Et voilà le chapitre 10!
N'hésitez pas à me laisser vos impressions, ça fait toujours plaisir :)
Bisous!
-On ne peut pas les laisser partir !
-Milo calme-toi !
-Mais Camus ils vont quitter le pays !
-Pas ce soir en tout cas.
Le français saisit son colocataire par les épaules et l'obligea à regarder dehors : le ciel était presque totalement obstrué par de gros nuages noirs et cela ne présageait rien de bon pour la suite des évènements. Avec un temps pareil, l'avion que Rhadamanthe comptait apparemment prendre pour quitter le pays ne décollerait jamais et il serait immobilisé à l'aéroport toute la nuit.
-Alors calme-toi, assieds-toi et cherchons une solution autre que ''sortir et leur casser la figure'' s'il te plaît.
Depuis qu'il était revenu, Milo tournait en rond dans l'appartement, à la recherche d'un plan diabolique qu'il pourrait infliger à Rhadamanthe pour l'empêcher de filer à l'anglaise avec son ami Kanon. Sauf qu'il semblait oublier l'autre type qui était avec eux et qui n'avait pas l'air d'être un tendre. Camus tenait à sa vie et ne la risquerait pas pour un type qui avait impunément jeté une petite souris par la fenêtre. D'un point de vue personnel, il pensait qu'il n'avait que ce qu'il méritait mais il n'était pas certain que Milo apprécierait ce point de vue. Pas du tout même.
-Mais que veux-tu faire d'autre que lui planter un couteau à fromage entre les deux yeux pour l'empêcher de s'en aller ? Tu veux aller discuter tranquillement avec lui peut-être ? Eh bien vas-y je t'en prie !
-Tout d'abord commence par me parler sur un autre ton, Milo, je ne suis pas ton souffre-douleur. Ce n'est pas de ma faute si ton ami s'est fourré dans je ne sais quel pétrin !
Milo soupira tout en se laissant aller vers l'arrière du canapé : cet abruti d'anglais allait s'envoler pour l'Egypte avec Kanon et il ne pouvait rien faire pour l'aider ! Si seulement il avait réagi plus vite, il aurait pu sauver Kanon bien plus tôt, bien avant qu'il ne se fasse endoctriner de la sorte par les faux discours de ce beau parleur. Il se sentait tellement frustré de ne pas pouvoir le retenir, il aurait voulu sortir et le persuader de rester, mais Camus avait raison : ça ne servirait à rien. Non seulement Kanon ne semblait pas apte à réfléchir seul mais en plus les deux autres ne seraient certainement pas enclin à le laisser partir.
-Pardon, murmura-t-il comme Camus venait de s'asseoir à côté de lui, je suis désolé. Mais je voudrais tellement pouvoir faire quelque chose.
-J'ai peut-être une idée…
Aussitôt, Milo tourna la tête vers lui, une énorme lueur d'espoir débordant de ses jolies prunelles dorées : Camus était vraiment l'homme de la situation. Et, même si le français n'était pas persuadé que cela soit réellement efficace, il se dit que ça ne leur coûtait rien d'essayer, de toute façon.
-Je t'écoute Camus, ne me laisse pas attendre !
-Est-ce que tu sais où habite son frère ?
-Euh, oui je le sais mais qu'est-ce que tu veux qu'il…
Tout à coup, le grec se tut : Camus avait une idée de génie ! Même si Kanon avait coupé tout lien avec son frère, celui-ci ne refuserait jamais de l'aider ! Milo connaissait bien Saga et sous ses airs parfois un peu spéciaux, c'était une personne très réfléchie et qui aimait profondément son frère. Il s'était d'ailleurs longtemps demandé pourquoi il n'était jamais réapparu après l'installation définitive de Rhadamanthe chez Kanon. Milo avait toujours pensé qu'il ne cèderait jamais sa place et pourtant, du jour au lendemain, il s'était volatilisé pour de bon.
Sans perdre une minute, il passa chaque endroit susceptible de contenir l'adresse du second gémeau au peigne fin : si seulement il avait eu plus d'ordre, il aurait déjà mis la main dessus et ne serait pas en train de s'énerver tout seul. Il faudrait vraiment qu'il remédie à cela ! Il continua à se lancer toutes sortes de noms d'oiseaux pendant quelques minutes, sous le regard mi- amusé, mi- blasé de son colocataire avant de finalement mettre la main sur le bout du papier qu'il brandit fièrement.
-Le voilà !
Bon, maintenant il ne leur restait plus qu'à trouver un moyen de transport. L'idée d'aller réveiller Shura traversa un instant l'esprit du français mais cette même idée disparut aussi vite qu'elle était venue : et si jamais ce satané Dokho était là, il n'était pas certain de pouvoir se retenir de lui sauter dessus pour le dispenser de l'appareillage masculin qui lui avait coûté son couple. Et de faire de même avec Shura, par la même occasion. Comme ça au moins il ne briserait plus jamais le cœur de qui que ce soit. Mauvaise idée. Très mauvaise idée.
