DISCLAIMER: DN ne nous appartient pas, etc !


Jour neuvième.

Un oiseau chantait sur une branche, sautillant, rempli de joie et d'allégresse en cette douce matinée de printemps. Il chantait une agréable mélodie qui semblait envelopper le bâtiment voisin d'une aura de calme et de passivité. Le monde avait presque l'air beau.

L'oiseau décida de changer de branche, et sans regarder où il mettait les pattes, sauta dans le vide et se cassa le bec en bas.

Il y a, et il y aura toujours des enfants insupportables, comme Mello qui ricanait sous les épaisses feuilles de l'arbre.

"Un piaf de moins ! Ça t'apprendra à me réveiller !

-Mello, je crois que t'as un peu abusé, sur ce coup là... dit son ami qui se tenait à côté de lui d'une voix monocorde.

-Nan. J'ai bien fait. Ces piafs se croient utiles à l'humanité même ils n'ont pas plus de cervelle que Near."

La mauvaise foi de Mello n'avait absolument aucune limite. Il était sept heures du matin, et déjà, il avait fait une "mauvaise action". Marie-Hélène avait beau le sermonner au sujet de la protection des petits oiseaux mignons, ça ne semblait pas l'émouvoir plus que ça.

"Ahhh. J'ai encore sommeil, Matt, mais j'ai la flemme de me recoucher..."

Il avait tout l'air de chercher une idée géniale qui ne venait pas. C'est à dire qu'il avait l'air à la fois énervé et plongé dans une réflexion intense.

Que faire pour gâcher la journée ?

"Mello, tu voudrais pas plutôt te recoucher... c'est pas passionnant les petits oiseaux dehors.."

Matt n'osait surtout pas avouer que sa game boy lui manquait affreusement, de peur que Mello la rejette par la fenêtre pour avoir l'audace d'intéresser son ami plus que lui. Il était un peu égocentrique parfois.

"Matt, on va pas rester ici à rien faire.
-Bah tu ne sembles pas avoir d'idée.
-Ca va venir, attend que mon cerveau de génie trouve.
-On a tout le temps, alors.
-..."

Mello n'avait pas répondu à la dernière réplique de Matt pour la bonne raison qu'il ne l'avait pas entendue. Il avait tendance à ne pas faire attention aux sarcasmes incessants de son ami roux. C'était un peu comme sa ponctuation personnelle. ("Oh Marie-Hélène, que votre voix est douce aujourd'hui.." ou encore "Oh, Mr Roger, toujours aussi perspicace!" Matt était un enfant insolent, mais les adultes avaient du mal à s'en rendre compte).

Le garçon roux prit peur lorsqu'il entrevut la lueur démoniaque dans les yeux de son ami. Il avait rarement peur de ce genre de lueur, mais aujourd'hui, il avait l'impression d'être face au Diable en personne.

"Matt, tu es mon ami, hein ?
-..heu, ouais.
-Je peux compter sur toi en TOUTE circonstances... continua Mello, d'une voix sucrée qui en disait long.
-Sans problème...
-Alors viens, je t'explique."

Near ne dormait plus depuis deux heures. Il se réveillait toujours tôt, non pas par soucis d'être le premier arrivé au petit-déjeuner, mais plutôt parce que dormir n'était pas une activité des plus productive. Son sub-conscient le forçait ainsi à se lever à cinq heures du matin chaque jour.

Présentement, il se tenait assis sur la moquette de sa chambre et jouait pensivement avec un de ses nombreux jouets. Ce à quoi il pensait restera à jamais un mystère aux yeux de l'humanité, mais il avait l'air assez pensif.

Le jeune garçon avait un mauvais pressentiment, et il n'était pas du genre à faire attention à ce genre de futilité.

"Near, mon petit chou ! Tu es réveilléééé ?" appela sa surveillante attitrée de derrière la porte.

Il se leva et alla lui ouvrir.

