Titre : chef, oh oui, chef.
Auteur :
Zif'
Couple :
L / Raito
Fandom :
Death Note
Rating :
G comme gâteau
Thème :
#3scandale
Disclaimer :
les persos sont la création de Ohba et Obata. L'exploitation honteuse est de moi.

oooooOOOOOooooo

Ryuuzaki, son habituelle expression neutre sur le visage, reposa avec douceur la liasse de papiers qu'il tenait sur le guéridon qui lui tenait lieu de bureau principal, entre le bocal de bonbons et la théière. Un silence lourd se fit sentir dans la chambre d'hôtel de luxe où son enquête avait réellement démarré, deux semaines plus tôt, avec la collaboration de Yagami et son équipe de policiers. Enfin, L prit la parole, de son ton monocorde.

"-Je crois que vous ne comprenez pas." Il leva un œil torve vers Yagami-san. "J'ai demandé un pâtissier. Pas un vulgaire emballeur de cookies. C'est plutôt scandaleux, tous ces CV."

Watari, à son poste derrière le siège de celui qu'il servait fidèlement depuis bon nombre d'années, retint un soupir fataliste. Il le savait, il aurait pu parier que les choses se passeraient de cette façon. En matière de pâtisseries, Ryuuzaki était plus qu'exigeant. De toute manière, à ses yeux, personne ne pourrait remplacer la grosse Bertha.

Pour comprendre ce désir si impérieux, il suffisait de remonter le temps, quinze ans en arrière.

L était alors un enfant. Un enfant précoce, d'une intelligence stupéfiante, mais un enfant tout de même, avec ses jeux, ses lubies et ses obsessions.

Jamais de sa vie encore il n'avait goûté aux sucreries. Watari, émerveillé du génie qui avait daigné échoir dans son établissement, le tout premier d'une longue série, souhaitait cultiver la matière grise de sa perle rare à grands renforts de poisson, d'huile de foie de morue et de cervelle de mouton bouillie aux haricots rouges. Les vieilles recettes britanniques ont la vie dure.

Ce fut la cuisinière, la grosse Bertha, une allemande ventripotente, qui commit le sacrilège tant redouté par le multimillionnaire. Alors que le petit L accourait dans la cuisine de l'orphelinat, pour boire son grand verre d'eau, traditionnel rite d'exorcisme après l'ingestion de la cuillère à soupe d'huile de foie de morue, Bertha eut définitivement pitié du pauvre gamin dont la bouille était déformée par une grimace de dégoût sans bornes –en ce qui concernait L, un petit plissement du nez.

Le pauvre petit, se justifia-t-elle plus tard, face aux reproches sans fin de Watari, on ne serait pas à travailler ici si l'on n'aimait pas ces gamins que la vie n'avait pas gâtés. Toujours est-il qu'elle avait désobéi à son patron, en donnant une douceur à L. Un petit gâteau sablé surmonté d'une belle fraise rouge et sucrée.

Les jours suivants, L refusa catégoriquement de s'alimenter, déclarant qu'il ne se sentirait plus d'être intelligent, tant qu'on ne lui permettrait pas de se nourrir exclusivement de petits gâteaux sablés surmontés d'une belle fraise rouge et sucrée.

On lui céda.

Un jour, la cuisinière, lasse pour lui de le voir manger tout le temps la même chose, lui proposa un cookie tout chaud juste sorti du four. L revendiqua l'abandon des sablés pour se focaliser sur les cookies tout chauds juste sortis du four.

Cela dura ainsi, avec les obsessions que l'on sait et qui ne prirent jamais fin.

Yagami haussa les épaules d'un air las et résigné.

"-Mais Ryuuzaki, il y a là les CV des meilleurs pâtissiers de la région du Kanto…"

"-Vous n'avez pas visé assez large, j'en ai bien peur. Quand j'ai dit, l'autre jour :'et il me faudra un pâtissier personnel afin de nourrir ma capacité de réflexion, pour mener à bien cette enquête. Le meilleur pâtissier de l'univers', et je l'ai dit tel quel mot pour mot. Je ne plaisantais évidemment pas."

"-Devons-nous alors chercher au niveau international ?"

"-Tout à fait."

"-MAIS," éclata Matsuda, scandalisé, "n'y a-t-il rien de plus important à faire que de recruter un satané pâtissier ? Trouver Kira, par exemple !"

"-Matsuda-san a le sens de l'humour", remarqua Ryuuzaki en piochant dans le bocal, un schtroumpf bleu en gélatine de bœuf aux hormones élevé dans le Texas, USA.

Yagami-san, comprenant qu'il ne servirait à rien de vouloir discuter d'avantage, sinon à perdre du temps, fit un geste de la main et promit qu'une liste des meilleurs pâtissiers du monde lui serait fournie le lendemain même.

Effectivement, Ryuuzaki s'exalta légèrement en découvrant les noms des heureux sélectionnés. Cela valait bien la peine d'avoir attendu vingt-et-une heures et quatorze minutes supplémentaires.

Son exaltation avait atteint le niveau maximum possible chez lui, quarante heures et trente-trois minutes plus tard, alors que son nouveau pâtissier –le meilleur, il avait été déclaré artiste pâtissier mondial cette année- était censé arriver d'une seconde à l'autre.

Brutalement, Yagami-san entra dans la pièce, blême et essouflé.

"-Ryuuzaki-san, votre pâtissier…"

"-Il n'est pas encore arrivé, je l'attends pour lui donner mes instructions."

"-Il ne risque plus d'arriver… il est mort hier soir d'une crise cardiaque !"

"-Kira… tu essaies donc de m'empêcher de mener mon enquête par tous les moyens possibles… quelle lâcheté."

"-Non, ce n'est pas ça ! il semblerait que cet homme empoisonnait les gens pour qui il cuisinait, en mélangeant du cyanure à ses pâtisseries… ses créations étaient tellement succulentes que le goût du poison passait inaperçu ! Ce n'était qu'une rumeur, mais sa mort a tout révélé et fait éclater le scandale…"

Ryuuzaki en resta comme deux ronds de flan.

"-Kira, quelle loyauté… tu préfères mener un face à face honnête en me préservant des dangers éventuels, autres que lui…"

Plein de gratitude pour son sauveur, L envoya un baiser empathique à son adversaire. Cette relation devait être contradictoire dès son début…

FIN