1. Disclaimer: Les personnages ne m'appartiennent absolument pas. Et je ne les revendique pas à J.R.R. Tolkien, son univers est bien trop compliqué pour moi !
2. La publication : Et bien voilà. Il ne me reste plus qu'un chapitre d'avance et je n'ai pas eu le loisir de toucher à mon clavier depuis la rentrée. Le devenir de cette histoire m'effraie, sincèrement.
3. A savoir : Je pense que les premières lignes de ce chapitre vont à la fois décevoir certaines et en ravir une. Mais bon, Soop n'est jamais là où on l'attend. Voilà. Et puis la fin risque de vous faire avoir une apoplexie, mais je vous avais prévenu. Promis, juré. C'est juste que vous avez pas fait attention et que vous avez une vision fantasmée des choses. Eh oui. Mais même si vous mourez pas, vous allez hurler. Ça va être chouette. Bisou, bisou.
Je vous jure aussi que j'ai failli arrêter l'histoire après cette phrase : «Il scella ces mots d'un baiser sur le front brûlant.»
J'aurais peut-être dû puisque j'ai bien peur d'avoir du mal à trouver le temps de l'écrire. Au moins, elle aurait eu une fin…
Sinon, je voulais juste rappeler que cette histoire, sans Gokash, elle n'existerait même pas. Et que sans Aschen et elle, vous n'auriez sans doute pas eu ces deux derniers chapitres postés à lire. Donc voilà, faites-leur des bisous, elles les méritent.
4. Blabla : Oui, je sais, je ne vous ai même pas mis d'extrait du chapitre suivant dans les réponses aux reviews du chapitre 9. Mais c'était pas une période super cool pour moi. Sorry. Idem, ça fait un petit bail qu'il n'y a pas eu de bonus. Sorry aussi. Il y en a un, un peu particulier d'ailleurs, dans le prochain chapitre. Je pense que quand j'aurai fini cette histoire (si j'y arrive), j'écrirais les bonus qui manquent. =)
J'ai cru, pendant un instant, qu'on arriverait à 90 reviews au chapitre précédent, soit une moyenne de 10 reviews par chapitre (waouh quoi ! ), bon, on l'a raté de peu.
C'est dommage, avec ce chapitre, je trouvais que le cap des 100 était un truc assez sympa à franchir pour fêter ma première semaine de cours.
Bonne lecture !
A elencirya : Ah oui, c'est vrai que tu avais disparu ^^ Pourtant, tu le savais que je postais une fois par semaine ! =D
Kili, suicidaire ? Oh, mais serait-ce un clin d'œil au résumé ? (Pom, pom, pom ! ) On n'a jamais dit que les nains possédaient une intelligence vive et opérationnelle, hein. J'ai bien peur que l'Athelas ne puisse rien faire contre les mauvais caractères. Pour le reste, je te laisse le découvrir. Merci !
A Anemone33 : Ça y est ? Tu es enfin sure ? J'espère que ça te plait =)
Partie 10
Le roi sous la Montagne s'efforçait de suivre les explications de Balïn sur les fluctuations récentes du taux de l'or alors que son esprit s'envolait dés que possible vers son neveu.
Il avait été impossible de mettre la main sur le jeune Dunedain qui avait, semblait-il, quitté la ville sitôt son œuvre accomplie. Thorïn s'était résigné. Même le meilleur traceur d'Erebor aurait eu du mal à retrouver le rôdeur si celui-ci ne tenait pas à se montrer.
Leur espoir reposait maintenant sur la réponse du Seigneur de la forêt qui leur était parvenue au petit matin. Celui-ci avait bien saisi le caractère d'urgence de la situation mais la distance entre la forêt et la montagne solitaire rendait difficile toute action prompte. Mais quelques-uns de ses sujets logeaient dans les environs de Dale quand venait la période des grands marchés et il avait bon espoir que ceux-ci se présentent dans la journée qui suivrait la réception de leur lettre, à Erebor.
—Thorïn, l'interpella soudainement Balïn, un air de compréhension sur le visage. Nous saurons sans peine tenir ce royaume un jour de plus sans vous. Allez-donc auprès du petit, mon roi. Il a plus besoin de vous, que nous, ne vous en déplaise.
