La nuit, je devrais rester couchée !

Je me réveillai en pleine nuit, le réveil indiquait 2H15 et j'étais encore toute habillée. Je n'avais ni dîné, ni pris de douche, super !

J'allai dans la cuisine, je voulais manger un peu, même s'il était tard, mon estomac criait famine. J'attrapai des biscuits, me servis un verre de lait et m'installai devant la table de la cuisine.

Je me mis soudainement à penser à ce garçon. Pourquoi avait-il eu cette réaction ? Cet Emmett m'avait paru si inquiet, pourtant, son père avait dû lui dire que tout allait bien… Enfin, il s'était tenu informé de la situation, et cela était gentil de sa part. Il était si beau, tout comme son père, mais son teint était particulier, il était si blême. Oh ! Pourquoi je pensais à lui !

Je fus sortie de mes pensées lorsque j'entendis un hurlement. Il me semblait qu'il s'agissait du même cri que sur la plage, lorsque je m'étais perdue. Y aurait-il des loups à la réserve ?

J'entendis de nouveau le même son et je tournai la tête aussitôt, comme s'il émanait de derrière la maison.

Cela était en partie effrayant et excitant, j'adorais les animaux et j'idolâtrais les loups. C'était justement cette admiration qui provoqua mes actes. Je me levai de mon siège et allai droit vers la porte d'entrée. Je ne réfléchissais plus, je déverrouillai la porte et posai ma main sur la poignée. Un frisson traversa l'ensemble de mon corps et je me retournai. Forte heureusement, ma mère n'était pas là, elle aurait hurlé si elle savait ce que je m'apprêtais à faire. Je ne pouvais pas m'arrêter, je devais aller à l'extérieur. Je baissai la poignée de la porte, l'ouvris et sortis.

Je marchai doucement, calmement, prête à faire face à n'importe quoi. Pourtant, mon cœur battait très vite, j'étais effrayée, mais je ne pouvais pas faire demi-tour, je devais avancer.

J'étais à quelques mètres de la maison à présent. La nuit était sombre et froide et je n'entendais plus rien, aucun hurlement. Je regardai partout autour de moi avec attention, mais je ne voyais rien. Je restai là un moment, la nuit m'apaisait.

Un bruissement provenant des arbres, non loin devant moi, attira mon attention. Je fis un pas en arrière, puis, je me décidai à avancer, même si tout mon être me disait de faire le contraire et de m'enfermer chez moi. Mon cœur me forçait à marcher et aller voir ce qui se trouvait par delà les arbres. Plus j'avançais et plus mon corps s'agitait, je tremblais de tous mes membres. Pourquoi, ne pouvais-je pas reculer ?

« Allons Miria, rentre chez toi, ne reste pas ici ! » Mes conseils ne servaient à rien, je ne m'écoutais même pas.

J'entendis un bruit venant de droite, quelques secondes plus tard un autre émanant de la gauche. C'est alors que je revis ce grand loup noir. J'avais fermé les yeux et cette image apparue de nouveau dans mon esprit. Cette fois-ci, il était de dos, mais sa tête était tournée dans ma direction et il m'observait avec tant de curiosité mais aussi d'inquiétude. Il semblait si réel.

« Qui es-tu ? » me demandai-je. Je le voyais encore, toujours ce même loup.

Sans rien comprendre, mon corps se crispa. Mon instinct m'obligea à ne pas ouvrir les yeux lorsque je sentis une présence à mes côtés. Quelqu'un ou quelque chose était tout proche de moi. Je n'osais pas bouger, maintenant, j'étais tétanisé ! Pourquoi étais-je sortie ?

J'entendis clairement qu'on marchait autour de moi, je sentis des yeux sur ma personne, ils me pénétraient.

Soudainement, je crus percevoir cette présence juste devant moi. C'était comme si cette chose se tenait face à moi, je pouvais entendre de faibles gémissements, très discrets, mais bien réels. Je n'en pouvais plus, je voulais hurler, ouvrir les yeux, courir, mais mon instinct m'empêchait de faire quoi que se soit. J'avais peur, ma respiration s'accéléra. Le loup que je voyais dans mon imagination disparu et le visage de Jacob apparut.

— Jake, murmurai-je.

Un signal se déclencha dans ma tête. Je devais me retourner et courir. Je ne devais ouvrir les yeux qu'une fois retourner. Je revis le visage de Jacob et celui-ci me demanda de partir.

« Rentre »

Je baissai la tête et me retournai. Je plaçai ma main droite sur mon épaule gauche et commençai à courir. J'ouvris les yeux, mais je ne voyais rien, ils n'étaient pas encore habitués à l'obscurité, mais je savais que je devais courir droit devant. Peu à peu, je commençai à discerner ce qu'il y avait autour de moi, j'étais presque qu'arrivée devant la porte, je tendis ma main et abaissai la poignée.

