Titre : Le froid et lui, Chapitre 10.

Disclaimer : Je me suis inspirée des différentes saisons de digimon pour créer mon histoire, aussi même si le monde a été transformé pour correspondre à mon histoire, il appartient aux créateurs de Digimon.

La neige n'avait pas totalement cessé de tomber mais le blizzard s'était apaisé. Alors que la veille on n'y voyait pas à plus de quelques mètres par la sortie de la caverne on pouvait maintenant apercevoir toute une chaine de montagnes escarpées. J'étais heureux que le vent soit tombé, sa morsure glacée m'avait fait grelotter toute la nuit. Impmon se tenait en retrait, il semblait aussi peu rassuré que moi à l'idée de traverser l'étendue de glace qui s'étendait à perte de vue entre les sommets enneigés. Lorianne en revanche avait l'air parée pour le voyage, Jawmon se tenait à ses côtés silencieux. Tout comme chacun d'entre nous elle s'était enroulée dans une couverture pour se protéger du froid.

-On y va ?

La voix de Lorianne trahissait une certaine impatience, elle pensait toujours que Jack pouvait se trouver quelque part devant nous. Moi je pensais que Crookmon avait dit vrai. Jack n'était plus ici, il avait réussi à rentrer chez lui d'une manière ou d'une autre.

-On devrait y aller avant qu'une nouvelle tempête commence.

J'ai hoché la tête fébrilement, je craignais le froid. Nous étions encore protégés par les parois de la caverne et pourtant mes doigts commençaient à s'engourdir. Lorianne s'est élancée dans la neige sans attendre plus et je l'ai suivie d'un pas trainant.

Nous avions marché jusqu'à la fin de la chaine de montagne, peut être trois ou quatre heures de marche. Mes mains étaient gelées et mes lèvres tremblaient, mis à part la caverne dont nous étions sortis il n'y avait rien pour s'abriter le long de ces montagnes et la suite semblait pire encore. Il n'y avait plus rien à l'horizon. Juste de la neige, une infinité de blanc sans aucune imperfection.

-Qu'est ce qu'on fait Lorianne ? Si on se perd ici on n'aura aucun point de repère pour retourner en arrière.

Elle a pincé ses lèvres en réfléchissant, elle aussi devait être gelée, elle avait le teint plus pâle que d'habitude. Mon regard s'est arrêté sur les gerçures de ses lèvres, il fallait qu'on trouve un abri et de quoi se réchauffer. Ici ma tente ne servirait à rien, nous gèlerions sur place en nous entassant à l'intérieur, ses parois ne nous protégeraient pas suffisamment du froid.

-Il doit y avoir un passage vers une autre zone, il faut qu'on continue. On ne peut pas retourner en arrière.

Elle ne me paraissait pas aussi assurée qu'elle voulait le faire croire. Elle a rajouté une phrase d'une voix emprunte à la fois d'espoir et d'incertitude.

-Il y a forcément quelque chose.

-Et s'il n'y a rien ? Je ne veux pas mourir de froid ici !

Je me suis tourné vers Impmon surpris par la force de sa voix.

-On vient d'un cul de sac entre les montagnes Impmon, elle n'a pas tord, il doit y avoir quelque chose plus loin.

Je l'espérais sincèrement moi aussi.

Nous avons décidé à l'unanimité de continuer tout droit. Mon corps était lourd, mes mains peinaient à maintenir la couverture contre moi, j'avais l'impression qu'elle pesait des tonnes. Blanc. Tout était blanc, ça me rendait fou. Je n'avais pas cette impression quand je parcourais le désert, les étendues de sable m'étaient familières. Je me suis retourné, nos traces de pas allaient sans doute bientôt disparaitre, la neige commençait à tomber de plus en plus drue. Il n'était plus question ni de s'arrêter ni même de faire demi-tour. Lorianne observait régulièrement son digivice dans l'espoir de voir un point apparaitre mais rien n'était dissimulé dans cette immensité blanche. Personne ne parlait, j'étais persuadé que toute la chaleur de mon corps finirait par s'échapper de ma bouche si je l'entrouvrais. Crookmon s'est soudainement immobilisé.

-On nous observe.