Sans un mot, le grand roi quitta la Salle. En effet, Kili avait besoin de lui. Son état avait empiré de jour en jour. Ses moments de lucidité étaient à présent aussi rares que douloureux.
Il traversa les longs couloirs, le visage hanté. Ils avaient déménagé son jeune neveu dans sa suite qui était la plus près des salles officielles où il devait continuer à jouer son rôle de monarque sans coup férir. Arrivé près de l'immense lit, il secoua doucement Ori qui s'était endormi.
Le jeune nain et lui partageaient les tours de veille auprès de Kili pour qu'il ne soit jamais seul.
—Il vous a réclamé, bailla-t-il, deux fois.
—Et je n'étais pas là, constata le grand roi.
—Vous pouvez pas être partout, tenta de l'apaiser Ori.
Thorïn lui fit un mince sourire, les sourcils froncés.
—Si personne ne vient d'ici ce soir… Il faudra prévenir Fili, chuchota-t-il comme pour ne pas donner trop de réalité à ce qu'il sous-entendait.
Pourtant, Ori l'entendit comme si on le lui avait crié. Si aucun remède n'était donné à Kili d'ici ce soir, il n'y aurait plus rien à faire. L'infection avait déjà gagné le cœur depuis deux jours et Thorïn maudissait le ciel.
Ils étaient à Erebor, à l'abri. Il était le roi du plus grand royaume de ce côté du désert. Et son neveu se mourait dans son lit.
—Quelqu'un viendra, dit Ori, espérant que l'affirmation était plus présente que la supplique dans sa voix.
—Nous verrons.
Comme s'il avait senti la présence de son oncle, Kili choisit ce moment pour ouvrir les yeux. —Thorïn, coassa-t-il difficilement.
—Je suis là, chuchota le roi.
Il abandonna sa grande main aux doigts moites et crispés de son jeune neveu.
Ori décida de s'éclipser. La conversation qui allait suivre risquait d'avoir raison de ses nerfs et à cet instant, il ne rêvait de rien d'autre que de pouvoir se préparer à l'inéluctable dans les bras de Dwalïn. Celui-ci était plus sombre de jours en jours et Ori se doutait que ses absences répétées pour rester aux côtés de Kili y étaient pour beaucoup. Dwalïn semblait toujours craindre que le plus jeune se réveille un jour et qu'il le quitte pour se tourner vers des nains de son âge, comme Kili ou Fili. Malgré les trois années déjà derrière eux, Ori n'arrivait pas à apaiser cette crainte chez son compagnon.
—Je vais mourir ?
Le murmure de Kili rendit le silence encore plus assourdissant.
—Pas si je peux l'éviter.
—Fili…
Il s'interrompit dans un gémissement.
—Je vais demander qu'on le prévienne, l'apaisa Thorïn en tournant les talons.
—Non !
Avec inquiétude, il revint lentement l'allonger.
—Vous avez promis…
—Tu as dit son prénom, j'ai cru que c'était ce que tu voulais, expliqua-t-il en posant doucement sa main sur le front plissé sous la douleur.
Il ne voulait pas croire que Kili n'avait plus suffisamment d'énergie pour maintenir la distance qu'il mettait habituellement entre eux. Alors il essayait de se persuader qu'il avait simplement décidé de le laisser être proche de lui ainsi.
Kili secoua la tête avec lenteur avant de tendre la main vers la coupe qui trônait sur son chevet. Thorïn la remplit d'eau avant de passer sa main derrière la nuque de son neveu pour l'aider à boire. Le jeune nain détourna la tête quand il en eut assez.
—Je voulais… dire que Fili… m'aurait menti à… votre place.
Le grand roi écarta la frange brune du bout des doigts. Kili frémit à la caresse, s'efforçant de reprendre son souffle.
—Il m'aurait dit que… que tout irait bien…
—Tu veux que je te mente ?
C'est en voyant Kili acquiescer lentement qu'il comprit que celui-ci devait être terrifié.
