Chapitre 9
Emma avait réfléchi un peu puis elle s'était rappelé2 que le bal annuel de ses parents avait lieu au mois de février. Pourquoi faire venir Miss Elizabeth si tôt – trois mois faisaient long pour préparer le bal, surtout si la liste des invités était faite comme le laissait croire la phrase de Mr Fitzroy ? Les jours qui suivirent le départ de Miss Elizabeth furent longs pour Emma. Certes, elle passait du temps avec Jane pour discuter de ses fiançailles car Mr Bingley avait enfin fait sa demande. Mais elle était seule, son frère et Mr Bingley s'isolaient régulièrement pour discuter et Jane n'avait que le mariage en tête. La seule chose qui lui changeait un peu les idées était le souvenir du récit qu'Elizabeth et Jane lui avaient fait du rejet de la demande en mariage de Mr Collins à Elizabeth. Emma ne pouvait s'empêcher de sourire à ce souvenir et en même temps plaindre le pauvre homme, qui soit dit en passant s'était vite remis de sa déception en faisant une seconde demande peu après à Miss Lucas, qui elle l'avait acceptée. Emma n'avait pas été plus surprise que ça. Elle avait l'air d'une personne qui s'était résignée à ne pas faire un mariage d'amour et pour elle c'était un bon parti au vu de son âge et de sa dot. Elle soupira en se demandant pourquoi ils étaient encore là, Emma savait que son frère aimait passer les fêtes de fin d'année à Pemberley, surtout que les personnes qui dépendaient d'eux auraient sûrement des demandes comme tous les ans. Mais là, il ne semblait pas pressé de partir. Un matin qu'ils se promenait dans les jardins de Netherfield, Emma en fit la remarque à son frère, qui lui dit :
« Charles semble un peu anxieux à l'idée de rester seul ici quoique je doive admettre que je me demande pourquoi vu qu'il passe la plupart de son temps à Longbourn. De plus, j'ai fait dire que nous ne serions pas là cette année. Mme Fitzroy aimerait que Georgiana passe les fêtes à peu de distance d'elle. Et donc nous devons rester ici encore un peu.
— Georgiana va venir ?
— Oui les Fitzroy la prendront à leur passage à Londres et viendront avec elle.
— Elle fera donc la connaissance d'Elizabeth avant de nous revoir, fit Emma avec un petit sourire.
— Il semblerait, mais je ne suis pas sûr qu'elle connaisse le nom de Miss Elizabeth.
— Bien sûr que si. Nous lui avons parlé tous les deux d'une Miss Elizabeth Bennet. Je ne pense pas que Georgie oublie le nom de la seule jeune femme dont notre frère parle dans ses lettres en dehors de moi.
— Emma, n'exagère pas.
— Je n'exagère en rien. Georgiana me l'a dit dans plusieurs de ses lettres Fitzwilliam. Te rends-tu compte que même notre innocente petite sœur s'est rendu3 compte de quelque chose ? »
Il lança un regard agacé à sa sœur, qui lui en retourna un amusé. Puis il soupira, il n'avait plus qu'à espérer que Georgiana ne dise rien sur les compliments qu'il faisait de Miss Elizabeth à cette dernière sinon, il était sûr que Miss Elizabeth n'accepterait pas de passer un peu de temps avec lui. Emma, elle, continuait à le regarder avec un sourire. Elle se demandait bien ce qu'il avait pu dire à leur sœur pour craindre cette rencontre car, si elle savait qu'il avait parlé d'Elizabeth à leur sœur, elle ignorait ce qu'il avait pu dire. Mais connaissant leur sœur, il ne risquait pas grand-chose. Ils continuèrent leur promenade puis furent rentrés pour le repas de midi. Dans l'après-midi, une lettre arriva pour Emma et elle alla dans le salon pour pouvoir la lire en paix, pendant que son frère et Mr Bingley partaient faire une promenade à cheval, qui irait sûrement jusqu'à Longbourn pour lui. Emma fut heureuse en reconnaissant l'écriture de son amie.
