Pairing _ Drago Malefoy & Hermione Granger. O.C. & O.C. multiples...
Genre _ Romance/Famille/Suspens.
Rating _ M. -Oui, direct cette fois... On ne va pas se voiler la face.
Disclaimer _ L'Univers & les Personnages Adultes appartiennent à JK Rowling. Je ne prends en compte ni le tome 7 (l'épilogue) ni les dernières informations données par l'auteure -au sujet de son école américaine, par exemple...
Note de l'Auteur _ Coucou à tous ! :D Toujours en temps & en heure -n'est-ce pas miraculeux ?! Mais bon, je dois bien vous remercier de vos encouragements & de vos nombreux avis ... Vous n'imaginez même pas à quel point ça me motive ! :D Merci Merci ! (Et à tous les manchots, sachez que je vous maudits sur 10 générations en recevant vos mails d'alert & co :P Mais j'dis ça j'dis rien...)
Meredith96 - Merci beaucoup ! :D Et oui, il l'a bien mérité Nicholas... Il a bien besoin de quelques mauvais coups en plus, remarque. J'espère que ce chapitre te plaira !
Lily - Merci ! :D Mais oui t'es trop un devin ! J'espère que tu ne vas pas toujours deviner comme ça, tu casses tout le suspens xD Et mon esprit est tordu aussi, que je te rassure... Et aurais-tu oublié de revenir ? :P (Et oui je vois le bout ! Je devrais avoir fini ce week-end youhou ! :D)
Maelys - Merci beaucoup pour le review :D Uhm... Et non, je ne suis pas Netflix ! (Même si je les aime, je n'aurai pas tenu des semaines d'attente pour Stranger Things xD) 1. Je pense qu'Olivia préfère faire comme Hermione, elle évite de penser à Jem quand elle est avec Ash xD c'est plus sûr ! 2. AhAhAh, t'inquiète, Ash va gérer cette situation ! Il est très doué pour ça, cogner les gens après tout ! il faut bien que ce soit utile... (Et Hermione... elle avait autre chose à voir :P) 3. BEURK ! Mais pourquoi vous vous acharnez tous à me mettre des images dégueulasses dans la tête ?! 4. Des bisous sur les orteils ? je crois qu'elle préfèrerait des bisous ailleurs... :P 5. Bah c'est Harry en même temps... On est tous d'accord que sans Hermione&Co il serait mort 150 fois au moins ? xD 6. Hermione gère quand même très bien la situation... Etre fort, ce n'est pas que foncer dans le tas. Dans son cas le courage c'est justement de rester calme & ne pas exploser xD C'est déjà miraculeux... Alors, avec épilogue/prologue, on arrivera à 31 (donc 29 chapitres) du coup... euh... à un chapitre par semaine... on en a encore pour un moment xD Ensuite, ce sera ma dernière vraie fic. Je posterai peut-être des OS de temps en temps & autres petites choses, mais c'est ma dernière vraie fic... J'essaie de passer à autre chose ! Si mes chapitres étaient plus long, tu dormirais dessus j'suis sûre ! :P Malheureusement, Trump est donc président des Etats-Unis, donc prépare ta baguette magique pour Avada possible ! & Ash est fait pour être un GRAND frère :P Merci encore ! :D
Feltson15 - Merci beaucoup ! Et merci d'avoir pris le temps de laisser un review ;-) Un petit message de temps en temps suffit à motiver les auteurs, & ça ne prend que quelques secondes, donc... Motivée ! (Que ce soit sur mes fics ou sur celles des autres ! ^^) Merci merci & merci encore pour tous tes compliments en tout cas ! & à très bientôt j'espère pour d'autres messages ;)
Marion 43 - Merciii ! :D Et oui, enfin ! il faut qu'ils se bougent un peu les fesses tous ces personnages ! Y'a du boulot encore quand même, mais ils avancent ! Mais s'ils sont doués ! ... Doués à leur manière, voilà tout ! xD J'espère que ce chapitre ci te plaira autant !
Zabeth - Merci beaucoup :D Ah ah tu n'imagines même pas à quel point ça va partir en cacahouètes :P Pour Drago & Hermione, je n'ai pas encore vraiment eu l'occasion, en grande partie parce qu'ils se fuient l'un l'autre -lui pour éviter de se trahir, elle parce que bon... leur dernière discussion s'est plutôt mal finie xD Mais tu les verras déjà ensemble un peu dans ce chapitre ! (Et bien plus à partir du suivant :D) alors j'espère que ça te plaira ! Merci encore !
Ticoucou - Merci & Mouhahaha ! aucun commentaire ne pourrait me faire plus plaisir ! (Oui, j'aime frustrer les lecteurs & j'assume !) En tout cas, je suis contente que ça te plaise autant ! Il ne te reste plus qu'à être millionnaire ! :P (Bon, tu le serais, tu ferais autre chose de ton argent je pense XD) Et je poste déjà vite dis donc ! (Je ne m'en sortirai pas en allant plus vite ^^)
Et voilà ! J'espère n'avoir oublié personne -sinon, n'hésitez pas à vous plaindre ! :D Merci encore à tous & bonne lecture de ce chapitre qui marque un autre tournant de l'histoire... ! J'espère qu'il vous plaira !
Sous les Cendres
Chapitre 9
I'm bulletproof nothing to lose
Fire away, fire away
Ricochet, you take your aim
Fire away, fire away
You shoot me down but I won't fall
I'm titanium
- David Guetta feat Sia – Titanium -
Julian Potter n'était pas un garçon violent, et s'il l'avait été, son poste de batteur dans l'équipe de Quidditch aurait suffi à le débarrasser de ses plus viles pulsions. Malheureusement, il était aussi le garçon le plus surprotecteur de tout l'univers. Il avait hérité cette qualité –ou ce défaut, selon le point de vue- de son père, lequel aurait pu tuer pour protéger sa famille, sans la moindre hésitation. Lui veillait sur sa sœur et les plus jeunes de ses cousins et cousines, mais n'avait jamais songé qu'il puisse aussi défendre d'autres personnes…
Sauf Amélia Malefoy.
Elle avait été sa meilleure amie lorsqu'ils étaient enfants, la personne la plus proche de lui à une époque, et cela avait laissé des marques indélébiles.
Cela n'avait rien à voir avec de la jalousie, cela n'avait rien de romantique ou de passionnel. Il n'avait simplement pas supporté qu'un garçon –quel qu'il soit- ait pu oser lui faire du mal, même sans aller très loin. Et surtout pas qu'il s'en vante par la suite.
Durant les deux interminables journées qui avaient précédées le match, il avait réfréné son envie de faire regretter à Nicholas Harper d'avoir été aussi brutal avec Mia. Même à leur dernier entraînement, il s'était montré juste plus froid que d'ordinaire. Mais alors qu'ils se changeaient dans les vestiaires, tous angoissés par le match qui les attendait –en grande partie à cause d'Olivia qui avait appris par Ash que l'équipe de Casper était très douée- Nicholas avait dépassé des limites.
Julian avait bien entendu quelques rumeurs au sujet du fameux mercredi soir, mais s'était dit qu'elles se tasseraient une fois la vraie version exprimée. Sauf que ni Sienna, ni Mia, n'avait tenté de rétablir la vérité. Tous les étudiants croyaient bel et bien que Mia avait cédé à Nicholas, mais l'adolescente s'en fichait éperdument. Le matin même, alors qu'ils discutaient du cas « Ash-Ou-Jem », Julian lui avait proposé gentiment de faire taire les ragots, ce à quoi elle avait courageusement répondu :
« Oh, qu'ils pensent ce qu'ils veulent… »
Tant pis si les élèves croyaient qu'elle s'était montrée suffisamment enflammée pour blesser son amant. Tant pis si tous s'imaginaient encore qu'elle était avec Nicholas et qu'ils passaient leur temps libre à faire l'amour… Tant pis pour tout.
Et si Mia pouvait l'accepter, Julian devait lui aussi s'en accommoder. Même si cela lui demandait un effort presque insurmontable. Effort devenu simplement ingérable dès que Nicholas s'était mis à plaisanter au sujet de Mia en se changeant dans les vestiaires. Olivia lui avait ordonné de la boucler au bout de quelques secondes, mais le mal était fait.
Julian voyait rouge en s'installant sur son balai. Il voyait toujours rouge en s'envolant pour faire un tour de terrain. Et sa vision était devenue écarlate dès que Nicholas avait envoyé un baiser à Mia dans la foule –la jeune Malefoy n'avait par réagi, mais Sienna avait redressé le majeur en signe de protestation.
Il avait suffi de cinq courtes minutes de match pour qu'il perdre le contrôle. Sa batte avait heurté avec une force incommensurable un cognard, lequel avait rebondi dans le dos de Nicholas. La foule s'était tue un instant, surprise par ce geste totalement illogique, et les batteurs de Casper s'étaient fichus de lui.
« Eh bah, Potter, tu ne sais pas différencier les équipes maintenant ? C'est papa qui doit être fier ! »
Cette petite blague lui avait fait perdre son attention et il n'avait pas vu le cognard revenir vers lui, et s'enfoncer dans son estomac. Il avait basculé, mais s'était rattrapé juste à temps pour ne pas se faire trop mal. Seuls ses genoux heurtant la pelouse humide avaient soufferts de cette petite chute. Et Nicholas s'était retrouvé en face de lui une seconde plus tard, vociférant au sujet de son « coup de traître », comme s'il ne comprenait pas que cela n'avait rien à voir avec leurs maisons.