—Faites-Faites semblant que… que…
La détresse étouffa sa voix.
—Oh, Kili… souffla-t-il en se penchant jusqu'à étreindre son neveu.
Dans un premier temps, celui-ci se crispa avant de se laisser aller dans la chaleur qui l'entourait. Thorïn le sentit frissonner sous lui alors il resserra son étreinte en veillant à ne pas l'écraser. Kili n'était plus un enfant. Il l'avait prouvé une fois de plus ces derniers jours en se montrant de bonne compagnie lors de ses moments de lucidité et alors que l'infection le consumait peu à peu. Pas une seule fois il n'avait maudit le sort ou Loín.
Thorïn l'avait fait pour deux.
Il avait serré les dents et avait même trouvé la force de rassurer Ori. Il avait tenu jusqu'à ce que son ami ferme la porte. Mais à présent, enfoui dans la chaleur du compagnon qu'il n'aurait jamais, il laissa une larme rouler sur sa joue.
Thorïn se redressa pour plonger son regard dans les ténèbres qui avaient élu domicile dans celui de son neveu. Il vint cueillir une larme amère avec le dos de son index. Un sentiment d'urgence montait lentement en lui. Il y avait une chose qu'il aurait dû dire depuis longtemps déjà.
—Je suis fier de toi, Kili.
Il scella ces mots d'un baiser sur le front brûlant.
Bien des heures plus tard, Ori toqua à la porte de la chambre de Thorïn. Kili avait de brèves périodes de lucidité parmi son sommeil agité.
Le roi sous la montagne leva un sourcil inquisiteur vers le jeune scribe essoufflé. Incapable de parler, celui-ci s'effaça devant la personne qui le suivait. Thorïn se leva d'un bond en reconnaissant la haute silhouette d'un elfe.
—Aüle soit loué, murmura-t-il en se portant à la rencontre de l'inconnu.
—Aüle n'est pour rien dans cette histoire, seigneur nain. Remerciez plutôt Thranduil, premier Roi des elfes de la forêt noire et sa miséricorde, roi sous la montagne, rectifia-t-il d'un ton apaisant.
L'elfe tourna son regard clair vers le lit qui occupait le centre de la pièce.
—Puis-je ? demanda-t-il et sa voix était une douce mélopée aux oreilles de Thorïn qui étaient encore gorgées des gémissements de douleur de son neveu.
—Je vous en prie, répondit celui-ci, sans faux semblant.
Il était question de la survie de Kili à présent.
L'elfe vint s'asseoir délicatement aux côtés du jeune malade. D'un geste vif, il tira les couvertures, exposant le torse amaigri et marqué du nain. Il l'observa en silence quelques instants avant de se tourner légèrement vers Thorïn, ses cheveux d'or pâle glissant sur ses épaules comme une étoffe moirée.
—Comment est-ce arrivé ?
Thorïn s'approcha à son tour et saisit le poignet de Kili pour mettre sa blessure en vue. De la plaie, il ne restait qu'une fine cicatrice dont le pourtour était rouge et gonflé. L'archer s'agita dans son état de demi-sommeil et le roi l'apaisa d'une caresse sur le front.
—Il a été blessé lors d'une confrontation et la blessure a été mal soignée. Cela remonte à deux semaines maintenant.
—Il est heureux que les nains soient aussi robustes. Est-il aussi maigre que je le crains ? Je ne connais pas bien votre morphologie, s'expliqua-t-il, aussi ne puis-je en juger.
Thorïn acquiesça avec abattement alors qu'Ori se permit d'intervenir.
—Il a perdu… vingt-deux livres en trois mois.
Même l'aîné des nains sursauta à l'entente du chiffre vertigineux. L'elfe secoua la tête avec réprobation avant de poser sa main fine sur le front brouillant. Kili entrouvrit les yeux à la sensation et commença à se débattre en voyant le visage inconnu qui se tenait devant lui.
—Calmez-vous, tenta l'elfe de sa voix grave et chantante.