Il avait fait cette constatation d'une voix calme pourtant je me sentais angoissé. J'ai regardé autour de nous, rien n'avait changé. Je me suis penché vers Crookmon.

-Qu'est ce que tu as vu ?

-Je sens qu'il y a des digimons autour de nous.

-Mais il n'y a rien.

J'ai vu son regard se braquer sur le sol une seconde avant qu'il explose sous nos pieds. J'ai poussé un hurlement de terreur, quelque chose d'énorme venait de sortir de la glace et d'empaler la couverture dans laquelle je m'étais enroulé la projetant en l'air alors que le froid s'abattait sur moi plus saisissant que jamais. J'ai senti une main m'attraper par l'épaule pour me tirer en arrière, des digimons à l'allure de poissons sortaient du trou ouvert par un énorme morse à la fourrure blanche épaisse doté d'une corne plus qu'impressionnante. Lorianne s'est placée devant moi sur la défensive, je sentais déjà mes lèvres bleuir. La voix du morse s'est élevée menaçante et impérieuse.

-Qui êtes-vous ? Que venez-vous faire ici ?

Je fixais ma couverture au loin, mes dents s'étaient mises à claquer bruyamment.

-Nous ne comptons pas rester, nous cherchons un passage vers la prochaine zone.

Elle n'avait pas dit que nous étions des humains, c'était sans doute mieux.

-Vous pouvez passer d'une zone à l'autre librement ?

Son ton était devenu intéressé. Je ne sentais plus mes mains agrippées à mes bras.

-Oui nous pouvons.

-Vous êtes des humains, n'est ce pas ? J'en ai vu une comme vous un jour, elle a tué beaucoup des nôtres.

Son ton était devenu froid comme la neige. Des points noirs dansaient devant mes yeux.

-Ce que l'humaine a commis d'autres devront le réparer. Elle a aussi emmené beaucoup des nôtres, mais nous ne pouvons pas aller les chercher. Il nous est impossible d'ouvrir les passages.

-Vous savez où est le prochain passage ?

L'espoir dans la voix de Lorianne.

-Il y en a plusieurs qui partent de cette zone.

Les voix sont devenues lointaines, je ne sentais plus mes membres, à vrai dire je ne me sentais même plus trembler. Le monde est devenu noir. J'ai ouvert les yeux dans mon lit, je devais avoir sept ou huit ans. Des cris dans le salon, la voix d'une femme, non, la voix de ma mère. Le son de sa voix ne sonne plus très juste, j'ai du l'oublier au fil du temps. Elle crie qu'elle veut vivre sa vie, qu'elle en a assez de s'occuper de la maison, de s'occuper de moi. Je le savais déjà, il n'y a que mon père qui n'avait pas encore compris, il s'accroche, il ne sait pas que c'est déjà terminé. J'entends des portes qui claquent, le bruit d'une valise qui traine sur le sol plus qu'elle ne roule. Mon père hurle à ma mère de revenir, finit par l'insulter par ce qu'elle ne lui répond pas. Je me lève de mon lit pour aller jusqu'à la fenêtre, une femme sans visage entre dans la voiture d'un autre. J'entends mon père qui pleure, qui se lamente. Il ne comprend vraiment pas. Moi je ne pleure pas, je sais qu'elle ne m'aime pas, qu'elle sera plus heureuse sans enfant, elle me l'a déjà expliqué plusieurs fois. Mon père finit par arriver dans ma chambre, il est fou de rage, il ne m'a jamais frappé et pourtant j'ai peur, quelque chose dans son regard me pétrifie. Il ne supporte pas de me voir si impassible, mon père ne comprend pas, il ne me comprend pas non plus, il ne comprend pas que j'ai compris depuis longtemps et que je n'arrive plus à pleurer. Je ne dis rien, je ne bouge pas alors qu'il hurle des paroles qui n'ont pas encore de sens pour moi. Plus tard je comprendrais ces mots, inhumain, cœur de pierre, indigne, pour le moment je comprends seulement l'émotion qui en émane et ça me fait mal. Quand la première gifle emporte ma tête sur le côté, à ce moment là, je ne comprends plus.