-Cam' ?
-Est-ce qu'on peut y aller en métro ?
-Je pense oui…
-Très bien, alors prends ta veste.
-Quoi mais…maintenant ?
-Oui Milo, pas au printemps ! A moins que tu ne veuilles voir ton ami te filer sous le nez ?
Ah ça non, il ne voulait pas perdre Kanon mais…enfin tout de même, il était fort probable qu'il pleuve dans peu de temps et peut-être même qu'il y aurait de l'orage et alors là…il ne répondait plus de rien ! Il avait déjà eu du mal à se contrôler bien au chaud dans les bras de Camus alors dehors, dans le froid, sous la pluie, susceptible de se faire foudroyer à tout moment…non vraiment, il ne pouvait pas !
-Bon Milo tu viens ou tu restes planté là comme une plante verte ?
-Mais Camus, je peux pas je…
-Bien sûr que si Milo tu peux, fais-le pour ton ami.
Il souffla pour se donner du courage et tendit une main tremblante vers la veste que Camus lui tendait. Il l'enfila rapidement avant de suivre son colocataire, déjà partit dans les escaliers. Bon, s'il commençait déjà à l'abandonner comme ça dans le noir, il allait vraiment finir par faire un infarctus.
-Hé attends-moi ! Camus !
Le français leva les yeux au ciel tout en ralentissant pour attendre l'escargot qui lui servait de colocataire. Escargot qui ne mit d'ailleurs pas longtemps à venir se gluer contre lui, un bras enroulé autour du sien au cas où il aurait décidé de lui faire faux bond. Il rentra la tête dans les épaules en bougonnant comme les premières gouttes de pluie pointaient le bout de leur nez.
-Saloperie…
-Ça t'arrive d'arrêter de te plaindre, parfois ?
Pour seule réponse, Milo haussa les épaules tout en rabattant sa capuche sur le haut de son crâne. Cette nuit promettait d'être très longue. Et il ne croyait pas si bien dire.
Aiolia ronronnait presque de plaisir, blotti contre sa petite amie. Il avait enfin réussi à l'approcher, après lui avoir promis mille et une fois qu'il s'était excusé auprès de Milo. Bien sûr, elle était encore réticente mais au moins elle n'avait pas essayé de l'assommer avec le vase en cristal posé sur la table du salon dès qu'il était venu se couler avec elle sur le canapé. Et maintenant elle était endormie contre son épaule, n'ayant certainement trouvé aucun intérêt au documentaire barbant qui passait à la télévision.
C'est donc avec toute la délicatesse qui le caractérisait qu'il souleva sa jolie rousse dans ses bras, bien décidé à la mener jusque dans la chambre. Il n'allait tout de même pas dormir sur le canapé maintenant qu'il était réconcilié avec sa chère et tendre ! Il déposa doucement le corps de Marine sur le lit et la recouvrit de la couverture avant d'aller lui-même se déshabiller dans la salle de bains. Il revint quelques minutes à peine plus tard et se glissa lui aussi sous les draps mais, alors qu'il allait se coller contre elle, sa voix s'éleva dans la pièce, froide.
-Je peux savoir ce que tu fais, Aiolia ?
-Eh bien je m'apprête à dormir contre l'amour de ma vie ?
-Est-ce que tu crois encore aux contes de fée ?
-Je ne vois pas pourquoi tu me demandes ça…
-Alors rejoins tout de suite tes quartiers. Ne crois pas que c'est parce que tu es allé t'excuser auprès de Milo que je t'ai pardonné. J'attendrais qu'il m'appelle pour confirmer tes dires.
Il n'en revenait pas : il avait fait la démarche de son gré et maintenant il devait attendre que cette petite catin daigne donner signe de vie ! En plus, il était persuadé qu'il allait le faire languir : il se fichait bien de mettre fins à ses souffrances au contraire, il devait rire sous cape en ce moment même ! Rassemblant tout son malheur, il partit, un oreiller sous le bras pour rejoindre le salon où il allait bientôt définitivement établir domicile. Il avait des courbatures et ne se sentait pas du tout rassuré face à la grande baie vitrée mais ça, Marine s'en fichait.
Oh oui, elle ne voyait plus que par son ami qu'il avait malencontreusement offensé. Milo par-ci, Milo par-là, il allait bientôt finir par croire qu'elle en pinçait pour lui, tiens ! Heureusement qu'il n'était pas jaloux. Voyant tous ses rêves réduits en cendres, il dut bien se plier face à l'autorité et sa petite amie et dormir sur le canapé. Espérant simplement que son imbécile d'ami l'appellerait dans les plus brefs délais ! Si seulement il savait…
-Pardon…oups, désolé.