Le jeune nain se débattit un peu plus en identifiant son interlocuteur comme un elfe de la forêt. Comprenant qu'il était la cause de sa panique, l'elfe se leva pour s'éloigner. Voyant que Thorïn se retenait d'intervenir, il tourna vers lui son regard limpide.
—Essayez de calmer votre jeune amant, roi, si vous le pouvez. Je ne peux rien faire s'il me craint ainsi. De plus, il risque de se blesser à s'agiter ainsi.
Avec un calme qu'il était loin de ressentir, le nain s'approcha du lit pour venir poser sa grande main sur la tête brune agitée. Kili dut reconnaître la poigne de son oncle dans son délire puisqu'il s'apaisa lentement.
—Il n'est pas mon amant, rectifia doucement le grand roi. Il s'agit de mon neveu.
Il pouvait comprendre que l'elfe se soit mépris entre les marques des amants qui commençaient à s'estomper et le fait que Kili repose dans son lit.
—Je connais votre lien de parenté, opposa l'elfe en recommençant à ausculter le jeune nain, mais je sais que ce genre de choses n'arrête pas les nains. Au nom de votre amour unique, c'est bien cela ?
Thorïn dut acquiescer. Même si la situation ici n'avait rien à voir avec ce que sous-entendait l'hôte de la forêt noire, il était vrai que ni le sexe, ni les liens de parenté n'arrêtaient l'affection de son peuple.
— Ils ne sont pas amants, crut bon d'intervenir Ori.
L'elfe sourit sans un mot.
—Pouvez-vous… le sauver ?
Le sujet de Thranduil parut surpris de la question.
—Bien sûr, seigneur nain. Une infection de ce type ne présente pas de difficultés majeures de guérison quand elle est soignée à temps. Il aurait fallu m'appeler bien plus tôt, reprocha-t-il sans acrimonie. Ce petit a bien trop souffert pour une simple négligence. Pouvez-vous m'indiquer où puis-je préparer une infusion qui permettra de purger son sang ? Malgré tout, le temps presse.
Ori entraîna vivement l'elfe à sa suite alors que Thorïn restait veiller le jeune nain retombé dans l'inconscience.
—Il semblerait que je puisse te le dire à présent, Kili, murmura-t-il. Tout ira-
La fin de sa phrase se perdit dans le fracas qui précéda l'entrée de Fili dans la pièce. Thorïn jeta un dernier regard à Kili qui n'avait pas cillé avant de faire face à son héritier.
Celui-ci l'ignora pourtant pour se précipiter vers le malade. Il attrapa fébrilement la main de son frère qu'il commença à caresser en murmurant son prénom. Voyant que cela n'avait aucun effet, il caressa fiévreusement le visage amaigri, en écartant les cheveux bruns de son chemin.
—Il est inconscient à cause de la fièvre, expliqua le grand roi.
Fili sembla se rappeler son existence puisqu'il se dressa face à lui, les yeux brillant d'une rage infinie.
—Pourquoi ? éructa-t-il sans se soucier un instant du statut de son interlocuteur.
—Il ne voulait pas que tu le vois comme ça… soupira-t-il.
—Comment avez-vous pu accepter ça !
Thorïn choisit d'ignorer les larmes qui brillaient dans les yeux de son héritier.
—De la même façon que tu l'aurais fait si tu avais été à ma place et qu'il avait refusé de me voir.
—Je suis son frère !
Il y avait une telle détresse dans la voix du nain blond que Thorïn posa une main qu'il espérait réconfortante sur l'épaule de celui-ci.
—Il ne voulait pas… Fili, il ne voulait pas te distraire de tes préparatifs. Il… estime qu'il n'a besoin de personne ou plutôt qu'il ne vaut pas la peine que quelqu'un s'inquiète pour lui…
—Mais… Mais… bégaya-t-il. Comment peut-il penser ça ? Je- J'ai toujours été là pour lui, il-il passe avant tout…
Voir son fier héritier perdu au point de chercher ses mots émut étrangement Thorïn qui l'attira dans une étreinte comme ils n'en avaient pas partagé depuis près de trente ans.