J'ouvre brusquement les yeux, mon souffle est rapide, trop rapide, j'ai l'impression de suffoquer. J'essaye de m'agripper à quelque chose quand quelqu'un couine de douleur.

-Hé ! Ne serre pas aussi fort tu me fais mal.

Je découvre le visage de Lorianne à côté de moi, elle est accroupie à côté du lit dans lequel je me trouve, sa main dans la mienne. C'est quand l'information arrive jusqu'à mon cerveau que je la lâche brusquement. Les idées mettent du temps à se remettre en place quand je fais ce genre de rêve, j'aimerais être seul.

-Tu t'es évanoui pendant qu'on parlait avec Ikkakumon, ça fait des heures que tu dors.

Elle a marqué une hésitation avant de continuer. Je devinais qu'Ikkakumon devait être le grand morse blanc.

-Tu fais des cauchemars ? J'ai essayé de te réveiller mais tu ne réagissais pas. Tu t'es mis à respirer vraiment fort. C'est ton asthme ?

Mon asthme ? Je me suis vaguement souvenu de ma crise de panique et du mensonge que j'avais donné pour me couvrir.

-C'est rien, j'ai le sommeil un peu agité mais rien de grave. L'asthme c'est pas un problème, c'est plus impressionnant qu'autre chose.

Elle a froncé les sourcils.

-L'asthme c'est pas une maladie à prendre à la légère, surtout si tu n'as plus de traitement depuis six mois.

-C'est pas de l'asthme grave je t'assure.

Son air me laissait entendre que je n'avais pas su la convaincre, j'étais en train de m'enfoncer dans mon mensonge.

-Tu n'avais pas une boite de dépakine avec toi ?

Je ne connaissais pas le nom du traitement des asthmatiques, mais je me suis empressé de répondre par la négative. Sa réaction a été immédiate, elle m'a regardé froidement le visage fermé.

-Tu te moques de moi ? La dépakine c'est pour les épileptiques.

Je suis resté muet.

-Qu'est ce que tu as exactement ?

Je n'avais pas envie de lui dire, d'avouer mes faiblesses devant quelqu'un d'autre. Il n'y avait que Sunflowmon à qui je m'étais entièrement confié, même Impmon ne savait pas tout. Je me suis muré encore plus profondément dans le silence.

-Très bien, j'imagine que ça t'appartient mais à l'avenir évites de mentir si tu ne veux pas répondre.

Elle s'est redressée avant de commencer à s'éloigner, elle allait partir, encore une fois j'avais été nul. Il fallait que je dise quelque chose mais je n'avais rien en tête et elle est sortie de la pièce. J'ai soupiré longuement.

J'ai observé les alentours de mon lit, je devais être dans une sorte d'igloo, les murs étaient fait en briques de glace opaque. En y regardant de plus près même mon lit semblait sculpté dans la glace, j'étais installé sur un empilement impressionnant de couvertures.

-Louis !

J'ai relevé la tête un grand sourire aux lèvres en entendant la voix d'Impmon qui se précipitait à mon chevet.

-Je suis content de te voir Impmon. Tu peux m'expliquer un peu ce qu'il s'est passé ? Je me sens perdu ici.

-Lorianne a passé un accord avec l'autre gros plein de soupe.

-Un accord ?

-Dès que la tempête de neige qui a commencé s'arrêtera elle ira dans une autre zone pour récupérer les digimons qui ont été capturé. Elle reviendra avec eux et Ikkakumon nous expliquera où est le passage pour ce qu'il appelle la « zone centrale ».

-Elle veut y aller seule ?

-Ikkakumon a proposé de nous faire escorter par un gros lion blanc, rien qu'à le regarder on voit que c'est un balaise. J'ai dis que j'attendrais que tu te réveilles pour savoir si je venais ou pas.

J'ai souris, Impmon resterait toujours l'ami le plus fidèle qu'il m'ait jamais été donné d'avoir. Il était évident que nous allions accompagner Lorianne, Impmon devait déjà l'avoir deviné rien qu'en me regardant.

