Chapitre 9

Une ligne ténue

Peter Pettigrow était en troisième année à Gryffondor, et il pensait que cet énoncé résumait parfaitement qui il était. Il faisait partie de la maison des lions, il était l'un des dix-neuf garçons actuellement dans leur troisième année d'étude, et bien qu'il ne soit certainement pas le meilleur ou le plus brillant, il était là. Et c'est tout ce qui comptait à ses yeux. Il avait trois amis géniaux qui le défendaient toujours et qui l'aidaient avec les sortilèges qu'il ne comprenait pas. Peter n'était pas sûr qu'il ait même envie d'être le meilleur sorcier de leur année.

Le meilleur sorcier de leur année était peut-être Sirius, avec James et Remus pas loin derrière. Mais ce n'était pas surprenant que Black soit si doué, pas avec un frère comme le sien.

Turais Black terrifiait Peter.

Oh, il savait que le garçon était génial, il était gentil avec tout le monde et avait toujours du temps pour bavarder avec n'importe qui. Mais Peter haïssait les serpents, et le garçon était un fourchelang. Mais ce n'était pas une raison suffisante pour empêcher Peter de parler au garçon. Ce n'était qu'un détail qui incitait Peter à toujours rester sur ses gardes, s'attendant presque à voir un serpent surgir de nul part et s'attaquer aux chevilles de toute personne à proximité. Bien sûr ce n'était jamais arrivé.

Non, ce qui terrifiait le plus Peter chez ce garçon c'était à quel point il paraissait parfait. Il devait y avoir quelque chose qui n'allait pas chez Turais Black, quelque chose qu'il cachait. Personne ne pouvait être aussi parfait, n'est-ce pas ? Il devait forcément y avoir quelque chose qui clochait avec lui, un tempérament bipolaire, ou des inclinations douteuses, une chose cachée sous le masque si charmant qu'il portait, bien dissimulée.

Peter n'avait jamais partagé cette pensée avec qui que ce soit, mais Turais Black devait cacher quelque chose. Il ne l'aurait probablement jamais remarqué, il aurait pu être trompé par cette illusion comme tout le monde. Mais il avait vu le garçon, juste un instant, quand il était descendu furtivement aux cuisines avec le reste des Maraudeurs. Turais était déjà là – le garçon connaissait le château mieux que n'importe qui – mais c'était son regard que Peter avait remarqué.

Il était sombre, presque hanté.

Ce n'était pas les yeux d'un enfant, il lui rappelait son grand-père moldu, qui s'était battu pendant la guerre moldue. C'était les yeux d'un soldat.

Pourquoi personne d'autre n'avait remarqué son regard ? Bien sûr ça n'avait duré qu'un instant, mais Turais Black ne pouvait pas être assez doué pour le cacher au point que même sa famille n'ait rien remarqué, n'est-ce pas ? Peter n'en savait rien, mais il savait que Sirius adorait son frère. Et Turais Black veillait sur ses petits frères avec autant d'ardeur qu'une mère dragon protégeant ses petits. Donc il n'évoquerait pas le sujet pour le moment.

Sauf bien sûr si James s'entêtait avec son idée de faire une farce à Turais. Alors il ferait tout pour l'en empêcher. Il n'avait pas envie de songer aux possibles répercussions de cette idée. Absolument aucune envie.

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Lily Evans n'était pas contente. Les sourcils froncés, elle s'avança à grandes enjambées et sortit sa baguette à la vue du spectacle face à elle. James Potter était un garçon de la pire espèce. Son père l'avait mise en garde contre les garçons comme lui, il était comparable à Ellis Brahman de son école primaire. Le garçon qui craquait pour elle mais qui lui avait montré en tirant sur ses couettes, jusqu'au jour où sa magie accidentelle lui avait envoyé une décharge électrique. Elle n'avait compris ça il y a seulement deux ans.

Potter était doué pour faire rire les gens, mais parfois il allait trop loin, lui et ses petits crétins d'amis.

Severus était collé au mur, ses mains ayant été transformées en sabots il était incapable d'utiliser sa baguette. Potter se tenait devant lui avec un grand sourire aux lèvres, mais Black se tenait légèrement en retrait, ayant l'air quelque peu nerveux à présent.

