Chapitre 9 : Comment forcer sa meilleure amie à essayer des talons hauts ?

En soupirant, je sortis de la chambre et me dirigeais vers la Grande Salle. Habituellement, j'aurais attendue Ginny, qui devait à peine commencer à se réveiller à cette heure-ci, mais comme je n'avais pas la moindre idée d'où se trouvait la chambre de cette dernière, je décidai d'aller manger d'abord. J'eus un sourire amusé en me rendant compte que certains élèves de ma maison avaient déjà commencé à « redécorer » la Salle Commune des Serpentards. D'ailleurs, en parlant de décoration… n'était-ce pas Ron là-bas, en train d'installer sur une étagère bien visible tous les trophées gagnés par notre maison ? Je me rapprochai afin de vérifier. Ah si, c'était bien Ron… Celui-ci se retournait pour saisir une nouvelle coupe de Quidditch quand il m'aperçut.

« - Mione ! Regarde-moi ça, ces serpents vont s'étrangler avec leur venin quand ils verront toutes les coupes qu'on a gagnées face à eux !

- Ron… je ne suis pas sûre qu'étaler notre pseudo-supériorité soit le meilleur moyen de commencer cette 'cohabitation'...

- Mais Mione ! Comment peux-tu dire ça ? Tu crois qu'eux se seraient gênés, si la situation était inversée ?

- Et bien justement Ron ! Ne t'abaisse pas à leur niveau. Prouvons-leur que les Gryffondors ont plus de classe que ça !

- Mais... »

Voyant que le rouquin hésitait, je lui pris la main et l'entraînai vers la Grande Salle, sachant parfaitement que la nourriture était le seul moyen d'avoir raison avec lui. Une fois arrivés à notre table (Merlin merci, enfin un élément qui restait typiquement Gryffondor), Ron lâcha ma main pour se précipiter sur tous les gâteaux qui passaient devant lui. Je souris en voyant ça. La veille, j'avais choisi de leur annoncer ce qui avait failli m'arriver dans le couloir, passant tout de même l'épisode Drago Malefoy sous silence. Mon estomac en était toujours retourné mais j'étais ravie de constater que Ron arrivait encore à manger comme si de rien n'était. Voyant mon air triste, il me lança un regard doux, posa sa main sur la mienne, et me tendit une tartelette à la fraise. Je l'acceptai en le remerciant d'un sourire. Tout en commençant à manger, je réalisai une chose. Une chose importante. Je venais de parcourir d'innombrables couloirs main dans la main avec le garçon que j'étais supposée aimer plus que tout… et je ne m'en étais rendue compte que quand il m'avait lâchée. Sa grande main était d'ailleurs sur la mienne en ce moment-même, nos doigts entrelacés. Et je ne ressentais rien. Sauf peut-être la vaine satisfaction de voir Lavande enrager à quelques places de là, ses yeux fixés sur nos mains enlacées. Je ne ressentais rien de plus que ce que j'aurais ressenti en tenant la main d'Harry ou de Ginny… Tiens, en parlant d'elle… La rousse se laissa choir très élégamment à côté de moi, ses beaux yeux océan encore bouffis de sommeil. Elle interrompit mes pensées plus que dérangeantes sur mes non-sentiments vis-à-vis de son frère en me prenant dans ses bras. Elle et Harry n'arrêtaient plus de me toucher constamment depuis que je leur avais raconté l'agression d'hier soir. A croire qu'ils voulaient vérifier que j'étais bien là. Le geste était adorable, mais j'avais 18 ans et je pouvais prendre soin de moi. Je n'allais pas m'envoler. Elle serra ma main quand je le lui dis avant de me faire un petit sourire gêné et de me lâcher.

« - Hum… Gin'… Je sais que je ne suis pas une très grande experte en vêtements et maquillage tendance mais…

- C'est le moins qu'on puisse dire, me coupa-t-elle d'un ton un peu condescendant. Mais ne t'en fait pas, après notre séance de shopping d'aujourd'hui, tu n'auras plus à t'inquiéter de ton inexpérience. Je vais tout t'apprendre alors arrête de stresser et mange !

- Oui d'accord mais…

- Il n'y a pas de 'mais' Mione, je t'assure que tu es entre de bonnes mains.

