Arthur, Gaius, Gwen, Morris, le dragon... ou encore Morgane, Lancelot, et bien d'autres, moins agréables qu'eux. Elle qui y était venue dans l'espoir que Gaius lui apprenne à utiliser pleinement sa magie, elle se retrouvait la servante du fils de celui qui l'avait abolie. Elle n'y aurait jamais pensé, ne fut-ce que parce que cela lui aurait semblé fou, voire suicidaire.

Mais en ayant failli perdre Arthur, elle avait pris conscience que pour rien au monde elle ne reviendrait en arrière. Car oui, elle se l'était avoué à elle-même peu après avoir repêché le jeune homme du lac où il avait failli être sacrifié, elle l'appréciait. Bien plus que cela, même. Rester à ses côtés était devenu très vite non pas une habitude, mais une évidence, comme si cela lui était naturel. Elle n'allait pas jusqu'à croire les palabres nébuleuses du dragon sur les faces et autre pièce, mais elle avait accepté ce qu'elle niait avec force encore récemment : elle tenait à Arthur. Il était son maître, mais il était aussi, et surtout, son ami, même s'il n'était pas l'ami rêvé proprement dit, et que nombres 'détails' rendaient leur relation peu banale, à commencer par le fait qu'il était le fils d'un des plus puissants rois d'une mer à l'autre, et qu'elle était une simple paysanne porteuse d'un lourd secret. Ou plutôt, un lourd secret et un autre… délicat.

De plus en plus à mesure que le temps passait, d'ailleurs. Car quelle 'amie' pouvait-elle prétendre être, quand elle lui cachait à la fois son sexe et ses pouvoirs ? Son attachement pour le prince rendait les choses plus difficiles : elle était tiraillée entre son désir d'être digne de sa confiance en se montrant à lui telle qu'elle était, nue de tout mensonge, et tout simplement sa survie, car tout avouer équivaudrait à mettre le feu à son propre bûcher.

Mais s'il n'y avait que ça…

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Comme pour prouver son impression que le temps perdait toute cohérence en filant plus vite que de raison, la Samain approchait. Et avec elle, l'anniversaire d'Arthur. Mais pas n'importe lequel : son vingtième anniversaire, celui où il serait pleinement considéré comme un homme et officiellement, comme prince héritier. Car s'il n'était plus un enfant depuis bien longtemps, et qu'aux yeux de tous il était le seul successeur d'Uther, tout cela n'était qu'officieux. Et la royauté nécessitait cérémonies, serments et autres symbolismes pour être légitime. Un roi sans couronne n'en était pas entièrement un.

La semaine de célébrations à l'occasion de cette période charnière de l'année devenait donc d'autant plus faste, vu que l'on fêtait en même temps la naissance du prince. Il valait donc de soi qu'à l'approche d'un âge si important, les préparatifs furent de conséquence : les demandes d'approvisionnement, en même temps que les messagers chargés de convier aux festivités toutes les familles nobles alliées étaient partis plusieurs semaines à l'avance. L'armada de domestiques nettoyait le château de fond en comble une dernière fois avant de devoir s'y réfugier progressivement à l'approche de la saison sombre et froide. Et en début de soirée, au château comme dans la ville, les enfants se regroupaient au coin du feu pour y grignoter des noix tout en écoutant les plus âgés d'entre eux raconter des histoires d'âmes vagabondes, de fantômes qui s'évadaient des ombres, aidées par l'amincissement de la frontière entre le royaume des morts et des vivants à mesure que les jours raccourcissaient et que les arbres se décharnaient. Les plus petits les regardaient avec de grands yeux ronds et crédules, fixés sur les dents –pas toujours au complet- des conteurs en herbe que les jeux de lumière en provenance de l'âtre redécoupaient grossièrement, sursautant à chaque geste brusque qui ponctuait les histoires.

Les cuisines du château devenaient parfois le théâtre de tels petits rassemblements. Les cuistots fermaient alors les yeux sur les quelques chapardements de nourriture. Brunhilda allait jusqu'à mettre un sac de pommes jaunes et juteuses en évidence et à hauteur accessible, et même les adultes tendaient parfois les oreilles pour écouter ce que les enfants se chuchotaient avec enthousiasme. Astrid et Sigrid, qui au début se disaient trop grandes pour écouter de telles sornettes, se glissèrent tout de même dans un coin non loin pour percevoir des passages, l'un des matous errants de la forteresse posé sur les genoux.

Etre témoin de pareilles scènes faisait resurgir des souvenirs dans la mémoire de Merlin. Des souvenirs qui étiraient ses lèvres en un sourire.

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« Il sera de chasse ce soir » fit Will avec tout le sérieux de ses dix ans et d'une bouille recouverte de crasse.

« Qui ça ? Le roi ? » répondit Merlin avec surprise. Ils étaient tous deux allongés sur une longue et large branche de leur arbre fétiche, dépourvu de son feuillage.

« Mais non, idiote ! » Il lui tapa gentiment sur la tête, ce qui la fit couiner. « Wōden, il sortira ses chiens au coucher du soleil et lancera l'appel. »

« L'appel à la chasse ? »

« Oui, à la chasse au cerf blanc. Il le traquera avec sa troupe, guidé par l'odorat de ses chiens, aussi gros que des veaux ! »

« Wow ! »

« Je ne serai pas si curieuse à ta place… car quiconque les croise ne revient jamais. S'ils te trouvent, tu es condamné à les suivre jusqu'à la fin des temps ! »

Merlin fronça les sourcils, se rappelant tout à coup de ce que lui avait raconté sa mère. « Tu es sûr que tu ne parles pas plutôt du Grand Cornu ? »

« C'est le même, Il a plusieurs noms ! Pourquoi ? »

« Parce que ma maman dit qu'Il reste encore sous terre à la Samain, c'est à Yule qu'Il sort. »

« Non, c'est à la Samain, » insista Wil.

« Nan, c'est à Yule ! Je le sais parce que c'est ce jour-là que je suis née ! Et que- »

Elle ferma subitement la bouche en se rendant compte de sa bêtise. Elle ne pouvait pas dire à son ami, même si elle en avait très envie, que sa mère lui avait raconté que c'était peut-être parce qu'elle était née la nuit-même où le dieu parcourait les forêts, qu'elle avait reçu de la magie. Même si elle ne savait pas encore que c'était juste une histoire qu'Hunith avait inventée, parmi tant d'autres, pour répondre à sa question, 'pour je suis comme ça, maman ?'

« Tu es née à Yule ? » fit le petit garçon avec envie.

« Ouep. »

Les deux enfants se sourirent à pleines mâchoires édentées, mettant la conversation en suspens aussi facilement.

Jusqu'à ce qu'après quelques minutes de silence et d'intense observation du paysage, Merlin demande timidement : « Will ? »

« Quoi ? »

« T'es sûr que c'est peut-être ce soir qu'Il sort ? »

« Ouep, sauf si tu as raison. »

« … pourquoi on reste dans l'arbre alors ? Il va bientôt faire noir. »

« Parce que je veux les voir ! »

« Mais tu as dit que si on les voit, on serait prisonniers à jamais ! » s'horrifia la petite fille.

« C'est pour ça qu'on se cache, pour qu'il ne nous trouve pas. » Il lui sortit son plus beau sourire canaille. « Et ne t'inquiète pas, je te protégerai s'il arrive quelque chose. »

« Je sais me protéger toute seule ! »

« Même pas vrai, t'es une fille ! »

Merlin lui fit une grimace phénoménale qui le fit rire plus qu'autre chose. Elle pouvait très bien se protéger toute seule, parce que…

De longs moments plus tard, alors que les deux enfants regardaient le soleil se coucher en peignant le monde de couleurs chaudes, en contraste avec ce que la nuit réservait, et qu'ils avaient l'impression de pouvoir voir le royaume entier, perchés dans leur arbre, la petite Merlin sentit son cœur battre très fort, quand elle dit d'une petite voix, « Will ? »

« Oui ? »

«… est-ce que tu sais garder un secret ? »


C'est seulement quelques jours avant la date tant attendue que Merlin fut traversée d'une constatation : elle n'avait pas de présent à offrir à Arthur. A Ealdor, les vingtièmes anniversaires et leur manque de faste simplifiaient les choses : quelques denrées ou une sculpture faisaient amplement l'affaire, surtout lorsque qu'elles s'offraient par politesse plus qu'autre chose. Mais elle n'avait encore jamais fêté cet âge avec un proche… et encore moins un prince. Elle ne savait même pas s'il y avait une étiquette à respecter dans ces cas-là. Sur le moment, elle ne pensa même pas à poser la question à quelqu'un de son entourage, plus habitué à la vie de château. A la place, elle avait tourné en rond dans sa chambre, sous les yeux presque amusés d'Archimède.