Et Julian n'avait plus réfléchi. Nicholas était à sa portée, juste là, attendant tout juste –semblait-il- de se faire cogner. Il n'avait pas hésité. Son poing s'était serré et il l'avait envoyé dans la mâchoire du Serpentard, lequel avait basculé en arrière avant de riposter. Les coups de sifflet de l'arbitre, les cris du public, les mains qui tentaient de les séparer… Rien n'y avait fait.
Et désormais allongé sur le lit de l'infirmerie, Julian se sentait totalement stupide.
Totalement stupide, mais considérablement heureux. Parce que Nicholas Harper était dans un état pire que le sien, un état qu'il avait parfaitement mérité.
Harry et Drago arrivèrent en courant presque sur les lieux, et découvrirent avec stupéfaction que l'équipe de Poudlard était en train de se faire humilier publiquement. Elle avait été amputée de deux joueurs : les deux batteurs et même Olivia, d'habitude d'un naturel imperturbable n'arrivait plus à défendre correctement ses buts. Harry partagea avec Drago un regard anxieux, se demandant si les deux batteurs, dont son imbécile de fils, avaient été renvoyés du terrain à cause de leur incartade ou parce qu'ils étaient trop blessés.
« Papa ! »
La petite voix fluette parvint à passer au dessus des rugissements de la foule et Harry leva les yeux pour voir sa fille, tout en bas des tribunes, se faufilant par dessous les bras des plus grands. Il la récupéra sans difficultés avant de la poser au sol et Margo fronça son nez couvert de taches de rousseurs avant d'expliquer :
« Ils sont à l'infirmerie…
- Ton frère va bien ? »
La toute jeune fille haussa les épaules avec une grimace, comme si elle n'en avait pas la moindre idée, mais se doutait que le constat devait être alarmant. Harry déposa un baiser sur son front avant de faire signe à Drago d'y aller, et Margo tenta de les suivre, un peu inquiète pour son frère malgré tout. Harry l'en empêcha et promit de venir lui donner des nouvelles dès que possible.
Ils atteignirent l'infirmerie au pas de course et accélérèrent encore en entendant un hurlement de douleur, lequel retentit depuis le bout du couloir. Ils entrèrent sans se soucier de frapper et le spectacle les désarçonna un instant. Pomfresh était pratiquement assise au-dessus de Nicholas et lui remettait le bras en place, probablement afin de le guérir ensuite et de ressouder ses os sans qu'ils soient disposés d'une étrange façon.
A l'autre bout de l'infirmerie, Hermione se chargeait de Julian, sous le regard noir de la Directrice McGonagall, laquelle attendait probablement qu'il soit soigné pour ensuite lui faire la morale. Harry grimaça avant de se diriger vers son fils, ce pendant que Drago s'approchait de Nicholas. Dès qu'il l'aperçut, l'adolescent parut requinqué et lança d'une voix glaciale :
« Je vais porter plainte, Monsieur Malefoy ! Ce type mérite de…
- Monsieur Harper, s'écria Pompom qui s'acharnait toujours sur ses os. Veuillez vous calmer le temps que je remette vos os en place. Le procès attendra…
- Comment va-t-il ? s'enquit Drago avec une curiosité mêlé d'appréhension, redoutant que les blessures du jeune homme ne lui permettent en effet de porter plainte, même si ce qu'il se passait sur un terrain de Quidditch était censé y rester.
- Une épaule démise, un poignet fracturé, le nez cassé –mais cela ne datait pas d'aujourd'hui et cet idiot n'avait pas pris la peine de venir me voir. Il a aussi de nombreuses contusions dues au manche de son balai…
- Pardon ?
- Monsieur Potter l'a cassé avant de s'en servir pour lui taper dessus. »
Drago ne put retenir un petit ricanement, mais finit par le dissimuler sagement dans un raclement de gorge. Il n'y pouvait cependant rien si son inconscient lui offrit de voir cette scène comme s'il y était, et si cela pouvait porter à sourire… Il n'arrivait pas à s'empêcher d'imaginer Julian Potter frappant Nicholas Harper avec un balai. En lui sautant dessus à pieds joints. Et en riant comme un méchant de dessin animé qu'affectionnait tant Mia à une époque. Il chassa très vite cette image avant d'être pris d'un fou-rire.
Il observa Pomfresh guérir l'adolescent, puis –dès qu'elle s'en alla pour s'occuper de son deuxième patient- se rapprocha de Nicholas avec un sourire amical.
« Alors… Tu peux me dire ce qu'il s'est passé exactement ?
- Cet enfoiré m'a lancé un cognard dans le dos, alors j'ai riposté. On a fini par être au sol et il s'est mis à me taper dessus, comme ça, sans aucune raison. Je ne sais pas du tout ce qu'il lui est passé par la tête, Monsieur Malefoy.
- Et ça n'aurait rien à voir avec le nez cassé antérieurement à ce match ? songea Drago à voix haute, essayant de comprendre comment Julian –pas du tout du genre à se battre- avait pu en arriver là.
- Je suis juste tombé, Monsieur. Alors, non. »
Drago n'eut aucun mal à saisir ce mensonge. Nicholas avait cligné des yeux un peu trop rapidement, comme toujours lorsqu'il dissimulait quelque chose. Le don de l'ancien Serpentard à remarquer ce genre de détails l'avait toujours beaucoup aidé, mais cette fois, il ne comprit pas du tout pourquoi l'adolescent mentait. Si Julian l'avait frappé auparavant, il aurait eu tout intérêt à le dire. Fronçant les sourcils, il adressa un bref « Je reviens dans deux minutes » à Nicholas avant d'aller voir l'autre garçon.
Ce dernier était dans un bien meilleur état et un petit sourire guilleret flottait même sur ses lèvres, malgré les bougonnements de son père à ses côtés. Drago jeta un coup d'œil à Hermione, laquelle baissa les yeux en s'empourprant et il s'angoissa immédiatement : que voulait-elle donc lui cacher ? Il n'eut pas le temps de s'appesantir sur ce mystère que Pomfresh décréta Julian en état de quitter les lieux. Malheureusement pour lui, il n'eut pas le temps de se redresser qu'Harry l'aplatit violemment contre l'oreiller, faisant pousser un petit cri de surprise à Hermione et écarquiller les yeux de Minerva.
« Qu'est-ce qu'il t'est passé par la tête, Julian ?! rugit Harry alors que le sourire de Julian s'évanouissait. Pourquoi l'as-tu frappé ? Est-ce que tu imagines ce que tout le monde va penser de toi après ce match ? Il y a des journalistes aujourd'hui, et ils vont tous…
- Tu t'es battu en Cinquième Année, papa, contre Monsieur Malefoy même, rappela le jeune homme en jetant une œillade au concerné. Et tout le monde te traite toujours en héros.
- Alors quoi ? Harper a insulté maman ? Ou moi ? Ou Margo ? Qu'est-ce qu'il a fait pour mériter ses blessures exactement ? Parce que ça a intérêt à être suffisant ! Autrement, tournoi ou non, je m'arrangerai pour que tu ne joues plus au Quidditch cette année. Et je suis persuadé que le Professeur McGonagall sera plus que ravie de me soutenir dans cette décision. »
Julian ouvrit la bouche pour riposter, puis la referma brusquement avant d'hausser les épaules, comme s'il s'en fichait. Drago plissa encore davantage le front avant de se tourner vers Hermione, laquelle paraissait aussi étonnée que lui. Julian adorait le Quidditch –pas autant que sa barge de cousine gardienne, mais tout le même suffisamment pour ne pas avoir envie d'être écarté d'un tournoi si important, d'une chance unique.
Quel secret pouvait-il donc garder aussi jalousement pour ne pas oser défendre son poste ? Drago réalisa à l'instant même où il y pensait qu'Hermione venait de résoudre l'énigme : ses yeux étincelèrent tout à coup, formant un nœud de désir incompréhensible dans son bas-ventre. Autrefois, ses yeux brillaient exactement de la même façon lorsqu'elle voulait faire l'amour… Il détourna les siens avant de perdre le peu de sens moral qui lui restait, et Harry se pencha vers son fils, l'air furieux.
« Et cet été, tu seras privé de sortie.
- J'ai dix-huit, papa, rappela Julian, la mâchoire serrée. Je n'avais aucune raison de me battre, d'accord ? L'existence même de Nicholas Harper à ce moment précis m'ennuyait, alors j'ai décidé de me débarrasser de lui. Appelle ça une crise, un coup de sang ou comme tu veux, mais n'essaie pas de trouver un sens à tout ça… J'ai juste perdu la tête. »
Harry parut sur le point de se lancer dans une liste de menaces surréalistes pour lui arracher la vérité, bien conscient que son fils lui cachait quelque chose, mais il n'en eut pas le temps. Hermione le poussa d'un coup de hanches –éveillant encore un peu les désirs qu'elle seule pouvait faire naître depuis vingt ans en Drago- avant d'adresser un petit sourire à Julian. L'adolescent parut exaspéré, comme s'il se doutait que sa marraine était bien capable de le faire craquer rien qu'avec son sourire.