- Si 'Madame les bonnes mains' pouvait me laisser en placer une, je pourrais peut-être lui dire qu'elle ne s'est maquillé qu'un œil ! »

J'avais commencé ma tirade d'un ton agacé mais ne pus m'empêcher de rire devant la tête de Ginny. Heureusement, je connaissais bien mon amie et je savais parfaitement qu'elle ne se vexerait pas pour si peu. En revanche elle risquait de me le faire payer pendant notre séance de lèche-vitrines. Soudain, comme si elle lisait dans mes pensées, la cadette des Weasley se leva en m'entraînant à sa suite. Je m'attendais au pire...

A Pré-au-Lard, dans la boutique de Madame Guipure :

Ginny était en train de fouiller dans les rayonnages remplis de vêtements pendant que moi, enfermée dans une cabine d'essayage, j'étais forcée d'enfiler tout ce que ma soi-disant meilleure amie me faisait passer par dessus la porte, tenue après tenue. En y regardant de plus près, je suis sûre qu'on aurait pu voir dans mes yeux à quel point j'aurais préféré être ailleurs. N'importe où mais pas dans une boutique de vêtements. En effet, il faut croire que j'avais sous-estimée la rouquine lorsqu'elle avait parlé de renouveler ma garde-robe. Nous n'avions de toute évidence pas la même idée de ce que devait contenir une garde-robe...

Pour ma part, après avoir trouvé autant de pulls, sweaters, vêtements de sport, jeans, et uniformes que mon armoire en contenait avant, j'avais tout naturellement voulu acheter mes emplettes. J'avais même voulu faire plaisir à Ginny, et j'avais fait l'effort de choisir des vêtements avec plus de couleurs et des formes plus ajustées. Mais ma cadette ne l'entendait apparemment pas de cette oreille. Pour Ginny Weasley, le fait d'avoir reconstitué ma garde-robe ne suffisait pas. Il fallait maintenant l'agrandir, l'améliorer. Et quoi de mieux pour ça qu'un vêtement typiquement féminin : la robe ? J'en avais déjà essayé des milliers, ou en tout cas c'est ce qu'il me semblait. J'entendis des pas pressés et ma machiavélique meilleure amie fit passer d'autres modèles de robes par dessus la porte.

« - Mais Gin' ! tentai-je d'une voix plaintive. Je viens déjà d'essayer une quarantaine de pantalons, leggings et jupes en tout genres… Sans compter la soixantaine de T-shirts, sweaters, débardeurs, pulls, vestes, chemises, et tuniques que tu m'as forcé à prendre ! Ma garde-robe vient déjà de quintupler de volume, tu ne penses pas qu'on pourrait s'arrêter là ?

- Certainement pas, répliqua-t-elle d'un ton sans appel. Je doute de pouvoir te traîner dans une boutique de vêtements de nouveau, même en utilisant le chantage ou la force, alors je compte bien en profiter ! Maintenant essaie ses robes et achète celles qui te vont ! Ensuite on pourra passer aux chaussures et accessoires. Mais comme je suis tout de même ta meilleure amie, je t'épargne le maquillage. Pour cette fois…

- Trop aimable ! persiflai-je, enfermée dans la cabine par un sort. De toute façon, je trouve que le maquillage rend vulgaire.

- Même sur moi ?

- Non, bien sûr que non ! Tu es très belle Gin'… Mais j'ai peur que les vêtements et le maquillage en même temps, ça fasse un peu…

- Un peu trop ? Les vêtements, la coiffure, le maquillage, tout ça permet d'affirmer son identité sociale Mione. Je sais que certaines filles ne comprennent pas ça, et pensent que les vêtements et le maquillage sont faits pour attirer l'attention, mais en vérité, cela permet juste de révéler plein de choses sur toi. Faire attention à son apparence ne signifie pas qu'on recherche une relation sexuelle, tu sais ?

- Tu dis ça à une fille qui a failli se faire agresser alors qu'elle portait un vieux pull informe et une jupe cinq centimètres en-dessous du genou. Je sais tout ça Gin' ! Je ne serais juste pas à l'aise avec moi-même si je devais me tartiner le visage de toutes sortes de crèmes, et porter les mêmes vêtements que tout le monde, juste pour avoir l'air jolie. Je trouve ça futile !

- Je ne suis pas d'accord avec toi !

- Évidemment, tu veux devenir styliste ! dis-je en rigolant, détendant ainsi l'atmosphère.

- Ou joueuse de Quidditch professionnelle, j'ai pas encore fait mon choix. Dans tous les cas, c'est moi qui ai ta baguette jeune fille et tu es enfermée là-dedans alors ne détourne pas la conversation, fais ce que je te dis et tout se passera bien. Tu as fini d'essayer les robes ?