Ma chère Emma,
Je suis désolée de vous écrire si tard, mais je n'ai pas eu beaucoup de temps jusqu'à présent. Ma tante tient à me refaire ma garde-robe pour la prochaine saison. Elle estime que maintenant que Jane est fiancée, il est temps que je trouve moi aussi un époux. Je suppose que les fiançailles de Jane ne sont qu'une excuse mais je la laisse faire. De ce fait en plus de la robe pour le bal du mois de février, je me retrouve à devoir me faire faire tout un tas d'autres robes. Vous qui me connaissez assez pour savoir que je ne suis pas une personne particulièrement dépensière et qui aime la simplicité, vous devez savoir à quel point ce genre d'activité me déplaît. Cependant, je ne peux pas m'en plaindre car mon père semble tout à fait d'accord avec ma tante. On parle même de présenter Mary à la saison prochaine. Je pense que ma tante a dû avoir une discussion épistolaire assez agitée ces derniers temps avec mon père pour qu'il accepte.
Mes journées sont aussi très occupées par le bal de février. Je pense que ma tante n'a pas besoin d'aide, mais qu'elle fait ça pour nous préparer ma cousine et moi à organiser ce genre d'événement seules une fois que nous serons mariées car, pour elle, il n'est pas question que ses nièces ou sa fille ne sachent pas le faire. J'ai beau lui faire remarquer que je ne trouverai peut-être pas de mari dans la bonne société, rien n'y fait. Elle se contente de lever les yeux au ciel et les rares fois où Bennet m'a entendue dire cela il est parti en riant. Je n'arrive pas réellement à comprendre leur attitude.
En entendant cette phrase, Emma se mit elle aussi à rire en se disant que son amie était bien aveugle. Mais il fallait qu'elle le découvre toute seule. Emma se demandait aussi si Mr Fitzroy n'avait pas prévenu sa mère de l'attrait que son frère avait pour Elizabeth. Elle reprit la lecture de la lettre de son amie, se disant que de toute façon elle n'aurait sûrement pas la réponse à cette question.
Je commence même à être pressée de rentrer, c'est pour vous dire. En parlant de rentrer, j'ai appris que j'aurais l'honneur de voyager depuis Londres avec votre jeune sœur, que ma tante doit déposer à Netherfield. J'espère que vous ne trouvez pas les journées trop longues : entre les fiançailles de Jane et celles de Charlotte, vous ne devez pas avoir beaucoup de personnes à qui parler, en dehors de votre frère qui doit quand même être occupé.
Je vais être dans l'obligation de vous laisser car j'entends ma tante m'appeler, sûrement pour vérifier une dernière fois la liste d'invités au bal, alors que - soyons honnêtes - je ne connais pas assez les familles des environs pour savoir si elle a oublié quelqu'un d'important comme elle semble le croire.
En espérant vous revoir le plus vite possible
Votre amie
Elisabeth Bennet.
Emma sourit en lisant la lettre, elle retrouvait la gaîté de son amie dedans et son caractère totalement désintéressé. Les belles robes que sa tante tentait de lui faire acheter semblaient lui poser un problème. Elle venait de terminer la réponse pour son amie quand elle vit son frère entrer seul dans la pièce. Elle le regarda, surprise, il lui sourit en lui disant que Mr Bingley avait envie de rendre visite à Jane. Elle eut un petit sourire puis finit de cacheter sa lettre et de la donner à un serviteur. Elle se tourna ensuite vers son frère pour lui demander s'il voulait qu'elle lui joue quelque chose. Ce dernier accepta avec joie et alla s'asseoir près d'elle comme quand ils étaient plus jeunes. Il la regarda jouer – elle semblait transportée comme à chaque fois – puis il se laissa porter par la musique, se souvenant la dernière fois qu'il l'avait entendue jouer. Il sourit en se rappelant la voix merveilleuse qui l'avait accompagnée ce jour-là. Quand elle eut fini, ils se sourirent puis Fitzwilliam dit :
« Alors, à qui était destinée ta lettre ?
