Miserere mei, Deus
Partie 8
Drive Hard, Drive Fuego
« J'ai rêvé d'un truc bizarre »
« Ah ouais ? »
« Yep »
« Raconte-moi tout bébélove »
« On était chauves.. »
« Ah putain ça commence bien. »
« Et on se baladait en short, pieds nus dans la rue. »
« Ok, on faisait quoi à part se balader ? »
« On dansait en tournant nos épaules uniquement. »
« On tournait nos épaules ? »
« Oui, une fois la droite en avant, une fois la gauche, sans tourner la tête, et en trottinant derrière les gens. »
« Ah. Et les gens avaient peur ? »
« Ouais. »
« Tu m'étonnes... »
« Le rêve s'est fini bizarrement aussi. »
« Comment ? »
« Tu te transformes en lézard et tu montes une petite échoppe nommée Tout ce qui m'aille dans laquelle tu vends que des vêtements de maille. Et de la moutarde. »
« Superbe. »
« Oui. »
« Pourquoi j'ai dû me transformer en lézard pour faire ça ? Je pouvais pas le faire en étant chauve ? »
« Non, et en plus un lézard c'est chauve aussi. »
« Ouais. Dernière fois que tu manges un thon mayo avant de dormir. »
« T'as raison Matou »
« M'appelle pas Matou. »
« Sinon on est encore loin ? »
« Bah, ça dépend loin d'où. Je sais toujours pas si on va à Bouzel ou chez Charles en fait. »
« Et tu crois pas qu'on aurait pu se mettre d'accord avant de faire tous ces kilomètres ? »
« C'est pas grave, pour l'instant c'est dans la même direction. Une fois arrivés proche de.. de... Clermont Ferrand... Brr... Là il faudra faire un choix. »
« Certes. Alors, on fait quoi ? »
« J'ai bien envie de voir Charles moi. »
« Tu crois qu'il acceptera de nous revoir ? La dernière fois qu'on s'est croisés c'était quand même sacrément le foutoir. »
« Tu connais Charles, il nous aime trop. »
« Ce bon vieux Charles... »
« Je suis un peu plus sceptique pour ce qui est de sa femme par contre. »
« Ah ça c'est clair que elle si elle pouvait ne plus revoir nos tronches... »
« Je la comprends perso. »
« Idem. »
« Alors, Charles ? »
« C'est toujours mieux que Bouzel. Et puis autant ils nous attendent là bas les autres culs-fourrés. »
« Certes. Tu te rappelles de l'adresse de Charles ? »
« Non, mais je me rappelle de son numéro par contre. »
« Ah parce qu'on va l'appeler maintenant ? »
« Pas on, moi. Toi tu gardes tes yeux sur la route. »
Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Charles Sebonvieux, je ne suis pas disponible pour le moment mais vous pouvez me laisser un message et je vous ferai un café. Bisettes les quequettes.
« Bon bah tant pis pour Charles. Il répond pas, on va directement chez lui. » annonce Antoine, dépité, avant d'ajouter « Mais je suis pas sûr qu'on puisse juste se pointer comme des rosières dans son jardin en faisant déraper la Fuego, avec la musique à fond, faisant éclater les géraniums de sa femme et projetant du gravier dans sa baie vitrée. »
« C'est pourtant exactement ce qu'on va faire mon poupon. »
« Du coup, ETA ? »
« ETA : 2h. »
« Qu'est ce qu'on écoute pendant ces deux heures ? »
« Je propose de mettre une seule musique en boucle pour devenir fous, et comme ça une fois arrivé chez Charles non seulement elle blastera à fond au travers des subwoofers puissants de la Fuego, mais en plus… on la chantera à plein poumons. »
« Mec. »
« Oui ? »
« MEC ! »
« OUI ? »
« IL NOUS FAUT DU DEF LEPPARD »
« MAIS MEC OUI ! »
« MEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEC ! » crie le con en gros plan
« Mais laquelle ? »
« JE SAIS ! »
« MEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEC ! »
« Crache ta pastille putain ! »
« Non mais c'est toi qui sais. »
« oh »
Et la majuscule ?
« Oh »
Et le point ?
« Oh. »
C'est mieux pédé.