"Oh, toujours aussi lève-tôt ! s'exclama-t-elle avec un grand sourire, Désolée de te déranger, mais tu sais qu'aujourd'hui Roger a prévu une sortie en ville !"

Le petit albinos acquiesça. Il ne comptait pas y aller.

"Je sais que tu as dit que tu ne voulais pas y aller, mais je venais m'en assurer. Tu es sûr ?" lui demanda-t-elle de sa voix couinante.

Il en était sûr. Il n'avait aucune envie de sortir.

"Parce que...si tu n'y vas pas tu devras rester avec Mello et Matt." conclut-elle, l'air un peu inquiet.
-Ils n'y vont pas ?
-Ils ont subitement décidés de rester là...va savoir pourquoi.

-Alors ?"

C'était une des rares fois de sa vie qu'il hésitait. La vie lui offrait là un cruel dilemme. Rester avec Mello et Matt qui ne lui laisseraient sans doute pas une seconde de répit, ou alors aller en ville...une idée qui le faisait frissonner d'avance.

"Je vais aller avec vous."

Marie-Hélène eut un sourire gêné.

"Mais Near..."

Elle n'insista pas plus. Near eut alors l'intime conviction que la jeune femme allait supplier Roger toute la matinée pour qu'elle puisse rester ici et ainsi le convaincre de rester au chaud avec elle. Et sans Mello et Matt.

Il retourna jouer avec un de ses robots lorsque la surveillante eut claqué la porte.

Roger préparait toutes ses petites affaires bien calmement tout en songeant aux magasins qu'il allait faire en ville. Un peu de shopping ne faisait de mal à personne. Et puis après tout il avait encore la "forme" pour son âge. (il avait lu ça dans un un magasine pour personnes d'un "certain âge").

Le vieil homme posa son sac à dos sur une chaise de bois, non loin de l'immense fenêtre de son bureau. (il en était très fier, d'ailleurs. Il était persuadé que même Quillsh en était jaloux.) et s'apprêta à ouvrir la porte quand celle-ci lui éclata soudainement le nez.

"MAIS QU'EST-CE QUE ?" hurla-t-il en se tenant le visage.

Quelqu'un venait d'ouvrir brutalement la porte et s'excusait dans un débit de paroles incroyablement rapide.

"ExcusezmoimonsieurRoger !" couina la surveillante maladroite.

L'homme fut pris d'un étonnement immense lorsqu'il s'aperçut qu'il ne s'agissait pas de Marie-Hélène mais d'une des nouvelles recrues.

"Ce n'est pas grave, dit-il en essayant d'avoir l'air effrayant, dites-moi tout."

Elle se gratta le cou et hésita un instant avant de balbutier:

"Mello...il a laissé un mot dans la sa-salle des sur-sur-surveillants..."

Roger ne voyait pas en quoi cela méritait une telle panique. En vérité, il n'osait pas imaginer la dernière bêtise de Mello. Il n'en faisait qu'à sa tête, et l'expédition en forêt de l'avait pas beaucoup calmé. Il suffisait que L et Watari soient dans les parages pour qu'il baisse la tête, cela dit.

"Montrez moi cela, mademoiselle." ordonna-t-il sur un ton qui se voulait autoritaire.

"Mello ? Mello ?"

Mello, il n'avait aucune envie de répondre. Le jeune garçon était extrêmement concentré. Certes, Matt avait eu une bonne idée; écrire un message à Roger pour lui annoncer leur fugue était génial. Tout le monde s'inquiéterait, et peut être même que les pompiers devraient se déplacer, qu'une alerte enlèvement serait décrétée dans le monde entier, que son nom figurait sur tous les magasines pour mémères et qu'il deviendrait si célèbre que même Near en baverait de jalousie. Ouiiii. Heheh, son plan fonctionnerait à merveille.

Mais pour l'instant, il était concentré sur une gigantesque moto noire et brillante. Et il tentait tant bien que mal de la faire fonctionner.

