Résumé : Une nuit étoilée, des couvertures, du chocolat chaud… et des confidences.

Note de l'auteur : Ici c'est jour férié, et qui dit jour férié dit... grasse matinée ! Je crois que j'en ai peut-être un peu trop profité d'ailleurs... hum. Mais voilà, l'attente est finie, et je vous laisse avec un des thèmes que je préfère sur les 30 que j'ai pu écrire ! J'espère qu'il vous plaira tout autant qu'à moi !


10 – Regarder les étoiles

Ils ne savaient plus vraiment, ni l'un ni l'autre, qui des deux avait lancé la proposition.
Tout ce dont ils se souvenaient, c'est d'avoir discuté d'étoiles, de soirées d'été, des températures qui se réchauffaient. Tout ce dont ils se souvenaient, c'est d'avoir lancé cette idée d'aller s'allonger sur la terrasse, de profiter du vent chaud et du silence de la nuit pour observer ces milliers de points d'espoir piqués sur la toile du monde.

Alors, ils étaient là.
Couchés sur le dos, Marinette dans un sens, Chat dans l'autre. Leurs têtes au même niveau, si bien que les couettes de Marinette chatouillaient la tempe de son ami, que les mèches blondes de celui-ci caressaient son front. Près d'eux, deux thermos remplis de chocolat chaud étaient posés, ainsi que plusieurs bols contenants des cookies, des sablés ou du chocolat. L'air était encore un peu frisquet, alors plusieurs couvertures et coussins avaient été montés, et arrangés de façon à créer une sorte de nid dans lequel ils étaient maintenant allongés.

« Marinette ?
- Hmm ? »

La voix de Chat était pensive – presque lointaine.
Elle jeta un coup d'œil à ce dernier, un sourire ourlant ses lèvres en voyant ses yeux verts si concentrés sur la voûte céleste.

« Tu as jamais l'impression que… Que personne ne te connaît vraiment ? Que tu es un inconnu pour tout le monde, même pour toi ? »

La question était profonde.
Tellement profonde que c'en était presque inquiétant. Ça la poussa presque à jeter un autre regard à son compagnon – mais elle se résolut à ne pas le faire, reconcentrant l'eau de ses yeux sur l'encre de la nuit. Au loin, les étoiles scintillaient leur sympathie.
Il lui fallut une bonne minute pour formuler sa réponse.

« Je crois que oui… Je ne suis pas sûre. Parfois, certaines personnes réagissent comme si elles me connaissaient mieux que moi-même. Et parfois, je me sens… seule. Comme… Comme si jamais personne ne pourrait appréhender quoi que ce soit de toute cette complexité que je suis. Toi… Toi aussi ? »

Un mouvement près d'elle lui signifia que Chat venait de hocher la tête.
Elle se tût. Il parlerait bientôt – quand il le voudrait.
Après tout, on ne presse pas un félin.

« Je suis… seul. Personne ne sait vraiment qui je suis.
- Personne ? chuchota-t-elle.
- Mon père me voit si rarement que je m'étonne encore qu'il se rappelle avoir un fils. Sa… son assistante, elle ne sait de moi que mes horaires. Je n'ai… quasiment pas d'amis, là où je suis. Et les rares que j'ai, ils ne savent pas qui je suis vraiment, que j'ai un masque, une clochette, une Lady sur qui je veille. Et même… même elle. Je n'ose pas vraiment lui dire à quel point elle compte pour moi. J'offre une facette de moi à chacun, mais personne n'a le vrai dessin, le miroir entier. Personne n'est tout à fait là. »

Marinette aurait aimé répondre quelque chose – ne serait-ce qu'un « si, moi. »
Mais elle ne s'en sentait pas la force. Parce qu'après tout, il avait raison. Même elle ne le connaissait pas en entier. Elle découvrait, jour après jour, ce Chat joueur et taquin, amical, tranquille, qui veillait sur elle et sur qui elle veillait, incognito. Mais elle ne savait pas totalement qui il y avait sous le masque, ce qu'il vivait au quotidien. Même si peu à peu, elle avait l'impression de le découvrir, bout par bout, sourire par sourire.
Elle leva la main, jusqu'à la laisser frôler son front, se glisser dans ses mèches blondes, gratter doucement le cuir chevelu. Elle récolta un sourire, un regard fondant de tendresse.