« Donc ? »
« Donc. Def Leppard. Photograph. »
Antoine se saisit de la cassette de Def Leppard cachée dans un compartiment secret de la Fuego (sous le siège entre la poussière et la poussière), souffle sur la bande, et l'insère délicatement, avec énormément de précaution et d'habileté, dans le poste de l'auto.
Et oh, magie, c'est direct la bonne chanson.
Huh !
« ALLEZ LET'S GO CHEZ CHARLES ! »
« YEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEH ! »
I see your face every time I dream
On every page, every magazine
« SEAU WAILLE DE SEAU FRIT, SEAU PHARE FROM MI »
« IOURE OLE AIL OUANTE, MAILLE FANTAISIE »
La Fuego continue admirablement sa route sans demander son reste et en séparant le blanc des couleurs.
Son bleu toujours inaltéré et les sons de sa mécanique font tourner les têtes. Au-delà de la musique qui émanait du poste des deux crétins, c'est bien le petit bijou technologique qu'est la Renault Fuego qui attire les regards alors que Mathieu et Antoine traversent villes et villages français, sans passer par Bouzel, pour aller rejoindre Charles.
Sebonvieux Charles. (Oui on disait son nom de famille depuis le début, scoop !)
Après plusieurs heures de conduite acharnée durant lesquelles Mathieu lâche plusieurs fois le volant pour faire de l'air guitar sur le solo de photograph (pendant qu'Antoine mime la batterie, faudrait pas qu'il ait les mains libres pour sécuriser le machin non plus ho), les deux cons entrent enfin en région Poitou-Charentes et se rapprochent avec célérité et plein d'entrain de la demeure de Charles et sa compagne.
Charles et sa femme dont j'ai oublié le nom mais qu'il est possible que j'ai mentionné plus tôt dans l'histoire alors je prendrai pas le risque d'en tenter un autre au cas ou pour éviter les incohérences vivaient dans une petite maison à la sortie d'un village charmant nommé Chassenon. Situé en Charentes et à quelques kilomètres seulement de la ville de Niort, Chassenon le Bourg est placé sur le plateau du limousin. Sujet à un climat océanique humide et frais, Charençon me bourre possède une végétation peu boisée et plutôt occupée par des prés (ce qui est notamment dû a l'espace géologique du plateau du limousin qui est à chier).
Chasse-mon-con l'amour est bien sûr un endroit super cool pour s'installer et c'est pour ça que Charles a décidé d'y construire sa baraque.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Massecon l'boulgour a des origines gallo romaines et on en à rien à foutre.
Les deux cons arrivent à fond en Fuego et choppent enfin la grosse baraque cossue de ce bon vieux Charles Sebonvieux dans leur champ de vision.
« Je crois qu'on est arrivé mon con. »
« SEUTCHE EUH WOUMANE IOU GOTE STAÏÏÏL »
La musique continue pendant qu'Antoine continue de gueuler les paroles à plein poumons.
You got some kinda hold on me
You're all wrapped up in mystery
So wild
« SEAU FRIT »
So far from me
« IOUROLE AIL OUANTE MAILLE FANTAISSIIIIIIIE »
Oh, Look what you've done to this rock n roll clown
Oh Oh look what you've done
« PHOOTOOOOOOGRAAAAAAAAPH »
Le solo éclate enfin alors que Mathieu sans se poser de question décide de lâcher le volant alors que la Fuego part à plein régime dans le jardin pourtant si bien entretenu de Charles et sa femme.
Le véhicule lancé tel un boulet de canon arrache tout ce qui lui passe devant le faciès, y compris des géraniums, du laurier rose et un joli mimosa naissant.
Roulant sur le gravier avec la musique si forte que la faune environnante s'était suicidée le véhicule de compet termine sa course dans la façade de la bicoque en pierres rustiques. La baie vitrée éclate et un pan de mur s'effondre alors que magie la Fuego n'a rien. Même pas un pet de taule pliée.
Vous rendez vous compte ?
Comment ça c'est pas réaliste ?
Mais je m'en branle c'est moi qui raconte !
You've gone straight to my head !
La musique s'arrête et Antoine et Mathieu se regardent 5 secondes avant d'entendre un cri dont ils se souviennent parfaitement. La femme de Charles.
Charles arrive heureusement pour s'interposer entre ses anciens amis et collègues et sa furie de femme pas très jouasse de voir encore une fois sa maison se faire décharcler par les deux même connards. Oui, encore une fois.