"Mello ? Melloooooooo ?
-KWAAH ? répondit le blond, déjà hors de lui.
-T'as oublié la clef.
-...Merci Matt."

Mello avait tendance à ne pas s'embarrasser des détails. Matt se fit la réflexion qu'un jour cette sale manie le perdrait. Enfin bon, carpe diem, comme disait si bien Roger lorsque qu'il avait envie de pratiquer un peu la philosophie.

L'engin émit rapidement un bruit des plus satisfaisant pour les deux jeunes garçons. Ils étaient plutôt informés sur la façon dont fonctionnait ce genre de véhicule, informés à grands coups de films d'actions pour ados désœuvrés, de photos, de publicité diverses, et surtout de vraies expériences. (Ils avaient déjà substituée une moto à moitié en ruines, un jour, et ils s'étaient juré de ne plus jamais recommencer...pour une semaine. Cela restait néanmoins une expérience traumatisante pour Mello qui n'osait pas en reparler; le regard de Watari ce jour-là...il en frissonnait encore.)

Ils s'installèrent sur l'engin, Mello à l'avant. Prendre les commandes, il adorait ça. Il jubila en se disant que jamais de la vie, Near ne pourrait faire une chose pareille.

"C'est partiiiiiiiii !" cria-t-il alors qu'ils démarraient en trombe vers l'inconnu.

"Roger,

On s'en va. Pour toujours.

Et ne le dit pas à L, sinon tu auras des ennuis ! Par contre, tu peux prévenir les pompiers et les médias.

Dis à Near que... je sais pas, dis lui quelque chose de méchant.

Adieu vieille carne,

Mello et Matt, tes deux meilleurs élèves."

Roger était épuisé. A bout de nerfs. Ce petit bout de papier ayant terminé de l'achever pour la journée. Tout allait mal; les caisses de l'orphelinat, le ménage, les surveillants et même le gros chêne là dehors, menaçait de s'effondrer.

Mais le pire était arrivé. Mello et Matt avaient fugué, chose qui ne l'étonnait que moyennement mais qui avait toujours représenté une de ses pires craintes.

"Que vais-je faire, cette fois ci ?" murmurait-il tout seul en s'adressant à l'immense portait de Quillsh Wammy.

Il était désespéré. En plus, il venait de s'apercevoir avec une horreur immense que tous étaient partis en ville sans son autorisation. Ca c'était encore un coup de Marie-Hélène. Il la soupçonnait de vouloir prendre sa place, ces derniers temps.

Comble du désastre, Near était avec elle, en ville. Cela laissait présager une autre catastrophe, à coup sûr. Et le jeune génie n'était même pas là pour sauver la situation. Horreur, horreur, horreur.

"Heureusement que ce n'est pas le jour de visite de L..." dit le vieil homme en se prenant la tête dans les mains.

La journée avait pourtant si bien commencée...

Il décrocha le téléphone soudainement. Il venait d'avoir une idée fantastiquement géniale, selon ses propres critères.

"Near, reste bien avec moi, d'accord ?"

Marie-Hélène était prévoyante. Elle en était très fière d'ailleurs, lorsque on lui demandait: "Alors ma petite Marie-Hélène, quelle est ta première qualité ?", elle répondait non sans vanité: "Oh, mais ma prévoyance bien sûr !". Et intérieurement, elle pensait à ce petit bout de chou blanc qui en avait bien besoin.

Elle avait tout prévu, de A jusqu'à Z: les trois bouteilles d'eau très fraiche, la crème solaire, les lunettes de soleil, et surtout, le plus important, l'ombrelle. Qu'elle portait elle-même, bien sûr.

Elle avait confié les autres gamins au reste de la petite troupe de surveillants et s'était octroyé le droit de garder Near. De toute façon, malgré ses airs couinards, c'était elle qui s'en occupait le mieux. Ils avaient déjà visité trois magasins de jouets très bien garnis et elle était obligée d'avouer que le petit génie n'était pas difficile sur ce point là. Il pointait du doigt à peu près tout ce qu'il voyait, et si le budget de l'orphelinat n'était pas si réduit en ce moment, elle aurait tout pris.

