- Bien… bon, je ne vais pas vous cacher que nous avons un sacré problème sur les bras. Un problème dont vous êtes la source.

Par Merlin qu'ai-je bien pu faire ? Je ne me suis quand même pas fais surprendre ivre à la sortie d'un pub… je n'ai pas agressé de journalistes, bien que ce n'est pas l'envie qui m'en manquerait… pas non plus affirmé haut et fort l'envie de muter dans une autre équipe. Je ne me suis pas payé une partie de jambes en l'air avec sa femme… Je me sens totalement blanc. Enfin, presque.

- J'ai reçu une missive à caractère non officiel du Hibou Londonien.

- Le quoi ?

- Le Hibou Londonien, Weasley… Vous ne lisez donc jamais le journal ?

- Pas celui-là en tout cas…

Pour qui me prend-il ? Bien sûr que je lis le journal. A vrai dire, c'est une habitude qui remonte de l'époque où Hermione recevait le sien chaque matin lorsque nous étions à Poudlard. Hermione… je me sens pâlir à vue d'œil. Voilà donc où j'avais déjà entendu parler de ce journal… Merlin, fais tout ce qui est en ton pouvoir pour qu'il n'y ait aucun rapport entre elle et cette histoire. S'il s'avérait que c'était le cas, nous sommes presque sûrs d'avoir déjà perdu.

- Vous êtes sûr que ça va ?

Je hoche la tête en sachant pertinemment que ça ne pourra aller mieux que lorsque j'aurai le fin mot de l'histoire.

- Le directeur nous fait part d'une recherche mené par l'un de ses employés. Il aurait mis en avant une faille dans notre système de relations au public.

Rien que le terme « recherche » me ramène à elle…

Lui serait-il possible d'utiliser des termes compréhensibles. Ou mieux encore… arriver directement à la fin…

- Vous savez que les clubs de première division de quidditch sont soumis à des règles concernant… non vous ne devez pas le savoir puisque c'est le genre de choses que l'on tente de faire oublier. En bref, cet employé est allé rechercher des documents où sont mis en avant plusieurs arrêtés mis en place du temps où le quidditch commençait à avoir de la notoriété. Ceux-ci stipulent qu'au nom du droit à l'information, chaque équipe doit répondre à un quota d'entrevues, de reportages et de rencontres avec le public. Ce que nous ne respectons pas au jour d'aujourd'hui.

Là, il y a un truc que je ne pige pas. En quoi ceci me concerne-t-il ? Comme il le dit, je n'ai aucune notion de ces arrêtés et encore moins des lois concernant le droit à l'image. S'il s'attend à ce que je vienne le sortir de là, il aurait plus de chances d'apprivoiser un gnome de jardin.

- Le journal nous fait une proposition que nous ne pouvons pas nous permettre de refuser.

Là je commence à avoir peur. Ce regard a quelque chose d'effrayant. Quelque chose qui va au-delà du « nous ne pouvons pas le refuser », ce regard là, signe une sorte de condamnation qui ne me plaît guère.

- Il propose de taire cette affaire sous réserve que nous lui réservions un reportage… un reportage sur vous Weasley.

Alors voilà donc la raison qui fait que je me trouve là ? Je ne peux m'empêcher de faire remarquer un peu trop fort :

- Mais c'est du chantage !

- Oui ça en est… Seulement, comme je vous l'ai dis, nous ne pouvons pas nous permettre de refuser. Nous sommes en tord, comme toutes les équipes de quidditch de ce pays, et il a fallu que ça tombe sur nous. Seulement, vous savez tout comme moi que les journaux sont en premières loges pour noircir ou embaumés l'image d'un club. Je ne sais pas de quoi ils seraient capables, et je n'ai pas envie de chercher leur limite.

- Mais pourquoi… moi ?

Je sais, c'est une phrase un peu stéréotypée mais à croire que je n'ai jamais perdu mon âme d'enfant.

- Je ne sais pas. Nous ne sommes pas en posture de marchander, Weasley.

Que veut-il que je lui réponde à ça ? Mes poings se crispent, j'ai l'impression d'être le dindon de la farce et ça, c'est loin d'être appréciable.

A croire qu'il a exactement lu dans mes pensées car le voilà qui essaye de me rassurer par un :

- Dans tous les cas, je peux vous promettre que ça ne durera pas plus de quelques jours.

- Je n'ai pas le choix…

- Pas vraiment non. Le journaliste viendra se présenter en cours d'après-midi. Je vous appellerai pour discuter avec lui des modalités.