—Je me le demande aussi. J'ai essayé de le faire changer d'avis. Il n'a jamais voulu en entendre parler. J'avais demandé à Ori de… te contacter à la fin de cette journée s'il n'y avait pas d'amélioration.
Fili se dégagea avant de revenir s'agripper à la tunique de son oncle comme si sa vie en dépendait.
—L'elfe ! Il-Il peut faire quelque chose ?
—Oui.
Ce simple mot apaisa le jeune nain qui posa son front contre le torse puissant de son oncle.
—Fili ? interrogea celui-ci.
—Juste… Juste un instant. Laissez-moi rester un instant, s'il vous plaît…
Thorïn avait voulu fermer les yeux et à présent, le destin lui rappelait d'une bien cruelle façon que ses neveux n'étaient encore que de jeunes nains dont il n'aurait jamais dû cesser de prendre soin.
—Je me sens… tellement inutile, chuchota le plus jeune dans les plis du vêtement.
—Kili nous a tous fait ressentir ça au moins une fois, reconnut Thorïn sans colère.
Ori et le guérisseur elfe pénétrèrent dans la chambre alors que Fili se détachait de son oncle. Le plus jeune des nains se rapprocha de Fili qui l'enlaça distraitement.
—Il faut qu'il boive ceci, expliqua l'elfe en désignant l'infusion qu'il tenait. Aujourd'hui mais aussi pour les prochains jours. Il va surtout falloir le maintenir au chaud et qu'il se nourrisse correctement. D'ici deux semaines, il pourra sortir de la chambre.
Dans le soulagement un peu hébété qu'il ressentait, Ori se demanda comment ils parviendraient à tenir Kili enfermé durant deux semaines.
—Il n'arrivera pas à boire ça, fit remarquer le scribe en montrant Kili qui s'agitait à nouveau dans son demi-sommeil fiévreux.
—Qu'avez-vous mis là-dedans ? demanda Fili avec brusquerie.
L'elfe se tourna vers Thorïn pour s'enquérir de la pertinence d'une réponse. Celui-ci hocha la tête.
—De la fleur de sang et de mauves d'au-delà des mers, de l'herbe de feu, de jeunes rameaux de coudrier et de la bokidi nunu, jeune nain.
—Rien de préjudiciable pour un nain en bonne santé ?
—Non.
—Bien.
L'elfe ne cilla pas quand le jeune nain lui prit le bol des mains pour le porter à ses lèvres. La bouche pleine, Fili fit un geste impérieux en direction de Thorïn qui s'était avancé vers lui pour l'arrêter.
Son regard s'adoucit quand il s'assit sur le lit aux côtés de son frère. Il passa une main sous la nuque détendue pour le redresser légèrement. Kili prit une inspiration un peu brusque à cet instant et entrouvrit vaguement les yeux. Fili en profita pour poser ses lèvres sur celles de son petit frère, s'attirant un hoquet simultané de Thorïn et Ori. Maintenant sa prise sur sa nuque, il appuya un peu plus le contact pour pousser Kili à ouvrir la bouche. Le plus jeune toussa un peu mais ils le virent déglutir. Fili essuya avec douceur le liquide qui avait coulé sur son menton avant de tendre la main vers l'elfe. Celui-ci lui tendit le bol en gardant un visage neutre de toute expression.
—Fili ! gronda Thorïn en s'avançant pour le lui arracher des mains.
L'héritier du trône lui jeta un regard qui en disait long.
— C'est la seule solution pour qu'il prenne son remède, cingla-t-il. Et je doute que vous le fassiez à ma place, mon roi.
Thorïn sentit la pointe de défi dans le ton de son neveu qui continuait à le regarder par en-dessous. Si la situation avait été moins grave, il aurait pu songer à le relever. D'un geste las de la main, il lui rendit le bol.
—Combien de temps pour que vos médications fassent effet ? s'enquit le roi sous la Montagne auprès de l'elfe qui avait poliment détourné le regard devant l'intimité du geste.
—J'ai fait en sorte qu'il passe une nuit paisible. Il ne devrait se réveiller que demain matin et la fièvre devrait avoir baissé. En fonction de son évolution, je pourrai vous dire pour combien de temps il devra boire ces infusions de simples.