« Qu'est-ce qu'il aime ? » se disait-elle tout haut, le menton entre son pouce et son index. « Pas de livres, et il ne manque pas de vêtements, ni de nourriture… ou quoi que ce soit en fait. »

Elle grogna. « Fichu pourri gâté ! A part suer avec ses chevaliers il n'y a rien qui… oh. »

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Merlin avait à peine exposé son idée à Gwen qu'elle commença à rougir d'embarras, sans trop savoir pourquoi. Peut-être en voyant le visage de son amie : d'abord surprise, puis illuminée par un petit sourire qui en disait long.

« Une épée ? Tu es sûr, Merlin ? »

« Oui euh, c'est pour ses vingt ans quoi, tu vois, et je n'ai rien trouvé d'autre et euh… »

« Tu sais, tu n'es pas obligé de te faire tout ce mal, Arthur va recevoir bien plus qu'il n'en a besoin et- »

« Ah. » Bien sûr, pourquoi n'y avait-elle pas pensé avant ? Il croulerait sous les présents, peu importerait qu'elle lui offre quelque chose ou non. Sa légère déception dût être lisible sur son visage car Gwen ajouta subitement, « Oh je ne dis pas que ce n'est pas une bonne idée, ça devrait sûrement lui faire plaisir que tu tiennes autant à-… euh je veux dire, que tu penses à lui malgré que tu sois juste son valet-… » La jeune femme fut visiblement exaspérée que sa langue s'embrouille autant avec ses pensées. Elle s'arrêta une seconde puis reprit avec plus de sûreté, et un sourire bienveillant, « oublie ce que je viens de dire. Tu as eu une excellente idée et je suis sûre que n'importe quel cadeau de ta part ferait plus plaisir à Arthur que tout ce que pourraient lui offrir les nobles qui n'y pensent même pas à deux fois… »

Merlin n'eut pas le temps de réfléchir pleinement au sous-entendu que Gwen terminait radieusement en la prenant pas le bras, « et je serai ravie de t'aider ! Viens, on va aller à la forge en parler à mon père. »

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La jeune magicienne ne se doutait pas que la confection d'une épée nécessitait autant de temps et de travail. A vrai dire, elle ne s'était jamais vraiment posé la question. Il lui arrivait seulement de parfois contempler les lames qu'elle aiguisait à de nombreuses reprises d'un œil complètement inexpérimenté, mais qui même ainsi pouvait constater la précision et la finesse des armes utilisées par la noblesse. Au début, elles lui avaient paru de simples bouts de ferraille beaucoup trop lourds et tranchants, excessivement dangereux. Puis avec le temps et des mains plus curieuses, elle avait pu sentir que oui, elles étaient effectivement lourdes, mais leur poids était savamment réparti, sans quoi il serait difficile pour leurs manieurs d'acquérir une presque perfection de mouvement, de les adopter comme si elles étaient un prolongement naturel de leur corps.

Elle savait qu'Arthur -elle devait bien l'avouer mais ne le dirait pas à voix haute de peur d'enfler son égo à l'excès- avait atteint une telle maîtrise qu'il pouvait faire d'une simple barre rouillée et émoussée un objet mortel, et pourtant elle avait envie de lui offrir quelque chose qui, à défaut de lui arracher un remerciement, lui fermerait sa grande bouche au moins une minute. Tom l'avait compris sans qu'elle eût à le dire, ou bien était-ce juste qu'il accordait autant de concentration et de soin à chacune de ses œuvres. Par curiosité, elle revint à chaque fois que possible pour en voir la progression, même lors des simples premiers dessins et du choix d'alliage de métaux.

« Je n'y connais absolument rien » avoua-t-elle piteusement, les joues rougies et la base de ses cheveux humidifiée sous l'effet de la chaleur deux fours, alors que le forgeron et sa fille ne semblaient pas en être atteints.

« Ne t'inquiète pas, père se charge de tout » la rassura Gwen avec un sourire plein de tendresse.

« Je n'ai pas oublié que nous te devons beaucoup Merlin » fit le père avec la même expression bienveillante, qui devait probablement être de famille. « Je te promets de m'appliquer. »

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La première fois qu'ils firent chauffer les métaux, Morris les avait rejoints, curieux. Au grand dam de Merlin, il n'avait pu s'empêcher de la taquiner lui aussi sur son idée. Même s'il n'y entendait pas malice, la jeune femme en avait tout de même eu les oreilles rouges.

''Allez reprends-toi, il n'y a pas de raison d'être gênée comme ça…''

Elle rendit à l'écuyer la monnaie de sa pièce quand celui-ci regarda Tom travailler avec des yeux et une bouche dignes d'un poisson fraîchement pêché, écarquillés par la fascination. Elle lui chuchota à l'oreille : « tu sais, tu devrais apprendre à forger. Je suis sûr que cela impressionnerait Gwen que tu crées de plus belles armes que son père… »

Elle ne put que ricaner quand il lui fourragea son coude dans le flanc, indigné et rose, alors que leur amie les regardait sans comprendre ce qui se passait.

« Je suis supposé les manier, pas les forger… » se défendit-il en bougonnant.

« A ce propos, tu as perfectionné ton lancer de couteau ? » renchérit Merlin avec un sourire jusqu'aux oreilles.

« Autant que toi avec la marche sur les genoux, » rétorqua l'écuyer.

Ils se dévisagèrent très sérieusement un instant avant de glousser puis rire franchement.

« Ah les garçons… » soupira Gwen en levant les yeux au ciel, mais sans arriver à cacher son amusement, que Tom partageait en silence, concentré sur la matière qu'il modelait peu à peu de ses mains habiles et rodées par de longues années d'expérience qu'il était bien décidé à mettre à profit.


L'épée fut terminée le matin même de l'anniversaire d'Arthur et, bien que simple en apparence –Merlin ne roulait pas sur l'or et n'avait pas voulu abuser de la générosité de ses amis-, elle était indéniablement un chef-d'œuvre dont Tom pouvait être fier. La magicienne en avait des étoiles dans les yeux et quand elle déposa l'épée enveloppée d'un épais tissu dans l'un des meubles de la chambre du prince en attendant le moment opportun, ce fut avec un petit sourire satisfait qui ne la quitta pas pendant longtemps.

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« Vous devez être impatient d'être ce soir » fit-elle en direction du paravent derrière lequel se trouvait le bain. Arthur en sortit, pieds nus, le pantalon et la chemise passés à la va-vite et collant légèrement à sa peau, humidifiée par les restants de vapeur. Il avait une serviette dans les mains, qu'il frottait vivement sur sa tignasse.

« Impatient est un bien grand mot » répondit-il en s'arrêtant à la hauteur de Merlin. Sa bonne humeur contredisait le manque d'enthousiasme de ses paroles. La jeune femme le fit s'asseoir sur une chaise et se plaça derrière lui.

« Oh allez, avouez-le, vous avez hâte que tous les regards soient braqués sur vous. » Elle lui prit la serviette des mains pour prendre le relais. Il laissa ses bras retomber sur ses cuisses sans protester.

« N'est-ce pas déjà le cas en temps normal ? » Son ton laissa deviner un petit sourire charmeur.

Merlin cessa de frotter et tâta la tête blonde avec sérieux. « C'est étrange. »

« Quoi ? »

« Votre tête est plus grosse que d'habitude. » Puis elle reprit le séchage avec plus d'énergie.

Arthur rit sous la serviette. « Excuse-moi si je n'ai pas encore foi en tes diagnostiques, Merlin. »

Un peigne en corne remplaça l'étoffe dans la main de la servante, qui attaqua les quelques nœuds avec un peu trop d'entrain. Le prince singea des petits sifflements de douleur, mais Merlin savait bien que ce n'était que de la comédie. « Pourtant, j'ai déjà pu dresser un bilan relativement complet de votre état, sire. »

« Ah bon ? Je t'écoute » fit-il alors qu'elle passait une main sous son menton fraîchement rasé pour l'occasion, qu'elle releva pour mieux voir son front et, par la même occasion, ses yeux. Elle peigna les courtes mèches antérieures avec un peu plus de délicatesse pour éviter de l'éborgner.

« Hum… » Elle fit mine de réfléchir ardemment. « Tout d'abord, vous ronflez. Fort. Je parie que c'est dû à un problème respiratoire. »

« Vraiment ? » Il joua le jeu en faisant semblant de la croire.