"Oh regarde comme c'est beau !" s'extasia-t-elle en voyant un canard en plastique dans une vitrine.

Near, malgré ses apparences indifférentes, sembla légèrement intéressé. Il fallait avouer que ce canard en plastique était drôlement mignon. En plus, il était téléguidé. Et tout jaune.

Marie-Hélène poussa délicatement la porte de la boutique, en prenant bien soin de ne pas lâcher Near. En prenant bien soin de ne pas...

"Near ?!" s'exclama-t-elle terorrisée. Sa petite main ne serrait plus la sienne.

"Joli coup, Matt.
-Tu peux compter sur moi, Mello."

Mello était fier de lui. Il avait l'impression d'être un vrai gangster. Et puis, il fallait l'admettre, son plan était génial et s'était déroulé à merveille. Bon, ça restait de l'improvisation pure et simple, et avec un peu plus de préparation, il aurait sans doute fait encore mieux, mais même les génies ont des limites ! se concéda-t-il à lui-même.

Matt semblait plutôt amusé, lui aussi. Ce n'était pas tous les jours qu'il avait droit à ce genre de sensations. Lui qui se plaignait toujours que la vie à la Wammy's était "vraiment trop répétitive et ennuyeuse.", c'était son cadeau de Noël en avance.

"On en fait quoi ?" murmura ce dernier.

Ils s'étaient arrêtés dans une ruelle pourtant bien éclairée, en plein centre-ville. Les deux fugueurs avaient bien pris soin de cacher la moto dans un coin et ils s'affairaient autour d'un sac depuis quelques secondes.

Le plan de Mello avait été improvisé en deux secondes et demi, et c'était la principale raison de sa fierté quant à sa réussite. En effet, le pourcentage de chances qu'il fonctionne était assez limité, selon les estimations de Matt.

Il n'avait pas pu résister. Ils étaient tous deux comme des rois sur leur moto, libres comme le vent, ils prenaient la direction de la Russie (Matt avait regardé la direction sur une carte, par contre, ils n'avaient pas envisagé de moyen pour prendre le bateau clandestinement, mais ils avaient décidé de mettre ce problème de côté et de s'entrainer à la natation.), quand ils aperçurent la chevelure bouclée de Marie-Hélène, sur le trottoir de droite. L'occasion était trop belle. Pendant que cette dernière s'extasiait devant un canard en plastique (Matt remarquait vraiment tous les détails.), ils avaient capturés la plus belle proie qui soit.

Mello songeait déjà aux alertes enlèvements et sa célébrité à venir, les yeux dans le vague.

"Comment ça, on en fait quoi ? Ben, il nous faut un...
-Appareil photo, je sais.
-Bien, Matt. J'espère que tu as le matériel.
-Oui Mello, répondit le roux en opinant de la tête, j'ai le matériel, toujours, mais..."

Mello avait déjà changé de sujet.

"Alors Near, ça fait quoi d'être capturé ?" disait il en s'adressant au sac.

Matt soupira.

"Tu devrais peut être le sortir du sac..."

Regard outré du "chef"

"...si tu veux voir son expression horrifiée !" ajouta rapidement son ami.

L'idée sembla plaire à Mello le mégalo qui ôta le sac en papier (Matt avait de tout dans son sac à dos) du visage de son rival. Ce dernier n'avait pas l'air plus effrayé que ça, ni vraiment à l'aise non plus. Disons qu'il ressemblait à un petit chat à qui on a confisqué sa pelote de laine. Pas très contrarié, en somme.

"Tu as intérêt à montrer ta peur, il faut que les photos soient angoissantes !" le prévint Mello en toute simplicité. "Bien sûr, tu es un otage, donc tu ne mourra pas tout de suite." ajouta-t-il comme s'il récitait une équation élémentaire.

