Salut à tous !
Et voilà la nouveau chapitre traduit de Blood Is!
Rien ici ne m'appartient, ceci est une traduction d'une fanfiction anglaise que je traduis et publie avec la bénédiction de l'auteur, eiahmon.
lyra : Effectivement, j'ai fait une faute ! Merci de me l'avoir indiquée, elle est corrigée maintenant normalement. N'hésite pas à me dire si t'en vois d'autres, je n'ai pas de béta et on a toujours des erreurs qui nous échappe quand on se relit... Sinon, eiah me fait dire que ça l'a toujours beaucoup fait rire d'imaginer Gabriel, notre héros super badass, momifié dans des rideaux déchirés.
Bonne lecture !
A/N : alors, après quelques jours de repos et une rapide visite chez le kinésithérapeute pour apaiser mon canal carpien (c'est super douloureux, mais je peux sentir le bout de mes doigts à nouveau !), je suis de retour avec le chapitre 9.
9.
Les voix du château étaient silencieuses.
Le visage était parti également.
Il avait à nouveau chaud, et il n'avait plus l'impression qu'un monstre hideux se dressait au-dessus de lui, près à frapper. Il entendait deux autres voix, mais elles ne le tourmentaient pas comme les voix du château. Elles lui parlaient gentiment, le faisaient se sentir protégé et en sécurité, et elles étaient parfois accompagnées de mains qui passaient dans ses cheveux. C'était aussi agréable que les bras qui le portaient quelquefois. Il pouvait rester ainsi pour toujours, décida-t-il. Sa décision prise, il se blottit contre la surface douce sur laquelle il reposait et se rendormit.
Wolfram cilla et ouvrit les yeux, fixant les ténèbres de la pièce un moment. De minces rayons de lumière, vague et bleutée, brillaient au plafond à travers un petit trou dans les rideaux, l'informant qu'il était très tôt, que le soleil n'était pas encore levé. Il pouvait sentir une présence dans le lit à sa droite, mais savait que ce n'était pas sa femme. Il pouvait l'entendre respirer de l'autre côté du lit, et il s'assit et se frotta les yeux avant de regarder.
Edeline était profondément endormie, épuisée d'avoir à constamment s'occuper de Gabriel. Gabriel lui-même était allongé entre ses parents dans le grand lit, enveloppé dans les édredons obtenus à Wygol. Lui aussi était endormi, et Wolfram savait qu'il resterait ainsi jusqu'au coucher du soleil dans la soirée. Aussi dangereux était-il de partager leur lit avec un vampire, aucun d'entre eux n'avaient supporté l'idée de faire dormir Gabriel sur le sol.
Depuis qu'ils avaient quitté les décombres de Château Bernhard il était plus calme, mais il y avait toujours des moments où il criait et hurlait à cause de choses que lui seul voyait. Parfois, il fondait en larmes pour aucune raison qu'ils pouvaient comprendre. Bien que cela le peinât de l'admettre, Wolfram en avait conclu plusieurs jours auparavant que son fils avait perdu l'esprit lorsqu'il était enfermé dans le château, et Dieu seul savait s'ils pourraient le ramener à nouveau.
Avoir ses parents près de lui l'aidait à rester calme ceci dit, d'où le fait qu'il dormait entre eux dès qu'ils s'arrêtaient dans une auberge.
Gabriel remua dans ses couvertures et laissa échapper un petit gémissement quand son père s'éloigna. Wolfram tendit la main pour l'apaiser, et Gabriel soupira au contact en s'immobilisant. Wolfram sourit tristement en repoussant délicatement les cheveux de Gabriel de son visage.
Cela faisait six jours qu'ils avaient fui ce maudit château avec Gabriel, et bien qu'ils auraient aimé rentrer immédiatement, aucun d'entre eux n'avaient été en état de supporter le voyage. Garder Gabriel caché des villageois avait été impossible, mais au lieu d'être effrayés, ils avaient été fous de joie de le voir en vie et ils avaient informés Wolfram et Edeline des exploits de leur fils, lorsqu'il avait sauvé le village des vampires qui l'infestaient.
Le fait qu'aucun d'entre eux n'avait remarqué que Gabriel était un vampire lui-même avait aidé.
Un docteur s'était occupé du genou et de l'épaule d'Edeline tandis qu'il avait fait entrer Gabriel subrepticement dans leur chambre et que tout le monde célébrait la destruction du château. Il était ensuite parvenu à voler une chope de sang du boucher alors que le boucher et ses apprentis étaient dehors en train de boire. Gabriel l'avait bu sans protester, et s'était endormi. Espérant qu'il resterait silencieux tandis qu'ils étaient absents, Wolfram l'avait laissé dormir pour nettoyer la chope et la dissimuler sous les bancs du carrosse.
