Chapitre 10: Pluie douce-amère

Harry, relevant la tête, réalisa qu'il avait fort à dire, en réalité. Il se tourna, cherchant quelqu'un du regard, mais celui qu'il voulait était tout près, ne voulant certainement pas rater une occasion de voir les Potter tomber...

-Jeremy., appela Harry, interpellant Naughton, qui fit un pas réticent en avant.

Il lui posa une main sur l'épaule.

-Désolé, ce n'est pas encore aujourd'hui que tu récupéreras mon boulot.

Ce dernier ouvrit la bouche pour protester, mais Harry ne lui en laissa pas le temps.

-Tu es viré.

-Quoi? Mais je n'ai fait que mon travail! Si c'est à propos de tes foutus gamins...

Harry l'interrompit, ne voulant pas entendre ses pensées sur ses enfants.

-J'aurais peut-être pu pardonner le harcèlement constant de ma famille et de mes proches si tu avais au moins pu découvrir le vrai coupable. Mais à ce sujet, tu as été moins utile qu'un gosse de riche reclus féru d'histoire...

Se retournant vers Scorpius, il continua:

-Sans vouloir t'offenser, Scorpius, je te suis très reconnaissant pour ce que tu as fait.

Le jeune homme haussa les épaules, prenant de plein fouet, mais acceptant de bon coeur l'étrangeté de la situation.

-Il n'y a pas de problèmes, Mr Potter. Je suis un gosse de riche reclus féru d'histoire...

-Il ne peut pas me renvoyer., protesta Naughton, s'adressant au Ministre.

Celui-ci croisa les bras sur son bureau et baissa la tête, restant silencieux.

-Bien sûr que je peux., répliqua Harry. Et c'est ce que je fais. En fait, stopper ta croisade envers ma famille, c'est l'unique raison pour laquelle Ginny et moi nous sommes laissés prendre...

Un hoquet de surprise se fit entendre dans toute la Salle et les murmures revinrent. Harry sourit devant l'air défait de Naughton.

-Tu crois vraiment que tu aurais pu nous attraper sans qu'on t'aide?

Naughton, choqué et hébété, laissa errer son regard, essayant de trouver du soutien, mais tous lui paraissaient hostiles. Lentement, il décrocha son insigne, le lâcha au sol, quitta son poste, se retourna et se laissa avaler par la foule. Harry regarda, triomphant, le Ministre, certain de ses choix.

-Une dernière chose., continua t-il.

Teague lui fit signe de continuer.

-Je démissionne.

Une véritable marée de murmures plus ou moins audibles d'opposition se firent entendre. James, Al et Lily regardaient leur père avec surprise, mais Ginny lui souriait. Harry, qui se sentait rajeunir à chaque seconde, lui adressa un clin d'oeil.

-Vous devez pourtant comprendre que nous devions vous traiter comme un suspect., tenta d'intervenir le Ministre. Vous n'avez pas besoin de démissionner pour autant.

-Je sais, oui. Je comprends, vraiment..., répondit Harry. Mais j'ai eu le temps de réfléchir, à Azkaban. Je veux être plus présent, pour eux. Je pense que personne ne pourra me le reprocher., rajouta t-il, lançant un regard vers l'arrière.

Les murmures se turent presque instantanément et James ouvrit de grands yeux, n'arrivant pas à croire le pouvoir incroyable que son père détenait sans le vouloir.

-Très bien. Dans ce cas, j'accepte.

Le Ministre en paraissait même plutôt satisfait et posa son regard sur Ginny.

-Mrs Weasley...?

-Je demande à parler à ma cliente., s'écria Siobhan, bondissant sur ses pieds.

-Je ne vois pas ce qui vous en empêche., répondit Teague, interloqué.

-Ma cliente, Madame Ginny Potter.

Un air de profonde fatigue se fit voir sur le visage du Ministre.

-Bien sûr, oui... Vous aurez le temps de préparer son procès bien assez tôt. Ayez la bonté de me laisser finir.

-Mais si vous me laissez finir, je peux régler ce malentendu une bonne fois pour toutes.

-Malentendu?, répéta le Ministre, abasourdi.

La jeune femme sourit en hochant la tête.

-Il ne me faut que quelques minutes et je peux lui parler devant tout le monde.

Henry Teague n'était plus à ça près. Il se laissa glisser en arrière et se réconforta en se disant qu'au moins, son sentiment d'impuissance face à Harry Potter finirait par s'évanouir s'il ne le voyait plus dans les couloirs du Ministère. Siobhan saisit un papier rempli de notes et un stylo qu'elle n'utiliserait pas et s'approcha de Ginny.

-Votre situation est assez particulière. Comment est-ce que je dois vous appeler? Mrs Potter? Mrs Weasley? Miss Weasley?