« James, je pense que ça suffit, » chuchota Black, ses yeux gris parcourant la foule. Ils se posèrent sur Lily un moment avant de continuer à surveiller l'audience, de toute évidence il cherchait un visage en particulier.

Le visage de Potter se rembrunit, mais il annula tout de même le sort sur les mains de Severus, malgré le fait que le museau d'âne demeura bien en place. Tous les autres enfants riaient, Lily poussa une deuxième année hors de son chemin, déterminée à venir en aide à son ami le plus proche.

« Sev.. » Lily s'interrompit, grimaçant quand Severus envoya deux sorts, l'un à Black et l'autre à Potter. Ils touchèrent tous les deux leur cible, Potter se pencha en avant et vomit tout le contenu de son estomac tandis que des furoncles recouvrirent le visage de Black. Pettigrow poussa un cri aigu, et avant que Lily puisse intervenir, les trois garçons se mirent à se battre, les sorts fusèrent dans tous les sens et tous ceux qui regardaient coururent pour se mettre à l'abri.

Lily grimaça, se jetant derrière la statue la plus proche avec une Serdaigle en deuxième année, qui semblait être arrivée à la conclusion que l'envie de regarder l'altercation ne valait pas le risque de s'y retrouver mêlée.

« Sev ! Potter ! Arrêtez ! » Lily hurla, cachant à nouveau sa tête derrière la statue quand un sort passa à côté d'elle, frôlant ses cheveux.

« Va chercher un professeur ! » gronda Lily, mais la fille ne fit pas plus de deux pas avant qu'il y ait une explosion bruyante et puis le silence.

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Regardant prudemment depuis son abri, Lily eut un soupir de soulagement.

Bien que la plupart des Serpentards l'évitaient comme la peste, Turais Black était toujours amical, pas seulement avec elle, mais avec tout le monde, même les nés-moldus. Il était le seul Serpentard à qui Lily parlait vraiment, en dehors de Severus. Il était la personne idéale pour mettre fin au duel.

« Qu'est-ce qu'il se passe ici par Merlin, » gronda Turais, fixant le trio de troisième années dans les yeux. Sauf qu'il devait lever les yeux pour les regarder. Ce qui n'était pas surprenant, étant donné que Turais semblait avoir utilisé un sortilège pour les accrocher au plafond par les chevilles. Le sang montait à la tête des trois garçons, leur visage boudeur. Mais ce fut le visage de Black, préoccupé et honteux d'avoir son frère face à lui à présent, qui donna à Lily la confirmation qu'elle pouvait s'avancer sans risque.

Turais sembla sentir sa présence immédiatement, puisqu'il se détourna des trois garçons pour la regarder.

« Mademoiselle Evans, vous pouvez me dire ce qu'il s'est passé ? »

« Je ne suis arrivée ici qu'au moment où Potter avait à moitié transformé Sev en âne. Black a dit que ça suffisait, et puis Sev leur a jeté des sorts et ils ont commencé à se battre. »

« D'accord. James, pourquoi est-ce que tu transformais Severus en âne ? »

« Il s'est moqué de Sirius ! Il disait… Il disait qu'il ne serait jamais aussi bien que toi… » Potter laissa sa phrase en suspend et Lily jeta un regard noir à son meilleur ami.

Franchement, ce n'était vraiment pas une réflexion gentille. Turais Black était très impressionnant, en tant que sorcier et en tant que personne. Sirius devait subir beaucoup de pression pour être à la hauteur de son grand frère, ça devait être difficile d'essayer de sortir de l'ombre de Turais.

Soupirant, Turais rangea sa baguette, laissant le trio retomber sur leur pied.

« Très bien, alors vous irez tous les trois en retenue avec le Professeur Slughorn. Est-ce que je dois vous escorter jusqu'à l'infirmerie, ou est-ce que vous y arriverez sans avoir besoin que je vous tienne par la main ? «

Le trio rougit, mais déguerpit néanmoins. Lily se tenait quelques pas derrière Turais, parce que bien qu'une partie d'elle voulait s'assurer que Severus soit en sûreté avec Madame Pomfresh, elle avait le sentiment que le garçon plus âgé voulait lui parler. Comme s'il avait lu ses pensées, Turais expira lentement, son pouce et son index se posant sur ses tempes pour les masser.