« Vous transpirez trop, ce n'est pas normal que je doive changer vos draps et laver vos vêtements aussi souvent. »

Le jeune homme sourit. « Bien tenté. Je ne vais pas diminuer ta corvée de linge pour autant. »

« Vous souffrez d'un grave syndrome, qui vous rend irrémédiablement crétin, » continua-t-elle, sans arriver à retenir un sourire où pointait une ombre de tendresse.

« J'ai l'impression d'avoir déjà entendu ça quelque part… »

« Il n'y a pas encore de traitement, mais ne désespérez pas, altesse, je vouerai mon existence à la recherche du remède. »

Arthur releva un peu plus la tête dans la paume de la jeune femme pour croiser son regard et le maintenir.

« Je suppose que je dois me considérer comme sauvé, alors » fit-il avec un rien de taquinerie adoucie. Son sourire en coin permanant découvrait ses dents qu'il avait légèrement de travers, petit détail qui rendait sa beauté plus réaliste.

Car oui, Arthur était beau. Surtout ainsi, les yeux brillants, les cheveux encore partiellement indisciplinés et les vêtements en désordre, révélant sa gorge tendue et la naissance de son torse. Son menton était agréablement chaud dans sa main.

Merlin reprit la respiration qu'elle avait retenue inconsciemment.

« Et aussi, » termina-t-elle en lui ramenant la tête en position normale, brisant par la même le contact, « vous vous êtes… comment dire… » Elle alla chercher les restes de sa tenue : son gambison, sa cotte de mailles spécialement nettoyée pour l'occasion et une nouvelle tunique écarlate brodée d'un dragon d'or. « Ça ne va pas vous plaire… »

Il haussa un sourcil, à présent debout. « Vas-y. »

« Ramolli, » dit-elle en déposant le tas sur le dossier de la chaise, à portée de main.

Il haussa un deuxième sourcil.

« Les saucisses ont été trop tendres avec vous, je crois que je vais devoir vous rationner. D'ailleurs je propose de commencer votre diète ce soir, » continua Merlin en resserrant les laçages de sa tenue avec des doigts à présent habiles. Pour souligner ses propos –infondés, elle le savait-, elle appuya rapidement du bout de l'index sur le ventre du prince qui cilla à peine, comme pour jauger une bedaine ici inexistante.

« A mon tour de faire un diagnostique, » rétorqua le prince avec un grand sourire un peu forcé, « je suis convaincu que tu ferais bien de faire vérifier ta vue. »

« Ce n'est pas un diagnostique, c'est une demande d'examen complémentaire ! »

« Si tu le dis, il n'empêche que j'ai raison et que tu as tort. »

« Très bien. Dans ce cas je suppose que mon présent vous sera inutile, vu qu'il était censé vous aider à remédier à ce fâcheux détail… »

Silence.

Quand Merlin releva la tête, elle put voir qu'Arthur était sincèrement surpris, la bouche entrouverte.

« Un présent ? » répéta-t-il.

La jeune femme n'ajouta rien et acheva sa tâche à la place.

Il restait dubitatif. « Toi, Merlin, tu as un présent. Pour moi. »

« Oui. »

« … ah. »

Sans raison, Merlin sentit ses joues chauffer alors qu'elle terminait rapidement de l'habiller et de le chausser en silence. Puis elle alla sortir le paquetage de sa modeste cachette et le tendit timidement à Arthur, dont les sourcils se haussèrent un peu plus quand il vit la forme familière que l'emballage sommaire n'arrivait pas à dissimuler. Il ouvrit tout de même ses paumes pour recevoir le cadeau. Il en jaugea l'équilibre et le poids en inclinant à peine les poignets, puis ôta le tissu d'une main après que l'autre eut saisi la garde.

Les yeux toujours fixés sur la lame qui capta un fin rayon de lumière sur son fil, il recula puis la fit fendre l'air sans prévenir, dans un enchaînement que Merlin le voyait souvent faire pour s'échauffer avant de commencer un entraînement, et qui donna l'impression de faire siffler, ou plutôt murmurer, l'arme.

Quand il la déposa sur la table, ce fut avec des gestes emprunts d'une sorte de respect.

« C'est… » Quelque chose brillait dans ses yeux et tremblotait dans sa voix, et tout à coup il parut beaucoup plus jeune que ses vingt ans. Il déglutit pour reprendre contenance. « J'apprécie cette attention, Merlin. »

La jeune femme lui sourit tout naturellement.

« Maintenant, ramenez votre vieux postérieur royal au banquet, ou vous allez être en retard. »

Ce n'était pas vrai, mais le dire sur le ton de la plaisanterie l'aida à chasser cette étrange atmosphère qui la rendait comme douce, à l'intérieur, et à laquelle elle n'était pas encore tout à fait habituée.

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Mais cette sensation revint bien assez vite, quand plus tard dans la soirée, Arthur s'agenouilla devant le roi, son père mais aussi le représentant de tout le royaume. Tous les yeux étaient rivés sur eux, et la magicienne ne faisait pas exception à la règle, postée entre Gwen et Morris qui étaient eux aussi obnubilés par ce qui se passait sous leurs nez.

Uther brisa le silence.

« Jures-tu solennellement, devant toute âme ici présente, de gouverner ce royaume, son peuple et son territoire, ainsi que de respecter et faire respecter les lois qui te précèdent ? »

« Je le jure, sire » fit Arthur d'une voix claire et forte.

« Promets-tu de rendre justice, d'être ferme et compatissant, droit et miséricordieux, dans tes actes comme tes jugements ? »

« Je le promets, sire. »

« Et fais-tu serment d'allégeance à Camelot, maintenant, et ce jusqu'à ton dernier souffle ? »

Arthur mit sa main droite sur sa poitrine, là où son cœur se trouvait, et dit sans une seule lueur d'hésitation, « moi, Arthur Pendragon, m'engage à me consacrer corps et âme au service et à la protection de Camelot, de son peuple et de son roi, aujourd'hui et jusqu'à ma mort. »

Rien qu'un instant, les mots du dragon résonnèrent dans l'esprit de Merlin. Mais Arthur n'était pas encore roi, pas encore…

Le roi actuel, lui, saisit la couronne d'or, beaucoup plus simple que la sienne, posée à ses côtés sur un coussin, tout en continuant d'un ton autoritaire de rigueur, mais qui laissait transparaître ce qui ressemblait à de la fierté, « Tu as juré devant nous tous ici présents, nous qui sommes témoins de ce qui suit. Te voici aujourd'hui un homme, mon fils. » La couronne resta suspendue en l'air un instant, au-dessus de la tête d'Arthur. « Par ton droit de naissance, je te proclame ainsi Prince héritier de Camelot. » Quand le cercle lourd de symbole lui ceignit enfin le front, toute l'assistance sembla reprendre vie, elle qui s'était plongée dans un silence religieux, et les applaudissements retentirent avant même que le prince se soit complètement relevé.

Merlin pouvait sentir que les muscles de ses joues se fatiguaient de sourire avec autant d'insistance, et apparemment elle ne fut pas la seule à en prendre conscience car elle sentit deux regards peser sur elle alors qu'Arthur souriait à la foule.

« Quoi ? » fit-elle à ses amis.

« Tu peux l'avouer » commença Gwen.

« Ça crève les yeux » renchérit Morris.

« Je ne vois pas du tout de quoi vous parlez. »

« Dis-le, que tu es fier de lui. Moi je le serais à ta place… enfin, ça ne veut pas dire que je ne suis pas fière de lui maintenant euh, tu vois quoi. »

« Et tu peux être fier de toi d'avoir tenu si longtemps à son service alors que personne n'avait fait long feu… je sais de quoi je parle… ça fait quoi d'être le valet du Prince héritier ? »

Merlin soupira mais sans perdre nullement sa bonne humeur.

« C'est pareil, sauf qu'il aura encore plus dur à rentrer dans ses bottes, vu comment ses chevilles auront enflé. »

« Tu te plains, mais je suis sûre que ça ne te dérange pas » fit Gwen avec son doux sourire habituel.

Merlin allait rétorquer quand un tonnerre de tous les diables retentit lorsque le vitrail situé à l'autre bout de la pièce éclata en mille morceaux colorés pour laisser passer une imposante silhouette sombre, en même temps que la foule poussait une exclamation d'effroi commune et que toute arme se voyait tirée de son fourreau. Ladite silhouette se révélant être un chevalier juché sur sa monture, tous deux entièrement noirs et bardés de plaques de métal qui avaient perdu leur éclat, lézardées de toutes parts, séquelles de nombreux coups violents. Qu'il ait survécu au tiers d'entre eux était un miracle. Le visage de l'homme était complètement camouflé par son heaume, rendant toute expression indéchiffrable alors qu'il s'avançait entre les tables lourdement chargées, les fers claquant à chaque pas jusqu'à ce qu'il se tienne à peine quelques mètres devant le roi, le prince et les chevaliers qui les avaient rejoints sur l'instant.