« VOUS DEUX QU'EST CE QUE C'EST QUE CE BORDEL VOUS VOUS FOUTEZ DE MA GUEULE MAIS VOUS ETES MALADES J'APPELLE LA POLICE VOUS ALLEZ VOIR MAIS AVANT JE VOUS BUTE BANDE DE HAEHEHEhaUREueRUhEARUAUERIhIAERUhIAR »
« Chérie calme toi j'vais régler ça. »
« HEURUEUREUERUEURHEUHREURherEHrEUhuReHREuRHEUrEh »
Les deux abrutis en bagnole se retiennent de rire tant la femme semble être trop vener et même qu'on a l'impression qu'elle est constipée hahahaha.
« Dis-donc Charles elle serait pas un peu psychotique ta donzelle ? » demande Antoine pendant que Charles pousse sa femme dans leur chambre à coucher avant de fermer la porte.
« Mais putain les gars qu'est ce que vous foutez ? Pourquoi vous avez pété ma barraque ? Mais bordel j'en ai marre de vos conneries vous arrêtez jamais ! »
« Roh, dude, sans dec, tu vas pas chialer pour deux trois cailloux et une baie vitrée... »
« Non mais je rêve... Vous avez intérêt à me repayer tout ça. »
« Ouais, ouais. » réponds Mathieu en sortant de la Fuego.
« Moi j'suis à sec. » précise Antoine qui rejoint Charles en souriant.
Les trois compères se regardent et Charles esquisse un sourire.
« Putain, ça faisait un bail quand même. Et y'a bien que vous pour venir retrouver un pote en explosant sa bicoque... »
« Je veux mon neveu ! Ça va aller ta rombière ? »
« Oh, oui mais je pense qu'elle à l'habitude. Elle fait genre ça la surprend encore, et genre elle a des convulsions tellement elle s'énerve mais je sais qu'au fond elle vous aime. »
Venant de la chambre de Charles on peut entendre des bruits d'objets brisés sur le sol et des cris dont on ne comprends pas mot.
« Enfin j'irai peut être pas jusque-là. Mais ça devrait aller. » précise Charles. « Sinon qu'est ce qui vous amène ? »
« Bah, écoute, on est dans la panade. Tu te rappelle de quand on s'est quittés ? » réponds Mathieu
« Ouais, y'avais des flics énervés à votre cul et vous partiez direction Paris en scooter, il me semble. »
« Exact. Bah les connards nous ont pas quitté depuis ce jour, Antoine s'est fait enlevé et y'a Van Brugel qui voulait savoir ou j'étais parce que visiblement nous buter nous deux est très important, et ensuite j'suis allé le chercher, on a buté tout le monde à Bouzel un petit village près de Clermont Ferrand, on a perdu le support du MAAR aussi. On nous a filé des bidules avec des dragons d'éclair et une cible en argent, enfin on bite rien quoi. »
« Ah.. Van Brugel tu dis ? Et Phillou vous laisse dans la merde ? »
« Ouais, on a voulu lui expliquer toute la combine avec René Coty mais il voulait pas nous écouter. »
« Hm. Je veux pas vous faire peur les croquants mais je crois que Phillou est dans le coup. »
Pendant que Mathieu et Charles discutent, Antoine admire la grande collection de tasses à café de Charles qui est exposée dans le grand couloir.
« Phillou est dans le coup ? » demande Mathieu intrigué.
« Il me semble bien. J'ai surveillé un peu toute cette histoire parce que je savais pas vraiment pourquoi deux cons comme vous se feraient poursuivre comme ça, et surtout comment ils pourraient toujours savoir ou vous étiez, mais en fait la réponse est plutôt simple. Ton scooter date de l'époque du MAAR j'ai raison ? »
« Yep, c'est le cas. »
« Et votre véhicule de collection prestige vous à été donné par … ? »
« Ah merde. »
« Merde en effet, c'est pour ça que vous vous faites pister comme des loutres par les boy scouts. »
« Du coup ils vont rappliquer ici ? »
« C'est bien possible. »
« Merde, désolé Charles. »
« Oh t'inquiète, tu crois que j'ai passé tout ce temps à vivre dans ma maison et que je me suis préparé à aucune éventualité ? »
« Bah c'est à dire que... »
« Ouais, vu de dehors c'est vrai qu'on pense pas tout de suite à truc dans lequel on peut être safe. »
« Exact. C'est plutôt la bicoque à pépé quoi. »
« Et pourtant pierre qui roule n'a pas de maître. »
« J'aurais pas dit mieux. »
« Banco ! » intervient Antoine.