Pourtant, Hermione ne joua pas la carte de la féminité, de l'amour quasi-maternel ou tout simplement de l'enseignante intransigeante. Non, elle fut aussi impassible qu'un Auror en plein interrogatoire lorsqu'elle demanda :
« C'est à cause de Mia ? »
Julian détourna les yeux en soupirant et Drago ne put s'empêcher de balbutier un « Quoi ? » en même temps qu'Harry. Qu'est-ce qu'ils avaient raté exactement ? Mia et Julian n'étaient plus proches depuis des années, Drago ayant éloigné la fillette qu'elle était alors de tout ce qui pouvait avoir un rapport avec Hermione ou les souvenirs de Jem. Alors quel rapport pouvait-il bien y avoir entre les deux adolescents désormais ? Et pourquoi Julian aurait-il donc frappé Nicholas ?
Une idée vint brusquement à l'esprit de Drago et il sentit son cœur se serrer alors qu'une petite voix hurlait un « Non ! » retentissant dans son cerveau. Julian et Mia ? Oh non… Oh non non non… Nicholas Harper, c'était une chose, et Mia n'aurait jamais rien perdu de plus que du temps avec lui. Mais s'il s'avérait qu'elle sortait, flirtait ou quoi que ce soit avec Julian, Drago deviendrait fou, car il n'avait aucun doute : Mia n'aurait aucun mal à tomber amoureuse et donc à faire toutes ces choses horribles que les adolescents faisaient entre eux. Ses mains formèrent des poings sans qu'il le réalise et Harry le fustigea du regard avant de demander à son fils –espérant ainsi calmer son ancien ennemi :
« Julian, Mia et toi ne sortez pas ensemble, n'est-ce pas ?
- Quoi ?! Non ! Bien sûr que non…
- Alors, pourquoi as-tu frappé Nicholas, dans ce cas ? Parce que tu… voudrais sortir Mia ?
- Papa, je n'ai pas agi par jalousie, d'accord ?! »
Il ne mentait pas vraiment, mais Drago put sentir que lui-même doutait de la véracité de ses propos, comme s'il s'interrogeait également sur les raisons de son geste. Hermione, elle, parut plus proche de la vérité qu'eux tous puisqu'elle questionna, tout en douceur :
« Est-ce que ça a un rapport avec mercredi soir ?
- Attends, coupa Drago sans laisser à Julian l'occasion de répondre. Que s'est-il passé mercredi soir exactement ?!
- Rien ! Enfin… J'espère. »
Ils se penchèrent alors tous les deux vers Julian qui croisa ses bras contre son torse avant de secouer la tête. Ce n'était pas son secret, pas son histoire, et même s'il venait de s'en mêler avec la ferme intention de faire entendre son avis –à force de coups, mais tant pis- il n'avait pas l'intention de raconter la soirée de Mia. Il n'était même pas censé être au courant dans les détails d'ailleurs… Sienna aurait vraiment mieux fait de ne rien lui dire.
Drago le fixa, comme s'il suivait le cheminement de ses pensées et brusquement, comprit. Le nez cassé, mais pas par Julian… Evidemment qu'un garçon comme Nicholas n'admettrait jamais de s'être fait frapper par une fille. Mais si sa fille avait cogné ou ensorcelé son petit-ami –enfin, ex-petit-ami au vu des événements actuels- elle devait avoir eu une très bonne raison. Une excellente raison. Une raison comme…
Il se tourna violemment vers Nicholas qui avait apparemment suivi la discussion et voyait désormais sa vie défiler devant ses yeux. Il n'eut même pas conscience de ce qu'il faisait et s'approcha du lit du patient à toute vitesse, les poings serrés, la gorge nouée.
Gamin ou non, Nicholas Harper allait…
Il n'eut pas le temps d'atteindre le lit qu'une solide poigne le fit décoller du sol. Il sentit le souffle d'Harry contre son oreille et n'essaya même pas de se débattre. Sans sa baguette à portée de main, il n'avait absolument aucune chance contre le Directeur des Aurors. Il entendit le rire d'Harry, qui s'amusait de toute évidence de son manque de réaction, puis sa voix –totalement moqueuse qui lui donna à nouveau envie de détester cet homme, comme quand ils étaient plus jeunes :
« Eh, t'es un adulte, tu te souviens ? »
Mia se retrouva devant les portes de l'infirmerie après avoir longuement hésité face à la tournure des événements. Mais la bagarre pendant le match l'avait totalement tourneboulée et Sienna s'était lassée de l'entendre gigoter et bougonner. Sans compter que la défaite de Poudlard était désormais totalement prévisible et que tous attendaient simplement qu'un des attrapeurs –à ce niveau, n'importe lequel conviendrait- mette un terme à cette torture. Sienna avait donc entraîné Mia qui regardait les portes comme si elles risquaient de l'attaquer.
« Allez, Mia, tu ne vas pas passer trois heures sans bouger, tout de même. On entre, tu t'assures que Julian va bien et on repart. Et si Nicholas te jette ne serait-ce qu'un regard, je l'électrocute… J'ai appris un sortilège pour ça. Trop cool. Tu seras ravie de me voir le tester.
- Je n'ai pas l'intention de laisser Julian tout seul ici… Enfin, je veux dire… Il a fait ça pour moi, pas vrai ? bafouilla-t-elle finalement en rougissant.
- Oui. Le romantisme héroïque de nos fameux Gryffondors… Je trouverais ça presque craquant. Si je n'étais pas une jeune fille indépendante du vingt-et-unième siècle. »
Elle leva les yeux au ciel comme si la réaction de Julian l'avait affligée, alors que Mia l'avait parfaitement entendue pousser un soupir d'admiration éperdue dès que le Gryffondor avait cogné le Serpentard. Qu'elle fasse très bien semblant d'être blasée n'était plus à démontrer, mais Mia la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle était une incorrigible romantique malgré tout.
Pas décidée à expliquer à Sienna pour quelles raisons l'acte de Julian était totalement stupide, elle revint vers la porte, qu'elle poussa après avoir pris une grande inspiration. Elle se figea alors sur le seuil, choquée par la scène qui se déroulait sous ses yeux.
Son parrain, Harry Potter, maintenait son père dans une ferme étreinte, apparemment pour l'empêcher d'atteindre un Nicholas pâle comme la mort. De l'autre côté de la pièce, la Directrice de Poudlard avait l'air assommée –ou las, ou désespérée, ou autre chose dans le genre- alors que Pomfresh suivait la scène avec un sourcil relevé, comme si elle n'y comprenait plus rien. Sa mère, elle, avait l'air totalement outrée –sans doute par son père, car lui seul était capable de la mettre dans un tel état- et Julian semblait désolé d'avoir provoqué toute cette situation surréaliste.
Il le parut encore davantage en la voyant entrer dans la pièce, et tous se tournèrent vers elle, comme surpris qu'autour d'eux, le monde ait continué de tourner. Mia entendit Sienna ricaner dans son dos et elle ferma les yeux une seconde, le temps de reprendre contenance. Elle avait dû passer dans une autre dimension ou être en pleine hallucination. Apparemment pas, puisque même Sienna voyait ce qu'il était en train de se produire. Et –Mia n'eut aucun mal à imaginer son sourire moqueur- elle s'esclaffa :
« Voilà qui est bien plus intéressant qu'un match de Quidditch… »
Mia ne prit même pas la peine de répondre et s'avança vers Julian. Elle passa près de son père qui lui adressa un petit sourire rassurant, mais n'y fit pas attention le moins du monde et préféra se poster auprès de l'imbécile qui s'était décidé à protéger sa vertu –une constante dans sa vie actuelle puisqu'Ash et son père semblaient s'être donné le même but.
« C'était débile, articula-t-elle distinctement en arrivant auprès de lui.
- Oui, je sais, sourit finalement Julian avec un nonchalant haussement d'épaules. Ils sont tous d'accord avec toi ici…
- Je sais me défendre toute seule.
- Hum… ça, Harper est au courant ! »
Il lui décrocha alors un petit clin d'œil amusé, comme complice, et Mia ne put s'empêcher de rire. Elle était fière d'avoir pu se protéger contre Nicholas, lequel avait simplement perdu le contrôle de ses nerfs trois jours auparavant. Elle avait l'impression de s'être un peu découverte depuis ce moment, comme si agir avec violence avait permis à la Mia de son enfance de légèrement reprendre le contrôle. Sauf que la Mia de son enfance n'aurait jamais perdu six mois avec Nicholas Harper, à moins qu'il puisse lui apporter quelque chose d'utile.
Sans réfléchir, elle se baissa au dessus de Julian et déposa un baiser sur sa joue avant de murmurer un bref « merci ». Elle eut la surprise –une bien plaisante surprise- de le voir rougir légèrement à son contact, et elle réalisa que là encore, l'ancienne Mia venait d'agir. Sa main appuyée sur le matelas fut bientôt recouverte par celle de Julian, lequel serra ses doigts dans les siens sans la lâcher des yeux.