Ginny fronça les sourcils, plissa les yeux, surprise et interrogative. Les deux femmes avaient rapidement réglé le problème en s'appelant par leur prénom sans que cette familiarité ne représente un manque de courtoisie.

-Ginny, c'est très bien.

La jeune avocate posa ses grands yeux bruns sur elle et lui fit un sourire discret, mais aussi un peu soucieux, ne sachant pas si la nouvelle idée de son fils fonctionnerait. Ginny refusa de le montrer, mais ne put s'empêcher de s'inquiéter.

-Ginny., commença son interrogatrice, est-il vrai que vous avez divorcé de Harry Potter?

La mère de Lily lui jeta un rapide coup d'oeil, mais vit que celle-ci, bien entourée de ses frères et de Barney, semblait bien aller et lui envoya un regard encourageant. Ginny, dont les membres s'engourdissaient sur le Fauteuil, tourna la tête vers Siobhan O'Callahan.

-Oui, c'est vrai.

-Par conséquent, vous avez rempli toutes les formalités, vous avez fait part de votre décision au Bureau des Affaires Courantes du Ministère, département du Mariage et vous avez suivi la procédure régulière?

-C'est ça., répondit Ginny, qui ne voyait pas vraiment où voulait en venir la jeune femme.

-C'était le 10 janvier dernier?

-Oui.

-Et puisque vous avez suivi la procédure complète, vous êtes allés, avec Mr Potter, voir le Prêtre Sorcier qui vous avait mariés pour qu'il rompe le sort?

Ginny, stupéfaite, ouvrit de grands yeux.

-Non...Il ne s'agissait que d'une formalité, nous... ne voulions pas encore faire traîner les choses, c'était... trop douloureux.

-Le sort auquel vous faites allusion, c'est celui que le Prêtre Sorcier lance à la fin de la cérémonie?, demanda le Ministre.

-Précisément.

-Mais ce n'est qu'un sort de rien du tout, il n'a aucun vrai pouvoir, ce ne sont que des gerbes d'étoiles dans le ciel...

-Et pourtant... S'il vous faut les spécificités, je laisserai Albus Potter s'en charger, mais ce que vous prenez pour un sort de rien du tout est en fait crucial dans le cas qui nous concerne. Albus...

Le jeune homme avança en direction de Siobhan, sérieux et le dos droit.

-Le sort employé, dont je vous épargnerai le mot compliqué, a été créé il y a plus de 500 ans et est utilisé depuis lors à la fin de la majorité des mariages sorciers sur le territoire britannique.

De là où il était, James avait un parfait visuel sur le Ministre qui s'agitait sur sa chaise. Il regarda Albus, debout là-bas, affrontant un Monde qui, jusqu'à récemment, les aurait exilé s'il en avait eu l'occasion. Il le fixait et sentait son coeur gonfler de fierté. Il perçut les yeux de Lily posé sur lui et ils échangèrent un regard plein de complicité et d'affection. Bon sang, que ça fait du bien d'être ensemble à nouveau...

-La personne qui l'a créé a été un Législateur crucial de cette période... Je pense d'ailleurs que Malefoy pourra vous en parler mieux que moi...

Tout ceux qui connaissaient bien Albus observèrent ce dernier avec surprise. Il n'admettait pas facilement que quelqu'un était plus familier d'un sujet que lui. James regarda Scorpius du coin de l'oeil: le jeune homme était tout aussi étonné et eut un sourire timide en coin avant de faire un pas.

-Non, merci, épargnez-nous le cours d'Histoire., répliqua Henry Teague, qui utilisait déjà toute sa volonté pour s'empêcher de se masser les tempes pour essayer d'apaiser le mal de tête que lui provoquait les Potter.

-Toujours est-il., continua Albus, ignorant les consignes implicites du Ministre, que ce sort a plus de puissance qu'on pourrait le croire et que, du moins je le crois, plus aucun des Prêtres Sorciers qui l'utilisent encore de nos jours, ne sait vraiment ce qu'il fait.

Un grand silence accueillit ses paroles et James se mordit les lèvres, parvenant à peine à croire ce qu'Albus avait sous-entendu. Il sentit sa soeur lui serrer le poignet, mais ne pouvait quitter le désastre des yeux.

-Est-ce qu'Al vient d'insulter toute une catégorie de personnes?

James secoua doucement la tête, les yeux grands ouverts. Leur frère continua avec une extrême candeur. Pour lui, il n'avait dit que la vérité et ne voyait pas pourquoi quiconque devrait en être offensé.

-En réalité, appuya t-il, ce sort est crucial au cours de la célébration. Sans lui, pas de mariage légal au sein du Monde Sorcier. Et avec., annonça t-il, se tournant avec ses parents, un divorce ne l'est pas non plus.