« Bon allez les gars suivez moi. »
Charles guide les deux cons au travers de sa maison et surtout au travers du couloir aux tasses.
« Antoine j'ai vu que tu admirais ma collection, mais toi Mathieu as tu jeté un coup d'oeil ? »
« Tu aimes toujours autant les tasses »
« Depuis que j'ai pris ma retraite ça m'occupe bien. Regarde par exemple celle là... Une magnifique pièce, c'est une tasse qui a été utilisée dans le film Goodfellas de Scorsese. Et celle là, la tasse de Tarantino dans Pulp Fiction. Celle dans laquelle Jules boit le café en attendant que Wolf se ramène. »
« Wow » laissent échapper les deux débiles à la vue de la multitude de tasses qui brillent de mille feux dans la vitrine éclairée de Charles.
« C'est ma vie. Mais bon trêve de sentiments il faut que je vous montre mon petit secret. »
« Ta bite est certes petite mais elle n'est un secret pour personne. » dit Antoine.
« Quoi »
« Bah tu te rappelles pas ? Le pot de départ de Jeanine et Christian, t'étais sur la table de réunion avec une cravate autour de la tête et une tête de panda accrochée au dos. Tu gueulais 'MICHEL' parce qu'il s'était évanoui et t'essayais de tremper ton phallus dans le guacamole comme ça on devait t'appeler 'Avocat au Barreau' » enchaîne Antoine les yeux scintillants de nostalgie.
« Putain ouais, cette soirée c'était vraiment n'importe quoi. Blanchard et Milton s'étaient battus pour savoir lequel allait mettre sa tête dans les seins de Jeanine, et quand Blanchard a finalement triomphé il lui avait gerbé dans le décolleté. » ajoute Mathieu.
Les trois rigolent de bon cœur et Charles leur fait signe de suivre. « Allez les gars, j'dois vous montrer mon quartier général. »
Arrivés dans la bibliothèque de Charles seulement remplie de bande dessinées manga et comic books, Charles s'approche d'une étagère en particulier et approche la main d'un des ouvrages.
« Retournez vous. »
« Genre, genre t'as une bibliothèque passage secret ! » s'exclame Antoine en se retournant.
Charles se saisit du bouquin, l'ouvre, en sort un Milky Way, le déballe et le mange. Puis il replace le livre.
« C'est bon. »
« Quoi ? Mais il est où le passage ? »
« Mais nan, bande de tocards, c'est ma cachette à sucreries. Ma femme aime pas que je bouffe des sucreries alors je les cache dans des mangas, elle oserait jamais lire ce genre de trucs. »
« Alors où que c'est qu'on va vers ton bunker ? »
« Bah, la porte là » réponds Charles en pointant une porte grise.
« Mais... mais c'est naze ! » réponds Mathieu, déçu.
« Mais nan, tu vas voir. »
Charles s'approche de la porte et l'ouvre, laissant voir une buanderie avec des machines à laver.
« Ton bunker c'est une buanderie ? »
« Maintenant regardez ça. »
Charles referme la porte, se lèche le doigt, dessine une bite sur la porte avec sa salive, et l'ouvre à nouveau.
Cette fois ci la porte s'ouvre sur un grand escalier éclairé par des néons.
« Wat »
« Classe hein ? »
« Wat. »
Mathieu et Antoine en wat absolu regardent l'escalier et n'en croient pas leurs mirettes.
« Mais... mais... »
« Mais ? »
« Mais mec qu'est ce que c'était que ça ? » demande Mathieu abasourdi
« J'avoue qu'est ce que c'était que ça ? » demande également Antoine
« J'vais vous expliquer. Alors- »
L'explication est chiante.
En fait non j'ai pas d'explications. Je voulais juste que Charles dessine une bite. J'ai le droit ?
« Ooooooooh » laissent échapper les deux débiles après la magnifique explication de Charles sur comment que c'est que ça marche.