Slalomant entre deux drogués et une mamie qui serrait exagérément son sac à main contre elle, Milo finit par trouver une place. Un peu plus loin, victime de sa trop grande délicatesse et de son dégoût à toucher ce genre de ''spécimens mentalement atteints'', Camus avait plus de mal à se frayer un passage. Il finit tout de même par y arriver, après avoir vaincu ses réticences à effleurer la main d'un autre garçon. C'est donc avec un énorme soupir de soulagement qu'il se laissa tomber auprès de Milo avant de se raidir : il ne savait pas qui s'y était assis avant lui ! C'était peut-être un lépreux ou un sale gosse qui avait la varicelle. Les transports en commun, ce n'était définitivement pas son truc.
-Chochotte.
Un éclair fendit le ciel tandis que le bruit du métro masquait partiellement le craquement qui venait d'exploser. Aussitôt, Milo se renfrogna.
-Tu disais ? Ironisa son colocataire en le sentant se rapprocher imperceptiblement de lui.
-Rien du tout !
Un léger rire franchit la barrière de ses lèvres : Milo était vraiment un grand râleur. Pas étonnant qu'il vive seul : il devrait être immunisé celui qui vivrait définitivement avec lui. Mais au moins, ça donnait un peu de relief à la vie. C'était très différent du Shura qu'il connaissait qui était certes très extraverti mais morne et sans surprise. Avec Milo, la surprise était toujours au rendez-vous et ce n'était pas pour déplaire au français, bien au contraire.
-Saga a tout intérêt à ne pas faire d'histoire, sinon je l'étripe.
-Tu as de charmantes idées ce soir Milo.
-Et tu n'imagines même pas ce que je pense.
Oh si, Camus voyait parfaitement les bulles sortir de la tête de son colocataire toutes plus remplies de pensées sadiques et narquoises. Sous ses airs angéliques Milo aurait fait un parfait tueur en série. D'ailleurs, il était peut-être de mèche avec cet anglais et l'entraînait dans un piège ! Non, il devenait parano.
-Dans combien de stations est-ce qu'on s'arrête ?
-On va jusqu'au terminus.
La mine de Camus se décomposa : tout ce temps dans cet engin de la mort, c'était vraiment pénible pour lui. En plus, à cette heure déjà avancée, il n'y avait pas que du beau monde dans le métro, loin de là même. Il suffisait de voir à quelle vitesse les jeunes filles et les vieilles dames descendaient dès qu'il y avait un arrêt de station pour comprendre qu'elles craignaient quelque chose. Et ce quelque chose, c'était les drôles de gars assis quelques sièges devant et derrière eux de quoi faire flipper le plus grand des saints, vraiment.
-Tu n'as jamais pris le métro, Camus ? Demanda finalement Milo pour meubler le silence et surtout parce qu'il avait bien remarqué que le comportement de son colocataire était étrange.
-Non, Shura avait une voiture.
-Et quand tu étais plus jeune ?
-Mes parents avaient un chauffeur.
-Eh bah, on ne devait pas s'embêter chez toi !
Milo se souvenait encore de ses années d'études où il devait tous les jours s'agglutiner contre les vitres d'un métro trop plein, matin et soir. Il pouvait presque encore sentir les relents nauséabonds qui planaient autour d'eux les jours d'été, quand certains rois de la propreté prenaient les transports en commun. C'était tout bonnement insupportable parfois alors quand Camus lui disait ne jamais y avoir mis les pieds, il se dit qu'il avait beaucoup de chance. Et probablement beaucoup d'argent aussi, mais ça il n'en doutait plus.
-Détrompe-toi Milo, l'argent ne comble pas les longues après-midi d'absence.
Depuis sa plus tendre enfance, Camus avait toujours eu droit à ce genre de raisonnement hâtif : toi tu as de l'argent alors, tu es plus heureux que nous ! Mais ce que les autres ne savaient pas c'était que la plupart du temps, le petit garçon qu'il était alors goûtait avec sa gouvernante et faisait ses devoirs avec un professeur particulier mais jamais en présence de ses parents. Ses parents étaient toujours absents et Camus avait longtemps souffert de sa solitude avant de finir par s'y habituer et s'y complaire. Quand il avait quitté le domicile familial, il avait presque eu l'impression de quitter un hôtel où il serait resté pendant vingt ans.
Milo détourna alors la conversation, voyant que Camus ne souhaitait visiblement pas aborder le sujet de sa famille et puis de toute façon, comme il le lui répétait toujours : il n'avait rien à dire. Sa mère s'était contentée de le mettre au monde et son père n'avait fait que décider quel type d'étude il suivrait. Le reste de son éducation avait été pris en charge par différentes personnes certaines dont il avait même oublié le nom.
-Qu'est-ce que tu as fait comme études ?
-Mon père voulait que je sois journaliste, mais courir après les ragots, ce n'est pas quelque chose que j'aime. Quand je suis parti de chez moi, c'était dans l'intention de devenir écrivain. J'ai eu la chance de croiser Shura, il m'a beaucoup soutenu et grâce à lui, j'ai pu croire en un rêve que mes parents s'étaient toujours efforcés de refouler. Sans lui je n'aurais jamais écrit la moindre ligne. Mais parfois je me demande si je n'aurais pas mieux fait de ne jamais croiser sa route.