Mia ne tarda pas à sentir de nombreux regards sur sa nuque et s'éloigna brusquement en empruntant pour ses joues la couleur de Gryffondor. Elle reporta son attention sur son père, sans se démonter, et l'interrogea du regard quant à ton étrange position. Harry le lâcha doucement et Drago –en un soupir- déclara :
« Tu n'auras plus jamais de petits-amis. Pas avant tes cent-dix ans, au moins.
- Merci, papa, mais je suis persuadée que c'est à moi de faire ce choix. Et maintenant que j'ai vu Julian, je vais regagner ma salle commune… Et toi tu ferais bien de retourner au travail !
- Mais je travaille ! s'écria Drago, comme offensé qu'elle puisse lui répondre ainsi. Ces deux garçons se sont battus pour toi et j'exige de savoir pour quelle raison…
- Ils ne se sont pas battus pour moi. Ils… »
Elle secoua la tête, ne sachant quoi dire pour expliquer le comportement de Julian sans pour autant accuser Nicholas. Elle lui en voulait énormément, mais n'était pas du genre à se venger. Et dénoncer la drôle d'expérience qu'elle avait vécue trois nuits plus tôt enverrait directement son ex petit-ami dans la tombe, ou du moins, bousillerait son avenir pourtant glorieux. Alors elle haussa les épaules, refusant d'ouvrir la bouche alors que derrière elle, Sienna fronçait les sourcils, l'air de lui demander pourquoi elle n'avouait pas tout.
« C'est réglé, papa, il n'y a rien à en dire de plus…
- Je crois que si, au contraire, rétorqua froidement Harry en s'approchant d'elle, plus Auror que jamais. Monsieur Harper pourrait porter plainte contre Julian et…
- Il ne le fera pas. Pas vrai, Nicholas ? »
Elle se pencha légèrement pour apercevoir le garçon et ce dernier dodelina virulemment de la tête. Il était assez malin pour comprendre ce qu'il risquait : jamais Drago n'accepterait de le laisser travailler dans son département après l'obtention de ses Aspics s'il la poussait à admettre la vérité, ce qu'elle ferait sans hésiter si cela devait aider à la cause de Julian. Elle espérait que les adultes laisseraient ainsi tomber cette histoire, mais c'était trop demander, de toute évidence, puisque la Directrice ne l'entendit pas de cette oreille.
« Très bien. Monsieur Potter, Miss Malefoy, dans mon bureau, immédiatement.
- Mais, professeur…
- Non. Pompom, je vous laisse vous charger de Monsieur Harper. Veillez à ce qu'il se repose. Les autres, suivez moi… »
Elle ne leur laissait de toute évidence pas le choix, et Sienna se raccrocha à Mia, comme espérant que la directrice les prendrait pour des siamoises et ne les séparerait pas. Minerva parut saisir qu'il se passait quelque chose de plus –plus que le Quidditch, plus que la bagarre, plus qu'une histoire d'amours adolescents ayant mal tourné- et se tut en passant auprès des deux jeunes filles. Et les adultes même la suivirent, conscients qu'ils n'avaient plus franchement leur mot à dire. Face à certaines personnes, ils ne valaient guère mieux que des enfants en bas-âge.
Julian se rapprocha très rapidement des filles, lesquelles ne s'étaient pas lâchées et –sourcils froncés- osa formuler à voix haute l'inquiétude qui les tourmentait déjà :
« Et si on en vient à parler de Ash ? »
Olivia se mit à courir dès qu'elle parvint aux portes de Poudlard, fuyant ses coéquipiers furieux et déçus, ainsi que tout le public qui jusque là, l'avait toujours cru infaillible. Elle n'eut conscience des larmes qui brûlaient ses yeux qu'en sentant les gouttes salées contre ses lèvres, et parcourut de nombreux couloirs sans vraiment avoir conscience d'où elle allait.
Elle était soulagée que tous soient encore en train de débriefer le match dans la cour ou dans le hall, et qu'aucun ne puisse voir dans quel état elle se trouvait. Finalement, elle se laissa glisser dans un coin, se tassant au pied d'un escalier, et ramena ses genoux contre elle avant de pleurer pour de vrai, de gros sanglots secouant sa poitrine alors qu'elle se rejouait le match.
Elle n'avait jamais été aussi nulle. Jamais. De toute sa vie.
Ses larmes se tarirent au bout d'un long moment, mais elle ne se releva pas. Elle n'avait pas envie de rejoindre les membres de son équipe, ou même d'aller frapper sur Julian et Harper pour leur faire regretter leurs bêtises. Elle avait juste envie d'être seule. Ou de parler à quelqu'un qui comprendrait. Quelqu'un comme…
Elle émit un petit rire étouffé en réalisant qu'elle pensait à Ash, lequel se contenterait de la draguer lourdement sans vraiment y croire, puisque, comme tous les garçons, il ne s'intéressait pas à elle de cette façon. Elle essuya son nez dans sa manche, regrettant de ne pas avoir de mouchoirs, et imagina un instant la tête horrible qu'elle devait avoir.
Elle s'apprêtait à faire apparaître de sa baguette de quoi se redonner une apparence humaine lorsque des bruits de pas se firent entendre dans le couloir. Elle se recroquevilla davantage afin de ne pas se faire entendre, et alla jusqu'à poser sa paume tout contre sa bouche afin d'atténuer le bruit de sa respiration. Elle faillit se tourner vers les voix qui se firent brusquement plus fortes dès qu'elle reconnut celle d'Ash.
« Non, Maisie ! Je te l'ai dit la semaine dernière déjà, toi et moi, c'est fini…
- Ash, chéri, rétorqua la dénommée Maisie avec l'air de s'adresser à un gamin buté. Hollywood et moi, ce n'était pas important, ça ne comptait pas, pas le moins du monde. Je me sentais juste un peu seule et… (Olivia entendit parfaitement le faux-sanglot émit par la jeune fille et ne put s'empêcher de rouler des yeux dans ses orbites.) J'imaginais ce que toi, tu devais faire, avec toutes ces Européennes… Maintenant que j'en ai vues certaines, je sais pertinemment que je n'ai rien à craindre, mais…
- J'ai couché avec une fille, ici. »
Un silence pesa un instant, alors qu'Olivia s'interrogeait : mentait-il ? Et si non, avec qui pouvait-il bien avoir fait l'amour alors qu'il était là depuis moins de trois semaines ? Elle ne put s'empêcher de l'imaginer dans les bras de Sienna Zabini, si belle et lumineuse, mais sa vision s'effrita dès que Maisie hurla :
« Tu as osé ?!
- Tu as osé aussi, je te rappelle, répliqua froidement Ash et Olivia faillit rire. Soyons réalistes, Maisie, je ne t'aime pas et tu ne m'aimes pas non plus. On a pris beaucoup de bon temps, toi et moi, et je ne le regrette pas le moins du monde. Malheureusement, les choses ont changé… Tu as couché avec Hollywood, Maisie. Hollywood ! Je ne pourrai plus jamais te toucher après ça.
- Et la garce avec qui tu…
- Ce n'est pas une garce. C'est une fille aussi belle qu'adorable, avec qui j'ai passé une nuit géniale. Ça s'arrête là. Alors cesse de t'humilier devant l'équipe… Toi et moi, c'est fini. Terminé. Tu devrais retourner au Portoloin avant d'être coincée ici ad vitam aeternam. »
Olivia l'entendit reprendre le cours de sa marche, s'approchant dangereusement de sa cachette, mais rapidement un bruit étouffé se fit entendre et elle plissa le front en percevant le bruissement haché d'une respiration. Ne pouvant réfréner sa curiosité, elle se mut légèrement, et pencha la tête pour observer le couloir.
Ash était plaqué contre un mur, la jeune blondinette qu'elle avait déjà aperçue au premier match, deux semaines auparavant, l'embrassant langoureusement. Il ne la touchait même pas, se contentant de subir le baiser, et Olivia se demanda ce qu'il pouvait bien lui arriver. Maisie, quoi que probablement idiote comme tout, était belle. Un pur cliché de l'Amérique telle qu'Olivia l'avait toujours imaginée. Comment pouvait-il ne pas réagir à son contact ?
Maisie parut réaliser qu'il n'était pas partant pour faire quoi que ce soit et le lâcha avec un grondement rageur. Elle avait les larmes aux yeux et Olivia s'en voulut d'en être ravie, l'assaut de jalousie ayant piqué son cœur ne s'évanouissant pourtant même pas.
« Quand tu reviendras à Salem, tu me reviendras aussi, finit par cracher la petite blonde.
- Maisie…
- Non ! Ne dis rien que tu puisses regretter. Toi et moi, on est fait pour être ensemble, Ash. Que tu le veuilles, ou non. »
Sur ces mots, elle tourna les talons et quitta le couloir, laissant Ash reprendre son souffle contre le mur. Olivia hésita un instant à signaler sa présence, mais n'eut pas besoin de le faire. Ash tourna la tête vers elle et un fin sourire ourla ses lèvres.
« Alors, petite voyeuse, le spectacle t'a plu ? »
Le bureau du Professeur McGonagall resta longtemps plongé dans le silence après qu'Amélia eut répétée soigneusement ses aventures du mercredi soir. Sa directrice l'avait fixée longuement avant d'obtenir des explications, mais Mia avait craqué pour une seule raison : Harry était furieux contre Julian, lequel n'était responsable que de son côté Chevalier Servant, hérité de son père justement.