« Je crois, mademoiselle Evans, que votre prétendant et votre meilleur ami ont besoin de régler leurs différends. »

« C'est Lily, » murmura-t-elle, levant les yeux vers l'ainé des frères Black. Il n'était pas beaucoup plus grand qu'elle, mais en cet instant, il avait l'air tellement plus vieux, tellement stressé. Elle eut le sentiment d'assister à quelque chose de privé, quelque chose que Turais Black essayait désespérément de garder séparer du reste du monde.

« Si c'est que tu préfères. Je te suggère de retourner en cours, je dois aller parler au Professeur Slughorn. » Lui offrant un sourire presque crispé comparé à ceux qu'il lui faisait d'habitude, Turais tourna les talons et partit en direction des cachots.

Lily le regarda s'éloigner et fronça les sourcils. Elle admirait le préfet de Serpentard depuis leur première rencontre dans le train, et c'était la première fois qu'elle le voyait sans toute sa perfection. Comme s'il était un humain normal.

Chassant le sentiment dérangeant que lui donnait cette pensée, Lily ajusta le sac sur son épaule et se rendit à son cours de métamorphose.

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L'air renfrogné, Sirius Black avait les bras croisés, la lèvre inférieure faisant la moue, ce qu'il nierait plus tard. James se tenait à côté de lui, ils attendaient tous les deux que la porte de la salle de classe de Slughorn s'ouvre.

Turais était venu les voir après qu'ils soient sortis de l'infirmerie pour les informer qu'ils seraient en retenu ce soir et qu'ils devaient se présenter devant la classe de potions à huit heures précises. Il était à présent huit heures moins cinq et les deux Gryffondors se tenaient au point de rendez-vous, grimaçants. Sirius savait que son grand frère refusait de lui donner un traitement de faveur quand ça concernait ses devoirs de préfet, et habituellement ça ne posait aucun problème à Sirius. Mais ne s'était-il donc pas rendu compte que Sirius avait tenté d'éloigner James avant que Servilus ne se mette à leur lancer des sorts. Ces furoncles avaient été vraiment désagréables !

Et il n'y avait rien que Sirius haïssait plus que de décevoir Turais. Il savait qu'il y avait une ligne ténue entre faire une farce et harceler quelqu'un. Turais avait fait tout ce qu'il pouvait pour enfoncer cette idée dans son crâne et celui de Regulus. James aurait dû s'arrêter tant qu'il en était encore temps. Mais maintenant Turais lui avait donné une retenu et ce regard déçu qu'il le faisait se sentir tellement plus mal que n'importe quoi d'autre que sa mère aurait pu lui hurler.

« Servilus, » le grognement de James ramena Sirius à la réalité tandis qu'il vit s'approcher le dernier membre de leur petit club de retenu.

Le Serpentard aux cheveux gras fronçait les sourcils, son nez crochu retroussé comme s'il avait senti une mauvaise odeur. Mais avant que la situation ne dégénère à nouveau, Slughorn les appela pour qu'ils entrent, Sirius prit une inspiration avant de suivre James à l'intérieur. Slughorn était assis à son bureau, corrigeant une pile d'essais et Sirius fit une grimace en se souvenant que lui aussi avait des devoirs à finir. Merlin soit remercié, le lendemain était un samedi.

Mais Sirius se stoppa net quand il vit son frère, calmement adossé contre le mur avec les bras croisés.

« Bon les garçons, » marmonna Slughorn, levant les yeux des rédactions et prenant un morceau d'ananas confit par la même occasion. « Je ne fais jamais ça d'habitude, parce que les retenus doivent normalement être surveillées par un professeur. Mais je pense que Turais sera capable de vous superviser tous les trois, de plus il semble avoir quelques idées pour que vous puissiez régler vos différents, et je ne l'ai encore jamais vu se tromper. » La grosse moustache de morse se souleva dans un sourire, que Turais lui rendit par un froncement de sourcils.