Edeline avait voulu rendre les trois crucifix d'argent au petit garçon qui les lui avait donnés, mais elle n'avait pas pu le trouver, et tous les villageois avaient insisté sur le fait qu'il n'y avait jamais eu un tel enfant en ville. Au lieu de ça, ils avaient marchandés deux d'entre eux pour des habits et des couvertures chaudes pour Gabriel, et ils avaient gardé le troisième, autour du cou de Gabriel. L'argent valait bien plus que ce qu'ils en avaient tiré, mais Wolfram avait décidé que retirer ces maudits rideaux du château de Gabriel valait tout l'or du monde. Le fait qu'il avait également pu soutirer la promesse des villageois reconnaissants qu'ils ne diraient rien sur le fait qu'ils avaient emmené Gabriel était mieux encore.
Oh, il savait que tôt ou tard quelqu'un laisserait échapper que le Seigneur et la Dame Cronqvist était allé au château et qu'ils avaient récupéré Gabriel Belmont, mais il voulait ramener Gabriel sain et sauf à la maison avant. Il ne doutait pas que la Confrérie viendrait fourrer son nez dans leurs affaires quand ils apprendraient que le château avait disparu. Avec de la chance, Gabriel se reposerait à la maison à ce moment-là, et Wolfram pourrait utiliser ses connaissances pour faire chanter la Confrérie et récupérer Trevor. Bien qu'il le souhaitât, il ne pouvait pas les attaquer directement, pas après tout le bien qu'ils avaient accompli lors du chaos des Seigneurs de l'Ombre et de Satan. Cela ne l'empêcherait pas de menacer de le faire s'ils s'en prenaient à Gabriel ou refusaient de leur rendre Trevor. Enlever l'héritier d'une maison noble était puni par la pendaison, et Volpe comme la majorité de la Confrérie n'avait pas la protection d'un titre. Wolfram pourrait même dire que Volpe était le maître à penser et que le reste de la Confrérie était innocent. Ils avaient assurément pris soin de Gabriel lorsqu'il était enfant, mais ce n'était pas une excuse pour le voler de son berceau et lui mentir.
Ce qui l'emmenait à la question suivant : pourquoi avaient-ils prit Gabriel pour commencer ? Il s'interrogeait depuis qu'il avait compris que c'était la Confrérie qui avait pris son fils, et maintenant il se demandait s'ils avaient fait quoi que ce soit pour aider la situation de Gabriel après qu'il ait vaincu Satan. Avec l'un des leurs dans une telle détresse, on aurait pu croire qu'ils se seraient précipités pour le ramener à la maison, à son fils, mais ils n'avaient rien fait. Pire encore, ils lui avaient cachés l'existence de Trevor d'une quelconque manière, les rendant deux fois coupables d'avoir volé un enfant.
Gabriel gémit doucement dans son sommeil alors que le soleil apparaissait à l'horizon, et Wolfram soupira, se leva et s'habilla. Peut-être à cause de son état mental, Gabriel dormait la nuit comme de jour une fois nourri, et à moins d'être réveillé par quelque chose, il restait endormi jusqu'au repas suivant. Garder son fils rassasié était une tâche difficile, puisqu'il n'y avait que peu de sources de sang aux alentours. Les bouchers le récoltaient, puisqu'ils l'utilisaient pour cuisiner, aussi pouvait-il parfois l'obtenir d'eux. Il devait toutefois rester prudent, puisqu'il n'y avait aucune raison pour qu'un seigneur en voyage achète quoi que ce soit d'un boucher, alors il devait voler quand personne ne regardait (bien qu'il laissait des pièces dans des endroits difficile à trouver, alors ce n'était pas exactement du vol…). C'est dangereux et risqué, mais il ne pouvait pas supporter l'idée que Gabriel ait faim. D'autres fois il allait dans la nature chasser un animal et lui trancher la gorge. Une fois le sang récolté, il cachait le corps dans l'espoir qu'un prédateur le trouverait avant les humains.
Avec un soupir, Wolfram sortit silencieusement de pièce et descendit pour demander qu'un panier de nourriture leur soit préparé pour le voyage de la journée. Ils se démenaient pour garder Gabriel dissimulé à quiconque pourrait le voir depuis qu'ils avaient quitté Wygol, et pour cela ils quittaient les auberges avant le lever du soleil et n'entraient dans aucune avant son coucher. C'était en partie pour rendre plus difficile de repérer Gabriel tandis qu'ils le faisaient discrètement entrer et sortir, et pour diminuer les risques qu'il soit brûlé par le soleil, ce qu'ils ne voulaient vraiment pas que les gens voient. Autant que le peuple sache, tous les vampires avaient été tués par Gabriel, et ils tenaient à ce que les choses restent ainsi.