Merlin ne quitta pas l'intrus des yeux un seul instant, le souffle court. Sa magie sifflait dans ses tempes.

Sans crier gare ni même une explication, le chevalier noir ôta son gantelet et le jeta aux pieds des hommes en armes qui s'échangèrent un bref regard alors qu'un murmure de stupéfaction parcourait la foule. Cet étranger venait d'ouvertement lancer un défi sans plus de cérémonie. Pourquoi ?

Merlin grimaça quand elle vit Arthur rengainer, prêt à le ramasser, quand un jeune chevalier le prit de vitesse à sa surprise visible.

« Moi, » fit-il en s'avançant, déterminé, « chevalier Owaine, relève votre défi. »

Ce fut comme si l'homme venait de remarquer son existence. Seulement alors tous purent entendre sa voix gronder, unique bruit quand tous semblaient retenir leur souffle, « combat singulier, demain. A mort. »


Alors qu'elle et Gaius progressaient dans les passages sombres que leur torche illuminait tant bien que mal, Merlin frissonna. Elle n'aurait pu dire si c'était à cause de l'air particulièrement frais qui les enveloppait, ou bien parce que le dénouement macabre du combat se répétait sans cesse dans sa tête.

Elle avait vu Owaine porter un coup au chevalier noir, un coup qui aurait dû le blesser grièvement. Et pourtant, l'homme avait balayé le geste comme un fétu de paille, et avait tué le jeune noble avec autant de facilité, profitant de son désarroi pour l'envoyer à trépas en quelques coups. Il avait ensuite renouvelé son défi comme si de rien n'était, et Merlin avait pu voir la furie qui transparaissait sur le visage d'Arthur alors que sire Pellinore le devançait, acceptant exactement les mêmes conditions avec bravoure, et peut-être un brin de folie.

Car il était évident que quelque chose leur échappait à propos de cet homme…

« Pourquoi est-ce obligatoire de faire des cryptes un endroit excessivement lugubre ? » souffla la jeune femme en continuant à s'avancer.

« Je suis curieux de savoir pourquoi tu estimes qu'il vaut mieux en faire un lieu propice à, par exemple, la fête ? » répliqua Gaius.

« Oh vous savez comme ça… après tout, ils passeront leur éternité ici, autant rendre l'endroit plus joyeux. »

« Je doute fort qu'ils s'en soucient une fois refroidis… »

A ce rythme-là, c'était eux qui allaient attraper une pneumonie. Merlin rapprocha un peu la torche d'elle pour en tirer de la chaleur.

« Que cherchons-nous exactement ? » demanda-t-elle quand ils arrivèrent enfin dans la première salle. Le plafond, creusé à même la pierre, n'était pas très haut mais n'empêchait pas pour autant les déplacements. Cette hauteur était compensée par l'étendue des lieux : on pouvait deviner plusieurs salles similaires en enfilade. Toutes occupées par des gisants parmi lesquelles le médecin et son apprentie déambulaient. Gaius était visiblement à la recherche de quelque chose en particulier.

Bien vite, il s'arrêta devant une tombe éventrée. « Ça. »

Merlin en resta un instant sans voix. « …Gaius, vous pouvez m'expliquer ? »

« Je pense que si le coup porté au chevalier noir ne l'a pas tué… c'est parce qu'il est déjà mort. »

La magicienne tendit le bras pour éclairer les flancs de marbre sur lesquels elle put lire le nom du défunt, ses dates de naissance et mort, et d'autres précisions qu'elle ne survola pas.

« Tristan de Bois ? Est-ce que ça vous dit quelque chose ? »

Le visage de Gaius était grave, les yeux dans le vague, comme en proie à de vieux souvenirs délibérément enfouis.

« Malheureusement oui… Il s'agit du frère d'Ygerne, la mère d'Arthur. »

« Que lui est-il arrivé ? » demanda-t-elle d'une petite voix. Sur l'instant, elle avait pensé à la mère et non à l'oncle, mais Gaius crût qu'elle parlait de ce dernier.

« Uther l'a tué. Tristan le tenait pour responsable de la mort d'Ygerne, qu'il aimait tendrement. J'étais là, quand il a succombé à ses blessures, et jusqu'au bout il n'a cessé de maudire son beau-frère… »

Etrangement, l'esprit de Merlin ne se soucia plus sur l'instant du chevalier revenu d'entre les morts, mais plutôt du secret qu'elle devinait, comme une ombre omniprésente mais qui savait se faire discrète. Comme si elle sentait qu'elle venait d'apercevoir quelque chose de très important.

« Pourquoi ? Pourquoi l'accuse-t-il de sa mort ? » fit-elle d'une voix blanche.

Ils se regardèrent sans bruit pendant un instant, et à ce moment, Merlin remarqua à quel point Gaius était vieux, ces mêmes souvenirs dissimulés au coin de sa bouche ridée ou encore sur ses épaules qui tenaient bon contre le temps, mais ne pouvaient s'empêcher de s'incliner devant lui.

« Ygerne est morte en donnant naissance à Arthur. »

Il avait eu de l'affection pour cette femme. Elle pouvait le voir, car il restait imperturbable. Elle pouvait l'entendre, car sa voix ne flanchait pas. Parce qu'avec les années, les larmes n'avaient rien rendu. Il se tenait comme un homme qui avait appris à vivre avec ses blessures, à les ignorer. Parce qu'après tant de temps passé, rien n'avait changé. Alors au lieu de fléchir la nuque sous la douleur et s'étouffer, il restait droit.

Il restait aussi droit qu'Uther sur son trône, raide, un pilier plus qu'un homme. Un roi.

Lui, avait-il jamais pleuré sa femme ?

Remarquait-il parfois son absence à ses côtés ?

Lui arrivait-il de penser à elle, quand il regardait son fils et y percevait un trait familier, si tant est qu'Arthur ressemblât à sa mère ?

Arthur. Arthur ne l'avait jamais connue.

« Les morts ne reviennent pas » murmura-t-elle, une douleur floue dans la poitrine.

Gaius restait inconscient de tout ce qui venait de traverser l'esprit de la jeune fille. Tous deux parlèrent lentement, lourdement.

« Non. »

« Mais peut-on les y forcer ? »

« Je le crains. »

« Par magie ? »

« Oui, une magie très puissante. »

Merlin jeta un bref regard aux tombes voisines. Elle avait la chair de poule.

« Mais pourquoi ? Pourquoi se comporte-t-il ainsi ? Et quand cela finira-t-il ? »

« …je crois que tout tourne autour d'une même chose : la vengeance. »

''Tuer Uther.''

Il leur suffit d'un regard pour savoir qu'ils s'étaient compris.

Après un silence, Gaius s'agita. « Nous ferions mieux de remonter. »

Puis, voyant que Merlin ne le suivait pas après quelques pas, « tu viens ? »

« Je veux la voir. »

Le vieil homme resta de marbre.

« La mère d'Arthur, je veux la voir. Ygerne. » Elle lui tendit la torche pour qu'il puisse sortir sans aide.

« Merlin… »

« Ne m'attendez pas. Je ne serai pas longue. »

Gaius soupira, mais se mit en marche, après lui avoir indiqué vaguement une direction du doigt. Elle pouvait presque l'entendre dire, ''n'en parle à personne''.

Alors qu'il s'éloignait, la crypte devint de plus en plus sombre. Quand elle n'y vit presque plus rien, Merlin murmura quelques mots et une sphère apparut dans ses mains, répandant une douce lumière bleutée, suspendue dans l'air. Elle resta à sa hauteur quand Merlin s'approcha, ses yeux passant d'une tombe à l'autre pour en lire les noms.

Jusqu'à ce qu'elle arrive devant une un peu plus imposante, aux gravures dorées, et taillée dans un marbre dépourvu de toute imperfection. Le gisant était sculpté de telle manière que l'on avait du mal à croire qu'il était fait de pierre, que l'on avait dû amputer à coups de burin. La douceur du travail, son aspect totalement lisse, rappela à Merlin les métaux fondus.

Elle avait envie de toucher la pierre, mais se retint par respect.

Puis son regard s'arrêta sur le visage représentant Ygerne Pendragon, née de Bois.

Elle semblait si jeune. Elle avait dû être âgée d'à peine quelques années de plus que Merlin quand elle était morte.

La magicienne lit les dates inscrites. Elle avait eu vingt et un ans, il y a tout juste vingt ans.