Mia ne s'inquiéta pas outre-mesure des conséquences qu'elle-même risquait. Bien qu'ayant employé la magie contre un étudiant, le blessant par la même occasion, elle connaissait suffisamment Minerva pour être certaine que cette dernière ne la punirait pas de s'être simplement défendue.
Finalement, ce fut au tour de Julian d'expliquer les raisons l'ayant poussé à agir comme il l'avait fait, mais rapidement un blanc dans l'histoire n'échappa pas à Harry. Auror, il avait l'habitude de tisser ses enquêtes d'un bout à l'autre et remarquait évidemment le moindre fil manquant.
« Et qui t'a parlé de cette histoire exactement ? demanda-t-il à son fils dès que ce dernier eut conclu son récit.
- Euh… Des rumeurs.
- Ce gamin ment aussi mal que son père, intervint Drago avec un sourire presque conciliant, comme s'il s'agissait là d'un défaut qu'il appréciait. Qui te l'a dit, Julian ? »
Sienna finit par lever la main comme si elle était en classe et Mia la fusilla du regard, comprenant que les adultes se poseraient encore plus de questions.
« Je ne savais pas que vous fréquentiez les mêmes cercles, énonça Harry en une grimace. Pourquoi avez-vous discuté ?
- On a le droit de se parler, Monsieur Potter, rétorqua Sienna avec une moue taquine. Votre fils et moi… Nous sommes très proches. »
Elle passa alors sensuellement le bout de ses doigts sur l'avant-bras nu de Julian, lequel se tortilla de malaise sur son siège. Ok, là, elle allait vraiment trop loin. Son père en parlerait à sa mère, laquelle lui enverrait une beuglante dès le lendemain matin, et tout Poudlard penserait que Sienna et lui fricotaient. Il supplia Mia de le sortir de là, d'une seule œillade désespérée, et cette dernière poussa un bref soupir.
« Sienna et moi sommes amies, et Julian est mon ami également, donc…
- Depuis quand ? s'esclaffa Drago en levant les yeux au ciel. Sérieusement, les enfants, ça devient ridicule. Vous deux (Il désigna Sienna et Mia.) vous êtes amies. Mais vous deux (Il pointa Julian puis Mia du doigt.) vous vous êtes perdus de vue depuis des années…
- On s'est retrouvé apparemment, s'exprima Julian qui s'était éloigné de Sienna comme si elle risquait de l'attaquer. On a eu envie de reprendre contact après tout ce temps et… Et puis de toute façon, qu'est-ce que ça peut faire ?! Punissez-moi, qu'on en finisse. »
La directrice poussa un long soupir avant de joindre ses mains sous son menton, sans lâcher les trois adolescents des yeux. Elle les fixa un à un, s'arrangeant pour les mettre le plus mal à l'aise possible, puis finit par décréter :
« Vous nous cachez quelque chose. Et j'exige de savoir de quoi il s'agit… »
Julian tourna la tête à gauche, là où Mia s'était recroquevillée sur son siège, consciente qu'ils étaient fichus. Ils ne quitteraient pas ce bureau sans une explication valable, et même si la Directrice s'imaginait probablement tout autre chose –quoi, ils n'en avaient pas la moindre idée- eux n'avaient pas d'autres réponses à offrir que la vérité. Il jeta un coup d'œil à Sienna qui hocha la tête, lui donnant ainsi la permission de parler, et il se racla la gorge avant d'annoncer :
« On a recommencé à se parler à cause de Ash.
- Ash ? répéta Minerva sans comprendre alors que Drago étouffait un juron. Le jeune homme qui… »
Elle se tourna une seconde vers Hermione qui se cramponnait au meuble derrière elle. L'enseignante avait passé les trois dernières semaines à discuter avec sa directrice à chaque occasion, s'assurant ainsi qu'elle ne perdrait pas les pédales –ou que Minerva la comprendrait si elle le faisait. Elle lui avait expliqué en long et en large à quel point Ash lui rappelait son fils, pourquoi elle s'accrochait ainsi à sa présence tout en étant consciente qu'elle aurait le cœur brisé lorsqu'il rentrerait chez lui. Et voilà qu'elle réalisait qu'elle n'avait pas été seule à penser ainsi.
« Mia, ma puce…
- Non ! s'écria cette dernière en se levant d'un bond, la fusillant du regarda avant de faire de même avec son père. Arrêtez, d'accord ?! Je sais ce que vous allez me dire, mais on a des preuves et… Ecoutez-nous avant de dire qu'on est dingue, ou simplement stupides. S'il vous plait. »
Harry adressa à Drago un regard interrogateur, mais l'ancien Serpentard paraissait mortifié. Pendant les trois dernières semaines, il s'était inquiété à l'idée que son ex-femme s'obsède au sujet d'Ash, se mette à le suivre ou à s'intéresser à lui d'un peu trop près… Et voilà qu'il réalisait que pas une seule seconde, il n'avait pensé à sa fille. Parfois, il oubliait que cette dernière aussi se souvenait de Jem, qu'elle aussi avait perdu un membre de sa famille, qu'elle aussi avait pu reconnaître son frère derrière le visage d'un étranger. Il finit par hocher la tête, sans même regarder Hermione, effrayé par ce qu'il pourrait découvrir sur ses traits.
Julian prit rapidement la parole, comme s'il craignait que les adultes ne changent d'avis et ne leur interdise de s'exprimer.
« Ok, alors pour commencer, le plus évident : c'est le clone de Jeremy. Non, mais sérieusement, vous l'avez bien regardé ? De près, je veux dire. Ce type est le sosie de Jem, avec juste douze années de plus. Ensuite, si on continue sur le physique, il y a la tâche de naissance de Jem, celle sur sa hanche… Ash l'a aussi. »
Hermione parut sur le point de vaciller, et Minerva la poussa à s'asseoir d'un simple mouvement de la main. La brunette ne songea même pas à refuser, et se laissa tomber sur un siège, le cœur battant. Harry, sourcils froncés, ne put s'empêcher de demander :
« Vous l'avez vue ?
- Je suppose que vous ne me croiriez pas si je disais simplement qu'il adore en parler…
- Non.
- Alors oui, on l'a vue, acquiesça Julian avant d'ajouter : Enfin, pas moi personnellement, mais…
- Qui alors ? »
Sienna releva à nouveau la main en s'empourprant légèrement et Drago laissa échapper un petit ricanement, avant de poser une question dont il connaissait déjà la réponse :
« Tu as été aussi très proche de lui ?
- Non ! s'offusqua Sienna en secouant la tête, comme si elle n'aurait jamais pu faire une telle chose, elle, modèle d'innocence.
- Sienna, insista Drago en la fixant, légèrement moqueur.
- Oui, ok, d'accord. J'ai un peu couché avec lui. Ou beaucoup. Enfin… Mais c'était juste une fois. Et c'était avant de comprendre que c'était presque de l'inceste ! (Drago haussa un sourcil sans comprendre et elle ajouta :) Mia est presque ma sœur, d'un point de vue… psychologique. Alors techniquement, si Ash est Jem –ce dont je ne doute pas- j'ai couché avec mon frère. Mon frère psychologique ! »
Harry dissimula un sourire derrière sa main avant de pencher vers Drago, lui soufflant avec une ironie dont le blond fut presque fier –il avait mis du temps à inculquer le concept aux Gryffondors :
« Et après, c'est ma nièce qui doit consulter ?
- Sienna est juste ma filleule, je n'ai rien à voir avec elle. »
Julian suivit leur interlude avec un petit rictus, puis décida de jouer sa dernière carte, comprenant –sans vraiment savoir pourquoi- que les deux hommes au moins les croyaient. Sa marraine, elle, paraissait bien trop vulnérable tout à coup, et incapable de la moindre réaction. Mais il s'efforça de les convaincre.
« Et vous vous souvenez de l'allergie de Jem aux fraises ? Et bien, Ash y est allergique aussi.
- Ce ne sont probablement que des coïncidences. »
La voix d'Hermione sembla sortir d'outre-tombe et tous les visages se tournèrent vers elle. Sa peau était devenue blême, si bien qu'elle semblait à deux doigts de s'évanouir. Drago se retrouva agenouillé à ses côtés en une seconde à peine et Harry se précipita à son tour, anxieux également. Julian grimaça, honteux de n'avoir pas présenté les informations différemment, mais Mia le rassura d'un sourire : il n'y avait pas de bonnes façons d'annoncer ce genre de choses…
« Hermione… »
Cette dernière releva les yeux pour planter son regard dans celui de Drago, lequel la fixait avec l'intention évidente de la ramener sur terre. Et brusquement, elle prit conscience d'une chose qu'elle n'avait pas remarquée auparavant : il n'était pas choqué, pas le moins du monde. Trois semaines auparavant, il l'avait presque menacée d'internement si elle osait ne serait-ce qu'imaginer qu'Ash était leur fils perdu. Elle avait dû taire tout ce qu'elle pensait au sujet de l'adolescent, refuser l'accès de son cerveau à ses nombreux rêves et souvenirs. Et voilà qu'il la regardait comme s'il avait toujours su que ce moment arriverait, comme si lui-même avait fini par croire en ce qu'elle avait deviné dès que son regard s'était posé sur Ash.