La maîtresse de la maison fut attristée qu'ils doivent partir si vite, mais elle se mit rapidement à cuisiner pour leur panier, qui les attendrait à la porte. Les pièces que Wolfram avaient glissées dans sa paume avait certainement aidé. Ceci fait, il remonta pour trouver Edeline réveillée et habillée, assise sur le lit en train de lisser les cheveux de Gabriel sur son front et de lui chanter une berceuse.
Wolfram le prit prudemment dans ses bras sans le réveiller, et avec Edeline comme guet, il le porta hors de la pièce, en bas, à l'extérieur de la maison principale, puis dans la calèche. Ils l'allongèrent sur l'un des bancs, passèrent un moment avec lui avant de fermer la porte et de le laisser, en espérant qu'il resterait silencieux jusqu'à ce qu'ils puissent le rejoindre. Edeline rentra dans leur chambre tandis que Wolfram allait voir leur conducteur, qui était déjà debout et prenait son petit déjeuner. Il finit immédiatement son repas, descendit des combles et commença à préparer les chevaux, tandis que Wolfram retournait dans la maison principale.
Ils avaient utilisés leur propre argent pour s'acheter des habits, pour remplacer ceux ruinés dans le château, ainsi que d'autres petites choses nécessaires à un voyage. Ils étaient toujours à plusieurs jours de leur maison, et Wolfram aurait aimé ne pas s'arrêter, mais les chevaux n'en étaient tout simplement pas capables. A ce train-là, il s'assurerait que ces chevaux bénéficient de longues et bonnes vacances, une fois au manoir.
Ils rangèrent rapidement leurs affaires, et descendirent. Le panier de nourriture promis les attendait, et ils payèrent leur facture avec hâte (tout en donnant à la maîtresse de maison un pourboire « pour ses soins »), et sortirent alors que le soleil apparaissait au-dessus des arbres. Le conducteur amena la calèche, suffisamment loin pour que l'intérieur ne puisse pas être vu de l'intérieur de la maison. Ils grimpèrent juste à temps, car les déplacements du carrosse avaient réveillé Gabriel qui regardait autour de lui avec confusion. Edeline s'approcha de lui pour l'apaiser avant qu'il ne fasse le moindre bruit, faisant sourire Wolfram en le voyant répondre à la voix et au contact de sa mère. Il se rendormit rapidement, sa tête sur les genoux de sa mère, et bientôt ils furent à nouveau sur la route, vers la maison.
Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'ils feraient de Gabriel une fois arrivés. Les gens croyaient que tous les vampires avaient disparus, mais il ne faudrait qu'un coup d'œil aux yeux, aux griffes et aux canines de Gabriel pour comprendre. Voir son aversion de la lumière du jour rendrait les choses plus évidentes encore. Il y avait des donjons sous leur maison qui étaient rarement utilisés, mais il n'aimait pas l'idée d'y mettre son fils, surtout avec son état mental. Gabriel n'était pas un prisonnier à garder sous clef, et puisqu'il n'aimait pas être séparé d'eux, ce n'étais pas la meilleure option. Le garder dans la maison était ce qu'il y avait de mieux à faire, mais cela signifierait que le dissimuler – lui et son vampirisme – au personnel de la maison et aux membres de la famille serait impossible.
Si la rumeur courrait qu'ils abritaient un vampire, cela signifierait la destruction de la famille, même si ce vampire était acclamé en héros et était l'Elu de Dieu. Toutefois… Wolfram fronça les sourcils. Peut-être… pourraient-ils utiliser ça à leur avantage ? Le crucifix qui avait tant blessé le château n'avait aucun effet sur Gabriel, aussi peut-être pourraient-ils l'utiliser comme preuve qu'il n'était pas un monstrueux vampire malfaisant, mais simplement le champion devenu un vampire en accomplissant Son devoir.
Oui, oui, ça pourrait marcher. Peut-être fallait-il organiser une rencontre de la famille dès leur arrivée, annoncer le retour de Gabriel, admettre qu'il était un vampire, et montrer que de toute évidence les objets saints ne le blessaient pas ? Il lui faudrait également leur faire comprendre que la présence de Gabriel devrait rester secrète – il ne fallait pas que la Confrérie le trouve ici. Ils protégeraient leur fils, même de ceux qui l'avaient élevé.
Il leur faudrait aussi admettre au personnel qui et ce qu'était Gabriel, mais ce serait plus simple que de l'admettre à la famille. La plupart des anciens serviteurs (dont leur conducteur actuel) étaient présents la nuit de la disparition de Gabriel, de même que les plus vieux gardes. Avoir leur « petit maître » à nouveau sous leur protection leur ferait sans aucun doute grandement plaisir, et ils s'assureront que les autres gardent le silence. Trahir la famille était puni de mort, ils le savaient.