« Il s'occupera donc de votre retenu ce soir et j'espère ne plus vous voir avant un bon moment tous les trois. Vous êtes de talentueux jeunes hommes, vous avez simplement besoin de vous réconcilier. Ils sont tout à vous Turais. »

Hochant la tête en réponse, Turais murmura un remerciement, et souleva le grand sac à ses pieds.

« Suivez-moi et vite. »

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Turais les conduisit au deuxième étage, laissant Sirius complétement désorienté. Il savait que si Slughorn passerait n'importe quoi à Turais, tout simplement parce que son frère était le meilleur élève qui n'ait jamais été à Poudlard. Mais le laisser superviser une retenu ? Sirius n'était pas certain que ce soit une bonne idée, parce que Turais pouvait être incroyablement créatif quand on le poussait dans ses retranchements. Et Sirius était inquiet de voir ce que le garçon leur réservait. Il s'attendait presque à être suspendu à une poutre de la charpente seulement vêtu de son caleçon. Et si le fait que James ait transformé Servilus en âne avait rappelé à Turais ce jeu idiot où on devait accrocher la queue de l'âne, mais avec eux dans le rôle de l'âne cette fois ?

Heureusement, il fut tiré de ses pensées lorsque Turais s'arrêta devant les toilettes des filles et Sirius sentit un poids dans son estomac. Il n'allait pas être forcé de les nettoyer quand même ? Turais frappa, mais comme personne ne répondit il ouvrit la porte et entra, lâchant le sac qu'il transportait et leur faisant signe à tous les trois d'entrer. Quelque peu sur ses gardes et échangeant un regard avec James, Sirius suivit son frère, regardant nerveusement tout autour de lui.

« Ce ne sont pas ces toilettes qui sont hantées ? » marmonna Rogue, observant la pièce avec méfiance.

Comme si elle n'attendait que ça, la silhouette fantomatique d'une élève se mit à flotter dans les toilettes, ses yeux se posèrent sur Turais, et elle se mit à rire bêtement. Sirius connaissait se regard, c'était le regard de pas mal de filles à l'école, et beaucoup l'avait quand elles regardaient Turais.

Par Godric, cette fille craquait pour son frère ! Bien sûr Sirius avait prévu d'arranger quelques rendez-vous avec des filles pour son frère, mais pas avec un fantôme.

« Salut Turais, » rigola-t-elle à nouveau ce qui fit grimacer Sirius, échangeant un regard horrifié avec James. Même Rogue avait l'air d'avoir la nausée. Ce fantôme n'était pas agréable à la vue comme la Dame Grise, elle était couverte d'acné, portait d'énormes lunettes, et ses cheveux noirs pendouillaient autour de son visage.

« Mimi, ça fait plaisir de te revoir. Je te présente James Potter, Sirius Black et Severus Rogue. »

La fille fantôme, Mimi, les regarda, s'attardant surtout sur Sirius.

« C'est ton frère, » les yeux rivés sur Turais, attendant qu'il confirme son affirmation. Le garçon plus âgé hocha la tête.

« L'un d'entre eux, oui. J'espérait que tu puisses leur raconter se qu'il s'est passé le 13 Juin 1943. » Sirius était nerveux.

Si Turais se souvenait d'une date aussi précisément, c'est que quelque chose d'important avait dû se produire ce jour là. Et s'il devait se fier à la façon dont les yeux de Mimi s'illuminèrent, c'était une chose dont la fille fantôme aimait beaucoup parler.

« Oh, c'était horrible. J'avais eu une journée affreuse, et j'étais venue ici parce qu'Olive Hornby s'était moquée de mes lunettes. Et donc bien sûr elle m'avait fait pleurer, parce que personne ne prenait jamais la défense de Mimi, tout le monde s'en fichait si elle était blessée. » Le fantôme releva la tête comme si elle se trouvait supérieure, mais Sirius ne manqua pas la lueur dans ses yeux quand elle regarda Turais, qui s'était assis attendant patiemment qu'elle continue. Si un fantôme pouvait rougir, Mimi serait sans doute rouge comme une tomate.

