Fleury et Bott. La devanture de la librairie n'avait pas changé en sept ans.
Ni ses propriétaires, hélas, pensa Hermione. Il y avait des risques qu'on la reconnaisse, elle était allée dans cette boutique tous les ans pendant sa scolarité à Poudlard...
Elle avait modifié son apparence comme elle pouvait, mais elle n'avait ni le temps ni les moyens de fabriquer du polynectar.
Mais elle n'avait pas vraiment le choix, elle avait déjà écumé toutes les autres librairies du Chemin de Traverse, sans trouver quelque indice que ce soit sur comment récupérer sa mémoire. Elle était persuadée que quelque chose d'important, de primordial s'y trouvait.
Évidemment, l'idéal aurait été de pouvoir contacter l'Ordre du Phénix s'il existait toujours, ou d'entrer en contact avec un de ses amis. Mais ils se cachaient des Mangemorts, et si Voldemort ne pouvait pas les trouver, elle le pouvait encore moins.
Tout ce qu'elle avait su sur l'Ordre, Ron le savait aussi. S'ils avaient pris acte de sa trahison, ils avaient fait en sorte que ces informations ne lui servent à rien ; et par conséquent elles étaient tout aussi inutiles à Hermione.
Et encore fallait-il que l'Ordre existe toujours... Combien auraient survécu à sept ans de domination de Voldemort ?
Et ses parents, étaient-ils toujours en sécurité, loin de l'influence du mage noir ?
Mais elle n'avait pas le temps de s'inquiéter pour eux, ni pour personne d'autre qu'elle-même. Ou elle ne voulait pas prendre ce temps. Elle préférait se concentrer sur une tâche. Une chose à la fois. Sans ça elle était perdue.
En l'occurrence, retrouver sa mémoire avant tout. Et pour ça, elle avait besoin de livres.
Et comme accéder aux bibliothèques prestigieuses comme celle de Poudlard était hors de question, il fallait qu'elle tente sa chance chez Fleury et Bott...
« Je ne ferais pas ça si j'étais vous. »
Hermione se retourna en sursaut, la main crispée sur sa baguette dans son sac.
Un homme grand et fin, le teint pâle surmonté de cheveux mi-longs, enveloppé dans un grand imperméable marron, lui fit un demi sourire.
« Vous pouvez vous détendre. Si j'en avais après vous, je vous aurais attaquée dans le dos sans m'annoncer. Cependant, vous n'êtes pas en sécurité. Si j'ai pu vous retrouver, d'autres le peuvent aussi.
Je connais tous vos déplacements depuis que vous êtes allée vous réfugier dans une maison moldue, après votre spectaculaire évasion de Sainte Mangouste. Depuis vous avez écumé le Chemin de Traverse, et en particulier ses librairies. Vous voyez, vous laissez plus de traces que vous ne le pensez.
Cela dit vous avez de la chance, les services de police sont assez... occupés en ce moment. »
Il ne l'avait certes pas attaquée, mais le fait qu'il l'ait suivie n'était pas pour rassurer Hermione...
Elle réfléchit à toute vitesse, mais ne trouva pas de meilleure idée que de l'écouter. L'attaquer en pleine rue ne ferait qu'attirer l'attention, essayer de fuir aurait le même effet.
Il fallait gagner du temps.
« Qui êtes-vous ? Comment connaissez-vous mes mouvements ?
— Je suis le Lieutenant Theodore Nott. Vous ne vous souvenez peut être pas, mais nous étions de la même année à Poudlard. J'étais à Serpentard.
Maintenant je travaille pour la Police magique, et j'ai été amené à lire votre dossier. J'ai fait en sorte qu'on ne vous intercepte pas, mais si vous restez seule vous ne serez pas en sécurité longtemps. Comme je l'ai dit, vous laissez beaucoup de traces, et vos actions sont prévisibles. Des librairies, sérieusement ? Quiconque vous a connu à Poudlard commencerait par chercher des livres pour vous trouver...
Je peux vous mettre en contact avec L'Ordre, nous connaissons certaines de leurs bases... Mais si vous leur parlez de moi, ils ne vous feront jamais confiance.
— Vous voulez que je ne dise rien de vous à l'Ordre ? Mais c'est moi qui n'ai aucune confiance en vous. Vous rendez un service gratuit à une née-moldue recherchée ? Vous allez me faire rencontrer l'Ordre du Phénix sans aucune arrière pensée ? J'ai un peu de mal à croire ça, surtout si vous êtes bien de la Police magique...
Parlez franchement, Nott, quel est votre intérêt ?