Un petit gémissement de Gabriel brisa le cours des pensées de Wolfram et il leva les yeux. Edeline lui murmurait à l'oreille et passait ses doigts dans ses cheveux, le faisant s'apaiser rapidement. Un léger grondement de son estomac lui rappela le panier de nourriture installé près de lui, intouché, et il fouilla pour trouver un assortiment de petits pains, de viande, de fromage, une bouteille de bière et une bouteille d'hydromel au miel. Il sortit un petit pain sucré et le donna à Edeline, et se versa un verre d'hydromel.
Edeline mordit dans le petit pain, avala, et observa le visage endormi de Gabriel. « Je refuse de la cacher, Wolfram. » Dit-elle fermement. « Je ne suis pas venu jusqu'ici pour simplement le dissimuler dans les donjons. »
Wolfram prit une gorgée d'hydromel. « Je suis d'accord. Je crois que le meilleur moyen de s'en sortir est d'être honnête. Leur dire que ce que nous avons vu dans le miroir, leur montrer que les artefacts saints ne blessent pas Gabriel. Rendre clair que personne à l'extérieur de la famille ne doit savoir qu'il est un vampire toutefois. Je préfèrerai garder son existence cachée du reste du monde, mais je doute que la Confrérie le permettra. »
Edeline s'assombrit à la pensée de la Confrérie. « Après tout ce qu'ils ont fait à Gabriel jusqu'ici, ça ne me surprendrait pas qu'ils essaient de le torturer un peu plus. Je voudrais juste savoir pourquoi. »
« J'ai l'intention de le découvrir. Une fois Gabriel installé à la maison, j'ai l'intention de confronter Volpe avec ce que nous savons. J'espère l'utiliser pour forcer à nous rendre Trevor sans qu'il se batte, et si je suis chanceux, je pourrai peut-être obtenir quelques réponses. »
« Crois-tu réellement qu'ils te donneront Trevor ? Si Gabriel n'a jamais appris son existence et qu'ils l'ont pris des bras de sa mère juste après sa naissance, c'est qu'ils doivent avoir des plans pour lui également. »
« Je sais, et j'espère que nous pourrons épargner à Trevor le sort de son père, mais nous verrons. » Wolfram attrapa un petit pain pour lui-même dans le panier. « Je ne veux pas les attaquer directement, parce que ça pourrait très mal tourner pour nous, mais c'est notre petit-fils qu'ils détiennent, et ils ont laissé Gabriel pourrir dans ce maudit château, alors si on en vient là… »
Edeline approuva, et ils tombèrent dans le silence alors que la calèche roulait sur la route.
Le soleil plongeait rapidement sur l'horizon alors qu'ils avançaient vers leur prochain arrêt sur la route. Celui qui a construit ces petites auberges avait choisi les emplacements parfaits, songea Wolfram, puisqu'elles étaient espacées juste assez pour qu'ils atteignent la suivante à la fin de la journée de voyage. Comme prévu, Edeline et lui descendirent de la calèche en face du bâtiment, et leur conducteur l'emmena ensuite sur le côté de la maison. Ils avaient laissé Gabriel dormir sur le banc, mais il se réveillerait dès que le soleil serait couché, assoiffé, aussi devaient-ils se dépêcher.
Ils se présentèrent rapidement à l'entrée, et le garçon de la maison monta leurs affaires dans leur chambre, qui était par chance près des escaliers de derrière. Edeline fit le guet, Wolfram descendit à leur calèche, et trouva Gabriel réveillé, en train de regarder autour de lui les yeux écarquillés et effrayés.
« Tout va bien, Gabriel. » Dit-il gentiment en grimpant pour le prendre dans ses bras. « Papa est avec toi. » Gabriel porta le regard vers lui et le fixa intensément, et Wolfram tressaillit en réalisant qu'il fixait en réalité son cou. « Allons en haut dans le lit, et je te trouverai à boire. »
Gabriel ne fit aucun bruit tandis que son père le transportait dans l'auberge, mais il garda les yeux posés sur le cou de Wolfram, même lorsqu'il le borda. Il gémit doucement quand Wolfram s'éloigna, et ses pupilles se dilatèrent tandis qu'il dénudait les canines.
« Je crois qu'il serait plus prudent que tu restes loin de lui, Edeline. » L'avertit Wolfram en attrapant son épée et son couteau de chasse, ainsi que la chope utilisée pour nourrir Gabriel. « Je reviens aussi vite que possible. » Edeline hocha la tête et s'installa dans une chaise dans un coin, et Wolfram sortit en hâte. Il se glissa en bas dans les bois derrière l'auberge. L'obscurité grandissait, rendant la vision difficile, donc la chasse, mais il devait nourrir Gabriel d'une quelconque manière. Il ne voulait pas penser à la manière dont il réagirait s'il devait s'en priver trop longtemps.