Harry et Ginny échangèrent un regard, un instant déconcertés. Tant pis, ils se remarieraient quand même. Le Ministre écarquilla ses yeux glacés.

-Très bien, ils sont toujours mariés, et alors? Ça ne change au rien au fait que votre mère a commis un crime !

Albus recula et Siobhan s'avança, comme dans une chorégraphie parfaitement exécutée.

-En fait, ça change tout., dit la jeune avocate. Lors de l'établissement des Lois majeurs sur le Mariage, il a été déterminé qu'un mari ou une femme devait assistance à son conjoint, une assistance qui peut se manifester d'une manière illégale, comme cela a été démontré lors de l'affaire Le Ministère contre les époux Parrow, de 1934.

Il y eut un instant d'attente, durant lequel le Ministre consulta ses collègues du Magenmagot, puis posa un regard de doute sur la jeune femme bien habillée en face de lui.

-Il me semble qu'il y avait des prérequis dans cette loi.

-Oui, effectivement, confirma Siobhan. Mais vous venez justement de les remplir. Si le conjoint est accusé injustement d'un crime, l'époux peut intervenir en sa faveur, même en commettant un crime.

À côté de lui, James perçut Scorpius qui hochait la tête avec ferveur, prêt à étaler son savoir historique si le besoin se faisait sentir.

-Beaucoup de Lois rétrogrades ont été abrogés dans les années 1970, lors de la Révolution Culturelle.

Siobhan resta silencieuse devant cette remarque de Teague, mais Albus vint à sa rescousse.

-C'est vrai, mais pas celle-ci. Si vous cherchez plus de preuves, j'ai tout ce qu'il faut chez moi.

-Je demande donc la relaxe immédiate de ma cliente, Madame Ginevra Potter., annonça Siobhan, qui détestait perdre du temps.

À nouveau, le Ministre se tourna vers les autres membres du Magenmagot. La Salle retint son souffle.

-En raison de ces dernières révélations, j'ordonne la libération immédiate de Madame Potter.

S'il dit quelque chose après cela, ce fut noyé dans le bruit ambiant, dans les hourras et dans les cris. Les chaînes tombèrent du Fauteuil et Ginny se leva rapidement, se jetant dans les bras de Harry. Puis, James, Albus et Lily s'approchant, ils s'enlacèrent tous, si euphoriques de se retrouver qu'ils ne pouvaient trouver les mots adaptés. Même Albus, peu enclin aux contacts physiques prolongés, resta collé à sa famille. Les moins curieux reculaient déjà, sortant de la pièce, laissant un peu plus de place aux autres pour s'avancer. Les Potter finirent par se lâcher, plusieurs personnes (dont Shacklebolt, Adam et Barney), s'approchèrent pour leur serrer la main. Petit à petit, ils sortirent de la Salle.

-Il y a quelque chose que je n'ai pas compris., avoua James à son père. Tu as dit que tu savais ce que Naughton faisait. Comment?

Harry eut un sourire en coin et regarda sa femme.

-Déjà, je connais assez Naughton et ses méthodes. Et de plus, continua t-il, se penchant en confidence vers son fils, Hermione nous avait trouvé.

James écarquilla les yeux.

-Oh, pas tout de suite, bien sûr. Il lui a fallu quelques jours.

-Mais pourquoi est-ce qu'elle ne nous l'a pas dit?

-Vous étiez encore plus surveillés qu'elle, on a préféré garder le secret le temps de faire un plan. Et finalement, c'était plus simple de revenir que d'attendre.

Le jeune homme garda le silence, à la fois heureux et abattu. Son père le poussa gentiment du coude.

-Ron a dit que Naughton t'avait viré de ta formation.

James hocha la tête, un peu dépassé. Sa mère, dans un mouvement de délicatesse, s'éloigna pour les laisser parler.

-Tu pourrais certainement faire appel de la décision et y être de retour dans quelques jours., continua son père.

-Peut-être, oui. Sans doute, même. Mais je ne suis pas vraiment sûr de vouloir le faire. Le Monde Sorcier... Ils ne sont pas comme je le pensais.

-Un jour viendra où ils auront peut-être besoin de nouveau d'aide.

James sourit à Harry.

-Probablement. Et je suis persuadé qu'à ce moment, je ne serais que la deuxième ou troisième personne de cette famille à me précipiter pour les sauver.

Hermione et Ron s'étaient rapprochés avec Ginny. James ne put s'empêcher de jeter un regard vers son frère et sa soeur, préférant les avoir dans son champ de vision. Lily était dans les bras d'Adam, aux côtés de Siobhan et Barney et James vit Al s'avancer vers un Scorpius qui semblait vouloir partir. Dans un coin du couloir, il aperçut Emily et son coeur se serra alors qu'il quitta ses parents pour s'approcher d'elle.