Et elle était belle. Tout du moins, son image l'était. Elle avait beau être figée, une sorte de douceur émanait de ses traits, et vous faisait regretter de ne pas voir son visage en chair et en os. Un visage fait pour sourire, que l'on pourrait appeler ''mère'' sans peine…

Elle pouvait voir qu'il s'agissait de la mère d'Arthur. Elle le devinait dans la ligne quasi parfaite des pommettes, dans la bouche qui semblait être dessinée pour faire la moue. La dernière représentation d'Ygerne avait les yeux irrémédiablement clos, mais Merlin aurait parié qu'elle aurait aussi pu y reconnaître son prince, car il n'avait pas les yeux de son père.

La jeune femme se sentit tout à coup imbibée de tristesse. Avec en tête l'inévitable question, ''et si ?''

Elle s'était déjà interrogée auparavant sur l'absence d'une reine, mais avant tout d'une mère. Arthur, comme Uther et tout autre habitant de la ville, ne parlait jamais d'Ygerne Pendragon. Elle était comme un secret bien gardé, tellement qu'il en était presque oublié. Et elle n'était pas la première femme à mourir en donnant la vie, loin de là. Nombres d'entre elles, quel que soit leur statut, ne survivaient pas à cette épreuve, et l'idée même de la grossesse s'accompagnait toujours d'une ombre omniprésente, une peur stagnante. Et si la mère survivait, encore fallait-il que ce soit le cas de l'enfant. Les premières années étaient les plus cruelles, fauchant de nouvelles vies en ne laissant derrière elles que chagrin et incompréhension.

Chacun avait conscience de tout cela, de cette inévitabilité. Merlin aussi, même durant sa vie campagnarde relativement isolée, et d'autant plus maintenant qu'elle accompagnait Gaius lorsqu'il descendait en ville ou restait parmi les nobles, quand les sages-femmes étaient trop occupées. Elle l'avait vu emmailloter un bébé mort-né, un premier enfant. Elle était là quand une femme d'un âge plus critique, les coins des yeux plissés par l'anxiété en plus des années, était venue se plaindre d'horribles maux de ventre, qui s'avérèrent être une fausse couche. Et plus d'une fois elle avait vu Gaius rentrer avec des yeux vides mais qui en disaient long, ou entendu dans les couloirs, « la pauvre, elle n'y a pas survécu… ».

Mais la royauté semblait tellement au-dessus des lois, intouchable, sacralisée, que le choc n'en était que plus dur, et emprunt d'un lourd symbolisme qui rendait à chacun son humilité, ne fut-ce qu'un instant.

Elle, que ferait-elle s'il lui arrivait quelque chose de semblable ? Si elle perdait un enfant ? Si son enfant perdait sa mère ?

Pendant de longues minutes, Merlin laissa son esprit faire le vide dans un profond silence, presque aussi immobile que les morts autour d'elle. Puis elle murmura, comme un secret.

« Je veillerai sur Arthur, je le promets. »


« Non ! » cria Merlin quand le prince lança son propre gantelet aux pieds du chevalier noir, alors que Pellinore venait à peine de rendre son dernier souffle. Son cri fut noyé dans le brouhaha de la foule, elle aussi profondément choquée par la tournure des évènements. Les chevaliers de Camelot étaient respectés, et réputés pour leur adresse au combat… Et pourtant ce lugubre étranger venait d'en tuer deux, lui-même indifférents à leurs coups… maintenant il allait affronter le prince, le seul héritier.

Il était bien connu qu'Arthur était considéré comme l'un des meilleurs, ou plutôt le meilleur combattant du royaume. Si quelqu'un pouvait vaincre le chevalier noir, il s'agissait bien de lui… Mais quelque chose chez cet homme plus que mystérieux glaçait les sangs de tous, Merlin le remarquait à la manière dont ils le regardaient et s'écartaient sur son passage, échangeant des messes basses appuyées de regards furtifs.

La jeune femme savait que leurs craintes étaient fondées… la situation était dramatique. Il fallait employer les moyens à sa mesure. Un en particulier.

.

Chaque pas augmentait un peu plus l'anxiété de Merlin, mais elle était déterminée. Une sorte de légère constriction avait élu domicile dans sa gorge, elle essaya de la dissiper en déglutissant nerveusement plusieurs fois, sans succès.

Elle n'aimait pas ce qu'elle allait devoir faire.

La seule et unique fois où elle avait utilisé le sort qu'elle avait en tête en ce moment était un jour qu'elle préférait oublier. La facilité avec laquelle le mot lui avait échappé des lèvres, la puissance fluide de sa magie, comme un torrent… qui avait éradiqué Aulfric et Sophia en un souffle.

Mais il fallait qu'elle le fasse.

Elle le trouva en train d'attendre sur le terrain d'entraînement juste à côté de l'arène, immobile, les yeux rivés vers le château, la hampe d'un étendard défraîchi dans la main.

Il n'y avait pas âme qui vive dans les environs. Merlin avait l'impression que ses seuls pas faisaient un bruit de tous les diables, alors qu'ils ne rivalisaient qu'à peine avec les battements de son cœur.

''Swilteaþ'' dit-elle d'une voix à peine tremblante.

Ce fut comme sa magie brassait de l'air. Le spectre ne bougea pas d'un pouce.

Merlin se mordit la lèvre devant cette défaite mais ne s'avua pas vaincue. Son attention focalisée sur sa cible, elle tendit sa magie vers elle pour le sonder, à la recherche d'une brèche, d'un indice sur un quelconque point faible. A mesure qu'elle s'en rapprochait, un sifflement parvint à ses oreilles, et quand elle commença à s'enrouler autour de lui, ce fut comme si une brise glacée était venue l'envelopper elle, comme une tombe.

Le chevalier tourna la tête vers elle lentement, le visage toujours dissimulé par son éternel heaume lacéré. Merlin dut s'empêcher de prendre ses jambes à son cou.

« Je sais que vous êtes fou furieux, Tristan, » murmura-t-elle. Elle cherchait ce qu'il pouvait rester de l'homme dans le spectre. « Mais Arthur… il est le fils de votre sœur ! »

Elle n'eut qu'un lourd et funeste silence comme réponse. Il ne lui restait plus rien d'humain.

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Quand Merlin entra dans la chambre d'Arthur peu après, celui-ci était occupé à perfectionner quelques parades contre un adversaire invisible. Rien dans ses gestes fluides ne laissait traduire de l'anxiété, mais la jeune femme le connaissait assez bien pour sentir qu'il avait l'esprit préoccupé. Il suspendit son geste quand il la vit arriver.

« Je t'avais autorisé à disposer, il me semble » fit-il d'une voix plate.

« Je… venais voir si tout allait bien. »

« Parfaitement bien. Ce qui est plus étrange est ton comportement. D'abord tu m'offres une épée » il regarda ladite arme qu'il tenait dans sa main, « et ensuite tu te soucies de mon confort. »

« Je m'inquiète » avoua Merlin dans un souffle.

Arthur haussa un sourcil. La servante reprit avant qu'il ait l'occasion d'ajouter quelque chose. « Il faut que vous renonciez au combat de demain. »

Le visage du jeune homme devint brusquement beaucoup plus tendu. « Pourquoi ? »

« Parce qu'il va vous tuer ! » répondit-elle avec une voix un peu trop aigue.

Une lueur d'hésitation passa sur le visage du jeune homme. Lui aussi avait remarqué que son adversaire restait indifférent à tout coup mortel. Son silence le prouva.

« Renoncez » supplia Merlin.

« Je dois l'affronter, c'est mon devoir. Je ne suis pas un lâche. »

« Je le sais bien ! Mais il y a bien plus en jeu, vous êtes le prince ! Et je- » La jeune femme se tut, sur le point d'en dire trop, sur le point d'avouer qu'elle ne voulait pas qu'il lui arrive quelque chose. Elle se mordit l'intérieur des joues, désespérée de ne pouvoir faire quelque chose. Et elle savait qu'Arthur ne renoncerait jamais.

Le jeune homme leva les yeux du point vague qu'il fixait devant lui pour les rediriger vers la magicienne. « Morgane vient de me dire exactement la même chose… Toi aussi, tu ne me crois pas capable de le vaincre ? »

« Il ne s'agit pas de vos capacités, elles ne sont plus à prouver… c'est cet homme ! Vous savez comme moi qu'il n'est pas normal ! »

« Personne n'est invincible. »

« Arthur je vous en prie il faut que vous abandonniez- »

« Ça suffit ! » tonna-t-il, à bout de nerfs. Merlin resta coi sur l'instant devant son accès de colère. Elle cligna des yeux pour en chasser la sensation de picotement. Tous deux restèrent silencieux pendant quelques minutes, Arthur déambulant lentement dans la pièce, l'épée que lui avait offerte Merlin toujours en main alors qu'elle restait debout, les yeux rivés sur le sol, cherchant désespérément une solution qui ne venait pas, ne lui laissant qu'un esprit vide. Le silence lui pesait sur la poitrine.