—Nous vous… Je vous suis infiniment redevable, dit Thorïn, incapable de se laisser aller à dire merci, quand bien même la vie de son neveu avait été en jeu.
Nains de peu de mots mais d'action, il inclina légèrement le buste en direction de l'elfe qui se garda de montrer son saisissement. Le guérisseur s'inclina à son tour devant l'un des rois le plus puissant de ce côté de la mer.
—Permettez que je me présente demain quand l'aube colorera le Mont Solitaire pour m'enquérir de l'état du jeune prince.
—Ne devriez-vous pas rester ? demanda Fili qui venait de terminer sa tâche.
—Votre frère ne risque rien, jeune prince. Il lui faudra du temps pour se rétablir mais vous pouvez d'ores et déjà le considérer comme sauvé. Je reviendrais demain. Ce jeune nain aurait-il l'obligeance de me raccompagner aux portes du Mont Solitaire ? s'enquit-il, ses beaux yeux clairs se posant sur Ori.
—Ori, emmène-le voir Balïn qui s'occupera du payement, exigea Thorïn, se demandant si le jeune scribe allait à être aussi docile vis-à-vis de lui maintenant qu'il savait que son ami allait bien.
Mais le nain semblait fasciné par l'elfe et acquiesça sans vraiment y faire attention.
—Point n'est besoin de rétribution, seigneur nain. C'est le seigneur Thranduil qui m'a envoyé à vous. Il considère cela comme une faveur personnelle qu'il vous accorde.
Thorïn hocha la tête un peu sèchement. Son esprit avait beau être tourné vers Kili, il avait été élevé comme un roi aussi n'ignorait-il pas les subtilités de la rhétorique des elfes.
L'elfe s'inclina élégamment devant lui avant de quitter la pièce de son pas léger, Ori à sa suite. Ils prirent sans tarder le chemin de la Grande Porte. Ori était plus que jamais conscient de son piétinement de nain à côté du pas léger du guérisseur.
Celui-ci se tourna soudainement vers lui, pour le dévisager avec sérieux.
—Vous ne semblez pas aussi répugné de ma présence que vos compatriotes, fit-il remarquer d'une voix douce. Pourtant, si je ne me trompe vous aussi avez fait ample connaissance avec les geôles du roi Thranduil.
Ori rougit un peu et tordit ses mains, ignorant s'il était invité à répondre puisque l'elfe avait repris sa marche souple.
—Et bien, chuchota-t-il d'une voix chantante. Je ne pensais pas qu'il existait des créatures aussi délicates que vous chez les nains. Êtes-vous intimidé ?
Le nain s'apprêtait à protester véhément avec sa verve habituelle mais il vit Dwalïn qui discutait avec d'autres guerriers près de la Grande Porte alors il lâcha un pauvre couinement.
—Allons, insista l'elfe en s'arrêtant puis en se mettant face à lui.
Il se baissa pour mettre ses yeux à la hauteur de ceux d'Ori, devenus fuyants.
—Je ne vous tourmente pas plus pour aujourd'hui. Mais j'espère entendre votre voix à nouveau demain.
Il se redressa sans laisser à Ori le temps de reprendre ses esprits. En passant devant, il salua les guerriers nains qui conversaient, ne manquant pas le regard vibrant de trahison que l'un deux posait sur son guide.
Ori retint un gémissement quand son dos rencontra brutalement les pierres mal ajustées de l'entrée de leur chambre. Il le défia du regard, refusant de lui offrir sa soumission.
—Un foutu elfe, gronda Dwalïn les yeux brillant de rage. Je ne te suffis plus ?
Le plus jeune se débattit pour échapper à la poigne furieuse de son compagnon.
Le guerrier ajusta sa prise douloureuse sur le bras du scribe et le traîna en direction du lit malgré les ruades désespérée d'Ori. Ce n'était pas la première fois que Dwalïn s'en prenait à lui de cette façon et il savait ce qui allait suivre alors il tentait de lui échapper avec l'énergie du désespoir. Dwalïn l'allongea sous lui et emprisonna les poignets fins dans ses mains calleuses. Il se baissa sur le visage défait du plus jeune pour l'embrasser avec sauvagerie. Ori tenta de détourner la tête et son compagnon lui mordit cruellement la lèvre pour le punir.