- Bah j'aurais essayé… marmonnai-je pour moi-même. Oui, elles me vont toutes.

- Je suis sûre qu'elle te vont hyper bien !

- Je parlais de la taille… Bon maintenant ça suffit Ginevra Weasley ! J'ai fait ce que tu voulais, alors laisse-moi sortir ! hurlai-je en commençant réellement à m'impatienter.

- Très bien… ronchonna l'intéressée. Je choisirais tes accessoires moi-même. De toute façon tu n'as pas vraiment besoin d'essayer les bijoux. Les accessoires pour cheveux par contre…

- Je t'interdis de toucher à mes cheveux ! m'exclamai-je en sortant enfin de la cabine où j'avais été enfermée toute l'après-midi. Maintenant va chercher tes accessoires à la con pendant que je cherche une paire de baskets à ma taille, et allons-nous en !

- Ils sont déjà avec le reste et… Attends une minute ! Une paire de baskets ?! Alors là tu rêves ! Tu va essayer plusieurs paires de chaussures. Des baskets certes puisque tu es sportive, mais aussi des bottes, des ballerines, des sandales, des bottines, des escarpins…

- Des escarpins ? la coupai-je d'un ton horrifié. Comme dans : des escarpins à talons hauts ?! Hors de question ! Non, non et non ! Et ne me fait pas ton regard de chien battu, ça ne marchera pas cette fois. Je refuse Gin', tu m'entends ?

- C'est toujours moi qui ai ta baguette Mione. Alors tais-toi et va essayer ces chaussures ! ordonna-t-elle en me poussant sur un petit pouf face à un miroir. »

Tout en essayant les paires de chaussures que mon amie me présentait, les regardant seulement pour vérifier si elles avaient des talons, je réfléchissais à un moyen d'échapper aux escarpins. J'avais bien une petite idée mais je savais qu'il s'agissait d'un sujet assez sensible pour Ginny. Cependant, en voyant la rousse s'approcher de moi avec une paire de talons aiguilles, je décidai de tenter le coup. Aux grands maux les grands remèdes…

« - Décidément Gin', tu as vraiment décidé de me ruiner. Je n'ai pas les moyens d'acheter tout ça !

- Arrêtes Hermione ! Ne cherche pas à me faire culpabiliser avec tes soi-disant problèmes d'argent. Je sais ce que c'est que de 'ne pas avoir les moyens'. Alors crois-moi : avec tes deux parents qui sont chirurgiens-dentistes, et même si la monnaie moldue perd de sa valeur quand elle est convertie en Gallions, tu as les moyens. Cela dit je ne peux pas te forcer… soupira tristement ma meilleure amie. Tu as raison, allons-nous en. »

En voyant les larmes dans ses yeux, je sus que j'étais allée trop loin. Mais j'étais vraiment conne parfois ! Je le savais pourtant, que Ginny rêvait de faire les magasins sans pouvoir se le permettre ! Et moi, comme une égoïste, qu'est-ce que je faisais ? Je sabotais notre journée de shopping entre meilleures amies. En me maudissant intérieurement de ma bêtise, j'appelai la belle rousse.

« - Gin' ! Attends ! J'accepte les escarpins ! Mais seulement une paire… Et tu en prends une aussi comme ça je me sentirais moins seule ! Voyant qu'elle s'était arrêtée, toujours dos à moi, je décidai d'insister. C'est moi qui offre évidemment !

- Évidemment… répéta-t-elle pensivement. De toute façon il faudra bien que quelqu'un t'apprenne à marcher avec...

- Qui d'autre que toi pourrait m'aider dans cette tâche ?

- Personne. D'ailleurs ne bouge pas, j'ai exactement la paire qu'il te faut ! Je vais la chercher ! »

Un sourire lumineux sur le visage, elle courut chercher une boîte dans un rayonnage au loin. Je me remis à respirer normalement. Je haïssais voir mes amis en colère contre moi. Particulièrement quand c'était de ma faute. Heureusement, Ginny ne semblait plus fâchée. Elle avait même l'air heureuse. Voire trop heureuse. Ce qui est normal puisqu'au final, elle avait eu ce qu'elle voulait ! Non mais quelle idiote ! Pff… je m'étais encore faite avoir par son numéro d'actrice. Toutefois, en la voyant revenir avec un sourire immense et les yeux pétillants, je fus forcée d'admettre que deux paires d'escarpins et cinq longues heures d'essayages ennuyeux n'étaient pas cher payé pour voir ma meilleure amie aussi heureuse.