Je me suis levé, testant la solidité des mes jambes à me porter. Ma démarche n'était pas très droite mais ça suffirait le temps d'explorer, mes muscles finiraient par me pardonner le froid. Un grand couloir de glace parsemé d'entrées de tailles diverses donnait l'impression qu'on l'avait taillé sans rien mesurer. Toutes les pièces ne se ressemblaient pas, elles étaient de grandeurs et de formes différentes, cet édifice ressemblait au travail d'un architecte fou. Impmon se déplaçait sans hésitations, il m'a emmené jusqu'à un grand hall bâti dans une glace translucide. La pièce était très haute de plafond, bien alignés de nombreux bancs étaient tous tournés vers une estrade vide. La configuration de la pièce me faisait penser à une chapelle, on aurait pu facilement imaginer une foule de croyants installés sur les bancs écoutant les sermons d'un prêtre. Lorianne était assise sur l'un des bancs en grande conversation avec Jawmon, Crookmon se contentait d'écouter. Il semblait s'effacer de plus en plus depuis la disparition de Jack.

Je me suis installé à côté d'eux mais Lorianne a subitement arrêté de parler avant de me lancer un regard noir, sans doute cette histoire d'asthme qui lui revenait en tête.

-Je t'accompagnerais pour aller libérer les digimons.

-Pas besoin, je peux m'en sortir seule.

Son ton avait quelque chose de blessant.

-Je suis désolé de t'avoir menti, je ne voulais pas...

-Tu ne voulais pas mais tu l'as fais, et je t'avouerais que tu es agaçant comme garçon. Les gens qui ne parlent pas ont des choses à cacher, c'est compliqué de faire confiance à quelqu'un qui n'est pas honnête.

J'ai rentré ma tête vers mes épaules, il fallait que je prenne l'air quelque part, que je m'en aille de cette pièce. Impmon voyait rouge, il s'est placé devant Lorianne avant même que j'ai le temps de réagir.

-Pour qui tu te prends pour lui parler comme ça ?! Tu caches jamais rien toi peut être ? Depuis quand on doit tout dire à tout le monde ? On a bien le droit à son jardin secret, sa vie ça te regarde pas !

Lorianne semblait offensée, elle n'avait pas tord, je cachais bien des choses mais je ne comptais pas lui en parler.

-Viens Impmon, j'ai envie de retourner m'allonger.

Il m'a jeté un regard courroucé, il était toujours comme ça, il n'aimait pas que j'abandonne. Trop enflammé et prêt à me défendre pour lâcher l'affaire. Sans doute qu'il devait me trouver faible mais je n'aimais pas rentrer en conflit, je ne gagnais jamais.

La tempête s'est amplifiée dans la soirée, on pouvait entendre le sifflement du vent tourbillonner à l'extérieur. Je n'ai pas vu Lorianne, elle devait encore m'en vouloir, il ne se passait rien dans cet endroit glacé, c'était d'un ennui mortel. J'ai fini par me demander d'où provenait la lumière douce qui baignait la chambre, il devait être une heure suffisamment avancée pour qu'il fasse nuit noir et pourtant la clarté n'avait pas bougé depuis mon réveil. Pas de lampe, rien. Peut être que c'était le même genre de lumière que celle qui illuminait les sphères aqueuses. Le fait qu'il n'y ait aucun digimon était étrange, même le château des Bakemons paraissait plus vivant. Je me demandais combien de digimons étaient morts ici, combien ne renaitraient jamais. J'étais allongé sur mon lit quand des bruits de pas ont commencé à résonner dans le couloir, Impmon et moi nous sommes regardés incertains, les pas étaient trop lourds pour être ceux de Lorianne mais pas assez pour être ceux d'Ikkakumon. Peut être un des digimons poisson que j'avais vu sortir de la glace. Le bruit de pas s'est arrêté mais personne n'apparaissait par l'ouverture dans la glace. J'ai jeté un coup d'œil à Impmon qui a soupiré avant d'avancer discrètement vers la porte. Il a poussé un hurlement en même temps qu'un autre hurlait en écho, j'ai bondi sur mes pieds pour avoir une meilleure vue de la situation. Derrière l'alcôve qui nous servait d'entrée se trouvait un petit digimon rocailleux blanc aux grands yeux jaunes, un plateau rempli de poissons entre ses bras.

-Le poisson il est pour nous ?