Les grands yeux mielleux du grec se posèrent sur le visage maintenant triste de son colocataire et, aussitôt, il détesta Shura. Il le détesta pour tout le mal qu'il lui avait fait : comment pouvait-on faire souffrir une aussi belle personne que Camus ? C'était tout bonnement impensable. Il se jura alors de lui arracher chaque millimètre carré de peau si un jour il croisait sa route, histoire de venger le français.
-Soit pas triste mon Camus, dit-il en venant se boudiner contre lui, moi je suis là maintenant !
-A la bonne heure, je suis sauvé, boule de poils répondit affectueusement Camus en ébouriffant ses cheveux, le faisant râler et enfouir son visage contre son cou pour se protéger de l'assaut cajoleur.
-Arrête de me prendre pour Mitsou, bouda-t-il sans vouloir quitter son cou.
Ils restèrent ainsi près d'une heure si bien que le grec commençait presque à somnoler, enveloppé dans chaleur et le confort du métro. Il serait resté ainsi contre son Camus pendant toute la nuit s'il avait pu sauf que le Camus concerné le secoua finalement doucement par l'épaule, l'informant qu'ils allaient arriver dans quelques minutes à peine. Après plusieurs tentatives, il finit enfin par extirper Milo de son siège. Une fois dehors, le jeune homme frissonna, remonta la fermeture éclair de son manteau et vint se coller tout contre Camus.
-Ce n'est pas humain un froid pareil !
-Pauvre Mimi, tu veux que je demande à dame nature d'augmenter la température ?
Là, pour le coup, le petit cœur du grec venait de se réchauffer très agréablement : c'était la première fois que Camus s'autorisait à lui donner un petit surnom et ça, ce n'était pas négligeable. Il aimait cette proximité qui s'installait petit à petit entre eux, gonflant doucement ses espoirs secrets : après tout, pourquoi n'aurait-il pas enfin droit au bonheur lui aussi ? Il voyait en Camus le rêve d'une nouvelle vie une vie simple et sans embûche, la vie dont il avait toujours rêvé. Il y touchait à présent du bout des doigts et il n'était pas déterminé à laisser la lueur s'éteindre. Dès que tout cela serait fini, il devrait se lancer.
-Tu rêves ?
-De toi oui.
Camus leva les yeux au ciel pensant que, décidément, Milo était un beau parleur. Mais ils n'étaient pas là pour roucouler au contraire ! Ils avaient une mission importante dont ils ne devaient pas se détourner : retrouver Saga.
-Où est-ce qu'on va maintenant ?
-Nous ne sommes plus très loin.
Ils marchèrent encore quelques minutes avant de finalement arriver devant un grand portail en fer forgé. Milo n'eut aucune difficulté à entrer le code d'accès, laissant un long chemin s'étendre devant eux. Au bout, une petite maison coquette et d'apparence chaleureuse ce qui n'avait aucun rapport avec le taudis dans lequel vivait le premier des jumeaux.
-Tu es certain que c'est ici ?
-Oui, c'était la maison de leurs parents.
Milo souffla un coup pour se donner du courage n'étant plus revenu ici depuis des années et il ignorait si Saga se souviendrait encore de lui il l'espérait vraiment car l'aîné des jumeaux était leur dernier espoir pour sauver Kanon. Ils attendirent quelques minutes avant de finalement entendre des pas dans le hall d'entrée. La porte s'ouvrit alors…sur une personne que Milo n'avait jamais vue de sa vie : se serait-il vraiment trompé ?
Allongé sur le lit à présent vide et froid de sa chambre à coucher, Shaka se sentait bien seul. Il avait réussi à combler sa journée entre méditations et prières mais à présent, alors qu'il était plongé dans l'obscurité pernicieuse et silencieuse de la nuit, il se sentait seul. Habituellement, Mu était là pour le prendre contre lui et, même si Shaka ne le lui avait jamais avoué, il appréciait particulièrement ces moments d'intimité. Mais le savait-il vraiment lui-même ? Il l'ignorait grandement. Il avait toujours pensé n'avoir besoin de rien ni de personne tant que bouddha veillerait sur lui mais il prenait aujourd'hui conscience de son immense désarroi. Il s'était habitué à Mu et sa manie de toujours s'endormir avec une main glissée sur son épaule. Il reconnaissait l'odeur sucrée de sa peau au petit matin et aimait calquer sa respiration sur la sienne lorsqu'il lui arrivait de se réveiller en pleine nuit.
Il grogna tout en roulant sur le côté, atteignant ainsi l'oreiller de Mu et son odeur lavande. Cela l'apaisait bien plus que les bâtonnets d'encens qui embaumaient la chambre. Dans un mouvement de rage, il se releva et jeta dans un sac tout ce qui pouvait se rapprocher de près ou de loin à de l'encens : il ne pouvait plus supporter cette odeur qui lui rappelait toujours plus la raison du départ de Mu : son goût un peu trop prononcé pour la religion. Mais ce n'était pas sa faute bouddha était tout pour lui ! Mu ne savait rien, bouddha l'avait sauvé. Sans lui il ne serait plus de ce monde mais sa foi l'avait aidé à survivre.
