Note of the traductrice : On a passé la moitié de la fic. Il est pas génial ce Ron ?

Chapitre 10 : Ultimatums et accidents

En se réveillant, le lendemain matin, Harry découvrit une certaine personne très blonde blottie contre lui, la tête sous son menton et un bras autour de ses hanches. Harry lui-même était loin d'être innocent dans l'affaire : un de ses bras entourait les épaules de Draco pour le garder contre lui en dormant. Il n'arrivait pas à en croire ses yeux, mais au bout d'un moment il se détendit, se souvenant des événements de la veille qui l'avaient amené à se réveiller avec un lit plein de Draco Malfoy.

Ce n'était pas désagréable, songea Harry, alors que le souffle régulier de Draco caressait sa clavicule et que ses longues jambes se pressaient contre les siennes. Si quelqu'un lui avait dit, deux ans plus tôt, qu'il se réveillerait de la meilleure nuit qu'il ait passée depuis des lustres avec Draco Malfoy dans les bras, il lui aurait ri au nez. Ou lui aurait jeté un sort sur place. Mais l'impossible s'était produit et Harry trouvait cela loin d'être désagréable : le poids chaud de Draco était réconfortant, et à sentir les battements réguliers du cœur du blond contre son corps, Harry se sentait soulagé, apaisé, et bizarrement, en sécurité.

Il se recula lentement, se démêlant du corps endormi de Draco, et sortit du lit, attrapant un T-shirt dans son placard pour l'enfiler. Il s'étirait, se demandant oisivement ce qu'il allait bien pouvoir faire aujourd'hui, lorsqu'il entendit un martèlement provenant du rez-de-chaussée ; quelqu'un tambourinait à sa porte et n'avait manifestement pas l'air content.

Harry descendit paresseusement l'escalier, en se disant pour se rassurer que ça ne pouvait pas être Ginny puisqu'elle avait toujours la clé.

« Oui, oui ! J'arrive ! s'exclama Harry avec humeur en atteignant le rez-de-chaussée.

Les coups cessèrent et Harry soupira de soulagement en entendant la voix étouffée par l'épaisseur de la porte.

- Mec, laisse-moi entrer avant qu'Hermione arrive !

Harry se dépêcha d'ouvrir la porte pour faire entrer Ron et la verrouilla à double tour d'un coup de baguette magique, juste au cas où.

- C'est vrai ? » demanda Ron en se massant un point de côté, le souffle court – soit il avait couru, soit il avait mal transplané. Connaissant Ron, cela pouvait tout aussi bien être les deux.

« Quoi ? demanda Harry sur la défensive.

- Que tu as installé Draco Malfoy sous ton toit sans rien dire à personne ?

Harry ne dit rien, et l'expression de Ron passa d'inquiète à incrédule :

- Non, sans blague ! s'exclama-t-il.

- D'où tu tiens ça, de toute façon ? » siffla Harry, poussant Ron vers la cuisine comme si, en restant près des escaliers, Ron allait sentir que Draco était dans le lit de Harry, car même si Ron le soutenait, Harry était absolument certain que ça, ça passerait mal.

Merlin, qu'il était parano.

« Ginny a débarqué chez nous comme une furie ce matin ! dit Ron en allant directement fouiller les placards. Hermione est en train de lui parler. J'ai réussi à m'éclipser pour te voir avant qu'elles ne décident de s'allier pour t'assassiner.

Il fit volte-face, un paquet de biscuits dans chaque main, et vit que Harry restait les bras ballants près de la table :

- Eh bien, mets l'eau à chauffer, s'impatienta-t-il.

Harry ne put s'empêcher de sourire. Ron était un Saint à tâches de rousseur et Harry allait lui acheter le plus gros cadeau du monde une fois que tout ce bazar serait terminé. Une barrique de Whisky Pur-Feu, peut-être. Ou un Éclair de Feu. Ou un voyage sur la lune.

- Alors, il est où ? » demanda Ron en s'asseyant à la table de la cuisine et ouvrant un paquet de biscuits, tandis que Harry s'occupait de faire le thé.

« Il dort. Il passe presque tout son temps à dormir, dit Harry, se sentant rougir en repensant à l'endroit où Draco était en train de dormir.

C'était une bonne chose qu'il ait le dos tourné ; comme ça Ron ne le verrait pas rougir. Je rougis en pensant à Draco Malfoy… divagua Harry, et il dut réprimer une affreuse envie de glousser.

- C'est probablement une bonne chose, songea Ron.