« Allez, on a pas toute la journée, vous entrez je vais chercher ma femme je lui file un gros somnifère pour la mettre KO et ensuite on va se planquer là dedans. Je vais aussi remorquer la Fuego dans le garage du bunker et trouver un moyen de neutraliser le mouchard, même s'ils nous ont déjà trouvé. »
« Ok d'accord c'est ok pour moi et pour toi c'est ok antoine ? Réponds »
« Oui »
Antoine et Mathieu s'engagent donc sur l'escalier pendant que Charles retourne en arrière, toujours une tasse de café à la main et deux autres accrochées à la ceinture. Ce type a vraiment un souci merde.
Une fois arrivés en bas de l'escalier, les deux comparses voient le bunker s'illuminer tout entier d'une lumière chaleureuse faisant penser à un bar des années 50 dans les beaux quartiers.
Une table de billard, des canapés, un bar complet avec des tonnes d'alcool, une cuisine équipée, un garage, des tableaux de maître accrochés au mur, un Jukebox bien vintage et même un phonographe. Dans une vitrine dorée éclairée d'un spot blanc et entouré de cordages rouges, une tasse en porcelaine brillante sur laquelle est inscrite Une tasse pour les gouverner tous, une tasse pour s'abreuver, une tasse pour pas se brûler et dans le canapé boire un café en noir parler.
Une salle multimédia est présente avec un projecteur HD et une installation de son parfaite.
C'est le putain de maxi luxe, à se demander pourquoi il vivait dans la maison à la surface avec la cuisine des années 90 et la cheminée crasseuse.
Toujours en train de visiter le bunker de luxe, les deux héros entendent la porte du garage se relever. La Fuego entre dans le garage qui est séparé du reste par une grande vitre en plexiglas. Au volant se trouve Charles et en passager : sa femme, visiblement droguée jusqu'au trognon vu qu'elle n'est pas en train d'agiter les bras et gueuler des insanités.
Charles après avoir garé la voiture les rejoint enfin dans la pièce principale avec sa femme trainée par la jambe. Femme qui, la gueule ouverte, laisse une traînée de bave sur le sol telle une limace.
Il finit par se saisir des deux jambes et l'envoie valser sur un des canapés en cuir.
« Elle commence doucement à me faire chier à plus savoir marcher quand elle est sous sédatif cette gourdasse. »
Antoine et Mathieu se retiennent de rire.
« Bon, maintenant faut trouver un moyen de virer le mouchard de la Fuego. Vous voulez un truc à boire ? » enchaîne Charles en s'essuyant les mains sur son pantalon comme si sa femme était sale.
« On peut se rocker des bières ? »
« Ok. Mattez moi ça. »
Charles tape dans les mains et la télé s'allume pour afficher une ligne qui s'anime en onde sonore alors qu'une voix féminine est entendue au travers des hauts parleurs. « Bonjour Charles. »
« Bonjour Micqueline. »
« Woh putain, woh putain t'as une intelligence artificielle à commande vocale ? » demande Mathieu
« Ouais, la classe hein ? » réponds Charles en souriant
« Et elle s'appelle MICQUELINE ? » demande Antoine avec l'air étrangement énervé.
« J'y peux rien c'est comme ça qu'elle s'appelle, elle me l'a dit. Et puis c'est marqué sur la boîte. »
Charles montre une boîte de Céréales Weetos avec marqué « Votre propre intelligence artificielle M.I.C.Q.U.E.L.I.N.E dans ce paquet ! »
« Oh mais c'est l'acronyme de quoi ? » ajoute Mathieu en se saisissant de la boîte
Charles prends un moment pour réfléchir et lui réponds enfin « Micqueline. »
« Oh. »
« Bon, Micqueline, tu nous sort 3 bières s'il te plaît ? »
« Bien Charles. » réponds la madame robot
Trois pierres tombent du plafond sur la table de billard.
« Non mais trois bières, pas pierres, trois bières, les boissons. »
Trois pierres tombent du plafond dans l'aquarium.
« Bon, ok, tu viens de buter mes poissons, mais tu sais quoi on s'en fiche. Sert moi trois pierres. »
Trois pierres tombent sur Charles.