Elle ne pouvait rien faire, Arthur allait affronter le spectre. Il lui restait quelques heures pour trouver un sort suffisamment puissant pour le renvoyer outre-tombe. Elle le trouverait, et elle y mettrait toute sa magie si nécessaire. Peu importe que toute la ville la voie. Il fallait qu'elle le fasse, et étrangement, cela ne la dérangea pas plus que ça. Elle ferait ce qu'elle avait toujours fait : protéger Arthur, même une dernière fois, même si cela équivaudrait à signer son arrêt de mort.

Elle sourit tristement avant de se diriger vers le jeune homme, posté près de la fenêtre, les traits tirés. Elle put sentir les tensions dans ses épaules quand elle pausa ses paumes dessus avec douceur, le faisant se retourner. Ses mains descendirent le long de ses bras seulement vêtus de sa chemise rouge, leur préférée à tous deux, même s'ils ne l'avaient jamais dit à voix haute.

Il y avait tant d'autres choses qu'elle ne lui avait pas encore dites. Merlin aurait voulu avoir plus de temps, mais il leur était compté. Elle aurait voulu passer plus de temps avec cet idiot de prince, cette tête de mule rustre et insupportable qui s'était fait petit à petit une place dans son cœur, pour atteindre une importance qui aurait presque fait peur à Merlin. Presque.

Elle savait que tout cela devait transparaître dans ses yeux, car elle put lire l'interrogation dans ceux du jeune homme, qui n'avait pas repoussé son contact.

Merlin avait l'impression d'avoir son estomac dans la gorge quand elle lui dit avec douceur, « quoi qu'il arrive demain, vous aurez besoin de toutes vos forces. S'il vous plait, essayez au moins de dormir un peu. »

Il réfléchit sans la quitter du regard, puis acquiesça silencieusement, ce qui donna la permission à Merlin de lui prendre l'épée des mains pour la déposer sur la table avec des gestes prudents. Elle avait mal au ventre, parce que son cœur battait trop fort.

Ils ne dirent rien quand Merlin l'aida à se déshabiller, puis à se mettre au lit, avant de saisir l'épée pour se diriger vers la porte. Le silence suffisait, car ni elle ni lui n'osèrent ouvrir la bouche pour prononcer les mots qui leur pesaient. Et quand Gaius entra alors qu'elle allait sortir, il haussa un sourcil en voyant le visage de sa protégée, mais la laissa passer en respectant son mutisme. Elle ne vit pas qu'il tenait une potion en main.

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Merlin avait sorti tous ses livres de magie de leurs cachettes et les avait disposés sur son lit et sa table de chevet, formant une pile à l'équilibre précaire sur cette dernière. Elle feuilletait chaque page le plus vite possible, se laissant à peine le temps d'en survoler le contenu.

L'épée qu'elle avait offerte à Arthur reposait à l'autre bout du lit, elle n'avait pas encore eu le temps de la ranger à l'armurerie. Archimède se déplaçait autour d'elle, sentant son agitation. Ses sifflotements étaient aussi agacés que agaçants.

« Archimède, arrête, s'il te plaît… » marmonna Merlin sans lever son regard des grimoires.

Elle ne trouvait rien. Ses yeux passaient sur des sorts, des potions, des rituels… tous plus intéressants les uns que les autres, mais aucun ne parlait de créatures revenues à la vie. C'était désespérant.

Du coin de l'œil, Merlin eut à peine le temps de voir Archimède qui semblait donner l'impression de pousser contre la pile de livres que celle-ci s'effondra avec fracas, faisant sursauter la jeune femme et s'envoler la chouette qui se posa sur son perchoir fétiche, les yeux brillants.

« Fais un peu attention ! Tu aurais pu te blesser ! »

Elle soupira en ramassant les volumes tombés. L'un d'entre eux s'était ouvert, reliure vers le haut. Quand Merlin le retourna, elle rata une inspiration. Elle se pencha pour mieux lire.

Sous ses yeux, les mots manuscrits parlaient d'armes de légende, capables de défaire des créatures terrifiantes. Elle découvrit ainsi un moyen plus simple de combattre un griffon, et son regard passa rapidement sur la méthode de fabrication, longue et difficile, d'un fourreau qui protégeait son détenteur de toute blessure mortelle, empêchant son sang de s'écouler des plaies.

Et puis elle lut, ébahie de sa chance, comment rendre la plus vulgaire épée capable de tout pourfendre, êtres comme matériaux, vivants… comme morts.

Merlin en lâcha quelques larmes de soulagement, et se leva pour aller tendre ses bras vers la chouette qui se glissa dans ses mains. Elle la serra avec douceur contre sa poitrine, le nez dans ses plumes et en baragouinant des remerciements incompréhensibles qui faisaient hululer affectueusement l'oiseau. Ce fut presque à contre cœur qu'elle relâcha Archimède pour sortir en trombe de sa chambre, l'épée d'Arthur dans une main.

.

« J'ai besoin de votre aide. »

Le dragon lui donna l'impression de sourire. « Comme à chaque fois que tu viens me voir… Que puis-je faire cette fois ? »

« Vous n'êtes pas au courant ? » demanda Merlin surprise.

« Ma connaissance de ta vie n'est pas universelle, jeune magicienne. »

Ces mots résonnèrent un instant dans sa tête, comme s'ils avaient une importance qui lui échappait pour le moment. Elle présenta l'épée à la bête.

« Il faut que vous m'aidiez à rendre cette épée capable de tout détruire, même ce qui est déjà mort. »

Un très court silence survint. « Les morts ne reviennent pas sans raison. »

« Celui-ci veut tuer Uther, mais Arthur s'est interposé… si vous ne m'aidez pas, il sera très probablement tué ! »

« Il existe un autre moyen. »

Merlin le regarda avec de grands yeux interrogateurs.

« Si le spectre accomplit ce pourquoi il est revenu d'entre les morts, « continua le dragon, « alors il repartira de lui-même une fois sa tâche faite. »

« Impossible, c'est Arthur qui va l'affronter ! Il faut que vous le sauviez ! »

« Il s'agit de ton destin, et non du mien. »

Merlin resta interdite un court instant. « Je… je ne sais rien faire d'autre, je ne suis pas encore assez puissante… Vous parlez de destin, mais cela n'aura plus aucun sens si Arthur meurt demain. »

Elle le supplia du regard. Les yeux du dragon avaient une teinte dorée en profondeur. Mais elle rappelait plus un métal très ancien que l'intense flamboiement que prenaient ceux de la jeune femme lorsqu'elle utilisait sa magie.

« Une arme forgée avec mon aide sera dotée d'un immense pouvoir. »

« Je sais. » C'est pour cela qu'elle était là.

« Non Merlin, tu ne sais pas. Tu peux à peine deviner. Tu n'as pas conscience de ce que cela implique, de l'étendue des possibilités qui s'ouvrent à quiconque la tiendra dans sa main. Tu n'as pas vu ce que j'ai vu, car si tu l'avais vu, tu ne me demanderais pas une telle chose. »

Elle eut envie de demander pourquoi. Qu'avait-il vu au cours de sa longue existence ? Et d'ailleurs, quel âge avait-il ? L'idée avait de quoi donner le tournis, mais elle n'avait pas le temps.

« Je prends le risque » souffla-t-elle.

Sur ce, l'épée s'éleva dans les airs pour rester suspendue dans le vide qui séparait la jeune femme de la créature de légende.

« Ecoute-moi attentivement, jeune magicienne. En de mauvaises mains, cette épée pourrait causer de véritables désastres. »

« Je comprends. »

« Tu dois faire plus que cela. Tu dois jurer. »

Elle n'hésita pas un seul instant. « Je le jure. »

Alors le dragon ouvrit sa gueule pour embraser l'épée. Merlin sentit la chaleur des flammes, arrêtées à quelques pas d'elle. Mais il n'y avait pas que du feu qui enlaçait l'arme, elle pouvait le sentir, il y avait dans le souffle de la bête une magie dont la puissance égalait l'ancienneté, une magie qui titilla la sienne.

Quand les flammes se dissipèrent, l'épée n'avait pas bougé, mais elle brillait d'un discret éclat irréel. Son pommeau et sa garde était rehaussés de ce qui aurait passé pour de l'or aux yeux d'un non-adepte de la magie, et le même matériau incrustait la lame, sur les deux faces. Y étaient gravées des runes.