- Ron, il n'est pas si affreux, le réprimanda Harry en apportant de mugs de thé et s'asseyant sur la table à côté de Ron.

- Oh, j'en suis sûr, dit Ron en roulant les yeux avant de se fourrer un biscuit dans la bouche.

- Je t'assure, insista Harry. L'autre jour, on a parlé tous les deux pendant des heures, il m'a posé plein de questions sur ce que je faisais, sur vous, il a joué aux échecs avec moi… Sincèrement, il était… différent. Je suis content qu'il soit là, avoua-t-il. Et il m'a demandé pardon pour m'avoir cassé le nez.

- Il t'a demandé pardon ? s'étonna Ron. Je ne l'en croyais pas physiquement capable.

Harry rit doucement et prit une gorgée de thé. C'était au-delà de toute espérance d'avoir Ron ici pour lui parler de tout ça, d'autant plus que quelques années plus tôt, Ron aurait probablement réagi comme Ginny.

- Il va bien ? demanda soudainement Ron. Il n'a pas essayé de… tu sais… se faire du mal encore ?

Harry fit non de la tête.

- Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il va bien, mais ça vient, dit-il avec sérieux. Son moral est en dents de scie comme pas possible, et il a eu une sorte de crise hier…

- Mais il va mieux ? suggéra Ron et Harry acquiesça.

- C'est encore tôt, mais je crois que oui.

- Bien, dit Ron en lui souriant. Alors c'est tout ce qui compte : tu sais que tu as fais ce qu'il fallait faire en le ramenant ici, pas vrai ?

Harry acquiesça vigoureusement :

- Absolument.

- Qui l'eût cru, s'exclama Ron avec un soupir mélodramatique. Draco Malfoy avait seulement besoin d'un peu d'amour.

Harry s'étouffa dans son thé et Ron lui tapa dans le dos, l'air inquiet.

- Avale, » dit-il alors que Harry s'asseyait sur un tabouret en toussant, les larmes aux yeux.

« Je ne pense pas que ce soit le bon mot à employer pour ce qui concerne Malfoy, Ron, s'étrangla-t-il.

- Très bien, alors Draco Malfoy avait besoin qu'un héros vienne à son secours, proposa Ron.

- Je suis pas un héros, dit Harry avec une grimace de dégoût.

- Un peu quand même, dit Ron en faisant un signe de tête dans sa direction. Ça va faire trois fois que tu lui sauves la vie. Tu devrais faire gaffe, ou tu vas te retrouver à sauver la vie de Malfoy pour le restant de tes jours.

Harry éclata de rire.

- Avec un peu de chance, si je m'y prends bien, cette fois-ci sera la bonne. Si j'arrive à le remettre sur pieds, il arrivera peut-être à arrêter de se chercher des ennuis cinq minutes.

Ron pouffa de rire.

- Draco Malfoy est devenu sympathique, et Harry Potter se plaint que quelqu'un n'arrête pas de s'attirer des ennuis. Le monde a sacrément changé. »

Ron partit vers midi et avant que Harry n'ait le temps de commencer à nettoyer les mugs et les miettes sur la table, Draco fit son apparition dans la cuisine ; il s'assit sur un tabouret et attrapa un biscuit qui avait échappé à l'assaut de Ron.

« Tu devrais prendre un vrai repas, » dit Harry en fronçant les sourcils et Draco fit non de la tête tout en mordillant le bord du biscuit.

« Comment tu te sens ? » demanda Harry, sans vouloir mentionner le fait qu'ils aient dormi dans le même lit.

Draco fit de nouveau non de la tête.

« Tu ne veux pas parler aujourd'hui ? » demanda Harry et Draco acquiesça, le regardant dans les yeux l'air presque reconnaissant.

« D'accord. »

Il s'apprêtait à quitter la cuisine mais Draco tendit le bras et le retint par la manche. Harry fronça les sourcils, se demandant ce que le blond voulait ; celui-ci tira une nouvelle fois sur sa manche, presque imperceptiblement. Il se rapprocha de Draco et le blond se pencha vers lui pour poser le front contre sa poitrine, le visage tourné vers le sol.

Harry sentit de la chaleur l'envahir à ce geste et il accéda à la demande silencieuse de Draco, lui entourant les épaules de ses bras. À dire vrai, il avait peur qu'il ne se montre froid et distant ce matin, mais c'était ce qu'il avait remarqué en sixième année : Draco avait besoin du contact des autres, et Harry était heureux qu'il le laisse lui apporter cela.