Matt se demanda s'il était sérieux ou pas, finalement. Il n'avait pas envie d'avoir la mort du petit chouchou sur les bras, tout de même. Il imaginait déjà qu'on lui confisquait sa game boy et frissonnait de peur.

"Qu'est-ce que t'as Matt ? Parkinson avant l'heure ?"

Il se ressaisit. Non, Mello était mégalo, égocentrique, parfois égoïste, pénible, colérique, susceptible, un peu sadique...mais il avait des limites.

"Treeeemble devant ma puissance, Near !" psalmodia-t-il en tourniconant autour de son rival.

Matt s'inquiétait un peu quand même. Il commençait à sérieusement déconner.

"Je vais chercher le matériel Mello
-Fais vite, esclave.
-Oui, maitre." répondit Matt du tac au tac d'un ton autrement plus sarcastique que tout au monde.

"Rogerrogerogerrogerroger !" criait Marie-Hélène avant de se cogner brutalement contre un poteau.

Elle paniquait plus que lors de son premier entretien d'embauche. Et Roger ne lui était pas d'une aide formidable, à vrai dire. Tout ce qu'il faisait, c'était hurler des suites de mots incompréhensible dans son téléphone portable (Que Marie-Hélène soupçonnait d'être une antiquité achetée dans un marché aux puces).

"Écoutez moi Roger ! lui ordonna-t-elle soudainement
-Oui ?
-Je vais les chercher-surtout mon petit Near-, vous prenez bien soin de ne PAS diffuser d'alerte, d'accord ?
-Eh bien... hésita le vieil homme, rougissant comme un enfant pris en flagrant délit de bêtise.
-Quoi ?
-C'est que...je..je l'ai déjà fait. avoua-t-il sur le ton de la confession.
-QUOIIIIIIIIIIII ?"

Roger était un vieux monsieur plutôt sympathique et assez intelligent pour gérer un orphlinat de petits surdoués, mais il restait un peu empoté tout de même. Marie-Hélène se massa les tempes pour la deuxième fois de sa vie.

"Mais Roger, il ne faut pas dire leurs vrais noms !" s'exclama-t-elle, se demandant si il ne perdait pas la raison.

Il hésita un moment au téléphone avant de répondre.

"J'ai demandé à Linda de les dessiner, ainsi, leur photo n'est pas diffusée...et je n'ai donné que leurs initiales."

Marie-Hélène resta un moment muette.

"Roger, vous êtes quelqu'un de vraiment étrange parfois. Sur ce, j'y vais...et ne prévenez pas L !
-...c'est fait."

La jeune femme étouffa un soupir de rage. Et dire qu'on la traitait de greluche ! Elle se demanda si elle ne devrait pas prendre la place de Roger... mais chassa rapidement ces idées mégalomanes de son esprit.

L'heure était au sauvetage !

"Qu'est-ce que Matt fiche, bon sang..." grognait Mello en grignotant des Monster Munch.

Near s'ennuyait fortement. En fait, il avait trouvé une parade à la peur, il avait décidé de jouer, avant de réaliser bien vite que Mello lui avait tout confisqué. Ou peut être que c'était Matt, mais il avait des doutes.

Et d'ailleurs, pourquoi ne revenait-il pas ?

"Mello ?
-KWA ? répondit le blond d'une voix se rapprochant d'un grognement de troll.
-Où est-ce que vous avez trouvé cette moto ?"

Mello ne répondit pas immédiatement. Quelle était donc l'importance de... ?

"Devant la Wammy's. Ouais, nous, enfin, moi, je sais conduire une moto ! Pas comme TOI !" dit-il comme si il était tout à fait normal que deux enfants de dix ans sachent conduire un engin autre qu'un vélo.

Near resta pensif un instant.

