Blue Paralysia
Auteur : Angelscythe
Genre : Mystère, un peu science-fiction, presque fantastique
Disclaimers : Tous les personnages appartiennent à Yusei Matsui (hormis les nouveaux élèves de la classe E) je ne fais qu'honteusement jouer avec
Chapitre 9 : Envenimation
Kayano revint de la forêt, les cheveux emplis de brindilles et de feuilles, les bras et les jambes blessées. Elle avait cherché au point de ne pas faire attention à ce qu'elle faisait. Jamais l'inquiétude ne l'avait autant malmenée.
Elle courut vers le terrain de sport où Tomohito distrayait les élèves en les faisant jouer au badminton-assassins. Y jouant depuis deux mois, ils commençaient à y être doués.
- Kayano ! Appela Sugino. Continuez de jouer, l'équipe qui perd devra me battre à la course sinon je choisirais le prochain exercice ! Lança-t-il joyeusement.
- Oui, professeur ! S'écrièrent-ils.
Le jeune homme courut alors vers son amie qui lui sourit faiblement, le regard fatigué et le visage triste. Elle n'était pas d'humeur à jouer l'actrice et ça inquiétait grandement Tomohito qui la prit doucement dans ses bras.
- Il n'est plus là ?
- J'ai trouvé des traces de voitures. Takebayashi-san a dû l'emmener ailleurs. J'espère en sécurité… Qu'est-ce qu'Asano-san lui a fait ?
- Une technique spéciale. Il doit connaître des points d'acuponctures ou quelque chose du genre. Je suis désolé de ne pas être intervenu.
- Je ne suis pas intervenue non plus. Rit-elle nerveusement. On était tous un peu… perdu. Asano-san a bien géré pendant que… J'ai dû m'occuper de Koro-sensei. Positiva-t-elle.
- Tout nous dépasse. J'ai l'impression qu'on est revenu à ce jour. Dit le jeune homme en s'asseyant au sol. Le jour où un homme du service de défense est venu nous annoncer qu'on devait tuer notre professeur, un poulpe effroyable… Effroyable. Rit-il.
- Loin d'être effroyable. Un poulpe qui est un sauveur. Je suis sûre qu'il a ouvert des voies à tout le monde. On a échoué… Mais eux pas.
- On a vingt-et-un an ! Tu trouves qu'on a échoué ? Ce n'est pas le rêve d'être à moitié vendeur de supérette mais… tu ne trouves pas ça génial ? En fait…
Il enroula ses bras autour de ses genoux et sourit en regardant en l'air.
- Notre plus gros échec est notre plus belle réussite. On n'a pas tué notre professeur alors que c'était notre rôle. Ensuite… On a le temps de réussir les autres choses. Moi, je trouve que pour l'instant c'est le rêve.
Kayano essuya ses yeux et s'assit à son côté pour lui poser un baiser sur la joue. Il la serra contre lui.
- Professeurs ! Vous venez jouer ? Lança Bunny.
- Oui ! On arrive ! Qui prend Kayano dans son équipe ? Cria Sugino en se levant.
La jeune femme lui tendit les mains et se laissa redresser.
- Nous ! Hurla l'équipe de Tsukigama Ryu, principalement composée de garçon.
L'actrice trottina alors vers eux, même si ça voulait dire qu'elle devrait être avec Oikawa qui lui lançait un regard de glace. On aurait presque dit qu'elle lui reprochait l'absence d'Asano alors que c'était clairement à cause d'elle qu'ils en étaient venus à cela.
Peut-être.
Ces élèves avaient été téméraires parce que Nagisa était leur cible. Contrairement à eux, c'était une cible qu'ils ne voyaient pas souvent et dont ils ne connaissaient pas les vraies capacités. Ils étaient bien plus en situation pour être des justiciers mais comment auraient-ils pu la moindre chose contre l'être le plus fantastique au monde ?
Nagisa.
Son Nagisa…
µµµ
Nagisa se réveilla en sursaut, son frêle corps haletant et couvert de sueur. Il faisait froid et il jeta un regard vers la fenêtre ouverte, il faisait nuit noire dehors. Il percevait à peine des étoiles. Il se passa une main nerveuse dans les cheveux et les découvrit détaché. Il tâtonna à la recherche d'une lumière et découvrit la ferme familière de sa lampe de chevet qu'il alluma.
Il était chez Yuuji. Dans sa chambre. Il se leva, découvrit qu'il portait son pyjama et rougit avant de trottiner vers la fenêtre qu'il ferma. Tant pour éviter à l'air froid de rentrer que pour empêcher les moustiques. Il se rendit dans la salle de bain annexée et se regarda dans le miroir. Ses yeux étaient légèrement cernés malgré les dernières heures de sommeil forcées mais ce qui le perturbait surtout c'était la marque qu'il avait sur le côté du cou. Sur chaque côté du cou ! Elles n'étaient pas parallèles mais avaient, par contre, la même circonférence.