Le digimon a vivement hoché la tête en posant le plateau sur le sol puis il a détalé en sens inverse disparaissant à l'angle du couloir. Impmon semblait grognon, un demi-sourire aux lèvres je l'ai observé sans rien dire.

-Quoi ?! C'est lui qui a crié je ne m'y attendais pas !

-C'est ça oui, qu'est ce que tu dirais de cuire ce poisson ?

Furibond il a tendu ses deux mains vers le plateau l'enflammant sans délicatesse.

-Evites de brûler la nourriture, quelque chose me dit qu'on ne nous en apportera pas plus ce soir.

J'ai cherché dans mon digivice quelques légumes à rajouter à notre repas constitué uniquement de protéines marines. Non pas que je n'aimais pas le poisson mais me nourrir uniquement de ça, très peu pour moi. Le repas a été plutôt silencieux, l'ambiance de ce lieu était étrange. Stockant les restes pour ne pas les laisser se perdre, je me suis endormi peu après avec l'impression étrange de n'être pas seul avec Impmon.

Le lendemain la tempête n'était toujours pas retombée, elle s'était même étrangement amplifiée. Ikkakumon nous avait convoqués dans la chapelle pour convenir avec le digimon qui serait notre guide vers le passage de la marche à suivre. Comme Impmon me l'avait décrit c'était un immense lion blanc, un Leomon des glaces. Quand Impmon était apparu, j'avais pu rencontrer l'un de mes héros favoris, voir un Leomon me laissait tout aussi admiratif. Je n'en croyais pas mes yeux.

-Cette tempête n'est pas normale, il y en a eu cinq ces dernières années, six avec celle-ci. C'est à nos yeux un mauvais présage car elles se rapprochent dans le temps. Les deux dernières ont été particulièrement proches et celle-ci semble plus terrible encore.

Ikkakumon parlait avec gravité, sa voix résonnant contre les parois de glace en l'amplifiant. Leomon s'est avancé pour prendre la parole à son tour. Il était bien droit, ses deux bras croisés dans son dos lui donnant une allure presque militaire.

-Dès que cette tempête sera terminée il faudra partir immédiatement car nous ne savons pas quand la prochaine se déclenchera et si nous sommes dehors à ce moment là nous pouvons déjà être certains que nous serons morts dans les heures qui suivront.

J'ai déglutis, il y avait une chose qui restait incertaine, si un humain mourrait dans le digimonde que devenait-il ? Comme nous n'étions pas des données de ce monde, même si le berceau existait toujours notre avenir serait incertain. Mourir dans un froid virtuel ne me semblait pas être une perspective d'avenir intéressante.

-Tenez-vous prêt à partir n'importe quand, à n'importe quel moment.

Lorianne ne semblait pas effrayée, cette aventure dans le désert semblait l'avoir changée. Je ne savais pas si c'était en bien ou en mal. Leomon, qui s'appelait en réalité IceLeomon, nous a montré une carte comportant trois croix, le passage dont nous venions, celui vers lequel on avait emmené les digimons disparus et celui vers la zone centrale. Il nous a expliqué qu'il n'avait que peu d'informations sur la zone qu'on allait devoir explorer. Il connaissait l'existence du passage uniquement par ce que le jour de la rafle il avait suivit les kidnappeurs. Nous sommes tous retournés dans nos chambres jusqu'au soir, je ne supportais plus d'entendre le vent siffler mais j'avais beau m'ensevelir sous les couettes impossible d'échapper au bruit. Impmon lui ne semblait pas dérangé le moins du monde, il dormait comme un bien heureux pour faire passer le temps. Son ronflement sonore rajoutait à la cacophonie.

J'ai décidé de marcher un peu pour me dégourdir les jambes, j'aurais tout donné pour un bon bain chaud mais la seule proposition qu'on nous avait faite pour nous laver était de plonger dans la mer gelée qui s'étendait sous la glace. C'était totalement hors de question, je ne voulais pas mourir d'une pneumonie après avoir survécu à des heures de marche sous la neige. J'ai observé les différentes pièces du couloir, des chambres, des salons, des salles de stockage mais c'est une salle en particulier qui a retenu mon attention. Comme la chapelle elle était construite avec des blocs de glace translucides, on pouvait voir l'extérieur à travers. La neige s'abattait sur les murs avec force, le bas des murs était d'ailleurs devenu opaque à cause de la neige qui s'était accumulée. Je me suis approché, posant ma main contre la glace je l'ai vivement retirée, la glace me semblait plus froide ici qu'ailleurs, la pièce était également plus lumineuse que les autres. Cette lueur avait quelque chose de spectral, je n'arrivais pas à comprendre pourquoi mais elle me semblait oppressante.