Elle tourna la tête vers Harry qui la contemplait également, une ride soucieuse barrant son front, un air coupable sur ses traits fatigués. Ils étaient arrivés ensemble, Drago et lui. Ensemble, tous les deux, et se parlaient comme s'ils n'avaient pas passés des mois sans le faire, comme s'ils étaient complices de…
Elle sentit sa gorge se nouer et les larmes se bousculèrent derrière ses paupières. Elle perdait pied. Elle devenait probablement paranoïaque, oui, c'était forcément cela. Jamais Harry n'aurait pu lui cacher quelque chose. Jamais Drago, l'homme qui l'avait si sincèrement aimée, n'aurait pu la laisser se torturer l'esprit durant trois interminables semaines. Jamais ils n'auraient pu. Sauf qu'ils l'avaient fait. Elle le voyait dans leurs yeux, dans leur anxiété et leur culpabilité. Alors les mots se formèrent sur sa langue, empoisonnés par le chagrin, et elle souffla :
« Je n'en reviens pas que vous ayez pu me faire ça… »
Ash avait perçu la présence d'Olivia dès qu'il s'était retrouvé à quelques mètres d'elle. Cette capacité à ressentir –ou sentir- les autres faisait partie des rares dons offerts par le loup qui, exacerbés par la potion, lui simplifiaient la vie. Mais il aurait parfois voulu qu'il lui permette également de saisir les subtilités de leur état.
Olivia avait les yeux rouges et gonflés, preuve qu'elle avait pleuré, et il s'inquiéta instantanément. Cela devenait apparemment une habitude pour lui de croiser des demoiselles en pleurs au détour des couloirs, mais que ce soit Olivia le choquait bien davantage. Il s'était imaginé qu'elle était aussi solide qu'un roc, n'aurait jamais pu la croire capable de verser la moindre larme, et voilà qu'il la découvrait ainsi, si tragiquement délicate qu'il eut la sensation de tomber de son balai une deuxième fois.
Elle baissa timidement les yeux avant de lancer –d'une voix trop tremblante malgré la menace :
« Si tu racontes à quelqu'un que tu m'as vue pleurer, je t'étrangle…
- Je n'avais pas l'intention d'en parler à qui que ce soit, Olive. Mais merci d'avoir prévenu. »
Il s'installa à côté d'elle dans les escaliers et lui adressa un petit sourire à la fois rassurant et interrogateur. Elle le fuit, refusant d'avouer qu'elle avait perdu ce maudit match et pourquoi, préférant parler de tout autre chose.
« Alors, tu as rompu avec ta petite amie… A cause du garçon de la semaine dernière ? (Il hocha la tête sans la lâcher des yeux et elle insista.) Pourquoi ça t'embête tant que ça si tu as fait la même chose de ton côté ?
- Je crois que ce n'était pas la première fois pour elle…
- Et tu es embarrassé de ne pas être capable de contenter une femme, donc tu as préféré rompre pour paraître garder le contrôle de la situation ? »
Il écarquilla les yeux sous le coup du véritable uppercut oral qu'elle venait de lui envoyer. N'avait-elle aucune notion –même vague- de la psychologie masculine ? Elle parut se rendre compte de ce qu'elle venait de dire et balbutia nerveusement :
« Excuse-moi, c'était… méchant.
- Tu viens de m'émasculer psychologiquement, mais je m'en remettrai… ricana-t-il, légèrement embarrassé malgré tout. Et non, j'espère être capable de –comment l'as-tu formulé déjà ? ah oui !- satisfaire une femme. Maisie fait partie des personnes qui en veulent toujours plus et… Je n'étais sûrement pas à la hauteur.
- Ou peut-être est-ce elle qui ne l'est pas… »
Il lui sourit, pensant qu'elle tentait simplement de se rattraper suite à sa précédente remarque, mais elle parut honnête. D'ailleurs, comprenant ce qu'il imaginait, elle s'efforça à s'expliquer :
« Cette fille, excuse-moi de te le dire, m'avait l'air totalement insipide. Vraiment. Quelle fille peut avoir envie de s'agiter devant une foule en dansant d'une manière aussi ridicule, sans même être payée pour ça ? Quelle fille peut aller coucher avec un type aussi naze que ce Hollywood pour ensuite se pavaner devant toi comme si de rien n'était ? Elle était risible tout à l'heure… Et toi, tu es resté ferme. Tu sais ce que tu veux et tu le prends, au lieu de minauder et faire mine de pleurer pour récupérer quelque chose que tu as perdu par ta faute. Tu vaux mieux qu'elle. »
Il resta figé une seconde, puis –sans réfléchir une seule seconde de plus- saisit le visage de la jeune fille entre ses paumes. Il ne prit pas garde à ses yeux écarquillés de surprise, ni au tambourinement de son propre cœur qui savait pertinemment à quel point l'erreur qu'il commettait était grave, et posa tendrement sa bouche contre la sienne.
Il la sentit frémir tout contre lui, mais n'en eut cure. Il passa lentement sa langue contre ses lèvres closes, puis eut la sensation étrange de chuter à nouveau dès qu'elle lui céda obligeamment le passage. Il resta doux, comme conscient de l'inédit de ce mouvement pour elle, caressant sa langue de la sienne en essayant de contrôler le loup qui –en lui- ronronnait de plaisir, tel un chaton.
Il s'éloigna finalement pour reprendre sa respiration et réalisa qu'Olivia avait fermé les yeux pendant ce baiser, comme pour en profiter davantage. Il dut caresser sa mâchoire du bout des doigts pour qu'elle les ouvre, et il ne put s'empêcher de sourire lorsqu'elle murmura :
« Pourquoi ?
- Je sais ce que je veux et je le prends… »
Elle rompit alors brusquement le contact avant de se redresser d'un bond, s'éloignant de lui comme s'il était atteint d'une maladie très contagieuse –ce qui était plus ou moins le cas, sauf qu'elle n'était pas du tout au courant. Elle se plaqua contre le mur du couloir, résolument sous le choc, et il regretta tout à coup d'avoir osé l'embrasser. Mais ses mots, cette confiance qu'elle avait paru placer en lui, l'avaient rendu fou.
« Ne refais plus jamais ça.
- D'accord, accepta-t-il en se levant à son tour. Désolé, j'aurais dû… J'en ai juste eu envie et je… J'ai cru que ça t'avait plu. »
Elle s'empourpra violemment et il comprit qu'il avait vu juste. Ce baiser avait été parfait, sans doute le plus délicieux qu'il ait jamais donné, même s'il sentait le fauve dans sa tenue de Quidditch et qu'elle avait le nez tout rouge. Il se rapprocha d'elle et eut le déplaisir de la voir se tasser sur le mur.
« Pourquoi tu n'as pas envie que je le refasse ?
- Je… Je ne veux pas de ça, c'est tout. D'accord ? On peut être ami tous les deux, mais je… Je ne suis pas douée pour ça.
- As-tu au moins déjà essayé ?
- Tu seras parti dans deux semaines, rappela-t-elle en lui jetant un regard noir. Je dois rester concentrée sur le Quidditch, ce que je ne pourrais pas faire si tu fais ça tout le temps. Et puis… Le Quidditch est plus…
- Important, acheva-t-il en hochant la tête. J'ai compris, Olive. »
Il déposa alors un chaste baiser sur son front, mais il leur sembla à tous les deux qu'ils s'enflammaient malgré tout. Il recula finalement, et enfonça ses poings dans ses poches, redoutant d'avoir mis fin à ce début de relation qui lui plaisait tant. Il n'avait jamais pris autant de plaisir à se chamailler avec quelqu'un, et il lui semblait qu'elle réussirait à améliorer ses talents au Quidditch s'ils s'entraînaient ensemble. Il avait besoin d'elle.
« Alors, puisque nous sommes amis…
- Je n'ai jamais dit que nous l'étions, juste que nous ferions mieux de l'être, polémiqua-t-elle en souriant à nouveau, refusant d'être fâchée contre lui, pour une raison qui lui échappait.
- Ne joue pas sur les mots. Puisque nous sommes amis, il me semble plutôt évident que tu me parles.
- Que je te parle ?
- Oui. »
Elle se renfrogna en comprenant enfin où il voulait en venir. Il souhaitait savoir pourquoi elle pleurait avant son arrivée dans ce couloir, et elle n'avait pas franchement envie de lui avouer à quel point son fanatisme pour le Quidditch allait loin. Pourtant, il parut si franchement intéressé par ses stupides états d'âme qu'elle finit par murmurer du bout des lèvres :
« Casper a gagné le match… 430 à 160. »
Il resta bouche bée face à cette énorme différence de points, puis se reprit en croisant son regard noir. Il comprenait bien mieux pourquoi elle s'était mise dans un tel état. Si Casper avait attrapé le Vif d'Or –et il espérait bien que ce soit le cas- cela signifiait quand même qu'elle avait laissé passer vingt-huit souaffles. Elle s'était énervée pour deux malheureux buts… Elle devait être à deux doigts du suicide pour ces vingt-huit là.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il d'une voix douce, comme un médecin annonçant la mort d'un patient à la famille.