— À Elizabeth. Elle m'a écrit et j'ai voulu lui répondre immédiatement.
— As-tu reçu de bonnes nouvelles ?
— Oui, Elizabeth est presque heureuse de rentrer tellement les activités chez sa tante lui causent de l'embarras. Cette dernière semble décidée à la marier et pour cela est entrain de lui préparer une garde-robe pour la prochaine saison.
— En quoi cela est-il une activité embarrassante ?
— Ça ne l'est pas quand on aime cela. Mais Elizabeth est comme moi : elle n'aime pas dépenser des fortunes dans des robes et, si en avoir une de temps en temps n'est pas un souci, devoir se faire offrir une garde-robe entière, c'est autre chose.
— Dois-je comprendre que tu es encore en train d'essayer de me vendre ton amie ?
— Bien sûr que non : je sais qu'elle a déjà fait ta conquête. Ce qui est plus déroutant, c'est que Mr Fitzroy a dû en parler à sa mère.
— Comment le sais-tu ?
— Par certaines anecdotes que me rapporte Elizabeth. Mr Fitzroy semble t'avoir vraiment bien observé.
— Je le sais. Il m'en a fait la remarque le jour du bal. Pour Mme Fitzroy, je suppose que les rumeurs sont à l'origine de son idée. Mais je ne comprends pas pourquoi dans ce cas Miss Elizabeth n'a rien vu.
— Tu sais, Elizabeth est très modeste et ne pense pas être digne de personnes comme nous. Je l'ai vite remarqué, mais c'est de plus en plus visible. De plus, elle sait que sa famille ne va pas dans le sens d'un beau mariage.
— Pourtant sa tante…
— Je ne parle pas d'elle, mais de sa mère et de sa tante maternelle. Tu l'as assez fait remarquer au début.
— Je sais mais je me suis vite rendu compte que j'avais tort, et cela bien avant de savoir les relations qu'elle avait grâce à la famille de son père.
— Et encore, je suis loin d'être sûre que l'on sache tout. Il y a un tableau dans le salon d'une femme qui ressemble énormément à Elizabeth. Jane m'a juste dit que c'était sa grand-mère paternelle. Mais je suis sûre d'avoir vu un tableau de cette femme ailleurs. Enfin, j'essaierai d'en savoir plus grâce à Mme Bennet. Elle a tendance à beaucoup parler et mettre en avant tout ce qui pourrait avantager ses filles.
— Emma, si elles voulaient que le sache, elles te l'auraient dit.
— Pas forcément. Je te l'ai dit, Elizabeth est très discrète car elle a peur de se faire approcher pour cela et Jane est pareil. De plus elles ne veulent pas paraître imbues d'elles-mêmes.
— Je me demande comment tu sais tout cela.