« Puis j'ai entendu quelqu'un entrer. Sûrement pour se moquer de moi à nouveau. C'était un garçon, pour quelle autre raison serait-il venu ici ? Donc j'ai ouvert la porte pour lui dire de ficher le camp et puis, » elle s'interrompit, observant leur visage. James et Rogue semblaient intéressés malgré eux par l'histoire de Mimi, mais Turais l'avait déjà entendue avant à en juger par son expression ennuyée mais polie.

« Je suis morte. »

« Quoi ? » balbutia James, les yeux levés sur Mimi, surpris. La fille hocha la tête, jouant avec une des mèches de ses cheveux filasses.

« Je n'ai eu que le temps d'apercevoir ces grands yeux jaunes, puis j'étais morte. Personne ne s'est rendu compte que j'avais disparu, ça leur a pris des heures pour me trouver. Olive Hornby n'est venue que parce que le Professeur Dippet lui avait demandé de me trouver, et puis elle a vu mon corps. Je le sais parce que j'attendais ici. Je me suis assurée qu'elle se souviendrait de ce moment toute sa vie. »

Sirius se sentait mal.

Comment est-ce qu'un élève avait pu mourir à Poudlard ? Comment est-ce que ça avait pu arriver, et pourquoi est-ce que c'était la première fois qu'il en entendait parler ? Sirius regarda vers son grand frère en quête de réponses, mais Turais était concentré sur Mimi, toujours à moitié assis contre l'un des nombreux lavabos.

« Merci de nous avoir fait partager ton histoire Mimi, c'est incroyable le nombre de personnes qui ne sont pas au courant de la tragédie qui t'es arrivée. »

« C'était tragique, n'est-ce pas. Cependant si nous avions été à l'école en même temps je ne crois pas que tu m'aurais laissée mourir, pas vrai Turais ? »

Sirius eut un haut-le-cœur, mais son frère lui sourit gentiment.

« Je n'aurais pas permis à Olive Hornby de continuer à te harceler, c'est certain. Maintenant si tu veux bien nous excuser, nous allons passer à l'étape suivante de notre excursion. »

Mimi gloussa à nouveau, fit un signe de la main à son frère pour lui dire au revoir, et lui dit qu'il serait toujours le bienvenu avant de disparaître dans l'un des WC.

« Turais, qu'est-ce que… » Sirius fut coupé lorsque son frère se redressa, se tourna vers les lavabos et parla en fourchelang. Et avec un grincement bruyant, les lavabos se séparèrent lentement, révélant une grande ouverture. Se retournant pour voir les trois visages abasourdis, son frère leur offrit un sourire glaçant en leur faisant signe de s'avancer vers le tunnel dont ils ne voyaient pas la fin.

« Allons, on a pas toute la nuit. »

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En toute honnêteté, Sirius était terrifié. Quand aucun d'entre eux n'avait fait signe de s'approcher pour s'engouffrer dans le tunnel, Turais avait soupiré avant de les y pousser tous les trois. Heureusement le grand trou s'était transformé en sorte de toboggan à mi-parcours, mais ça avait tout de même était une longue, longue descente. Il n'avait aucune idée de l'endroit où il se trouvait, il savait seulement qu'il était très loin sous Poudlard, quelque part dans les immenses souterrains de l'école dont il était certain que seuls eux connaissaient l'existence.

« Où est-ce qu'on est ? Pourquoi on est là ? » Si la voix de James était légèrement plus aigue, tintée de panique, Sirius ne fit pas de remarque. Sa voix serait sûrement pareille s'il devait parler.

« Vous trois êtes ici pour régler vos différents, et je suis là pour nourrir Aseira. »

« Ase-quoi ? »

« Aseira. La dernière défense de Salazar pour protéger l'école. Bien que les légendes l'aient détournée en une chose bien plus terrifiante. »

Sirius compris à peu près en même temps que Rogue.

« Nous sommes dans la Chambre des Secrets, » souffla le jeune Serpentard, regardant soudainement avec un œil nouveau la cavité.