—Pas de ça avec moi, éructa Dwalïn. Je vais te rappeler à qui tu appartiens…
Ori sentit les sanglots s'accumuler dans sa gorge quand les mains fébriles de Dwalïn s'attaquèrent aux lacets de son pantalon.
—Non…
—Silence ! hurla le guerrier en le saisissant à la gorge.
Ori se figea en sentant la prise douloureuse.
—Jamais, jamais je ne laisserai quelqu'un d'autre te toucher… promit sauvagement Dwalïn.
Ori recommença à se débattre malgré la prise sur sa gorge, les yeux ruisselants de larmes. Il planta ses ongles dans la main de Dwalïn qui tentait de baisser son pantalon sur ses cuisses avec de sèches secousses.
Le guerrier le secoua brutalement, faisant craquer ses cervicales. Il profita qu'il soit sonné pour baisser son propre pantalon. Comprenant que personne ne viendrait le sauver cette fois-ci, Ori se mit à sangloter bruyamment.
Le temps sembla soudainement s'arrêter pour les deux protagonistes de l'odieuse scène. Le jeune nain profita de l'hésitation soudaine de son compagnon pour se dégager et aller se réfugier à la tête de lit. Dwalïn baissa un regard horrifié vers ses mains avant de lever lentement le regard vers son amant qui le surveillait comme un animal apeuré.
Il avait perdu le contrôle, une fois de plus. Il serra les dents et laissa tomber sa tête contre sa poitrine. Dans le silence retrouvé de la chambre, la respiration rapide et heurtée d'Ori lui renvoyait son infamie. Il leva les yeux vers son compagnon et eut envie de vomir en voyant les cuisses pâles rougies par la poigne de ses mains et griffées par endroit. Il tendit la main vers son vis-à-vis avant de se raviser et de se cacher le visage dans ces mains qui avaient montré une fois de plus qu'il était capable des pires abjections.
—Dwalïn ? murmura Ori quelques minutes plus tard en voyant les épaules de son compagnon tressauter.
—Ne t'approche pas, supplia celui-ci.
Dwalïn avait déjà perdu une femme et le jeune scribe savait qu'il ne supporterait jamais de le perdre, lui, que ce soit par la mort ou parce qu'Ori le quitterait. Il le savait depuis la première crise de Dwalïn mais il l'avait accepté, comme tout ce qui venait de son compagnon. Aussi s'approcha-t-il du bout du lit tout doucement.
Il posa sa petite main sur l'épaule puissante, s'attirant un sursaut de son amant qui recula aussi vite qu'il pouvait pour s'éloigner de lui.
—Je t'avais promis, balbutia le grand guerrier, plus fragile qu'un enfant à cet instant. Va-t-en… Pars ! Maintenant !
Ori avança jusqu'à s'agenouiller devant son compagnon anéanti. Il passa ses mains autour du cou de Dwalïn malgré le mouvement de recul de celui-ci.
—Je… Je t'aime, chuchota Ori.
—Non ! Non !
Dwalïn se dégagea vivement et fut malgré lui happé par le sourire timide d'Ori que surmontaient deux yeux rougis.
—Par Aüle, j'ai failli te-
Le guerrier serra les dents face à l'envie de mourir qui le prit à nouveau en repensant à ce qu'il avait failli faire quelques minutes plus tôt.
—Ce…C'est pas arrivé, souffla Ori, encore tremblant. Je… Je t'aime. Tu… vas m'abandonner maintenant ?
—Tu dois partir… sans un regard en arrière, exhala-t-il, la gorge serrée.
—Je le ferai pas, assura Ori en l'enlaçant avec force. Jamais. Je te laisserai pas.
Dwalïn ne lui rendit pas son étreinte. Ori se dit qu'il avait encore de nombreux jours à passer aux côtés de son compagnon pour persuader celui-ci que c'était une promesse qu'il tiendrait.