- Julian et Nicholas Harper se sont battus. Harper n'était plus en état de jouer et Julian s'est fait renvoyer du terrain par l'arbitre. Du coup, on a joué sans batteurs…
- Mais et toi ?! Je veux dire… »
Il n'eut pas besoin de conclure sa phrase pour qu'elle comprenne et il observa avec une panique incroyable les yeux verts de l'adolescente qui se remplissaient à nouveau de larmes. Elle détourna la tête, refusant de faiblir devant lui, et finit par bredouiller :
« J'ai paniqué. J'ai compris à quel point ce serait dur de jouer à cinq et les poursuiveurs ont profité de ma faiblesse pour marquer… Le temps que je me reprenne, le match était déjà fini. »
Ash saisit alors que les émotions d'Olivia n'étaient celles qu'il croyait : elle n'était ni triste, ni humiliée… Elle était en colère, furieuse contre elle-même, contre son impuissance momentanée qui lui avait fait perdre son don. Il se rapprocha à nouveau d'elle, et glissa ses doigts sous son menton, l'obligeant à le regarder en face malgré la distance qui les séparait encore.
« Ce n'est pas grave, Olive, ça arrive à tout le monde…
- Mais pas à moi ! cria-t-elle en se dégageant.
- Tu n'es pas infaillible. Tu as vu ton cousin se battre, ton équipe perdre deux joueurs essentiels… Tu as réagi comme n'importe qui à ta place.
- Mais je ne suis pas n'importe qui ! »
Elle sembla prendre conscience de la prétention qu'elle dévoilait de cette manière et chassa furieusement les larmes qui dégoulinaient sur ses joues rouges. Il fit quelques pas en sa direction, un sourire conciliant aux lèvres, et chuchota pour l'apaiser, comme si elle était un animal enragé difficile à approcher :
« Tu es la gardienne la plus douée que j'ai vue de ma vie, Olivia, mais tu peux aussi avoir droit de…
- Tu ne comprends rien ! »
Il s'arrêta et elle s'imagina un instant qu'il puisse perdre patience. Elle ne lui en aurait pas voulu. Elle se rendait bien compte qu'elle agissait comme une folle dingue, une fille digne d'être enfermée dans un asile. Il aurait dû tourner les talons et la laisser se dépêtrer toute seule avec ses émotions étouffantes. Mais il ne le fit pas. Au lieu de cela, il lui accorda un énième sourire affable, puis ordonna :
« Alors explique-moi. »
La porte du bureau du Professeur McGonagall claqua si fort que toutes les personnalités des tableaux se mirent à riposter, à hurler à l'insolence, et à interpeler la directrice qui les fit taire de son regard de chat. Elle reporta ensuite son attention sur les deux hommes qui avaient observé la disparition d'Hermione sans savoir comment réagir, avant de tourner vers les trois adolescents stupéfiés.
« Miss Zabini, Monsieur Potter, veuillez nous laisser, je vous prie.
- Mais… » commença Julian avant de comprendre qu'il n'avait pas son mot à dire dans cette affaire.
Il adressa un dernier sourire empli de courage à Mia avant de sortir, suivi de près par Sienna qui parut furieuse d'être ainsi mise à l'écart. Le silence pesa un instant sur les lieux, puis Mia se laissa retomber sur le fauteuil qui lui avait été désigné un peu plus tôt. Le cœur au bord des lèvres, elle tourna vers son père un regard brouillé d'interrogations, et elle finit par en énoncer une seule à haute voix :
« Pourquoi maman s'est-elle mise en colère ? C'est une bonne chose, n'est-ce pas ? Si c'est vraiment Jem… »
Elle ne conclut pas sa phrase. Si Ash était réellement Jem, elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'il adviendrait d'eux. Dix ans plus tôt, elle aurait pu espérer que tout redevienne comme avant. Elle aurait retrouvé la chambre de son enfance, leur famille se serait reconstruite d'un seul coup, ses parents se seraient pardonnés… Tout aurait été magiquement parfait.
Mais douze longues années avaient passé. Ses parents avaient commis des erreurs. Elle-même avait tant changé qu'elle n'aurait probablement pas pu redevenir la même. Leur maison… Et bien, elle n'y avait pas mis un pied depuis des années, même si sa mère y vivait encore durant les vacances. Peut-être que sa chambre avait été transformée en un laboratoire de potion ou un atelier de poterie. Ou plutôt en bibliothèque, parce qu'imaginer sa mère faire de la poterie était totalement surréaliste.
Rien ne pourrait plus jamais être comme avant, mais retrouver Jeremy après toutes ces années était déjà bien assez miraculeux. Elle ne comprenait pas que sa mère ne veuille pas le voir…
« Je lui ai dis que je ne m'opposerais pas à son internement cette fois si elle recommençait à agir comme elle l'avait fait auparavant. »
La voix de son père la tira de ses rêves et elle mit quelques interminables secondes avant de comprendre. Il avait fait quoi ?! Harry parut sur le point de se précipiter sur son père pour le ruer de coups, mais se contenta de rugir :
« T'es un grand malade ! Par Merlin, Drago, elle a déjà assez souffert comme ça ! Tu n'avais pas besoin d'en rajouter en la menaçant…
- Tu sais très bien que j'ai eu raison de le faire. Autrement, elle aurait passé du temps avec Je… Avec Ash et…
- Elle l'a fait, coupa soudain Minerva, qui était jusque-là restée silencieuse. Hermione a passé énormément de temps avec ce jeune homme durant ces trois dernières semaines, Monsieur Malefoy. Et elle a très bien retenu votre leçon, puisqu'elle n'a jamais dépassé la moindre limite imposée par les conventions sociales. Peut-être devriez-vous apprendre à lui faire confiance. »
Drago se figea en entendant la directrice le traiter avec autant de mépris. Ne pouvaient-ils donc pas comprendre à quel point cette situation était risquée ? Etait-il le seul à se souvenir d'Hermione, douze ans auparavant, qui tentait d'arracher chaque garçon blond de l'âge de Jem à leurs mères comme si cela pouvait le lui rendre ? Lui faire confiance… Il aurait pu l'aimer à nouveau, il avait d'ailleurs parfaitement conscience de l'amour qu'il lui portait encore. Mais lui faire confiance allait simplement au-delà de ses forces.
« Maman a failli être internée ? »
Il faillit sursauter en entendant la voix de sa fille et reporta son attention sur elle. Brusquement, il lui vint à l'esprit qu'il n'avait jamais évoqué ce sujet avec elle. Elle était si jeune à l'époque, et subissait déjà tant de choses, qu'il n'avait pas osé lui en parler. Puis, sans trop savoir comment, il avait décidé que ce sujet se devait d'être enterré, ne pensant pas qu'il reviendrait sur le devant de la scène après tout ce temps.
« Mia…
- Pourquoi tu ne me l'as jamais dit ?!
- Tu étais petite et…
- C'est toi qui as voulu l'enfermer ? hurla-t-elle alors d'une voix de plus en plus aigue.
- Non, bien sûr que non. J'ai dû me battre pour qu'elle ne le soit pas, Mia. Et…
- Et il y a trois semaines, tu lui as balancé ça en plein visage ?! Juste parce qu'elle pensait qu'Ash puisse être Jem ?!
- Mia, ma puce… Tu ne comprends pas…
- Ce que je comprends c'est qu'au lieu d'être sympa avec elle et de lui expliquer comme à une personne sensée ce qu'il était possible ou impossible de faire, tu as préféré la menacer d'internement ! »
Elle s'approcha de lui sans ciller et Drago revit soudain la petite Mia derrière ce visage plein de colère. Il l'avait aperçue à de multiples reprises lorsqu'il ne voulait pas lui acheter tel ou tel jouet, accepter qu'elle se couche plus tard ou mange un bonbon après une certaine heure. Sauf que cette fois, la rage était différente, plus vive et bien plus méritée.
« Maman est un être humain, papa ! Je n'arrive pas à croire que tu aies pu la traiter comme une folle… Elle ne l'est pas, d'accord ?! Elle était juste triste il y a douze ans, et elle l'est toujours maintenant. Et très franchement, tu n'aides pas. »
Mia n'attendit pas sa réponse, ou même ses excuses. Elle ne souhaitait pas les entendre. La porte claqua à nouveau, provoquant le raffut habituel parmi les tableaux alors que Drago se laissait tomber sur un fauteuil, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Il sentit le regard d'Harry sur lui et expira :
« Vas-y, traite-moi de tous les noms toi aussi.
- Je crois que ta fille a exprimé ce que je ressens suffisamment bien, ainsi que Minerva. Et puis, contrairement à Hermione qui l'a oublié et Mia qui ne l'a jamais connu, je me souviens très bien du pauvre type que tu as été. Je ne suis donc même pas surpris.
- Ca ne me soulage pas vraiment, sourit Drago en relevant la tête.
- Ce n'était pas le but. »
Le silence pesa un moment sur eux, puis le Professeur McGonagall se leva pour parler aux tableaux, sans se soucier d'obtenir l'accord de quiconque. Ils avaient passés trop de temps désormais à parler au lieu d'agir, à espérer des réponses au lieu de les demander. Et s'ils n'avaient pas le courage de le faire, elle s'en chargerait.