Heureusement Dieu lui sourit, car il réussit à attraper rapidement deux lapins et à drainer leur sang dans la chope. Il dissimula les restes et retourna dans l'auberge et leur chambre. Gabriel était toujours allongé, Edeline l'observa depuis sa chaise, et ses gémissements de détresse cessèrent aussitôt que Wolfram rentra et lui offrit la chope. Il but le contenu avec enthousiasme, et une fois fini, leur permit de l'allonger, calme et silencieux à nouveau. Wolfram mit la chope de côté, Edeline et lui l'embrassèrent pour lui dire bonne nuit. Il leur sourit confusément, ferma les yeux et s'endormit.
Leur fils nourri et endormi, Wolfram descendit dans la pièce commune pour leur prendre à dîner. Il prit un siège à une table dans un coin sombre en attendant, et écouta les conversations autour de lui. Beaucoup se concentrait se lui – après tout, c'était rare qu'un tel établissement accueille la noblesse – mais ils parlaient aussi de la saison qui s'avançait, de l'hiver qui venait de passer, et comme toujours, des discussions sur les Seigneurs de l'Ombre et leur défaite aux mains de Gabriel. Ils levèrent des toasts au nom de Gabriel, et seul le fait qu'il ne voulait pas attirer une attention injustifiée empêcha Wolfram de faire de même. Entendre parler des exploits de Gabriel l'emplissait de fierté. Son garçon avait fait ça ! Son garçon avait sauvé le monde !
« J'ai entendu dire que Château Bernhard était tombé. » Dit l'un des buveurs à une table proche.
« Je l'ai entendu aussi. » Dit une autre voix. « Et j'ai aussi entendu dire que les gars de la Confrérie étaient pas mal inquiets à ce sujet, sans que je sache pourquoi. »
« Bah ! Ils sont stupides ! » Fit un troisième client. « Cet endroit était maudit dès le moment où il a été construit ! Je vous dis, ils devraient saler la terre et ne jamais rien reconstruire à la place ! »
Il y eut un chœur d'approbation dans le reste de la pièce. « C'était un homme de la Confrérie qui a sauvé nos peaux ceci dit ! » Ajouta le premier homme. « La dernière fois que j'ai entendu parler de lui, on l'avait vu suivre une petite fille dans ce château, et aucun n'est jamais ressorti. P't'être que c'est la raison qui rend la Confrérie si inquiète. »
« Quoi, tu penses que notre héros aime les petites filles ? » Railla quelqu'un.
« Ou peut-être que c'est la petite fille qui aime les hommes plus âgés ! » Ria quelqu'un d'autre.
Wolfram secoua la tête alors qu'une grosse assiette couverte de viande et de légumes lui était donné, qu'il porta rapidement en haut. Edeline et lui mangèrent en silence et allèrent se coucher, Gabriel à nouveau entre eux, protégé.
Wolfram cilla quand un coup bruyant fut frappé à leur porte. Il leva la tête de son oreiller et cligna rapidement des yeux : avait-il rêvé ? Apparemment pas, puisque Edeline remuait aussi et même Gabriel tournait dans ses couvertures.
Le coup vint à nouveau, bruyant et insistant, et Wolfram rejeta la couette et se leva. Il mit un coin de la couette sur le visage de Gabriel pour qu'on ne puisse pas le voir dans la pièce sombre, et il se glissa vers la porte, au moment où l'on frappait une troisième fois. Il était surpris de n'entendre personne remuer dans les autres chambres : n'entendaient-ils pas ?
Il ouvrit la porte juste assez pour voir qui frappait, et prit soin de se tenir entre la porte et le lit pour boucher toute vue sur Gabriel, et espéra que son fils serait silencieux.
« Quoi ! » Siffla-t-il. « As-tu la moindre idée de l'heure qu'il est ? »
Le domestique de l'autre côté de la porte le regardait avec l'expression la plus sérieuse qu'il ait jamais vu sur le visage d'un enfant de cet âge. « Seigneur Cronqvist, votre famille et vous devez partir, immédiatement. » Dit-il bas mais fermement.
« Quoi ? Que veux-tu dire ? Pourquoi ? »
« La Confrérie arrive. Ils savent que vous êtes allé au château, et ils viennent. »
Oh Dieu… Wolfram regarda le visage du garçon intensément pendant un moment : est-ce une blague ? Mais non, les yeux bleus brillants du garçon ne dévoilaient aucun signe de malice ou de tromperie. « Merci. » Souffla-t-il en faisant un pas en arrière pour fermer la porte, et il vit le garçon approuver et se détourner.
Une fois la porte fermée, Wolfram avança en hâte vers le lit. « Edeline ! » Siffla-t-il en la secouant.