Harry se rendit compte que ses doigts s'étaient retrouvés plongés dans les cheveux de Draco, à jouer avec les courtes mèches blondes. Il cessa immédiatement ce qu'il faisait, un peu inquiet de son comportement, se promettant de prendre son subconscient entre quatre yeux dès que possible. Draco ne remarqua rien d'anormal et se redressa sur son siège ; il reprit son biscuit sur la table et regarda dans le vague, l'air maussade.

- J… » commença Harry, mais de petits coups secs frappés contre la fenêtre l'interrompirent aussitôt. « C'est pas vrai… », soupira-t-il.

Il alla ouvrir la fenêtre au hibou brun familier, qui se rua à l'intérieur de la cuisine et se percha sur la table, levant vers Harry de petits yeux stupides. Il ne supportait pas cette bestiole. Elle avait beau être belle, elle était vraiment bête. Elle perdait le courrier, apportait des choses aux mauvais destinataires, et perdait parfois son chemin pendant plusieurs jours. Harry ne comprenait pas pourquoi Ginny continuait à utiliser cette foutue bestiole.

Harry détacha la lettre de sa patte et pointa du doigt la fenêtre de la cuisine :

« Allez, ouste, débarrasse-moi le plancher.

La chouette le regarda d'un air, eh bien, hibouesque, puis s'envola. Harry referma la fenêtre d'un coup sec.

- Putain d'animal débile, marmonna-t-il en retournant la lettre entre ses mains.

Draco l'observait de l'autre côté de la table, l'air vaguement intéressé par ce qu'il faisait. Harry ouvrit la lettre et se mit à la lire en se massant le front.

Harry

Je vais aller droit au but. Ginny est venu me voir ce matin et m'a demandé si elle pouvait rester chez moi, mais je n'ai eu droit qu'à la moitié d'une explication qui m'a laissé encore plus perplexe. Est-ce qu'on peut se voir, dès que possible, au Sphinx & Dragon ? Je veux avoir ton point de vue sur la question. C'est moi qui invite,

Neville.

Harry sourit. Il replia la lettre et la glissa dans sa poche. Il ne pouvait pas en vouloir à Neville : il savait que son ami n'essaierait pas de se mêler de leurs histoires, mais il ne devait rien comprendre, et devait sans doute vouloir entendre les deux versions avant de s'impliquer.

- Il faut que je sorte un moment, ça va aller si je te laisse ici ? demanda Harry.

Draco le regardait attentivement. Il haussa les sourcils, l'invitant à fournir plus d'explications.

- Il y a du nouveau dans l'affaire Ginny, dit Harry.

Il eut un large sourire à l'idée de revoir Neville. Entre ses entraînements et l'emploi du temps chargé de Neville, qui passait son temps aux quatre coins du monde à la recherche de plantes rares et exotiques pour l'équipe de potions d'Hermione, il n'arrivait plus à voir le Gryffondor maladroit bien souvent.

Il jeta un œil à Draco, qui hocha brusquement la tête.

- Ok, je vais prendre une douche et me changer et ensuite je vais au Sphinx & Dragon sur le Chemin de Traverse. Je n'en aurai que pour une heure, » dit Harry pensivement en se dirigeant vers la porte de la cuisine.

Draco hocha de nouveau la tête et Harry partit se doucher et s'habiller. Il quitta la maison trop vite pour remarquer l'ombre qui passa furtivement sur le visage de Draco ; ses épaules s'étaient mises à trembler et ses poings s'étaient serrés sur la table.

« Je suis content de te voir », dit Harry en serrant vigoureusement Neville Londubat dans ses bras celui-ci rit et se tortilla, un peu gêné.

« Oui, c'est juste dommage que ce ne soit pas dans de meilleures circonstances », dit Neville avec regret en s'asseyant à la même place qu'Hermione et Harry avaient occupé lorsqu'ils avaient déjeuné au Sphinx & Dragon.

« Alors, vas-y, je t'écoute. Pose tes questions. Tu en meurs d'envie, » dit Harry avec bonhomie en attrapant la bièraubeurre que lui tendait Neville.

« Il paraît que tu as retrouvé Draco Malfoy et que tu l'as ramené chez toi sans aucune bonne raison, autre que le fait que tu as perdu la boule.

- Non, dit Harry, partagé entre l'exaspération et l'amusement. Il n'allait pas bien, je m'occupe de lui. Il était à Sainte-Mangouste.

Neville hocha la tête et Harry comprit qu'il était en train de peser ses mots. C'est ce qui différenciait Neville de Ron et lui : il réfléchissait un minimum avant de laisser les mots sortir de sa bouche.