« Messieurs, pouvez-vous trouver Neal Radburn, je vous prie… »
Certains disparurent de leurs cadres pour en visiter d'autres dans le château, puis revinrent bredouille, jusqu'à ce que le portrait de Dumbledore se fende d'un large sourire.
« Troisième couloir de l'aile Est, Minerva. Je lui ai demandé de vous rejoindre… »
Elle le remercia d'un sourire, puis se tourna vers Harry et Drago qui la fixaient, stupéfaits. Elle leur rendit leur regard en s'installant à nouveau à son bureau alors que les deux hommes paraissaient attendre une explication. Elle finit par soupirer, exaspérée.
« Vous avez de toute évidence cherché des informations sur Ash, n'est-ce pas ? (Ils acquiescèrent d'un même mouvement et elle continua sans sourire :) Et vous n'avez évidemment pas songé une seule seconde que quelqu'un pourrait répondre à vos questions, je présume ?
- Nous ne voulions alerter personne, Minerva, expliqua Harry avec une certaine arrogance, voulant démontrer par là qu'il était Auror et qu'elle n'avait pas à lui apprendre à se servir de sa tête.
- Le Professeur Radburn n'est pas stupide. Et Hermione m'a expliqué à quel point il tenait à Ash. Il pourrait être un solide allié…
- Un allié, professeur ? répéta Drago sans comprendre.
- Cet enfant a été élevé dans des conditions difficiles et pense probablement qu'il n'a aucune famille prête à prendre soin de lui. Que comptiez-vous faire exactement ? Aller le voir un beau matin pour lui dire « Bonjour, nous sommes peut-être tes parents, pourrions-nous nous en assurer maintenant ? » ? »
Voyant leurs mines défaites, elle comprit que c'était exactement ce qu'ils avaient imaginé. Ils n'avaient pas pensé une seule seconde à s'assurer de l'identité d'Ash, d'en être sûr à deux-cent pour cent avant de lui offrir un espoir qu'ils avaient toujours le risque de briser. Mais ils avaient Neal Radburn en secours, lequel pourrait leur obtenir d'autres informations sans doute et les aiderait à annoncer la nouvelle à Ash dans le cas où leur idée s'avérait être la bonne.
« C'est un adolescent, messieurs. Il a des sentiments.
- Mais si cet enfant est vraiment Jem…
- Alors vous pensez qu'il va vous sauter dans les bras en s'écriant « Papa, comme tu m'as manqué » ? (La mâchoire de Drago se crispa, mais elle continua :) Ce garçon n'a apparemment aucun souvenir de vous et s'il est bel et bien Jeremy, ce que j'espère autant que vous, il faudra agir avec prudence. Il est… Il aura besoin de se faire à la situation. Laissez du temps au temps, Monsieur Malefoy. Et cessez de vous comporter comme un imbécile avec votre femme par la même occasion. »
Drago n'eut pas le temps de riposter, ou de répliquer bêtement qu'Hermione n'était plus sa femme. La porte derrière lui s'ouvrit et Neal apparut, apparemment inquiet. Il jeta un coup d'œil alentour, comme à la recherche de quelqu'un en particulier, parut extrêmement surpris de croiser le regard de l'Elu, et finit par froncer les sourcils.
« Où est Ash ?
- Excusez-moi ?
- Le tableau m'a demandé de venir ici à cause d'un problème avec Ash… Que se passe-t-il ? »
La directrice jeta un regard assassin à son défunt prédécesseur qui eut l'honneur de paraître embarrassé –malgré son sourire fier. De toute évidence, il avait voulu s'assurer qu'ils ne changent pas d'avis avant l'arrivée de l'Américain. Minerva se leva et fit rapidement les présentations entre Neal et Harry avant d'ordonner d'un coup d'œil à Drago de se lancer cette fois ci. Ce dernier hésita une seconde, s'assit, puis proposa aux deux hommes de faire de même, ce qui inquiéta davantage encore Neal.
« Excusez-nous de vous avoir dérangé, commença Drago avant de sourire de ce parfait rictus professionnel qui agaçait tant Harry. Le match s'est-il bien passé ?
- Salem a vaincu Durmstrang de justesse, sourit Neal avant de répliquer : Mais je suppose que ce n'est pas ce qui m'amène.
- Non, en effet. Nous souhaitions vous posez quelques questions au sujet de votre élève, Ash… »
Neal parut brusquement dépité, comme si le poids du monde venait de s'écrouler sur ses épaules. Il dissimula un instant son visage entre ses paumes, avant de reprendre contenance et de prendre un ton d'excuse –quoi que bien las- pour répondre :
« Qu'a-t-il fait cette fois ?
- Euh… Je vous demande pardon ?
- Je suis sincèrement désolé, Monsieur Malefoy, vraiment, exprima-t-il à toute vitesse, ne laissant à personne le temps de l'interrompre. J'aurais dû vous prévenir à l'avance que son comportement pouvait laisser à désirer, qu'il agit souvent sans réfléchir… D'accord, ça n'excuse absolument rien, mais il a eu une enfance plutôt difficile, comme le sait le Professeur McGonagall. (Cette dernière croisa les doigts pour qu'il n'énonce pas le petit problème de poils d'Ash.) Il cherche souvent des moyens d'exprimer sa frustration et ce en agissant d'une manière totalement stupide. J'avais espéré que l'air Anglais l'empêcherait de faire des bêtises, sans compter qu'il semblait plutôt heureux d'être là et que le Professeur Granger l'a beaucoup aidé ces dernières semaines. Je m'étais apparemment emballé pour rien…
- Professeur Rad…
- Il ne souhaite pas attirer l'attention ! Mais cela arrive souvent malgré tout. Alors, qu'a-t-il fait cette fois ? Il s'est battu ? S'est exhibé avec une fille –parce que c'est aussi arrivé très souvent…
- Non ! s'écria Drago, ravi de pouvoir enfin en placer une. En fait, nous voulions juste en savoir davantage à son sujet. Mais merci de nous avoir prévenu qu'il a pour habitude de… Comment dites-vous ? … « s'exhiber avec des filles » ? »
Neal s'empourpra légèrement en réalisant qu'il s'était totalement fourvoyé, mais Drago chassa ses excuses d'un geste de la main avant même qu'il puisse les prononcer. Il remarqua alors que l'homme lui faisant face paraissait sérieusement intrigué par sa présence, comme s'il détenait les réponses aux plus grands mystères de l'univers. Il plissa le front, soudain plus angoissé encore. Si Drago Malefoy apprenait la vérité au sujet de la lycanthropie d'Ash et que ce dernier était renvoyé à Salem, il ne s'en remettrait pas… La gorge nouée par l'appréhension, il demanda :
« Alors, qu'est-ce qu'il se passe avec Ash ? Pourquoi vous intéresse-t-il ? »
Drago chercha du courage dans les yeux d'Harry, lequel lui sourit avec une certaine affection bien rassurante. Le Professeur McGonagall sembla le jauger davantage, comme si elle doutait qu'il soit capable de faire preuve d'un trait de caractère de la maison de lions. Il ne sut pas franchement ce qui lui permit de formuler une réponse. Le soutien d'Harry ou le mépris de McGonagall qui le poussait ainsi à se montrer meilleur que son nom ? Mais il parvint à le faire malgré tout, malgré la peur qui lui vrillait l'estomac, malgré ses doutes encore bien présents, malgré les risques de voir ses espoirs s'envoler en fumée à la première occasion. Il n'hésita même pas.
« Je pense que Ash est peut-être mon fils. »
Note _ Oh. Mon. Dieu. Il l'a ENFIN dit ! ENFIN ! C'est un miraaaacle ! xD
Petites questions _ 1. Content(e)s que Julian ait éclaté Nicholas ? Imaginez vous aussi la scène digne d'un cartoons ? XD ; 2. A quel point avez-vous envie de botter les fesses de certains personnages (ou de l'auteure qui est supposée les contrôler ?) d'avoir mis tant de temps avant d'enfin se retrouver et de communiquer ? ; 3. Avez-vous envie de faire un câlin à Olivia après cette lamentable défaite ? Et Maisie, elle vous avait manqué ? XD Et ce micro-bisou, alors ? (faudrait expliquer aux personnages de fanfictions qu'on ne dit pas non à un Malefoy quand on a un cerveau ! u_u') ; 4. Quel personnage avez-vous préféré pour ce chapitre, réactions à l'appuie ? (Sienna sait dérider les moments dramatiques, y'a pas de doutes xD -rassurés au sujet de l'inceste, je suppose ?) ; 5. Qu'imaginez-vous pour la suite ? Réaction de Neal ? Conversation Olivia-Ash ? Discussion Hermione-Drago peut-être ? ; 6. Est-ce que ce chapitre vous a plu ? :D
Dans le prochain épisode _ Des souvenirs, une photo, de l'émotion, une conversation toute personnelle, des dragons, une planche de salut, une interruption, de la drogue, du sang, un "désolé", des réponses, un compliment surprenant, une prière, un "merci", une chevauchée, un rêve, la Dragoncelle, et... Et.
Des bisous
Bewitch_Tales.