Scorpius était content que les Potter aient pu se retrouver, mais sa légère agoraphobie se déclarait et il fit un pas vers la sortie, rêvant déjà à une tasse de thé et à un bon livre, dans le confort douillet de la bibliothèque du Manoir...

-Mal... Scorpius.

Ce dernier se retourna, surpris, entendant la voix d'Albus. Le jeune homme se fit craquer les jointures des doigts dans un geste nerveux et déclara rapidement.

-J'ai toujours eu du mal à faire confiance aux gens. Je te fais confiance.

La parole fut liée au geste et Albus Potter tendit la main à Scorpius Malefoy. Celui-ci, dans un flash, vit presque son père tendre la main à Harry Potter et leur rivalité naître. Relevant la tête de la main d'Albus à son visage, il vit du coin de l'oeil le père de ce dernier les observer et il se demanda brièvement s'ils avaient pensé à la même chose. Mais il fallait apprendre du passé, et pas le répéter. Alors, il serra la main du jeune homme en face de lui, mais qu'un court instant, connaissant assez son aversion pour les longs contacts. Albus, étonné, le fixa de ses yeux d'aigle.

-Regarder les gens, c'est être moins seul., expliqua Scorpius à ses questions silencieuses. Je vais y aller. C'est mieux si les rumeurs n'atteignent pas mes parents avant moi.

Il fit demi-tour et, à nouveau, fit un pas avant d'être rappelé.

-Scorpius !

Cette fois-ci, c'était la voix de Lily Potter qui s'approcha d'eux en lui souriant comme s'ils étaient amis depuis toujours.

-Tu viendras déjeuner à la maison, un jour?

-Avec joie, merci., répondit-il, poliment.

Sa mère lui avait toujours dit que refuser une invitation ne se faisait pas. Il espérait, cependant, que prétendre être trop occupé se faisait. Mais il ne lui fallut qu'une seconde pour réaliser que face à Lily Potter, sa détermination et ses pouvoirs, il allait falloir (et peut-être était-ce pour le mieux) plier. Il salua Adam d'un regard, eut un léger sourire pour les deux Potter en face de lui et s'en alla.

Entre leurs amis heureux de les retrouver et les journalistes qui voulaient une interview, la famille Potter mit un moment à réussir à sortir du Ministère. Hermione et Ron étaient partis annoncer la bonne nouvelle à leurs proches. Siobhan et Barney, après avoir été chaleureusement remercié par leurs amis, étaient sortis; Barney ramenant sa soeur, épuisée, chez eux. Adam était lui aussi parti, retournant au Colorado pour aller rassurer les amis de Lily là-bas. Cette dernière, après tout ce temps sans sa famille, n'était pas encore prête à leur dire au revoir. James, lui, était resté en arrière pour parler à Emily. Mais ils s'étaient regardés et n'avaient pas vraiment su quoi se dire. Ils s'étaient fixés un instant et s'étaient souhaités bonne chance pour la suite. James avait alors suivi sa famille, abasourdi et désorienté.

Tout s'était déroulé mieux qu'il ne l'aurait jamais espéré. Ses parents étaient libres, sa soeur de retour et il s'était réconcilié avec Albus. Mais il devait bien reconnaître que le coût personnel avait été très élevé. Après tout, cela ne s'était fait qu'au prix de sa relation avec Emily et de la perte du futur qu'il considérait comme idéal, le seul futur qu'il avait jamais envisagé et il avait désormais l'impression d'être au bord de l'abîme, ignorant tout du nouveau chemin qui se déployait devant lui. Il rejoignit sa famille à l'extérieur du bâtiment, où ils l'attendaient tous. Une pluie fine et rapide tombait sur un Londres grisâtre et morne. Al, sa baguette en l'air, l'utilisait en tant que parapluie, mais Lily comme ses parents laissaient l'eau les rafraîchir lentement.

-Alors?, demanda Ginny. On rajoute une chaise de plus pour Emily au mariage?

James secoua la tête doucement et leva le visage vers le ciel, fermant les yeux et accueillant les gouttes. Une bonne pluie, voilà peut-être ce qu'il lui fallait. Un moment pour se recadrer, pour réfléchir. Un moment d'introspection. Un moment pour faire comme les plantes et s'abreuver d'eau en attendant le soleil.

-En tous cas, fit la voix claire de Lily, résonnant dans son obscurité, il nous faut des chaises de plus pour Adam, Siobhan et Barney.

James inspira à fond l'air frais et humide et, comprenant l'intention de Lily, sentit ses pensées s'alléger.

-Et pour Scorpius, aussi., continua t-il, revenant au présent, revenant à sa famille. Il ne voudra pas forcément venir, mais il l'a mérité.

Al s'approcha pour mettre son parapluie au dessus de leurs têtes, Lily lui prit le bras et les trois enfants Potter suivirent leurs parents jusque chez eux.

...FIN...