« Merci, Princesse.
- Merci à toi, Chat, murmura-t-elle. Je… Tu es mon meilleur ami, tu sais. Je ne te connais peut-être pas entièrement mais… j'aime ce que je découvre sur toi, jour après jour. Tu es tellement loin de celui que j'imaginais être. Je suis heureuse que tu te sois arrêté, un soir, sur ma terrasse. Heureuse de pouvoir te connaître. »

Un ronronnement vint accompagner ses dernières paroles, la poussant à s'approcher un peu du visage près d'elle pour appuyer son front contre le sien – ou plutôt, contre son nez.
Un silence doux, confortable, s'installa entre eux, tandis qu'ils tournaient à nouveau la tête pour se reconcentrer sur les étoiles. Au bout d'un moment, la voix de Chat résonna à nouveau.

« Et si on apprenait ?
- Apprenait quoi ?
- À se connaître. Pose-moi une question. Si je peux, j'y répondrai. Après, ce sera à moi. »

Marinette prit une seconde pour réfléchir.
Oh, après tout, pourquoi pas ? Cela pouvait être intéressant. Et elle ne crachait jamais sur l'occasion d'en apprendre plus sur lui !

« Couleur préférée ?
- … C'est ça ta question ?
- Il faut bien commencer quelque part ! Alors ?
- … Bleu, princesse. J'imagine que c'est rose, pour toi, non ?
- Pose ta question, Chat. »

Il rit doucement au ton grognon qu'elle avait pris.

« Hmm… Es-tu fan de quelqu'un ? Quelqu'un que tu admires ?
- Oui.
- Ohohoh ! Et qui donc ?
- C'est à moi de poser une question.
- … C'est vrai. Je t'écoute donc. »

Elle se mordit la lèvre, réfléchissant à toute vitesse.
Que pourrait-elle bien trouver comme question à poser… ?

« Qu'est-ce que tu penses de Ladybug ? Mais… vraiment ?
- Vraiment ?
- Oui. Vraiment. »

Un silence assourdissant fut sa réponse.
Un silence rythmé du battement effréné de son cœur, qui tambourinait au rythme de sa curiosité. Elle osait à peine bouger, observant les étoiles clignoter au-dessus d'eux. Finalement, Chat laissa échapper un long, très long soupir.

« Elle… Elle est comme une moitié, un équilibre de ce que je suis. Quand je fais le malin, elle est sérieuse. Quand je me blesse, elle m'aide. Quand il faut être intelligent, elle est là. Quand… Elle est toujours là. Elle est incroyable. On dirait qu'elle n'est jamais fatiguée, qu'elle n'en a jamais marre. Elle fait face à tout, sans jamais se plaindre. Je ne sais pas comment elle fait. Moi qui ai choisi la bague pour cette liberté qu'elle m'offrait, des fois, j'en ai assez de toute cette attention, tout ce qu'on doit porter. Et alors, je fuis, je me cache, je viens chez toi. Mais elle… elle n'a jamais l'air d'en avoir marre. Ou elle ne le montre pas, jamais. Je l'admire pour tout ça. Elle est incroyable, et je ne lui arrive pas à la cheville. »

Marinette avala sa salive – se retint de tousser.
Elle avait quasiment les larmes aux yeux.

« Peut-être… »

Elle sentit Chat se tendre à côté d'elle – choisit de continuer quand même.

« Peut-être qu'elle a, elle aussi, un refuge, un ami. Mais que tu ne le sais pas. Après tout, lui as-tu vraiment dit que tu me retrouvais parfois ici ? Elle est peut-être… en ce moment même avec quelqu'un qui l'aide aussi à tout supporter, à faire face à tout ça.
- Je…
- C'est à toi de poser ta question, Chat. »

Il haussa un sourcil au brusque changement de sujet.
Mais, apercevant une esquisse de sourire sur le visage de sa princesse, il choisit de s'exécuter.