Il pensait que Mu l'aurait au moins appelé mais non, rien. Son désormais ex petit-ami l'aurait-il déjà oublié ? L'égo de l'homme le plus proche de bouddha en prenait un coup lui qui pensait être indispensable à la vie d'autrui commençait doucement à se demander si ce n'était pas plutôt le contraire. C'est vrai après tout il avait presque l'impression de devenir fou sans Mu à ses côtés. Non, il n'arrivait plus à penser correctement. Soupirant d'exaspération, il sortit de la chambre et se dirigea vers sa salle de méditations. Il alluma une bougie qui éclaira le bouddha grandeur nature qui trônait contre un pan de mur et prit la position du lotus pour communiquer avec sa divinité tant aimée.
-Oh grand bouddha, pardonnez mon moment de faiblesse. Je vous serai toujours fidèle continuez à guider le cours de mon existence et si Mu ne doit pas en faire partie alors…tel est votre désir, grand bouddha. Avec vous auprès de moi je n'ai besoin de personne d'autre.
Oui, c'est ce qu'il se répétait à longueur de temps, presque pour se prouver que c'était vrai et pourtant, il savait que ça ne l'était pas : il avait besoin de Mu. Il vivait sa première désillusion amoureuse mais il savait qu'il parviendrait à se remettre sur pieds Mu n'était qu'un mortel après tout, et l'avorton qui le suivait comme son ombre aussi, il méritait mieux que ça, bien mieux. Il était la réincarnation d'une divinité après tout.
-Oui ? Que puis-je faire pour vous ?
Camus, à moitié dissimulé derrière Milo, attendait que celui-ci réagisse mais apparemment, son colocataire était plongé dans un profond mutisme dont il peinait à sortir. Et pour cause : le jeune grec se demandait de plus en plus s'il ne s'était pas trompé d'adresse : quelle était cette tignasse qu'il ne connaissait pas ? Un coup de coude dans les côtes le fit sortir de son silence et, après avoir envoyé un regard meurtrier à un Camus qui feignait les innocents, il se lança.
-Est-ce…est-ce que Saga est là ?
Le regard envoutant du jeune homme s'assombrit aussitôt, comme s'il cherchait à protéger le maître des lieux. Milo espéra ne pas avoir fait une bourde : il avait vraiment besoin de Saga.
-Qu'est-ce que vous lui voulez ?
-Shion ? Qui est-ce ?
-Personne, Saga, ne t'inquiète pas. J'arrive dans une minute.
Ouf. Saga était bel et bien là, c'était déjà ça. Milo lança un regard désespéré à son colocataire qui semblait plus à l'aise pour parlementer mais visiblement, celui-ci évitait toute implication personnelle, trouvant un intérêt tout particulier au nain de jardin placé en décoration devant la porte. Vive la solidarité ! Une brise plus froide que les autres le fit frissonner, le poussant à agir s'il ne voulait pas terminer en esquimau glacé géant.
-C'est à propos de Kanon.
Le dénommé Shion planta son regard dans le sien, ce qui déstabilisa légèrement le grec. Il cherchait à sonder son âme, tentant d'y déceler la moindre once de mensonge qui pourrait encore faire souffrir Saga. Depuis le temps qu'il vivait avec lui, Shion avait compris à quel point le sujet Kanon était un sujet sensible et capable de réduire à néant le moral déjà difficilement au beau fixe du second jumeau. Il le voyait chaque jour tourner en rond en attendant le passage du facteur, espérant toujours qu'une lettre de son frère lui parvienne. Mais il n'y avait jamais rien. Alors il s'enfonçait dans son mal être et refusait l'aide de quiconque pas même la sienne.
-Je ne pense pas que…
-S'il te plaît, c'est vraiment important.
Après un dernier moment d'hésitation, Shion finit par s'effacer, laissant ainsi pénétrer les deux visiteurs à l'intérieur. Aussitôt, Milo soupira d'aise en sentant la chaleur du feu de cheminée venir réchauffer ses joues déjà un peu rosies. Ils suivirent tous les deux le jeune homme qui les guida jusqu'au salon, où Saga était assis dans un des fauteuils et écrivait…probablement une lettre destinée à Kanon.
-Alors, qui était-ce ? Demanda-t-il sans quitter son travail des yeux.
-Saga, ces deux personnes souhaitent te parler.
Le plus âge sembla étonné de recevoir de la visite si bien qu'il quitta un instant sa lettre des yeux pour regarder qui venait lui rendre visite aussi tard. Il ne put retenir un petit cri de stupeur en voyant Milo là, dans son salon. Il ne l'avait plus vu depuis deux ans depuis le jour où il avait quitté l'appartement de Kanon et aujourd'hui, alors qu'il n'espérait plus le revoir, il était devant lui. Il se leva d'un bond, laissant son stylo s'échouer sur le sol et vint serrer son ancien ami dans ses bras.