"Tu sais elle ressemble à..." Le jeune garçon ne termina pas sa phrase. Après tout, il ne savait pas comment Mello allait réagir, il n'avait pas envie que la situation devienne pire qu'elle ne l'était déjà.

Il espéra que le roux revienne vite, rester seul avec Mello n'était jamais très agréable, ces derniers temps, mais si en plus il n'avait aucun jouets, et qu'il se retrouvait cloitré à l'extérieur...

Mello avait l'air assez contrarié. Cela pouvait s'expliquer de plusieurs manières; d'abord, Matt ne revenait pas, Near se tenait à quelques centimètres et il n'était pas en train de fondre en larmes, L n'était pas là, il était toujours deuxième, et le pire du pire, il n'avait pas de chocolats et n'avait qu'un vulgaire paquet de Monster Munch pour seul réconfort. Vraiment, son plan commençait à déraper. Il réduit le paquet en boule et le fourra dans le sac à dos de Matt, puis il se releva et soupira d'exaspération.

"Qu'est-ce qu'il fiche ce guignol ?"

Mello jeta un coup d'oeil à Near qui fixait un bout de papier, assis par terre (à son, sans doute, plus grand désespoir, mais s'adosser contre le mur n'était pas beaucoup plus propre.)

"C'est quoi ?" demanda Mello en essayant de ravaler son aggressivité naturelle.

Near lui tendit le papier sans un mot. Il avait l'air vraiment étonné, et c'était plutôt rare. Mello déplia le papier et commença à déchiffrer ce qui était noté.

"Sale- ! Matt ! Tu vas me le payer !" vociféra le blond en détruisant littéralement le petit mot.

Matt était plutôt fier de lui. Certes, il avait beaucoup perdu: une moto toute neuve, un paquet de Monster Munch et son sac à dos, mais il était tellement heureux. Il avait enfin échappé à une des nombreuses idées tordues de Mello dans lesquelles il était impliqué. Il savait qu'il aurait dû refuser dès le départ. Il soupira. Heureusement qu'il leur avait laissé ce mot. C'était vraiment une brillante idée.

Il continua à marcher en direction de la campagne. La ville n'était pas si loin, en fait.

"MATT !" hurla une voix fémininement couinarde derrière lui.

Il se retourna vivement afin d'identifier son éventuel assaillant (Matt vivait sa vie comme un jeu vidéo, vraiment.) mais il constata avec déception qu'il ne s'agissait non pas d'un orc des montagnes, mais simplement de Marie-Hélène, à bout de souffle.

"Matt ! Sale petit garne-ne-ment ! suffoca-t-elle en le rattrapant, qu'est-ce que...où est Near ? Et Mello ? Pas ensemble j'ose es-espérer ?"

Le roux esquissa un sourire un peu ironique.

"Bah, si, Marie-Hélène, ils sont ensemble.
-OU ?
-Dans une petite ruelle.
-QUOI ?
-J'vois pas c'qui a de grave..."

Ce garçon n'avait aucun sens des réalités ! La surveillante le prit par le bras.

"Montre moi.

-Ok..." soupira Matt, désespéré à l'idée d'être séparé plus longtemps de sa game boy.

"Récapitulons, Roger, si vous le voulez bien. dit L en s'impatientant un peu.
-Oui bien sûr."

Le jeune détective était assis en face de Roger, à son bureau, les deux pieds posés sur la chaise. On pouvait voir sa contrariété très nettement: il ne mangeait pas ni gâteau à la fraise ni quelconque autre sucrerie.

Watari se tenait vers la porte, les bras croisés derrière le dos. Il fixait le gros Thomas, occupé à copier des lignes dans un coin du bureau. Le pauvre enfant devait mourir de stress.

"Mello et Matt sont partis avec...
-Ma motocyclette." annonça Watari, d'un air tout à fait neutre.