Je m'arrêtai soudainement et me retournai. Il n'y avait rien, tout était calme, mais je ne désirai pas vérifier cette fois et je pénétrai vivement à l'intérieur avant de verrouiller la porte. Je me laissai tomber au sol, le dos contre la porte. Mon cœur battait si fort et ma respiration était si rapide. Il me fallut plusieurs minutes avant de me calmer, puis je réussis à me détendre, malgré la peur qui m'habitait.

« Tu ne referas plus jamais ça Miria », me dis-je à moi-même. « Plus jamais ».

Je me levai et allai dans la cuisine débarrasser la table. Ma mère ne devait pas savoir que je m'étais levée surtout vu ce qu'il venait de se passer. C'était une personne très intuitive, elle aurait pu deviner qu'une chose s'était produite rien quand me demandant ce que j'avais fait après m'être réveillée en pleine nuit.

Je me rendis dans la salle de bain, me brossai les dents, rinçai ensuite mon visage, puis m'observai dans le miroir. Pourquoi étais-je sortie ? Quelle force m'avait poussée à agir ainsi ? Je regagnai ma chambre, enfilai mon pyjama et me glissai sous les draps.

Je repensai à ce qui venait de se produire. Quelque chose s'était tenue devant moi, et j'étais certaine que ce n'était pas humain, mais ce n'était pas hostile. Je quittai alors mon lit et m'installai devant la fenêtre. Je regardai dehors, sans vraiment savoir pourquoi. Cette chose était-elle encore là ? Pouvait-elle me voir ?

Quoi qu'il en soit, j'étais à présent à l'abri, je regagnai à nouveau mon lit et fermai les yeux. Je vis de nouveau un loup, mais cette fois, il était roux.

En début d'après-midi, Jacob arriva comme il me l'avait dit. Je ne lui parlai pas de cette nuit, il aurait été paniqué de savoir que j'étais sortie. Il était moins angoissé que la veille et il ne cessait de rire et de blaguer sur un tas de choses. C'était très agréable d'être avec lui, cela me faisait oublier ce que j'avais vécu cette nuit.

Il avait commencé à réparer ma voiture dans la matinée. Je m'excusai de l'avoir laissé seul durant ce labeur, mais il m'assura que cela ne l'embêtait pas car qu'il aimait bricoler.

— Alors, Sam ne t'a pas trop tourmenté hier ? lui demandai-je.

— Sam ! Non ça va. C'est Sam, toi-même tu sais, répondit l'Indien.

— Il voulait quoi ?

Il me fixa, hésitant à répondre, il paraissait ennuyé.

— Miria… Il se frotta le front avec la main. Sam est comme un mentor pour nous. Il désire que nous suivions la bonne voie et ne cesse de nous dire quoi faire, voilà tout.

— Oh ! Vraiment. D'accord.

Je sus très clairement que Jacob ne m'avait pas dit la vérité. J'étais décidée à tout découvrir, mais j'allais agir avec précaution, aussi pour le moment, je n'allais pas creuser.

— Je dois faire quelques exercices pour mon bras, tu veux bien m'aider ?

— Ce n'est pas encore trop tôt ? me demanda Jacob.

— Cette nuit, je n'ai pas ressenti de douleur alors je pense que je peux essayer quelques exercices que m'a conseillé le docteur Cullen.

— D'accord, allons-y. Si tu as mal, on arrête aussitôt !

Je réalisai les différents mouvements dont m'avait parlé le docteur Cullen. Jacob s'assurait que je positionne bien mon bras. Il était toujours aussi chaud et cela faisait un bien fou à mon épaule.

Les exercices étaient douloureux et Jacob voulut y mettre un terme. Je lui assurai que cela était nécessaire à la bonne cicatrisation de mon épaule. Il continua à m'aider mais son visage trahissait son angoisse. Je trouvai cela hilarant, ce qui réveilla davantage la douleur. Jacob était très prévenant avec moi. Je n'étais pas habituée à un tel comportement venant de lui, cela n'était pas désagréable bien au contraire, j'aimais de plus en plus la façon dont il s'occupait de moi.

— Je pense que cela suffit Miria, tu ne dois pas forcer non plus. Ça ne sert à rien d'y aller trop vite, tu sais.

— Oh, ça va, je sens que je peux continuer, affirmai-je. Et cela ne fait que 45 minutes.

Jacob m'observa avec étonnement et semblait soucieux par mes propos. Il s'écarta de moi, me faisant ainsi comprendre que les exercices étaient terminés, il s'assit sur le canapé.

— Ta voiture, c'est une BMW X3, ce modèle est sorti en 2003. L'as-tu depuis longtemps ? Car elle n'affiche presque rien au compteur, enfin si je puis dire.

— Oui. C'était la voiture de mon père, il se servait surtout de sa voiture de fonction et venait juste d'acheter celle-ci avant… Je m'interrompis un instant. … enfin voilà, elle n'a pratiquement pas roulé.

— Ton père ? C'est vrai, je m'en souviens un peu, mais c'est assez vague. Il est où ?