J'allais faire demi-tour quand j'ai aperçu IceLeomon occupant tout l'espace de l'entrée, les bras croisés. Je me sentais mal à l'aise, je ne savais pas si j'avais le droit d'être ici. Je me suis vainement redressé pour garder un peu de contenance, il devait bien faire deux mètres vingt, je perdais de bien quarante cinq centimètres.

-Bonsoir.

Ma voix tremblait un peu alors qu'il me dévisageait méthodiquement.

-Je me demande pourquoi les humains sont venus dans le digimonde.

Mes mains étaient un peu moites malgré le froid, je ne savais plus où les mettre.

-Nous n'avons pas vraiment choisi d'être ici.

-Pourtant vous êtes là.

J'ai ouvert la bouche avant de la refermer. Je me souvenais bien de mon arrivée dans le digimonde, cette impression de basculer, comme si on m'avait poussé dans le vide.

-Je pense qu'il y a quelqu'un de chez vous qui nous a appelés.

-Pour quoi faire selon toi ?

Haussant les épaules j'ai répondu à moitié convaincu par ce que j'avançais moi-même.

-Vous avez besoin d'aide et nous nous sommes puissants. C'est évident que ces deux faits sont liés. Ce que ne savait pas celui qui nous a appelés c'est que nous ne sommes que des enfants et que je crois qu'aucun d'entre nous n'a l'étoffe d'un héros.

IceLeomon continuait de me fixer avec intensité.

-Parles tu au nom des humains ou seulement du tien ?

Je n'avais pas envie de répondre à cette question. Lorianne avait-elle l'étoffe d'un héros ? Peut être bien que oui. Peut être même que tous ceux qui avaient été choisis avant n'étaient que des erreurs et qu'il n'y avait besoin que d'elle. Mais alors pourquoi m'avoir appelé moi par erreur et pas un autre ?

-Aujourd'hui je t'ai vu faible face au froid. Faible face aux mots de ta camarade. Faible face à moi alors que ton regard frôle mes pieds. Que fais-tu là humain ?

-Je n'ai pas choisis de venir ici.

-Il n'y a pas de hasard. Ton destin est-il de mourir ici en faible ou de survivre en lâche ? Ou alors vas-tu te prendre en main et décider de faire autre chose de toi-même ?

Faible, lâche. Bien sûr que je l'étais et jusqu'à aujourd'hui ça ne m'avait jamais réellement posé de problème. La façon dont IceLeomon présentait ça sonnait pourtant de façon si blessante dans mes oreilles.

-Quelles sont tes perspectives d'avenir ? Vas-tu rentrer chez toi et te calfeutrer plutôt que d'admettre que tu es venu ici ?

Rentrer chez moi ? Non. Je ne voulais pas rentrer chez moi. Je voulais simplement continuer de vivre tranquillement.

-Tu vas donc fermer tes yeux et ta bouche en ignorant ce que je te dis ?

Le ton d'IceLeomon était étrangement calme et ferme. Je n'avais pas ignoré un seul mot. Chacun d'entre eux était gravé dans ma mémoire.

-Je ne vous ignore pas. Je réfléchis juste.

Un vacarme assourdissant m'a fait sursauter alors que je me retournais pour voir le ciel s'illuminer d'une lumière douloureuse pour mes yeux. En échos les murs de la pièce ont luit plus intensément encore et plaquer mes mains sur mes paupières ne m'empêchait pas de voir encore clairement la luminosité qui s'était imprimée sur mes rétines. Il n'y avait plus un son dehors, le vent avait cessé comme par magie, seul un bruit fantôme bourdonnait encore dans mes tympans, dernier vestige du bruit entêtant des bourrasques.