Roger eut l'air pris en flagrant délit de meurtre. Il baissa la tête et balbutia:

"Hem..je...peux tout expliquer..
-Roger, nous savons qu'ils ont échappé à votre surveillance draconienne, répondit L, ce que je veux savoir, c'est par où sont-ils partis, quand et comment.
-Tout à l'heure, dans la ville, à toute vitesse. affirma Roger.
-Je vois. Alors allons-y."

Le vieil homme n'osa pas ajouter que Near était porté disparu lui aussi. Mais L était à l'antipode de la stupidité, et il s'en rendrait très vite compte.

"Mello, mon ami de toujours (enfin presque, mais bon..)

Je te laisse ici, avec Near. En fait, j'ai envie d'aller jouer et j'ai pas envie de passer à la télé dans le monde entier, tu vois.

Donc voilà,

Amuse toi bien, Mel'

Et n'oublie pas de me ramener un petit souvenir de la ville (genre un jeu vidéo, ou j'sais pas...)

A plus.

Matt.

PS: fais pas de mal à Near, sinon ça va encore énerver Marie-Hélène et on aura pas de chocolat pour le dessert...et surtout j'aurais pas mon nouveau jeu.

Bye. (pour de vrai.)

Je re signe pas parce que ça fait moche."

"MAAAAAAATTTT..." s'étranglait Mello en relisant la lettre.

Near avait été un peu étonné. Il ne savait pas que Matt avait une volonté propre, jusqu'à présent, mais au fond, il en était plutôt satisfait. Mello s'occupait ainsi d'autre chose que son "faux enlèvement" ridicule.

"Near, tu peux te lever ou t'es trop mou ?

-On s'en va pour toujours. T'imagines pas des trucs, hein. Je voulais partir avec Matt mais vu qu'il veut pas, cet idiot, ben je vais lui flanquer la honte de sa vie en le replaçant par quelqu'un comme toi. s'expliqua brièvement Mello.
-Tu n'as aucune idée de où aller, Mello.
-QUESQUETENSAIS?
-... dit Near comme simple réponse.
-ONVAALLERENRUSSIE."

Parfois, ce garçon perdait les pédales. Mais à ce point là...

"En Russie ? Mais comment ? demanda Near tout en cherchant un plan pour s'echapper le plus rapidement possible.
-Ben, en bateau, puis en train, ou j'sais pas.."

Near fit semblant de s'intéresser au problème.

"Et je suppose que tu as de l'argent.
-NAN ! rétorqua Mello comme si cela ne posait absolument aucun problème.
-Je ne compte pas voyager clandestinement jusqu'en Russie. Ni dormir sous un pont.
-JECONNAISPLEINDEGENSLABAS !"

La discussion était sans fin. Near décida à juste titre ne pas chercher à opposer de résistance physique (la solution n'était pas vraiment envisageable.). Il se leva, ne put résister à la tentation de s'épousseter et suivit Mello. Il espéra pour la première fois de sa petite vie que Marie-Hélène soit là. Ou n'importe qui d'autre, même Matt, qui puisse raisonner l'enfant dérangé qu'était Mello.

Il commença à pleuvoir quelques heures après. L se disait vaguement qu'il manquait cruellement de chances ces temps ci.

La voiture avançait très doucement dans les rues étroites de la ville. Roger conduisait, pendant que Watari et le détective étaient aux aguets.

"Arrêtez vous." ordonna L soudainement.

Il venait d'apercevoir la chevelure rousse caractéristique de cette surveillante mégalomane. La voiture se gara au bord du trottoir. Roger en sortit. (Watari aussi, il est habitué au temps pluvieux de l'Angleterre.)

"Marie-Hélène ! Vous les avez retrouvés !
-Non. Juste Matt. répondit-elle, dépitée."

Roger lui chuchota dans l'oreille, certain que Watari et L ne l'entendraient pas:

"Et Near alors ?
-Je saiiis paaas... gémit la surveillante, j'espère qu'il ne s'est pas fait kidnapper...
-Allons allons !" dit Roger dans une vaine tentative de consolation.