« Très bien. Quel est donc ce mystérieux personnage dont tu es fan ?
- Gabriel Agreste. »

Chat manqua de s'étouffer dans sa salive en entendant la réponse, claire et définitive. Il semblait sur le point de se tourner, de répondre quelque chose, peut-être même de s'indigner, mais Marinette ne lui en laissa pas le temps.
Le regard toujours fixé dans le firmament, les deux mains croisées sur le ventre, elle laissa aller le flot de sa voix :

« Quand j'étais petite, ma maman m'a appris à coudre. Après, je n'ai jamais vraiment arrêté. Et puis, un jour, elle m'a acheté un magazine de mode, qui parlait d'un créateur très talentueux. Monsieur Agreste. C'était… Ça a été comme une révélation. J'ai dévoré des yeux chacune de ses créations pendant des heures, tenté de les refaire avec le peu de tissus que j'avais chez moi à l'époque. Puis j'ai trouvé des livres avec certaines de ses esquisses, et je me suis dit « pourquoi pas moi ? ». Et je me suis trouvé un carnet, un crayon. J'ai commencé à dessiner, à faire des croquis. A essayer des plans et des découpes, à coudre mes propres vêtements. C'était pas évident, maladroit, pas très beau. Mais je me suis accrochée parce que je me disais : s'il a pu y arriver, lui, pourquoi pas moi ? Et j'ai décidé que je ne m'arrêterai que quand j'aurai atteint mon rêve. Voilà de qui je suis fan… »

Elle laissa passer un instant de silence – offrant au Chat Noir l'occasion de digérer ce flot de paroles.
Et puis, d'une profonde inspiration, elle reprit :

« Mais ce n'est pas lui que j'admire. »

Elle aperçut un coup d'œil interloqué à la limite de sa vision – se laissa aller à sourire.

« Il y a quelques mois, je t'aurai répondu que les deux n'étaient pas différent. Aujourd'hui… Aujourd'hui, ce n'est plus pareil. Parce qu'aujourd'hui, j'ai la chance inouïe de côtoyer quelqu'un de formidable, presque au jour le jour. Aujourd'hui, il y a quelqu'un que je vois. Quelqu'un qui sait se battre, qui sait prendre des risques pour les gens qu'il aime. Qui es si intensément altruiste qu'il jetterait sa propre vie aux orties si ça pouvait aider les autres. Quelqu'un qui s'inquiète tout le temps pour ceux qu'il aime. Quelqu'un qui vient me voir quand ça va pour me faire rire, quand ça ne va pas pour me consoler. Quelqu'un qui sait qu'il peut s'appuyer sur moi quand il a besoin de réconfort, qui ne me prend pas seulement pour une princesse fragile. Quelqu'un qui est… »

Elle inspira.
Sourit.
Expira.

« Quelqu'un qui est là. »

Tournant les yeux, elle rencontra un regard de jade rendu trouble par le reflet de ses émotions.

« Quelqu'un que j'admire pour tout ce qu'il est, tout ce qu'il fait. Même si lui ne s'aime pas autant qu'il le devrait. »

Elle se tut, soudain consciente de tout ce qu'elle venait de dire, tout ce qu'elle venait de lui déballer. Une part d'elle-même avait envie de courir se cacher, de s'enterrer sous une couverture ou un coussin, de ne plus ressortir de là pour trois ou quatre mois. Une autre était simplement heureuse de pouvoir plonger dans ce regard brillant, aussi brillant que les milliers d'étoiles au-dessus d'eux.
Un sourire infiniment doux se peignit sur les lèvres de son ami.

« Merci. »

Elle secoua doucement la tête.

« Merci à toi, Chat. »

Elle eut l'impression de se perdre, un instant, un siècle, un millénaire, dans ce regard en face d'elle. Sa main, toujours glissée dans ses mèches, se déplaça jusqu'à venir caresser la base de sa nuque, griffant la peau pour faire naître de délicieux frissons le long de l'échine de son compagnon.

Lentement – très lentement, presque autant que la danse des aiguilles du temps – les deux silhouettes se rapprochèrent. Marinette n'eut même pas conscience de ce qui se passait. Si c'était elle qui bougeait, ou sa main qui appuyait sur la nuque de Chat, ou son regard électrique qui l'attirait à lui, ou lui qui comblait la distance.
Ou peut-être un peu de tout ça à la fois.

Tout ce qu'elle parvint à appréhender, ce fut cette bouche douce et chaude qui finit par se poser sur la sienne, épousant parfaitement chacune de ses courbes, comblant chacun des battements de son cœur.

M&CN


... :D J'adore ces deux loulous, y a tellement de possibilité de fluff avec eux, c'est génial !

Et pour le fluff, attendez-vous encore à une belle brochette demain, avec le thème Câlins. Alors, hâte ?