Merlin tendit la main pour la saisir et sentit une douce chaleur se répandre dans sa main quand un murmure magique s'échappa de l'arme. Elle sentait le pouvoir qui y était concentré, sublimé, et la fascina en même temps, et un peu plus, qu'il l'effraya. Sa propre magie se tendait vers l'arme avec envie et, étrangement, une sorte d'affection.

« N'oublie pas » termina le dragon, « qu'Excalibur est destinée à Arthur. A lui seul. »

« A lui seul, » répéta Merlin dans un murmure.


La lumière franche du matin perçait dans l'armurerie alors que Merlin y rassemblait les affaires d'Arthur, choisissant le meilleur parmi les multiples cottes de mailles, cubitières, épaulières, passe-gardes,… Elle n'était pas experte, mais avec le temps elle en avait appris suffisamment pour pouvoir constituer une protection efficace.

Elle ne voulait pas prendre de risque, même si Arthur aurait Excalibur. Cela restait un combat entre deux chevaliers aguerris, tout pouvait arriver.

Merlin contemplait l'épée en question, faisant jouer un rayon de lumière magnifié sur son fil, quand elle entendit derrière elle, « voilà une bien belle arme. »

La jeune femme se retourna et vit Uther Pendragon à l'entrée de la pièce, vêtu d'un haubert par-dessus duquel était passée la tunique écarlate au blason doré de la famille. Merlin cacha sa surprise du mieux qu'elle put.

« C'est l'épée d'Arthur » expliqua-t-elle alors que le roi s'approchait pour mieux y jeter un œil.

« Il n'en aura pas besoin aujourd'hui. »

« … sire ? »

« Je vais prendre sa place. Prépare-moi pour le combat. »

« Mais c'est Arthur qui est censé se battre- »

« -c'est après moi que cet homme en a, c'est donc à moi de l'affronter, pas mon fils. »

Pour la première fois, Merlin ressentit une once de respect envers Uther.

« Je n'ai pas votre armure » constata-t-elle.

Le roi montra celle que la jeune femme avait préparée pour Arthur d'un vague geste de la main. « Celle-là fera amplement l'affaire. »

Elle se mit donc au travail en essayant de dissimuler au mieux sa nervosité, qui se traduisait par un léger tremblement de ses doigts. Elle n'était jamais à l'aise en présence du roi, et elle n'avait jamais été seule si près de lui, à part quand il était inconscient et aux portes de la mort à cause des scarabées d'Edwin. Mais aujourd'hui, il ne semblait pas comme d'habitude, à savoir en permanence sur ses gardes, prêt à crier au loup –ou plutôt au sorcier- au moindre signe. Non, cette fois il était pensif, et étrangement détendu, comme un homme résigné à affronter son sort… ce qui allait arriver. Il n'avait aucune chance contre le spectre.

Le malaise de Merlin s'accrût quand le roi saisit Excalibur et l'inspecta.

« Je n'avais jamais vu cette épée auparavant… »

« Elle est neuve, elle a été faite cette semaine. »

A chaque seconde qui s'écoulait sans que le monarque ne repose l'arme, Merlin s'agitait un peu plus.

« Je ne suis pas familier à ce style… qui l'a forgée ? »

« C'est… hm, Tom, l'un des forgerons de la ville. »

Uther haussa un sourcil sans dévier son regard de ce que tenait sa main.

« Etrange qu'Arthur se soit adressé à lui et non au forgeron royal » fit Uther, plus pour lui-même qu'autre chose.

« Euh non, c'est moi. »

Cet aveu surprit suffisamment le roi pour qu'il tourne le regard vers elle. Merlin se figea, ne sachant trop que dire.

« Je… c'est un présent pour ses vingt ans… j-je me suis dit qu'il apprécierait une meilleure épée » baragouina-t-elle.

Les yeux de l'homme s'écarquillèrent très discrètement en la dévisageant, et Merlin se demanda si elle n'aurait pas mieux fait de se taire. Dans tous les cas, elle avait envie de disparaitre sous terre.

« La loyauté que tu lui voues est extraordinaire » finit-il par dire.

La magicienne baissa la tête en sentant le sang lui monter aux joues. « C'est moi devoir, altesse. »

« Mais tu vas au-delà. Pourquoi ? »

« Eh bien… » ''Il m'est cher, j'ai juré de le protéger, et un certain dragon a dit que c'était mon destin…'' « Il y a quelque chose qui nous lie. »

Elle ne put s'empêcher de se crisper quand il lui posa une main sur l'épaule. « J'en suis ravi. Mon fils a besoin d'un entourage fidèle. »

Merlin acheva de le préparer sans ajouter un mot de plus, puis, voyant qu'il ne lâchait pas l'épée : « je pourrais demander à Tom de forger une épée pour vous, sire. »

« C'est une idée… mais cela ne sera pas nécessaire. Dans l'absolu, je vais utiliser celle-là. »

« Non ! Euh je veux dire, elle a été faite spécialement pour Arthur et- »

« -elle est parfaitement équilibrée, un travail de qualité, digne d'un roi. Elle fera l'affaire. Mais je t'accorde que d'autres armes de cet acabit seraient bien utiles à nos hommes… Nous verrons. »

Il lui adressa un dernier regard avant de se diriger vers la sortie, et lui dit, lourd d'un sous-entendu, « veille sur lui. »

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Elle ne quitta l'armurerie que de longues minutes plus tard, calme en apparence, mais complètement paniquée en réalité. Le dragon avait bien stipulé que cette épée était réservée à Arthur… dont elle n'avait aucune idée d'où il pouvait bien se trouver.

« Gaius… » fit-elle en arrivant à bout de souffle aux bords de l'arène où Pendragon et de Bois s'affrontaient. « Où est Arthur ? »

« Dans sa chambre, il est probablement encore sous l'effet du somnifère. »

''Il va être furieux quand il se réveillera…''

Elle fut vite sortie de ses pensées en constatant la violence du combat qui se déroulait sous ses yeux. Un combat plein de rage, dont chaque coup était aiguisé par leur passé commun mais donnait l'impression qu'ils avaient fait un bond dans le temps pour retourner vingt ans en arrière, tant leurs plaies semblaient à vif.

En les suivant des yeux, Merlin remarqua un visage dans la foule de spectateurs, en partie dissimulé par une capuche parme.

« Nimueh… » siffla-t-elle, suffisamment fort pour que Gaius l'entende et regarde dans la même direction qu'elle.

Elle aurait dû se douter qu'il s'agissait d'elle. La sorcière semblait vouer une haine féroce à Uther, en plus d'être suffisamment puissante pour invoquer un spectre…

La créature en question se retrouva à visage découvert quand un revers du roi lui fit perdre son heaume, révélant un faciès monstrueux, à mi-chemin entre le cadavre en décomposition et la goule. La foule toute entière lâcha une exclamation de terreur et le roi lui-même sembla un instant désemparé. Le spectre profita de cette faille pour se jeter sur lui sans lui faire de quartiers, mettant le monarque sur une défensive précaire face à la puissance des coups de la créature.

Mais Uther l'avait déjà vaincu par le passé, et malgré son âge il restait un excellent guerrier, ce qu'il prouva en renversant la situation quand l'épée du revenant resta fichée dans son bouclier, par un coup d'estoc en plein dans le ventre. Excalibur put alors faire son œuvre : le spectre de celui qui avait été Tristan de Bois lâcha un hurlement horrible alors qu'il se désintégrait autour de la lame dans une onde de choc qui propulsa le roi à terre.

Le silence se fit dans l'arène, pour ensuite se muer en tonnerre d'acclamations quand le roi se releva, victorieux.

Nimueh avait disparu.

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Merlin se dépêcha le plus possible de débarrasser Uther de son armure sans le froisser par sa précipitation et en se forçant à être la moins bavarde possible. Elle allait partir quand le roi intervint.

« Une dernière chose. » Elle s'arrêta, tendue. « Amène-moi ce fameux Tom demain, j'aimerais lui parler affaires. »

Merlin fut tout à coup beaucoup plus détendue. « Oui, altesse. »

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La jeune femme tourna la clé dans la serrure, puis ouvrit la porte. Elle vit Arthur assis sur son lit, la moitié du visage dans ses mains jointes, les yeux braqués sur elle. Elle ne s'était pas trompée en pensant qu'il serait furieux, vu comment il la fusillait du regard.

Elle s'approcha avec précaution. Le prince ne dit rien pendant une longue minute alors qu'elle se tortillait légèrement sur place, ne savant trop où se mettre.

« Je suppose que le combat est fini » finit-il par dire en se relevant.