-Le temps n'est plus aux réflexions mon garçon. Nous partons.

Décollant mes mains prudemment, j'ai tourné la tête vers l'entrée de la pièce vide de toute présence. Il était partit. J'ai couru jusqu'à ma chambre pour retrouver Impmon qui s'était réveillé.

-Qu'est ce que c'était ?

Il était tendu, très tendu.

-On doit partir Impmon, IceLeomon semble penser que c'est le bon moment. On lui demandera directement qu'est ce que c'était que tout ça.

Il n'avait pas l'air surpris du tout, il devait forcément savoir ce qu'il s'était passé.

Instinctivement, je m'étais rendue à la chapelle. Lorianne s'y trouvait déjà, son air confiant s'était effrité. Ce phénomène lumineux avait été un bouleversement étrange sur chacun d'entre nous, une sensation indescriptible envahissait mon corps et ça ne me plaisait pas du tout. Nous avons suivis notre guide par une porte dérobée sans voir Ikkakumon, le froid semblait moins mordant sans le vent. IceLeomon marchait d'un pas vif sans prendre la peine de se retourner pour vérifier si nous suivions ou pas.

-Cette lumière... qu'est ce que... c'était ?

Mon souffle était coupé par la marche rapide qui commençait déjà à m'essouffler.

-C'est ce qu'il se passe après chaque tempête mais celle-ci était beaucoup trop forte, c'est la première fois que la lumière brille aussi douloureusement.

Tentant vainement de ralentir ma respiration, j'ai tenté de prononcer une autre phrase.

-Combien de... temps va... durer... l'accalmie ?

-Il y a quelques temps je vous aurais annoncé une semaine de temps calme. A présent les tempêtes se rapprochent beaucoup trop, le dernier temps calme n'a duré qu'une journée.

J'ai dégluti.

-Le voyage…

Je n'avais plus de souffle, il fallait que j'arrête un peu de parler, le froid avait un mauvais effet sur ma gorge.

-Le voyage durera une journée et demie. Nous avons tout intérêt à ne pas trainer.

Je n'osais pas regarder en arrière pour apercevoir l'expression de Lorianne de peur d'y voir le même masque de terreur qui s'était abattu sur le mien. Que ce soit Ikkakumon ou lui, ils s'étaient bien gardés de nous donner cette information avant notre départ. Peu importe la puissance de nos digimons, ils seraient incapables de nous protéger d'une catastrophe naturelle.

Plusieurs heures s'étaient écoulées et la seule chose qui nous éclairait restait cette lueur étrange qui dessinait un long chemin jusqu'à l'horizon. IceLeomon le suivait depuis le départ, je ne comprenais pas pourquoi nous avions besoin d'un guide alors que le chemin était tout tracé. C'est Lorianne qui a finit par poser la question et la réponse m'a glacé.

-Les données des digimons morts font luire le sol à cause de la tempête, ça va s'estomper.

-Pour...Pourquoi est-ce que... ça forme un chemin... aussi net ?

-Par qu'on les a trainé ici jusqu'à ce qu'ils soient désintégrés.

Sa voix était froide et excluait l'idée qu'on puisse demander des précisions. Je ne comprenais pas très bien ce qui avait pu se passer ici. Toute cette lumière provenait donc des données des digimons morts ? Alors avec quoi étaient faits les passages ? L'idée de passer au travers de digimons morts pour passer d'une zone à l'autre avait quelque chose d'horrible. J'ai resserré la couverture sur mes épaules en accélérant le pas. Lorianne a parcourut la distance qui nous séparait pour me parler à voix basse.

-Louis... tu as vu la taille de... de ce chemin ? Il ne doit plus rester... un seul... digimon... pas en vie.

Terrorisé à l'idée qu'IceLeomon l'entende, je lui ai fait signe de se taire en plaquant ma main sur sa bouche. C'était évidemment une possibilité. Mais nous pourrions plus facilement fausser compagnie à notre guide dans la zone suivante que dans ce désert de glace. J'ai retenu Lorianne pour le bras afin qu'elle s'arrête de marcher, IceLeomon à une dizaine de pas je lui ai rapidement exposé ce que je pensais faire. Elle a hoché la tête et nous avons trottiné pour rattraper le lion géant, il était devenu évident que peu importe ce qui allait se passer il ne s'arrêterait pas. Mes jambes hésitaient entre engourdissement et douleur mais avançaient d'elles mêmes à force de répéter les mêmes mouvements inlassablement. Lorianne commençait à ralentir peu à peu, IceLeomon lui ne faiblissait pas. Il commençait à nous distancer.