« PUTAIN MICQUELINE TU FAIS CHIER »
« Pour sa défense là tu as dit pierres. »
« Ah bon ? »
« Yup. »
Antoine pendant ce temps parcourt la collection de films pour remarquer que certains films y sont en plusieurs exemplaires.
« Dit, Charles, pourquoi t'as 20 copies de Jurassic Park ? » demande Antoine intrigué
« Bah, c'est pas les mêmes. »
« Comment ça ? »
« Bah c'est différentes cassettes, comme ça si une se casse ou la bande se démagnétise j'ai toujours une cassette de Jurassic Park. »
« Et tu trouves que c'est malin de les mettre au même endroit du coup ? »
« Ah, mais, t'inquiète pas. J'en ai aussi dans mon coffre forts et dans un dépôt de banque suisse. J'ai aussi une chambre sous vide pour empêcher l'oxydation de la bande magnétique dans laquelle j'ai la première cassette de Jurassic Park que j'ai acheté, avec l'édition collector fossile également. »
« Mais pourquoi ? »
« Bah, j'aime Jurassic Park. »
« Mais pourquoi ? »
« Fait gaffe à tes miches mon couillon. Fait bien gaffe à tes miches. »
« Moi j'adore Jurassic Park » intervient Mathieu
« Je sais pas, je vous avoue que une fois ça m'a suffit moi. »
Tout d'un coup Antoine à mal aux couilles parce que connard, tu parles pas comme ça de JP.
« Aïe j'ai mal aux couilles » dit il et c'est bien fait pour sa gueule.
« BON LE MOUCHARD DE LA FUEGO » s'écrie Mathieu avec beaucoup trop d'énergie et POURQUOI TU GUEULES ?
Un mouchoir tombe sur Mathieu.
« MICQUELINE PUTAIN » dit Charles en s'énervant, « TU ARRETES DE NOUS TIRER DES TRUCS ? Je te signale que sortir d'une boîte de céréales est pas une raison pour être nulle à chier. »
Micqueline pleure sur l'écran, on voit des larmes se dessiner.
« Oh, non, Micqueline, je voulais pas, j'veux dire, t'as la même valeur que les cuillères magiques les anneaux décodeurs, ou encore les petits sifflets diable de Tasmanie ou j'sais pas quoi... »
Micqueline continue d'afficher des images tristes sur la télé pour montrer qu'elle est trop triste.
« Non moi j'avais eu le jeu Heart of Darkness dans une boîte de céréales, bah ce jeu était une tuerie. » complète Antoine « Je suis sûr que toi aussi t'es une tuerie ma petite Micqueline, faut juste que tu te nettoie les oreilles. »
Micqueline esquisse un sourire sur la télé. Putain ça n'a aucun sens. Mathieu et Antoine semble attendris et Charles se sert un café. Heart of Darkness c'est vrai que c'était bien. Moi aussi j'l'ai eu dans une boîte de céréales Kellogs à l'époque, la belle époque, quand les gadgets c'était des CD-ROMs de démos de jeu ou des trailers de film. Ou des musiques. C'était cool. L'âge d'or.
« Vous voulez un kawa les caramels en sucre ? » demande Charles en se dirigeant vers la Fuego comme s'il ne pensait pas une seule seconde qu'ils voudraient un café.
« Nan merci, ça ira pour moi » réponds Antoine en se grattant les pieds
« Pareil. Par contre je veux bien une grenadine. » dit Mathieu
« T'entends Micqueline ? Voilà une chance de te racheter, sers une grenadine au petit Mathieu. »
Pendant qu'une grenadine sort maladroitement du bar très équipé de Charles sous forme d'un whiskey sans glace, Charles se dirige vers la Fuego pour enlever le mouchard.
Il tourne quelques secondes autour de la carrosserie en fouillant avant de remarquer un truc étrange. Il arrache la grosse balise à antenne avec marqué « Mouchard » sur le dessus collée sur l'arrière du véhicule et l'éclate sur le sol. L'objet en s'écrasant émet un léger « prout ». Les trois rigolent.
« Oh mon dieu cette balise vient de péter » s'exclame Antoine.
« T'as vraiment une fascination pour les trucs qui pètent mon touffu. » remarque Mathieu
« Mais c'est rigolo les prouts. »
Après tant de philosophie et alors que Mathieu était en train de se rendre compte que sa boisson n'était pas du tout une grenadine, la voix de Micqueline se fait entendre avec une légère détresse palpable.