— Je discute beaucoup avec Elizabeth et je sais ce que ça fait d'avoir de la famille qui attire de mauvaises personnes. » Darcy regarda sa sœur, qui soupira et lui dit : « J'ai un oncle et deux tantes qui sont titrés, de plus je suis ta sœur. Sais-tu le nombre de personne qui m'ont approchée pour être invitées par Lady Catherine ou Lady Mary ? Sans compter les femmes qui voulaient s'approcher de toi ou de Richard. »
Emma soupira et se leva pendant que son frère la regardait faire. Il réfléchissait aussi à ce qu'elle venait de dire. Elle semblait toujours tellement à l'aise en société et ne laissait pas voir qu'elle était dérangée par de fausses amies. Pourtant, c'est bien ce qu'elle venait de dire. Il est vrai qu'elle n'avait jamais été très proche de Miss Bingley, ni d'aucune des femmes qui lui couraient après. En réalité, elle ne s'approchait que de personnes qui ne le considéraient pas comme un but à atteindre. Il comprenait mieux le fait qu'elle n'avait que très peu d'amies dans la bonne société. Elle avait des connaissances, mais aucune n'était assez proche d'elle pour qu'elles s'écrivent régulièrement. En cherchant bien, elle n'avait, en dehors de sa famille, que deux correspondantes en dehors des demoiselles Bennet : deux sœurs là aussi. Il soupira en se disant qu'il avait été bien aveugle concernant sa sœur. Il se demandait si Georgiana vivrait la même chose. Puis il se dit qu'elle le vivait déjà avec Miss Bingley. Vraiment il était difficile pour lui d'accepter que ses sœurs souffrent de leur appartenance à sa famille, entre les coureurs de dot et les coureuses de fortune leur vie n'était pas toujours simple, même s'ils ne manquaient rien.
Les semaines qui suivirent amenèrent les deux Darcy à passer beaucoup de temps entre eux, Mr Bingley passant le plus possible de temps avec Jane. Pourtant, peu avant le retour de son amie et l'arrivée de sa jeune sœur, Emma eut l'occasion de rendre visite aux Bennet en l'absence de Mr Bingley, qui était à la chasse avec son frère. Elle discutait du mariage avec Jane puis elles en vinrent à parler de la famille, elle retourna vers le tableau présent et dit :
« Jane, vous ne m'avez pas dit qui était votre grand-mère. Je suis désolée d'insister mais je suis sûre d'avoir vu un tableau de cette personne ailleurs »
Mme Bennet intervint alors et dit :
« Sûrement chez votre tante, Lady Catherine De Bourgh. Ma belle-mère était la tante par alliance de la vôtre. Elle s'appelait Miss Elizabeth De Bourgh avant son mariage. »
Emma la regarda, surprise. En plus de Fitzroy, ses amies étaient liées au De Bourgh. Mme Bennet soupira en secouant la tête en disant :
« Malheureusement Lady Catherine ne semble vouloir nous fréquenter. »
Emma pouvait le comprendre cependant. Connaissant sa tante, il y avait peu de chance qu'elle fasse un effort pour une famille qu'elle devait considérer en dessous de sa condition.
« Maman, elle pense ne rien nous devoir. Sir Lewis ne lui a pas dit qu'il avait acheté une partie des terres à papa. »
Mme Bennet renifla mais ne dit rien. Jane lança un regard d'excuse à Emma et dit :
« Emma, que diriez-vous d'une promenade ? »
Comprenant que son amie voulait s'éloigner de sa mère, elle accepta. Pendant qu'elles marchaient à l'arrière de la maison, Jane dit :
« Emma, je suis désolée de ne pas vous avoir parlé de nos liens avec votre tante la dernière fois. Mais Elizabeth et moi ne voulions pas vous mettre mal à l'aise. Il y a un contentieux depuis longtemps avec votre tante et, quand nous en avons pris conscience, nous avons décidé d'éviter de vous gêner avec nos affaires.
— Elizabeth sait pourtant que nous ne sommes pas dans les meilleurs termes avec elle.