Bien évidemment, L et Watari les avaient tous deux entendus. Le détective se massa les tempes et réfléchit. Si Mello était avec Near... Il y avait plusieurs scénarios possibles: Soit Mello avait tué Near, soit il l'avait perdu dans un coin, soit il le trainait avec lui...quelque part. Connaissant le potentiel "drama queen" de Mello, L, se figura un scénario tout à fait plausible.

"Matt ? interrogea soudainement L en se tournant vers le jeune garçon, Mello t'as-t-il parlé de voyage ? Ou de célébrité ? Tu sais bien, d'un mélo drame...
-Ouais. répondit simplement Matt.
-Pourrais-tu développer, s'il te plait ? demanda L. (il avait un peu de mal à s'entendre avec Matt, parfois.)
-Il m'a dit qu'il voulait partir en Russie."

L soupira. Mello était quelqu'un d'extrêmement prévisible.

"Il pleut."

Near avait constaté ça d'une voix totalement monocorde qui avait tendance à rendre Mello furieux. Bien heureusement, ce dernier était bien trop concentré à tirer son "otage" par la manche qu'il en oubliait ce qu'il pouvait bien raconter.

Ils avaient éviter tous les coins les plus louches. Mello tenait à arriver en Russie entier.

"Mother Russia, me voilà !" murmura-t-il à lui même lorsqu'il aperçut la gare.

Il leur suffirait de prendre l'eurostar...il en avait entendu parler. Et puis après ils verraient. Rien de tel qu'une bonne improvisati...

"Mello, la gare est fermée."

Le blond lâcha prestement la longue manche blanche de Near avant de s'écrouler par terre. Pourquoi est-ce que ses plans se terminaient toujours comme ça ?!

"Mello...
-Laisse moi ! sanglota-t-il tout en injuriant diverses choses de son entourage.
-Tu pourras toujours aller en Russie plus tard."

Il releva la tête.

"Naaan. J'avais envie d'y aller maintenant. Quand je serais L, j'aurais plus le temps..."

Grand silence.

"Parce que JE serais L. Je sais que tu nous méprises tous, mais tu ne pourras pas remplacer L..."

Near étouffa un soupir qui aurait pu être réellement très mal interprété par Mello. Il s'assit à son tour sur les marches de la gare. Il était rassuré de constater qu'elles étaient couvertes, et donc, à l'abri de la pluie.

"Tu sais, L voyage beaucoup." Near marqua une pause. "Peut être qu'il acceptera de t'emmener avec lui , un jour."

Il aurait juré avoir vu Mello sourire, pendant un instant.

Une heure plus tard, une voiture noire et brillante s'arrêtait devant l'immense gare. Une heure, parce que Marie-Hélène avait tenu à prendre les commandes de la voiture et qu'elle était dôté d'un sens de l'orientation discutable. Et L n'avait pas pu les aider, étant lui aussi, pas le meilleur dans ce domaine. (même les génies ont des failles ! l'avait consolé Roger qui n'était pas d'une grande aide non plus.). Finalement, Watari avait, comme d'habitude, sauvé la situation.

Et il avait même donné une game boy à Matt qui jubilait de plaisir. ("Watari, vous êtes mon héroooos ! Vous êtes genre, niveau 45 quoi !")

Marie-Hélène courut en direction des marches. Elle ne put s'empêcher d'être un peu étonnée par la scène, et regretta de ne pas avoir d'appareil photo. Mello et Near qui dormaient côte à côte, c'était rare, très rare.

"Qu'ils sont mignons lorsqu'ils ferment les yeux !" s'extasia Roger, la tête en plein dans le guimauve.

Matt sourit. Il avait presque espéré que Mello réussisse à aller en Russie. Ça aurait été marrant de le chercher dans toute la Sibérie ! Un vrai jeu d'aventure...enfin bon. On peut pas tout avoir.

Watari était tout de même bien embêté. Dans toute cette histoire, il avait perdu une motocyclette.