Voilà enfin la suite, qui est plus longue pour compenser le long temps d'écriture !
J'espère que vous apprécierez, n'hésitez pas à commenter :)

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Les pensées d'Hermione sont entre '...' et celles de Draco entre ''...''.

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Disclaimer: L'univers ne m'appartient pas, je ne fais que jouer avec les personnages...

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Chapitre X : Serpentard contre Gryffondor

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Le sortilège Repousse-Moldu, si tant est qu'il soit correctement exécuté, suffit la plupart du temps à éviter que les Moldus tombent sur d'étranges événements qui pourraient malencontreusement leur révéler l'existence de la magie. Contrairement aux croyances populaires en vogue dans le monde sorcier, les Moldus sont loin d'être aveugles face à ce qui les entoure et sont souvent capables de ressentir la présence de la magie, sans toutefois se rendre compte que c'est de cela qu'il s'agit. Les médiums en sont l'exemple le plus frappant, certains pouvant parfois communiquer avec de vrais fantômes. C'est sans doute grâce à cette capacité à percevoir même faiblement la magie que les habitants d'un petit village niché dans la montagne évitaient désormais de traverser la forêt environnante. La vaste étendue boisée entourait presque complètement le village, se tenant entre les premières habitations et le flanc rocheux de la montagne. L'entrée d'une caverne, que les habitants considéraient comme un vestige de leurs ancêtres, pouvait être aperçue lorsque le temps était dégagé. Parfois, quelques adolescents courageux et avides de sensations fortes se mettaient au défi d'y passer une nuit entière.

Plusieurs sentiers serpentaient au travers des bois et permettaient notamment aux villageois de descendre dans la vallée pour rejoindre la ville où se tenait régulièrement un grand marché. Somme toute, traverser la forêt constituait un raccourci bien pratique. Pourtant, les villageois préféraient désormais effectuer un long détour plutôt que de s'aventurer dans les bois, ce qu'ils n'auraient pourtant eu aucun mal à faire à peine quelques jours auparavant. La forêt était étonnamment silencieuse, comme si les animaux l'avaient délaissée. Ceux-ci s'étaient en fait réfugiés à la lisière du village et évitaient autant que possible de pénétrer trop profondément dans les bois.

Bien leur en prenait à tous car la caverne abritait depuis peu une présence maléfique que les villageois parvenaient à ressentir et que certains assimilaient à un esprit de la forêt particulièrement belliqueux. Mais évidemment il n'en était rien. Ni gnome, ni feu follet n'avait élu domicile près de chez eux, il eût pourtant mieux valu.

S'ils avaient pu voir au-delà de la barrière magique qui avait été dressée aux abords de l'entrée de la grotte, les villageois auraient pu apercevoir plusieurs personnes vêtues d'habits sombres, le visage masqué par une cagoule. La tension était palpable et les silhouettes se déplaçaient le dos voûté, comme s'ils étaient dans l'attente d'une punition qu'ils étaient certains de recevoir. Les hurlements répétés en provenance de la grotte avaient accru leur nervosité mais lorsque ceux-ci avaient cessés, le silence oppressant qui s'était installé leur avait paru bien pire.

A l'intérieur de la caverne, une femme se tenait un genou à terre, les yeux rivés sur le sol, indifférente aux gouttelettes d'eau qui suintaient des parois rocheuses et venaient s'écraser sans bruit dans son épaisse chevelure brune. L'échine courbée dans une attitude servile proche de la vénération, personne n'aurait pu douter de sa dévotion. Néanmoins, ses paupières naturellement lourdes semblaient plus rouges et gonflées qu'à l'ordinaire, trahissant des pleurs récents qu'elle n'aurait pourtant voulu avouer sous aucun prétexte. Derrière son comportement irréprochable qu'elle estimait digne, la femme bouillonnait de colère. La rage qu'elle contenait depuis des semaines n'avait d'égale que la rancœur qu'elle éprouvait vis-à-vis des membres de sa famille, dont les actions qu'elle jugeait lamentables avaient fini par entacher l'estime qu'il lui portait. A cette pensée, se mains se crispèrent avec une telle violence qu'elle sentit le bout de ses ongles entailler la chair de ses mains. Elle éprouva un curieux mélange de satisfaction et de fascination lorsqu'elle sentit un liquide chaud couler entre ses doigts.

« Relève-toi, intima alors une voix glacée.

- Oui Maître, murmura Bellatrix Lestrange en se redressant aussitôt.

- Alors ? »

Ce simple mot avait claqué plus durement que ne l'aurait fait un fouet et Bellatrix dut faire de gros efforts pour ne pas ciller. Il lui fallait preuve de prudence car ce qui s'était produit risquait de lui coûter cher. Néanmoins, le temps qu'elle réfléchisse aux mots qu'elle allait employer, un homme au teint très pâle avait fait un léger pas en avant.

« Il... Il ne semble pas... commença-t-il.

- Je ne crois pas t'avoir donné la permission d'ouvrir la bouche Lucius. », dit Voldemort d'une voix où perçait un profond dégoût.

Le serpent qui l'accompagnait dans presque tous ses déplacements, le fidèle Nagini, émit alors un sifflement menaçant qui fit tressaillir Lucius Malefoy. Celui-ci tomba à genoux, semblant implorer un pardon qu'il savait ne pas mériter tandis que le serpent s'avançait vers lui en ondulant. Voldemort considéra brièvement cet homme aux longs cheveux maculés de saleté qui n'était plus que l'ombre de lui-même, son regard rouge reflétant tout le mépris que ce dernier lui inspirait. Son visage d'un blanc crayeux se tourna alors dans la direction opposée, vers quelqu'un qui lui paraissait vraisemblablement plus digne d'être écouté. Celui-ci se garda bien de commenter la disgrâce de Lucius Malefoy mais n'en pensait pas moins. Il s'inclina brièvement avant de retirer la cagoule noire qui lui masquait le visage, révélant un nez proéminent et des cheveux graisseux d'un noir de jais.