« O-oui… votre père a gagné. »

Elle vit le soulagement détendre un peu ses traits.

« Merlin, peux-tu m'expliquer comment il se fait que mon père a affronté ce chevalier et non moi ? »

« Je jure que je n'y suis pour rien cette fois-ci ! »

« Alors à qui dois-je cette brillante mise en scène ? »

« … votre père tenait où combattre lui-même. » Elle s'abstint d'en dire plus. « Je suppose que Gaius l'a aidé. »

« Je vois… ceci explique la potion… » Il se leva et se dirigea vers la porte. « Range-moi cette chambre, mon père et moi avons quelques choses à nous dire… »

Mais Merlin ne sentait plus qu'un énervement de passage chez lui, et non plus de la colère. Elle sourit, soulagée que tout se soit relativement bien passé, avant de soupirer en voyant le désordre qui s'étendait sous ses yeux.


Merlin se réveilla en sursaut en entendant la voix du dragon l'appeler dans son esprit. Elle emprunta le chemin des cachots en baillant à plusieurs reprises, mais quand elle arriva dans la grotte, elle était complètement réveillée et sentait l'appréhension lui talonner le ventre. La créature l'attendait.

« Alors, Arthur est-il vivant ? »

« Oui » fit-elle avec un grand sourire un peu forcé. « L'épée est vraiment extraordinaire. »

« Comme je te l'avais prédit. » Elle eut de nouveau l'impression d'un sourire qui étirait les commissures de sa gueule.

Merlin déglutit. « Mais… il y a eu un imprévu. Enfin, tout s'est bien passé mais… ce n'était pas Arthur qui la maniait. »

Elle se sentit subitement minuscule sous l'intensité du regard de la créature. « … c'était Uther » avoua-t-elle.

Le dragon lâcha un rugissement sans pareil qui se répercuta sur les parois de la caverne, produisant un écho sourd. Merlin fit inconsciemment quelques pas en arrière quand il découvrit ses crocs.

« Je n'ai pas pu l'en empêcher, c'est le roi ! » se défendit-elle.

« Cette épée est pour Arthur, et personne d'autre ! Entre les mains d'Uther, elle n'apportera que désolation ! »

« Je vais la lui reprendre, je le jure ! »

« Tu as déjà juré de ne la donner à personne d'autre que le prince, et vois le résultat ! Tu m'as trahi ! »

« Je vais vous la rendre ! » insista-t-elle, sans trembler, ni même détourner le regard. « Vous pourrez la détruire, et alors il n'y aura plus de risque- »

« -ce qui est fait ne peut être défait ! Cette épée est indestructible, tu n'as aucune idée de son pouvoir. »

« … alors que dois-je faire ? »

« Emporte l'épée, loin d'ici. En un endroit où aucun mortel ne pourra la trouver. Où elle reposera tant que le temps du Haut Roi ne sera pas venu. »

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Elle partit aux aurores, après avoir déposé le petit-déjeuner sur la table dans la chambre d'Arthur, qui dormait paisiblement, réconcilié avec son père. Elle le regarda quelques instants, avant d'aller chercher l'épée tant convoitée.

Arion l'accueillit en soufflant joyeusement, et elle le sella en lui souriant. Personne ne pipa mot en la voyant sortir à cheval, les gardes étaient habitués à ce qu'elle fasse des courses pour le prince ou pour le médecin de la cour, ce dernier l'envoyant parfois à plusieurs lieues de là chercher des plantes et autres éléments nécessaires à sa science. Le poids de l'épée sur sa cuisse, dans un vieux fourreau repêché dans l'armurerie, ne lui était pas familier mais ne la dérangeait pas.

Merlin trotta à travers bois, appréciant le calme et l'atmosphère des alentours. Parfois, passer ses journées en ville lui donnait la nostalgie de tels environnements, elle qui avait grandi dans la nature, et cette longue ballade forcée n'avait rien d'une corvée pour elle. Les feuillages d'automne lui offraient un spectacle aux couleurs splendides, et plus d'une fois elle leva les yeux en direction des cimes pour regarder les écureuils filer d'une branche à l'autre.

Les pins se firent de plus en plus présents alors qu'elle approchait de sa destination : le lac où elle avait entraperçu l'accès à Avalon. Elle descendit de cheval et s'approcha de la rive. Là, elle s'accorda un instant pour admirer le paysage, l'étendue du lac qui s'échappait de sa vue en serpentant de l'autre bout, l'empêchant d'en voir l'origine et au loin, les montagnes enneigées.

Elle dégaina l'épée, laissant ses yeux et ses mains l'apprécier une dernière fois. Elle produisait toujours une douce tiédeur en contact avec sa magie, et son poids dans ses paumes, sa solidité, avait quelque chose de rassurant, de sûr. Alors seulement, elle s'attarda sur la signification des runes.

« Saisis-moi. Jette-moi » traduit-elle.

C'est le deuxième ordre qu'elle exécuta. Elle envoya l'arme fendre l'air avec force, en décrivant des cercles. Elle pouvait encore l'entendre murmurer son chant ténu de magie, juste avant qu'elle perce les eaux opaques du lac. Là, Merlin libéra sa magie, une main tendue, et l'épée se figea dans l'air.

« Wæter, eorðe, lyft, fyr, bebiede þe ámundian Excalibur. »

Enfin, elle abaissa la main, et les eaux engloutirent Excalibur.

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Quelques jours plus tard, la vie avait repris normalement à Camelot. Arthur était occupé à se faire les muscles à l'entraînement, et Merlin le regardait faire en même temps qu'elle jetait un œil aux autres chevaliers. Elle sourit quand elle vit Morris non loin en train de les observer avec une lueur d'envie dans le regard. Quelque chose lui disait que l'écuyer allait bientôt prendre la chose plus au sérieux pour enfin cesser de se contenter de ses tâches, plus dignes d'un servant que d'un cadet de modeste lord…

« Merlin ! » appela Arthur. « Apporte-moi mon épée ! »

La jeune fille obtempéra et lui apporta une lame de bonne facture. Le prince la saisit et la regarda avec confusion.

« Ce n'est pas mon épée. »

« Ça m'a tout l'air d'en être une. »

« Je vois bien que c'est une épée, Merlin ! Mais ce n'est pas mon épée ! Où est passée celle… » Il ne termina pas sa phrase, mais elle put très bien deviner ''que tu m'as offerte.''

« Oh. Elle… a été détruite. »

Une sincère expression de surprise s'afficha sur le visage du jeune homme. « Détruite ? Comment ça ? »

« Votre père l'a utilisée contre le chevalier noir… je suppose que vous avez entendu qu'il s'agissait d'une créature maléfique ? Eh bien… l'épée était inutilisable, j'ai dû la jeter. »

En soi, elle ne mentait pas totalement…

Arthur ne dit rien et Merlin en eut un pincement au cœur. Il avait vraiment apprécié le présent qu'elle lui avait offert, et cela la rendait toute chose.

« … je peux demander à Tom de vous en faire une autre, si vous voulez » proposa-t-elle.

« Ah oui, Tom. J'ai entendu mon père parler de lui hier soir... Apparemment, il sera beaucoup trop occupé avec la commande qu'il lui a passée pour répondre rapidement à mon caprice… Je suppose que tu as quelque chose à voir dans tout ça, Merlin ? »

« Euh j'ai… j'ai juste précisé à votre père d'où venait l'arme qui lui a sauvé la vie, simple précaution… » fit-elle d'un ton léger, ne sachant trop où Arthur venait en venir. Elle avait bien fait, non ? Le forgeron aurait bientôt la reconnaissance qu'il méritait, et lui et Gwen pourraient vivre plus confortablement. De plus, le vieil artisan royal pour passer ses dernières années de travail plus sereinement avec quelques charges en moins, et les chevaliers profiteraient de nouvelles armes… Cela ne pouvait être que bénéfique pour tout le monde, n'est-ce pas ?

Tout doute s'échappa quand Arthur lui adressa un sourire, rien qu'un instant. Elle le lui rendit.

« Vu qu'en attendant je ne peux pas profiter de mon épée… que dirais-tu de parfaire ton entraînement au fléau d'armes ? »

Beaucoup trop vite, le sourire de la jeune femme se transforma en grimace exagérée. Arthur était peut-être devenu un homme, un prince héritier aux yeux du royaume, pour elle il restait… Arthur.


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A/N : au cas où : 'Caledfwlch' est un autre nom d'Excalibur^^

Dites-moi ce que vous avec pensé du chap (ils deviennent de plus en plus longs, je ne les contrôle plus! O.o), ou encore votre idée de la tête que tirera bientôt Arthur^^… moi, je retourne à mes exams *snif snif*