Il la toucha nerveusement puis quitta ses appartements. Il découvrit Yuuji, penché sur son ordinateur, un verre et une bouteille à côté de lui. Il s'approcha et se saisit du vin, lançant un regard emplit de reproche à son colocataire qui leva les yeux.
- Nagisa-chan ! Tu as bien dormi ?
- Je suppose… Pourquoi tu bois ça ?
- J'étais inquiet. Assieds-toi.
Il se leva et lui donna sa chaise. Nagisa força un sourire en prenant place. Même après presque sept ans, même en lui ayant avoué qu'il était un homme, Yuuji se comportait toujours avec lui comme un gentleman qui draguait sa belle. Il jeta un coup d'œil vers l'écran et découvrit qu'il travaillait à ses critiques gastronomiques. À en croire un message ouvert, il était même convié à l'inauguration d'un nouveau restaurant. Il ne doutait pas qu'il serait lui-même invité par son ami.
- Que s'est-il passé ?
- C'est ce type qui t'a ramené. Dit Yuuji avec une pointe de jalousie.
- Takebayashi-san ?
- Je crois. Un Otaku avec des lunettes sales et des cheveux bien peignés. Répondit-il.
- C'est juste un ami, il m'a aidé. Que s'est-il passé ensuite ?
- Il a dit que tu devais te reposer, je t'ai changé pour que tu sois calme, je t'ai veillé. Et comme j'étais inq…
Un gargouillement l'interrompit. Il rit et partit vers leur immense cuisine. Il en revint très rapidement avec des onigris aux œufs brouillés ainsi qu'une soupe miso qu'il avait réchauffé aussi vite que possible. Il posa le tout sur son bureau pour que son colocataire mange. Il en profita pour prendre une chaise et s'installer.
- Merci d'être aux petits soins pour moi. Sourit le jeune bleu.
- C'est normal. Mais dis-moi.
- Hm ? Fit Nagisa en mordant dans une boulette de riz.
- Est-ce qu'on doit déménager ? Ou tu fais vraiment confiance à ce type ?
- Je lui fais confiance. Il ne m'a pas abandonné. Il aurait pu. Souffla-t-il.
Il se passa la main dans les cheveux et les arrangea nerveusement.
- Si tu lui fais confiance, je lui fais confiance.
Il lui prit gentiment la main et Nagisa lui sourit en retour.
- J'ai une mission ?
- Rien. Rien d'autre que de rester à la m… te reposer. Se reprit-il.
- Je suis désolé, Yuuji-kun. Je te fais subir beaucoup de tourment.
- Ça ne me gêne pas. Je n'étais pas obligé de t'accepter à l'époque. Puis mon père était si content que j'aie enfin une petite amie ! S'amusa-t-il.
- Ça a été très gênant pendant trois ans. Rit-il nerveusement. J'ai toujours détesté qu'on me prenne pour une fille.
- Je sais. Même si tu en joues beaucoup.
- Je n'ai pas le choix.
- Si. Tu n'es pas obligé d'être un assassin.
Nagisa lui posa la main sur le cou et lui fit un léger sourire.
- J'ai fait un choix. Je veux l'assumer jusqu'au bout.
Yuuji sourit tristement et regarda la bouteille d'alcool.
- Tu m'as appris à ne pas faire l'idiot. J'aimerais te rappeler la même chose. Tu es quelqu'un de bien.
- Quelqu'un que j'aime beaucoup m'a appris qu'on pouvait être un assassin et quelqu'un de bien.
- Nagisa-chan…
- Oui ?
Il lui prit doucement l'onigri, le posa sur le bureau et se pencha sur lui. Le souffle de Blue Paralysia se coupa. Pendant six ans, il savait que ce moment arriverait. Parce qu'il avait bien vu que son ami continuait d'avoir des sentiments pour lui. Et ce malgré son vrai sexe. Est-ce qu'il acceptait ? Est-ce qu'il le laissait faire pour le remercier de tout ? Il l'appréciait mais pas à ce point. N'était-ce pas presque se prostituer ?
Les lèvres de son colocataire effleurèrent les siennes sans qu'il ait pu réagir et il ne fut rien pour s'enfuir et répondit timidement à son baiser. Il n'avait pas peur de Yuuji. Au pire, il avait toujours des armes pour se défendre. Comme sa main était toujours sur son cou, il le caressa doucement, le laissant dominer ce baiser qui ne dura pas trop longtemps. Son colocataire s'éloigna et lui sourit.
- Merci.
- Merci à toi.
Nagisa se mordit la lèvre inférieure.
- Je me reposerai encore un peu quand j'aurai fini de manger. Si tu veux, je dormirai avec toi.
Yuuji rougit, la gorge serrée.
- Avec grand plaisir. Souffla-t-il d'une voix rauque.
Le garçon lui embrassa doucement la joue.