« Ce garçon est-il un de ceux que nous recherchons ?

- Non, répondit calmement Severus Rogue, ce n'est pas lui.

- Mais quelqu'un est venu chercher son frère, s'empressa de l'interrompre Bellatrix, désireuse d'accaparer pour elle seule l'attention du Maître des Ténèbres. Il faisait d'étranges rêves exactement comme ce que vous nous aviez dit.

- En effet, confirma d'un ton glacial l'ancien professeur de Potions de Poudlard, et c'est là tout ce que nous aurons l'occasion de savoir à ce sujet puisque tu as si bien fait usage du sortilège Doloris qu'il est désormais incapable d'articuler le moindre mot quand bien même le voudrait-il. Son esprit est tellement ravagé qu'il n'y a plus rien à en tirer. »

Bellatrix tourna vivement la tête dans sa direction, arborant en cet instant précis une ressemblance frappante avec un serpent sur le point de mordre. La réplique cinglante qu'elle allait lui adresser mourut sur ses lèvres lorsque le regard glacé du Seigneur des Ténèbres se posa sur elle.

« Son frère dis-tu ? fit Voldemort.

- Oui Maître. », répondit précipitamment Bellatrix.

Voldemort resta silencieux un bref instant, caressant Nagini du bout des doigts.

« Enfermez-le quelque part et faites-le taire, ses cris m'insupportent. Et la prochaine fois Bellatrix, garde pour toi tes excès de zèle ou il t'en cuira, lui dit Voldemort d'un ton lourd de sous-entendus. Maintenant laissez-moi.

- Bien Maître. », firent-ils en s'éloignant le plus silencieusement possible.

Voldemort se tourna alors vers Lucius Malefoy qui se tenait toujours prostré sur le sol. Celui-ci ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises, tentant visiblement de rassembler ce qui lui restait de courage pour prendre la parole. Les sifflements de Nagini se firent plus pressants tandis que son maître se rapprochait de celui qui avait jadis été un de ses plus fidèles partisans. Son visage squelettique se trouva soudain à quelques millimètres de celui de Lucius Malefoy qui poussa un gémissement étouffé.

« Mon... fils, parvint-il tout de même à articuler.

- Tu veux savoir ce qu'est devenu ton traître de fils ?

- Nar... Narcissa... Il faut qu'elle sache...

- Il faut ? », susurra Voldemort.

Lucius Malefoy sembla se ratatiner davantage sur le sol. Un long index blanchâtre semblable à une patte d'araignée vînt soudain toucher son menton, l'obligeant à relever la tête et à croiser le regard du Seigneur des Ténèbres.

« Est-il mort ? fit Lucius Malefoy d'une voix désincarnée qui ne ressemblait en aucun point à la sienne.

- Un sort qu'il mériterait mais que je ne lui ai pas infligé. Non, ton fils, n'écoutant que sa couardise qui doit être de famille, s'est enfui. Crois-bien qu'il sera puni lorsque je l'aurais décidé. Il m'importe peu pour l'instant.

- Il est... Vivant ?

- Sache que Lord Voldemort voit et sait tout. Maintenant, va porter l'heureuse nouvelle à ta chère épouse. A-t-elle toute sa tête aujourd'hui ? »

Malefoy se releva et s'éloigna en trébuchant à chaque pas, l'éclat du rire mauvais de Lord Voldemort lui vrillant les tympans. Ce qu'il leur avait infligé suite aux récents événements avait brisé Narcissa et l'ignorance quant à ce qu'il était advenu de son enfant semblait la faire s'éteindre jour après jour. Il ne pouvait espérer regagner l'estime du Seigneur des Ténèbres avec un fils disparu et une épouse au bord de la folie. Mais il y parviendrait, d'une façon ou d'une autre car il n'avait aucunement l'intention de mourir ni de rester au second plan.

Voldemort se retrouva seul avec Nagini et se mit à faire les cent pas, émettant des sifflements à son attention auquel le serpent répondait de la même manière. Bien qu'il répugnât à l'admettre, il devait reconnaître qu'il n'avait nullement prévu la fuite de Draco Malefoy. Si la mère était insignifiante et le père méprisable, le fils semblait prometteur. La mission qu'il lui avait confiée, visant davantage à torturer les Malefoy qu'à tuer Dumbledore, s'était terminée d'une façon remarquable, en dépit de la révélation de la véritable allégeance de Rogue, qu'il aurait souhaitée plus tardive. Ce dernier lui avait assuré que l'adolescent s'était enfui peu après la bataille de la tour d'Astronomie et semblait craindre le pire pour lui. Mais Draco Malefoy n'était pas mort et si jamais cela arrivait, il le saurait immédiatement. Quant à l'endroit où celui-ci se terrait, il en avait déjà une certaine idée, inutile de s'en préoccuper pour le moment.

« Tout se déroulera selon mes plans. », murmura-t-il pour lui-même, un rictus déformant sa bouche dépourvue de lèvres.

Un court instant, il regretta presque qu'Albus Dumbledore ne soit plus de ce monde pour assister à la suite des événements. Ses yeux rouges semblèrent flamboyer dans la pénombre et il songea qu'à la réflexion, il préférait tout de même être débarrassé de ce vieux fou qui n'avait jamais compris que le seul véritable intérêt de l'existence était le pouvoir.

A des milliers de kilomètres de là, un jeune homme aux cheveux noirs ne cessait de se retourner dans son lit en poussant des gémissements étouffés, visiblement en proie à un rêve particulièrement intense.

Un homme âgé à la barbe fournie et aux cheveux ébouriffés le saisit brutalement par les épaules et prit la parole d'un ton grave.

« Vous devez partir tout de suite.

- Mais Monsieur... firent plusieurs voix.