« Charles, je détecte des signatures ennemies aux alentours. J'enclenche la procédure de défense. »
« D'accord Micq. »
« C'est quoi la procédure de défense ? » demande Antoine
« C'est rien, c'est juste pour faire classe. »
« Oh ok. »
« Du coup on se prépare pour aller à la filoche ? »
« On dirait bien. »
Mathieu se dirige vers la Fuego pour récupérer quelques armes. Une fois équipé il envoie ses armes à Antoine pendant que Charles se dirige vers un pan de mur sur lequel est placé un clavier. Il y tape un mot de passe : crocodile24, et le mur laisse apparaître une ouverture dévoilant une armurerie plutôt impressionnante. « Mon père était chasseur. » précise Charles en se saisissant d'un lance-roquettes.
« Oui, on en doutait pas » dit Mathieu en serrant sa ceinture. « Par contre je dois te prévenir d'un truc. Je vais plus être moi-même pendant le combat. Je vais appeler le Patron, c'est un type qui va me contrôler à ma place pour que en gros je me fasse pas buter parce qu'il est bien meilleur que moi. Et du coup ce type est un nerveux, Antoine pourra témoigner, faudra pas que tu le provoque et que tu l'agresse sinon il risque fort de… te buter quoi. »
« Oh t'inquiète je suis au courant pour Le Patron, le Prof et toute cette bande de connards. »
« Comment tu sais tout ça ? »
« J'ai lu ton dossier. »
« Ah merde. »
« T'inquiète, tes secrets sont bien gardés. »
« Qu'est ce qu'il y a dans mon dossier comme secret ? »
« Le 26 février 95 »
« Oh putain ferme ta gueule. »
« Voilà, bisettes. »
« Qu'est ce qu'il s'est passé le 26 février 95 ? » demande Antoine avec beaucoup d'entrain dans la voix.
« Eh bien… » s'apprête à répondre Charles qui est interrompu par un son d'hélicoptères et de véhicules visiblement entourant la baraque. « Merde. Pas le temps pour ces conneries. Vous êtes prêts ? »
« Toujours ! »
« Yup ! »
« Alors c'est parti. »
Micqueline affiche, grâce à ses caméras, les ennemis à l'extérieur et les cible avec des rectangles rouges. Elle propose à Charles : « Veux-tu que je leur tire dessus ? » ce à quoi Charles réponds avec un sourire « Fait toi plaiz ma cocotte. »
Micqueline armant ses canons se met à tirer des pitits cailloux sur les hélicoptères qui en ont rien à foutre. Charles se facepalm into oblivion et regardent Antoine et Mathieu avec un air désespéré.
Mathieu sort ses lunettes de sa sacoche et les garde à la main. « Les gars, j'appelle le Patron, préparez-vous. »
Antoine serre les fesses.
Mathieu enfile les lunettes et instantanément s'effondre sur le sol. Antoine se précipite à ses côtés pendant que Charles va se poster pour tirer une roquette sur un des hélicos.
« Mec ça va ? » demande Antoine en relevant Mathieu
« Je sais pas ce qu'il se passe… Le patron... »
« Oui eh bah, le Patron quoi ? »
« Je le sens plus, il est plus là. »
« Quoi ? »
« Je le sens plus, c'est la première fois, j'ai plus aucun souvenir, plus aucune connexion, il est plus là, je ressens plus le prof non plus, y'a plus personne. Putain qu'est ce qu'il se passe… »
« Merde… Tu crois qu'ils sont morts ? »
« Tous en même temps ? Non je pense que ça vient de moi. »
« Et tu t'en rends compte que maintenant ? »
« Il faut que je tente de faire quelque chose ou qu'ils tentent de faire quelque chose pour qu'on se synchronise. J'ai l'impression que leur existence est juste… stoppée. »
« Oh shit. »
« Yep. »
Une première explosion retentit et Charles lance un « FUCK YEAH » avec force alors qu'on voit sur les écrans de Micqueline qu'un hélicoptère va se crasher dans un champ environnant.
« VENEZ VOUS MESUREZ A SEBONVIEUX CHARLES Y'EN AURA POUR TOUT LE MONDE. YEEEEEEEEEEHAAAAAAAAAAAAAA »
Charles a pété un plomb.