-Aller... encore un peu... de courage.

Je lui ai attrapé la main pour l'entrainer un peu plus rapidement, sa main je ne pouvais pas dire si elle était plus ou moins gelée que la mienne. Rapidement j'ai renoncé à laisser ma peau à l'air libre, croisant mon bras avec le sien pour le garder à l'abri de la couverture, j'ai tenté d'oublier la douleur des engelures qui commençaient à se multiplier.

Le paysage des étendues de neige était monotone, le chemin de lumière faiblissait mais dans le ciel la luminosité ne permettait pas de dire si oui ou non le jour s'était enfin levé. Un instant m'est venu à l'esprit la possibilité qu'IceLeomon nous laisse seuls au beau milieu de la neige alors que le chemin disparaissait. Non, il avait besoin de nous pour ouvrir le passage vers l'autre zone.

Le poids de Lorianne semblait de plus en plus lourd sur mon avant bras, elle n'en pouvait plus et moi-même je peinais sérieusement à avancer, même Crookmon le plus discret et endurant montrait des signes de fatigue. Ca ne pouvait plus durer.

-Il faut... qu'on s'arrête.

Joignant au geste la parole, mes pieds ont cessés d'avancer.

-Alors nous allons mourir de froid ici même. Ca ne fait que 5 heures, il nous reste encore 4 heures si nous tenons ce rythme. Mais vu la façon dont vous ralentissez je dirais plutôt 6 heures.

-Nous ne marcherons... pas… pendant six heures.

Il m'a fixé en plissant les yeux de colère, il savait qu'il n'avait pas le choix, continuer sans nous n'aurait eu aucun sens.

-Où veux-tu t'arrêter exactement ? Il n'y a rien ici, aucun abri pour te protéger du froid.

La colère qui vibrait dans sa voix, elle me faisait frissonner. Il allait sauver les siens, six heures c'était évidemment énorme.

-C'est si... on continue… qu'on va... mourir.

Un grognement sourd a commencé à vibrer dans l'air, il y avait un éclat de folie dans ses yeux. A peine cette pensée m'avait traversé l'esprit qu'il avait bondit en plantant ses dents dans mon épaule. Je ne me souviens pas si j'ai crié, juste d'avoir abattu mon poing sur sa gueule à plusieurs reprises jusqu'à ce que sa crinière prenne soudain feu et que son hurlement à lui retentisse dans l'immensité blanche. Je l'ai repoussé de toutes mes forces mais il s'est agrippé de ses griffes, elles ont traversé la couverture jusqu'à ma chair mais l'adrénaline me donnait des ailes jusqu'à ce que sa patte m'assomme à moitié dans un uppercut bien donné. J'ai poussé un rugissement de rage cette fois pour le faire rouler sur le côté afin de me retrouver au dessus de lui. Le feu qui consumait sa fourrure s'était éteint dans la neige, mais son regard continuait de bouger d'un sens à l'autre comme s'il était totalement déboussolé. Il m'a repoussé en arrière toutes griffes sorties, j'ai hésité à fermer les yeux en voyant ses crocs s'approcher de ma gorge. Combattre un digimon de cette taille à mains nues, quel idiot.

-LOUIS !

Le cri de Lorianne me paraissait tellement strident, mais vraiment quel idiot.

Mot de l'auteur : Un chapitre de plus avec notre petit Louis comme narrateur.

Pour ceux qui se poseraient la question je compte chaque jour passé dans le monde des digimons pour garder les allers et venues de nos protagonistes plausibles et dans cette partie de l'histoire nous sommes le 22 Septembre au matin alors que pour Jack nous sommes déjà le 23 au matin. L'arrivée de Lorianne dans le digimonde étant le 7 Septembre ça commence à faire un petit bout de temps.