Mille merci pour tous vos encouragements, vos compliments et votre fidélité envers cette histoire ! D'ici un à deux chapitres elle sera totalement terminée ! J'espère qu'elle vous plaira jusqu'au bout ! ^^
Je vous souhaite une excellente lecture ! =D
Sweet Dream
Chapitre 10
John dévisagea la jeune femme avec stupéfaction. Non, ce n'était pas possible, pas elle... Comment une femme pouvait commettre... de telles atrocités ? Ce n'était pas –
-Vous me flattez, docteur, dit-t-elle avec un sourire. À ce que je vois mon effet de surprise a été de taille.
-Et c'était le dernier comme nous nous l'étions promis, ma chère.
Un coup de feu retentit. Rose ne se départit nullement de son sourire, ferma simplement les yeux et tomba sur le côté, Moran rengainant son pistolet après avoir remis la sécurité. John regarda le sang s'écouler et imbiber le chemisier vert pomme que portait la brune. Il voulut se débattre mais la drogue avait encore une terrible emprise sur son corps.
-Je lui avais promis, dit d'un ton neutre Moriarty. Je verse une pension pour sa famille et elle disparaît du devant de la scène. Elle a fait ce qu'elle a toujours voulu : des poupées. Voilà chose faite. Maintenant elle peut dormir comme l'enfant qu'elle est restée. C'est une grande professionnelle, vous savez ? Elle a tué lentement ces quatre personnes avec le soin et la précision des grands marionnettistes. Elle a utilisé la même drogue que celle qu'elle vient de vous injecter. Cela permet à la future poupée de rester éveillée mais de ne plus bouger, tout en ressentant constamment la douleur. C'est beau, n'est-ce pas ?
Il avait dit cela avec un petit sourire satisfait. Moran se racla la gorge, ramenant à la réalité le criminel consultant.
-Oh ! oui, j'en oublie que le temps passe à une allure folle ! Nous allons devoir vous laisser, Johnny. Ah ! je vous conseille aussi de ne pas respirer d'ici... treize secondes. Conseil d'ami.
Les deux hommes partirent vers l'unique porte. Un rectangle de lumière apparut, celle au-dessus de John s'éteignit. Il cligna des yeux, se demandant vraiment ce qui allait advenir dans moins de treize secondes.
« Comme je suis joueur, je vais vous donner un indice : ce sont les dernières lettres de votre nom de famille – il faut bien parfaire ce magnifique scénario ! – qui représentent le gaz en question. »
-Il vous reste dix secondes Johnny Boy. Au revoir !
La porte se referma sur les ténèbres.
oOo
-Pensez-vous qu'il réussira à le sauver ? demanda Moran alors qu'ils sortaient du bâtiment, ouvrant un parapluie pour que son patron ne soit pas touché par la pluie.
-C'est cela qui est amusant avec Sherlock : il réussit toujours à me surprendre, dit doucereusement le criminel avec un sourire. Mais je ne me fais pas d'illusion : il réussira. Il réussit toujours.
-Vous aimez trop jouer avec eux pour les tuer n'est-ce pas ?
Moriarty monta dans la voiture de son agent en haussant les épaules. Il attendit que son compagnon se mette au volant pour répondre.
-Jouer est un grand mot. Je n'ai jamais eu d'adversaire comme Sherlock auparavant. Aujourd'hui... disons que c'est une façon pour qu'il se recentre sur d'autres préoccupations.
-Comme John Watson.
-Oui. Je dois faire quelques affaires à Hong-Kong : je n'ai nullement envie de les avoir dans les pattes, vois-tu ?
-Je comprends Monsieur.
Derrière les vitres teintées Moriarty aperçut Sherlock Holmes et les policiers en charge de l'enquête courir aux abords de Regent's Park. Il eut un faible sourire en les voyant s'agiter près des bâtiments. Ainsi son adversaire avait donc reçu la petite note avec les coordonnées. Trois petits chiffres écrits sur un morceau de parchemin.