Sur les écrans on peut voir des soldats entrer dans la maison et a peu près tout massacrer.
« MA COLLECTION DE TASSES » s'écrie Charles avant de partir à l'étage en courant par l'escalier. Antoine et Mathieu tentent de l'arrêter mais il court trop vite le salaud.
Sur l'écran on peut voir Charles qui se met au bout du couloir et commence à tirer comme un malade mental sur chaque soldat s'approchant de la vitrine ce qui a pour effet de créer une pile de cadavres devant celle-ci. Antoine se dirige vers la sortie du bunker pour aller chercher Charles alors que Mathieu reste assis sur le sol, visiblement abattu.
Sur les écrans on peut voir la multitude de soldats continuer d'affluer. Les hélicoptères en amènent toujours plus et Antoine tente de faire battre Charles en retraite qui ne semble pas vouloir s'arrêter. Tirant grenades et autres projectiles, il décime des dizaines et des dizaines de connards visiblement aveuglé par la rage. Ce type a un sacré grain.
Mathieu contemple la scène sur les écrans en tenant les lunettes à la main. Tremblant.
Antoine tente de tirer Charles par le col pour le ramener dans le bunker, mais c'était sans compter sur les soldats faisant exploser le toit et descendant des hélicoptères pour les encercler. Charles s'arrête enfin de tirer dû aux manques de munitions et voyant sa collection de tasses éclatée sur le sol, décide de lever les mains et se mettre à genoux, pleurant.
Antoine lâche son arme sur le sol ainsi que le col de Charles et lui aussi lève les mains en l'air.
Mathieu continue de regarder la scène sur les écrans.
Charles se prend un coup de crosse derrière la tête ce qui a pour effet de l'assommer. Antoine se fait quant à lui embarquer hors de la maison.
Deux soldats s'emparent de Charles et l'emmènent dans un véhicule tandis qu'Antoine est menacé de plusieurs armes dans le jardin de Charles, devant l'énorme trou qu'a fait la Fuego dans la maison.
Micqueline fait un gros plan sur Antoine qui reste stoïque face aux multiples canons pointés sur son visage.
Mathieu ne détourne pas le regard des yeux de son ami affichés avec une qualité médiocre dû au zoom trop important.
Il se lève doucement, persuadé que c'est fini, les genoux faibles, laissant tomber les lunettes de soleil derrière lui.
« J'ai pas besoin de lui. » se répète Mathieu intérieurement
Il se met à marcher, sortant ses armes. Le baroud d'honneur commence.
Lentement il se dirige vers la sortie, non gardée, ouvre la porte, ajuste ses vêtements, continue d'avancer.
Antoine le voyant sortir tente de lui crier de retourner à l'intérieur mais un des soldats lui met un coup de crosse dans le ventre. Antoine s'effondre dans la poussière.
Mathieu est seul, personne pour l'aider.
Une fois un peu plus avancé, Mathieu est instantanément maitrisé par deux soldats planqués dans la pièce. Antoine, Mathieu et Charles sont embarqués chacun dans un véhicule, attachés et assommés.
L'armée se retire petit à petit, laissant derrière elle la maison de Charles à moitié détruite, le bunker heureusement intact avec sa femme et Micqueline à l'intérieur, et les voitures contenant les héros démarrent en trombe avant de prendre la route avec le reste du déploiement.
Le calme s'installe, aux alentours pas un seul bruit n'est entendu. La faune se tait, le vent ne souffle pas, et ni véhicule ni habitant ne semble se manifester.
C'est comme si rien ne s'était passé, si on fait abstraction de l'énorme ruine fumante qu'est la demeure de Charles.
Sur le côté, à la lisière du bois, se trouve une Renault Fuego noire cachée derrière les arbres et buissons.
Sur le siège passager est assis un homme, frêle, à lunettes, avec un nœud papillon à carreaux noirs et blancs et une blouse blanche immaculée. Visiblement troublé par la scène qui vient de se dérouler, il n'arrive pas à quitter ses yeux de la ruine de la maison un peu plus loin, les mains accrochées au tableau de bord.
Sur le sol devant le véhicule tombe une cigarette à moitié consumée, écrasée par une chaussure d'un mouvement calme.