- Prenez-les avec vous et protégez-les aussi longtemps que vous le pourrez. Jamais je n'aurais dû... Mais ça n'a plus d'importance désormais. Partez tous ! »

Tout à coup, le monde sembla exploser. Des jets de lumière jaillirent dans les airs et le vieil homme le poussa sur le sol pour le placer hors d'atteinte. Une douleur vive lui élança alors le bras, un fin morceau de verre dépassait de la manche de sa chemise qui s'auréolait déjà de sang. Le visage terrifié de ses compagnons lui fit brusquement réaliser ce qui était en train de se passer. Ce qu'ils avaient tous redouté. La jeune femme fut la première à parvenir à s'enfuir et sauta par la fenêtre en poussant un cri qui lui glaça le sang.

« Sauvez-vous ! », rugit le vieil homme, qui parait les sortilèges à une vitesse fulgurante.

Draco s'éveilla en sursaut, en proie à une peur panique qui disparut cependant rapidement. Le sang battait à ses tempes et il se redressa d'un air hagard, repoussant ses draps humides de sueur. Par Merlin, ce rêve lui avait semblé plus réel que jamais. L'esprit embrumé, le garçon se rendit dans la salle de bain et s'aspergea le visage d'eau froide, ce qui le soulagea un peu mais ne fit pas pour autant disparaître la sensation de malaise qu'il éprouvait. Un élancement douloureux lui fit remonter la manche de son pyjama et il constata avec surprise qu'une longue estafilade lui barrait désormais le bras. Il retourna dans sa chambre pour soigner la coupure à l'aide d'un sortilège tout en se demandant comment cela avait bien pu lui arriver. Pensif, il se rallongea dans son lit et finit par se rendormir lorsqu'Héra revint d'une de ses balades nocturnes et atterrit sur le lit pour lui mordiller les doigts avec affection.

Le lendemain matin, il oublia ce qui s'était produit cette nuit-là à la faveur d'un événement nettement plus joyeux. La faim le taraudait et il était cette fois fermement décidé à profiter de son petit-déjeuner, quitte pour cela à devoir supporter les récriminations de Pansy. Lorsqu'il ouvrit la porte de sa chambre, il découvrit avec surprise Abelforth, installé confortablement dans un des fauteuils de la salle commune des préfets-en-chef. Le vieil homme leva les yeux vers lui et se leva d'un bond.

« Ah bonjour gamin, fit-il d'un ton étrangement emprunté.

- Bonjour. », répondit Draco, se demandant avec un brin d'appréhension si sa présence signifiait qu'il s'était passé quelque chose de grave.

Abelforth sembla comprendre ce à quoi il pensait et s'empressa d'attraper un volumineux paquet qui était posé à côté du fauteuil et que Draco n'avait pas remarqué.

« Tiens, c'est pour toi, je me suis dit que ça pourrait te servir. »

Proprement stupéfait, le garçon ôta l'épais papier brun qui dévoila une longue boîte noire dont la nature de l'objet qu'elle contenait ne faisait aucun doute.

« Vous... Vous n'avez pas..., hoqueta-t-il.

- Attends de voir ce que c'est avant de t'emballer gamin, je n'y connais pas grand-chose. »

S'efforçant de ne pas avoir les mains qui tremblent, Draco ouvrit avec précaution la boîte et en sortit un des plus beaux balais qu'il eut jamais vu. Le manche était d'un intense gris anthracite, poli et verni avec le plus grand soin. Le cale-pied et le porte balai étaient constitués d'un métal brillant de couleur argentée qui étincelait de mille feux. Les brindilles de bois, que Draco reconnut comme étant du noisetier, avaient été taillées d'une façon peu conventionnelle mais avec une précision néanmoins redoutable. L'Etincelle d'argent puisque tel était son nom, gravé sur le manche en lettres brillantes, lui paraissait tout simplement parfait.

« Je n'ai jamais vu un balai pareil... souffla Draco en manipulant l'objet avec une infinie précaution. Merci, ajouta-t-il d'une voix rauque.

- De rien, répondit Abelforth d'un ton bourru. Le vendeur me l'a conseillé, apparemment c'est fait par un nouveau fabricant américain mais ils ont eu de bons retours. Il me semble aussi avoir lu quelque chose à ce sujet dans un magazine qui trainait dans la Grande Salle l'autre jour, ajouta-t-il.

- Vous n'étiez pas obligé de m'acheter un balai, dit Draco, songeant avec effarement à la quantité mirobolante de Gallions que celui-ci avait dû coûter. J'aurais pu...

- Voler avec un des balais de l'école ? D'après ce que j'ai vu l'autre jour, ce n'était pas vraiment brillant.

- Vous êtes venu aux entraînements ? l'interrompit brusquement Draco.

- Euh... Je passais par là et enfin bon... toussota Abelforth visiblement mal à l'aise. Je me suis dit qu'il te fallait quelque chose de mieux pour ton premier match. J'avais pensé prendre un Eclair de feu car tout le monde en parle mais je me suis dit que tu ne voudrais pas d'un balai que possède déjà Mr Potter. », poursuivit-il.

Comme il était étrange que cet homme rencontré à peine quelques mois plus tôt parvienne à le comprendre aussi bien. Malgré tout, quelque chose le dérangeait.

« Je... Je vous rembourserai, je vous rendrai tout ce que je vous dois dès que je le pourrai. », fit-il, un air grave peint sur le visage.

Abelforth fronça les sourcils et secoua la tête.

« Allons mon garçon, c'est un cadeau. Alors tâche d'en faire bon usage, d'accord ? Tu as un match à gagner. »

Draco hocha la tête, plus déterminé que jamais à écraser l'équipe de Gryffondor lors de la prochaine rencontre de Quidditch. Abelforth venait de disparaitre de l'autre côté du portrait de la salle commune lorsqu'Hermione sortit en trombe de sa chambre. Elle écarquilla les yeux en apercevant le balai qu'il tenait entre les mains. Plus encore que la beauté de l'objet, ce fut l'expression du visage de Draco qui la frappa plus que tout autre chose. Il paraissait certes un peu troublé mais en cet instant, Hermione aurait pu jurer qu'il était heureux.