Sirius grimaça, si c'était le cas, il n'était pas impressionné. Bête de Serpentard ou non, Il savait que Turais donnerait sa vie pour le protéger. Rogue était trop émerveillé pour s'inquiéter, mais James semblait avoir réaliser le danger. Et Potter ne faisait pas aveuglément confiance à Turais Black.

« Pas tout à fait, il nous reste une porte à franchir. »

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Turais les conduisit par une large porte ovale, ouverte après que les sept serpents de pierre qui la gardaient se mettent à ramper pour déverrouiller l'accès.

« Bienvenus dans la Chambre des Secrets. »

« Mais est-ce que la bête de Serpentard n'était pas supposée achever son œuvre et tuer tout les nés-moldus ? » demanda James, regardant autour de lui avec méfiance, comme s'il s'attendait à ce que la bête en question surgisse à l'appel de son nom.

Turais lui fit un sourire las, lâchant le sac et avec un mouvement de baguette, sortit les deux vaches miniaturisées qui étaient à l'intérieur. Heureusement, les vaches n'étaient pas vivantes. Par Merlin, mais quelle taille pouvait faire cette bête ?

Se rapprochant de son frère, Sirius n'eut même pas le cœur d'envoyer promener Rogue quand le garçon au nez crochu fit de même. James était tellement proche qu'il était à deux doigts de toucher Turais avec son nez. Très bien, peut-être qu'ils étaient tous les trois un peu terrifiés.

« Non, Aseira était supposée être la dernière ligne de défense dans l'éventualité où les moldus auraient réussi à prendre l'école, mais à un moment donné quelqu'un à changer les ordres qu'elle avait et lui a dit qu'elle devait s'attaquer aux nés-moldus, lui faisant croire qu'ils étaient les envahisseurs. Je l'ai remise dans le droit chemin à présent, elle ne fera plus jamais de mal à un être magique et je viens ici depuis ma deuxième année, donc je vous promets que je sais ce que je fais. » Turais avait trouvé la Chambre pendant sa deuxième année ?

Sirius grimaça tandis que son frère s'assit sur le sol froid, de l'eau menaçant de déborder par les côtés de la plateforme et d'inonder sa surface. Hésitant, Sirius l'imita.

« Je veux que tous les trois sachiez qu'il y a une ligne ténue avec laquelle vous jouez. Il y a les farces et il y a le harcèlement. Et vous savez déjà où ça a mené Mimi. Je ne veux pas que vous mouriez, ou que vous causiez la mort de quelqu'un, accidentellement ou non. Vous devez vous réconcilier, ou vous ignorer. Je ne dis pas que tu ne peux pas faire de blagues aux gens James, je dis juste que tu ne devrais pas choisir la même personne à chaque fois. Et Severus, ne provoque pas Sirius. Peut être que ça te fait te sentir mieux pour un moment, mais ça finira par te rattraper. Crois moi. »

Sirius fronça les sourcils, et il n'eut pas honte d'admettre qu'il accepta à bras ouverts le câlin que Turais leur fit à tous les trois. Même si James et Rogue se débattirent, rougissant tout du long.

« Donc arrêtez de chercher les problèmes, ok ? »

Avec un grand sourire, Sirius donna un coup de poing dans le bras de son frère.

« Je ne promet rien, mais j'essaierai… Est-ce que tu diras un jour aux gens que tu as trouvé cet endroit ? »

« Une fois que j'aurais déplacé tous les objets et livres sensibles dans un endroits où seul un fourchelang peut accéder, oui, je le ferais. Mais je n'ai pas prévu de dire à qui que ce soit que le Basilic… »

« Basilic ?! »

« … est toujours vivant. Il y a beaucoup de choses ici sur lesquelles le Ministère et Dumbledore ne doivent pas mettre la main. Mais assez parler, laissez moi vous présenter Aseira et puis vous pourrez aller vous coucher. »

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Et peut être bien qu'aucune excuse n'avait été formulée ce jour là, et qu'aucune trêve n'avait été conclue, mais si James et Rogue s'échangeaient des regards un peu moins noirs le jour suivant, Sirius estimait qu'ils avaient fait un pas en avant.