Elle se réveilla lentement et le regarda avec fatigue. « Wolfram ? »
« Lève-toi, habille-toi, et commence à ranger nos affaires. Nous devons partir, maintenant. »
Il faut le lui reconnaître, elle se leva et commença à bouger avant de poser la moindre question. « Qu'est-ce qui se passe ? »
« On vient juste de m'informer que la Confrérie est en chemin. Je vais réveiller notre conducteur et l'aider à préparer les chevaux. Garde Gabriel caché, n'ouvre la porte à personne. Je reviens rapidement. »
« Très bien. Sois prudent, Wolfram. »
« Promis. »
Il s'habilla et mit ses bottes à toute vitesse, et mit son épée à sa hanche (juste au cas où…) avant de se glisser en bas. Une fois hors de l'auberge, il courut le long de la route en T jusqu'à la calèche, où il trouva le conducteur endormi dans le grenier. Il secoua l'homme et lui dit de préparer les chevaux immédiatement, que la Confrérie arrivait. L'homme, refusant de perdre son petit maître à nouveau, sauta sur ses pieds pour s'exécuter, et Wolfram le suivit pour aider.
Les deux travaillèrent aussi rapidement et aussi silencieusement que possible dans l'obscurité, ne voulant pas attirer une attention inopportune en allumant ne serait-ce qu'une deuxième bougie, et ils eurent rapidement les chevaux harnachés au carrosse. Ils l'avancèrent ensuite sur la route près de la porte des escaliers. Wolfram se précipita ensuite dans la maison, et dans leur chambre.
Il découvrit Edeline habillée en train de monter la garde juste devant la porte, leurs sacs à ses pieds.
« Prend les bagages et descend. » Lui murmura-t-il en allant vers le lit. « Je m'occupe de Gabriel. » Il n'attendit pas de voir si elle lui obéissait, et enleva la couverture de dessus le lit pour porter Gabriel. Gabriel gémit doucement, mais il s'installa dans ses bras et se tut, et Wolfram se tourna vers la porte à temps pour voir Edeline sortir de la pièce avec leurs affaires. Il passa un regard circulaire sur la pièce pour s'assurer qu'ils n'oubliaient rien, puis sortit silencieusement et prit les escaliers.
Le ciel était toujours sombre, et la lune n'était qu'une ombre d'argent, l'empêchant de voir la calèche avant d'en être près, mais il pouvait toujours voir la silhouette d'Edeline qui les attendait dedans. Il grimpa, installa Gabriel sur un banc avec elle, et se figea une seconde en entendant le cliquetis de sabots au loin.
Il jura tout bas, et s'adressa au conducteur. « Amène la calèche vers les bois au bout de la route » Il se mit ensuite à l'intérieur et ferma la porte au moment où le carrosse bougeait. Au lieu de tourner vers la droite, il alla vers la gauche. Ils roulèrent hors de la route poussiéreuse dans les bois, puis avancèrent un moment avant de s'arrêter. Sans la moindre lumière allumée, avec de la chance ils seraient assez loin pour empêcher quiconque de les voir sur la route ou dans la maison. Il entendit alors le conducteur sauter de son siège et le vit courir plus loin.
« Que fait-il ? » Souffla Edeline. Wolfram risqua un coup d'œil par la fenêtre, et le vit courir vers l'endroit où ils avaient laissé la calèche la veille. Quelque seconde plus tard, la faible lueur de la seule bougie qu'ils avaient utilisée s'éteignit, il entendit le bruit de portes que l'on ferme, suivit par un bruit de course dans leur direction. Le conducteur ne grimpa pas sur son siège toutefois, ils l'entendirent se mettre devant les chevaux pour les garder silencieux. S'ils étaient surpris ici, ils n'avaient pas la moindre chance de sortir la calèche avant d'être encerclés.
Les bruits de sabot s'approchaient, et Wolfram pria Dieu que Gabriel n'eut pas de cauchemar ou de réminiscence alors qu'ils quittaient la route principale pour la petite route poussiéreuse.
« Je ne comprends pas pourquoi le Cardinal Volpe est si inquiet pour les Cronqvist, de toute manière. » Une voix s'éleva, Wolfram se recroquevilla et retint son souffle. Derrière lui, il pouvait à peine entendre Edeline faire de même.
Des bruits de personnes descendant de cheval leur parvinrent. « Il veut juste que nous surveillions Château Bernhard, Rolfe, tu le sais. »
« Mais pour quoi faire ? Nous entendons les rumeurs que les Cronqvist s'y intéressent, et il envoie cinq d'entre nous enquêter. Qu'est-ce qui l'inquiète ? »
« Peut-être est-il simplement concerné par l'idée que quelque chose leur arrive là-bas. Nous connaissons tous l'histoire de ce château, et il a demandé la construction d'un nouveau camp sur leurs terres, ce qui n'arrivera pas si quelque chose arrive à Wolfram Cronqvist. » Fit une nouvelle voix.
« Une fois encore, tu es la voix de la raison, Eddard. » Dit une quatrième.