-Milo ! Oh mon dieu, ça fait si longtemps ! Je n'espérais plus te revoir si tu savais comme ça me fait plaisir !
Emu lui aussi de revoir cet homme qu'il connaissait si bien, Milo lui rendit son étreinte quelques secondes. Saga avait toujours été une personne très chère à son cœur et surtout, il avait toujours été le pilier qui les empêchait de s'entretuer en temps de dispute, Kanon et lui. Il avait l'habitude de beaucoup se confier à lui lorsque Kanon était absent ou simplement quand il désirait un avis plus sage et plus éloigné sur certains actes de sa vie. Saga savait tout de lui ou presque et sa présence lui avait vraiment manquée. Lorsqu'ils se séparèrent, Milo attrapa Camus par la main pour le faire avancer lui qui était resté en retrait depuis tout à l'heure.
-Saga, je te présente Camus, mon colocataire.
-Bonsoir…
Mais le français n'eut pas le temps de prononcer une politesse de plus que déjà, il se retrouvait dans les bras d'un homme qu'il ne connaissait pas. Saga souffrait visiblement d'une carence affective sinon pourquoi se serait-il jeté sur lui comme un rapace sur un ver de terre? Milo rigola un peu en voyant la mine blasée de Camus, qui n'était pas une personne très tactile. Shion, lui, savourait simplement ce moment. Il n'avait plus vu Saga aussi heureux depuis bien longtemps et ça, ça lui faisait chaud au cœur. D'ailleurs, une fois les embrassades terminées, Saga l'attrapa par les épaules pour lui aussi le présenter dans les règles.
-Et moi je vous présente Shion. Nous sommes…amis.
Ils échangèrent un regard complice car après tout, c'est bien que ce qu'ils étaient, n'est-ce pas ? Même s'ils ne pouvaient nier ni l'un ni l'autre sentir une attirance réciproque, ils n'avaient jamais dépassé le stade amical. Saga était encore bien trop sensible psychologiquement pour se lancer dans une autre relation il souffrait encore bien trop de la perte de son frère.
-Milo…
-Saga, nous devons parler.
-C'est Kanon, n'est-ce pas ? Il lui est arrivé quelque chose ?
Aussitôt, l'aîné des jumeaux commença à paniquer : depuis plusieurs jours il ressentait un profond malaise qu'il savait lié à son frère mais, comme si Kanon tentait de brouiller la connexion qui les unissait, il ne parvenait pas à déterminer les causes de ce malaise. Alors évidemment, voir Milo débarquer chez lui en pleine nuit et lui annoncer aussi solennellement qu'ils devaient parler, ça ne le rassurait vraiment pas.
-Calme-toi. Rien de grave pour l'instant mais on ferait mieux de s'asseoir.
-Comment ça ? Est-ce que tu te fiches de moi, Eaque ? Tu aurais dû les empêcher d'entrer ! Non nous ne contrôlons pas la situation : notre vol a été reporté à demain pour cause d'intempérie. Nous allons dormir à l'hôtel, toi débrouille-toi pour réparer ce que tu as fait !
Rhadamanthe raccrocha violemment le combiné : plus rien ne marchait comme prévu ! A l'heure qu'il était, ils auraient déjà dû quitter le sol américain mais non ils y étaient encore ! Et tout ça à cause de ces fichus orages et du manque de compétence des pilotes : lui n'aurait pas hésité une seule seconde à décoller, quelques éclairs ne lui faisaient pas peur. A cause de cela, il allait encore devoir patienter pour enfin retrouver celui qu'il aimait, il allait encore devoir subir une journée de plus loin de lui.
-On dirait que…tes plans tombent à l'eau.
-Ferme-la. Minos, fais-le taire.
Ne voulant pas contrarier l'anglais qui était visiblement très en colère, Minos s'exécuta. Il asséna Kanon d'un violent coup à la tête, lui faisant perdre à moitié connaissance. Il reporta ensuite tout son attention sur Rhadamanthe, qui avait maintenant la tête collée contre la vitre et regardait avec dépit les litres d'eau qui s'échouaient sur le sol. C'était bien leur veine ! Il y avait eu un temps parfait pendant plus d'une semaine et justement le jour où ils décidaient d'enfin partir, la nature se retournait contre eux.
-Si jamais on ne peut pas décoller demain, je bute tout ce qui bouge.
Sachant pertinemment que dans un état d'esprit pareil l'anglais était capable de tout, Minos se dit qu'il prierait ce soir même pour empêcher une quelconque catastrophe. Rhadamanthe était au bout du rouleau et il le voyait il commençait même à se demander si ces dernières années ne l'avaient pas rongé de l'intérieur : car après tout, quoi qu'il puisse dire, il avait dû s'attacher un minimum au marina ce n'était pas possible autrement. Une fois qu'un être humain partageait une vie aussi intime avec une autre personne, des liens devaient forcément se créer. Et Rhadamanthe devait en être malade, lui qui avait toujours juré fidélité et amour à son amant perdu…
-Quel est le plan, maintenant ?