La jeune fille attendit patiemment qu'il eut rangé le balai dans sa chambre et ne put s'empêcher de sourire lorsqu'elle le vit retourner sur ses pas à plusieurs reprises pour vérifier que le balai ne risquait rien. Ils se dirigèrent vers la Grande Salle d'un pas joyeux, Draco se sentant touché par ce qu'Abelforth avait fait pour lui et Hermione émerveillée de le voir aussi bien disposé. Des éclats de voix de plus en plus forts finirent par attirer leur attention.

Un attroupement d'élèves gloussant et sautillant les attendait dans le Hall. Hermione observa avec consternation un des préfets de Poufsouffle qui tentait vainement de calmer les élèves les plus excités mais elle le perdit de vue lorsqu'une nuée de filles poussant des petits cris aigus le bouscula sans ménagement. Elle remarqua que certains élèves avaient l'air plutôt déçus tandis que d'autres arboraient un air grave.

« Mais enfin qu'est-ce qui se passe ici ? fit Hermione d'un ton excédé, tandis qu'elle peinait à se frayer un passage au milieu de la foule compacte d'élèves amassés devant un panneau d'affichage nouvellement installé.

- Le Professeur McGonagall vient d'afficher les détails de la soirée qui sera donnée en l'honneur de Dumbledore », lui expliqua le préfet de Poufsouffle, jaillissant sans crier gare à côté d'elle.

Les cheveux ébouriffés et les joues rouges à force d'avoir crié, il semblait passablement épuisé. Hermione regarda autour d'elle mais Draco avait mystérieusement disparu. Retenant un soupir, elle s'efforça de disperser la foule, menaçant d'une retenue les élèves les plus récalcitrants et dut même venir au secours d'une minuscule élève de Serdaigle qui s'était mise à sangloter à cause de ses lunettes que quelqu'un venait de piétiner. Le calme finit par revenir et le préfet la regarda avec admiration. Il s'éloigna de quelques pas non sans cesser de lui jeter des regards en coin.

Curieuse, Hermione s'approcha du panneau d'affichage désormais accessible et lut rapidement le contenu du parchemin qui y était épinglé. Du coin de l'œil, elle aperçut Harry et Ron qui se dirigeaient vers elle.

« Vous avez lu ? », fit-elle en se précipitant à leur rencontre.

Leur mine sombre lui indiqua que c'était effectivement le cas.

« Je crois que je préfèrerais affronter une armée de Scroutts à Pétard plutôt que de recommencer tout ce cirque, marmonna Ron. Enfin, au moins j'aurais une tenue de soirée sans fanfreluches cette fois, ajouta-t-il sans grande conviction.

- Harry ? » demanda timidement Hermione.

Le garçon sursauta et lui lança un regard qui laissait transparaître son manque d'enthousiasme pour l'événement. L'idée qu'une chose aussi frivole qu'une soirée dansante puisse avoir lieu à Poudlard alors que Dumbledore n'était mort que depuis quelques mois le révoltait. Et voir des élèves glousser de contentement et s'extasier quant aux tenues qu'ils allaient porter ne faisait que l'exaspérer davantage. Comme si elle avait lu dans ses pensées, Hermione s'approcha de lui et posa une main sur son bras avant de parler d'une voix très douce :

« Les plus jeunes élèves ne se rendent pas vraiment compte de ce qui s'est passé. Mais tu sais, tu n'es pas le seul à qui Dumbledore manque dans cette école. », dit-elle simplement.

Harry releva la tête et lui adressa un faible sourire tandis que Ron s'était mis à fixer la main d'Hermione avec insistance, au point que ses oreilles en devinrent rouges.

« Il faut que tu commences à réfléchir avec qui tu vas y aller, ajouta-t-elle gravement en leur désignant la Grande Salle d'un bref mouvement de la tête.

- Mais nous ne sommes qu'en octobre ! s'insurgea Ron.

- Peut-être mais il me semble que la dernière fois, attendre ne vous a guère porté bonheur. », remarqua Hermione d'un ton un peu plus sec qu'elle ne l'aurait voulu.

Les joues soudain écarlates, Ron n'ajouta plus rien et se contenta d'arborer une expression renfrognée tandis qu'ils prenaient place à la table des Gryffondor.

« Je pensais y aller seul, marmonna Harry en haussant les épaules.

- Tu n'es pas sérieux ? fit Hermione.

- Et pourquoi on ne pourrait pas y aller sans cavalière ? grommela Ron.

- Déjà parce qu'il est stipulé que tous les élèves doivent venir accompagnés et surtout, enfin Harry, tu étais l'élève avec qui Dumbledore entretenait le plus de liens, il ne serait pas convenable que tu viennes à une soirée en son honneur sans cavalière, tu ne crois pas ? Vous pouvez inviter qui vous voulez, alors à votre place je me dépêcherais de m'en occuper avant que Ron avale un autre Filtre d'Amour ou que Romilda Vane réussisse à te coincer Harry. ».

Harry ouvrit la bouche pour répliquer mais dut s'avouer la mort dans l'âme qu'elle avait probablement raison. Il attrapa un toast qu'il se mit à grignoter d'un air maussade tandis que Ron affichait soudain une expression rêveuse et semblait ne pas se rendre compte que la cuillère qu'il portait à sa bouche était vide.

Inviter quelqu'un. Oui mais qui ? Si cette question lui avait été posée quelques semaines plus tôt la réponse aurait été évidente mais les choses étaient désormais différentes. Il surprit le regard surexcité de Romilda Vane, que les vacances n'avaient visiblement pas suffit à rendre indifférente et s'appliqua à se cacher du mieux possible derrière Ron. Plusieurs hiboux firent irruption dans la Grande Salle, porteurs du courrier quotidien. Deux hiboux se posèrent avec fracas devant Hermione qui manqua de renverser son verre de jus de citrouille sous le coup de la surprise. Le plus petit des hiboux s'envola dès qu'Hermione eut déposé les quelques Noises qui lui étaient dues dans la petite sacoche accrochée à une de ses pattes. Elle posa négligemment le journal sur la table, son attention accaparée par le second hibou qui paraissait très fatigué. A la surprise d'Harry et Ron, l'animal sautilla vers Hermione et lui mordilla gentiment le bout des doigts comme s'il la connaissait.