µµµ
Gakushuu faisait nerveusement les cent pas dans le salon.
- Je ne pense pas qu'il soit mort. Dit Koro-sensei. Il aurait pu, reconnut-il en prenant une sucette, mais je ne pense pas que ça soit arrivé.
- Qu'est-ce qui vous le fait dire ?
- Je suppose que je l'aurais… ressenti ?
Asano lui lança un sourire moqueur puis se laissa tomber dans le fauteuil. Le poulpe enfourna rapidement le bâtonner sucré d'un air ravi dans son immense bouche.
- Mais aussi, il était avec Takebayashi-kun. Il est doué. Il pourra identifier le problème et le soigner. Au moins le soulager.
- Il aurait pu mourir. Souffla-t-il. Ça nous aurait retiré bien des soucis.
- Mais je préfère savoir Nagisa-kun en vie.
- Je sais que vous aimez chacun de vos élèves, que vous prenez tout particulièrement garde à eux mais vos préférés… ça a toujours été eux. Les premiers. Ils sont particuliers pour vous, n'est-ce pas ?
- J'avais toujours cru qu'ils me tueraient. Nous avions formés un lien bien plus puissant. Pour les nouveaux, bien sûr je les aime, mais c'est un peu moins profond. Reconnut-il.
- Je comprends…
Il se frotta la nuque. Son père lui avait souvent parlé d'Ikeda. Son premier élève. Et il se sentait misérable de ne pas être tant attaché à ses élèves. Pas plus que ça. Ils étaient tous pareils. Ils connaissaient les différences comme il avait jadis connu celles des quatre autres virtuoses il les protégeait parce qu'ils étaient sous sa responsabilité pas tant parce qu'ils étaient uniques.
Il n'avait pas évolué d'un iota depuis ce jour où Koro-sensei l'avait trouvé en train de pleurer dans le bureau de son père, lessivé, en sang, tremblant de ressentiment et de peur. Le poulpe jurait que si mais il en doutait. Il était aussi ignoble que quelques années auparavant.
- Asano-chan ? Questionna la voix adoucie de la pieuvre géante.
- Je vais bien. Que fait-on ? Shiota-san…
- Pour commencer, je ne suis pas inquiet qu'il se soit échappé. Je pense que nous avons tous fait comme il fallait. Tu devais être pris en charge, Sugino-kun a eu raison de s'occuper des élèves avant toute chose quant à Kayano-chan, elle a fait de son mieux. Si Takebayashi-kun a vraiment utilisé une voiture, elle ne pouvait rien faire. Annonça-t-il.
Gakushuu opina.
- J'aurais dû…
- Non.
L'Humain pinça les lèvres. Il ne pensa pas moins qu'il aurait dû déchiqueter la gorge de Nagisa !
- Ensuite, je pense qu'il reviendra. Il n'a aucune raison de ne pas le faire vu ce qui l'anime. Mais j'ai beau réfléchir, je ne comprends pas pourquoi ils veulent tout ça sur Karma. Je comprends que de bon souvenir pourrait soulager son cœur. Mais au point d'arrêter l'assassinat ?
- Je ne sais pas. Je ne le connais pas. Il n'a aucun intérêt pour moi.
- Malheureusement. Soupira doucement Koro-sensei.
Il étendit un tentacule frétillant et lui caressa la tête.
Gakushuu força un sourire et lui prit ce doux membre flasque dans la main.
µµµ
Kotaro Takebayashi s'arrêta devant une maison et soupira lentement. Il n'était pas sûr de ce qu'il allait faire mais l'idée l'avait traversée. Se présenter devant leur gentil monstre de professeur était une très mauvaise idée. D'autant plus qu'ils savaient maintenant qu'ils étaient en équipe. Et, le connaissant, il saurait où venir pour obtenir des informations.
Il sonna enfin, rassemblant tout son courage. Personne ne lui répondait. Il se passa la main dans les cheveux et se penchant sur la serrure qu'il força habilement. Une technique qu'on lui avait apprise « au cas où » pour des assassinats à venir. Des techniques qu'il n'était pas supposé réutiliser.
Il rentra dans la maison et entreprit de la fouiller de fond en comble. Il espérait qu'on ne l'attraperait pas, il priait pour que les voisins ne s'alertent pas, pour que les habitants ne reviennent pas.
Finalement, au prix de laborieusement rechercher, il mit la main sur un album photo équipée d'un carnet de naissance. Sur la première page, on découvrait un bébé au regard déjà malicieux et lorsqu'on tournait les pages, des informations diverses et variées : son poids au fil du temps, son âge, ce qu'il mangeait, etc. Mais il y avait bien mieux ! Une belle touffe de cheveux rousse, puis une dent dans les tons carmin en-dessous d'un Karma édenté et roué de bleu. Des informations, des souvenirs… Tout ce dont ils avaient besoin pour que Yanagisawa fasse son œuvre.