-Rien ne change. Nous partirons demain en soirée nous ne pouvons pas prendre le risque de voler en plein jour avec ce déchet, répondit-il d'un air dédaigneux en pointant Kanon du menton. Maintenant va-t'en, je veux être seul.
Sans rien ajouter, Minos se retira, laissant ainsi l'anglais seul avec ses pensées. Celui –ci resta un long moment debout sans bouger, se contentant simplement de fixer les étoiles d'un regard à la fois terne et coléreux : et si c'était un signe du destin ? Si son amant voulait l'empêcher de commettre l'irréparable ? Non, il devenait complètement sénile : l'amour de sa vie ne pouvait que respecter sa décision. Bientôt ils seraient à nouveau ensemble, il n'aurait plus à supporter cette vie où il n'avait plus sa place. Il retrouverait son étoile, son soleil pour toujours. Et ce n'était pas un orage miteux qui le détournerait de son chemin.
Mu rentra à pas de loup dans sa chambre d'hôtel : à l'intérieur, Kiki dormait déjà du sommeil du juste. Lui ne trouvait pas le sommeil. Il avait plusieurs fois pensé à appeler Shaka mais il refusait de se soumettre aux caprices de celui-ci. Il n'avait rien fait de mal, c'était l'hindou qui était en tort, avec ses fabulations et ses idées à dormir debout. Vendre un enfant pour assurer la prospérité de sa pseudo-connexion abracadabrante, c'était tout de même un comble ! Si réellement il avait été amoureux de lui, il aurait compris qu'il ne pouvait pas faire un tel choix.
Et quand il se rendait compte que son idylle n'avait été qu'illusion et que ses sentiments n'étaient pas partagés, cela le faisait abominablement souffrir. Lui avait été et était encore profondément amoureux de cet homme qu'il avait rencontré au détour d'un voyage. Oh bien sûr il avait parfois eu du mal à le suivre dans ses délires psychotiques mais tout de même, Shaka avait un charme qui le rendait raide dingue de lui. Peut-être était-ce cette particularité spirituelle, justement ? Il n'en savait rien.
Il se glissa à son tour sous les draps, son portable toujours en main : aucun message, aucun appel. Cela prouvait à quel point son ex petit-ami devait tenir à lui. Et cette attente, cet espoir de recevoir ne serait-ce qu'un signe et qui le poussait à regarder l'écran de son téléphone toutes les deux minutes était insupportable. Il avait l'impression qu'une part de lui-même s'était perdue et ce manque broyait son cœur entre deux étaux douloureux.
-Shaka, murmura-t-il dans la nuit, laissant quelques larmes sournoises perler au coin de ses yeux.
Il lui était difficile de tirer un trait sur le passé il avait tout quitté pour lui et aujourd'hui, il le quittait pour rejoindre son passé. Kiki avait semblé plutôt ravi de cette décision de retour aux sources mais après tout, Shaka ne lui avait jamais donné l'occasion d'apprendre à le connaître alors bien sûr, il ne l'aimait pas beaucoup, son joli blond. Il jeta un coup d'œil sur son petit rouquin qui dormait dans une position définitivement bizarre : il avait rarement vu quelqu'un dormir étalé de ton sou long en travers du lit, la tête pendante à l'extérieur. Au début, il s'entêtait à le recouvrir chaque soir mais, quand au petit matin il le retrouvait dans la même position, il s'était bientôt découragé.
Alors bon. Il avait réussi à dégoter deux billets d'avion pour le lendemain, direction Jamir. Ses montagnes, son espace vert et apaisant, tout ce dont il avait besoin pour oublier l'hindou. Ou pas. Il espérait en tout cas vraiment qu'il réussirait à l'oublier sans trop de difficulté il ne voulait pas tomber dans une de ces phases psycho-dépressives qu'il observait régulièrement autour de lui après une rupture amoureuse. Non : Shaka ne méritait pas qu'il se fasse du mal pour lui. Il devait vivre à nouveau sans se soucier de cet homme qu'il avait autant aimé que haï aujourd'hui. Il arriverait à se relever, avec ou sans sa contribution.
-Saga, Saga calme-toi !
-Laisse-moi Shion, ce salaud a mon petit frère avec lui. Si tu crois que je vais le laisser l'emmener sans rien faire tu te trompes !
-Personne ne te demande de l'abandonner, Saga, et certainement pas moi tu le sais. Juste, prends le temps de réfléchir, ne fonce pas tête baissée.
Dès que Milo lui avait raconté que Rhadamanthe comptait quitter le pays avec Kanon, le second jumeau était devenu fou : il était hors de question qu'on lui arrache son petit frère adoré une seconde fois, non ! Il ne pouvait pas le concevoir et d'ailleurs, il refusait cette idée.
-Shion a raison, Saga, nous devons mettre un plan sur pieds.
-Je n'ai pas besoin de plan, Milo, je sais ce que je dois faire : sauver mon frère. Je n'ai pas besoin de réfléchir pour ça. Ce ne serait qu'une perte de temps. Kanon a besoin de moi et je n'attendrai pas une seconde de plus, j'ai déjà assez attendu. Il risque le pire à cause de moi et mon incompétence.