Harry remarqua que son teint avait pris une délicate couleur cramoisie. Une fois le hibou envolé, elle se dépêcha de mettre la lettre qu'elle venait de recevoir dans son sac. Son manège n'échappa toutefois pas à Ron.

« Qu'est-ce que c'est ? » fit-il d'un ton neutre.

Les joues d'Hermione devinrent plus rouges encore tandis qu'elle murmurait des paroles inaudibles. Harry crut cependant distinguer les mots « Viktor Krum » et s'empressa de se concentrer sur le contenu de son assiette. Ron devint presque aussi rouge qu'Hermione et fixa le sac avec une telle intensité qu'Harry finit par se demander s'il n'essayait pas de voir à travers le tissu. Soudain, plusieurs exclamations retentirent dans la Grande Salle, tout particulièrement à la table des Serdaigle. Hermione fondit aussitôt sur son exemplaire de la Gazette du Sorcier, visiblement soulagée par cette diversion inattendue. Harry respirait également plus facilement, la douleur de sa cicatrice était telle qu'il n'était pas sûr de parvenir à supporter une autre de leurs disputes. Le cri apeuré d'Hermione les fit sursauter. La mine catastrophée, elle leur tendit le journal d'une main tremblante. Harry et Ron se lancèrent un regard chargé d'appréhension et commencèrent à lire l'article. Il y était question de la disparition alarmante de Xenophilius Lovegood, dont la maison avait été retrouvée saccagée par des enquêteurs du Ministère de la Magie. L'article relatait ensuite la prise de position risquée du Chicaneur envers le Survivant et émettait l'hypothèse que la disparition de son directeur n'y était pas étrangère.

Affolée, Hermione chercha Luna du regard mais à l'évidence, elle ne se trouvait pas là. Elle se tourna vers Harry, que Ron fixait comme s'il se trouvait face à une Beuglante sur le point d'exploser. Elle voulut dire quelque chose mais n'en eut pas le temps car Harry se leva avec précipitation et sortit en trombe de la Grande Salle sous les chuchotements des élèves. Ron fit mine de le suivre mais elle secoua la tête avec tristesse, mieux valait le laisser seul pour le moment. Le cœur gros, tous deux restèrent à fixer leurs assiettes en silence, se sentant terriblement impuissants. Tous deux ressentirent en cet instant ce que devait sans nul doute éprouver Harry au quotidien. Savoir qu'ils détenaient des informations pouvant conduire à la perte de Voldemort et ne pas pouvoir les utiliser car ils étaient contraints de rester à l'école était une sensation tout bonnement abominable. Ils lancèrent un regard en direction des portes de la Grande Salle, aussi inquiets l'un que l'autre quant à l'état dans lequel devait se trouver leur ami en ce moment-même.

Dès lors qu'il eut franchi les portes de la Grande Salle, Harry se mit à courir, la simple présence de Ron et d'Hermione lui paraissait soudain insupportable. Leurs regards navrés empreints de pitié étaient pires que tout. Dans sa précipitation, il bouscula Hagrid qui voulut lui dire quelque chose mais Harry n'y prêta pas attention et courut sans but précis, le plus important étant de s'éloigner le plus vite possible des autres élèves. Hors d'haleine, il se força néanmoins à continuer de courir, il aurait voulu pouvoir ne plus penser à rien. C'était trop difficile. Le père de Luna avait-il vraiment été enlevé pour lui avoir accordé son soutien ?

A cette pensée, il fut pris d'une nausée si violente qu'il en eût les jambes coupées et dut s'appuyer à un arbre. Un haut-le cœur plus marqué que les autres lui fit finalement rendre son maigre petit-déjeuner. La main tremblante, il se saisit de sa baguette magique et en fit jaillir un fin filet d'eau grâce auquel il se nettoya le visage. Il regarda autour de lui d'un air incertain, sa course effrénée l'avait mené à l'orée de la Forêt interdite. Il entendit distinctement des claquements de sabots et se demanda s'il s'agissait de centaures, des Sombrals d'Hagrid ou bien d'une toute autre créature. Poussé par la curiosité, il décida de s'approcher pour tenter de distinguer l'origine de ces bruits. Il suivit le petit chemin de terre qui serpentait à travers la Forêt interdite et distingua une silhouette chevaline qui se déplaçait au milieu des arbres. Il lui sembla qu'il s'agissait là de Tenebrus, le Sombral favori d'Hagrid, reconnaissable à sa cicatrice près de l'œil droit. Harry s'aperçut que l'animal reniflait frénétiquement quelque chose et quelques bribes du cours d'Hagrid lui revinrent en mémoire, les Sombrals étaient attirés par l'odeur du sang. Un peu inquiet, il s'avança en direction de l'animal et le vit avec horreur fondre sur une fille aux longs cheveux blonds qui se tenait assise en tailleur dans l'herbe.

« Attention ! », s'époumona Harry.

L'animal tourna aussitôt sa tête reptilienne dans sa direction et le fixa de ses yeux blancs qui brillaient dans la pénombre de la forêt. Luna Lovegood se releva d'un bond, ses longs cheveux virevoltant tout autour d'elle et s'approcha du Sombral qu'elle caressa sur le museau.

« Tout va bien. », murmura-t-elle d'une voix douce à l'oreille de l'animal qui frotta son museau contre sa tête, un geste qu'elle parut trouver tout à fait normal.

Harry resta interdit lorsqu'il réalisa qu'il se trouvait en présence de la dernière personne qu'il aurait souhaité voir.

« Je... je... », balbutia-t-il lamentablement.

Luna sortit un morceau de viande d'un sac en cuir qu'elle portait en bandoulière et le donna au Sombral qui le dévora goulûment.