« Je pense toujours que c'est fou. » Dit ledit Rolfe. « En quoi c'est nos affaires, ce que font les nobles pendant leur temps-libre… »
« Laissons juste les chevaux se reposer. » Dit Eddard calmement. « Nous avons chevauché toute la journée, et nous avons toujours pas mal de distance à parcourir avant d'atteindre Wygol. »
« J'approuve. » Dit une cinquième voix. « Si tu détestes ça autant, Rolfe, pourquoi avoir rejoint la Confrérie pour commencer ? »
Rolfe ne répondit pas, ils n'entendirent qu'un petit grognement, accompagné de sons de chevaux entrant dans l'écurie pour la nuit.
« Je m'interroge cela dit. » Dit la cinquième voix.
« Oh non, pas toi aussi ! »
« Ecoute-moi. S'il veut que nous jetions un œil sur les Cronqvist, que l'on dit être au château, pourquoi le Cardinal nous a-t-il ordonné de rester hors du château lui-même ? Difficile de les surveiller si l'on ne peut pas aller là où l'on dit qu'ils sont. »
« Qui sait ce que cet homme pense ? Sa décision d'envoyer Gabriel seul dans sa quête me déroute toujours autant. »
« Eh bien, Gabriel était certainement capable de le faire. » S'éleva à nouveau la voix d'Eddard, tandis qu'ils avançaient apparemment vers la maison.
« Je dois l'admettre. » Souffla Rolfe alors qu'ils passaient la route. « Il a peut-être réussi seul, mais si certains d'entre nous l'avaient accompagnés, il pourrait être de retour à la maison en train de trop souvent lever son verre avec nous en son nom, au lieu d'être mort quelque part. Nous n'avons même pas eu la permission de récupérer son corps pour l'enterrer. »
« Tu sais pourquoi. La Lande des Morts est trop dangereuse pour que nous y allions juste pour récupérer un corps. »
« Ce n'est tout de même pas juste. Le pauvre Trevor va grandir sans connaître son père, si ce n'est pour les histoires que nous lui dirons. »
Ils entendirent une porte s'ouvrir, et les voix devinrent étouffées alors que leurs propriétaires pénétraient à l'intérieur. Wolfram relâcha la respiration qu'il avait retenue.
« Nous allons rester ici un peu plus longtemps. » Murmura-t-il. « Pour leur donner le temps d'aller dormir. »
« Très bien. » Répondit-elle doucement, et bien qu'il ne pouvait pas la voir, Wolfram l'imagina passer les doigts dans les cheveux de Gabriel pour essayer de le garder silencieux. S'il criait ou hurlait maintenant…
Wolfram jeta un coup d'œil par la fenêtre de la calèche et vit des faibles lumières à travers les arbres. « J'espère qu'ils iront au lit rapidement. » Dit-il pour lui-même en regardant. Derrière lui, Gabriel émit un léger bruit de détresse en remuant.
« Shhh, » souffla Edeline. « Chut, Gabriel. Rendors-toi. »
Wolfram recula et s'agenouilla sur le sol près d'eux. « Silence, Gabriel. Nous sommes juste là. Rien ne t'arrivera. » Il entendit le son de vêtements qui bruissent, et Gabriel se tourna dans ses couvertures. « Tout va bien. Rendors-toi. »
Un léger soupir, et Gabriel s'immobilisa, tandis que Wolfram alla du sol au banc.
« J'aimerais savoir ce dont il rêve. » Murmura Edeline. « Même si je sais que ce n'est probablement pas quelque chose que je veux voir. C'est… difficile de voir son enfant en détresse, et de rien pouvoir y faire. »
« Je sais. » Approuva gentiment Wolfram. « J'espère juste qu'il redeviendra lui-même une fois en sécurité à la maison. Je pense que ce château trois fois maudit est largement à blâmer pour son état actuel. Il a été seul là-bas pendant des mois, imagine les effets sur son esprit. »
« Je ne veux pas y penser. Nous sommes arrivés juste à temps… Si nous étions venus ne serait-ce que quelques jours plus tard… »
« N'y pense pas. Souviens-toi que nous l'avons trouvé, que nous l'en avons sorti et que nous sommes sur le chemin de la maison avec lui. Nous pouvons avancer d'ici. »
Vers la maison vint le son d'une porte qui s'ouvrait, et deux voix parlaient vers les écuries. Wolfram et Edeline se turent à nouveau et patientèrent.
« Pourquoi est-ce que je dois toujours venir avec toi ? » Grommela la voix de l'un des chevaliers de la Confrérie, qu'ils avaient entendu quelques minutes auparavant.
« Je n'y peux rien si mon frère m'enfermait toute la nuit dans la cave quand j'étais enfant. » Fit la voix d'Eddard.