Mon expression avait dû l'alerter car il précisa que je n'étais pas obligée de répondre à sa question.

— Mon père travaillait pour un cabinet d'avocat. Il aimait cela et malgré la charge de travail qu'il avait, il réussissait à nous consacrer du temps à ma mère et moi. En 2003, il a acheté cette voiture, il voulait changer. Ce tout-terrain lui a tapé dans l'œil tout de suite, en plus, il rejette bien moins qu'un 4x4 habituel. Il travaillait parfois sur des affaires très importantes et quand cela arrivait, on savait qu'on le verrait très peu, avec ma mère, on essayait d'être compréhensive avec tous les efforts qu'il faisait pour gérer sa vie de famille et professionnelle.

Je me tus un moment et baissai la tête.

— Miria, tu n'es pas obligée de continuer si tu ne veux pas.

— Non ça va, ça fait 5 ans maintenant. Enfin, quand c'est arrivé, il travaillait sur cette affaire très importante. Il utilisait souvent sa voiture de fonction, aussi la X3 restait au garage, bref…

Je ne parlai plus durant plusieurs secondes et sentis une main se poser sur mon épaule, quand je relevai la tête, je vis Jacob à mes côtés, son regard rempli de tristesse.

— Je continue Jake. Je pris une grande inspiration et expirai. Un jour, il est parti comme d'habitude, il allait juste travailler, comme ma mère le faisait, comme n'importe qui pouvait le faire…

Mon corps se mit à trembler, mes mains s'agitaient tant que malgré mes efforts, je ne pouvais les contenir. Jacob s'approcha plus près de moi et me serra contre lui et prit mes mains dans son grand battoir.

— Mon proviseur m'a fait appeler dans son bureau, j'ai attendu longtemps qu'il me reçoive mais finalement, c'est ma mère qui est venue. A cet instant, je pris le temps de regarder Jacob. Elle m'a annoncé la mort de père.

— Miria, je suis…

— Il a dû s'endormir au volant, c'est vrai qu'il travaillait beaucoup et tard et il a quitté la route pour finir dans un ravin. Le véhicule a … explosé… quand il a atteint le sol… bref, d'après ce que j'ai entendu, il ne restait plus… enfin bref.

Les bras de Jacob s'enroulèrent autour de moi, l'une de ses mains vint se poser sur ma tête qui reposait sur son torse.

— Je suis désolée Miria, je n'aurais jamais dû te poser des questions.

— Je commence à m'y faire, enfin j'ai beaucoup moins de difficulté à parler de ça. La BMW est restée longtemps dans le garage, ma mère refusait de la conduire et j'ai fait de même lorsque j'ai eu mon permis, je me contentais de conduire la voiture de ma mère. Et puis, il y a deux ans de ça je pense, j'ai voulu la conduire, mon ex petit-ami m'a beaucoup aidée, je l'ai rencontré quelque mois après ce drame, même s'il a réussi à me faire conduire cette voiture que bien après notre rencontre. Mais bon, après cela, je l'ai rarement touchée et ma mère aussi. C'est pour cela qu'elle n'affiche pas beaucoup, la plus grosse partie des kilomètres qu'elle a parcouru a été notre trajet de San Francisco à La Push.

— Je… je comprends à présent. Il souffla bruyamment. La prochaine fois, je réfléchirai avant de te poser des questions si personnelles, me dit-il abattu.

— Ce n'est rien Jake. Je relevai la tête et le fixai. La prochaine fois, demande à Sam.

— Oui, je pourrais faire cela aussi. Il ne nous a rien dit, absolument rien et je n'ai rien vu non plus…

— Comment ça ?

— Ben oui, je pensais qu'il agirait d'une certaine manière, enfin pouvant nous faire comprendre… non c'est ridicule, oublie cela.

— Ça remonte à cinq ans, c'est normal qu'il n'en ait pas fait mention, c'est bien loin maintenant. Mais ça reste douloureux et pénible, enfin c'est normal ça aussi.

Je me dérobai des bras de Jacob et allai nous servir deux verres de thé glacé. Devoir me rappeler ces faits était toujours aussi éprouvant et malgré mes dires, j'en souffrais toujours autant, j'aimais tant mon père et lui nous aimait tellement également, son absence était une torture. Aussi il me tardait que l'on discute d'un autre sujet.

— En tout cas, je suis ravie qu'elle soit en bon état, si je puis me permettre, je tiens à cette voiture.

— Tu la récupéreras très vite et comme neuf, je te le garantis, affirma Jacob.

Je lui tendis le verre et bus le mien très lentement, afin de ne pas à avoir répondre à une autre question sur la voiture et surtout sur mon père.

Jacob n'insista pas davantage, il devait se sentir très mal de m'avoir fait parler de tout cela, mais ces événements restaient en moi, il n'avait rien à se reprocher.

Il resta avec moi jusqu'à l'arriver de ma mère vers 20H et nous ne revînmes plus sur ce sujet.