- Ginny veut que tu t'en débarrasses, dit Neville avec précaution.

- Je ne peux pas faire ça, dit Harry en s'efforçant de ne pas s'énerver.

- Harry, c'est Malfoy, dit Neville.

Même si Neville avait plus que quiconque la tête sur les épaules, Harry le soupçonna de n'avoir pas pu complètement pardonner à Malfoy son comportement à l'école.

- Je sais, dit Harry un peu sèchement. Il n'est plus comme avant… n'essaie même pas de me demander de t'expliquer pourquoi.

- Tu le détestais.

- Oui. Mais on a grandi, de l'eau a coulé sous les ponts, et maintenant je l'aime plutôt bien.

Neville le regarda d'un air étonné ; il soupira et but une gorgée de bièraubeurre.

- Bon, dit-il. Mais j'espère que tu te rends compte que si tu ne te débarrasses pas de lui, tu vas perdre Ginny. Je n'exagère pas. Elle va te quitter.

Harry se contenta de fixer des yeux sa boisson sans répondre, l'air maussade.

- Harry ! s'exclama Neville, scandalisé par son absence de réaction. Ginny va te quitter si tu ne mets pas Malfoy dehors.

- C'est ce qu'elle t'a dit ? demanda précautionneusement Harry.

- Eh bien, oui, mais de manière moins éloquente et avec un langage un poil plus fleuri, dit Neville en adressant à Harry un sourire faible.

Harry ne lui rendit pas son sourire. Il était furieux. De quel droit Ginny se permettait-elle de lui imposer un ultimatum pareil ? Pour qui se prenait-elle ? Tout occupé qu'il était à fulminer, il faillit ne pas entendre ce qu'ajoutait Neville.

- …veux l'aider mais ça ne vaut pas la peine de perdre Ginny.

- Pour moi, ça en vaut la peine, rétorqua Harry.

Sa réponse rencontra un silence de plomb. Neville eut l'air sous le choc.

- Entre Ginny et Malfoy, tu choisis Malfoy ?

- Je ne choisis personne, pourquoi est-ce que ça doit être l'un ou l'autre ? s'exclama Harry.

- Tu ne peux pas sauver tout le monde, Harry, tu le sais ?

- Pardon ? demanda Harry en regardant Neville droit dans les yeux.

Celui-ci eut le bon goût de rougir légèrement.

- Tu sais… tu as toujours sauvé les gens… c'est comme une sorte de…

- Vas-y, Neville, exprime-toi, dit Harry en croisant les bras.

- Une obsession, de sauver les gens, » finit-il par dire en rougissant un peu plus alors qu'il répétait involontairement ce qu'avait dit Hermione plusieurs années auparavant. « Ginny dit que tu aimes sauver les gens, et que maintenant tu veux sauver Malfoy.

- Je veux l'aider parce qu'il ne mérite pas de mourir, dit Harry avec humeur en se levant. Et tu sais quoi ? Je suis content d'avoir une « obsession », parce que c'est grâce à ça qu'il est en vie. Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais je vais sauver Malfoy, même si la dernière chose que je fais.

- Harry, implora Neville en saisissant la manche de Harry alors que celui-ci s'apprêtait à partir en fulminant. Mais, Ginny a dit…

- Dis à Ginny d'aller se faire foutre, » cracha Harry.

Neville resta sous le choc ; il lâcha sa manche et regarda tristement la bièraubeurre que Harry n'avait pas touchée tandis que celui-ci disparaissait.

Harry fit claquer la porte du 12, Square Grimmauld de toutes ses forces, maudissant intérieurement le monde entier, de Ginny au Ministère de la Magie en passant par le mec qui faisait les comptes de l'équipe de Quidditch – bande de cons.

Il ferma la porte à double tour en deux coups brutaux de baguette magique. Il n'avait qu'une envie : se recroqueviller dans son canapé devant la télé mais quelque chose attira son regard et il se figea.

Du sang.

Il y avait une longue trace écarlate le long de la rambarde et Harry repéra avec horreur des gouttes égrenées dans les escaliers ; cela allait aussi loin que portait sa vue, un chemin macabre qui lui glaça le sang et fit hurler son coeur. À travers la terreur paralysante qui l'enracinait sur place, son cerveau refit lentement surface et hurla bouge-toi, et ses pieds ne purent qu'obéir. Il tituba vers l'avant, se rattrapant à la rambarde couverte de sang et gravit les escaliers aussi vite que ses jambes le lui permettaient.