— Oui, elle me l'a dit. Mais le différend qui nous oppose à notre cousine est différent. Je sais que vous finirez par en entendre parler, nous ne voulions de la pitié de personne, mais au vu de mes fiançailles, j'ai peur que l'histoire refasse surface. »
Emma regarda Jane, surprise : cette dernière ne disait jamais de mal de personne, pourtant elle sous entendait que quelqu'un (sûrement sa mère) allait se répandre. Jane, elle, cherchait comment présenter les choses car, si elle ne pensait pas de mal de Lady Catherine, ce qui se passait actuellement risquait d'avoir un impact sur sa vie et sur le probable futur de sa sœur. Elle savait que le frère de leur amie ne la laissait pas indifférente, loin de la même. Elle poussa un soupir puis dit :
« Je ne sais pas si vous connaissez les rumeurs de Londres concernant notre grand-père, mais elles sont en partie vraies. »
Emma la regarda mais ne dit rien. Elle ne savait que ce que son amie lui avait dit pendant le bal : « Mon grand-père a bien perdu une grande partie de la fortune familiale au jeu. Mais il ne l'a fait qu'après la mort en couches de ma grand-mère. » Jane fit une pause et continua : « Mon père, quand il vit ce qu'il se passait, se mit à faire des économies pour être sûr que ma tante ait une dot correcte. Quand il a hérité du domaine, il a dû vendre un certain nombre de terres pour ne pas tout perdre. Ma tante, qui était mariée à l'époque, a proposé son aide, mais il l'a refusée. Il était proche de son cousin Lewis donc ils ont passé un accord. Sir Lewis voulait récupérer certaines terres que mon père avait héritées de sa mère. Ce dernier, au lieu de les payer directement, mettait le prix de ses terres de côté pour nous permettre d'avoir une meilleure dot donc que nous ne payons pas pour la mésalliance de nos parents et la déchéance de notre grand-père. Entre l'accord avec ma tante et celui avec son cousin, nos dots devraient atteindre dix mille livres, mais Lady Catherine refuse de donner les deux milles livres que Sir Lewis avait promises pour chacune de nous. Elle dit ne pas être au courant de cet accord. »
Emma regarda son amie, surprise : elle savait que la dot des demoiselles Bennet n'était pas aussi faible que tout le monde le croyait mais des dots de dix mille livres, là, elle était surprise. Bon, si elle disait vrai, ce n'étaient des dots que de huit mille livres, enfin ce n'était pas ridicule et pour certains ce pourrait même être intéressant. Emma se dit qu'il y avait vraiment plein de choses que sa tante ne faisait pas correctement. Puis elle se demanda si quelqu'un s'était préoccupé de demander à voir le testament de son oncle car elle se posait de plus en plus de questions sur sa tante. Il faudrait qu'elle voie cela avec son frère car il était plus que temps que Lady Catherine cesse de faire honte à toute la famille. Emma regarda son amie et lui dit :
« Est-ce la raison de l'allongement de vos fiançailles ?
— Oui. Père a mis son homme de loi sur l'affaire pour voir si Sir Lewis avait laissé une trace de cet accord, ailleurs que dans les papiers de père, car votre tante nie la validité de ses documents.
— Bien, je pense qu'il est temps pour moi de vous laisser. Je me suis déjà montrée trop curieuse. Cependant, je me demande si vous m'autorisez à en parler avec mon frère. Il va se douter que je suis préoccupée donc il va se poser des questions.
— Vous avez ma permission. De toute façon, Mr Bingley étant au courant, je suis presque sûre qu'il le dira à son ami. Et je sais par Elizabeth que la relation que vous partagez avec Mr Darcy ressemble beaucoup à la nôtre. Je sais que, dans un cas comme celui-là, on voudrait le partager, même si on tait certains noms.
— Je vous remercie Jane. J'espère que tout va vite rentrer dans l'ordre et que vous pourrez bientôt devenir Mme Bingley.