— Oh, mais nous avons tous deux tout intérêt à travailler ensemble. La plupart des membres de l'Ordre se défieront de moi par principe. Mais vous êtes plus intelligente que cela, et je crois vous avoir prouvé ma bonne foi.
— Je jugerai de votre bonne foi quand je serai en sécurité avec l'Ordre. Mais que voulez-vous de moi, spécifiquement ? Vous n'avez pas répondu...
— Je vais jouer franc jeu. Je sais que votre mémoire a été modifiée. J'espère que l'Ordre pourra vous la rendre. Ce que je veux, ce sont les informations qui s'y trouvent. Je sais que les Effaceurs vous témoignent un grand intérêt. Je sais aussi que vous étiez une amie de Harry Potter —pour qui j'ai récemment développé un grand intérêt, et qu'ensemble vous avez cherché un moyen d'empêcher le Seigneur des Ténèbres de prendre le pouvoir. Ces deux données indiquent que vous savez des choses capitales.
— Vous pensez que je vais trahir l'Ordre ? Vous livrer des informations ? Sans leur en parler ? Vous travaillez pour le pouvoir en place. Comment pourrions-nous être alliés ? Comment pourrais-je vous faire confiance ?
— L'Ordre ! Le Ministère ! Sommes-nous si différents ? Combien d'Elfes l'Ordre compte-t-il dans ses rangs ? Combien de Gobelins ? Et ces moldus que vous prétendez défendre, combien y en a-t-il parmi vous ? Aucun. L'Ordre les méprise autant que les Mangemorts les méprisent. Mais l'Ordre a en plus l'outrecuidance de se montrer paternaliste envers eux. Les protéger malgré eux, et à leur insu.
Ne pas leur révéler notre existence, n'est-ce pas les mépriser en supposant qu'ils ne peuvent pas supporter cette révélation ?
Ne pas les associer à leur propre défense, n'est-ce pas les considérer comme des moins que rien, des faibles à protéger, et par là même reconnaître la supériorité des sorciers ?
Pourtant vous niez cette supériorité, tellement évidente que même vous en tenez compte dans vos rapport aux moldus.
Comment pourrions-nous être alliés ? Mais l'école est finie depuis longtemps. Nous ne sommes plus à Poudlard ! Il ne s'agit plus de la guéguerre Serpentard contre Gryffondor ! Une véritable guerre se prépare. Si elle éclate, elle sera mondiale, et nous ne pourrons bientôt plus rien faire pour l'empêcher. Une guerre d'une telle ampleur sera désastreuse pour le monde. Et pas seulement celui des moldus, nous serons fatalement affectés, tous ! Des millions de morts sont à attendre, et les conséquences ne s'effaceront jamais ! A côté de ça, les deux dernières Guerres des Sorciers ressembleront à des escarmouches sans importance.
Les "résistants" et les Mangemorts continuent leurs petits affrontements, pendant que le Seigneur des Ténèbres s'apprête à tous nous jeter dans un conflit mondial !
Nous avons des désaccords, certains sont d'importance. Mais si nous ne les surmontons pas, nous serons tous anéantis par cette guerre.»
Hermione resta sans voix un instant. Jusque là, Nott avait paru très calme, totalement sous contrôle.
Mais elle avait décelé de la passion dans sa voix, dans sa tirade sur la guerre. Soit il était très bon acteur, soit il était sincère.
Elle avait du mal à croire que ses motivations soient aussi "pures", mais après tout il n'avait peut-être rien à gagner et tout à perdre si le conflit éclatait.
Et s'il lui permettait d'entrer en contact avec l'Ordre... Rien ne l'obligerait ensuite à dire quoi que ce soit à Nott. Elle n'avait aucune confiance en lui, mais elle était dans une situation désespérée. S'il y avait un petit espoir qu'il tienne parole et qu'elle retrouve l'Ordre, le jeu pouvait en valoir la chandelle...
Sans compter que quelles que soient ses réelles motivations, s'il avait raison et qu'une guerre approchait, l'Ordre seul ne pourrait rien... Personne ne serait à l'abri, pas même ses parents...
Elle avait vraiment besoin de se poser et réfléchir.
« Mais comment suis-je sensée vous aider à empêcher une guerre ? C'est Vous-Savez-Qui qui est au pouvoir, pas l'Ordre du Phénix !
— Nous voilà au point intéressant. C'est là que nos intérêts convergent.
Le Seigneur des Ténèbres n'abandonnera pas son projet de guerre, et personne ne peut le renverser.
L'armée lui est fidèle, les Détraqueurs et les Géants lui sont soumis.
Nous n'avons pas le choix. Pour empêcher le désastre de la guerre, nous devons le tuer. »