« C'est Hagrid qui m'a donné la viande, expliqua-t-elle. Je viens souvent voir les Sombrals, il me laisse les nourrir de temps en temps mais c'est un secret. »

Harry comprenait bien pourquoi, les Sombrals n'étaient pas belliqueux de nature mais étaient néanmoins considérés comme des créatures dangereuses par le Ministère de la Magie et si jamais il venait à se savoir qu'une élève restait en leur compagnie sans la moindre surveillance, Hagrid risquait de gros ennuis. Non pas que cela l'ait dérangé par le passé, songea-t-il en repensant à Norbert le dragon.

« Je n'ai jamais trop aimé ses cours mais c'est vraiment quelqu'un de très gentil, dit Luna en repoussant du plat de la main le Sombral qui essayait d'introduire la tête dans son sac.

- Euh... Oui c'est vrai. »

Sa loyauté indéfectible l'empêchait d'admettre que les cours d'Hagrid étaient moins bons que ceux du professeur Gobe-Planche. Luna ne paraissait pas différente de d'habitude, peut-être n'avait-elle pas vu l'article de la Gazette du Sorcier ? Son estomac se contracta à cette pensée et il prit une grande inspiration.

« Luna, commença-t-il.

- Tu es venu me parler de l'article sur Papa ? », demanda-t-elle d'une voix tranquille.

Stupéfait par son calme, Harry en oublia ce qu'il voulait lui dire et se contenta d'hocher la tête.

« Je savais bien que tu finirais par venir me voir, toi aussi tu es quelqu'un de gentil. »

Mal à l'aise, Harry se balançait d'un pied sur l'autre mais elle ne parut rien remarquer.

« Cela faisait longtemps que Papa recevait des menaces mais il t'est toujours resté fidèle... », lui assura-t-elle.

Que cela soit son principal souci en un moment pareil lui aurait réchauffé le cœur si la situation n'avait pas été si préoccupante. En l'occurrence, cela le faisait se sentir plus mal encore.

« Mais enfin Luna...

- ... C'est pour ça qu'il m'avait prévenu qu'il était possible qu'il doive disparaître à un moment ou à un autre. J'ai reçu ça ce matin, regarde. », dit-elle en sortant une feuille de la poche arrière de son jean qu'elle lui tendit.

Il s'agissait de la une du Chicaneur, datée du jour même.

« C'est lui qui t'a envoyé ça ? », fit Harry.

Luna hocha la tête en rangeant le journal dans sa poche.

« C'est sa façon de me dire que tout va bien. », conclut-elle en souriant.

Le cœur soudain beaucoup plus léger, Harry lui rendit son sourire. Ils restèrent un moment silencieux et Luna finit par sortir un nouveau morceau de viande de son sac pour le plus grand plaisir de Tenebrus. Harry aurait bien voulu dire quelque chose mais il réalisa qu'il n'avait jamais vraiment eu l'occasion d'avoir une conversation aussi sérieuse avec Luna. Aucune discussion tout court d'ailleurs, il se sentit soudain un peu honteux.

« Je ne savais pas que tu aimais autant les Sombrals, fit-il maladroitement.

- Tu ne me l'as jamais demandé, répondit tranquillement Luna.

- ...

- Je crois que c'est parce qu'ils sont un peu comme moi.

- Comment ça ?

- Différents. », dit-elle en se rasseyant dans l'herbe.

Ne sachant trop quoi répondre à ça, Harry fit la seule chose qui lui vint à l'esprit: il s'assit à ses côtés.

« Il te reste de la viande ? », demanda-t-il alors.

Pour toute réponse, Luna lui sourit.

. . .

Les sessions d'entraînement de Quidditch de l'équipe de Gryffondor se poursuivirent intensément jusqu'à Halloween et les joueurs assistèrent au festin dans une ambiance générale de bouderie. L'humeur de Ron, déjà plutôt instable depuis le début de l'année, ne s'était pas améliorée depuis l'épisode de la lettre de Viktor Krum et il jouait si mal et avec tant de mauvaise volonté que les autres joueurs refusaient désormais de lui parler. Seule Ginny faisait exception mais elle avait néanmoins avoué à Harry que s'ils perdaient le match contre Serpentard, il vaudrait mieux trouver un autre gardien. Bien qu'il essayât de ne pas tenir compte de ces récriminations à l'encontre de son meilleur ami, il lui fallait admettre que Ron n'avait jamais aussi mal joué. Harry n'aurait su dire qui de Vikor Krum ou du nouveau son ami détestait le plus. Une qui souffrait beaucoup de la situation était Hermione, dont l'attitude mesquine de Ron à son égard la dissuadait le plus souvent de passer du temps avec eux en dehors des cours. Si Harry avait craint qu'ils sortent ensemble et finissent par se séparer en mauvais termes l'an passé, il devait reconnaître que la situation actuelle était pire.

Pour ne pas arranger les choses, le professeur Slughorn avait recommencé à distribuer ses petits parchemins porteurs d'invitations pour ses soirées privées et si Harry, Hermione, Ginny, Luna ainsi que le nouvel élève avaient en autres été conviés, ce n'était pas le cas de Ron. A l'exception de Luna, ils avaient tous trouvés de bonnes excuses pour ne pas s'y rendre, que ce soit l'entraînement de Quidditch ou les fonctions de préfet-en-chef. Mais le mal était fait.

Le jour du match, Harry se réveilla à l'aube avec un nœud à l'estomac et il comprit mieux que jamais les crises de nerfs d'Olivier Dubois et d'Angelina Johnson qui l'avaient précédé au poste de capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Il jeta un bref regard à Ron qui ronflait bruyamment dans son lit tandis qu'il enfilait en silence sa tenue de Quidditch. La mort dans l'âme, il descendit dans la Grande Salle pour prendre son petit-déjeuner – qui se résuma finalement à un peu de jus de citrouille. Il n'était cependant visiblement pas le seul à être en piteux état, un coup d'œil à la table des Serpentard lui permit d'apercevoir que le nouvel élève arborait un teint verdâtre qui jurait horriblement avec sa robe de Quidditch. Il fixait d'un œil vitreux son assiette remplie d'œufs brouillés avant de finalement la repousser et se lever pour quitter la pièce. Harry lui emboîta le pas, il était de toute façon inutile de se forcer à avaler quoi que ce soit.