-Il va le trouver, déclara Moriarty en s'installant plus confortablement au fond de la banquette. Il en a toujours été ainsi. Il le trouvera. Sherlock est amusant, mais le voir s'agiter davantage pour son chien-chien l'est d'autant plus.
oOo
Sherlock regardait les façades des bâtiments bordant Regent's Park avec minutie et rapidité. Il avait aperçu quelques hommes travaillant pour Mycroft, entendait les ordres de Lestrade pour boucler le périmètre. Il marchait, le pas vif, accélérant le rythme inconsciemment pour trouver le plus tôt possible John.
Quel idiot il avait été en le laissant derrière lui pour aller voir le quatrième corps retrouvé à Victoria Park ! Malgré les précautions et les mesures de sécurité déployées par l'inspecteur de Scotland Yard, l'assassin avait tout de même pu placer le corps de Norbert Sullivan, trente-six ans, blond, médecin travaillant à l'armée, homosexuel. Il n'avait désormais plus rien d'humain. Sherlock n'avait pas réagi au visage défiguré, aux poumons pendouillant de part et d'autres de la carcasse de l'homme, le cœur planté au-dessus de sa tête avec une croix faite à la main.
Il avait cependant réagi en se disant que c'était un message suffisamment clair à l'encontre de John.
Bon sang, dans quel état allait-il retrouver son colocataire ?
Il serra les poings. Dès le premier sms de Moriarty il aurait dû réagir !
« Vous m'avez déçu, mon cher. Ainsi vais-je débuter un nouveau jeu. Serez-vous suffisamment fort pour protéger votre cœur, Sherlock ? »
Ce message avait été effacé de la mémoire du téléphone, mais pas de celle du détective. Il n'avait pas réussi. Le texto avait été envoyé cinq heures avant la découverte du cadavre de James Wallace.
Il trouva enfin la maison qu'il cherchait. Il fonça vers la porte d'entrée, ne perdit pas une minute et donna un puissant coup de pied, faisant valser la serrure et quelques copeaux de bois. Il faisait sombre ; cependant Sherlock put voir un petit salon aménagé, une cuisine et une salle à manger. Il tendit l'oreille, fit quelques pas dans la pièce et découvrit, alignés sagement sur la cheminée, des chats empaillés.
Avec, au centre, une petite poupée en porcelaine qui souriait, les yeux vides et ses longs cheveux noirs tombant devant son visage, le cachant à moitié.
Sherlock continua d'avancer, s'approcha de l'escalier menant à l'étage. Il entendit Lestrade l'appeler, arriver avec Mycroft et quelques flics en plus. Sa main se tendit vers une porte close sur sa droite, la tourna et découvrit les ténèbres. Il tâtonna à l'intérieur, trouva l'interrupteur et le poussa.
Un escalier descendait vers les profondeurs. Sûr de lui, il foula les marches, Mycroft lui demandant d'être prudent derrière lui. Après tout ils ne savaient pas ce qui pouvait se cacher dans cette maison. Le brun fit la sourde oreille, atteignant un couloir où trois portes fermées se présentaient à lui. Il s'avança lentement, les regarda une par une avec ses yeux gris, puis décida d'ouvrir celle de droite en premier.
Une salle rectangulaire se présenta à lui. Il chercha le bouton, l'actionna et le plafonnier grésilla un instant avant de s'allumer. Sherlock n'eut aucune réaction en découvrant une table en acier taché de sang, des instruments chirurgicaux laissés à l'abandon dans un bac blanc – enfin anciennement blanc vu le sang le recouvrant – et un vieux meuble des années trente. Il vit, de là où il se trouvait, quelques fioles, des seringues, des cotons, une bouteille de chloroforme, des couteaux, des boites de médicaments.
Il délaissa cette porte pour celle du milieu. Il l'ouvrit sans rencontrer de résistance. De nouveau les ténèbres s'offrirent à lui. Ses doigts volèrent sur le mur, fouillèrent lentement, mirent en marche l'interrupteur. La lumière se fit et Sherlock ne cacha pas sa surprise.
Des dizaines de petites filles étaient là. Toutes habillées de belles robes, bien coiffées, elles pourrissaient dans cette pièce, leurs sourires clownesques figés à jamais. Elles regardaient toutes fixement le détective consultant, assises à même le sol, installées sur le lit ou autour d'une table recouverte d'une fine pellicule de poussière, faisant semblant de prendre le thé. Sherlock les observa une à une, se détacha de ce tableau morbide et s'en alla vers la dernière porte. Il nota qu'elle était en acier. Il attrapa la poignée et la tira.