Sous les regards dépités des trois autres, il saisit ses clefs de voiture et sortit à toute allure : tout ça c'était de sa faute ! Il avait pensé que si Kanon ne lui répondait pas c'est parce qu'il ne voulait plus entendre parler de lui mais il n'avait jamais pensé à l'éventualité que cette pourriture d'anglais ait pu le manipuler. Depuis le début il l'avait trouvé louche sous ses grands airs mais quand son frère en démentait avec tant de hargne, il préférait se taire. La seule chose qu'il demandait c'était de pouvoir rester auprès de lui et au final, il s'était royalement fait avoir. Il avait cru ce Rhadamanthe quand il lui avait dit que Kanon avait besoin de réfléchir, qu'il ferait mieux de le laisser un petit moment. Il était parti.
Il l'avait encore cru quand il lui jurait au téléphone que tout se passait pour le mieux et que Kanon ne souhaitait toujours pas le revoir. Il s'était alors installé dans la maison de leurs parents et puis, petit à petit, Rhadamanthe n'avait plus répondu aux appels. Il avait même pensé, quand une boîte vocale l'informait d'une erreur de numéro, que son jumeau avait choisi d'en changer pour ne plus être dérangé. Mais il avait eu faux sur toute la ligne ! Comment avait-il pu penser une seule seconde que ce lien si puissant qu'il y avait entre eux avait été réduit à l'état de poussière ? Kanon était son jumeau, la personne la plus importante à ses yeux, mais il l'avait abandonné. Il s'en voudrait toute sa vie.
Alors qu'il allait démarrer le contact, il vit une silhouette ouvrière la porte côté passager avant que Shion ne s'engouffre à l'intérieur, à côté de lui.
-Qu'est-ce que tu fais ?
-Si tu penses réellement que je vais te laisser filer si facilement, tu te trompes.
-Shion s'il te plaît, c'est une histoire de famille.
-Ca je l'ai bien compris. Mais j'ai toujours été là Saga, toujours. J'estime donc avoir ma place à tes côtés moi aussi.
Il posa ensuite une main sur la sienne, tremblante sur le volant. Lorsque son regard embué croisa le sien, Saga entrelaça leurs doigts, acceptant ainsi sa présence. Sauf qu'il ne s'attendait pas à ce que deux autres individus ne les rejoignent.
-Les gars soyez sérieux !
-Kanon est mon ami Saga, je ne le laisserai pas tomber.
Bon, Camus ne pouvait pas tenir le même genre de discours, lui qui n'avait connu Kanon que sous son jour de tueur de souris mais tout de même il devait veiller sur Milo. Gauche comme il était, le grec aurait bien été capable de se perdre dans l'aéroport ou se faire écraser en traversant la route. Alors il l'accompagnait.
Saga jeta un coup d'œil dans son rétroviseur : le moment était venu. Ils s'étaient engagés ensemble alors maintenant, il ne leur restait plus qu'à retrouver Kanon.
-Tiens bon petit frère.
Il s'engagea sur la route, le cœur gonflé d'un nouveau souffle d'espoir. La main de Shion sur sa cuisse y contribuait grandement. Il échangea un regard reconnaissant avec son ''ami''. Derrière eux, Camus et Milo se chamaillaient : le grec voulait apparemment se servir de l'épaule du français comme d'un oreiller mais celui-ci ne semblait pas de cet avis répétant qu'il n'était pas une literie d'appoint. Tout était parfait en ce moment même : Saga pensait réellement qu'un avenir était à nouveau possible. Il allait sauver son frère et le ramener avec lui. Après ça, ils pourraient enfin s'en sortir ensemble. Oui, il voyait enfin la lumière au bout du tunnel. Le rire de Milo résonna dans sa tête comme le début d'une nouvelle vie qui refaisait surface.
-Saga ! Saga attention !
L'aîné n'eut pas le temps de réagir que déjà, il se retrouvait projeté contre le volant. L'alarme de la voiture se déclencha : ses idées devinrent floues et un horrible bourdonnement l'empêchait de raisonner. S'il avait eu la vivacité d'esprit de regarder sur le côté, il aurait pu voir que Shion avait perdu connaissance. Milo, lui, avait été projeté vers l'avant tandis que Camus…Camus avait été touché de plein fouet par la voiture qui les avait percuté. Quand la voix de Shion lui avait hurlé de faire attention, il ne vit pas la voiture arriver à sa gauche, déboulant du carrefour avant de l'emboutir violemment de côté.
Il tenta vainement de repousser l'airbag mais les forces commençaient à lui manquer. A travers le sang qui coulait sur ses paupières, il eut tout juste le temps de voir une silhouette sortir de la voiture qui avait créé ce carnage une silhouette qu'il connaissait à présent plutôt bien, depuis deux ans.
-Eaque…
Et puis il perdit connaissance lui aussi.
Interdiction d'attenter à la vie de l'auteur.
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