Il le rattrapa en quelques enjambées et se décida à l'appeler.

« Hé, Daniel ! »

Le garçon ne réagit pas tout de suite et sursauta lorsqu'Harry lui tapota l'épaule.

« Oh euh salut, marmonna Draco sans grande conviction.

- Je vois que tu as l'air aussi nerveux que moi, commenta Harry.

- Ça fait longtemps que je n'ai pas joué.

- E si on se souhaitait bonne chance ?

- Hein ? »

Harry lui tendit alors sa main avec un grand sourire, il s'agissait sans doute là d'un événement exceptionnel que de voir des élèves de Gryffondor et Serpentard échanger autre chose que des insultes. Mais Harry trouvait le nouvel élève bien plus sympathique que les autres membres de sa maison quoi que puisse en penser Ron.

Draco n'aurait pas eût l'air moins choqué si Abelforth s'était soudain transformé en Vélane. Voyant que le nouvel élève ne faisait pas mine de bouger, le sourire d'Harry se fit incertain. Contre toute attente, Draco lui serra finalement la main, préférant voir dans ce geste un pur acte de fair-play avant le match.

Clic !

Un flash les aveugla tous les deux tandis que le visage joyeux de Colin Crivey apparaissait derrière son appareil photo. Il paraissait surexcité.

« C'est la meilleure photo que j'ai prise depuis le début de l'année ! jubila-t-il. Si je me dépêche j'aurais peut-être le temps de la faire développer avant le match Harry, ça serait formidable tu ne crois pas ? »

Le Gryffondor se tourna vers l'endroit où se tenait quelques secondes plus tôt Daniel Morrison. Il l'aperçut qui s'éloignait à toute vitesse en direction du lac. Peut-être n'aimait-il pas les photos ? Harry décida de retourner dans la Grande Salle pour voir si Hermione ou Ron était descendu, un Colin Crivey au comble de la félicité sur ses talons.

. . .

Etrange et peut-être un peu malsain. Voilà comment pouvait se résumer ce qui venait de se produire, estima Draco en se laissant tomber dans l'herbe. Si Potter avait su à qui il venait de serrer la main, nul doute que les choses auraient été bien différentes. Restait que toute l'école allait bientôt être au courant de leur prétendue amitié, rumeur qui serait sans aucun doute joyeusement colportée par cet élève maigrichon dont il ignorait le nom. Pour tenter de dissiper sa frustration, il lança un caillou dans le lac. Par Merlin, Hermione Granger allait devenir encore plus insupportable dès qu'elle aurait vent de l'histoire. Tout à coup, un bruit d'éclaboussure se fit entendre et la pierre qu'il avait jetée dans le lac quelques instants plus tôt atterrit à ses pieds. Un long tentacule apparut à la surface de l'eau tandis que le garçon se penchait pour mieux observer le calamar géant qui venait de le gratifier d'une de ses rares apparitions. Mû par la curiosité, Draco attrapa le caillou et le relança dans l'eau, avec cependant moins de force que la première fois. Stupéfait, il aperçut des ondulations à la surface du lac au fur et à mesure que se déplaçait le céphalopode. La pierre jaillit alors dans les airs et il parvint à la saisir au vol. L'animal était toujours là, comme s'il s'attendait à ce que Draco continue l'échange.

A regret, le garçon dut finalement consentir à s'en aller lorsqu'un brouhaha sonore provenant de l'entrée du château lui indiqua que le match allait bientôt commencer. Il laissa la petite pierre détrempée au bord de l'eau et se dépêcha de se rendre sur le terrain de Quidditch. Il y retrouva son équipe, dont le capitaine paraissait au bord de l'apoplexie et l'apostropha avec virulence à cause de son retard. Tous ses coéquipiers ne pouvaient s'empêcher d'observer à la dérobée son nouveau balai, un modèle que peu de monde encore connaissait. En entendant les clameurs de la foule, Draco se sentit prit de nausée et dans un changement d'humeur proprement terrifiant, le capitaine se mit soudain à s'inquiéter de sa santé. Crabbe et Goyle n'officiaient plus comme batteurs et Draco éprouva un bref pincement au cœur. S'il était difficile de les considérer comme de véritables amis, ils étaient néanmoins ce qu'il avait connu de plus approchant en la matière.

Ils pénétrèrent sur le terrain sous les hurlements de la foule, surexcitée de voir jouer le nouvel élève pour la première fois. Le soleil brillait haut dans le ciel et l'air était frais mais sec, ce qui constituait des conditions de vol excellentes. Avec un froncement de sourcils, il aperçut un groupe de filles de sa maison - Pansy était au premier rang – arborant des écharpes et des banderoles où était inscrit son nom en lettres lumineuses. Il grimaça et décida d'occulter cette vision désastreuse et regarda les capitaines d'équipes se serrer la main. Harry Potter lui adressa un bref signe du menton qu'il préféra ignorer afin de rester concentré.

Au coup de sifflet de Madame Bibine, les joueurs prirent leur envol. Il se murmurait depuis plusieurs semaines que les deux équipes étaient exceptionnelles et le spectacle offert par les joueurs confirmait ces dires. Le premier but fut marqué par Ginny Weasley dès la première minute du match, sous les huées des Serpentard, qui se transformèrent bientôt en cris de triomphe lorsqu'un de leurs poursuiveurs lança le Souaffle en direction des buts adverses. Ron le rata d'un bon mètre et de rage il renvoya la balle si fort à Demelza Robbins que celle-ci faillit tomber de son balai.