Il n'attendit pas une seconde en découvrant l'homme assis sur une chaise en fer forgé, des câbles autour de son corps nu le retenant au mobilier métallique.
-JOHN !
Son cri résonna dans la salle. Vide. Il s'avança, alluma la lumière, découvrit le corps sans vie de Rose McCallen baignant dans son propre sang. La caméra posée sur le sol, près de John. Il jeta un rapide coup d'œil derrière la porte. Personne. Il s'avança enfin vers le médecin, l'entendit tousser et dodeliner de la tête en gémissant.
Il nota alors quelque chose. Ses narines l'irritaient. Il observa attentivement la pièce, découvrit une grille d'aération.
Lestrade, Mycroft et leurs agents arrivèrent.
-Vérifiez ce qu'il y a derrière, ordonna le brun en essayant d'ôter les liens trop serrés autour du médecin. John, est-ce que tu m'entends ?
-Écartez-vous, dit Anthéa en dégainant un couteau à cran d'arrêt.
Elle coupa les câbles sans trop de soucis, puis laissa Sherlock attraper John tombant en avant tout contre lui. Deux agents se proposèrent pour aider le brun, mais il secoua la tête et sortit lui-même le blond de la maison portant le numéro 515.
oOo
-Je ne croyais jamais avoir une telle affaire tout au long de ma carrière... souffla Lestrade, épaté.
-Empoisonnement au monoxyde d'azote, dit lentement Mycroft. Appelé aussi NO. Les deux lettres inversées pour finir « Watson ». Brillant.
-Enfantin ! siffla Sherlock, debout près de Lestrade, attendant que le médecin revienne.
-Reconnais qu'utiliser le numéro de la Genèse pour t'indiquer où se trouvait John est brillant.
-Finalement... est-ce qu'il souhaitait la mort de John ? demanda l'inspecteur en relevant la tête.
-Je crois qu'il misait sur un jeu de rapidité, déclara l'aîné de Sherlock en jouant avec son parapluie. C'est cela ? dit-il innocemment à son frère.
Ce dernier ne répondit pas. Le médecin venait de sortir de la chambre de John et lança un sourire aux trois hommes.
-Il est hors de danger. Néanmoins je vous ordonne de le laisser se reposer. Il a inspiré tout de même une certaine dose du gaz, il a besoin de repos.
Sherlock acquiesça, s'avança et l'homme s'écarta pour le laisser passer. La porte se referma derrière le passage du brun et il sourit en voyant celui, plus faible, de John.
-Finalement il a mené ce jeu jusqu'au bout, souffla le blond en soupirant alors que le détective s'installait sur une chaise près de son lit. J'aurais dû faire plus attention au sujet de Rose McCallen...
-Nous ne pouvions pas savoir qu'elle serait la Marionnettiste.
-La Marionnettiste... ?
-C'est le nom que lui ont donné les médias. La découverte de treize corps de fillettes, disparues entre 2005 et 2010, a fait fureur.
John hocha lentement la tête et ferma les yeux en inspirant doucement, épuisé.
-Tu as visionné la vidéo ?
-Oui.
-Qu'est-ce que tu vas faire ?
-Nous l'attraperons une prochaine fois. Il paiera pour ses crimes.
-Je ne comprends pas... où il a voulu en venir, gémit le blond en grimaçant. Ce n'est pas... logique...
Sherlock ne dit rien. Inconsciemment il attrapa la main retournée de John et la serra, regardant fixement le drap blanc.
-Il a eu juste envie de s'amuser, John. Ne cherche pas plus loin.
Le médecin lui lança un regard affaibli. Il lui sourit en coin, murmura qu'ils avaient aussi à parler. L'ancien soldat approuva en souriant aussi, lui dit que cela pouvait sûrement attendre son retour à Baker Street. Sherlock hocha la tête, se leva et serra très fort la main de son colocataire.
-Repose-toi bien John.
