Note : Et voici la suite. Bonne lecture à tous ^^ !


- Aneliiiiiie !

Il se trouvait au bord du terrain, son chapeau sur la tête, sa veste dans les bras. Apparemment il avait fini sa journée et était prêt à partir.

- Oui ?

Je suis restée aux côtés de Sabo. D'où je me trouvais, je n'avais pas besoin de hurler (donc de m'avancer un peu) pour lui parler.

- Je rentre. Qu'est-ce que tu fais ?

Plutôt que de répondre immédiatement ce que j'avais en tête, je me suis tournée vers Sabo pour avoir une idée de ce qu'il en pensait (bien que je pouvais tout aussi bien ne rien obtenir de ce côté-là). Et effectivement, pas très bavard, il s'est contenté de me fixer, silencieux, vaguement inexpressif. C'était à moi de choisir, je le savais. Mais bon, si j'avais pu obtenir un petit coup de main, je ne m'en serais que mieux portée.

Enfin, une bonne inspiration, un pivotement vers mon père et la réponse qui a fusé avec : « Je reste encore un peu ici. Mais je ne rentrerai pas trop tard », ai-je cru bon d'ajouter afin de ménager un tant soit peu mon vieux râleur (bien que je savais déjà que ça ne servirait à rien. Pour lui faire plaisir, il aurait fallu que je le suive à cet instant).

- Après, ça va être tard ! a-t-il lancé, tenace. Tu sais à quelle heure est le dernier bus au moins ?

Apparemment, il était prêt à tout essayer pour me convaincre de le suivre. Mais...

- Ne vous inquiétez pas, est soudain intervenu Sabo qui s'était rapproché de moi, je la raccompagnerai.

A cette nouvelle annonce, mon père s'est contenté de rapidement tourner les talons en marmonnant quelque chose d'incompréhensible à cette distance et s'en est allé.

Qu'est-ce qu'il pouvait être pénible ! On aurait cru sa sœur tiens ! M'avait un peu gâchée du plaisir que j'avais à me retrouver là. Il n'appréciait pas la situation, je le savais. Pourtant...il avait sa part de responsabilité...


Sabo était toujours à côté de moi, son ballon dans les mains. Une fois mon père parti, il s'est un peu penché pour juger de l'expression que j'affichais : moitié amusée, moitié contrariée.

- Qu'est-ce qu'il y a ? m'a-t-il alors demandée.

J'ai hésité un instant, puis lui ai sorti sur le ton de la plaisanterie :

- Je crois bien que maintenant, il s'inquiète encore plus parce que tu vas me raccompagner.

- Et je dois prendre ça comment ? a-t-il rétorqué sceptique. Ce ne serait pas la première fois et je n'ai pas l'intention d'aller t'encastrer dans un pylône.

- Non, c'est pas ça...

Non, en effet, ce n'était pas à ça que je pensais, mais je n'avais pas envie d'en parler. Ou plutôt si, j'en mourais d'envie, mais c'était absolument impossible de le faire. Ça serait revenu ni plus ni moins à laisser transparaître une partie de mes sentiments pour Sabo. Et ça, c'était hors de question.

- Anelie...ça va ? m'a-t-il demandée en voyant mon air s'attrister.

- Ouais...ouais, ça va, ai-je soupiré pas très convaincante en le regardant.

Il m'a alors lancée un petit sourire gêné qu'il voulait sans doute encourageant. Ça m'a vraiment fait plaisir qu'il intervienne comme ça en ma faveur. Et puis, il avait l'air soulagé que je sois restée. Je me suis alors prise à rêver que ce n'était pas seulement parce que j'avais un don particulier pour ramasser les ballons.

- Bon, on s'y remet ? a-t-il proposé ensuite avec entrain – mais sans bouger pour autant.

J'ai alors eu l'impression qu'il ne m'avait pas dit ça parce qu'il était impatient de reprendre ses tirs, mais plutôt parce qu'il espérait ainsi me sortir de mes pensées tristounettes. Ce ne fut pas une grande réussite, car je suis restée scotchée, mon regard braqué vers ce couloir d'accès au terrain, par où mon père venait de disparaître quelques instants plus tôt.

- Je ne le comprends pas..., ai-je murmuré.

- Quoi...? a dit Sabo doucement.

- Je ne le comprends pas, ai-je répété machinalement, un peu absente.

Complètement ailleurs, mes pensées avaient pris le dessus et étaient dites à haute voix, c'est tout.

- Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été sur des terrains de basket. Petite j'y jouais, ensuite j'y ai aidé mon père et y faisais même parfois mes devoirs...La plupart de mes souvenirs d'enfance a un lien avec cet endroit.

Sabo demeurait à côté de moi, immobile, silencieux, attentif.

- J'ai toujours aimé y être et côtoyer les gens qui s'y trouvaient. Et mon père ne s'y est jamais opposé...au contraire. Il m'a mise là-dedans et a su me montrer les bons côtés sans jamais tomber dans le discours négatif comme quoi c'était un milieu pourri peuplé de gens imbuvables. Même encore aujourd'hui, c'est lui qui m'a proposée de venir le rejoindre ici, pour me montrer...

Je trouvais son comportement tellement incohérent...presque injuste.

- C'est lui qui m'a élevée comme ça, et maintenant, il est dans tous ses états parce que je suis tombée amour...

Oh la la ! Oh la la ! Oh la la ! Qu'est-ce que j'avais dit...ou pas dit...ou dit à moitié ? Qu'est-ce que j'avais fait ? Dans quelle situation je venais encore de me mettre...?

La gaffe...Même partielle, mais la gaffe. C'est sans doute mon instinct de survie qui a actionné la sonnette d'alarme qui a imposé à ma bouche de se fermer et à mon cerveau de se remettre à fonctionner normalement. Malgré cela, j'avais beau ne pas avoir terminé ma phrase, entre le contexte, ce que j'avais pu sortir juste avant et ma réaction proche de la fusion, je n'aurais certainement pas obtenu une bonne côte au prochain tiercé du coin.

Bouger ? hors de question ! M'hasarder à regarder si Sabo avait suivi ou simplement pipé mot de ce que je racontais ? encore moins. Là, je m'étais littéralement transformée en statue vivante, et je ne risquais pas de m'aventurer à faire quoi que ce soit.


Mais quand j'ai entendu tomber dans un bruit sourd le ballon par terre, je ne me suis que trop bien imaginée la tête de Sabo. Sabo qui devait être complètement médusé après ce qu'il venait d'entendre. En état de choc tel, qu'il en avait lâché son ballon. Et soudain :

- Anelie...?

Soupir, frustration et confirmation ! Au ton employé, il avait bien suivi. Du coin de l'œil, je l'ai deviné se pencher encore plus vers moi, incrédule.

- Qu'est-ce que...qu'est-ce que tu as dit...?

Sa voix n'était plus qu'un murmure. Qu'est-ce que j'avais dit ? Qu'est-ce que j'allais faire, oui ? J'avais l'impression que mon cœur allait exploser. Je me sentais brûlante. Les joues, les oreilles, la tête, tout y est passé. J'ignore si une seule partie de mon corps n'était pas en feu. Et dans cette chaleur extrême, je me suis sentie humiliée (et le pire, c'est que j'avais fait ça toute seule, comme une grande). Qu'est-ce qu'il pouvait penser à cet instant ? Je ne l'imaginais pas éclatant de rire en me demandant si c'était une blague (non, ce n'était pas le style de la maison). Je le voyais davantage en train de réfléchir à un moyen de me dire, avec un maximum de délicatesse, qu'il était vraiment désolé, qu'il m'aimait beaucoup, mais qu'il n'avait que son amitié à m'offrir...

En plus de gaffer à mort, j'étais donc certainement en train de le mettre dans une situation des plus inconfortables. Aller, un beau geste : j'allais lui épargner ce calvaire. Prenant sur moi avec la même force qui m'avait toujours habitée dans les moments difficiles, je me suis tournée vers lui subitement, en affichant un sourire rayonnant totalement décalé avec le brillant suspect de mes yeux.

- Rien ! Rien du tout ! me suis-je exclamée au bord de l'apoplexie alors qu'il me dévisageait plus incrédule que jamais. T'occupe, c'est pas important, en ai-je rajouté en secouant la main comme si j'étais en train de chasser une mouche (tu parles d'une mouche, c'était un bourdon qui me menaçait là). Bon, alors, on s'y remet ? Sinon, tu ne seras jamais prêt ! Même la saison prochaine.

Tout ça sonnait tellement faux. Mon faux sourire, mon faux entrain, ma fausse envie de le voir se remettre à s'entrainer comme si rien ne s'était passé. Mais je n'avais pas le choix. Si je ne pouvais pas sauver grand chose, au moins essayer avec les apparences pour que l'on puisse rentrer sans trop de dommages...