A l'exception de Ron, l'équipe de Gryffondor n'aurait pas pu mieux jouer. Harry se plaça à proximité des buts de son équipe dans une tentative peu subtile pour distraire les poursuiveurs adverses. Sa manœuvre marcha à moitié, si les Serpentard semblaient plus réticents à s'approcher, Ron parut encore plus énervé. Les Gryffondor marquaient sans cesse mais pas assez pour compenser les buts que leur gardien laissait passer. Dans les gradins, Hermione avait enfoui sa tête dans ses mains pour ne pas assister au carnage. En désespoir de cause, Harry vola en direction de son ami.

« Si tu ne te reprends pas tout de suite, je te vire une fois le match fini, vociféra-t-il sans se soucier d'être entendu.

- Ca m'est égal ! », brailla Ron.

Harry hésita un bref instant, le moment était venu de tenter le tout pour le tout.

« Très bien si c'est ce que tu veux ! Après tout, cela prouvera à tout le monde que tu n'es pas assez bon ! »

Le teint de Ron prit une couleur violacée sans même passer par le rouge et Harry crut qu'il allait venir lui coller son poing dans la figure. Mais au lieu de ça, Ron attrapa le Souaffle qu'un Serpentard venait de lancer, espérant profiter de leur discussion pour marquer.

« Pas assez bon hein ? Je vais lui montrer moi, si je ne suis pas assez bon ! »

Harry eut l'étrange impression qu'il ne s'adressait pas à lui mais peu importait pour le moment. Ron semblait avoir trouvé une vigueur nouvelle. L'équipe de Gryffondor commença à remonter au score, galvanisée par les prouesses de leur gardien. Harry put de nouveau se consacrer à la recherche du Vif d'or et un bref regard en direction de Daniel Morrison lui apprit que celui-ci ne l'avait pas vu non plus. La foule poussa un cri lorsque Ron manqua de tomber de son balai en attrapant le Souaffle et Harry vola vers lui à toute vitesse.

« Tu n'as rien ?

- Attrape-moi ce Vif ! », lui répondit Ron en retour.

Draco observait du coin de l'œil l'étrange manège de Potter et Weasley lorsqu'il aperçut un éclat doré au beau milieu du terrain. Aussitôt, il se plaqua contre le manche de son balai et plongea en direction du sol sous les cris de la foule. Une silhouette vêtue de rouge fonçait dans la même direction. Harry Potter et lui étaient à peu près à la même distance de la petite balle dorée, cela ne se jouerait vraisemblablement qu'à la puissance de leurs balais respectifs.

Soudain, tout dérailla. Hermione - qui s'était remise à suivre le match en entendant les acclamations des Gryffondor - vit le visage d'Harry se crisper en une expression qu'elle connaissait assez bien pour l'avoir vue un grand nombre de fois. La douleur. Mais quelque chose d'autre apparut sur son visage, de la peur. Sans s'en rendre compte, et comme la majorité des élèves présents dans les gradins, elle se leva d'un bond. Les yeux d'Harry se voilèrent et ses mains se crispèrent sur le manche de son balai. Le corps parcouru de soubresauts à plusieurs mètres du sol, il parut soudain s'effondrer comme un pantin, ses mains lâchant le manche de son Éclair de Feu. Hermione poussa un cri d'horreur en comprenant que son meilleur ami allait s'écraser au sol. Aucun des autres joueurs ne possédait un balai assez rapide pour l'attraper.

Draco comprit aussitôt que quelque chose n'allait pas avec Potter et lorsque celui-ci lâcha son balai, cela se confirma. Il n'y avait qu'une seule solution. Pendant une fraction de seconde qui lui parut interminable, Draco hésita. Son désir de victoire se fit plus pressant encore qu'au début du match. La petite balle dorée n'était qu'à quelques centimètres de sa main tendue...

Trop horrifiée pour songer à fermer les yeux, Hermione vit alors Draco dépasser le Vif d'or sans l'attraper et se saisir du corps inanimé d'Harry à bras-le-corps. Mais emporté par son propre élan et par le poids supplémentaire d'Harry, Draco ne parvint pas à garder sa prise sur le manche de son balai. La foule hurla en voyant les deux attrapeurs tomber en direction du sol.

Hermione poussa un cri perçant.

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Que dire? C'était long (un peu quand même) mais j'aime beaucoup le rendu final de ce chapitre :)
J'espère de tout cœur que ça vous aura plus, n'hésitez pas à me faire par de vos avis.

Je tiens à vous rassurer, ils ne vont pas rester à Poudlard à vaquer à leurs occupations étudiantes ad vitam æternam. Simplement pour le moment, je fais le choix de mettre l'accent sur le fait qu'ils sont avant toute chose des adolescents. Il y aura bien assez de temps pour leur faire vivre des événements terribles.

J'ai décidé de mettre en scène un peu plus Harry également, que ce soit au niveau du récit que de ses pensées, parce que bon c'est tout de même son histoire à lui aussi !

Anecdotes

¤ Le nom du balai de Draco était initialement Sparklelight/Lightsparkle ce qui peut se traduire par Étincelle de Lumière, mais je me suis souvenue que les noms des balais étaient traduits. Étincelle d'argent sonnait mieux à mes yeux. Je ne mets pas l'accent sur les capacités de ce balai dans le récit du match parce que je ne voulais faire en sorte que Draco ait quelque chose de supérieur à Harry comme ce fut le cas avec le Nimbus 2001. C'est un bon balai mais c'est tout. Mais dans mon esprit il est très beau (autant que puisse l'être un balai).

¤ L'idée du calamar géant m'est venue après m'être baladée au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. On va dire que cette créature possède quelques pouvoirs en plus d'être gentille (rappelez-vous, elle remet Dennis Crivey dans sa barque après qu'il soit tombé dans le lac). Je trouvais ça rigolo que le calamar géant ait un petit côté joueur !

¤ Je fais un peu passer Ron pour un crétin/jaloux/goinfre/insensible/colérique. Oups.

¤ A force de plancher sur cette histoire, j'ai eu l'idée pour une prochaine mais bon, on va d'abord finir ce qu'on a commencé hein... ;)

Voilà voilà! Je n'ai pas de date précise pour la suite mais je ferai de mon mieux !
Bisous à tous ceux qui lisent !