Je sers cette main qu'il me tend bien malgré moi. J'ai cette sensation désagréable de m'être fais prendre au piège comme une mouche dans une toile d'araignée. Et le pire là-dedans, c'est que je sais sans aucun doute que ceci ne sonne que le début de mes emmerdes.

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Voilà une bonne heure que la lettre doit être partie de son bureau et je me sens comme une enfant qui attendrait le père noël.

C'est plus fort que moi, à chaque fois que je passe devant mon directeur, je ne peux m'empêcher de lui lancer un regard qui veut tout bonnement dire « toujours rien ? » auquel il répond distinctement par un :

- Patience est mère de vertu, Miss Granger. Auriez-vous un doute sur mes capacités persuasives ?

- Un journaliste se doit d'être persuasif…

- Tout à fait. Je pense qu'il prend juste le temps de discuter des modalités avec ce… Weasley.

Il a bien eu du mal à retrouver ce nom… comme s'il n'était qu'une personne parmi d'autres. Mais non, ce n'est pas le cas. Il a à peine franchi l'embrasure de mes oreilles, que je me sens frissonner des pieds à la tête. Ce n'est pourtant pas le moment de perdre pieds. Aucune culpabilité à avoir. Ce n'est pas non plus la fin du monde et ça lui permettra de redescendre un peu sur Terre. Le temps de quelques jours.

Et puis surtout, durant ce lapse de temps, il sera totalement soumis à mes quatre volontés et ça, ça lui fera tout bonnement les pieds.

Je sais que je ne devrais pas penser ça, mais ça la seule chose qui m'apaise un tant soit peu…

- En tout cas, très bonnes recherches… je ne connaissais pas ces arrêtés.

- A vrai dire, je pense que peu de monde les connaisse. Sinon, il y aurait plus de journaux pour sentir le filon.

- Et par chance, nous avons dans nos rangs une sorcière dès plus vive. Merci Miss Granger…

Je ne peux que me sentir légèrement rougir alors que je le regarde s'éloigner. Je me sens comme une élève qui vient de recevoir la note maximale à ses aspics. Qui a dis que je devais me sentir coupable ?

- Alors il paraît que tu as déniché le reportage de la saison ?

Je me retourne vers Myrtille en souriant presque aux anges. Qu'est-ce que je peux avoir l'air naïve.

- Ca se pourrait bien en effet. Comment sais-tu ça toi ?

- Les murs ne sont pas épais par ici… En tout cas, félicitations, je n'ai jamais vu le patron dans un état pareil depuis… je ne sais même plus quand. A moins qu'il n'y ait pas que cette histoire qui…

- … que veux-tu dire par là ?

- Voyons Hermione, tu es une fille. Et tu vois aussi bien que moi ce genre de choses…

- Je… quoi ?!

Je préfère imaginer que je ne comprends pas ce que ma collègue est en train d'insinuer, plutôt que de me laisser penser que toutes ces flatteries n'étaient pas pour mon travail.

- Hermione… On ne l'a jamais vu sortir aussi souvent de son bureau que depuis que tu travailles chez nous.

- Il veut juste voir le travail de ses employés de plus prés.

Le pire c'est que bizarrement, je n'arrive pas à croire en ce que je dis. Pourquoi une personne changerait-elle si radicalement de comportements ?

Je ne préfère même pas y penser. Non, elle doit vouloir me taquiner c'est tout. Comme l'on bizute les petits nouveaux.

- Plutôt d'une de ses employées si tu vois ce que je veux dire… Bref, dans tous les cas, je suppose que tu vas fêter ça ce soir ?

Fêter ça… c'est sans doute ce que toute personne aurait fait à ma place. Mais bizarrement, je n'en ai plus trop envie.

- Ce genre de chose te donne une excuse pour aller faire la fête avec tes amis.

Sauf que je ne pense que l'un de mes amis soit très heureux de cette nouvelle… Oh et puis, il l'a cherché non ? A la guerre comme à la guerre…

- Oui exactement, je lui réponds. Après tout, c'est ma première réussite avec vous non !

Elle acquiesce et me fait même un clin d'œil avant de retourner à son travail lorsque le directeur fait son apparition, tout sourire.

- Cette fois c'est officiel, me dit-il. Nous avons gagné. Bien sûr, vous vous chargerez de ce reportage ?

- Bien sûr…

Il m'excusera de ne pas réussir à mettre plus d'entrain dans ma voix.

- Bien alors, nous avons rendez-vous ce soir pour tout mettre en place.

Et si je n'étais pas prête à l'affronter aussi rapidement ?