« Toujours la voix de la raison – jusqu'à ce qu'on parle des endroits sombres. Juste, prend ce que tu as laissé de cette maudite selle et dépêche-toi. Je veux me coucher. »
Wolfram ne savait pas si Gabriel reconnut les voix et voulut les appeler, ou si elles l'avaient effrayé d'une certaine manière, mais il bougea trop tard pour étouffer le cri qui s'échappa de la bouche de son fils. Il mit sa main sur la bouche de Gabriel et l'empêcha de faire plus de bruits, mais il ne pouvait rien faire contre celui qu'il avait déjà fait.
« Au nom de Dieu, qu'est-ce que c'était ? » Fit la voix d'Eddard.
« Je ne sais pas, » répondit l'autre, « mais cela venait des arbres là-bas. »
Gabriel gémit sourdement et essaya de tourner la tête pour échapper à la main de Wolfram, ce qui le força à se mettre au sol pour garder la tête de son fils dans son autre main.
« Shhh, ne bouge pas Gabriel. » Dit Edeline d'une voix si basse qu'il l'entendit à peine. « Nous avons besoin que tu sois silencieux. » Gabriel gémit à nouveau et essaya de détourner le visage, mais la main de Wolfram l'arrêta.
« On aurait dit la voix de Gabriel, non ? »
Wolfram cessa de respirer.
« Tu as perdu la tête. Gabriel est mort, il repose sur la Lande des Morts, tu te souviens ? »
« Je te jure que c'était lui ! Allons voir. »
Des bruits de pas s'approchèrent d'eux. « Je pense toujours que tu as perdu la tête. »
La porte de la maison s'ouvrit à nouveau. « Messieurs ? » C'était le jeune domestique. « Votre repas est prêt. »
« Nous arrivons dans une minute. »
« Messieurs, vos amis se servent déjà, alors dépêchez-vous ou vous n'aurez plus grand-chose. »
« Zut. Allons-y Eddard. Je ne vais pas sauter un repas pour vérifier un bruit bizarre. »
« Je te dis que c'était Gabriel ! »
« Gabriel est mort, Eddard, et il ne reviendra pas peu importe à quel point on aimerait que ce soit autrement ! Maintenant, allons manger et dormir pour la nuit. Il nous reste une longue journée de chevauchée. »
Il y eut une longue pause, puis : « Très bien, allons-y. » suivit de bruits de pas retournant vers l'auberge. Quelques secondes plus tard, la porte se referma, et la conversation s'éloigna de la porte.
Wolfram relâcha sa respiration. « C'était moins une. » Murmura-t-il en relâchant Gabriel qui reniflait, et il le prit dans ses bras pour le réconforter en se rasseyant sur le banc. « Shhh, je suis désolé pour ça Gabriel, mais nous ne voulions pas qu'ils sachent que tu es là pour te garder en sécurité. Chut… » Gabriel se recroquevilla contre lui et hoqueta.
« Je me demande pourquoi ça l'a tant affecté. » S'interrogea Edeline.
« Je ne suis pas certain de vouloir le savoir. »
Ils se turent en attendant, et après quelques minutes Gabriel se calme et se rendormit, permettant à Wolfram de reposer sa tête sur les genoux de sa mère pour aller regarder l'auberge par la fenêtre.
Heureusement, les chevaliers ne restèrent pas debout très longtemps et environ dix minutes plus tard, les lumières de la salle commune s'éteignirent, suivies pas les bougies des escaliers. Ils attendirent une autre demi-heure pour permettre aux hommes de s'endormir profondément, avant de passer la tête par la fenêtre et d'appeler leur conducteur. Il espérait que les chevaux ne feraient pas trop de bruits.
La calèche roula lentement vers la route, dépassa l'auberge, et retourna sur la route pour avancer vers la maison. Ce ne fut pas avant que l'auberge soit hors de vue que Wolfram s'autorisa à se détendre légèrement, et il ne s'autorisa à s'adosser contre la calèche et à souffler de soulagement qu'après un bon kilomètre sans signes que leur départ avait été remarqué.
« Une fois que les choses se seront arrangés, » Dit-il avec fatigue, « Je reviendrai ici et j'offrirai à ce domestique une place dans notre maisonnée. Je ne sais pas comme il a su qu'ils venaient, mais cela nous a certainement protégés d'une rencontre au matin. »
« Je suis d'accord. » Dit Edeline. « Je suis heureuse qu'il nous ait prévenu, et je suis heureuse qu'ils aillent dans la direction opposée. » Elle borda Gabriel quand les premiers rayons bleutés apparurent à l'est. Il était en sécurité pour l'instant.
A/N 2 : Il fallait que j'écrive une scène où Gabriel obtient un peu d'amour paternel, après avoir vu un fanart de lui sous les regards noirs de haine de Léon et Richter jusqu'à ce qu'il en pleure. Il le fallait. XD