— Merci Emma. »
Emma et Jane rentrèrent et Emma salua les personnes présentes avant de retourner à Netherfield. En entrant, elle apprit que Mr Bingley et son frère se trouvaient dans le bureau de ce dernier et qu'elle ne les verrait sûrement pas avant le repas de midi. Elle s'installa dans le salon avec un livre en attendant l'heure d'aller se préparer. Pendant le repas de midi, tout le monde était silencieux, tous plongés dans leurs pensées. Emma regarda son frère, qui semblait furieux : elle sut alors que Mr Bingley lui avait parlé de la raison du prolongement de ses fiançailles avec Jane. Elle espérait qu'il pourrait faire quelque chose pour eux car elle était sûre que son oncle avait laissé des directives concernant son cousin et les filles de ce dernier. Puis elle se demanda si leur père ne pourrait pas avoir eu des papiers concernant cette histoire. Elle savait que Sir Lewis avait confié plusieurs papiersà son père, n'ayant pas confiance en sa femme, entre autres un papier certifiant qu'il n'y avait aucunes fiançailles possibles entre Fitzwilliam et Anne. Mais elle ne savait pas comment évoquer la chose et surtout comment son frère pourrait intervenir sans que les Bennet se sentent redevables. Elle soupira et se dit que ses amies n'étaient vraiment pas vernies concernant leur famille. Puis elle se tourna vers Mr Bingley, qui lui semblait perdu : elle était sûre qu'il aurait épousé son ange, comme il appelait Jane, même sans la somme mise de côté pour elle par Sir Lewis, mais il s'agissait là d'une question bien plus importante qu'il n'y paraissait. Sir Lewis avait mis de côté dix mille livres qu'il aurait normalement dû payer à Mr Bennet pour le terrain près de Rosing, somme que Lady Catherine n'avait en aucun cas le droit de toucher autrement que pour le donner aux filles Bennet au moment de leur mariage. La loi était donc en faveur de Mr Bennet, mais Lady Catherine pouvait faire ralentir les choses et de ce fait empêcher tout mariage pour une fille Bennet. Puis elle eut une pensée dérangeante :
« Fitzwilliam penses-tu que Lady Catherine ait entendu parler de ton attirance pour une des demoiselles Bennet ?
— Je ne sais pas. Peut-être par Mr Collins mais je ne vois pas pourquoi il aurait parlé de cela.
— Et les rumeurs de Londres ?
— Possible. Pourquoi ?
— Parce que l'argent de la dot a dû être protégé par Sir Lewis, qui n'avait que peu confiance en sa femme. Elle ne peut donc rien en faire. Pourquoi faire traîner les choses ?
— Je ne sais pas. Tu sais elle n'aime pas qu'on lui dise ce qu'elle a à faire.
— Oui mais là c'est trop. Même pour elle. Elle risque de nuire à l'avenir d'Anne de cette façon, car elle risque de provoquer un scandale.
— Effectivement, ce ne serait pas dans son intérêt, tu as raison. Elle risque de perdre gros si le scandale arrive à Londres.
— Penses-tu que le papier nécessaire à accélérer les choses pourrait se trouver dans les papiers de Sir Lewis que père a confiés au notaire de la famille ?
— Je ne sais pas. Mais j'ai envoyé un exprès au notaire pour savoir. »
Emma se concentra sur son repas et ne dit plus rien. Elle était persuadée qu'il y avait un lien avec les rumeurs sur les Bennet. Mais elle ne pouvait rien faire, son frère avait les choses en main et rien de ce qu'elle pourrait dire ne changerait les choses, elle devait donc attendre voir comment les choses allaient évoluer. Une fois le repas fini, elle alla dans le salon où se trouvait le piano et se mit à jouer. Elle n'entendit pas son frère entrer dans la pièce et s'installer pour l'écouter. Il réfléchissait à ce qu'elle avait dit. Emma s'était toujours énormément méfiée de leur tante depuis le jour où elle avait essayé de la marier avec un débauché ruiné, uniquement parce qu'il avait un titre. Cependant, il ne pouvait pas non plus lui donner tort : il connaissait assez son oncle Lewis pour savoir qu'il n'aurait pas laissé à Lady Catherine la possibilité de toucher à cet argent. Pourtant, il avait dumal à imaginer qu'elle ait pu entendre des rumeurs concernant ce nom lié au sien et qu'elle ait fait rapprochement ensuite. Il soupira puis se concentra sur le jeu de sa sœur. Cette dernière avait toujours eu le don de l'apaiser et de l'aider réfléchir.
